Les drones de l’OSCE cloués au sol dans l’est de l’Ukraine (maj)

(BRUXELLES2) Les drones de l’OSCE sont actuellement cloués au sol dans l’est de l’Ukraine. Lamberto Zannier, le secrétaire général de l’OSCE, l’a confirmé, répondant à une question de B2, lors d’un point de presse informel, tenu ce mercredi (12 novembre) à Bruxelles. Celui-ci n’a cependant pas été abattu, contrairement à certaines informations ayant circulé dans les milieux européens. Mais le résultat est identique.

Un tir venant du sol sans autre dommage

Cela s’est passé le 2 novembre, selon les éléments donnés par l’OSCE. « Il y a eu un tir contre un de nos drones effectivement » , à 2,5 km de la ville de Shirokino à 17 km à l’est de Mariupol. L’appareil « n’a pas été touché. Les opérateurs ont pu manoeuvrer pour le ramener au sol », précise un diplomate de l’organisation. L’OSCE se refuse à désigner le responsable nommément. Mais chacun a en lumière les rebelles tenant l’est de l’Ukraine. Des rebelles bien formés apparemment…

Des « rebelles » de la DPR mis en cause

L’organisation a des informations précises. Et le drone était délibérément visé, semble-t-il. « Nous avons des photos montrant une personne, sans sigle, visant avec une arme type « Manpad » notre appareil ». Et le tir venait de « zones contrôlées par les rebelles » de la DPR (la république populaire de Donestsk). Outre les tirs, les appareils ont été l’objet d’un « brouillage sophistiqué ». La mission effectuée était d’ailleurs bien connue et identifiée de tous les opérateurs sur place. Durant tout le vol, souligne ainsi le rapport de l’OSCE, « l’identifiant unique du transpondeur du drone des observateurs, avec l’indicatif d’appel « UAV 308, était bien visible aux radars de gestion de l’espace aérien ».

Utilisation suspendue

L’utilisation des drones au-dessus de la « buffer zone » est, donc, aujourd’hui suspendue, pour des raisons de sécurité. L’opérateur privé, contracté par l’OSCE, ne souhaitant pas exposer davantage son appareil. Le drone est un appareil « couteux », souligne-t-on du côté de l’OSCE. A cela s’ajoutent de « mauvaises conditions atmosphériques », le brouillard, le froid, etc. qui gênent l’utilisation des drones. Les appareils sont, en phase d’être upgradés » (mis à jour) pour permettre leur utilisation 24h/24, notamment pour être équipés de dispositifs anti-brouillages.

L’hypothèse d’utiliser des drones, d’origine militaire, toujours à l’étude, mais difficile

Précisons également que l’option d’utiliser des drones militaires est toujours à l’étude du côté de l’OSCE mais se heure à de solides difficultés : la présence de drones militaires suppose la présence d’unités militaires pour les opérer, voire de contingent militaire pour les protéger. Cela nécessite de modifier le mandat de la mission des observateurs, les règles d’engagement comme de revoir l’arrangement (MOU) conclu avec l’Ukraine. Autant dire que « c’est compliqué », avoue Lamberto Zannier. Et cela « complique le dispositif ».

Des négociations sont toujours en cours au sein de l’OSCE. Mais le résultat ne semble pas immédiat. Précisons que non seulement la France et l’Allemagne – comme cela a été évoqué – ont fait une offre de services à l’OSCE, mais aussi l’Italie et la Russie. Ce qui n’est certainement pas sans simplifier la prise de décisions. Difficile de répondre « oui » à une offre en déclinant les autres. Cela serait prendre partie. Et l’OSCE tient à garder toutes les parties à bord.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Le drone de l’OSCE arrive en Ukraine

(maj 16h.) détails sur la localisation et l’origine des tirs

Mateusz Dziedzic dans sa paroisse - (crédit : MD - profil facebook)

Un missionnaire polonais enlevé en Centrafrique

Mateusz Dziedzic dans sa paroisse - (crédit : MD - profil facebook)

Mateusz Dziedzic dans sa paroisse – (crédit : MD – profil facebook)

(BRUXELLES2) Un missionnaire polonais a été enlevé à Baboua, dans l’ouest de la Rép. centrafricaine dans la nuit de dimanche à lundi (13 octobre). Enlèvement confirmé par le porte-parole du ministère polonais des Affaires étrangères. Selon les informations obtenues par celui-ci, le missionnaire serait « bien traité ».

Une prise d’otages

Le père Mateusz Dziedzic, prêtre du diocèse polonais de Tarnow, a été enlevé par une douzaine d’hommes armés, du groupe rebelle, les « hommes de Miskine » ou Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC). Ce groupe demande la libération de son chef, Abdoulaye Miskine, qui purge, depuis un an, une peine de prison au Cameroun. Il était déjà l’auteur, en septembre, de l’enlèvement de plusieurs villageois dans la région. Au départ, ils voulaient arrêter les deux missionnaires, mais après l’échec des négociations pour parvenir à un compromis, seul l’un d’eux a été libéré, a précisé Tomasz Atłas directeur des Œuvres Pontificales Missionnaires, selon le quotidien Gazeta. Il y a encore 32 missionnaires polonais travaillant en République centrafricaine.

Sangaris et EUFOR RCA en alerte

Une cellule d’urgence a été mis en place à Varsovie composé d’une équipe spéciale interministérielle, et en contact permanent avec la Commission de la Conférence épiscopale polonaise pour les missions, dirigée par le père Kazimierz Szymczycha » précise-t-il. Et l‘enlèvement du missionnaire polonais a été « communiqué aux autorités compétentes de la République centrafricaine, les missions internationales dans ce pays et l’Organisation des Nations Unies » précise-t-on à Varsovie, notamment l’opération française Sangaris, la Minusca (l’opération des Nations-Unies) et EUFOR RCA, l’opération européenne qui compte dans ses rangs 50 militaires polonais. Ceux-ci devraient participer aux négociations, selon les médias polonais.

(NGV)

 

Des véhicules de la coopération canadienne aux mains d’Ansar Dine

(BRUXELLES2) Les forces maliennes d’Ansar Dine (les touaregs rebelles dirigés par Iyad Ag Ghaly) disposeraient de matériels plutôt modernes… Elles ont notamment récupéré nombre de pick-up de l’armée malienne qui se trouvaient dans le nord du pays. Parmi eux des véhicules tout récents fournis par le Canada, dans le cadre de sa coopération avec le Mali, d’après les informations fournies à B2.

 

Eufor Tchad 7: Entre forces gouvernementales et rebelles, l’impératif de la neutralité

(BRUXELLES2)

Une instabilité politico-militaire

Loin de s’atténuer, ou au contraire de s’aggraver, le risque d’affrontement militaire se perpétue. Le gouvernement tchadien s’arme et soutient, sur son territoire, les rebelles soudanais, voire les instrumentalise. Le gouvernement soudanais fait de même avec les rebelles tchadiens. Et des deux cotés, on s’arme. L’armée nationale tchadienne, renforce ainsi notamment sa flotte d’hélicoptères d’attaque. « Deby a compris combien ceux-ci étaient utiles » commente un militaire sur place. Possédant déjà plusieurs hélicoptères Mi35 et Mi171, dont certains basés en permanence à Abéché, le Tchad est en passe d’en acquérir deux autres, notamment auprès d’Ukrainiens (des Mi24P surnommés la « libellule de la mort », hélicoptères Mi27 améliorés avec des armements). Et la négociation de deux autres Gazelles ou Fennec français serait en cours. De son coté, le Soudan n’est pas en reste. Selon des témoignages, photographies à l’appui, recueillis par Amnesty international, la Russie aurait signé un accord de livraison de 15 hélicoptères Mi17 en 2005 et 2006 et fourni 12 hélicoptères d’attaque Mi24.

Les attaques rythmées par les pluies

Si la saison des pluies (entre juin et septembre) est, de fait, une période de trêve, les attaques rebelles se concentrant en général en deux phases — autour de novembre et d’avril — la période actuelle reste critique car il s’agit des dernières possibilités pour les rebelles d’attaquer. Certes après leurs trois défaites consécutives – en novembre 2007 (dans la région d’Abéché), en février (à N’Djamena) et en avril 2008 à Adé (près de la frontière soudanaise, en pleine zone « Eufor ») -, le risque paraît moindre. Mais « la vigilance reste cependant de mise » affirme-t-on du coté de la mission française Epervier chargé de veiller particulièrement à la stabilité du pays et d’évacuer les ressortissants civils européens en cas de coup dur. Car « un coup de main localisé n’est pas à exclure ».

Des forces fluctuants entre « gouvernementaux » et « rebelles »

Le gouvernement tchadien dispose de plusieurs forces de sécurité : l’ANT, l’armée nationale tchadienne régulière, une unité d’élite – la garde présidentielle composée des fidèles du président dont les bâtiments sont gardés par de très jeunes soldats —, la Gendarmerie nationale et la Garde nationale et nomade du Tchad (GNNT). Cette dernière force composée de supplétifs et d’anciens rebelles ralliés est très mouvante – certains s’y rallient puis désertent et se rallient, encore, parfois contre une prime – et peu disciplinée. Les forces rebelles sont, aujourd’hui, plus que jamais très divisées, souvent de façon claniques. Entre l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de Mahamat Nouri, composée de Goranes (ainsi que d’Arabes et de Tamas) et le Rassemblement des forces pour le changement (RFC) de Timane Erdimi, neveu de Deby – qui rassemble surtout des Zaghawas, l’ethnie du président Deby – s’est ainsi créée une dissidence, l’Union des forces pour le changement et la démocratie (UFCD), autour d’Adouma Hassaballah, composée essentiellement d’habitants de Ouaddaï (la région d’Abéché). Certains mouvements comme l’UFDD, l’UFDD Fondamentale (UFDD-F) d’Abdelwahid Abdoud Makaye, et le Front pour le salut de la République (FSR) d’Ahmat Soubiane sont regroupées dans une « Alliance nationale ».

La neutralité au quotidien

Dans tous ses actes au quotidien, l’Eufor prend bien garde à ne pas être prise en défaut de neutralité. Ainsi toute la zone Est du Tchad est passée sous commandement Eufor, les Français de l’opération Epervier n’y interviennent normalement plus, de leur propre chef. Des campagnes d’information — avec tracts à l’appui — sont menées dans les villages pour expliquer la présence européenne, le sens du drapeau bleu à 12 étoiles, ainsi que la présence d’éléments de plusieurs pays. Dans la vie de tous les jours, les militaires de l’Eufor prennent bien soin à certaines attitudes. Ainsi le port du chech a été évité – afin de ne pas prêter confusion — avec les troupes militaires tchadiennes, régulières ou rebelles, qui le portent régulièrement. Alors qu’il existe deux routes pour aller à l’escale militaire de N’Djamena, les voitures Eufor prennent bien soin de ne pas prendre celle qui passe par le camp tchadien, pourtant beaucoup plus rapide (le contrôle des militaires ANT étant plutôt bon enfant), et préfèrent transiter par le camp français. Enfin, trois aumôniers — un catholique, un protestant (à Abéché) et un musulman (à Farchana) — assurent une présence spirituelle. « Dans un pays musulman, la présence d’un religieux musulman dans nos troupes est un atout » souligne un militaire. ‘Cela facilite les contacts’.

L’évacuation des résidents

La protection et l’évacuation des ressortissants européens et internationaux – essentiellement diplomates et personnels des ONGs — ne sont normalement pas au nombre des responsabilités assumées par l’Eufor. Cette fonction est assurée intégralement par les forces françaises de l’opération Epervier. Un plan dénommé « Chari Baguirmi » organise les différentes étapes : consignation des résidents à domicile, rassemblement sur des points de regroupement, extraction et évacuation via le camp Kossei et l’aéroport de N’Djamena. Ainsi que les évènements de février 2008 l’ont montré, cette éventualité n’est pas théorique. Une centaine d’hommes sont mobilisables pour assurer l’accueil des ressortissants.

(Paru dans Europolitique, avril 2008)

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