Incidents en série entre Ukraine et Russie dans le détroit de Kertch. L’UE appelle à la désescalade

(B2) Le conflit entre Russie et Ukraine qui était essentiellement terrestre et de communication, se prolonge aujourd’hui en mer. Entre les marines ukrainienne et russe, dans le détroit de Kertch, la situation a dégénéré ce dimanche

Le remorqueur ukrainien Yani Kapu percuté par le navire des garde-côtes russes Don (crédit : Ukraine – A. Azerov)

Un navire percuté

Tout a commencé ce dimanche (25 novembre), aux premières heures de la matinée, quand un convoi de navires ukrainiens, composé de deux petits bateaux blindés d’artillerie, le Berdiansk et le Nikopol, a voulu traverser le détroit de Kertch, séparant la Crimée de la Russie, pour aller du port d’Odessa au port de Mariupol à travers la mer d’Azov. Ils ont été suivis par deux navires russes : la corvette Suzdalets (071) et le navire des garde-côtes Don. Ce dernier a alors percuté l’avant du remorqueur ukrainien Yani Kapu (A-947), a signalé la marine ukrainienne sur Facebook ce dimanche (25 novembre). Le moteur principal du navire a été endommagé et un des canots de secours a disparu sous le choc.

Un navire touché, six blessés

Après avoir quitté la zone des 12 miles, le groupe naval de la marine ukrainienne s’est retrouvé sous le feu des gardes-côtes du FSB russe » a annoncé ce soir à 20h28 heure de Kiev (19h28 heure CET) la marine ukrainienne. « Le Berdiansk pris sous les tirs a dû stopper sa navigation. Un marin ukrainien a été blessé » dans l’action.

Saisie des trois navires

Peu de temps après, vers 21h20 (heure de Kiev), les trois navires, le Berdyansk, le Nikopol et le remorqueur portuaire Yani Kapu « ont été contraints de s’arrêter et saisis par les forces spéciales russes » annonce la marine ukrainienne. « Deux marins ukrainiens ont été blessés. » En fait au total, six blessés ont été recensés par les autorités ukrainiennes, 23 marins étant retenus par les Russes.

(Укр – Eng – Fr – Deu – Rus)МВС України за допомогою спецзасобів отримало доступ до відео провокації -таран російським прикордонним кораблем "Дон" українського судна.Перехоплене відео знято російськими військовими, чутні команди – це піде доказом в міжнародний суд!Агресія!Гуртуємось! Очікуємо реакції дружніх країн!Друзі з ближнього та далекого зарубіжжя – реально підтримуєте Україну?! Прошу не обмежиться стурбованістю. Потрібні дії!* * *(Eng)Ministry of Internal Affairs of Ukraine, with the help of special means, got access to a video of provocation – Russian coast guard ship "Don" ramming Ukrainian 🇺🇦 vessel.Intercepted video is taken by the RF, commands heard. That will stand as a prove to the international court!Aggression!Let's stand together and anticipate reaction of friendly countries!Friends from Near and Far Abroad – Do you really support Ukraine? I ask you not to confine on inquietude only. Action is required!* * *(Fr)Le ministère des Affaires intérieures de l'Ukraine, avec l'aide de moyens spéciaux, a eu accès à une vidéo de provocation – le taran du navire-frontière russe "Don" du navire ukrainien🇺🇦.La vidéo interceptée est prise par lа Fédération Russe, les commandes entendues. Cela prouvera au tribunal international!L'agression!On se rassemble et attend la réaction des pays amis!Amis de l'étranger proche et lointain – Soutenez-vous vraiment l'Ukraine? Je vous demande de ne pas vous limitez seulement par l'inquiétude. L'action requise!* * *(Deu)Das Innenministerium der Ukraine bekommte mit Hilfe einer speziellen Ausrüstung ein Video in dem ein russischer Grenzschiff "Don" eines ukrainischen Schiffes gerammt hat.Abgefangenes Video wurde von Russen gefilmt. Befehlen sind zu hören. Es wird als Beweismittel vor einem internationalen Gericht verwendet.Aggression!Wir warten auf die Reaktion der befreunden Länder!Freunde aus nah und fern im Ausland – unterstützen Sie die Ukraine! Bitte, beschränken Sie nicht nur auf Erfahrungen! Aktion ist forderlich!* * *(Rus)МВД Украины с помощью спецсредств получило видео провокации – тарана российского пограничного корабля "Дон" украинского судна.Перехваченное видео снято российскими спецслужбами, слышны команды – это станет доказательством в международном суде!Агрессия!Сплачиваемся! Ожидаем реакции дружественных стран!Друзья из ближнего и дальнего зарубежья – реально поддерживаете Украину?! Прошу не ограничиваться "озабоченностью". Требуются действия!

Gepostet von Arsen Avakov am Sonntag, 25. November 2018

Le respect de la frontière pour les uns, de la libre circulation maritime pour les autres

Selon le FSB, cité par Sputnik news, ces navires ont « traversé la frontière russe de façon illégale ». Et « les bâtiments ont effectué des manœuvres dangereuses en négligeant les demandes des autorités russes ». Des vedettes militaires et un cargo se sont mis en travers sous le pont de Kertch pour bloquer la navigation, indique le média russe.

Selon la marine ukrainienne, les plans de navigation avaient été notifiés à l’avance conformément aux règles internationales déclarent les Ukrainiens. Ils affirment que « toutes les actions illégales ont été enregistrées par les équipages des navires et le commandement de la marine ukrainienne et que les rapports seront remis aux agences internationales respectives ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


Un appel de l’UE au retour au calme

L’Union européenne a réagi ce soir par l’intermédiaire d’un communiqué du porte-parole de la Haute représentante. « Nous attendons de la Russie qu’elle rétablisse la liberté de passage dans le détroit de Kertch et nous demandons instamment à tous d’agir avec la plus grande retenue pour désamorcer immédiatement la situation » a indiqué la porte-parole de la Haute représentante de l’UE.

Ces événements « montrent clairement que l’instabilité et les tensions ne peuvent qu’augmenter si les règles fondamentales de la coopération internationale ne sont pas respectées », comme l’avait indiqué la Haute représentante fin octobre devant le Parlement. Rappelons que l’UE considère l’annexion de la Crimée, tout comme la construction du pont de Kertch, comme « une violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine »


Un problème de contrôle des eaux

Pour situer le problème, rien ne vaut une petite carte. Le détroit de Kertch permet de contrôler la navigation entre les deux parties de l’Ukraine, l’Ouest (à Odessa) et Mariupol (à l’Est). L’annexion de la Crimée par la Russie a entraîné ipso facto l’annexion des eaux territoriales dans la limite des 12 miles. Ce qui entraîne un contrôle total de la Russie sur l’entrée de la mer d’Azov.

 

 

Le détroit de Kertch permet de contrôler la navigation entre les deux parties de l’Ukraine, l’Ouest (à Odessa) et Mariupol (à l’Est)

Le réalisateur ukrainien, Oleg Sentsov, prix Sakharov 2018

(B2) Le Parlement européen a décidé ce jeudi (25 octobre) d’attribuer le prix Sakharov 2018 « de la liberté de penser » à Olger Sentsov. Un message envoyé à la Russie

« Le cinéaste est devenu un symbole pour la liberté des prisonniers politiques en Russie et dans le monde », a souligné le président du Parlement, Antonio Tajani, après avoir annoncé le nom du lauréat du prix Sakharov 2018 ce midi à Strasbourg.

Un prisonnier ‘politique’

Le réalisateur de film ukrainien purge une peine de 20 ans de prison, arrêté en 2014, et condamné en 2015 par les tribunaux russes, sous l’accusation de complot d’actes terroristes. Il s’était opposé à l’occupation de la Crimée par la Russie. En mai, il a entamé une grève de la faim qui a duré plus de 145 jours, pour la libération des prisonniers politiques ukrainiens en Russie.

La voix des autres

« Il est devenu la voix d’environ 70 autres innocents qui ont péri dans des conditions inhumaines dans des prisons russes dispersées dans le vaste pays. En lui décernant ce prix, nous témoignons du fait qu’ils ne sont pas oubliés », commente l’eurodéputé dela CDU Michael Gahler (PPE), rapporteur permanent du Parlement européen sur l’Ukraine.

Une fidélité à l’esprit de Sakharov

La candidature d’Oleg Sentsov avait été proposée par le groupe chrétien-démocrate PPE. « En soutenant Oleg Sentsov, le Parlement européen en a profité pour rester fidèle à ses convictions, aux principes de la démocratie, des droits de l’Homme et de la dignité, à l’état de droit et à la liberté de pensée », a déclaré le député slovaque Eduard Kukan, (PPE/indépendant).

Le premier Européen depuis dix ans

C’est le premier Européen depuis dix ans à recevoir ce prix. Il succède à l’opposition démocratique vénézuélienne (l’assemblée nationale et tous les prisonniers politiques) à laquelle le Prix Sakharov avait été décerné l’année dernière. La cérémonie de remise du prix aura lieu en décembre.

(Emmanuelle Stroesser)

Véhicules de surveillance de la mission EUMM Georgia (crédit : EUMM Georgia)

Je veux des policiers européens sur la frontière avec la Russie, dit Porochenko. Chiche ?

Véhicules de surveillance de la mission EUMM Georgia (crédit : EUMM Georgia)

Véhicules de surveillance de la mission européenne en Géorgie à la « ligne de contact » avec l’Ossétie du Sud (crédit : EUMM Georgia)

(BRUXELLES2) C’est le président ukrainien, Petro Porochenko, qui a lancé l’idée ce mercredi (soir), après une réunion du Conseil de sécurité nationale et de défense ukrainien. Réunion qui a suivi le repli des forces armées ukrainiennes de la poche contestée de Debaltseve (*). L’Ukraine a décidé officiellement « de faire appel à l’ONU pour envoyer une mission de maintien de la paix en Ukraine, qui opérera sous le mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies ». « Le meilleur format pour nous – ce serait une mission de police de l’Union européenne ». Cette mission aurait pour but de surveiller la frontière entre l’Ukraine et la Russie ». Ce serait « la meilleure option pour garantir la sécurité, dans une situation où le cessez-le-feu n’est respecté ni par la Russie, ni par ceux qui la soutiennent », a-t-il affirmé. La demande ainsi formulée suscite quelques interrogations.

Est-ce dans l’accord de Minsk ?

Tout d’abord, dans les accords de Minsk, conclus la semaine dernière, la reprise du contrôle des frontières était dévolue par l’OSCE. Ce contrôle des frontières devait se produire dans une sorte de donnant-donnant avec le processus politique, notamment la réforme constitutionnelle visant à octroyer une large autonomie aux provinces de l’Ukraine. « Autonomie que les Ukrainiens ont toujours promis. Mais qu’ils ont toujours repoussée » ainsi que l’a confirmé à B2 un diplomate européen. En donnant, tout de suite, ce rôle à l’Union européenne, on change un peu le processus de Minsk. Ce n’est d’ailleurs pas impossible, celui-ci laissant de larges zones d’ombre. Mais le gouvernement ukrainien laisse une impression désagréable : celui de vouloir revoir les règles, à peine celles-ci signées.

Un accord de Moscou nécessaire dans tous les cas

Ensuite, il faut bien prendre conscience qu’un accord politique (et même opérationnel) de Moscou va être requis, que ce soit par un passage au Conseil de sécurité de l’ONU, pour une mission sous chapitre VII de la Charte (avec le droit de veto de la Russie), ou pour une mission « à l’invitation de l’Ukraine », sans passer automatiquement par l’ONU, ce qui est possible en soi, mais nécessite, là encore, l’accord intrinsèque de Moscou. Il faudra compter aussi sur un accord des séparatistes russes. L’un n’étant pas automatiquement comptable de l’autre (dans un jeu parfois très byzantin).

Une mission de police uniquement ?

Enfin, la nature même de la mission (« de police ») interpelle. On serait davantage dans une mission mixte : à la fois d’interposition, type militaire, d’observation musclée (type EUMM Georgia +), avec une composante « gestion de frontières » (EUBAM). Il faudra aussi définir s’il s’agit d’une mission militaire ou civile (a priori c’est plutôt de ce ressort) et surtout si les hommes/femmes déployés sur le terrain seront, ou non armés (a priori, vu la situation, l’armement parait obligatoire).

Vu l’étendue de la frontière, ce type de missions nécessitera largement plus d’hommes et de matériels que pour la mission EUMM Georgia. Il y a au moins 400 km de frontières qui sont hors contrôle de l’Ukraine, selon ce que m’ont dit les gardes-frontières ukrainiens (lire : Les gardes frontières ukrainiens… sur la ligne de front). Et les risques encourus, comme la durée et l’intensité du conflit (+ 5000 morts en Ukraine sur plus de 10 mois de conflit contre environ 1000 morts en Géorgie sur quelques semaines) nécessitent une mission « robuste » d’au moins un millier de personnes (avec une Quick Reaction force, un hôpital de type Rôle 2, des hélicoptères, etc.).

Un défi pour l’Europe (et pour Federica Mogherini) ?

La demande de Porochenko met aussi la communauté internationale et l’Union européenne face à leurs responsabilités. C’est un vrai défi qu’il lance à l’Europe. Plutôt qu’un débat, assez théologique finalement sur la livraison d’armes, c’est un vrai enjeu qui est ainsi posé (**). Celle de la capacité de l’Europe à « réagir aux crises dans son plus proche voisinage ». La Haute représentante, Federica Mogherini, avait indiqué à plusieurs reprises que c’était sa priorité première. Elle – et les Européens au travers d’elle – sont désormais au pied du mur. Seront-ils en mesure de relever ce défi, au plan politique comme au plan opérationnel ?

La mise en place de cette mission, à supposer qu’elle recueille les feux verts nécessaires de la communauté internationale implique aussi de relever des défis logistiques importants. L’UE a cependant un avantage : un certain savoir faire acquis, que ce soit en Géorgie, et même en Ukraine de l’autre côté du pays (avec EUBAM Ukraine Moldavie), et une certaine volonté politique attestée lors des différentes réunions du conseil des Affaires étrangères. Répondre à ce défi serait un projet certainement plus fédérateur que de décider de nouvelles sanctions économiques (ou d’aller en Libye). Atout supplémentaire pour l’Union européenne : elle dispose à Kiev d’une petite équipe de spécialistes qui forment la mission (civile) de conseil auprès des forces de sécurité intérieure ukrainienne (EUAM Ukraine)… Allez !

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) le dirigeant russe Poutine avait mentionné, dès la signature des accords de Minsk la semaine dernière, cette poche géographique comme un des problèmes subsistants à régler dans l’est de l’Ukraine (Lire : Les principaux éléments du nouvel accord de Minsk. Un armistice, pas (encore) la paix (maj)) Les séparatistes russes ont pilonné les positions des forces ukrainiennes, quasi-encerclées, qui n’ont eu pas d’autre choix que de quitter la zone. La « ligne de contact » entre les belligérants est désormais plus linéaire, sans l’entaille de Debaltseve, qui avait été la conséquence de la percée ukrainienne pour atteindre notamment les débris du MH17 après sa destruction par des tirs venus des zones pro-russes. Elle devient, du coup, beaucoup plus logique et facile à contrôler.

(**) La surveillance des frontières par l’OSCE apparaissait assez difficile à mettre en place, hors un cadre très apaisé des tensions.