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Utilisation du styrène dans les travaux égouts. Méfiance

Capture d’écran 2013-08-30 à 06.36.38La récente utilisation d’un produit chimique — le styrène — dans un procédé de chemisage des égouts par la société Vivaqua (pour le compte d’Hydrobru, l’intercommunale des eaux de Bruxelles) m’a conduit à m’intéresser à ce produit.

Effets secondaires constatés chez des riverains

Un « incident » a en effet eu lieu lors de l’utilisation sur une durée de plusieurs jours dans une commune bruxelloise (Etterbeek). Plusieurs des riverains ont eu des effets secondaires sur la santé : maux de tête, irritation de la gorge ou des yeux, somnolence. De fait, le procédé utilisé à l’extérieur (dans la rue) s’infiltre dans la maison via les égouts. L’odeur au départ, surprenante mais pas désagréable, devient au fil de la persistance (plusieurs jours) handicapante, et provoque ces effets secondaires. Des relevés effectués dans les habitations 3 heures après l’arrêt des travaux relèvent dans certaines maisons un taux de 5 à 20 ppm (*).

Réaction de l’industriel et de la commune : Syndrome de l’autruche

La société Hydrobru/Vivaqua nie tout effet nocif. « une odeur désagréable (émanant du polyester utilisé pour chemiser l’égout) peut apparaître durant ces travaux », ajoutant « elle n’est nullement nocive ». Tandis que la commune se dégage de toute responsabilité : « ces odeurs ne résultent pas d’une quelconque pollution chimique. Elles sont exclusivement liées à la nature des matériaux utilisés pour réparer l’égout, ne sont pas dangereuses et disparaîtront au fur et à mesure de la progression du chantier » (lire ici). Pour le chef de cabinet du bourgmestre, Vincent De Wolf (libéral), tout comme l’élu de permanence, tout est normal et sans aucun danger. L’élu écologiste Rik Jellema considère même que c’est « pour le bien » des habitants ! Nb : aucun ne s’est cependant risqué à se déplacer sur place malgré la présence de la police, des pompiers et de l’IBGE). En matière de gestion de crises, la ville d’Etterbeek comme Vivaqua semblent encore dans la préhistoire.

Un tableau incomplet

Le tableau dressé par les autorités est, en effet, largement incomplet, voire à la limite du mensonge par omission. Le Styrène est, en effet, un produit classé « nocif » selon la réglementation CE selon 4 facteurs de risque : « R 10 – Inflammable. R 20 – Nocif par inhalation. R 36/38 – Irritant pour les yeux et la peau. S 23 – Ne pas respirer les gaz/fumées, vapeurs, aérosols ». Et l’employeur qui l’utilise est soumis à la réglementation européenne et nationale en vigueur notamment en matière de protection de la santé, d’information des travailleurs et de suivi médical.

Effets secondaires

Les effets observés chez les riverains des travaux sont parfaitement décrits dans les différentes fiches « toxicologiques » établis par les instituts scientifiques (voir la fiche de l’INRS – Institut de recherche sur la sécurité (français) ou la fiche internationale de toxicologie ci-dessous). Ses effets à long terme en revanche ne sont pas encore prouvés et discutés scientifiquement – notamment l’effet cancérigène (la réglementation européenne ne le classe pas mais le Centre international de recherche sur le cancer, organisation internationale proche de l’OMS, le classe comme « cancérogène possible pour l’homme »).

Seuil d’exposition abaissé

La législation en vigueur de ce produit est cependant, en passe, d’être renforcée. Ce sous l’effet de plusieurs rapports scientifiques qui établissent certains risques pour la santé. Ainsi le seuil limite d’exposition est fixé à 50 ppm en France sur 8 heures à température de 20° (ou 215 mg/m3) selon une circulaire de 1985 mais un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire préconise de le fixer aux alentours à 100 mg/m3 soit environ 25 ppm. En Belgique, l’arrêté royal de 2002 (modifié pour la dernière fois en 2011) a pris les devants et prévu d’abaisser progressivement cette limite : de 50 ppm en 2012, il est aujourd’hui de 40 ppm en 2013 et 2014 et passera à 25 ppm en 2015. En Allemagne et aux USA, la première limite est déjà fixée à 20 ppm (86 mg/m3). NB : Cet abaissement des limites reflète donc une prise de conscience au niveau scientifique qui ne semble pas encore avoir atteint le niveau de certains responsables politiques.

Conduite à tenir en cas de problème

A court terme, il est recommandé :

  1. (si possible) sortir de la zone contaminée
  2. Aérer au maximum
  3. Le Styrène étant un gaz plutot lourd qui va rester au ras du sol, pour les pièces semi-enterrées, il est préférable d’utiliser un extracteur d’air (type industriel, de chantier, à défaut un extracteur d’air de salle de bains puissant).
  4. Consultez un médecin pour établir un constat
  5. Faites une prise d’urine, dans n’importe quel laboratoire, Avec une demande de mesure de : Acide mandélique et acide phénylglyoxylique
    Ces prélèvements seront regroupés pour un examen complet dans un centre spécialisé (à Bruxelles, l’AZ).

A moyen et long terme, il parait nécessaire de mettre en place une politique préventive plus importante :

  1. Mise en place en place de capteurs témoins, de façon permanente dans des locaux ou habitations proches
  2. Mise à disposition d’un numéro d’urgence disponible 24/24 (eventuellement avec une fiche médicale). Nb : celui de Vivaqua est un « leurre ». Il ne fonctionne pas 24/24. Alors que le chantier fonctionne 24/24.
  3. Passage d’un expert dans les locaux ou habitations pour calfeutrer ou mettre des dispositifs de précaution

En cas de problème constaté,il parait nécessaire

  1. Mise à disposition dans les habitations « sensibles » de moyens d’évacuation ou de traitement de l’air contaminé
  2. étude par analyse d’urine chez les habitants

NB : toutes ces mesures « ont un cout  » ainsi que le remarque le cabinet du bourgmestre De Wolf. « Vous vous rendez compte ! » On peut remarquer que ce cout est relativement modique par rapport à celui de la gêne occasionnée.

(*) Le produit étant extrêmement volatile, ce taux devait être largement supérieur lors de l’exposition quotidienne.

En savoir plus. Vous pouvez télécharger:

  1. la fiche INRS (France)
  2. la fiche toxicologique internationale (OMS/OIT/CE),
  3. l’étude Ineris (France)
  4. le rapport de l’Anses (France)
  5. Arrêté royal de 2002 – mis à jour en 2011 (applicable en Belgique)

Déficit en Belgique : une simple leçon de mathématiques

(B2) Le dernier rapport de la Cour des comptes belge – détaillé dans plusieurs quotidiens aujourd’hui (dont l’Echo ou le Soir) – trace impeccablement l’origine du déficit. Ne cherchez pas ailleurs : c’est le soutien public aux banques et (dans une moindre mesure) l’opération de sauvetage de la Grèce, qui plombe les comptes de la Belgique aujourd’hui.

Une seule opération suffit

– 26,6 milliards d’euros = c’est le coût de l’ensemble des prises de participation en capital (15,7 milliards) et des prêts (8,6 milliards d’euros) en faveur des banques (1), comme les aides à la Grèce (1,7 milliard) et au Fonds européen de stabilité financière (641.000 euros). Ce sans compter la garantie accordée pour un maximum de 138 milliards d’euros, ce qui représente tout de même 40% du PIB !

+ 8,4 milliards d’euros = c’est ce que l’Etat fédéral reçoit de son investissement dans les banques (dividendes et intérêts) (2)

= – 17,6 milliards d’euros à payer entre 2008 et 2011. Une somme à comparer au déficit de plus de 15 milliards d’euros qu’aura la Belgique cette année. C’est clair : sans l’engagement dans les banques et l’aide à la Grèce, la Belgique serait aujourd’hui en excédent et pourrait continuer ainsi à abaisser lentement son endettement (qui atteint tout de même 341 milliards d’euros fin 2010, soit presque 100% du PIB). Il n’y a pas vraiment de crise budgétaire en tant que telle mais des répercussions en cascade qui causent la crise budgétaire que doit payer le citoyen. Sur les 15 milliards, 11 milliards seront gagés sur les contribuables.

(NGV)

Télécharger le communiqué de presse de la Cour des comptes et son rapport volume 1, volume 2

  1. BNP Paribas = 7,166 milliards d’euros (10,8 % de l’actionnariat),  Dexia Banque Belgique = 4 milliards(100% du capital = nationalisation), Dexia SA = 1 milliard  (5,73 % du capital), Fortis Banque = 2,356 milliards (25 % du capital), SPV Royal Park Investments = 739,8 millions (43,53 % du capital), Ethias = 500 millions (25 % du capital).
  2. Rémunérations liées aux garanties bancaires = 2,8 milliards d’euro ; BNP Paribas = 255,5 millions d’euros de dividendes ; Fortis Banque = 96,7 millions d’euros.

Le miracle belge : un gouvernement provisoire qui dure…

(Paru dans Ouest-France / 23 avril 2011) Il y un an le gouvernement d’Yves Leterme était en déroute, victime d’une démission des Libéraux. Ce qui provoquait des élections anticipées. Un an après, les mêmes sont toujours là. De manière provisoire… Mais un provisoire qui dure. Un sérieux démenti à ceux qui prédisaient la fin de la Belgique.

D’où vient ce miracle ? La Belgique est un Royaume, décentralisé, et conservateur. Une large partie des compétences est exercée au niveau des régions (Flandre, Bruxelles, Wallonie) et des communes. Les élections de juin 2010 ont entraîné des évolutions sur l’échiquier politique. Mais il se trouve toujours une majorité de 83 députés sur 150 pour soutenir le gouvernement. Le Roi exerce un certain rôle et est, malgré toutes les critiques, respecté. 

La Belgique va-t-elle si mal ? La croissance économique est de 2%, une des meilleures de la zone Euro. Le déficit public se réduit plus vite que prévu (3,6% cette année). Le budget 2011 a pu être adopté grâce à un tour de passe-passe constitutionnel ; le Roi ayant demandé au gouvernement d’agir. Côté international, la Belgique a assumé l’année dernière la présidence de l’Union européenne, sans casse et même avec succès. Et elle s’est même engagée aux côtés des Français et Britanniques en Libye, étant un des rares pays à autoriser les frappes. Cependant tout ne va pas si bien. Les principales décisions (réformes, nominations, subventions) sont bloquées.

Quel est le problème ? Le N-VA, parti autonomiste, occupe avec 30% des voix une position dominante sur la scène politique flamande. Son leader Bart de Wever joue la montre, disant oui un jour, non le lendemain. Pendant ce temps, son allié d’hier, et rival d’aujourd’hui, le Chrétien-Démocrate, Yves Leterme, reste au pouvoir. Un paradoxe de plus

Une nouvelle Belgique émerge des urnes

(BRUXELLES2) Les bureaux de vote n’étaient pas fermés au plat pays que déjà les premières tendances semblaient claires. Au nord du pays, les autonomistes flamands du NVA sont les grands gagnants des élections. La victoire est nette et sans bavure. Les socialistes s’installent comme la première force dans tout le pays, prenant le relais des Chrétiens-démocrates à qui ce rôle était traditionnellement dévolu. Les deux grands perdants sont le parti libéral et l’extrême-droite. Tandis que les Verts s’installent dans le paysage politique.

Le message paraît donc clair. Les Belges veulent une attention soutenue sur la crise sociale et économique, avec une touche écologique, mais aussi une refonte des structures de l’État, pour éviter ces discussions sempiternelles sur un empilement politique incompréhensible pour le Belge moyen. Au passage, ils sanctionnent celui qui a provoqué la crise
politique, les Libéraux, qui perdent près de 10 points au sud du pays.

Premières leçons du scrutin

• Le NVA cartonne. La victoire est nette et sans bavure.  Il frôle la barre des 30%, est en tête dans la plupart des cantons, voire en majorité absolue dans certains ! Une nette progression pour un parti qui, il y a dix ans, n’existait pas, ou presque. Le parti a pompé des voix partout : à l’extrême-droite, au Vlaams Belang et dans la Liste De Decker, chez les libéraux et les chrétiens-démocrates. Moins xénophobe que le premier, moins libéral que le second, moins feutré que le troisième, son populisme a paru plus présentable à nombre de Flamands qui veulent un changement de la structure de l’État. Mais pas automatiquement la fin de la Belgique comme le phantasme une partie de la presse française. Fait notable, dans la politique belge, le NVA est républicain. Il milite, à terme, pour une limitation de la place du Roi, voire pas de place du tout. Et il est pro-européen. Résultat aucun parti n’exclut aujourd’hui de discuter avec lui. Au contraire. Et par rapport à certaines élections passées, la discussion reste courtoise. Il sera difficile de faire comme si il n’existait. Reste à savoir si Bart de Wever voudra monter au gouvernement. Le pays ne devrait cependant pas souffrir du cercle sanitaire.

• Le Parti socialiste devient le premier parti du pays. En Wallonie, il récupère ses positions au plus haut, depuis 2003, avec près de 35%. Et son équivalent flamand, le SP-A se maintient en Flandre. Cette donnée est importante car traditionnellement le Roi nomme comme « informateur », chargé de mener les consultations pour former la coalition. Dans ce cas, le Premier ministre pourrait être un francophone, le chef du parti socialiste Elio di Rupo, qui a un gros défaut : il ne parle pas néerlandais.

• Le Vlaams Belang (l’extrême droite flamande) régresse. Sa progression s’était ralentie aux dernières élections. La défaite est ici patente. Il tombe de six points. Quant au Front national, au sud, il est groupusculaire (autour de 1%). C’est une des très bonnes nouvelles de ce scrutin. Elle permet de mettre fin au cordon sanitaire qui avait paralysé toutes les évolutions politiques au nord du pays.

• Les Libéraux sont les grands perdants de cette élection. Au sud du pays, ils cèdent du terrain, même dans leurs fiefs traditionnels, comme le Brabant wallon (autour de Bruxelles).

• Les partis rattachistes restent toujours aussi minoritaires (aux environs de 1%). L’idée d’un rattachement à la France de la Wallonie qui fait grand bruit ne trouve pas d’écho dans la population francophone.

 

La constitution d’un gouvernement va désormais commencer

Une question domine : le NVA voudra-t-il « monter » au gouvernement ? Le chef du NVA, Bart de Wever l’a laissé entendre lors de ses interventions télévisés. Il a ainsi cherché à afficher sa modération, appelant à « chercher des alliances », se montrant « ouvert aux francophones », se disant même « prêt à négocier » certains éléments du programme, pour « aller au gouvernement ». On aurait alors une coalition comme en région flamande (où le ministre de l’Intérieur Geert Bourgeois est NVA). Ce qui aurait une certaine logique. Reste à rapprocher les deux majorités l’une autonomiste et libérale, l’autre fédérale et socialiste. Autant dire le mariage de la carpe et du lapin.

Deux autres coalitions pourraient être constituées ; ayant pour objet la crise socio-économique ; la réforme de l’Etat suscitant ensuite une majorité ad hoc. L’une des plus citées serait est une coalition au centre gauche, dite de l’Olivier, regroupant socialistes, chrétiens-démocrates et écologistes. Une coalition qui aurait l’avantage de regrouper des partis qui ont déjà l’habitude de travailler ensemble dans deux des trois gouvernements régionaux. L’autre coalition reprendrait le modèle actuel (Socialistes, Chrétiens-démocrates, Libéraux), qui aurait cependant un inconvénient : rassembler deux perdants. Elle paraît donc délicate à mettre en oeuvre politiquement. Dans tous les cas, ce gouvernement devrait entrer rapidement en fonction, avant le début de la présidence européenne, le 1er juillet. Il faut aller vite. Il reste 2 semaines.

(Nicolas Gros-Verheyde)

AbBota : the Tellers en haut de l’affiche

Dernier cru de l’AB-Bota, où l’on peut apprécier les découvertes communes des deux salles qui comptent à Bruxelles – la flamande Ancienne Belgique et le francophone Botanique. Découvertes de qualité…

Pour ma part j’ai pu apprécier « The Tellers« . Jeune groupe – créé en 2005, révélé sur la scène du Bota en 2006, 21 ans de moyenne d’âge – ils ont leur club de fans, qui se déplacent à chaque concert apparemment et connait quasiment par coeur toutes leurs chansons. Quelle honte. Je ne les connais pas encore… Un ptit air de Libertines, un autre de Girls in Hawai, une bonne base de Rolling stones ou de Beatles et des petits rifs bien personnels. Deux guitares et une basse à la manoeuvre, et une batterie. Et le tour est joué.  C’est frais, gai, dynamique. Et surtout efficace. Les 4 garçons – Ben, Charles, Kelley, François – ne traînent pas entre leurs morceaux à nous raconter leur vie. Ils enchaînent, avec au passage une reprise de Pavments. Pour notre grand plaisir.

• Voir leur site sur MySpace ou sur scène : à Berlin le 27 mars (Rote Salon), Paris le 1er avril (Maroquinerie), à Lille le 18 avril (Splendid), à Kortrijk le 26 avril (au Nova Rock festival), à Utrecht le 22 mai (Tivoli).

Belgique, une crise, quelle crise ?

(B2) Comme on raconte pas mal de c…  dans les médias français, voici quelques éléments de contexte sur la situation en Belgique.

Depuis trois mois — les élections ont eu lieu le 10 juin dernier —, la Belgique est sans un nouveau gouvernement, dans ce qui paraît, à première vue, comme une impasse politique majeure entre
Flamands et Francophones. Est-ce vraiment une crise du pays ? Comment fonctionne cette Belgique qui paraît si proche et comment nos amis belges vivent cette situation ?

La Belgique est-elle sans gouvernement ?
Non. Guy Verhofstadt, libéral flamand, assure toujours la fonction de Premier ministre à la tête de sa coalition socialiste et libérale. Le Gouvernement est « en affaires courantes » et il ne peut
proposer de réforme majeure. Mais il dispose toujours d’une majorité relative à la Chambre des députés qui lui permet de gérer efficacement le pays. Il peut ainsi d’envoyer des troupes à l’étranger
(comme il vient de le faire pour le Tchad).

La Belgique existe-t-elle vraiment dans l’histoire ?
Oui. L’imperium César en sait quelque chose, qui avait mis plusieurs années à conquérir ce territoire au nord de la Gaule, et n’hésitait pas à dire que « de tous les peuples de la Gaule, les Belges
sont les plus braves ». La « Gallia Belgica » prend forme sous l’empereur Auguste. Et très vite, après Charlemagne, ce territoire est marqué par trois caractéristiques, encore présentes aujourd’hui
: la séparation linguistique entre deux mondes — latin et germanique —, l’autonomie locale — les habitants sont groupés autour de leur duc (Brabant, Luxembourg, Limbourg), comte (Flandre, Hainaut,
Namur), seigneur (Malines) ou marquis (Anvers) qui s’allient à l’occupant ou le combattent tour à tour, mais rarement ensemble — et … une indocilité permanente ! Ce territoire n’arrivera jamais à
être maté véritablement par ses maîtres successifs : français, bourguignons, espagnols, autrichiens… Du temps de Philippe Le Bel, l’armée française – la plus forte du moment – est battue à plate
couture, par les « va-nu-pieds » des milices communales à la bataille des « éperons d’or », encore célébrée aujourd’hui en Flandre. Ce n’est qu’en 1790 qu’un premier Etat belge indépendant voit le
jour, dans la foulée de la Révolution française, avant d’être réduit à néant par ces mêmes Français qui annexent le pays et le divisent en départements. En 1830, nouvelle révolution, Bruxelles,
suivi par la plupart des villes, se libère de l’occupant néerlandais. La Belgique moderne est née.

Aujourd’hui, est-ce un pays unitaire?
Non. La Belgique est un pays constitutionnellement fédéral, aux contours complexes pour un esprit cartésien. Le pays comprend trois régions, sur un découpage territorial (Wallonie, Bruxelles,
Flandre), et trois communautés (francophone, flamande et germanophone), correspondant aux trois langues officielles du pays. Avec l’Etat fédéral, il y a donc sept parlements. Ce qui oblige pour un
traité européen, à sept ratifications ! Les compétences sont plus ou moins précisément réparties. Aux Régions, l’économie, l’urbanisme… Aux Communautés, l’éducation (écoles, universités…) ou la
culture. A l’Etat fédéral, les affaires étrangères, la défense, la justice, la fiscalité générale, la sécurité sociale… Ce sans oublier les communes. Le bourgmestre a, en effet, un pouvoir
largement supérieur à son homologue français, notamment en matière de maintien de l’ordre, exerçant grosso modo les compétences réunies du maire et du préfet.

Comment se constitue un gouvernement ?
Cinq familles politiques se partagent les suffrages des Belges : chrétiens-démocrates, socialistes, libéraux, écologistes, extrême-droite. Avec la frontière linguistique, cela fait au minimum 10
partis politiques, aux programmes forts différents. Un chrétien-flamand, conservateur ou nationaliste, ne ressemble pas du tout à son homologue wallon, plutôt classé au centre gauche. C’est tout le
drame de la coalition future. Et comme avec la proportionnelle, aucun parti ne peut prétendre gouverner seul, il faut — au soir de chaque élection — négocier un accord de gouvernement, à deux,
trois, quatre…

Comment négocie-t-on un gouvernement ?
Menace de claquer la porte, déclarations à l’emporte-pièce font partie de la gestuelle belge classique jusqu’à la crise paroxystique et à l’accord final. En Belgique, résument les politologues, «
il n’y a d’accord sur rien tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout ». Une formule jamais autant vérifiée qu’aujourd’hui.

Quel est le rôle du Roi ?
Son rôle d’ordinaire symbolique est vital en cas de crise et après chaque élection. C’est à lui de désigner « l’informateur » qui fait le tour des partis pour voir qui veut « monter » au
gouvernement, puis le « formateur », chargé de négocier un accord de coalition entre les partis pressentis. Généralement le formateur, qui appartient au parti majoritaire, devient Premier ministre.
Mais ce n’est pas obligatoire. Ce rôle était jusqu’ici dévolu à Yves Leterme, chrétien-démocrate flamand. Mais celui-ci vient de jeter l’éponge. Son rôle pourrait être repris par un tandem
flamand-francophone.

Quelles coalitions sont possibles ?
Depuis 80 jours, c’est une alliance entre libéraux et démocrates qui est recherchée. Mais d’autres coalitions pourraient aussi possibles. Un brin poètes, les Belges surnomment cette alliance «
Orange Bleue », ou « Jamaïque » si les Verts la rejoignent. Pour une coalition PS et chrétiens-démocrates on parlerait d’une « Rouge-romaine », et si on ajoute une touche de vert d’un « Olivier ».
Quant à l’alliance qui a gouverné la Belgique, depuis 1999, entre socialistes et libéraux, il s’agit de la « Violette », dite « Arc en ciel » avec les Verts.

Que veulent les Flamands ?
Les partis politiques veulent une autonomie beaucoup plus large pour les régions  — la sécurité routière, l’emploi, une partie de la justice — et ne laisser à l’Etat fédéral que des
compétences résiduelles (diplomatie et défense). En fait une confédération au lieu d’une fédération. Les Wallons veulent plutôt un statu-quo.

Les Belges sont-ils bilingues ?
Non. Contrairement à une idée répandue, la Belgique n’est pas un pays bilingue. Trois langues sont parlées dans le pays : l’allemand dans la région germanophone (à l’est, inclus dans la Wallonie),
le français en Wallonie, le néerlandais (flamand) en Flandre. C’est seulement à Bruxelles que le bilinguisme, les deux langues principales – flamand et français –, sont obligatoires.
L’agglomération d’un million d’habitants est la seule réellement d’ailleurs où les deux communautés vivent ensemble. En Wallonie, c’est le Français, qui est seul parlé, sauf dans la partie
germanophone. Et en Flandre, c’est le Néerlandais. De plus, les wallons parlent très peu le Flamand. Les Flamands parlent davantage le Français, mais cet apprentissage tend à diminuer au profit de
l’Anglais.

Les différences entre Flamands et Wallons sont-elles importantes ?
Oui. Il y a en fait déjà deux pays qui vivent à leur rythme. Chacun a ses journaux, sans chaînes de télévision, ses partis politiques, ses chanteurs, ses personnalités… La situation économique est
très différente. La Flandre est plus riche et avec un taux de chômage de 4% peine à embaucher. Tandis qu’en Wallonie, le taux de chômage est encore à deux chiffres. 15% en moyenne, 20% dans
certaines régions sinistrées comme à Charleroi.

Le sentiment de séparatisme est-il vivace dans le pays ?
Non. Paradoxalement, toute l’ambiance de séparatisme est davantage portée par les hommes politiques et les médias. Elle est plus puissante au nord du pays — où le très présent Vlaams Belang
(extrême-droite) ou la NVA (populiste flamand) militent pour une république indépendante —, qu’au sud francophone où le Mouvement pour le rattachement à la France est très minoritaire.

La séparation est-elle alors possible ?
Très délicate en fait. La principale difficulté est : que faire de Bruxelles qui représente un dixième de la population. La capitale du pays, de l’Union européenne, mais aussi de la Flandre, est
enserrée géographiquement en territoire flamand, mais est majoritairement peuplée (à 90%) de francophones, et le siège européen de nombre de sociétés …

Comment le Belge de la rue suit cette crise ?
D’assez loin, pour l’instant. On en parle dans les files au supermarché, souvent avec ironie, mais sans susciter l’inquiétude et l’émotion d’une affaire Dutroux, de certains actes racistes ou la
joie d’une victoire de Justine Hénin à Rolland Garros ou… la naissance des enfants de la famille royale!

(NGV)

Odieu, Jeff Bodart, Vive La Fête

Les amours noires d’Odieu

Inclassable artiste. Comme il le proclame lui-même « Où me mettre dans les rayons Electro. Rock. Chanson. Classique ». Depuis ses débuts en 1982, Didier Kengen (alias Odieu) collectionne les superlatifs. Mais sur les ondes des radios, Odieu n’est pas vraiment matraqué. Il est vrai qu’entre 0’34 et 6’21, ses compositions ne sont pas vraiment dans le calibre courant. Et dans les bacs des disquaires, il aura fallu attendre cinq ans pour avoir ce nouvel album dans les mains. L’outrance punk a été délaissée pour une électro-acoutisque, enregistrée « à la maison », avec l’aide d’amis comme Joseph Racaille (Alain Bashung) aux arrangements, DJ Deenasty aux scratchs et la pâte de Jean-Marie Aerts (TC Matic, Arno) à la production. Mais les textes sont toujours aussi ciselés. De vrais petits bijoux à la pointe de l’irrévérence. L’oreille prend plaisir à contourner toutes les rondeurs de la langue et s’égarer dans des doubles sens. L’érotisme est bien entendu présent. Comme ce « laisse-moi perdre au fond de toi » (Aquarium ) ou ce « plus personne qui mouille, plus personne qui bande » (Rien à cirer). Pourtant il serait hâtif de classer « Amours noires » dans l’art uniquement copulatoire. Dans cet album, Odieu revisite toutes les variantes du sentiment amoureux en lambeaux : la solitude (Belle soirée), la déception (Cœur Brûlé), l’exclusion (Paulo), la vieillesse (Hélène), ou la certitude de l’impossible (J’attends) qui clôture cet opus sur un constat simple, somme toute universel, « Mon palpitant qui cogne me dit : tu déraisonnes ». Pas tout à fait d’ailleurs le dernier morceau. Car Odieu n’a pu s’empêcher de rajouter, en « bonus track », un « gloire à ma banque », en forme de comptine de rue, aussi corrosif que bref. (« Amours noires », Odieu, Franc’Amour / Sowarex)

T’es rien ou t’es quelqu’un » de Jeff Bodart

Ce quatrième album témoignerait-il d’une certaine tranquillité retrouvée ? « Je ne l’espère pas, ce n’est pas pour moi » réplique Jeff Bodart, rieur, lui qui, sur scène, ne peut rester en place plus de 2 minutes 30 et adore monter aux mâts des chapiteaux. Mais « je n’aime pas faire deux albums qui se ressemblent ». L’orchestration est, donc, plus douce, plus jazzie, sans doute plus homogène également. Aux cotés de ses deux vieux complices Pierre (Julio) Gillet et Olivier Bodson, le petit gars Jeff s’est en effet impliqué pleinement. « J’ai retroussé mes manches. J’ai fait la guitare, l’harmonica, le clavier et même les chœurs… Avant j’avais des chœurs longs comme le Danube. Maintenant les chœurs…c’est moi ». Pour autant arriver à cette harmonie n’a pas été facile. « J’avais 40 titres dans les cartons, dont 20 étaient mixés, prêts à être gravés. Il a fallu dégraisser. C’est un mot que je n’aime pas, trop utilisé par les entreprises, pour jeter des gens. Mais il faut éviter les répétitions, pour ne pas lasser, avoir un fil rouge et s’y tenir ». Et effectivement quand on regarde les textes de cet album, on cerne une trame commune, autour de la reconstruction de l’être humain : « Tu m’aimeras quand je ne t’aimerai plus », « Apprendre à tout laisser », « Etre ou ne pas être », « Ma vie est une balançoire » sans oublier « t’es rien ou t’es quelqu’un », le titre éponyme de l’album, écrite par Pierre Delanoë. « Il avait cette chanson dans ses tiroirs. Il m’a dit, tel un grand couturier, je vais te la retailler, tu vas voir elle t’ira sur mesure ». Un fidèle, Rudy Léonet, par ailleurs directeur musical sur Radio 21, est venu aussi prêter main forte pour « Boire, boire, boire », une libre adaptation du groupe punk allemand Trio et un clin d’œil également, à l’album « Boire » de son compère Miossec, pour lequel il écrit quelques textes (et vice-versa). Enfin comment ne pas citer « Canadair », qui sort en single cet automne, morceau empreint de poésie et, apparemment, fort d’actualité cet été en Europe. « « La tête encore pleine de cigales j’ai déchiré l’azur enfin et plongé en héros postal vers l’inconnu vers le lointain ». (chez PiAS)

« Nuit blanche » Vive la fête

Quatrième album également pour ce groupe flamand qui, une fois n’est pas coutume, ne chante pas, en anglais – comme la plupart de ses corelégionaires – mais en français. C’est que Mommens, ancien bassiste de Deus, et Els Pynoo, une bombe blonde, adorent les égéries des années 60 Brigitte Bardot et Jane Birkin ainsi que les deux faiseurs de mots Jacques Dutronc et Serge Gainsbourg. N’attendez pas une recherche musicale intense. Le fonds sonore de ce groupe kitch-pop, comme il se définit volontiers, se décline assez simplement, autour d’un beat électronique, plus proche des soirées nocturnes et autres techno parties, renforcé en concert par un band bien emmené et souvent délirant. « Vive la fête » c’est en effet avant tout une petite voix acidulée, perchée dans les aigus, style Lio années 1980. Une voix qui vous torture l’âme et qui part en vrille et vous donne le tournis. Des textes simples, dépouillés, réduits parfois à une ou deux phrases parfois, et d’autant plus provocants — « Mr le président. Où est mon argent ? »,, « Maquillage. Je n’aime pas » …etc — qui dégagent tantôt une envie de fête, de rêve, ou de révolte. Des qualités qui ont d’ailleurs séduit le couturier Karl Lagerfeld qui a confié à Vive la Fête le soin de mettre en son la collection automne hiver de Chanel. (chez Lowlands)

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles) pour Rfi Musique

 

Quand l’humain danse, le dernier album « tutti frutti » de Maurane

La puissante voix belge francophone nous revient avec seize chansons teintées d’optimisme et de rêverie. « Quand l’humain danse » le sixième album studio de Maurane, est un fabuleux ode d’optimisme, avec plusieurs duos (Lavoine, Fabian, Sanson) et la pâte de Goldman pour quatre chansons.

(B2) Dans ce restaurant verdoyant de Bruxelles, Maurane apparaît joyeuse, souriante. Durant ces derniers mois, elle s’est laissé aller à son caprice favori : vagabonder au gré de musiques et d’amitiés diverses. Le jazz avec ses vieux complices Steve Houben et Charles Loos qui ont reformé le groupe HLM (Houben Loos Maurane). Le classique avec l’actrice Marie Gillain et le violoncelle de Marie Hallynck pour « Bach au féminin » en juin. On l’a même vu interpréter,  en compagnie de l’Orchestre philharmonique de Liège, le fameux « Duo des chats » de Berthold. Ou encore se prendre d’une passion de raconter Babar aux enfants.

En pleine forme, quelques kilos en moins, Maurane signe donc avec ce nouvel album, le sixième réalisé en studio sous son nom, un retour à l’optimisme… plutôt rêveur. Enregistré et mixé pour l’essentiel au studio ICP de Bruxelles, « Quand l’humain danse » pourrait être qualifié comme un album des duos : « Un pays mais » avec Marc Lavoine, « Mais la vie… » avec Lara Fabian, « Petites minutes cannibales » avec Véronique Sanson. Mais la nouveauté vient d’ailleurs. Une manière de mettre en musique, où les mots viennent s’emboîter dans tous les interstices ludiques comme ils avaient été conçus l’un pour l’autre. Un peu blues, un tantinet charme, un rien tube. Aux cotés des fidèles de Maurane – Peter Lorne, Arnould Massart, Jean-Claude Vanier et, à la réalisation, Nicolas Fiszman, Jean-Jacques Goldman a ainsi signé quatre titres.

D’un « Tout faux » qui perpétue la tradition du dialogue de sourd amoureux à la petite comptine « au clair de ma plume » paraphrasant un classique de notre patrimoine au service de l’écriture, en passant par l’inspiration plus jazz de « Ce que le blues a fait de moi » ou « Des millions de fois », il étale toute la palette de son savoir-faire donnant aussi à Maurane de laisser résonner ce qui reste une des plus belles voix de la francophonie..

• Dans tout nouvel album, on cherche la comparaison avec les précédents, comment situez-vous le petit nouveau ?

Je ne sais pas si celui-ci est meilleur  que le précédent ou plus fort. Il est peut-être plus accessible. Le précédent était plus un album d’ambiance. Presque plus proche de la musique de film que de la chanson. Ici, il y a de vraies mélodies, qui vont d’un bout à l’autre, qui ressemblent à des chansons. Il est aussi plus gai. Sur le précédent album j’avais parlé beaucoup de violence. Ici, mis à part « graine d’immortelle »  et « tout faux » et une ou deux autres, ce sont des chansons, vachement optimistes.

• Comment écrit-on un album comme celui-ci ?

Je suis pas automatiquement lente à écrire, j’écris même tout le temps. Mais j’ai du mal à réunir toutes les chansons. Et surtout, je n’ai pas envie de faire tout toute seule. L’inspiration des autres vous ouvre des portes et de belles portes. En même temps j’ai une réaction assez physique aux chansons. Elles me parlent, elles me chantent. Elles me donnent la chair de poule ou le magret de canard, comme vous voulez. Et puis quelquefois elles demandent à être apprivoisées. Tout cela prend du temps.

• Cet album est aussi celui des amis, qui vous ont prêté leur voix, leur texte ?

Il y avait déjà un paquet dans le précédent album. Mais cette fois, c’est vrai, j’ai mis tout le monde (rires)… Je ne l’ai pas vraiment fait exprès. Cela s’est fait au fur et à mesure des rencontres. Il y a des gens avec qui j’ai travaillé  et avec qui je ne travaille plus depuis un moment et qui reviennent. Je me sens bien comme çà. Même si à des moments donnés avec certains, ce fut contre vents et marées, il y a toujours un moment où on se retrouve. Il y a une fidélité  dans les deux sens.

• Un album Tutti-frutti donc ?

Oui on peut le résumer comme çà. C’est un cocktail de toutes les époques, de toutes les musiques, de tous les genres et de tous les gens que j’ai côtoyés depuis autant d’années. Il y a quand même une grande famille d’amis, mais qui étaient là au début, qui étaient là plus tard, qui étaient là au milieu .

• et votre titre préféré ?

J’adore « Sans demander ». Quand j’ai reçu la première maquette de Daniel (Lavoie) et que j’ai su que c’était un texte de Louise Forestier, cela m’a beaucoup touché. Ce sont des personnes que j’aime énormément. Et  j’ai vraiment senti aussi qu’ils m’aimaient beaucoup. Cette chanson était vraiment pour moi.

• « Un pays mais » ce n’est pas un tantinet patriotique?

Vous trouvez ? Non çà n’a rien de patriotique. Mais je sais pourquoi vous dites çà. Car les premières notes çà fait (et elle chantonne), çà fait penser à « douce France… » Pour moi, le pays ce peut être des sentiments. Ce n’est pas forcément un vrai pays. C’est une image. C’est ce qu’il y a coté de nous, et qu’on ne voit pas, ce peut être l’amour de l’autre. L’évidence est à coté. Il ne suffit pas d’aller loin pour la trouver. Quelquefois vous passez à coté parce que vous ne le voyez pas. Le pays, çà parle plus d’amour que de géographie.

• Il vous reste encore des désirs que vous n’avez pas satisfaits ?

Oh. J’ai des tas d’envies, des tas de gens avec qui j’aimerais partager  des choses. Je rêve toujours de chanter avec Peguy Lee. Sting aurait envie de faire un duo avec moi, je ne cracherais pas dessus… Peter Gabriel non plus. J’aimerais bien faire un duo avec Vanessa Paradis. J’aimerais écrire pour Elsa ou pour Nollwen.

• L’ordre des chansons a parfois un sens caché, comment les avez-vous ordonné ?

C’était un véritable casse tête. Je me suis dit : faut-il les mettre par style, par genre, par auteur. J’ai tout essayé, dans tous les sens. Vous savez vous mettez des « post-it », sur lesquels vous écrivez les titres… Puis à un moment il ne suffit pas de lire les titres, il faut écouter. Et pour finir j’ai tout mélangé, à l’instinct. C’est venu. Comment ? alors là…

• Vous avez déjà fait un duo avec Lara Fabian, vous persistez ?

Pas par Lara et par moi. Ca nous a rendu très heureuses tout de suite. Effectivement, certains « fans » se sentaient trahis. Il y a dans ce métier soit disant ce qui se fait ce qui se fait pas. Nous çà nous a surpris. Nous nous connaissons depuis longtemps. La première fois que je l’ai rencontré, je crois qu’elle devait avoir 16 ou 17 ans. J’ai très vite senti chez elle à la fois son ambition mais aussi son talent et sa sensibilité. Pendant le temps où elle en a fait des caisses,  je me suis dit que cela cachait bien autre chose, c’était peut être parce qu’elle se faisait peur ou avait peur de sa fragilité. Nous on s’est toujours bien entendu et nous avons toujours adoré chanté ensemble.

• A de nombreuses occasions – les restos du cœur, l’association Sol en Si, vous avez manifesté votre solidarité avec les autres. Et cependant on ne peut dire que vous êtes une artiste engagée ?

Quand çà touche les enfants, des gens qui à coté de soi ne mangent pas à leur faim, vous ne pouvez pas rester indifférente . Je suis touchée, cela me donne envie de bouger. Avant je disais toujours que j’étais une chanteuse dégagée, que je ne voulais pas être engagée, que cela servait à rien. En fait, quand je vois à quel point la musique fait bouger les choses et fait avancer les choses, je me dis qu’il n’y a plus que çà à faire… y aller.

• Certaines actualités ne vous font-elles pas réagir aussi ?

Oui bien sûr j’ai des révoltes. Comme tout le monde, cette violence, ces guéguerres à vingt balles. Je peux vous dire que Bush je l’ai dans le pif…. Je ne regarde d’ailleurs plus trop les actualités car je trouve qu’on médiatise beaucoup trop ces guerres, qu’on leur donne finalement une importance. Les gens allument la télé, s’aperçoivent qu’ils ont leur petite guerre en direct. Il y a un coté très malsain. Forcément, j’ai envie d’harmonie, d’humanisme, d’amour.

• Ce besoin de sérénité, on le retrouve tout au long de cet album…

Sur le précédent album j’ai parlé beaucoup de violence, de la planète. Des sujets plus graves, peut être plus universels. Mais toujours avec mes mots, je suis quelqu’un qui rêve beaucoup. L’utopie fait partie de ma vie. Mais le rêve peut être le premier pas vers la réalité. Tant qu’à faire je continue à rêver et voilà. Essayer de m’accrocher à l’énergie belle qu’on peut mettre dans les choses. Plutôt que l’énergie mauvaise. Voilà. Je crois toujours dans l’humain sinon je me tire une balle… Je pense que l’humain est capable de grandes choses s’il se donne les moyens de bouger dans le bon sens. Quand l’humain danse, tout va.

• Si Bush dansait de temps en temps ce ne serait pas mal alors…

Oh mais Bush il ne dansera jamais. Le pauvre ! C’est un petit soldat. Un petit soldat, çà ne danse pas. Un petit soldat, ça tire dans tous les sens. Un petit soldat çà veut tout gérer, tout dominer. Bush, il ne dansera jamais …

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles) pour RFi Musique

Neuf fois Julos Beaucarne

(B2) Poète ou chanteur, auteur et interprète, Julos B. est un « ignoré célèbre » qui mérite le détour. Maître du texte, artiste du détournement de mots, Beaucarne est aussi un écolo avant la lettre. « Les mots sont très sympathiques, ils gagnent à être connus ». Fils de la campagne, il n’a de cesse de défendre ses amis qui pointent le nez vers le ciel, n’hésitant pas à créer un « front de libération des arbres fruitiers ». D’Ecaussinnes, où il a vécu enfant à Tourinnes la grosse où il vit maintenant en passant par ses épopées en Provence, et ses potes, les Spoutniks, cette biographie se veut avant tout un conte de l’œuvre, du « julosland » plus que de l’homme. Le constructeur de « pagodes », ces rouleaux de bois cylindriques destinés à contenir les fils, met son âme partout. Ici point de regard juteux sur la « célébrité ». Les épisodes les plus douloureux, comme la disparition de sa femme sont évoqués sobrement, pour mémoire. Mais du texte entre guillemets, à revendre. Peut-être la meilleure façon de comprendre l’homme.

(NGV)

* « Il était 9 fois Julos Beaucarne« , Laurence Vanbrabant, Ed. Le Grand Miroir (diff. Flammarion), 188 p. 13,50 euros. http://www.legrandmiroir.com/

Nuits botanique 2002

Durant 13 soirées, de la musique sous toutes ses formes : world, rock, rap, chanson…

(B2) Treize jours de festivals. Treize jours à arpenter ces coursives du Botanique, colorées de jaune, d’orange, de bleu ou de rose ; où quelques poissons gigotent encore dans les bassins surmontés de plantes plus ou moins rares. A passer d’une salle à une autre, pour franchir un peu tous les styles. Ici, le jazz cotoit le hip hop, la pop frôle le hardcore, la chanson intimiste s’essaie au rock…

Après les festivals d’été, et leur foule, les « Nuits Botanique » à Bruxelles sont une manière d’écouter le son dans de bonnes conditions, quasiment en famille et … de multiples façons. A chacun sa technique : confortablement installé dans les fauteuils en velours rouge du « Cirque royal », dansant dans la Rotonde sur le hip hop de Rocé, trépignant furieusement dans l’Orangerie sur les rythmes de Pleymo ou allongé à même la moquette dans les coursives du “Musée”, la salle plus intimiste, à écouter Perry blake, voire dehors sur les marches de béton, en train de déguster des Samoussas afghans, pour goûter un des orchestres « world » présent ce jour là. Car la nouveauté des Nuits 2002, c’est cette petite scène extérieure, dénommée « Corolla », sponsor automobile oblige. Montée en plein air, pour accueillir les richesses musicales des diverses communautés culturelles résidant en Belgique, elle a montré son utilité. Jouant les interludes entre les deux concerts, soit un exercice pour le moins délicat, cette scène en a réjoui plus d’un, d’autant que l’accès y était libre et le temps au beau. Que ce soit « A contrabanda », un groupe de musique traditionnelle galicienne (Espagne) mené sous la houlette de Grégorio Melgosa avec force cornemuses et issu des cours de gaita de « Muziekpublique « , les rythmes slavo-tziganes  de la famille bulgare Silla ou le band punk-rock “sans guitare” de Traktor, trois filles et deux garçons issues des squats d’Anvers (Belgique), la qualité et le sens de la fête était toujours au rendez-vous. L’occasion aussi pour les différents publics de se croiser : les jeunes marocains ou turcs venus des quartiers voisins, les étudiants descendus de leur campus en bande ou les messieurs costumes-cravates, un tantinet plus officiels.

Les Rita emballent le crique

Sans conteste, le concert des Rita Mitsouko a été une grande réussite de ces Nuits. Au Cirque royal, ce 21 sept., c’est une salle bien remplie qui attend de pied ferme les Rita Mitsouko pour un des premiers concerts célébrant leur nouvel album, « la femme trombone ». Quand Catherine Ringer paraît, en costume moulant, strié de bandes oranges et noirs, symbolique du bagnard ou du saltimbanque, et de ces nouvelles chansons, toutes de hargne et de passion, il est trop tard pour hésiter. Le concert prévu en version assise ne tarde pas à gagner la position debout. Les spectateurs des derniers rangs en étant réduits à monter sur les sièges pour trépigner à leur aise. Ceux des balcons usent de quelques subterfuges, comme passer les sous-sols, pour regagner le parterre. Pourtant les Rita ne reprennent pas systématiquement tous leurs tubes. Les amateurs de Marcia Ballia en seront pour leurs frais. Mais aucun ne s’en plaindra. Enchaînant vieux titres comme Don’t Forget The Nite” et les nouveaux comme “Trop Bonne” ou “vieux rodéo”, la chanteuse déploie une énergie sans pareille. Les ambiances alternent sans relâche : parfois très pop italienne puis s’essayant au Flamenco, se promenant ensuite sur la scène tel un Charlie Chaplin des temps modernes, ou un rien féroce, type danseur Masai dans « Les Guerriers », Catherine Ringer sort à l’aise de toutes ces situations. Et si le clavier nécessite quelques réparations, elle improvise un “à la claire fontaine” qui  pallier aux défaillances électriques. Une Andy divine laisse les spectateurs heureux et comblés.

(Mercredi 18 sept.) Parmi les découvertes cette année des « Nuits », comment ne pas citer Karin Clercq, grande blonde, comédienne de son état, qui un beau jour a trouvé chez le guitariste de Miossec, Guillaume Jouan, une musique capable d’épouser ses envies de textes. Son ambition : “Parler des failles et douleurs et des désirs des femmes d’aujourd’hui, par contradiction avec les femmes papier glacé des magazines ». Après un album sorti en mars (PiAS), c’était la première prestation live de la jeune femme. Tendue au départ, mais avec une salle acquise d’avance et enthousiaste, elle a eu du mal à trouver ses marques, mal servie par une sono mal réglée et des paroles difficilement compréhensibles derrière les rifs des guitares, très rocks. Cependant certaines de ces compositions méritent qu’on s’y attarde. La “Chanson pour Anna” “contre toutes les Anna victimes de la traite des femmes” a une force et une gravité qui dépassent les ritournelles gentillettes, comme “Femme X” ou “Ne pas”. Et que dire l’émotion dégagée par “Douce”. Une ode à la vieillesse, un thème souvent oublié des auteurs, dédiée à sa grand-mère, Marguerite, « qui a décidé de partir ailleurs aujourd’hui”. Un récit qui pourrait être tout  aussi bien dédicacé à toutes ces personnes âgées qui traînent « dans des homes pour personnes âgées à la recherche de leur mémoire et de leurs sons intérieurs » nous confie-t-elle.

Le lendemain, même lieu, mais avec moins de réussite se produit Melvil Poupaud. Décidément les comédiens aiment bien montrer leur corde vocale. Nous connaissions davantage  l’acteur (dans “Conte d’été” ou “Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel…), que le chanteur. Et c’est tant mieux ! Quand Poupaud s’essaie aux chansons, avec des ballades pop, folk, bossa et blues, le résultat n’est pas garanti, même si son frère Yarol, ex-guitare de FFF, a officié à la production. L’ensemble, pourtant doué, rassemble davantage à un groupe de gentils boys scouts rassemblés dans le café du coin. Un imperceptible ennui gagne le public qui, il est vrai, avait été, tout juste auparavant, particulièrement gâté par la prestation simplement géniale et emplie d’ironie de Vincent Delerm.

(Mardi 24 sept.) Changement de style. Les adeptes du bastringue rock sont de sortie. Marcel et son orchestre et son alter ego belge, originaire de Charleroi, Priba 2000, se produisent à l’Orangerie, au nom parfaitement adapté. Leur devise? Si, ils en ont une: « Délirer sur les Beaufs en sachant qu’on est tous un peu le beauf de quelqu’un« . Ici point de complexe, le rock est avant tout destiné à faire bouger les fesses, sauter en l’air, planer sur les mains et… s’habiller tout de couleurs. Les couloirs du Botanique avaient d’ailleurs revêtu, pour l’occasion, une tonalité de carnaval, avec perruques aux couleurs flamboyantes, bonnets phrygiens, et autres tenues issues du folklore étudiant. En première partie, Priba 2000 pratique aussi cet humour au 36ème degré. En chemise rouge, veste queue de pie couleur argent et pantalon blanc croisé, ils réaffirment que « Cloclo est vivant », célèbrent « le Mongolito » et reprennent à gueules déployées le « Que je t’aime” plus music-hall que rock’n roll.

(Jeudi 26 sept.) Le hip hop et le hardcore prennent leurs marques. Les « Da Familia », groupe originaire de Liège (Belgique), ont la délicate tâche de chauffer à l’Orangerie un public venu essentiellement se déchaîner sur le rock métal des Français Pleymo. Basse, guitare, batterie et machines, le public essentiellement adolescent ne tarde pas à chalouper et vibrer sur les rythmes tantôt ragga, hip hop ou hardcore. Marchant sur les traces de Starflam, un autre groupe de hip hop belge, les Da Familia ne dédaignent non plus pas des textes plus engagés. « A mes soeurs » par exemple est dédié à toutes « mes soeurs voilées, brimées, opprimées de par le monde ». « Ce que nous voulons dans les textes » explique Pablo, le chanteur du groupe « c’est dire à chacun qu’il a un rôle à jouer dans la vie, qu’il doit se trouver une raison de vivre et s’y tenir. Ne sois pas passif ».

Coup de chapeau à Rocé

(Samedi 28 sept.) Un mot d’ordre que ne renieraient pas les rappeurs français de Rocé qui avaient un handicap difficile à remonter. Devant jouer en première partie des Zap Mama, l’annulation de ce concert les laissait orphelins. Qu’à cela ne tienne, ils improvisent un concert dans une autre salle. A l’heure où généralement le public s’en est allé vers d’autres lieux, le pari avait tout d’une gageure. Mais les  spectateurs qui ont poussé la porte de la Rotonde ce jour-là, n’ont pas été déçus. Accompagné de DJ Carle et de Nazem, les textes sont intelligibles et bien construits. Ce qui n’est pas si courant. Il assène ses mots, maniant ironie ou colère, dénonçant un peu ce milieu du show-business dans « No Feeling » : «Ma rime c’est mon butin – Et ma frime en guise de fusain ». Ou regrette la perte de culture dans « On s’habitue » : « Exporte ton moderne. Même si ça leur sert pas. Un jour faut bien qu’ils s’en servent. Qu’ils n’aiment ou n’aiment pas. Perte de culture, c’est dommage. Ca crée des dommages ». Une poésie accrocheuse qui aurait mérité un meilleur accueil… Ce sera pour l’année prochaine !

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles)

(article publié sur Rfi Musique)

Couleur café – sous le signe du métissage

Bruxelles, le 1er juillet 2002 – D’anciens docks industriels en briques rouges, retapés, en bordure du canal, trois grands chapiteaux, et des tables où il fait bon manger », le festival Couleur Café, 13e du nom, persiste dans une diversité musicale de bon aloi et dans son ambiance bonne enfant qui permet une belle ballade familiale du week-end. A l’affiche, ce dernier week-end de juin, une trentaine d’artistes, aux tonalités séduisantes.

(B2) A tout seigneur, tout honneur, c’est par Geoffrey Oryema que nous avons choisi d’ouvrir les festivités. Tout de blanc vêtu, du pantalon aux cheveux, en passant par le petit bouc, le chanteur ougandais, exilé en France, produit un instant de magie quand il paraît. Tâche qui n’est pas facile dans un festival à ciel ouvert, d’autant que la scène qui lui était dévolue était située près de l’entrée du site, donc en plein passage. S’exprimant tantôt en anglais, tantôt en français, voire en acoli, sa langue natale, celui qu’on a surnommé le « Léonard Cohen africain » sait comment enjôler son public. Mêlant les instruments traditionnels à la guitare électrique et au synthétiseur, ce qui n’est plus vraiment original aujourd’hui, Oryema sait aussi parfois s’en détacher pour utiliser ce qu’il a de plus beau, sa gorge. Puissante et douce, pouvant passer d’un grave à vous faire vibrer les tripes à un perceptible souffle, sa voix décolle quand il revisite ses vieux standards comme « ye ye ye ».

Autre genre, autre ambiance, avec les Wawadadakwa boys, un groupe d’Anvers (Belgique). Cet orchestre de rue d’Anvers, créé en 1997, n’installe pas la monotonie. Alors que sur les deux autres scènes du festival, se produisent deux « pointures » – le raï-rockeur Rachid Taha, difficilement incompréhensible ce soir-là, et le raggamuffin national Tonton David – ils réussissent à capter leur public. Leur leitmotiv est simple : « Polka, samba, house, jazz… toute musique à danser est bonne à jouer. Démarrant sur un tempo jazz lent, ils peuvent finir sur une rythmique brésilienne endiablée. Mais ils sont tout aussi capables d’entonner au milieu d’une base latino, une petite tonalité de fanfare basée sur l’hymne à la joie de Beethoven, assumé au saxo et repris en coeur et à tue tête par le public, ravi. Leur nom est tout un programme : Wawa (prononcez ouah ouah) comme le chien, dada comme le bébé, kwa comme le canard !Les textes sont dès lors plutôt secondaires. « Nous cherchons plutôt la sonorité des mots » avoue un des musiciens. Capables aussi de s’interchanger les instruments « c’est un jeu entre nous, cela permet de garder le rythme » ou d’inverser les rôles «  Les cinq hommes sur scène sont au même niveau. Il n’y a pas de leader. Chacun peut chanter ou entamer un solo, quand on le sent. L’improvisation est collective plus qu’individuelle ». (www.wawadadakwa.com)

Le lendemain était placé sous le signe de « Ritmo Caliente ». Il aurait mieux valu dire Brésil. Tant chacun avait à l’esprit, la finale de la coupe du monde de football, et que cette nation était représentée par deux charmantes ambassadrices. La très sexy Daniela Mercury, trémoussante de samba, d’un coté ; Lilian Vieira, la chanteuse de Zuco 103, de l’autre ne se sont pas fait faute de le rappeler en se ceignant durant leur prestation du mythique drapeau vert et jaune. Sur les autres scènes, même si Manu Chao n’était point là, son ombre planait. Nombreux étaient les groupes qui pouvaient revendiquer la fibre du désormais légendaire « punk latino ». Que cela soit Chango, allias Luis Iglesias Alvarez, le pote liégeois de Manu Chao et ancien des Locos Mosquitos, ou P18 la formation emmenée par l’ancien clavier de la Mano Negra, Tom Darnal. Dans cet ensemble harmonieux, seul détonnait en fait Mory Kante. Toujours fidèle à son esprit griot, l’héritier des “djéli du Mandé”, a amené sa poésie mandingue à maturation. Reprenant quelques succès mais aussi les titres de son dernier album « Tamala (le voyageur) ».

Pour le dernier jour, l’Afrique, le reggae et la Jamaïque règnent en masse. Sous le grand chapiteau, après Cesaria Evora, magnifique et sans l’ombre d’un reproche, Miguels Collins, alias Sizzla, a poussé la sono. Un peu fort, sans doute pour masquer la faiblesse du reste. Si le plancher du Titan, la grande salle de Couleur Café, résonne, c’est davantage grâce à l’enthousiasme des danseurs qu’à la qualité musicale. Présenté comme le symbole d’une nouvelle génération reggae, et pur produit du ghetto, on ne peut pas dire que Sizzla renouvelle énormément le genre. Au contraire ! Sa prestation a tout du (mauvais) cliché. Couvre-chef à la Bob Marley, spots de scène poussés au maximum des vert, jaune et orange, jusqu’au type qui se jette dans la foule… . Tandis que la batterie, sans âme, confond les grosses caisses avec un moteur de 2 CV qui ne voudrait démarrer qu’à coups de marteau, le chanteur peine à se dégager du tryptique “Liberté égalité marijuana”.

Pour le plaisir des oreilles, il vaut mieux migrer sous la tente « Marquee ». Ca déménage. A 12 musiciens sur scène, doté d’une solide partie de cuivres, The Internationals s’inscrivent dans la tradition des héros jamaïcains. Originaires de Gand et d’Anvers, ces Flamands ne dédaignent cependant pas la langue de Voltaire pour célébrer, non sans humour, le Mont-Blanc (à prononcer avec un petit accent, c’est charmant). Mixant le ska, le jazz, le R&B ils baignent le tout de rythmes enthousiastes. Leur « afrikan ska safari » est d’ailleurs un vibrant hommage aux papys du genre The Skatallites, avec qui ils se produisaient en juin en concert au Botanique. Comme leurs compères de Wawadadakwa, ils produisent une musique honnête, accessible pour tout un chacun. « Surtout les femmes » assume effrontément Denis le chanteur et guitariste, chapeau de cow-boy blanc vissé sur le crâne. (www.internationals.be).

Et la fête se termine par un plaisir, « Transpercussions », le projet du musicien rwandais Ben Ngabo. Celui qui est, plus connu, du moins en Belgique, comme le batteur d’Helmut Lotti – un crooner célèbre au plat pays) avait un objectif : montrer l’harmonie entre différents types de musique, tout en gardant une cohésion rythmique. Au vu du résultat, et des onze percussionnistes de diverses nationalités africaines rassemblés sur scène, on peut dire que le but est atteint. Combinés aux chants et danses, les instruments typiques de chaque région – l’ingoma, le ngarabi, des xylophones, des djembés etc… – se décuplent. Et en quelques quarts d’heures, rondement frappés, nous accomplissons un petit périple à travers l’Angola, le Congo, le Mali, le Sénégal ou le Rwanda.

Un concert tout à l’image de Culture Café qui, davantage qu’un festival de musique, représente un état d’esprit. Petites échoppes, cours de danses, stands des ONGs ou de la coopération au développement, les attractions ne manquent pas. Et pour se substanter, les quarante stands de la « rue du Bien manger «, si bien nommée, rassasient le convive le plus exigeant. Pour quelques euros, on peut manger un excellent ragoût de porc à la Dominicaine ou un poulet à la Moambe du Congo, s’avaler un petit blinis au saumon fumé et caviar ou une feuille de vigne sauce yoghourt, passer ainsi en quelques minutes des Caraïbes au continent africain, de la Russie au temps des gitans. Des mets toujours excellents , ce qui est souvent rare dans les grands rassemblements de foule, à déguster assis à une table ou débout en discutant avec les gens qui passent ou attendent. Pour ceux qui veulent, en plus, le plaisir des yeux, ils peuvent parcourir l’exposition « Cool Art Café », consacrée, cette année, à « la mobilité ». Des « ingénieux engins », non motorisés – produits en série ou bricolés avec génie, provenant des quatre coins du monde et n’ont pas qu’un but artistique. De la trottinette congolaise aux multiples cyclo-pousses du Rajasthan (Inde), de Java (Indonésie) ou du Cambodge, en passant par l’ambulance de brousse du Burkina Faso, il y en avait pour tous les goûts. « Notre volonté est de faire une grande fête pour communiquer sur les différentes cultures du sud, en mélangeant musique, gastronomie et arts plastiques » explique Patrick Wallens, son directeur. « Une manière de participer à un partage de tolérance, de favoriser la rencontre, de partir à la découverte de l’autre. »

Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles pour RFi Musique