Les « lessons learned » de Libye: le nombre de victimes collatérales limité (Gén. Druart)

Des chasseurs CF-188 Hornet du 425e Escadron tactique de chasse de Bagotville en vol au dessus de la mer Méditerranée près de Trapani en Italie, le 29 mars 2011. (Crédit photo : OTAN / Caporal Marc-Andre Gaudreault, Caméra de Combat des Forces Canadiennes © 2011).

(BRUXELLES2) Il y a un an, les frappes menées par une coalition ad hoc, puis par l’OTAN démarraient en Libye. Le temps du retour d’expérience (lessons learned ou ‘review of lessons’ en anglais) est aujourd’hui venu. Et le général français Marcel Druart (biographie ici), directeur des opérations à l’OTAN, a confié, mardi (20 mars), aux eurodéputés de la sous-commission « Défense et Sécurité » ses premières impressions, même le processus de retour d’expérience est toujours en cours aujourd’hui (l’opération ne s’est terminée officiellement que le 31 octobre dernier).

Un succès militaire global

Tout d’abord, Unified Protector a été un succès militaire « reconnu très largement » a-t-il expliqué. L’armée libyenne, en particulier ses composantes aériennes et anti-aériennes, a été rapidement éradiquée. Le mandat de zone d’exclusion aérienne a été rempli. « Pas un mort du côté de l’OTAN« . Et cela avec un « nombre très limité » de victimes collatérales, justifie le Général Druart qui s’appuie sur les deux rapports publiés en mars 2012 par la Commission d’enquête du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (disponible ici) et par Amnesty International (ici). Les conclusions de ces deux rapports coïncident  et dénombrent entre 55 et 60 victimes civiles dues à des raids de l’OTAN. Mais Amnesty regrette tout de même que l’OTAN se déresponsabilise de cette question après le conflit: « Des enquêtes adéquates doivent être menées, et les victimes et leurs familles doivent être entièrement dédommagées ». Le nom du rapport de l’ONG est explicite: « Libye, les victimes oubliées des frappes de l’OTAN ». Ce à quoi l’OTAN répond que cela ne fait pas partie de son mandat et que c’est aux autorités libyennes de s’en charger. Le Général confirme cette approche et préfère rester dans son domaine : « un terrain politique sur lequel je n’irai pas ».

Le « targeting »… indispensable

Il y a eu « une extrême prudence dans les frappes« , affirme le général, même si « le risque zéro n’existe pas« . Les victimes civiles s’expliquent, selon lui, par le fait qu’il n’y avait pas de troupes à terre pour le renseignement. D’autant que les soldats pro-Kadhafi « utilisaient du matériel civil pour se cacher [et] se réfugiaient dans des bâtiments civils« . Toutefois, cela a pu être compensé dans une certaine mesure par une procédure stricte et par des technologies de précision, telles que les missiles à guidée laser ou les drones. L’officier de l’OTAN a insisté sur le caractère de plus en plus indispensable du volet ISR (« Intelligence, Surveillance, Reconnaissance ») et du ciblage (« targeting »). Ce n’est pas simplement un outil mais une « composante critique pour la planification et l’exécution« .

Un déficit de moyens coté européen

La dépendance caractérisée des Européens vis-à-vis des Américains a été au coeur des questions et commentaires des parlementaires. Si les Européens n’ont pas eu / pas voulu avoir le « lead » politique, l’opération n’aurait pas été possible sans leur matériel et leur personnel. « L’OTAN doit faire en sorte que ces moyens soient disponibles plus largement. (…) Les alliés devraient concentrer leurs efforts sur l’ISR ». Il y a « clairement un déficit » du côté européen.

En ces temps de restriction budgétaire, le « pooling and sharing » est « très utile » selon Druart. C’est avant tout « un contrat de confiance » pour « un accès garanti aux capacités« . Pour Unified Protector, « ce contrat a été réalisé« , selon lui. Par exemple, les Etats Unis ont, d’emblée, accepté de fournir l’équipement et le personnel. Le « pooling and sharing« , à l’européenne, est similaire, complémentaire, du concept de « smart defence » cher au secrétaire général de l’OTAN Rasmussen: il s’agit, comme le rappelle le Général, de « spécialisation, de priorisation (afin de) combler les faiblesses budgétaires nationales par la force multilatérale« .

Une bonne inter-opérabilité

Certains députés se sont inquiétés d’une coalition trop ouverte (avec des pays non membres de l’OTAN) qui pourrait poser des problèmes d’inter-opérabilité. La coopération avec des pays comme le Qatar était évidemment au coeur des pensées. Mais pour le Général Druart, il n’y a pas de problème particulier à ce sujet. Au contraire, il y a eu une « bonne inter-opérabilité« . Il rappelle que les pays du Golfe sont de toute façon entraînés et équipés très souvent par les Américains ou les Européens. « L’intégration se fait très correctement. (Mais)  il y a encore des progrès à faire. »

Un échec de l’UE … à nuancer

La Libye n’a pas été un échec pour l’Union européenne, même si elle n’a pas réussi à lancer une mission PSDC. Les Européens – France et Grande Bretagne en tête -, ont pris la tête de la coalition OTAN. Et les pays de l’UE ont « clairement fait avancer les choses« , souligne le Gén. Druart, imprimant ainsi leur marque dans l’OTAN. Par exemple, ce sont, eux, qui ont fait pression pour l’engagement d’hélicoptères, qui a été très utile dans l’opération selon l’officier. Et l’OTAN reste une organisation essentiellement militaire, elle doit reposer sur « d’autres » pour avoir une approche globale. D’autres… c’est-à-dire notamment l’UE : ce sera le cas pour le contrôle des frontières par exemple, pour lequel l’UE a effectivement déjà lancé une mission d’évaluation. Et le Général Druart d’insister une fois de plus sur la nécessité d’investir dans l’ISR…

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Le rôle de l’OP4 dans l’opération libyenne

(BRUXELLES2 au siège de l’OTAN) L’OP4, ce n’est pas une nouvelle loge italienne, ni un nouveau code d’une opération. C’est tout simplement le groupe des huit pays — Belgique, Canada, Danemark, France, Italie, Norvège, Royaume-Uni, Etats-Unis — qui ont mené les frappes sur la Libye. Un nom hérité tout simplement du paragraphe (OP4) de la résolution 1973  des Nations Unis. Et un point souvent peu expliqué dans la façon dont les opérations ont été menées sur la Libye à l’Alliance. En se réunissant plusieurs fois par semaines, ce sous groupe du NAC (NB : emmené par les Britanniques et les Français) permettait de préparer les Conseils, « en ménageant les sensibilités variées des 28 », explique un officier à B2, mais surtout en constituant la masse critique indispensable pour obtenir l’effet d’entrainement nécessaire et des décisions. Et apparemment, cela n’a pas été sans difficultés, car certaines divergences étaient bien réelles autour de la table, notamment entre Européens et Américains que cela soit sur les outils – l’emploi des hélicoptères, le soutien naval de bombardement (NGS) – ; la tactique — « surge » contre « sustain » — la communication stratégique. Malgré tout ce dispositif pourrait devenir un modèle pour les opérations futures de l’Alliance, permettant de combiner souplesse d’utilisation et cohésion de l’Alliance. Un modèle d’autant plus nécessaire que les Etats-Unis se désengagent du sol européen.

Libye : on rentre !

(crédit : DICOD / Ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) Les 4 Mirage 2000N suivis des 3 Mirage 2000D basés à La Sude en Grèce ont rejoint le sol français aujourd’hui (26 octobre), annonce l’Etat-Major des armées françaises. Ils y étaient depuis le 6 mai pour les premiers, le 19 avril pour les seconds.

Redéploiement rapide

Décidé à la mort du colonel Kadhafi et la reprise de Syrte par les forces du gouvernement provisoire du CNT, le « redéploiement » est engagé depuis plusieurs jours déjà et se déroule de façon rapide.

Cela a commencé par les moyens maritimes. La TF 473 qui comprend l’état-major embarqué sur le BPC Tonnerre (qui avait relayé en septembre son sistership le BPC Mistral), le groupe aéromobile (hélicoptères Puma, Tigre et Gazelle) et le plot RESCO (reconnaissance), deux frégates (la frégate anti-sous-marine Montcalm et la frégate de défense aérienne Chevalier Paul) , un bâtiment de soutien et un sous-marin nucléaire d’attaque ont quitté la zone d’opérations le 22 octobre pour rallier Toulon où elle restent en « alerte ». Quelques moyens aériens ont suivi. 2 Mirage 2000D et les 4 Mirage F1 CR sont ainsi rentrés le 24 octobre.

Le détachement chasse de La Sude en Grèce compte encore 3 Mirage 2000D, précise-t-on à l’Etat-major des armées. A Sigonella, il reste 5 Rafale et un drone Harfang. Tandis que les avions de ravitaillement (C135F) et de reconnaissance (E3F) restent mobilisés mais à partir de France. Un batiment (l‘aviso Commandant Birot) demeure engagé au sein de la force navale de l’OTAN. Mais plus pour longtemps. Car l’heure est au repli général.

Mission accomplie

« C’est fini. Nous avons atteint nos objectifs » a estimé le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, sur France-Inter aujourd’hui La fin des opérations a été fixée au 31 octobre par l’OTAN. Mais la réunion des ambassadeurs prévue aujourd’hui pour formaliser cette décision a dû être reportée à vendredi. Le CNT libyen souhaite en effet que l’OTAN prolonge sa mission. Ce qui n’est pas tout à fait le sentiment de plusieurs alliés. Alain Juppé l’a confirmé lors d’un point de presse. « La Libye est désormais libérée et nous nous en félicitons. L’opération militaire proprement dite touche à sa fin. Une phase de transition s’ouvre pendant laquelle nous allons nous concerter au sein des Nations unies ainsi qu’avec nos partenaires de l’OTAN et de l’Union européenne et avec nos interlocuteurs du CNT, afin de répondre de manière appropriée à la demande de ces derniers. » La dernière idée soutenue est que le Qatar prenne la tête d’une coalition de bonnes volontés pour prendre le relais de l’OTAN sur place.

Un dispositif en alerte

En attendant, une partie du dispositif rentré en France reste cependant en alerte « au cas où » : la TF 473, avec son état-major, le BPC, le groupe aéromobile, un plot RESCO, deux frégates et un bâtiment de soutien ; deux détachement de Mirage (l’un de 2000D et l’autre de 2000N) ; et un Atlantique 2.

Les agents du BND avaient repéré la présence de Kadhafi

(BRUXELLES2) C’est le Spiegel qui le révèle. Pendant des semaines, le service fédéral de renseignement (BND) « savait exactement que l’ex dictateur-libyen Mouammar al-Kadhafi se trouvait dans sa ville natale de Syrte ». Le BND qui « a traditionnellement une source dense d’information au Moyen-Orient connaissait l’endroit où Kadhafi cachaient des rebelles ». « Les sources de sécurité ont cependant déclaré, qu’ils n’avaient pas de données géolocalisables permettant de conduire à une attaque ciblée sur Kadhafi ». Informations transmises aux homologues de l’OTAN selon l’hebdomadaire allemand. Dans un communiqué, le porte-parole du BND, a affirmé samedi, que « nous ne savions pas que Kadhafi venait de s’arrêter ce jour-là à Syrte ».

Nb : cela confirme les informations de la présence d’agents de renseignement non seulement britanniques ou français mais aussi italiens et allemands sur le terrain.

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Le rôle de l’OTAN dans l’attaque du convoi de Kadhafi

(BRUXELLES2) L’Alliance a dans son bulletin quotidien confirmé de façon détaillée avoir attaqué un convoi de nombreux véhicules, lourdement armé, mais dénié qu’elle savait que Kadhafi se trouvait à bord à ce moment là.

Une première frappe disperse le convoi

Jeudi, à environ 8h30 heure locale, un avion de l’OTAN a frappé « 11 véhicules militaires armés qui faisaient partie d’un groupe plus important d’environ 75 véhicules dans les environs de Syrte » précise ainsi l’Alliance dans son communiqué quotidien de ce jour. « Ces véhicules étaient en train de quitter Syrte à grande vitesse et ont tenté de forcer leur chemin autour de la périphérie de la ville. Les véhicules avaient, à bord, une quantité importante d’armes et de munitions ; ce qui pose une menace importante pour la population civile locale. » Les avions de l’OTAN sont alors intervenus et ont visé un premier véhicule, le premier de la colonne a été détruit. Ce qui est inévitable a suivi. Cela « a perturbé le convoi et a entraîné la dispersion des autres véhicules qui ont changé de direction ». Après cette première frappe, un groupe « d’environ 20 véhicules a continué à grande vitesse à avancer vers le sud, à l’ouest de Syrte, continuant à représenter une menace significative ».

Une deuxième frappe l’immobilise

L’OTAN a alors procédé à une seconde frappe permettant de détruire ou endommager une dizaine de véhicules pro-Kadhafi (ce que l’évaluation menée par l’Otan a révélé plus tard). « Au moment de l’intervention, l’OTAN ne savait pas que Kadhafi était dans le convoi » précise-t-on au siège de l’Alliance. Et « l’intervention de l’OTAN a été menée uniquement pour réduire la menace envers la population civile, comme l’exige le mandat de l’ONU. De façon générale, l’OTAN ne cible pas les individus. »

Aux combattants du CNT de prendre le relais

L’OTAN s’est refusé à indiquer la nationalité des avions ayant mené le raid. Mais c’est un secret de polichinelle. Un avion Français comme l’a confirmé hier le ministre de la Défense, Gérard Longuet. La suite de l’histoire, c’est Gérard Longuet qui la raconte. Le convoi du dictateur, « de plusieurs dizaines de véhicules (…) a été stoppé dans sa progression alors qu’il cherchait à fuir Syrte mais n’a pas été détruit par l’intervention française ». Des combattants du CNT sont alors intervenus et ont « sorti le colonel Kadhafi » de sa voiture.

Bien que l’OTAN se dédouane d’avoir su que Kadhafi était dans le convoi, on peut douter de cette « innocence ». Kadhafi et son clan étaient sinon une cible, du moins un objectif recherché par les forces du CNT et les forces internationales car ayant commis des crimes sur les civils et constituant une menace permanente contre eux. Un convoi de véhicules aussi lourdement armés fuyant Syrte ne pouvait appartenir à quelques civils « ordinaires ». Les sources qui ont dirigé les avions de l’OTAN vers la cible – qu’elles soient du CNT ou des Etats de la coalition sur place – le savaient pertinemment.

D’ailleurs la coordination OTAN – CNT – même si elle n’est pas officielle et passe par le biais des forces nationales des Etats membres de l’opération et non du commandement de l’OTAN – est aujourd’hui bien réelle. Elle a en effet été sensiblement améliorée depuis les « petits » cafouillages du début de l’opération. Et cette coopération a été effective et utile à plus d’une reprise, notamment pour le guidage des bombardements ou des assauts lors de la libération des villes.

En finir avec le régime Kadhafi était une nécessité pour les Libyens mais aussi pour la coalition qui ne souhaitait pas voir ce conflit traîner en longueur à la fois pour des raisons budgétaires, politiques et internationales. La « normalisation libyenne » est plus qu’aujourd’hui nécessaire à la stabilisation de toute la zone entre Maghreb, Afrique et Moyen Orient.

Et maintenant, quid des opérations en Libye ? (maj)

(BRUXELLES2) Les ambassadeurs à l’OTAN se pencheront demain (vendredi) sur l’avenir de l’opération « Unified Protector » au-dessus de la Libye. Sur la table : continue-t-on, ou non, l’opération ? Et comment la finir ?

Ne pas lever le pied trop tôt

La conquête de Syrte et la mort de Kadhafi ne signifient pas l’arrêt immédiat de la mission m’a affirmé un militaire d’un pays allié participant à la mission. « Il ne faut pas s’attendre à ce que l’on parte demain. Il faut attendre que les différents foyers (de violence) s’apaisent. » Chacun redoute en effet « quelques troubles » encore durant pendant quelque jours. La mission de l’OTAN ne sera donc pas formellement terminée, tant que l’ONU n’aura pas décidé en ce sens. Ce qui semble certain, c’est que les derniers évènements permettent une levée partielle du dispositif.

Fin de la mission OTAN le 31 octobre, force reste à la liberté

(Maj – ven 22h30) Le secrétaire général F.A. Rasmussen a confirmé vendredi à l’issue de la réunion avec les ambassadeurs que « la mission prendrait fin le 31 octobre ». « Cette décision sera formellement adoptée la semaine prochaine ». Cette sortie sera faite« de façon prudente et contrôlée. L’OTAN veut observer attentivement ce qui se passe et pouvoir réagir aussitôt en cas de problème. » Et d’ajouter : « Maintenant, c’est le moment pour le peuple libyen d’être fier et de construire le futur d’une nouvelle Libye libre, basée sur la démocratie, les droits de l’homme et les règles de droit. La liberté est la force la plus forte dans le monde. »

En attente d’une nouvelle résolution de l’ONU

Quant à l’avenir, tout dépendra du sens également de la nouvelle résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Il n’est pas question pour l’instant de forces de maintien de la paix. Et les missions à venir seront davantage « civiles » comme l’a confirmé Pieter de Crem, le ministre belge de la Défense.

L’UE prête à l’assistance du contrôle des frontières

L’Union européenne devrait répéter, dimanche, lors de son sommet, sa disposition à aider la Libye dans la situation post-conflit. Plus concrètement, l’UE pourrait apporter sa contribution sur un point concret : le « contrôle » des frontières et non la « gestion » des frontières. La différence n’est pas que terminologique : dans un premier cas, il s’agit d’aider les Libyens à contrôler leurs frontières (passages d’hommes, de clandestins, d’armes, de terrorisme…) ; dans le second, il s’agit d’améliorer le fonctionnement des douanes (comme l’UE le fait en Ukraine ou Moldavie).

EUFOR Libya fermée

Quant à la mission EUFOR Libya (d’assistance humanitaire), elle devrait fermer sans tambour ni trompette. Les militaires de l’UE viennent de recommander la fermeture du quartier général d’opérations (OHQ) mis en place à Rome, qui n’a servi à pas grand chose sinon à planifier une mission type « désert des tartares » et boire quelques expressos… Les ambassadeurs du COPS ont approuvé cette fermeture. Mais c’est au conseil des ministres de l’UE de formellement avaliser cette décision. Ce devrait être chose faite lors d’un prochain conseil (pas automatiquement les ministres des Affaires étrangères), en point A (sans discussion)

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Tant que la menace est là… l’opération de l’OTAN prolongée de 3 mois.

Un Hercules italien (crédit : ministère italien de la Défense)

(BRUXELLES2) L’opération de l’OTAN en Libye « Unified Protector » a été prolongée de 90 jours supplémentaires. C’est ce qu’on décidé les ambassadeurs de l’OTAN réunis aujourd’hui au sein du NAC (North Atlantic Council). « Ensemble avec nos partenaires, l’OTAN a remarquablement réussi à remplir le mandat des Nations-Unies. Mais tant que les menaces contre les civils persistent, nous continuerons à protéger ceux-ci, conformément au mandat confirmé unanimement dans la résolution 2009 du conseil de sécurité et à la demande du conseil national de transition » a précisé le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen à l’issue de la réunion.

Pas un jour de plus que nécessaire

« Nous sommes déterminés à poursuivre notre mission aussi longtemps que nécessaire mais prêts à terminer l’opération aussitôt que possible » a-t-il ajouté (*). C’est un message clair au peuple libyen. Nus serons là aussi longtemps que nécessaire. Mais pas un jour de plus, pendant que vous prendrez votre avenir en main pour  une transition sûre vers la Libye nouvelle. » La reconduction de 90 jours ne signifie pas en effet que la mission ne prendra fin que dans trois mois. Il s’agit de la « durée standard » pour la reconduction de la mission m’a précisé un connaisseur du dossier.

L’après mission

L’hypothèse d’une possible prolongation de l’action de l’OTAN dans la Libye nouvelle semble en revanche s’éloigner. L’Alliance avait – on s’en souvient -, commencé à étudier dès l’été une série d’options possibles pour son action dans le pays. Mais diverses conditions avaient aussi été placées par ses Etats membres notamment d’avoir une base juridique solide, si il y a une demande et en appui d’une autre mission (de l’ONU). Le déploiement d’une mission de casques bleus n’est pour l’instant plus d’actualité, ni envisagé côté international, ni demandé côté libyen. La présence d’une mission complémentaire de l’OTAN tombe donc.

(*) Traduction pro domo. « Together with our partners, NATO has been remarkably successful in fulfilling the mandate of the United Nations. But while threats to civilians persist, we will continue to protect them under the mandate confirmed unanimously in United Nations Security Council Resolution 2009, and at the request of the National Transition Council. We are determined to continue our mission for as long as necessary, but ready to terminate the operation as soon as possible. (…) This decision sends a clear message to the Libyan people. We will be there for as long as necessary, but not a day longer, while you take your future in your hands to ensure a safe transition to the new Libya.

L’OTAN reconnait la présence d’hommes à terre dans ses alliés

(BRUXELLES2) Lors d’un point de presse tenu à Bruxelles mardi (30 août), le colonel Roland Lavoie, porte-parole de l’opération Unified Protector a tenu à démentir la présence de troupes à terre sous commandement de l’OTAN. Mais il a tout de même reconnu que des troupes à terre dans ses alliés étaient présents. Et que les alliés avaient des échanges sur ces questions. Pour le colonel : « Our NATO mission has no troops on the ground. And as a spokesperson for NATO this is what I could talk about. So I tell you concretely we have no ground troops on the ground. We do have exchange of information with Allies, presence of Allied nations on the ground, but as part of Operation Unified Protector we have no such presence ».

C’est effectivement un secret de Polichinelle. Comme dans toute opération inter ou multinationale, certains des pays engagés mènent des missions spéciales, parfois en étroite liaison avec l’opération menée de façon internationale, mais pas sous son commandement. Ce qui permet à la fois une autonomie de commandement, une rapidité d’action et de ne pas nuire à l’action internationale. L’un étant utile à l’autre (et vice-versa).

NB : On précisera également que tout ce débat autour d’hommes engagés sur le terrain est assez irréaliste car la résolution de l’ONU interdit les « forces d’occupation » pas les forces à terre. Il y a là une singulière différence qui n’est pas que sémantique.

Incidents en Libye, l’OTAN s’explique, photos à l’appui

(crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) Kadhafi a marqué, récemment, un point dans la guerre, médiatique, qui l’oppose à l’OTAN, par communication à la presse et télévision interposées, en affirmant que les derniers bombardements, à Tripoli et à Sorman, dimanche et lundi, ont fait, respectivement 15 et 9 victimes civiles et la photo d’un hélicoptère abattu. Malgré quelques réactions, l’OTAN paraissait clairement en retard d’une déclaration sur le dirigeant libyen. Elle a tenté, aujourd’hui, de redresser la barre. Démonstrations orales et photos satellite à l’appui, le commodore Mike Bracken, porte-parole de l’opération Unified Protector a tenu à montrer les origines de chaque « incident », en les distinguant bien.

Trois incidents séparés

« Ces trois incidents sont totalement séparés : dans le premier cas, une situation inextricable ; dans le second, un défaut d’une de nos armes ; dans le troisième, c’était une frappe qui visait clairement une cible identifiée » a expliqué Mike Bracken qui s’exprimait par video-conférence du QG de Naples.

1er incident, Brega, vendredi, l’OTAN frappe une colonne de véhicules qui semblait menacer des civils. Mais c’est un des véhicules des rebelles qui a été atteint par un tir de l’OTAN. « Nous le regrettons » explique Mike Bracken. Mais la situation était « particulièrement complexe » entre les forces d’opposition et celles pro-Kadhafi.

Remarque : Dans cet « incident », on ne peut pas parler – a priori – de bavure puisque le mandat officiel de l’OTAN n’est pas de soutenir les forces du CNT contre celles de Kadhafi (même si dans la réalité c’est le cas), mais de protéger les civils libyens. Que des combattants meurent au combat est un risque. Il s’agit donc davantage d’un « friendly fire » comme il y a en quelques uns dans les combats modernes. Dans les seconds et troisième « incidents », c’est différent.

2e incident, Tripoli, dimanche matin, l’OTAN a mené des frappes sur certaines cibles identifiées. Mais il y a eu un raté. Et les militaires avouent leur entière responsabilité. « Une de nos armes n’a pas atteint sa cible prévue – un site de missiles – à la suite d’une erreur technique. Ce qui a occasionné certaines victimes civiles » a , avant de s’excuser. « Nous regrettons profondément la mort de civils innocents ». Le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen a présenté ses condoléances aux familles, hier (lundi).

3e incident, Sorman près de Tripoli, lundi, la situation est plus délicate. L’OTAN visait un centre de commandement et de contrôle « significatif ». « Cétait une cible légitime, un commandement de haute valeur » précise le commodore Bracken, photos satellites à l’appui. Et de poursuivre : « Sur le toit de ce bâtiment, vous voyez 17 points. Ce sont satellites, certains ont 3 mètres de largeur. Vous voyez beaucoup de bâtiments qui ont besoin de 17 points satellite sur leur toit ? ». s’est-il demandé. « Nous prenons suffisamment de renseignements avant de décider d’une frappe« . Juste, à proximité, se trouvait une école communale, tout près duquel a été construit cette installation. L’école « n’a pas été atteinte. Seul le centre de commandement l’a été (…) Nous avons utilisé un tir de haute précision.  » précise l’officier supérieur.

Situation générale (crédit : OTAN)

Bâtiment ciblé : les petits ronds blancs = antennes satellites (crédit : OTAN)

Ce qu'il reste après la frappe du batiment visé : plus grand chose (crédit : OTAN)

Les bâtiments aux alentours : intacts... vus d'en haut (Crédit : OTAN)

La différence entre l’OTAN et le régime libyen

« Chaque mort civile et toute mort civile est une tragédie » a reconnu Oana Lungescu, le porte-parole de l’OTAN. Mais elle a cherché à marquer sa différence. « Quand l’OTAN croit avoir causé des victimes civiles, nous le dirons. Et nous tacherons aussi vite que cela est possible d’établir les faits. L’accident tragique de Tripoli est une exception » a-t-elle tenu à expliquer « Si vous regardez les quelque 4000 sorties pour frappe (*), vous pouvez voir que nous prenons toutes les précautions pour éviter les morts civiles. Et nous le continuerons. Notre mission reste en pleine conformité avec la résolution 1973. Et notre mandat est d’utiliser touts les moyens nécessaire pour protéger les civils et les zones de population civiles d’attaques et de menaces d’attaque ». Et d’ajouter : « Nous ne visons pas des personnes en particulier. Et l’OTAN clairement ne vise pas délibérément des civils. C ‘est çà la différence entre l’OTAN et le régime Kadhafi qui, délibérément et indistinctement, vise les civils, depuis le début de la crise. » Mais il faut être clair également – a-t-elle avoué : « le risque zéro n’existe pas. »

Un drone perdu sur la Libye

L’OTAN en a profité pour confirmer la perte d’un drone hélicoptère. « A 7h30 GMT, nous avons perdu le contact avec un drone. Un appareil chargé d’effectuer la surveillance et la reconnaissance au-dessus du territoire libyen » a confirmé le commodore Mike Bracken. Il ne s’agit cependant pas d’un « hélicoptère d’attaque » (comme affirmé par le régime libyen) a-t-il précisé.

Commentaire : la bataille médiatique, un enjeu

La « guerre » en Libye se développe sur les trois terrains simultanés de l’ère moderne : militaire, médiatique et politique.

Sur le terrain militaire, l’effet conjugué de l’action terrestre de l’opposition et de l’action aérienne des avions et hélicoptères alliés a permis quelques succès incontestables. Mais ces gains peuvent être rapidement annihilés si des pertes sont enregistrés sur les deux autres terrains.

En effet, malgré toutes ces justifications qui peuvent être prises au sérieux, l’OTAN a subi un sérieux revers, médiatique, en réagissant avec retard, et timidité, à chaque information donnée par Tripoli, que ce soit pour les victimes civiles ou les pertes de matériels. Elle a donné ainsi, involontairement, un peu de crédibilité au régime de Kadhafi, un régime qui a acquis une certaine expérience dans la manipulation médiatique, depuis des années.

Cette bataille médiatique est vitale pour valider le continuum politique. L’aval politique à cet engagement reste, en effet, assez fragile, tant au niveau international (l’ONU) qu’au niveau national. Il faudra ainsi suivre attentivement l’évolution aux Etats-Unis et en Italie, notamment, deux pays stratégiques dans la poursuite de l’opération et où la situation apparaît particulièrement tendue, du moins de façon conjoncturelle.

(*) Ce nombre équivaut au nombre d’avions sorties pour frappes, mais pas aux frappes effectives. Le nombre de frappes effective en Libye équivaut à un tiers environ des sorties, soit 1400 frappes environ à ce jour.

Ce qui manque à l’OTAN en Libye ? Plus d’avions, frappant mieux et plus vite

visée de frappe (Crédit : Royal Air Force / Otan)

(BRUXELLES2) Les ministres français et britannique des Affaires étrangères l’ont dit, chacun à leur manière, ces derniers jours, et ils vont le répéter à Berlin jeudi, lors de la réunion formelle des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance atlantique : l’OTAN n’en fait pas assez en Libye, elle doit, elle peut faire plus. Que signifie, en pratique, ce coup de gueule ?

Mention insuffisant pour l’OTAN

Le Français Alain Juppé a été le plus direct, déclenchant le premier tir mardi matin : « L’Otan a voulu prendre la direction militaire des opérations, nous l’avons accepté, elle doit jouer son rôle aujourd’hui, c’est-à-dire éviter que Kadhafi n’utilise des armes lourdes pour bombarder des populations. » a-t-il déclaré au micro de France-Info, estimant que l’OTAN ne jouait « pas suffisamment » sont rôle. Et il a ensuite ajusté la sentence, à la sortie du conseil des ministres de Luxembourg : « Il n’est pas acceptable que Misrata continue à être sous le feu des bombardements des troupes de Kadhafi. Il faut être plus efficace. Quand on tire au canon sur Misrata, c’est qu’il y a bien des canons qui doivent être localisables quelque part et qui peuvent être neutralisés ».

Son homologue britannique William Hague a été moins direct mais tout aussi déterminé : « We must maintain and intensify our efforts in Nato. That is why the UK has in the last week supplied additional aircraft for striking ground targets threatening the civilian population of Libya »

Ce que cela signifie ?

L’opération de l’Alliance doit plus « robuste et dynamique », comme l’explique un diplomate, fort diplomatiquement. Concrètement, « la mission de protection des civils doit être pleinement assumée. Et au-delà des frappes sur les installations fixes – radar artillerie, – il faut aussi viser des cibles d’opportunité, mobiles. » En clair, malgré sa force sur le papier, sur le terrain l’opération de l’OTAN reste un peu rachitique et un peu lente. Deux problèmes, deux équations à résoudre séparément qui reviennent au même…

Avoir plus d’avions, frappant mieux et plus vite ?

1er problème : Beaucoup d’avions en l’air, peu d’avions efficaces

Cela ne signifie pas nécessairement davantage d’avions. Mais une meilleure répartition. L’opération « Unified protector » souffre de « lacunes capacitaires, avec un excédent de besoins concernant la zone aérienne et un manque d’avions pour la frappe au sol ».

Aujourd’hui, seuls 6 alliés sur les 28, que compte l’OTAN, participent aux frappes air-sol. Selon les éléments récoltés, il s’agit du Danemark (4 avions F-16 opérationnels, 2 en réserve), de la Norvège (idem), de la Belgique (idem) et du Canada (6 avions CF18), soit 18 avions disponibles. Résultat, la France (avec 18 avions Rafale et Mirage 2000D et une dizaine sur le Charles de Gaulle, hors contrôle OTAN) et le Royaume-Uni (8 Tornado GR4 augmentés à 12 + 10 Typhoons qui viennent de faire leur première frappe depuis leur engagement) assurent « plus de 50% des sorties » pour frappe.

Ce qui pose aussi, au passage, un « problème politique » ; toute la charge de l’opération reposant sur ces deux pays qui ont, ainsi statistiquement, plus de probabilité de supporter une bavure. On pourrait ajouter : cela pose un problème financier. Chaque Etat finançant ses propres avions engagés et l’armement dépensé… Ce n’est pas rien.

Une dizaine d’avions manquant

Il manque une dizaine d’avions par jour, selon le commandement militaire de l’opération. Tout l’effort du couple franco-britannique à Berlin va donc se porter sur les 4 alliés présents dans l’opération (pour qu’ils s’engagent un peu plus, retirent certains caveats) mais surtout sur ceux qui engagés du bout des lèvres : l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Suède qui assurent des « ronds dans l’air » pour maintenir une « No Fly Zone », déjà effective, alors qu’ils ont tous des avions (F-16 multirôles ou Gripen) qui pourraient techniquement être utiles sur les frappes.

Encore faut-il que les gouvernements les y autorisent. Précisons que dans 4 Etats, une autorisation du Parlement est nécessaire : sans doute plus facile à obtenir en Italie (où le processus parlementaire semble déjà engagé en ce sens) qu’aux Pays-Bas, avec une assemblée plus réticente à une frappe de force).

2e problème : Une Alliance lente à dégager son flingue

Les règles d’engagement adoptées au début de l’opération sont aussi robustes que celles engagées par la coalition » assure un expert français. Mais « il existe aujourd’hui certaines contraintes techniques ». Les ATO (Air Tasking Order ou ordre de vol), par exemple sont établis pour les 72 heures suivantes. Ils peuvent être modifiés au besoin dans ce laps de 3 jours. Résultat : le temps de réaction de l’Alliance est aujourd’hui encore « un peu lent ».

Il faudrait réduire ce temps « à quelques heures, voire moins ». Ce qu’on appelle en termes militaires avoir une « boucle courte », un temps de réaction raccourci entre la frappe et la reconnaissance, développer une plus grande flexibilité opérationnelle, avoir « un peu plus d’autonomie et de souplesse sur le terrain ». Ce qui permettrait ainsi d’attraper des colonnes de chars en mouvement ou de faire face aux imprévus.

NB : La présence d’avions américains spécialisés dans l’action anti-tanks comme l’A 10 Thunderbolt – qui peut se déplacer à basse altitude et basse vitesse – ou le bombardier AC-130 (bâti sur la structure du C-130 et lourdement armé) ne serait ainsi « pas nécessaire », si ces deux équations sont remplies, pour avoir une action plus efficace sur le terrain.

L’OTAN se met en ligne sur la Libye. Logo et organigramme de « Unified protector »

(BRUXELLES2) L’opération « Unified Protector » redonne un coup de jeune et du tonus à la bonne vieille dame qu’est l’Alliance atlantique et qui fête dans quelques jours ses 62 printemps (le traité de 1949 a été signé le 4 avril). Pour suivre toute l’actualité sur la Libye, elle a ouvert une page internet qui regroupe les principaux éléments. Ainsi qu’un fil twitter. Quant au commandement interarmées de Naples (JFC) qui pilote toute l’opération, on le trouve ici.

Domination US des commandements

Pour comprendre en un coup d’oeil, la chaine de commandement, on trouvera un schéma assez clair qui montre nettement la domination nord-américaine sur l’opération : les Français et Britanniques initiateurs de l’opération n’ont aucun poste. En haut, pour la supervision générale des affaires militaires : l’amiral américain Jim Stravridis au SHAPE ; au-dessous, le général canadien Charles Bouchard comme commandant d’opération ; un autre général américain Ralph Jodice II pour la composante aérienne et un vice-amiral Italien, Rinaldo Veri pour la composante maritime. Tout est sous contrôle… effectivement.