EUTM RCA entame la formation d’un nouveau bataillon d’infanterie territoriale

(B2) La formation du 4ème bataillon d’infanterie territoriale a débuté

(crédit : EUTM RCA)

La cérémonie d’ouverture a eu lieu sur le camp Kassaï le 16 janvier dernier. Les instructeurs d’EUTM RCA entraîneront les deux compagnies des Forces Armées Centrafricaines (FACA) au combat, à la topographie, à la tactique et à la prévention sanitaire.

Plus de 3400 entraînés par EUTM

Avec la fin de la formation du bataillon amphibie le 6 décembre dernier, les FACA comptent « désormais plus de 3400 hommes et femmes entraînés par EUTM au sein de bataillons opérationnels et d’unités constituées » a indiqué le commandant de la mission, le général (portugais) Hermínio Maio. Des forces actives : environ 1200 hommes des FACA sont déployés sur le terrain.

Objectif : la formation des cadres

Dans peu de temps, EUTM va prendre en charge de nouvelles missions, tout en poursuivant ses actions traditionnelles. Elle « accompagnera l’instruction des nouvelles recrues aux côtés des instructeurs FACA » a précisé le général. La formation des cadres, « c’est le socle de toute armée ; […] les cours qualifiants jalonnent les carrières des officiers et des sous-officiers ». La formation des cadres se concentrera sur les cours qualifiants des carrières des officiers et des sous-officiers. Et le général d’espérer que l’école d’application pour les officiers d’infanterie « pourra démarrer dans un proche avenir ».

(MHA)

Le Brésil rejoint EUTM RCA

(B2) Seize ans après l’opération Artémis, le Brésil fait son retour parmi les partenaires de l’Union européenne en rejoignant la mission de formation de l’UE en Centrafrique, EUTM RCA

(crédit: EUTM RCA)

Trois militaires brésiliens ont rejoint début janvier la mission européenne dont le QG est établi à Bangui. Le Brésil devient ainsi le 12ème pays participant et le 4ème pays tiers (après la Géorgie, la Serbie et la Bosnie) à participer à la mission de formation de l’Union Européenne en République Centrafricaine. Présent dans la région au sein des forces onusiennes depuis plusieurs années (MINUSCA, MONUSCO, UNAMID, UNMISS), c’est dans la mission des Nations Unies au Soudan du Sud qu’est actuellement déployé le principal des forces brésiliennes.

(MHA)

Reportage à Bangui 4. Les commandos portugais en première ligne en RCA

Des commandos portugais à bord d’un Land Rover Defender, crée pour les forces spéciales (@LH/B2)

(BRUXELLES2 – à Bangui) Ils sont commandos, Portugais (1)… en principe, on les attend sur d’autres terrains que la République centrafricaine. Et pourtant, ces 159 hommes sont devenus indispensables au sein de la mission de l’ONU, la MINUSCA. Leur mission : contribuer à la stabilisation, sécurité et contrôle du territoire centrafricain. Tout juste rentrés d’opération dans le nord-ouest, B2 a pu les rencontrer à Bangui.

Le « dernier recours »

Ils sont le « dernier recours », lorsque la politique et les négociations ne fonctionnent pas et que seule la force semble possible face aux groupes armés. Ils sont ainsi intervenus récemment à Bocaranga. Vers la mi-septembre le groupe armé 3R avait pris le contrôle de cette localité du nord-ouest de la Centrafrique. Les 15.000 habitants ayant déserté, Bocaranga n’était plus qu’une « ville fantôme ».

La reprise de Bocaranga

Le contingent des casques bleus bangalais se limitait à protéger la base de ONGs, où s’est réfugié le personnel humanitaire, et le camp des déplacés à côté de sa position. Une délégation de la MINUSCA et du gouvernement a tenté d’obtenir le retrait du groupe armé. Sans résultat. Ce sont donc les commandos portugais, à bord de véhicules blindés, qui ont été envoyés pour reprendre la ville, avec le soutien aérien d’hélicoptères de combat. L’opération, contre ces 100-115 rebelles, a duré deux jours (7 et 8 octobre). Les Portugais inspectant maison par maison. Ils y ont trouvé « de nombreux prisonniers, enfermés dans une pièce de leur propre maison ». S’il y a bien eu des affrontements armés, rien qu’ils n’aient pas déjà vu sur d’autres terrains d’opération. Le pire ? : « la pauvreté, les conditions de vie de la population… »

… puis cap sur Bang

Une fois tous les membres du groupe armés expulsés de la ville, ce sont les contingents du Bangladesh et du Rwanda qui ont pris le relais, avec pour mission de contrôler la ville et éviter le retour du 3R, d’autres groupes armés, y compris les anti-balaka. Les Portugais ont, eux, pris la route vers Bang, petit village plus au nord (à seulement deux kilomètres du Tchad), qu’il fallait également reprendre… Chaque déploiement peut durer jusqu’à un mois.

À Bangui : préparation 

Lorsqu’ils ne sont pas déployés dans les régions centrafricaines, les Portugais sont basés à Bangui, au camp M’Poko. Ils ont alors trois tâches : le maintien de l’équipement (véhicules, armement, équipement…), maintenir un « haut niveau de préparation individuelle et collective », et mettre à jour leur connaissance de la situation dans le pays. Pour ce dernier point, l’officier du renseignement, qui travaille en permanence avec le quartier général (QG) de la MINUSCA, leur transmet les informations. « Nous devons savoir comment évoluent chacun des groupes armés. » Objectif : préparer tous les scénarios possibles.

… et patrouilles

Pendant les trois semaines entre déploiements, ils effectuent également des patrouilles dans Bangui, avec des casques bleus d’autres nationalités. Si la situation est plus calme à Bangui, le niveau d’alerte doit être maximum, notamment en raison des incidents ponctuels qui peuvent arriver rapidement. NB : l’attaque contre un bar, tuant quatre personnes, dans la nuit de samedi à dimanche 12 novembre, ainsi que les affrontements qui s’en sont suivis sont un exemple.

Intense préparation au Portugal 

Avant d’être déployés comme force de réaction rapide de la MINUSCA, les compagnies de commandos passent par trois étapes de préparation. En premier lieu, la préparation administrative et la logistique (habilitation, obtentions de passeports spéciaux, préparation sanitaire… ). Deuxièmement, la préparation opérationnelle centrée sur les capacités individuelles mais aussi collectives. Ce point prévoit la « systématisation des connaissances sur la MINUSCA, le terrain d’opération et la mission des divers composants de la Force militaire ». Pendant l’entraînement, les commandos ont été placés en « battle rythme » afin d’exercer « la planification et exécution d’opérations de combat et de stabilisation au niveau « groupe » et « compagnie » dans des conditions semblables à celles existantes dans le TO ». Un exercice final de certification est organisé. Troisièmement, la préparation pour la projection.

(Leonor Hubaut)

(1) Le détachement portugais, de 159 personnes, est composé d’une compagnie de 90 commandos et d’une équipe de trois personnes appartenant au Tatical Air Control Party (TACP) de l’Armée de l’Air Portugaise, d’un commandement et d’un détachement de soutien avec 66 personnes. Ils sont basés sur le camp français de M’Poko, à Bangui.

(2) Arrivés en septembre, il s’agissait du premier déploiement de ces commandos. La première rotation (janvier-août 2017) avait elle été déployée dans l’est du pays, notamment pour reprendre Bambari. Lire : Intervention aérienne de la MINUSCA à Bambari

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Six millions de plus pour les réfugiés centrafricains

Un transport aérien acheminant une cargaison de marchandises humanitaires (crédit : © EU/ECHO Jean-Pierre Mustin)

(B2) La Commission européenne a décidé d’augmenter de six millions d’euros l’aide humanitaire accordée aux réfugiés fuyant la République centrafricaine. Cette aide s’ajoute aux 4 millions d’euros déjà accordés depuis le début de la crise. « La situation effroyable en République centrafricaine provoque une crise dans toute la région, et comme le nombre de réfugiés continue d’augmenter, il y a peu de chances que ceux-ci puissent rentrer chez eux. Ils sont dépendants de notre aide humanitaire pour survivre » souligne Kristalina Georgieva, commissaire européenne chargée de l’Aide humanitaire. Selon les estimations, la crise actuelle en République centrafricaine aurait déjà contraint plus de 100.000 personnes à chercher refuge dans un pays voisin.

(Jérémy Cauderlier st.)

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(crédit : Union européenne)

Mobilité, Effectivité, Transition… les dix messages clés du général Pontiès pour l’opération EUFOR RCA

(crédit : Union européenne)

(crédit : Union européenne)

(BRUXELLES2) Alors que l’opération militaire en République centrafricaine entre dans ces dernières semaines de préparatifs, le général Philippe Ponties, commandant EUFOR RCA, qui a fait récemment le déplacement à Larissa, comme à Bangui, a précisé les points importants de l’opération européenne. Le chef de mission a pu rencontrer à Bangui, les autorités de transition, le commandant de l’opération Sangaris, le chef adjoint de la Misca, le chef de la composante justice police, le chef du Bureau des Nations-unies (le Binuca) et les acteurs humanitaires. Ce déplacement effectué en compagnie du général français Thierry Lion, qui commandera la force, a permis « d’examiner la situation sur place et affiner en conséquence le plan d’opération ». Quant au quartier général de Larissa, il est activé et fonctionne. « Je me suis rendu sur place. Et j‘ai trouvé des infrastructures d’excellentes qualités » explique le général Pontiès qui a précisé les dix points clés de la nouvelle opération militaire européenne.

1. Le mandat est limité dans le temps. La mission sera de six mois maximum — à compter de la « déclaration de pleine capacité » ; + 3 mois de montée en puissance, soit jusqu’à novembre. Ce mandat « ne sera pas renouvelé ». NB : la décision de mise en place d’EUFOR RCA prévoit d’ailleurs son auto abrogation ainsi que la dissolution de l’Etat-Major.

2. La zone d’opération sera « restreinte ». La mission sera déployée sur Bangui et région. Mais ne couvrira pas toute la capitale centrafricaine. Sa zone d’opération couvrira la zone de l’aéroport, le camp de réfugiés attenant, ainsi que « plusieurs districts adjacents à l’aéroport ». Mais pas toute la ville.

3. Objectif : un effet rapide. L’objectif est, en effet, d’avoir « très vite atteindre des effets visibles (…) pour les populations locales et les autorités de transition ». Quand le général Pontiès parle de visibilité, c’est une question d’efficacité surtout qu’il entend atteindre. L’idée est « non pas de se diluer sur une surface (mais) de se concentrer, en profondeur, pour avoir des effets immédiats mais qui soient aussi durables ».

4. La mission : sécuriser la population. « Nous devons créer un retour substantiel des personnes déplacées, faciliter la liberté de mouvement, permettre aux gens de se sentir en sécurité, de reprendre des activités sociales et économiques. » Une bonne partie de la mission sera aussi de faire la liaison avec les ONG et organisations internationales présentes. Le « deal » pour nous est « de créer les conditions pour ces acteurs de créer ces projets ».

5. La mobilité est donc un critère clé, l’idée est « d’avoir une présence permanente. Ce qui est très exigeant. » EUFOR RCA devra avoir des « capacités à patrouiller efficacement ». Cela suppose « des capacités de renseignement, de la logistique, de la protection de force ».

6. Des moyens classiques. Les moyens requis des Etats membres sont des « plus classiques » : infanterie, véhicules, transmissions, etc. « Un classicisme confondant » parle le général. Coté aérien, il n’y aura pas automatiquement d’hélicoptères (comme envisagé un moment). Pour l’évacuation médicale, le général Pontiès privilégie ainsi plutôt « les moyens routiers que les hélicoptères. Bangui est une zone urbaine extrêmement dense. Il est difficile de poser des hélicoptères sur ces zones très peuplées. » Ces véhicules, seront « dédiés de manière permanente à l’opération européenne ». En cas de problème, il y aura « rapatriement sur le Role 2 déployé sur l’aéroport », assuré par les Français de Sangaris, dans une sorte de mutualisation des moyens. En revanche, l’idée d’avoir un drone a été planifiée. « C’est effectivement un des moyens que nous voulons déployer, on a une zone très dense, et il est important d’avoir une situation de la ville, mise à jour en permanence. Mais cela dépendra de la contribution des Etats membres. »

7. Des règles d’engagement aussi larges que possible. Mon objectif est que la « force puisse bénéficier de la plus grande liberté de manoeuvre possible sur le terrain », avec deux limites : d’une part, « le cadre de la mission confiée aux Européens », d’autre part, la « prise en compte de l’arsenal juridique international, du droit des conflits, du droit international humanitaire », etc. C’est « un équilibre subtil, très difficile à atteindre » – reconnait le général.

9. La difficulté d’une génération de force, c’est d’arriver à remplir tous les besoins nécessaires, avec toutes les offres possibles. Cela signifie une adaptation permanente. « On fait du fine tuning en permanence. C’est-à-dire tailler dans les différentes capacités les unes aux autres, et définir à quelle hauteur seront les contributions. » L’important est que la force « soit la plus européenne et la plus multinationale possible ». La préparation a été accélérée. « Nous sommes dans un tempo très soutenu. Je n’ai pas souvenance au niveau européen d’un tel rythme. »

9. Une opération à charge des Etats membres. Les coûts communs (au titre du mécanisme Athena) seront limités, ils comprennent les travaux d’infrastructure pour le QG de la Force, le coût du déploiement, de la logistique et de la force dans sa vie quotidienne. « Le principe d’un financement des transports stratégiques par les coûts communs n’a donc pas été prévu » précise le général, confirmant ainsi les informations de B2. L’essentiel des frais « retombera donc sur les États membres participants. »

10. Une stratégie de sortie, dès le début. « Dans six mois, on part. Et il ne faut pas que cette situation se détériore ensuite. C’est un point important. (…) La stratégie de sortie me préoccupera de façon importante dès le déploiement. » Pour le général, l’essentiel est donc de préparer « dès le début la transition » avec la MISCA. Il faut le « créer dans de bonnes conditions », assurer « le même niveau de sécurité, une transition en douceur, pour que la dynamique puisse se poursuivre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

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La mission EUFOR RCA restera centrée sur Bangui. La France Nation-Cadre (MAJ)

(BRUXELLES2 – exclusif) Une nouvelle réunion du comité militaire de l’UE devrait se tenir aujourd’hui (ou demain) pour affiner le format de l’opération européenne en République centrafricaine. EUFOR RCA Bangui sera une « petite » opération dans sa taille (environ 600 hommes) et dans sa durée (environ 6 mois). L’objectif étant de faire le « pont » (bridging operation) avant la montée en puissance de la force africaine (MISCA) et l’éventuelle opération des Nations-Unies en RCA. Elle devrait se déployer sur le terrain assez rapidement, au printemps, soit avant, soit de façon simultanée à la relève de l’opération Sangaris (qui doit avoir lieu en avril).

Une mission sur l’aéroport

Lors de leur réunion, hier (mercredi 15 janvier), les 28 ambassadeurs du COPS – le Comité politique et de sécurité – ont, en effet, choisi définitivement une option : celle autour de l’aéroport de Bangui (la seconde option était de sécuriser une zone à l’ouest du Centrafrique vers le Cameroun). L’objectif de l’opération sera triple : 1) contribuer à la sécurisation de l’aéroport, 2) contribuer à la fourniture de l’aide humanitaire, 3) apporter un soutien technique à l’Etat-Major de la Misca qui manque de certains éléments — comme le C2 (Commandement et contrôle) ou les télécommunications satellites.

Une demi-douzaine d’Etats participants selon B2

Aucun pays n’a aujourd’hui formellement indiqué qu’il participerait à l’opération EUFOR RCA Bangui. Mais B2 a effectué un premier tour d’horizon des différentes participations possibles, potentielles ou non. En l’état, un premier relevé donne une demi-douzaine d’Etats (potentiellement) participants à la mission. On ne peut pas dire qu’on se bouscule au portillon. La France a ainsi proposé d’être la nation-cadre de l’opération en fournissant le FHQ (quartier-général de force) voire si nécessaire l’OHQ (quartier général de l’opération) du Mont-Valérien (qui avait déjà servi pour l’opération EUFOR Tchad). Paris devrait ainsi logiquement fournir une contribution importante en personnel et une bonne partie de l’Etat-Major. Une partie de la relève de l’opération Sangaris passerait alors sous mandat européen. A noter que la Grèce – qui assure en ce moment le commandement du « battlegroup » d’astreinte – a aussi proposé de mettre à disposition son quartier général de Larissa.

La Belgique pourrait fournir une compagnie de parachutistes. La Pologne et la république Tchèque étudient une participation qui pourrait être commune. L’Estonie devrait officialiser rapidement sa participation, une participation modeste mais qui révèle un engagement régulier de ce pays balte dans les opérations militaires de l’UE (*).

Les autres pays

L’Allemagne en l’état actuel ne participerait pas à la mission avec des troupes au sol mais prêtera une assistance logistique, notamment aérienne. Plusieurs autres pays (comme la Suède, l’Espagne) ont indiqué réfléchir à une participation. D’autres (Luxembourg, Autriche, Italie, Finlande) n’ont pas prévu de contribution mais ne l’excluent pas. En l’état, certains pays (Pays-Bas, Bulgarie) ne comptent pas vraiment participer à l’opération.

Autres détails (discussion politique, planification, calendrier de discussion, financement) sur le Club

(*) un commando estonien participe à l’opération EUnavfor Atalanta et un détachement a été envoyé dans la mission EUTM Mali

En Centrafrique, la France fait « quelque chose de grand » (Asselborn)

(BRUXELLES2) Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn a tenu, lundi, à saluer l’intervention française en Centrafrique et le courage de François Hollande. « Je dois tirer ma révérence pour ce que la France a fait » a-t-il déclaré devant la presse (dont B2).

La France a été « poussée à agir »…

Il réfute les explications rapides. « Voir des arrières pensées partout pour ce que fait la France » est faux selon lui. « Il faut savoir que la France a été poussée par les Nations-Unies, par les organisations humanitaires, à intervenir, à tout faire face à cette évolution dans ce pays. » Le ministre parle ici sur la base de son expérience directe, « Le Luxembourg siège au Conseil de sécurité ».

Face à un véritable drame, il n’y avait « pas dix options »

Sur place, « il y avait un véritable drame qu’on ne voit pas tous les jours, quelque chose d’ignoble ». Et « pour faire quelque chose dans ce cas là, (…) il n’y a pas dix options ». Et de reconnaitre : « La République centrafricaine avait été oubliée, coincée entre, d’un côté, le Mali et, de l’autre, la Syrie ».

« Quelque chose de grand »

« Les Français ont déjà eu 2 morts et mourir pour l’Afrique centrale n’est pas évident à faire accepter à une opinion publique. S’ils arrivent à endiguer la situation et à aider la RCA à redémarrer, ce sera quand même quelque chose de grand. »

 

départ de l'aide humanitaire européenne ce dimanche de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem (© Th. Monasse / B2)

Aide humanitaire européenne doublée pour la Centrafrique

départ de l'aide humanitaire européenne ce dimanche de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem (© Th. Monasse / B2)(BRUXELLES2) La Commission européenne a débloqué aujourd’hui (16 décembre), 18,5 millions d’euros supplémentaires pour la République centrafricaine, afin de « fournir une assistance vitale immédiate à la souffrance des plus vulnérables ». C’est presque un doublement de l’aide humanitaire, qui était de 20 millions d’euros pour l’année.

On râcle les fonds !

Si 8,5 millions doivent être « engagés immédiatement avant la fin de l’année », les 10 millions restants (sortis du Fonds européen de développement) « seront programmés à partir du 1er janvier 2014 » précise le Commissaire pour le développement, Andris Piebalgs. Certes c’est un effort, mais cela reste dix fois moins que les sommes engagées pour la Syrie (800 millions sur deux ans).

1,3 millions de personnes en détresse

La Commissaire pour l’aide humanitaire, Kristalina Georgieva, ne cesse d’appeler à plus. « Il y a 1,3 millions de personnes sont dans le besoin aujourd’hui. Nous devons faire plus » a-t-elle déclaré aujourd’hui devant la presse. « L’accès aux services de base, de la nourriture et de l’eau est limité et des millions de Centrafricains dépendent de l’aide extérieure. Nous devons agir maintenant par l’augmentation de notre aide et apporter un soulagement à ceux qui souffrent le plus ».

Lire aussi : Décollage de l’aide humanitaire pour la RCA

Plus de détails dans Le Club : Syrie. Les besoins humanitaires vont aller croissant (Georgieva)

Un C130 espagnol à l'atterrissage (crédit : armée espagnole)

L’Espagne se joint à la France en RCA

Un C130 espagnol à l'atterrissage (crédit : armée espagnole)

Un C130 espagnol à l’atterrissage (crédit : armée espagnole)

(BRUXELLES2) C’est confirmé. Le Conseil des Ministres espagnol a autorisé la participation espagnole pour soutenir les opérations militaires de stabilisation en République centrafricaine. Cette décision doit encore recueillir l’avis du Congrès pour être effective.

Avion T-10 et effectifs

L’Espagne soutiendra l’opération « des Nations-Unies » avec un avion C-130 (alias T-10 selon l’appellation espagnole) pour « contribuer aux transports logistiques de l’opération dans la région », ainsi que son « unité de maintien et d’appui au détachement aérien ». « L’unité opérera initialement avec le soutien des installations françaises au Gabon (Libreville) et au Chad (N’Djamena) » est-il précisé. Le nombre maximum de personnel déployé devra atteindre « au maximum 70 personnes, y compris les représentants au quartier-général ».

Pas de date retour pour un déploiement flexible

Aucune durée n’est fixée. Le texte prévoit le déploiement « au moins jusqu’à ce que soit assurée une protection globale des civils et le maintien de la sécurité et de l’ordre public du pays ». Le déploiement sera financé sur le « budget de participation des Forces Armées aux opérations de maintien de la paix » (budget OPEX), comme pour le Mali. Le Ministre de Défense est mandaté pour « réaliser les ajustement opérationnels nécessaires, selon les conditions de chaque moment et à la situation spécifique sur le terrain ».

Lire aussi:

lors d'une réunion de crise à la DG Echo / Protection civile sur le Centrafrique (© NGV / B2)

Décollage de l’aide humanitaire pour la RCA

lors d'une réunion de crise à la DG Echo / Protection civile sur le Centrafrique (© NGV / B2)

Lors d’une réunion de crise à la DG Echo / Protection civile sur le Centrafrique (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) Un avion rempli d’aide humanitaire d’urgence partira pour la République centrafricaine (RCA) partira ce week-end. L’avion qui transporte 37 tonnes de fournitures de secours devrait quitter Bruxelles à destination de la capitale centrafricaine, Bangui. « Une catastrophe humanitaire est en train de se produire sous nos yeux en République centrafricaine » s’est alarmée K. Georgieva, la commissaire européenne chargée de l’Aide humanitaire. « La population entière est affectée. Et le nombre de personnes déplacées à Bangui simplement a augmenté de 130.000 en l’espace de quelques jours. »

Trois ONG — Médecins du Monde (MDM) et Médecins Sans Frontières (MSF) France et Pays-Bas —, participent à ce transport aérien. L’aide d’urgence est composée principalement de médicaments. Cette nouvelle action vient s’ajouter au pont humanitaire aérien entre Bangui et Douala (Cameroun) ouvert il y a quelques jours par le service aérien ECHO Flight de la Commission européenne.  Lire : Centrafrique. La Commission met en place un pont aérien humanitaire

(crédit : ministère néerlandais de la Défense, archives 2006)

Les battlegroups européens : missing in (no) action !

(crédit : ministère néerlandais de la Défense, archives 2006)

(crédit : ministère néerlandais de la Défense, archives 2006)

(BRUXELLES2) Les groupements tactiques (GT1500) – aussi nommés battlegroups – européens semblent condamnés à rester au garage… Une fois de plus ! Malgré une discussion au COPS, le Comité politique et de sécurité, il ne semble pas question, pour l’instant, d’un décollage de troupes européennes pour le Centrafrique. Interrogé par plusieurs journalistes dont B2, le porte-parole de Catherine Ashton est ainsi resté très évasif sur cette éventualité. « Il n’y a pas de proposition concrète en tant que telle sur la table. Ce sont des idées qui sont discutées. »

Vous êtes obsédés par les battlegroups

« Nous étudions des options différentes pour aider la communauté internationale » a indiqué le porte-parole, jugeant qu’il n’y a pas que l’option de l’envoi d’un battlegroup qui peut être envisagée. « Vous êtes obsédés par les battlegroups » a-t-il lâché. Mais « notre réponse ne se limite pas aux seuls aspects militaires ». « L’approche européenne est une approche globale » avec des financements pour aider à mettre en place la mission africaine (lire : 50 millions d’euros pour la MISCA) et « l’aide humanitaire ».

Une décision à l’unanimité

« Tout reste ouvert pour l’instant. Tout est toujours sur la table » a-t-il assuré, ne cachant pas cependant qu’il y avait peu de chance d’avoir une décision. « Toute décision sur les options de la politique de défense est basée sur une décision à l’unanimité. C’est pour ça qu’on continue la discussion. »

Commentaire : chacun se renvoie la balle

De fait, entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas peu enclins à envoyer des troupes au sol, sous drapeau européen, par principe ou par pragmatisme, et des Grecs, Roumains et Bulgares désargentés, l’Europe préfère la stratégie du carnet de chèques à celle de l’emploi de la force… Il faut dire que Paris n’a – semble-t-il – pas vraiment demandé l’intervention d’un battlegroup (groupement tactique). Du moins, c’est ce qu’il se dit à Bruxelles. Paris réfute cette argumentation mais a effectivement demandé aux capitales européennes, différents moyens logistiques sachant d’emblée que l’option du battlegroup paraissait à la fois peu soutenue par le SEAE et les Etats membres de permanence.

L’option « dure » n’a pas la cote

Les spécialistes européens ont bien préparé, sinon un projet, du moins différentes options. Mais au niveau des ambassadeurs, il ne semble pas que l’option la plus « dure », l’envoi d’un battlegroup, ait la faveur du moment. Cette option n’a d’ailleurs pas vraiment été soutenue énergiquement du côté européen, sachant que le refus était au bout… On s’orienterait plutôt vers une intervention de second niveau : pour aider au désarmement, à la réintégration des rebelles, ou restructurer l’armée ou les forces de sécurité centrafricaine, une fois la crise aiguë passée, un peu à la manière de ce qui a été fait pour EUTM Somalia ou EUTM Mali.

Une Europe l’arme au pied

De fait, s’il y a un certain nombre de « bonnes » raisons qui s’opposent ou retardent l’envoi d’un battlegroup européen, on ne peut s’empêcher d’être très perplexe. Sur la République centrafricaine, comme pour le Mali, il y a un certain consensus international et une volonté africaine. Le risque de voir le pays devenir un Etat failli et de s’enfoncer dans des violences civiles, ethniques, religieuses, inextricables est palpable pour ne pas dire avéré. Il y a une résolution des Nations Unies autorisant le recours à la force. Tous les paramètres sont donc réunis. Mais, malgré tout, l’Europe reste l’arme au pied.

Un mauvais signal

A deux semaines d’un sommet consacré à la Défense, l’Europe envoie, là, un mauvais signal, un signe d’une extrême faiblesse. Une « puissance », capable de discuter, de financer, de batailler dans les corridors diplomatiques ou commerciaux, certes. Mais incapable, le moment venu, de venir au secours d’un pays ou d’une population qui n’en peut plus, de faire la différence, en stabilisant un pays. La « valeur stratégique » du battlegroup, de la force de réaction rapide européenne, tant vantée dans les réunions ministérielles, et dont chaque Etat se targue de sa participation, est en passe de se réduire, à la manière d’une bulle spéculative. Alors que l’Europe dispose (théoriquement) de près d’un million et demi de soldats sous les drapeaux nationaux, il faudra un moment se poser la question de savoir quelle est la rentabilité de cet investissement… si on est incapable d’envoyer 1500 hommes en soutien d’une opération internationale (ONU, Union Africaine) et à laquelle participe un de ses Etats membres…