GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519

Israël-Palestine : l’Europe doit soutenir l’initiative française

GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519(B2) a décidé de donner la parole à plusieurs intervenants du secteur dans cette nouvelle série (et rubrique). Gilles Pargneaux est l’auteur de notre carte blanche de juin. Député socialiste français, élu du grand nord, au Parlement européen (*), il milite en faveur de l’initiative française pour résoudre le conflit israélo-palestinien, convaincu que le contexte international en ébullition est paradoxalement favorable à la résolution du conflit. Il souhaite un leadership non seulement français mais européen, le Quartet étant plus une gêne qu’une aide, pour amener les pays arabes à s’impliquer dans la solution.

Le conflit à son summum 

Rarement le conflit israélo-palestinien n’a paru aussi loin d’une résolution. Après la fin des hostilités de l’été 2014 entre Israël et le Hamas, ce n’est pas le calme qui s’est installé, mais plutôt un climat de tension, où l’actualité est rythmée par les coups de couteau aveugles, les voitures béliers meurtrières et les incendies volontaires provoqués par les colons.

Rarement le désespoir de deux peuples n’aura eu un visage si désespérant qu’avec cette quotidienneté de la violence.

Rarement, aussi, l’attention de la communauté internationale n’a été si éloignée de la question palestinienne. Le conflit syrien et l’entreprise d’horreur de l’organisation Etat islamique [Daesh/ISIL] occupent la plupart des chancelleries, tout comme l’attention des opinions publiques.

Le tumulte qui ravage le Proche-Orient a changé la donne entre Israël et les pays arabes. Beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens s’inquiètent d’une possible percée de l’Etat islamique à Gaza et en Cisjordanie.

L’absence de résultats de la politique du Hamas et l’entêtement du gouvernement israélien à vouloir fixer les conditions d’un retour au dialogue constituent le terreau fertile pour d’autres acteurs toujours plus hostiles à la coexistence pacifique. Les étincelles du terrorisme sont partout en Palestine. Aucun pays du Proche-Orient n’a aujourd’hui intérêt à laisser émerger un conflit de plus.

Un climat propice ?

Une majorité d’Israéliens et de Palestiniens veulent la paix. Si l’on ajoute l’envie des pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël, nous avons un terrain fertile pour la reprise des négociations. Dès 2002, une Initiative de paix arabe a été proposée par la Ligue arabe pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Pour ces pays, la paix avec Israël permettra l’émergence d’un grand arc de stabilité qui partira du golfe de la péninsule arabique jusqu’à la Méditerranée. Un tel territoire ne laisse pas indifférent ces pays, qui veulent avant tout organiser la lutte d’influence régionale à laquelle ils se livrent avec l’Iran.

L’Europe a les moyens d’assumer le leadership

Dans cet enchevêtrement complexe d’intérêts, l’Europe dispose d’un rôle primordial. Les Etats-Unis sont dans l’impossibilité d’apporter leur pierre à l’édifice. Plus concentrés sur l’élection présidentielle, préoccupés par l’absence de perspectives de paix et surtout moins enclins à s’impliquer dans leur rôle de gendarme de la planète, les Américains demeurent dans une position d’attente, prêts à soutenir toute initiative européenne crédible en faveur de la paix.

Une telle opportunité existe bel et bien. La France tente de relancer depuis plusieurs mois le processus de paix et prévoit une conférence internationale pour remettre autour de la table les acteurs du conflit. L’Union européenne et ses Etats membres doivent apporter tout leur soutien à cette initiative. Le 3 juin dernier, la conférence de Paris a réuni les principaux acteurs influents du conflit à Paris, à l’exception d’Israël et de la Palestine. C’est un premier pas vers une nouvelle conférence de paix. Il convient désormais de tout mettre en œuvre pour que le moment politique créé par la France.

Il convient cependant de prendre plusieurs dispositions diplomatiques pour tirer des leçons des erreurs du passé. Autrement, nous ne connaîtrons que des trêves, un simple répit avant le prochain conflit. L’Initiative de paix arabe doit être la base de toutes les négociations. D’une part, parce qu’elle affirme la coexistence des peuples arabes et israélien et, d’autre part, parce qu’elle est ouverte au compromis pour réorganiser au mieux les frontières et les territoires entre Israël et la Palestine.

Le rôle de l’Union européenne est de soutenir ce processus. Pour cela, nous devons l’affirmer, le Quartet [Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations unies] est aujourd’hui plus une gêne qu’une aide dans le conflit israélo-palestinien. Ses demandes vis-à-vis du Hamas sont datées et inappropriées à la réalité. Tous ceux qui ont intérêt dans le statu quo supportent le Quartet. Il faut s’en débarrasser, se concentrer sur l’Initiative de paix arabe et promouvoir les démarches françaises.

Dès maintenant, préparer la paix

Néanmoins, les nombreux échecs de soixante-dix ans de tentatives de paix entre Israël et la Palestine nous apprennent que la diplomatie seule n’est plus suffisante. Sept décennies de souffrances et de détérioration de la dignité palestinienne, et aussi d’opportunisme de certains leaders des deux camps, ont érigé des barrières psychologiques quasi indépassables en l’état actuel, à moins qu’un processus d’interaction entre les peuples ne précède les négociations de paix.

Il y a une compréhension mutuelle à construire pour permettre l’acceptation de l’évidence : la destruction d’Israël est impossible, la disparition de la Palestine tout autant ; la coexistence des deux peuples est l’unique horizon historique. Cela passe par la fin des discours de haine propagés par les leaders des deux camps, la fin de la colonisation, la modification des manuels scolaires qui décrivent l’autre comme le mal absolu, la protection conjointe des ressources naturelles… Autant de dispositions qui permettront de paver la voie de la paix.

Pour cela, nous proposons la création d’une commission de réconciliation, en plus des autres groupes de travail envisagés par la France. Il s’agit d’un corollaire indispensable à toutes négociations de paix, sans lequel nous ne pourrons pas espérer faire mieux que lors des précédentes conférences de paix.

Voilà le message que doivent porter les Européens au moment où notre diplomatie a l’occasion de démontrer toute sa pertinence et toute son efficacité

(Gilles Pargneaux)

(*) Il est vice-président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec les pays du Machrek et Secrétaire national du PS aux relations Nord-Sud 

Davantage d’autorité palestienne sur la Zone C, disent les Européens

(BRUXELLES2) La situation au Proche-Orient a, à nouveau, été au centre des débats des 27 ministres des affaires étrangères de l’UE. Ceux-ci ont « une profonde inquiétude » vis-à-vis de la situation « sur le terrain ». Ce n’est pas nouveau. Mais les « 27 » ont entendu cette fois s’intéresser plus particulièrement, à la zone C. Cette zone est sous contrôle israélien, et les forces palestiniennes n’y ont pas accès, même pour poursuivre des individus qui ont commis des faits délictueux dans les zones contrôlées par l’autorité palestinienne. Ce qui pose de sérieux problèmes au quotidien et pour le futur. Ce que redoutent en effet par dessus tout les ambassadeurs des 27, c’est de voir la solution à deux Etats – prônée par la communauté internationale et les Européens – rendue quasiment impossible à réaliser par la pratique sur le terrain.

Les ministres pointent ainsi « la détérioration des conditions de vie des palestiniens dans la zone C et les sérieuses limitations à l’encontre des Autorités Palestiniennes dans la promotion du développement économique », ainsi que « les plans de transfert forcé des communautés bédouines ». L’UE appelle ainsi Israël à « remplir ses obligations » à ce sujet, en cessant les transferts forcés de population et les démolitions de bâtiments palestiniens, ou encore en assurant un accès à l’eau et autres besoins humanitaires. Israël doit également « donner plus d’accès et de contrôle aux Autorités Palestiniennes sur la zone C ».

Transférer les taxes aux palestiniens, protéger les infrastructures

L’UE va continuer à fournir une assistance financière dans cette zone. Une série de projets vont être mis au point pour éviter que ces zones ne soient un désert économique. Mais les européens veulent que ce « qu’elle investit dans cette zone soit protégé dans le futur ». Il s’agit « d’éviter que les bâtiments que nous construisons et finançons ne soient détruits par la suite par les autorités israéliennes, comme cela a été le cas par le passé » explique un diplomate européen. L’UE appelle également Israël à ne pas retenir les taxes et droits de douanes prélevés pour le compte de l’autorité palestinienne. Ces « transferts par Israel sont une obligation selon le protocole de Paris ». disent-ils.

Télécharger les conclusions du Conseil (en anglais)

Un ambassadeur allemand pour le processus de paix au Moyen-Orient

(BRUXELLES2) Andreas Reinicke pourrait être le prochain représentant spécial pour le processus de paix au Proche-Orient. Ambassadeur à Damas (Syrie), il vient d’être rappelé « pour consultation » par Berlin. Car, à l’instar de plusieurs de ses homologues européens (comme le Français Alain Juppé), le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westerwelle est inquiet de la dérive du régime syrien.

Né en 1955, Reinicke est un diplomate chevronné qui a notamment beaucoup travaillé sur les questions moyen-orientales. Avant de partir pour Damas, en 2008, il était le chef du département Euromed et Moyen-Orient au ministère allemand des Affaires étrangères. A ce poste, il a notamment reflété la politique allemande de prudence vis-à-vs du processus, mais aussi soutenant de façon concrète et pratique le renforcement de l’autorité palestinienne : formation de la police notamment. Domaine où l’Union européenne est particulièrement présente avec le déploiement de la mission EUPOL COPPS. Lors de son séjour à Damas, il a notamment préfacé un ouvrage sur le « Voyage en Orient de Guillaume II en 1898 » écrit par Hussein I. El-Mudarris & Olivier Salmon.