Le delirium tremens du Daily express sur la participation britannique aux projets de défense européenne

(B2) De temps en temps, il faut lire la presse britannique populaire sur l’Europe. C’est un moment où on peut hésiter entre le fou rire et l’ébahissement devant autant de contre-vérités, de mauvaise foi et de vrais mensonges. La dernière livraison du Daily Express est, en la matière, un exemple.

Sous le titre « EU Army outrage as British troops risk being forced into EU defence force after Brexit », il se livre à une féroce attaque sur les dispositions figurant dans l’accord (sur le Brexit en matière de défense. En grande partie totalement fausse.

Que dit le quotidien populaire ?

« At present, the divorce deal promises to keep the UK linked to a series of EU military structures including the European Defence Fund, the European Defence Agency and Permanent Structured Cooperation (PESCO). »

« Britain could be forced to pay billions of pounds into EU defence projects and contribute troops and other military assets to Brussels defence units as a result. »

Étonnant ! D’une part les dispositions en cause — qui figurent dans la déclaration politique signée avec le Royaume-Uni — remontent tout de même à quasiment un an. Les spécialistes du ‘European Research Group‘, un think-tank férocement anti-UE, dirigé par l’ancien ministre Steve Baker, semblent venir de les découvrir. D’autre part il y a une série de confusions, voire de fausses informations.

Six confusions voire informations fausses

1° Le Fonds européen de défense comme la coopération structurée permanente sont des dispositifs plutôt que des structures au sens militaire du terme.

2° Toutes ces initiatives ont une incidence capacitaire, pas opérationnelle en soi. Cela n’entraîne aucune mise à disposition de troupes.

3° Les projets capacitaires ne sont pas des projets de l’UE en soi, ce sont des projets initiés, contrôlés, gérés par les États membres.

4° Cela reste toujours basé sur le volontariat comme toutes les initiatives de défense. Le Royaume-Uni pourra toujours choisir de payer.

5° Globalement, c’est à l’avantage du Royaume-Uni, et de l’industrie britannique en particulier qui pourraient continuer à coopérer avec des entreprises européennes, voire bénéficier de financements européens pour des projets nationaux.

6° C’est une demande expresse des Britanniques qui se ‘roulent par terre’ pour garder un pied dans ces initiatives récemment mises en place comme le Fonds européen de défense ou la coopération structurée permanente, et dans celle plus ancienne de l’Agence européenne de défense.

Pas de contribution britannique de plusieurs milliards

Quant à la facture à payer, on est dans le grand n’importe quoi. Si on prenait l’information au pied de la lettre, le Royaume-Uni était forcé de payer des milliards £ pour les projets de la défense, au ratio du poids britannique dans le PiB cela signifierait que la défense européenne a un budget de plusieurs dizaines de milliards € par an. On n’est plus dans l’imagination, on est dans le mensonge voire le délire total. S’il y a une facture à payer par le Royaume-Uni pour ces projets capacitaires, ce serait de l’ordre de quelques millions d’euros, et non pas pour des projets européens, mais des projets nationaux. C’est le budget européen qui contribue aux projets des États membres et non l’inverse.

Pas de contribution militaire sans décision souveraine britannique

Enfin sur la contribution opérationnelle britannique, ce n’est pas dans le cadre de l’agence européenne de défense qu’elle s’exerce, mais dans le cadre des opérations de la PSDC. Et là encore, la décision se fait ‘au cas par cas’, sur décision totalement souveraine du Royaume-Uni (avec l’information et/ou l’autorisation du Parlement britannique) et peut être retirée à tout moment.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le HMS Defender déployé dans le Golfe

(B2) La Royal Navy britannique a déployé un navire supplémentaire, le destroyer HMS Defender (D-36) dans le Golfe et le détroit d’Ormuz afin d’assurer la sécurité maritime des tankers et autres navires de commerce battant pavillon britannique. Concrètement il s’agit de répondre à de possibles menaces des gardiens de la révolution iraniens

(crédit : MOD Uk – Royal Navy – archives B2)

Le destroyer de type 45 a quitté Portsmouth le 12 août en compagnie du HMS Kent (F-78), une frégate de type 23, dont le déploiement était prévu. Sur place, ils viennent rejoindre et relayer une autre frégate, le HMS Montrose (F-236), déployée depuis plusieurs mois et qui a déjà effectué plus de 30 transits dans le détroit. Ils s’inscrivent « dans le cadre de la nouvelle structure de sécurité maritime internationale nouvellement créée », c’est-à-dire essentiellement dans le cadre de l’opération menée par les Américains dans la région.

« Ce déploiement garantira que le Royaume-Uni dispose de la flexibilité nécessaire pour engager de manière continue un navire dans la mission internationale » indique samedi (24 août) le ministère britannique de la Défense.

(NGV)

La Royal Navy escorte plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz

(B2) Les escortes par convoi de la Royal Navy dans le détroit d’Ormuz ont commencé. Vidéo à l’appui, prise depuis l’hélicoptère de la frégate HMS Montrose, la défense britannique montre la frégate britannique de type 23 accompagnant jeudi (25 juillet) plusieurs navires marchands, notamment le Stena Important (battant pavillon des Bermudes) et le Sea Ploeg.

(NGV)

Remerciements à mon collège britannique Henry Jones pour avoir signalé l’info

Une opération européenne de protection maritime dans le Golfe. En format ‘article 44’ ?

(B2) L’annonce par le Royaume-Uni du lancement d’une force ‘sous direction européenne’ de protection maritime dans le détroit d’Ormuz fait réfléchir à plus d’un titre : pourquoi les Britanniques se montrent si enthousiastes sur l’Europe ? Dans quel format vont-ils mener cette information ? Avec quels moyens ?

Quelle ironie !

On avait connu des Britanniques beaucoup plus atlantiques et moins européens. Aussi quand Jérémy Hunt, un ministre tory bon teint, annonce devant la Chambre des communes lundi (22 juillet) une « European-led maritime force », menée en « coalition » (1) on se pince presque pour se dire qu’on ne rêve pas. Même le plus audacieux Européen n’aurait jamais imaginé une situation où Londres réclame à corps et à cri une opération ‘européenne’. Il est assez ironique qu’il ait fallu le Brexit — et les pressions de Donald Trump sur l’Iran — pour que les Britanniques se souviennent qu’avoir une force européenne peut avoir autant d’intérêt qu’une force euro-atlantique.

Le besoin d’une puissance douce

Ce choix est tout d’abord une affaire de haute politique internationale. Il s’agit pour les Britanniques de bien se distinguer des efforts américains en cours contre l’Iran. Les diplomates britanniques, comme l’ancien chef du Foreign Office Jérémy Hunt devant la Chambre des communes, l’ont répété à maintes reprises : cette force sera bien distincte de l’effort américain. Placer cette force sous commandement de l’OTAN aurait été un signe immédiat d’hostilité. Le placer sous commandement européen est un geste de ‘puissance douce’.

L’expérience européenne

L’autre intérêt européen est l’expérience acquise en matière de protection des navires contre les pirates somaliens dans l’Océan indien. Une action à laquelle ont participé également les navires iraniens — sans cependant s’associer au mécanisme de coordination international Shade mis en place par les Européens en particulier. Au Royaume-Uni, la force européenne de lutte contre la piraterie (commandée par les Britanniques depuis Northwood) est désormais labellisée comme un « véritable succès », comme l’a rappelé un député britannique lors du débat.

Un format ‘article 44’

Le format de l’opération reste à trouver exactement. Si les Britanniques veulent placer l’opération sous couvert de l’Union européenne, ils n’entendent pas apparemment, selon nos informations, placer cette opération sous celui de la politique européenne de sécurité et de défense commune alias PSDC (lire : Vers une opération maritime combinée franco-germano-britannique dans le détroit d’Ormuz. Les discussions continuent) (2). Mais il est tout à fait possible d’avoir une opération en coalition, mandatée par l’Union européenne. C’est même une disposition prévue par les Traités. C’est ce qu’on appelle le format ‘article 44‘ en référence à l’article concerné du Traité (3). Un article qui n’a jamais pu être utilisé jusqu’ici. Les différents États membres n’ayant pas vraiment réussi à se mettre d’accord sur ses modalités d’utilisation ni sur son opportunité.

Quels moyens ?

La question des moyens reste maintenant posée de façon concrète. Il existe plusieurs modalités d’assurer la sécurité des navires : de l’escorte navire par navire — quasi impossible à assurer car très coûteuse en moyens —, à la formation de convois escortés — plutôt complexe à mettre en œuvre avec des navires marchands qui ont des impératifs horaires propres — en passant par des équipes de protection embarquées à bord des navires — la solution la plus souple et la plus facile à mettre en place. Mais une des premières choses à faire, c’est d’avoir une appréhension commune de la situation. C’est ce qu’a indiqué la ministre française des Armées, Florence Parly, dans un entretien à l’Est républicain ce jeudi. Les capteurs sur zone ne manquent pas, qu’ils soient américains, britanniques ou français, par voie de mer, aérienne ou satellite. Encore faut-il avoir une analyse unique de la situation.

Une épreuve de force dangereuse

Quelle que soit la méthode, mettre des navires sans s’assurer que les Iraniens ne répliqueront pas présente des risques certains. Celui d’être pris à son propre piège, d’avoir ce qu’on appelle ‘un trou dans la nacelle’, et de ne pouvoir faire face à une percée des Gardiens de la révolution iraniens qui ne sont pas des néophytes. Un autre risque serait de devoir faire feu sur des forces iraniennes. Ce serait à l’inverse de l’objectif recherché : la désescalade, et ferait tomber dans le piège des extrêmes.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. lire : Londres lance une force ‘européenne’ de protection maritime dans le Golfe. Les Français répondent présent
  2. Il était d’usage outre-Manche pour désigner les opérations de l’Union européenne de mentionner ‘une opération multinationale européenne’. Ce qui ajoute à la confusion.
  3. « le Conseil peut confier la mise en œuvre d’une mission à un groupe d’États membres qui le souhaitent et disposent des capacités nécessaires pour une telle mission. »

NB : cet article issu du commentaire du précédent article a été reformaté et complété

Londres veut une force ‘européenne’ de protection maritime dans le Golfe. Les Français répondent présent

(B2) Le ministre britannique des Affaires étrangères Jérémy Hunt vient de l’annoncer, ce lundi (22 juillet). Le Royaume-Uni va lancer dans le Golfe une « force maritime conduite par les Européens » (European-led maritime) afin de protéger les navires traversant le détroit d’Ormuz contre d’éventuelles attaques ‘de piraterie’ (aka des forces iraniennes)

Le HMS Duncan va participer à la force européenne de protection dans le Golfe (crédit : Royal Navy – Archives B2 – juin 2019)

Une montée en puissance lente

La présence va être renforcée peu à peu. Aux côtés du HMS Montrose (F-236), une frégate de type 23 déjà sur place, la Royal Navy a envoyé sur place le HMS Duncan (D-37), un destroyer de Type 45 qui devrait être sur zone dans quelques jours, d’ici « le 29 juillet ». Ce sera la « première étape dans ce processus de montée en puissance ». Objectif : protéger les navires battant pavillon britannique (tankers pétroliers, transporteurs de gaz liquéfié, cargos…) naviguant dans le détroit d’Ormuz. Jérémy Hunt a tenu cependant à avertir que cet effort n’était pas militaire. « Nous faisons cela, non pour accroître la tension, mais parce que nous estimons que la liberté de navigation est importante. Ce que nous recherchons est la désescalade. »

Une force européenne, la France répondra présent

« La coalition proposée sera placée sous le leadership européen » a précisé Jérémy Hunt. Plusieurs pays ont été contactés pour participer à cette force, dont le format n’est pas précisé exactement. La France et l’Allemagne notamment a précisé le ministre britannique, ayant indiqué avoir parlé avec ses homologues Jean-Yves Le Drian et Heiko Maas. Les Pays-Bas et la Norvège — deux pays avec une industrie pétrolière — auraient aussi été contactés selon nos informations. La France répondra présent. La ministre de la Défense française Florence Parly l’a assuré ce lundi après-midi après un entretien téléphonique avec son homologue britannique Penny Mordaunt. Il y a une « pleine solidarité » entre la France et le Royaume-Uni « alors qu’un pétrolier britannique est toujours retenu par l’Iran ». « La liberté de navigation dans le Golfe est un enjeu majeur de sécurité pour les Européens » a-t-elle indiqué. « Nous souhaitons travailler ensemble à la garantir. »

Une force bien distincte de l’effort américain

Cette force agira en coordination avec les autres forces, notamment américaines, présentes dans la zone. « On ne peut pas exclure les Américains. Nous agirons en coordination avec eux ils ont des moyens de ravitaillement en mer ou d’information » qui sont utiles à l’opération. Mais cette force sera bien distincte. Le chef de la diplomatie britannique a tenu cependant à le préciser devant la Chambre des communes, il ne s’agit pas pour les Britanniques de s’associer aux efforts américains en cours visant à briser l’Iran. « Cela ne fait pas partie de l’effort maximum des Américains sur l’Iran, car nous sommes engagés dans l’accord sur le nucléaire iranien. »

Des règles d’engagement élaborées

Les règles d’engagement sont en cours d’élaboration, mais le ministre n’a pas tenu devant la chambre à en donner tous les détails. Les navires marchands devront aussi faire un effort pour accroître leur sécurité. « On pourra pas assurer un risque zéro, mais on pourra le réduire. » Tous les navires battant pavillon britannique transitant par le détroit d’Ormuz devront ainsi communiquer la date de leur passage pour « nous permettre d’offrir la meilleure protection possible ». D’autres mesures pourraient aussi être nécessaires.

Un élément doublement stratégique

Ce lancement est intéressant. On avait connu des Britanniques beaucoup plus atlantiques et moins européens. Aussi quand Jérémy Hunt, un ministre tory bon teint, annonce une « European-led maritime force », menée en « coalition » (1) on se pince presque pour se dire qu’on ne rêve pas. Même le plus audacieux Européen n’aurait jamais imaginé une situation où Londres réclame une opération ‘européenne’ (lire article séparé)

Une campagne en cours

N’oublions pas cependant un élément principal : Jérémy Hunt est en campagne actuellement pour briguer le poste de chef du parti conservateur et dans le même temps celui de Premier ministre. Il a intérêt à la fois à durcir le ton, mais aussi à affirmer sa différence avec Boris Johnson sur un point essentiel : la coopération avec l’Europe. En défendant la mise en place d’une force européenne dans le détroit d’Ormuz, il affirme sa détermination. En la plaçant sous l’emblème de l’Europe, il affiche la nécessité d’avoir une approche plus mesurée qu’un hard deal. Car, dès aujourd’hui, les Britanniques peuvent avoir et auront besoin des Européens.

Un besoin d’Europe

Soyons clairs. Même dynamique, la flotte britannique ne suffira pas à assurer la protection des navires soit battant pavillon britannique, soit propriété ou armés par une compagnie britannique. Il faut une coalition d’Européens pour assurer une sécurisation du détroit. Au passage, cela permet à la marine britannique de retrouver un rôle et une mission de premier plan, depuis qu’elle ne participe plus ni à la force anti-piraterie de l’UE déployée dans l’Océan indien, ni dans les opérations en Méditerranée. Le QG d’opération de Northwood va pouvoir ainsi retrouver une vocation maritime qu’il avait perdue avec le départ de l’opération EUNAVFOR Atalanta pour un QG espagnol (pour cause de Brexit).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un terme courant outre-Manche pour désigner les opérations de l’Union européenne sans mentionner celle-ci. En l’espèce, il n’est pas vraiment clair si le Royaume-uni veut placer cette force sous le commandement des structures européennes.

Article modifié en développant aspects de commentaires dans un article séparé

La circulation dans le détroit d’Ormuz compromise. Les Européens en soutien à Londres

(B2) L’arraisonnement par les Gardiens de la révolution iraniens du Stena Impero dans le détroit d’Ormuz a provoqué des réactions en cascade

Le tanker Stena Impero naviguait vers l’Arabie saoudite quand les militaires iraniens sont intervenus dans l’après midi de vendredi (19 juillet) pour le stopper. Comme à la parade, des hommes masqués issus des commandos des gardiens de la révolution descendent le long d’un filin de l’hélicoptère qui les transportait, tandis qu’une vedette rapide entourait le bateau. La vidéo livrée par les Iraniens est assez impressionnante.

Du côté iranien, on justifie cette intervention par une collision du navire battant pavillon britannique, mais propriété d’un armateur suédois, avec un bateau de pêche. Mais c’est plus certainement l’arraisonnement d’une manière identique par la marine britannique d’un navire iranien au large de Gibraltar, soupçonné de trafic de pétrole vers la Syrie qui en est plutôt la cause. Le navire, ainsi que son équipage formé de 23 marins, en grande partie Indiens, mais aussi Russes, Lettons et Philippins, ont été déroutés vers l’Iran.

Un acte hostile et agressif

Les Britanniques ont convoqué un comité Cobra (réunion d’urgence des principaux responsables de sécurité). « C’est un acte hostile, agressif [et] illégal » a confirmé la ministre britannique de la Défense, Penny Mordaunt, sur Sky News. « Le navire était à ce moment dans les eaux omanaises. » La frégate britannique HMS Montrose qui se trouve actuellement dans le détroit se trouvait à peine à une heure du Stena Impero, a-t-elle précisé, démentant ainsi la proximité supposée de la frégate royale : dix minutes selon la presse.

L’Iran est parti dans un sens opposé à la désescalade

« Je viens juste de parler avec le ministre iranien des Affaires étrangères Zarif (je lui) ai exprimé ma déception extrême après qu’il m’ait assuré samedi dernier, que l’Iran voulait désamorcer la situation [et] ils se sont comportés dans le sens opposé » a souligné le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt, par twitter, en fin de matinée ce samedi. Et d’ajouter : « Les navires doivent et veulent être protégés ».

Le soutien de plusieurs pays européens à Londres

Plusieurs pays (France, Allemagne, Pays-Bas) ont apporté tout leur soutien au Royaume-Uni. Le Quai d’Orsay a ainsi condamné « fermement » la saisie du navire et demandé la libération du navire et de l’équipage, comme de « respecter la liberté de navigation ». Une demande identique côté européen pour les deux navires saisis par Téhéran. Un deuxième navire, le MV Mesdar, battant pavillon du Libéria et propriété britannique, avait été capturé. Mais il a été libéré rapidement et a repris sa route vers l’Arabie Saoudite, sa destination originale.

Un moment sensible

Cette affaire tombe à un moment en effet on ne peut plus sensible, alors que l’accord sur le nucléaire iranien est en péril. Washington continue à mettre sa pression et Téhéran, mécontent de ne pas toucher les dividendes de son effort en matière de respect de l’accord, a décidé de dépasser, de façon limitée (pour l’instant), les quotas autorisés d’eau lourde. « Dans une situation déjà tendue, cette évolution comporte des risques d’escalade. Cela compromet les travaux en cours pour trouver un moyen de résoudre les tensions actuelles » réagit Maja Kocijancic, la porte-parole du service diplomatique européen, au nom de la Haute représentante de l’UE.

(NGV)


Le sort de Nazanin Zaghari-Ratcliffe

Autre chef de préoccupation pour les Britanniques, le sort de Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une gestionnaire de projet à la fondation Thomson Reuters, à double nationalité britannique et iranienne, arrêtée le 3 avril 2016 et détenue en Iran donc depuis plus de trois ans. Jeremy Hunt n’a pas caché sa préoccupation face à son transfert « cette semaine dans un hôpital des gardiens de la révolution. Nous espérions que cela signifiait qu’elle avait besoin d’un traitement médical, mais le fait qu’elle ait été coupée du contact avec sa famille est un motif d’inquiétude énorme pour nous. »

Les hélicoptères Chinook restent pour (au moins) six mois supplémentaires au Sahel en soutien

(B2) Les Britanniques resteront au sein de l’opération Barkhane. La Premier ministre britannique l’a annoncé lundi (8 juillet) : « les hélicoptères britanniques Chinook et le personnel actuellement affecté à l’opération de lutte contre le terrorisme menée par la France dans le nord du Mali prolongeront leur mission de six mois au minimum »

(Ministère britannique de la Défense / Crown ©)

Theresa May a fait cette annonce lors d’une visite au QG des opérations britanniques à Northwood, au nord de Londres. Trois hélicoptères Chinook et près de 100 membres du personnel de service ont été déployés dans l’opération Barkhane depuis 2018. « Ils apportent une capacité logistique unique à l’opération, permettant aux forces terrestres françaises de fonctionner plus efficacement dans le Sahel, notamment au Niger et au Burkina Faso » souligne-t-on à Londres.

Pour la ministre de la Défense Penny Mordaunt : « L’instabilité croissante à travers le Sahel est source de souffrance pour les communautés locales et représente une menace réelle pour la sécurité européenne. Il est juste que nous étendions notre engagement à l’opération de lutte contre le terrorisme au Mali, au Burkina Faso et au Niger. »

Une décision saluée par la ministre française des Armées Florence Parly : « L’implication [britannique] est importante à nos yeux, mais elle l’est surtout pour les populations qui subissent les violences de groupes terroristes ».

(NGV)

NB : Le Royaume-Uni renforce aussi son engagement dans la région avec la création de nouvelles ambassades, l’extension du programme de développement et l’appui aux interventions de sécurité dans la région.

Entretiens. Une ‘grand strategy’ pour l’Europe (J. Howorth)

(B2) L’Union européenne doit reconsidérer sa relation avec les Etats-Unis et l’OTAN pour faire émerger une stratégie de défense européenne. C’est ce qu’a défendu Jolyon Howorth, professeur émérite à la Harvard Kennedy School, durant les seconds entretiens de la défense européenne à Paris jeudi (16 mai)

Jolyon Howorth aux entretiens européens de la défense (Crédit : Sorbonne/IREDIES)

Face à la création d’une armée européenne, trois obstacles…

Les Américains s’inquiètent des conséquences d’une défense européenne pour leur leadership. Les Britanniques jouent l’ambivalence pour ne pas froisser les États-Unis. Les Européens peinent à se mettre d’accord sur la marche à suivre. Trois obstacles qui ont fait « échouer » les deux premières tentatives de forger une armée européenne, la Communauté Européenne de Défense (CED) dans les années 1950 et la première version de la politique de défense (la PESD ou politique européenne de sécurité et de défense) à la fin des années 1990 début 2000, et qui continuent à freiner les nouvelles initiatives.

Les Américains, d’accord sur le principe d’une défense européenne

Les Américains, souvent critiqués pour le retard que prennent les initiatives européennes en matière de défense, n’étaient pas toujours défavorables à l’idée et ne s’y « opposent pas par principe, au contraire ». Mais une question les taraude, celle des « conséquences pour le leadership de l’Alliance, voire pour son avenir » si une défense européenne crédible devait se former. D’où l’ambivalence des États-Unis sur cette idée que Eisenhower regardait pourtant en 1951 comme un des objectifs de l’Alliance, idée légitimée par les multiples injonctions américaines à augmenter les budgets européens de défense. Cette position confuse s’inscrit dans le débat existentiel qu’est la définition de la prochaine « grand strategy américaine », explique Jolyon Howorth.

… mais des inquiétudes subsistent sur leur leadership au sein de l’Alliance

Après « quarante ans de leadership incontesté des alliés européens », le courant « liberal hegemon » qui définit la politique des Etats-Unis depuis longtemps se voit contester par les partisans de « l’offshore balancing ». Lesquels prônent un repli américain sur « un nombre fort limité de bases stratégiques » et un « transfert aux Européens de la responsabilité principale de leur propre sécurité ». La question reste ouverte alors que Donald Trump « semble s’y associer », sans toutefois « comprendre un instant le sens profond de ce débat stratégique ».

Les Britanniques, réfractaires à toute intégration européenne

Les Britanniques ont été, eux, « beaucoup plus réfractaires que les Américains au projet dès le début ». Et ils continueront de « freiner l’avancée des Européens vers une autonomie stratégique », rendant l’axe Paris-Berlin « d’autant plus urgent ». La vision britannique est celle d’une sécurité européenne bâtie sur une « clé de voûte » : l’OTAN. Les Européens étant simplement relégués à un rôle « complémentaire ». C’est pourquoi « Londres a bloqué toute avancée » qui aurait pu mener à une armée européenne tout en réclamant pourtant « à cor et à cri » un « engagement inconditionnel » à la sécurité européenne, selon le professeur, lui-même British. Pourtant fermement soutenue par Winston Churchill dès le début, la défense européenne a vite inquiété outre-Manche, le Royaume-Uni anxieux de « préserver le partenariat avec les États-Unis ». Le pays avait par exemple refusé la CED dès 1953, craignant que « le succès de l’armée européenne n’entraîne le désengagement américain ».

Les Européens indécis et divisés

Mais au final, les Européens sont leurs propres ennemis. Les divisions nationales sur la manière de construire l’Europe persistent et se retrouvent, « de façon profonde, au sein des familles politiques ». Mais avec le nouveau contexte géostratégique, de plus en plus complexe et multidimensionnel, « l’Union européenne ne peut plus se permettre le luxe de ses divisions internes ». Il faut repenser notre stratégie pour « passer de l’Europe de la défense, à la défense de l’Europe ». Ces divisions cristallisent l’opposition entre « l’intégrationnisme » prôné par Monnet et « l’intergouvernementalisme », selon le modèle gaullien. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) a, depuis Saint-Malo,  et la déclaration franco-britannique de 1998, été développée dans le cadre de ce dernier, un modèle « de plus en plus mis en question ». Les dernières évolutions en matière de défense nous placent à nouveau « face à la confrontation de ces deux méthodologies contradictoires ».

Trois défis majeurs aujourd’hui

Définir une stratégie européenne propre 

Il faut développer une « grand strategy » à l’européenne martèle Jolyon Howorth. L’un des problèmes fondamentaux de la première version de la PSDC fut son « manque d’ambition » par « crainte de froisser » les Américains. Pourtant, « la seule ambition qui vaille pour l’Union européenne est d’assumer sa propre défense collective ». Et donc d’arrêter de penser qu’il est impossible pour l’Europe de se défendre sans le soutien américain. Et il faut « pouvoir s’adapter à la nouvelle donne planétaire ». « Après Trump, il n’y aura pas de retour à la case départ ».

À quel prix

« L’armée européenne ne s’achètera pas parmi les soldes de chez Tati ». Les États membres de l’OTAN ont dépensé « 264 milliards de dollars » sur les questions de défense en 2018. Si tous les pays avaient atteint l’objectif fixé par l’OTAN de 2% du PIB, cela aurait majoré la somme de « près de 102 milliards de dollars ». Mais une armée européenne autonome pourrait représenter jusqu’à « 467 milliards de dollars supplémentaires » rappelle l’universitaire, se basant sur une étude récente du International Institute for Security Studies (IISS) qui fait l’hypothèse d’un retrait américain d’Europe. Un engagement conséquent donc.

Et avec qui ?

Si beaucoup pensent que l’armée européenne sera forgée « à l’extérieur de l’OTAN, sans les Américains, voire contre », Jolyon Howorth n’en est pas persuadé. Une armée européenne ne doit pas être construite contre les Américains, mais « en bonne intelligence avec eux ». Car l’Alliance ne va pas se dissoudre de sitôt. Et elle peut avoir un rôle moteur alors qu’il existe actuellement « quatre-vingt projets de coopération » entre l’OTAN et l’UE, et que les Américains « n’arrêtent pas de nous demander des efforts accrus, de nous encourager à assumer le leadership stratégique dans notre voisinage ». Il faudrait plutôt revenir au scénario initial : une alliance « rééquilibrée » dans laquelle les Européens « prennent graduellement la part du lion » et les Américains jouent « le rôle de facilitateurs ». Pour former une alliance qui ne soit pas « structurée par la dépendance, encore moins par la servitude ».

(Coline Traverson st.)

B2 est partenaire média des seconds entretiens. Le programme de la journée : Les 2e entretiens de la défense. C’est le 16 mai. D’autres articles suivent…

Lire aussi :

L’occasion ratée de la CED. La France suscite la Communauté européenne de défense puis la tue

Le retour des Britanniques au Parlement européen : chaos, foutoir ou opportunité ?

(B2 à Strasbourg) Le retour éventuel des Britanniques au Parlement européen après les élections européennes provoque des réactions différenciées dans l’enceinte parlementaire.

Pour le président du groupe S&D, Udo Bullmann, la présence des Britanniques dans le nouveau Parlement devrait marquer « le début de la fin du Brexit. Je suis convaincu qu’après le 23 mai, nous aurons de nouveaux débats au Royaume-Uni, ce sera le début de la fin du Brexit, car les citoyens britanniques auront l’opportunité de s’exprimer sur la procédure ».

Un « chaos » a tonné le leader des Libéraux et démocrates ALDE, Guy Verhofstadt, s’élevant contre un Parlement devenu un « pigeonnier [avec] les uns qui entrent, les autres qui sortent, les suppléants ». Même crainte exprimée par Gaby Zimmer, la présidente du groupe de la gauche (GUE), « ce sera le cirque ! », s’interrogeant sur la nécessité de prévoir « une double composition des commissions ? ».

Pour Nigel Farage c’est sûr, la révolution anti-Bruxelles est en marche : « Le parti du Brexit va changer la donne pendant ces élections ».

(Emmanuelle Stroesser)

Brexit ou pas, la Reine d’Angleterre restera une citoyenne européenne

Le drapeau personnel de la Reine Elisabeth, qui ressemble étrangement au drapeau européen, pourrait être hissé sur les navires des forces maltaises le jour de l’anniversaire de la Reine…

(B2) Selon certaines informations, la Reine (Queen Élisabeth II) aurait envoyé quelques missi dominici dans plusieurs pays d’Europe. Enjeu : négocier l’achat ou la location de terres, en sous main, sur le territoire de l’Union européenne. Ce qui lui permettrait notamment de continuer à bénéficier de fonds de la politique agricole commune, et de préserver son indépendance de revenus.

So British, so European

L’objectif de Buckingam Palace semble aussi prosaïque. Cette propriété lui permettrait de remplir une condition primordiale pour obtenir un passeport européen, pour elle et ses successeurs : avoir un attachement physique avec des territoires de l’UE. Des démarches ont été entreprises dans plusieurs pays européens où la Couronne a quelques attaches : Espagne et Grèce notamment, mais aussi en France et au Luxembourg. Les contacts entrepris n’ont pas permis d’entrevoir une solution rapide.

Elisabeth citoyenne maltaise

C’est à Malte où la négociation pourrait être le plus aisée. La Valette a une législation plutôt laxiste et bienveillante pour les étrangers, notamment en matière de passeport. La Reine peut en outre y prouver des attaches réelles. Elle a résidé dans l’île méditerranéenne durant plusieurs années, au gré des affectations de son mari Philip dans la Royal Navy, avant de prendre le trône britannique. Et elle a été son chef d’État, même après l’indépendance, jusqu’à la proclamation de la République en 1974.

Un codicille ajouté aux documents du Brexit

Ce changement — négocié très discrètement dans les couloirs de Bruxelles, lors du dernier sommet entre Donald Tusk et Theresa May, au petit matin du 22 mars — pourrait être formalisé sous forme d’un échange de lettres entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, confirmant tout simplement que les dispositions sur les citoyens britanniques dans l’Union européenne s’appliquent « y compris à la famille royale » (selon le projet vu par B2). Lettre qui devrait être envoyée aujourd’hui, avant le sommet spécial convoqué à Bruxelles le 10 ou 11 avril prochains. A suivre…

(NGV)

 

L’opération Redfold déclenchée au Royaume-Uni

(crédit : 123Rf)

(B2) Les militaires britanniques peaufinent leur préparation en cas de ‘no deal’, détaille la chaîne Skynews. L’hypothèse d’un Brexit dur n’est plus de la théorie aujourd’hui. Nom de code de cette opération d’un nouveau genre : Redfold

3500 militaires en alerte

Pas moins de 3500 militaires ont ainsi été placés en alerte, notamment pour pouvoir approvisionner certains points du pays. Une équipe militaire de 200 personnes est ainsi prête à conduire des citernes de carburant aux stations-service si nécessaire. Des bases militaires ont été réquisitionnées pour pouvoir parquer les camions en attente lors des contrôles douaniers.

Planificateurs et budget dégagés

Une centaine de planificateurs militaires participent depuis plusieurs mois à la planification de cet évènement avec d’autres départements ministériels, notamment le Cabinet du gouvernement et le ministère des Entreprises. La défense a déjà dépensé « au moins 23 millions de £ pour stocker des vivres, du carburant, des pièces détachées et des munitions » sur des bases, situées au Royaume-Uni ou à l’étranger (Chypre notamment), « au cas où les circuits d’approvisionnement seraient perturbés », précisent nos collègues Deborah Haynes et Beth Rigby.

Le bunker ‘Pindar’ activé sous le ministère de la Défense

Les forces armées ont même activé « une équipe dans un bunker à l’épreuve des armes nucléaires, dénommé Pindar, placé dans le sous-sol, du bâtiment principal du ministère de la Défense à Whitehall » détaille la chaîne britannique, qui fait dans le sensationnel. « C’est l’installation utilisée par les forces armées en temps de guerre ou d’urgence nationale. » En fait le centre de gestion de crises du ministère de la défense… au cas où !

(NGV)