Condamnation pour les pertubateurs de la manifestation Kosovo 2.0

(BRUXELLES2) L’affaire « Kosovo 2.0 » est sans doute emblématique que tout n’est pas rose au Kosovo. Trois personnes ont été condamnées par le tribunal de première instance de Pristina à une peine d’un an d’emprisonnement : Albert Kastrati (le seul à plaider l’innocence), Gani Latifi, et Driton Dili. Les faits remontent au 14 décembre 2012, quand les trois individus (et quelques acolytes restés inconnus) se rendent à une fête organisée par  l’ONG Kosovo 2.0 pour l’édition  » sex » de son magazine consacré aux droits des gays, trans et lesbiennes (LGBT). Entrés dans la « Salle Rouge » du Centre jeunesse et des sports de Pristina, les fauteurs de trouble n’ont qu’un objectif : empêcher la tenue de cette manifestation, ils détruisent une partie du mobilier et agressent même un membre de l’ONG Kosovo 2.0 !

Les trois accusés ont été condamnés chacun à une peine d’emprisonnement de six mois sur l’accusation d’ avoir enfreint l’égalité de statut des résidents du Kosovo, quatre mois d’emprisonnement pour empêcher ou d’entraver d’une réunion publique, et quatre mois d’emprisonnement pour les dommages dus à un bien. Le délit d’incitation à la haine raciale , religieuse ou ethnique discorde ou l’intolérance a été retiré au cours du procès, car il était couvert par la loi d’amnistie.

( Crédit : ministère de l'Intérieur du Kosovo)

Onze policiers du Kosovo accusés de mauvais traitements

( Crédit : ministère de l'Intérieur du Kosovo)

( Crédit : ministère de l’Intérieur du Kosovo)

(BRUXELLES2) 11 policiers du Kosovo, de l’unité des opérations spéciales (anciennement connu sous le nom « ROSU ») ont été accusés par le procureur international devant la cour de Pristina de mauvais traitements pendant l’exercice de  leurs fonctions (*), a annoncé jeudi (12 décembre) la mission européenne EULEX (Etat de droit) Kosovo.

« Les accusations portent sur des violences qui auraient été commises le 8 janvier par ces agents contre dix détenus serbes du Kosovo, qui ont été blessés » rapporte la mission dans un communiqué. Ces Serbes avaient été arrêtés par les agents le 7 janvier, lors de la Noël orthodoxe et avaient passé la nuit dans le centre de détention de Pristina, avant d’être libérés le lendemain après passage devant le tribunal. La violence alléguée a eu lieu lors de l’escorte du Centre de détention vers le tribunal par les agents de l’Unité des opérations spéciales .

« L’ enquête a été menée par une équipe conjointe impliquant des chercheurs de l’Inspection de la police de la police du Kosovo et d’EULEX  et dirigé par le procureur international » ajoute Eulex

Kosovo, regain de tension et mise en garde de l’Union européenne

(B2) Coup sur coup, deux évènements sont venus rappeler que le Kosovo n’était pas, encore, une terre totalement pacifiée. Le convoi d’une délégation serbe a été attaqué à Pristina, mercredi (4 avril). Attaque condamnée par Robert Cooper, le diplomate européen chargé de faciliter le dialogue entre Pristina et Belgrade. « De tels actes ne sont pas conformes avec l’esprit du dialogue » qui doit régner, a-t-il expliqué. « La délégation faisait partie du groupe de travail chargé de la mise en oeuvre des accords établis sous l’égide de l’Union européenne. »

L’Union européenne est « déterminée à continuer de faciliter le dialogue entre Pristina et Belgrade », a-t-il ajouté, alors que les deux parties devaient se rencontrer jeudi (5 avril). Robert Cooper a aussi adressé une mise en garde aux Albanais et aux Serbes. « Il doit être clair que le dialogue n’a pas objectif uniquement d’obtenir des accords ; il est plus important de les appliquer, au profit des populations des deux cotés. Cette mise en oeuvre est une des conditions requises pour apprécier les progrès de chacune des parties sur le chemin de l’intégration européenne ».

Dans la nuit de samedi à dimanche, c’est un Albanais qui vivait dans Mitrovica – nord, en zone serbe) qui a été l’objet d’un attentat. Selver Hejredinaj (Hajradinaj) a été tué tandis que son épouse et quatre enfants étaient blessés dans l’explosion d’un engin explosif déposé sur le rebord de sa fenêtre vers 1 heure du matin. Les policiers d’Eulex ont été diligentés sur place pour mener une enquête. Et le représentant spécial de l’UE au Kosovo, Samuel Zbogar, a appelé au calme : « Je voudrais appeler à toutes les communautés pour rester calmes et laisser la police faire le travail » a-t-il déclaré. NB : des élections présidentielles sont prévues en Serbie le 6 mai. Et il est à craindre que ces crispations aillent croissantes jusqu’à cette date.

La task-force anti-corruption d’Eulex vise le gouvernement kosovar

(B2) C’est la première perquisition au domicile d’un haut responsable politique kosovar puisqu’il s’agit d’un membre du gouvernement. Les forces de police d’Eulex – la mission européenne « Etat de droit » au Kosovo » – assistés des procureurs spéciaux d’Eulex ont, en effet, perquisitionné, hier, dans le bureau du ministre des Transports et télécommunications ainsi que dans les « résidences privées des personnes qui lui sont liées ».

Le ministre est soupçonné d’avoir reçu des pots de vins à l’occasion d’appels d’appels concernant la construction de routes au Kosovo enre 2007-2009. L’enquête était menée sous l’autorité du procureur spécial pour le Kosovo (SPRK) et les perquisitions autorisés par le juge d’instruction du Tribunal de district de Pristina. « At this stage it must be stressed that these searches are purely investigative in substance and the material which is being gathered will be carefully analyzed by both police and SPRK. » précise cependant un communiqué d’Eulex.

En tout cas, c’est la preuve que la lutte contre la corruption — qui demeure un problème au Kosovo, ainsi que l’a rappelé Yves de Kermabon dans l’interview que je viens de publier — n’est pas un parent pauvre des forces européennes dans le pays. Il s’agit là d’un premier résultat de la task-force anti-corruption que vient de mettre en place Eulex. Et même si l’enquête n’est pas terminée – « les enquêtes sont très longues sur ce genre de dossier » souligne Yves de Kermabon — cette action est un sérieux avertissement pour les responsables corrompus et sera sans aucun doute observée à la loupe à Pristina comme à Belgrade ou Bruxelles. Précisons qu’une délégation de parlementaires européens est, en ce moment, au Kosovo.

(NVG)

Kosovo 5 : La mission n’attend que le feu vert du Conseil pour se déployer

(B2 à Pristina) J’ai a pu suivre pendant plusieurs jours, essentiellement Nord du Kosovo, près de la frontière avec la Serbie, plusieurs patrouilles militaires de la KFOR (la Force de maintien de la paix dirigée par l’OTAN) et de la police européenne dans différentes villes (Mitrovica, Lesak, Vucitrn). Nous avons rencontré aussi certains responsables internationaux de la sécurité et des diplomates européens. Une vision parcellaire certainement, car nous n’avons pas pu tout voir, mais ce qu’on a bien voulu nous montrer. Une manière de prendre le pouls de la situation. Dans la première partie de ce reportage, nous avons suivi l’Equipe de préparation de la mission PESD (Politique européenne de sécurité et de défense) à Pristina et à Vucitrn avec les policiers de la KFOR-MSU (Multinational Specialized Unit).

Un quartier général discret

Sur les hauteurs de Pristina, dans le quartier de Gërmaia — qui abrite également la force de protection civile du Kosovo, composée notamment des anciens rebelles de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) —, un bâtiment, de quelques étages émerge du brouillard. Pas de grand drapeau, ni de décorum. Mais une plaque discrète et un agent de sécurité, anonyme. Oui, « c’est bien ici » que l’Equipe de préparation de la future mission « Etat de droit » (police, justice, douanes) de l’UE (EUPT Kosovo) a établi son quartier général. C’est un peu loin du centre, où les institutions du Kosovo (gouvernement, Parlement, ministères…), les organismes internationaux (Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo MINUK…) et les Européens (Commission, Conseil de l’UE, Agence pour la reconstruction), se sont rassemblées dans un périmètre protégé. Mais c’est plus discret.

Recrutement en cours

« Welcome. Vous venez pour un entretien, pour quel poste » ? Les questions de quelques fonctionnaires croisés fusent aussitôt. Inutile de longs commentaires pour comprendre l’état d’esprit. Si la mission PESD n’a pas démarré, officiellement, l’impatience est là. Sur le parking, une quarantaine de véhicules stationnent, la plupart avec le « sticker » de l’Union européenne. Une centaine de personnes (65 experts internationaux et 45 locaux) sont déjà à pied d’oeuvre. Leur mission est multiple.

Sous la houlette de Roy Reeve — un diplomate anglais, spécialiste de l’Union soviétique et de la mise en place des nouveaux Etats, et numéro 2 de la future mission —, il s’agit d’abord d’assurer le lien avec les autres autorités (Serbes et Kosovars) et autres institutions (UE, ONU, OTAN, OSCE…), ainsi qu’avec les forces de police actives (KPS, MINUK, KFOR, MSU, services spéciaux…). Les modalités opérationnelles d’intervention sont planifiées. Il faut aussi prévoir toute la logistique. Tout, en effet, doit être en place – bureaux, véhicules, ordinateurs, radios, téléphones, etc.— pour que les personnels puissent travailler immédiatement dès qu’ils arrivent. Ce qui n’est pas une tâche facile, vu les difficultés ambiantes: coupures d’électricité deux ou trois fois par jour, conditions climatiques difficiles (brouillard, neige, température variant entre –20° et 10°) et circulation hasardeuse (petites routes encombrées, souvent gelées où les accidents sont légion).

Enfin et surtout, la mission de l’Equipe est de compléter les organigrammes (tous sont prêts) pour mettre un nom sur chaque poste. Une première sélection a été réalisée en décembre, afin d’établir des « short list » pour chaque fonction. Reste maintenant à sélectionner les personnes idoines. Une deuxième sélection a commencé, début janvier, à Bruxelles ou Pristina. Un peu plus de 1 000 personnes, provenant de tous les Etats membres (et tiers), vont être ainsi choisies. Un recrutement pas toujours évident quand les Etats membres s’en mêlent ! Certes la sélection est effectuée directement au niveau européen, contrairement aux missions militaires proprement dites. Mais les Etats n’en gardent pas moins l’œil sur certains « postes prestigieux ». « Nous avons plus de candidat pour être conseiller politique, par exemple, que pour assurer l’informatique », assure un expert de l’Equipe. « Alors que l’importance réelle des fonctions est parfois inverse ».

Seule exception, les membres de l’Unité spéciale de police (SPU), environ 500 policiers chargés du maintien de l’ordre, proviendront directement d’unités déjà constituées dans les Etats. Trois pays — la France (gendarmes), l’Italie (carabinieri), la Pologne — fourniront l’ossature de cette force. Et éventuellement la Roumanie. La participation de ce pays reste en suspens, pour des raisons à la fois politiques (le positionnement du pays sur l’indépendance) et d’efficacité (un entraînement « pas au top », avance prudemment un spécialiste). Quant aux chefs d’unités, ils sont quasiment tous sélectionnés et arriveront quand le feu vert diplomatique sera donné, comme le directeur de la mission, l’ancien général français, Yves de Kermabon.

Planning diplomatique

A Bruxelles, le projet de CONOPS (concept d’opération) et d’Action commune (la décision politique) ont commencé d’être distribués aux délégations des Vingt-sept. Un premier examen a eu lieu au Comité de politique et de sécurité (COPS), les 15 (CONOPS) et 18 janvier (Action commune). L’objectif est qu’ils puissent être approuvés, dès que possible, par les ministres des Affaires étrangères. Si la date du 28 janvier est exclue, pour cause d’élection serbe, comme l’ont confirmé les autorités slovènes, la décision devrait être prise à la réunion du Conseil du 18 février. « Date un peu tardive tout de même », avancent certains diplomates.

« Si nécessaire », une adoption anticipée pourrait avoir lieu sans débat lors d’un autre Conseil, ou plutôt dans une réunion extraordinaire du Conseil. Une mission PESD étant normalement lancée par les ministres des Affaires étrangères. Le plan d’opération (OpPlan) et la décision de lancement officiel de l’opération seront approuvés dans la foulée (à noter que le concept général d’opération a déjà été approuvé en décembre 2006).

A partir du « feu vert » des ministres, la mission PESD devrait se déployer au cours d’une période de transition qui devrait s’étaler sur trois ou quatre mois, en vagues successives, succédant progressivement aux forces de la MINUK Police, Justice et Douanes. La montée en puissance se ferait lentement tout d’abord (quelques dizaines d’hommes le premier mois) et s’accélérerait ensuite (les principales arrivées étant prévues le dernier mois). Cette période de transition pourra être raccourcie, si nécessaire. De fait, certains effectifs ou unités de la future mission PESD sont déjà à pied d’œuvre au Kosovo: à la MINUK ou à la KFOR, au sein des forces militaires proprement dites ou de la MSU, ou sont en alerte dans les Etats membres. Au terme de ce processus, les 1 825 hommes et femmes qui la composent seront répartis dans tout le Kosovo : au sein de la police kosovare (6 quartiers généraux et 34 stations locales de police), des juridictions (5 cours régionales), aux frontières (particulièrement avec la Serbie,«Gate1»et«Gate31»), et à certains endroits stratégiques (aéroport de Pristina, prison…) ; l’Unité spéciale de police étant basée à Pristina.

Le scénario idéal

Pour certaines personnes en charge des missions de sécurité de l’UE, le scénario « idéal » au Kosovo serait que « les autorités du Kosovo ne fassent qu’une ‘déclaration d’intention’ d’indépendance, en février, doublée d’une ‘invitation officielle’ à l’UE pour envoyer sa mission ». La proclamation formelle de l’indépendance « se faisant à une date ultérieure, idéalement en juin-juillet ». Un délai utile pour mettre en place tous les instruments de l’Etat nouveau (Constitution, cadre législatif, drapeau, hymne…) — tâche à laquelle s’active, avec une discrétion remarquable, une équipe réduite, réunissant des hauts responsables kosovars et des experts de l’OSCE — et permettre la mise en place de tous les organismes européens.

La mission civile PESD n’est, en effet, qu’un élément des différentes actions que va mettre en oeuvre l’Union européenne dans le futur Etat indépendant. Seront ainsi présents: l’Office civil international (ICO en anglais) qui va, autour du représentant spécial de l’UE, assurer la représentation politique de l’UE, et certaines autres missions civiles d’assistance du gouvernement kosovar, et une délégation, renforcée, de la Commission européenne qui se concentrera sur le développement économique, les réformes structurelles et l’intégration régionale du Kosovo.

Un scénario idéal qui correspond aussi aux données historiques et… climatiques. C’est entre le 20 et 28 février 1988 qu’a éclaté le mouvement de grève généralisé, notamment dans les mines de Trepca. Et c’est le 17 mars 2004 qu’ont éclaté les émeutes à Mitrovica (19 morts)… Comme le précise un militaire de l’OTAN : « ici, tout commence au dégel, fin février ou début mars ! ».