Clash : une tornade venue d’Égypte

(B2) Clash est un film coup de poing sélectionné cette année à Cannes dans la catégorie « Un certain regard ». Sans doute pas pour rien… Toute l’histoire du film se passe dans un fourgon de police, au cœur du chaos post-révolution-égyptienne de 2013.

L’auteur-réalisateur égyptien Mohamed Diab ne suit pas un personnage mais des personnages confinés dans au cœur l’incompréhension d’une guerre qui les dépasse. L’auteur pose un regard sur l’ignorance et la stupidité dû aux conflits et aux croyances.

Dans le fond du fourgon, surveillé par l’armée en place, tous se regardent en chien de faïence : deux journalistes égyptiens (considérés comme des faux frères) qui ont gardé une mini caméra-montre, des frères musulmans venant d’être embarqués lors d’une manifestation, des révolutionnaires embarqués par erreur, un homme qui a juste simplement perdu son chien, une mère montée volontairement pour rejoindre son fils, enfin un père religieux et sa fille voilée, partisans de l’armée en place et opposés aux frères musulmans.

Une pétaudière, une bombe en puissance que ce combi qui ne va nulle part. Tout ce beau monde va apprendre à vivre ensemble sous les balles des opposants, des partisans.

Dans CLASH, personne ne gagne, personne ne perd, tous y perdent un peu de leur vie, et y gagnent, sans doute, un peu d’humanité. Un film pour tenter de comprendre les enjeux de ce siècle couronner d’une réelle performance cinématographique car tout est filmé du point du fourgon… Du vrai cinéma contemporain qui questionne et qui offre un vrai point de vue sur la certitude des convictions et de la foi à tout prix.

(Eric Dagostino)

Sortie : le 11 janvier à Bruxelles


En savoir plus :

Les représentants spéciaux de l’UE (presque) tous renouvelés (maj)

(BRUXELLES2) Les représentants spéciaux de l’UE, dont la plupart voient leur mandat arriver à sa fin le 30 juin, vont être prolongés, selon la procédure normale de renouvellement à mi-année. Seule exception : Pierre Morel, représentant spécial pour l’Asie Centrale, qui part à la retraite après une longue carrière diplomatique, est remplacé… Le processus de remplacement est en cours actuellement. Et le Conseil des ministres des Affaires étrangères, lundi 25, à Luxembourg devrait prolonger tous les représentants. Alors que l’UE s’apprête à nommer un nouveau représentant spécial, thématique et transversal cette fois-ci puisqu’il concernera les droits de l’Homme (lire: Bientôt un Monsieur/Madame « Droits de l’homme » pour l’Union européenne), on peut faire le point sur les 10 heureux élus déjà en place.

Afrique

Union Africaine

Gary Quince. 61 ans (Britannique, agent de la Commission européenne). Discussion sur le renouvellement en cours

Gary a commencé sa carrière à la délégation de la Commission européenne au Ghana (1981-1985) puis a tenu plusieurs postes à la Commission à la DG développement (1985-1991 puis 1995-2001). Il est également passé par la délégation de la Commission dans le Pacifique en tant que conseiller économique (1991-1995). Il devient ensuite chef de délégation au Kenya et en Somalie (2001-2004). Il revient alors à la Commission comme Directeur à la DG développement, d’abord pour l’Europe, le Caucase et l’Asie Centrale (2004-2005) puis pour l’Afrique Sub-saharienne, les Caraïbes et le Pacifique à partir de 2005, avant d’être nommé en novembre 2011 Représentant spécial pour l’Union Africaine.

Lire aussi: Un nouveau représentant spécial de l’UE pour l’Afrique

Corne de l’Afrique

Alexander Rondos. 58 ans (Diplomate grec). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

Son profil est assez atypique. Il a commencé comme journaliste spécialisé sur l’Afrique (1977-1982) puis dans différentes organisations de la société civile et chrétiennes, pour lesquelles il s’est également occupé des questions africaines, en Ethiopie (1985-1986) puis en Egypte (1986-1990). Il travaillait alors principalement dans l’aide humanitaire et de projets de développement. Il a ensuite fait un passage à la Banque Mondiale (1996-1998), puis est devenu conseiller du ministre des affaires étrangères grec, George Papandréou, et le suivra quand celui-ci est nommé Premier Ministre en 2009. Il a effectué de nombreuses missions diplomatiques : mission humanitaire en Grèce après le tremblement de terre en 1999, négociation au Kosovo jusqu’en 2004, directeur général du département du développement et de la coopération internationale, médiation entre Israéliens et Palestiniens, etc.

Lire aussi: Un proche de Papandreou nommé représentant spécial pour la Corne de l’Afrique

Soudan et Sud Soudan

Rosalind Marsden. 62 ans (Diplomate britannique). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

C’est la seule femme qui occupe ce poste. Commençant dans les bureaux à Londres, elle est ensuite seconde secrétaire à l’ambassade britannique à Tokyo (1977), puis travaille dans l’ambassade à Hong Kong (1989-1991). Elle retourne à Tokyo en 1993 comme conseillère politique puis devient chef du département Nations Unies en 1996. De 2003 à 2006, elle est l’ambassadrice britannique en Afghanistan, puis en Irak jusqu’en 2007, où elle est nommée ambassadrice au Soudan.

Lire aussi : Dr Rosalind Marsden nommée représentant spécial de l’UE au Soudan

Moyen-Orient – Monde Arabe

Région du sud de la Méditerranée

Bernardino León. 48 ans (Diplomate espagnol). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

Son premier poste a été le Libéria (1990-1991), puis en Libye (1991), Algérie (1992-1995). Il a été conseiller personnel du Représentant Spécial pour la Processus de Paix au Moyen-Orient, Miguel Angel Moratinos, de 1998 à 2001. En 2004, il devient secrétaire d’Etat aux affaires étrangères pour le ministère des affaires étrangères espagnol jusqu’en 2008. Il est alors nommé secrétaire d’Etat sous la direction du Premier Ministre, dont il est le principal conseiller pour les affaires étrangères. Il a également été Sherpa pour le G20 en 2009.

Lire aussi: Un proche de Zapatero, représentant spécial de l’UE pour le sud Méditerranée ?

Processus de Paix au Moyen-Orient

Andreas Reinicke. (Diplomate allemand) Son mandat va du 1er février 2012 au 30 juin 2013.

Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes allemands sur le Moyen-Orient, il a notamment été basé à Tel Aviv et à Ramallah. Il a par ailleurs dirigé le département Moyen-Orient au ministère des affaires étrangères allemand. De 2008 à 2012, il a été l’ambassadeur allemand en Syrie (poste qui est resté vacant depuis).

Lire aussi: Un ambassadeur allemand pour le processus de paix au Moyen-Orient

Afghanistan

Vygaudas Usackas. 48 ans. (Diplomate lituanien). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

D’abord en charge des affaires européennes et de l’OTAN au ministère des affaires étrangères de Lituanie (1991-1992), puis à la délégation auprès de l’UE et de l’OTAN (1992-1996), il devient vice-ministre des affaires étrangères en 1999. En 2000-2001, il est le négociateur en chef pour l’accession de la Lituanie à l’UE. De 2001 à 2006, il passe l’Atlantique pour être l’ambassadeur aux Etats-Unis et au Mexique, pour revenir en Europe, comme ambassadeur au Royaume-Uni jusqu’à 2008. En tant que représentant spécial, il est également chef de la délégation de l’UE en Afghanistan.

Lire aussi: Nomination du Lituanien Usackas en Afghanistan confirmée. La décision.

Europe centrale, Caucase, Asie Centrale

Bosnie-Herzégovine

Peter Sørensen. 45 ans (Diplomate danois). Son mandat va de septembre 2011 à juin 2015.

C’est un spécialiste du « multilatéral » mais aussi des Balkans. Conseiller juridique du Haut Représentant à Sarajeveo (1996-1997), puis chef du département politique et principal conseiller du chef de la mission de l’OSCE en Croatie (1997-1999), il devient ensuite conseiller juridique de l’envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU dans les balkans (2000), puis principal conseiller (2001-2002). Il travaille ensuite dans la MINUK (mission de l’ONU au Kosovo) comme adjoint au chef du pilier IV (reconstruction et développement économique), jusqu’en 2006. Il devient ensuite représentant personnel du Haut Représentant de l’UE à Belgrade, de 2006 à 2010. Il est le chef de la délégation de l’UE en Macédoine depuis 2010, poste qu’il conserve en tant que représentant spécial.

Lire aussi: L’ambassadeur de l’UE en Bosnie-Herzégovine bientôt nommé

Kosovo

Samuel Žbogar. 50 ans. (Diplomate slovène) Son mandat va de février 2012 au 30 juin 2013.

Troisième secrétaire au département des pays voisins au ministère des affaires étrangères yougoslave (1990), il devient conseiller du premier ministre des affaires étrangères slovène en 1991. Il ouvre l’ambassade slovène en Chine en 1993 puis s’en va aux Nations-Unies comme représentant permanent adjoint (1997-2001). En tant que secrétaire d’Etat aux affaires étrangères (2001-2004), il participe aux négociations d’adhésion de la Slovénie à l’UE comme à l’OTAN, ainsi qu’à la préparation de la présidence slovène de l’OSCE (2005). De 2004 à 2008, il est ambassadeur aux Etats-Unis. Enfin, en 2008, il est nommé ministre des affaires étrangères de Slovénie. En tant que représentant spécial, il est également chef de la délégation de l’UE au Kosovo.

Lire aussi: Trois ambassadeurs de l’UE nommés au Kosovo, Macédoine et Palestine

Asie Centrale

Pierre Morel. 68 ans (Diplomate français). Il va être remplacé par une diplomate allemande

Il est d’abord secrétaire premier secrétaire puis deuxième conseiller à l’ambassade de France à Moscou (1976-1979), puis ambassadeur de France à la Conférence du désarmement de l’ONU à Genève (1986-1990). Il devient conseiller diplomatique de Mitterrand (1991-1992). Il enchaîne ensuite les titres d’ambassadeur : à Moscou (1992-1996), à Pékin (1996-2002) puis à Rome (2002-2006).

Lire : Une diplomate allemande nommée représentant spécial de l’UE pour l’Asie centrale (accès abonnés)

Sud-Caucase et crise en Géorgie

Philippe Lefort. 56 ans (Diplomate français). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

Après plusieurs années d’enseignement, il est nommé secrétaire des affaires étrangères à sa sortie de l’ENA en 1987. En poste d’abord à Moscou (1989-1991) puis au Secrétariat Général de la Défense Nationale (1991-1993), il est ensuite à Tokyo (1993-1997) puis à Washington (1997-2000). De retour au Quai d’Orsay, il y est sous-directeur aux ressources humaines depuis 2000. En 2004, il est nommé ambassadeur de France en Géorgie. En 2007, il est de retour à Moscou, où il est ministre conseiller et participe aux négociations entre la présidence française de l’UE et la Russie, suite au conflit en Géorgie en 2008.

Lire aussi: Un Français prend la relève en Géorgie et Caucase comme RSUE

Droits de l’Homme

Ce nouveau poste, le premier à être thématique et transversal, et non pas géographique, est en discussion depuis quelques années maintenant.  Son mandat, en cours de finalisation, durera deux ans. Lire aussi :

Lire aussi (pour ceux qui s’intéressent aux prédécesseurs) :

La révolution arabe de 2011 oblige à un changement de focus

Après ce qui se passe en Tunisie et en Egypte, quelle que soit son issue, il y a un changement. Une page est tournée. S’il est très difficile de prévoir ce que sera le monde arabe dans dix jours ou un an (démocratie ou autoritarisme, pluralisme ou radicalisme), il y a un changement qui est en train de s’opérer et que les Européens doivent prendre en compte. Et nul ne sait où il s’arrêtera. La vague partie de Tunis finira peut-être à Téhéran…

Islam n’égale plus seulement terrorisme mais aussi démocratie

Tout d’abord, c’est la fin de dix ans d’un paradigme, issue des attentats de 2001, entre le monde arabe, l’islam et le terrorisme. L’exemple tunisien montre qu’on peut assez facilement basculer d’un régime autoritaire à un régime en route vers la démocratie, sans tomber dans l’islamisme extrême. On voit qu’en Egypte, il y a un potentiel de forces d’opposition, démocrates, qui permet d’éviter d’être confronté La règle du « Moi ou le Chaos » tel que l’a répété Moubarak mais bien d’autres avant lui. Il y a sans doute un modèle démocratique à construire entre la démocratie d’inspiration athénienne et chrétienne et la démocratie arabe et islamique. Mais le champ est désormais ouvert.

Le rééquilibrage entre l’Est et le Sud

C’est aussi pour l’Europe la fin de vingt années où elle se concentrait davantage vers l’Est que vers le Sud. A juste titre. La chute du mur de Berlin, la fin de l’URSS, les guerres en ex-Yougoslavie, puis les élargissements de 2004 et 2007 à 10 pays de l’Est européen et la stabilisation des Balkans ont entraîné un véritable « torticolis » pour l’Europe davantage tournée vers l’est que le sud. Toute une partie de l’Europe qui n’avait que faire de ce qui se passait au sud d’une ligne Vienne-Venise-Lisbonne va devoir s’en préoccuper. Et l’UE va opérer une révision de sa politique et de ses instruments sans doute, mais surtout un changement de regard. C’est peut-être d’une certaine le redémarrage du processus « Union pour la Méditerranée » qui après un démarrage en fanfare connaissait une atonie notable.

La paix au Moyen-Orient requiert d’autres voies

On remarque ainsi que la question de la paix entre Israel et la Palestine n’est pas toute la question du Moyen-Orient, qu’elle n’est ni la cause ni la conséquence de la « révolution » qui est en train de se dérouler. En revanche, elle oblige plus que jamais – quelle que soit l’évolution dans les alentours – le gouvernement israélien à rechercher un appui chez les Palestiniens. Et vice-versa. Si des gouvernements démocratiques arrivent au pouvoir dans le monde arabe, Israël n’aura plus le monopole de la démocratie dans la région. Le gouvernement va devoir donc abandonner son radicalisme, qui sera désuet demain. Une transition pacifique en quelque sorte.

Le but de George Bush est-il en passe d’être atteint

De façon ironique, on peut dire que l’idée de George Bush de remodelage du Grand Moyen Orient s’étendant de l’Algérie à l’Iran est en marche. Mais sans lui et pas dans la forme dont rêvait son initiateur. Ce n’est pas l’exportation de la démocratie à l’américaine ou l’intervention occidentale en Irak qui est tout à fait la cause de ce mouvement, mais l’évolution du monde arabe lui-même et la mondialisation dans les faits et la société.