Le maire de Gdansk meurt sous les coups d’un forcené

(B2) Le maire de Gdansk, Paweł Adamowicz (Plate Forme Civique PO) est décédé de ses blessures, lundi (14 janvier)

Paweł Adamowicz a été blessé par arme blanche, portée par un de ses concitoyens, lors d’une soirée caritative dimanche (13 janvier). Emmené à l’hôpital en urgence absolue, il n’a pu être réanimé, malgré de longues heures sur la table d’opération. C’est le premier assassinat d’un responsable politique en Pologne depuis des lustres (2).

Hommage européen

Un hommage lui a été rendu au Parlement européen ce lundi (14 janvier), à Strasbourg, en même temps que les victimes du dernier attentat. Plusieurs responsables politiques européens, notamment Donald Tusk, président du Conseil européen, originaire de Gdansk, a voulu rendre hommage à « l’homme de Solidarité » et son « ami ».

Contre la haine et le mépris

L’ancien Premier ministre s’est très rapidement rendu dans la ville du nord de la Pologne pour rendre hommage à son ami : « Je veux aujourd’hui, cher Paul, promettre, au nom de tous les habitants de Gdańsk, Polonais et Européens, que pour vous et pour nous tous, nous protégerons notre Gdańsk, notre Pologne et notre Europe. Contre la haine et le mépris, nous vous le promettons », a déclaré l’ancien Premier ministre selon la presse polonaise.

La Pologne bouleversée

Les motivations de l’auteur de l’acte ne sont pas vraiment connues. Mais ce que l’on sait c’est que c’est un habitant de Gdansk, âgé de 27 ans, qui se nomme Stefan Wilmont (Miłosz) et venait tout juste d’être libéré de prison, criant son innocence et accusant la Plate-forme civique, le parti auquel était affilié le maire de Gdansk. Paweł Adamowicz était très engagé pour la cause des minorités, notamment les gays et lesbiennes, ainsi que les réfugiés. Il avait fait de Gdansk, une ville ouverte aux demandeurs d’asile (lire le récit fait sur le site du HCR en février dernier). Ce qui ne lui avait pas attiré que des amis.

Un climat latent de tension

Les politiques polonais devraient s’interroger sur leur politique consistant à entretenir un climat de tension permanente, que ce soit envers leurs adversaires politiques, ou envers les pays voisins, qui font face au terrorisme. Inutile, là, de blâmer un quelconque étranger. L’ennemi était à l’intérieur… « Stop à la haine. Stop à la violence » proclamaient les marcheurs de Gdansk hier en hommage à leur maire

(Nicolas Gros-Verheyde)


De nombreuses réactions en Europe. En France, hommage a minima

Plusieurs autres personnalités européennes, tels le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, les gouvernements allemand et tchèque ont tenu également à rendre hommage au maire de Gdansk.

Du côté français, l’hommage est a minima. Un seul tweet de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau. Rien du côté de Jean-Yves Le Drian, de la présidence de la République ou du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sans doute trop occupés… par le débat national et les gilets jaunes. Le maire de Nice, ville jumelée à Gdansk, Christian Estrosi a très vite réagi sur twitter. Mais pas Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, autre ville jumelée au port de la mer baltique.


  1. Un collaborateur du député Janusz Wojciechowski avait été tué à Lodz en octobre 2010. Mais pas encore un élu.

Au MinDef polonais, les bonnes vieilles méthodes d’intimidation sont de retour

Le ministre de la Défense, Antoni Macierewicz, fait feu de tout bois (crédit : MOD Pologne)

(B2) Le gouvernement polonais du PiS avait déjà montré dans le passé qu’il prenait un certain aise avec les règles démocratiques – sur le tribunal constitutionnel notamment –. Il vient de confirmer, ce lundi (8 mai), que ce n’était pas un épiphénomène. Les honneurs étaient à peine rendus aux victimes de la seconde guerre mondiale que le ministère de la Défense, dirigé par Antoni Macierewicz, sortait un communiqué, des plus menaçants, dignes des heures les plus sombres de la Pologne.

Menace de poursuite contre l’opposition

Le porte-parole du ministère ne menaçait pas moins les députés de la plate-forme civique (PO), le principal parti d’opposition, de poursuites pour dénonciation calomnieuse, s’ils maintenaient leur plainte au procureur général dans l’affaire plus que trouble de l’affaire Berczyński, du nom du conseilleur spécial du ministre de la défense, Antoni Macierowicz, chargé plus particulièrement du dossier hélicoptères « Caracal » (lire : L’affaire Berczyński, l’homme qui se vantait d’avoir tué le Caracal, prend une tournure politique et judiciaire). Les députés de la PO ont porté plainte devant le procureur général pour violation du secret défense… plainte sinon fondée, au moins justifiable vu le contexte (1).

De bien curieuses méthodes

A priori… si la plainte est infondée, il suffit au procureur polonais de la rejeter, ou au ministère de la Défense, de justifier que tout a été fait dans les règles. Menacer des plaignants, qui plus est des représentants démocratiquement élus, de contre-poursuites pour, juste, l’exercice du droit à porter plainte, est pour le moins pas très démocratique. Ce n’est pas sans rappeler certaines méthodes d’intimidation du gouvernement communiste…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Depuis la révélation de l’affaire, Berczyński a fui aux Etats-Unis, ce qui n’est pas vraiment un indice de conscience tout à fait tranquille.