Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE – PSDC (février 2019)

(B2) Les gardes-côtes du Somaliland sont formés pour assurer la sécurité maritime. La mission de l’UE en Irak visite les territoires libérés de Daesh. En Cisjordanie, EUBAM Rafah soutient l’agence de gestion des frontières palestiniennes… les dernières nouvelles des missions et opérations de l’UE déployées au titre de la PSDC

Anbar et Basra (Irak). EUAM Iraq dans les régions libérées de Daesh

Plusieurs experts d’EUAM Iraq se sont rendus dans la province d’Anbar (ouest de l’Irak) puis à Basra (sud-est), fin janvier. Objectif : s’informer sur les méthodes d’enquête, la police de proximité, la planification, la gestion de la criminalité et les opérations conduites par les forces de l’ordre irakiennes. La mission affirme que la coopération sera renforcée, en particulier avec la région d’Anbar, pour couvrir certaines problématiques, comme la formation policière et le renseignement dans les territoires récemment libérés de Daesh.

(crédits: EUAM Iraq)

Jericho (Cisjordanie). Don de matériel pour le checkpoint de Rafah

Un accord a été signé entre le chef de la mission de l’UE EUBAM Rafah, Günther Freisleben et le directeur général de l’Administration générale des frontières et des points de passage (GABC) le 16 janvier dernier. Le don de matériel et le soutien au centre de formation visent à renforcer les capacités des agences de gestion des frontières à opérer le checkpoint de Rafah « selon les standards internationaux ». EUBAM soutient également la création d’une équipe de formateurs au sein de la GABC ainsi que la fourniture d’équipements nécessaires. NB : Ce don fait suite à la réhabilitation du centre de formation GABC en 2017.

(crédits: EUBAM Rafah)

Somaliland. Exercice de recherche et sauvetage en mer au large de Berbera

Sur base de cinq scénarios, les garde-côtes du Somaliland ont effectué leur premier exercice de recherche et sauvetage en mer. A bord de trois navires, ils se sont entraînés à chercher et à communiquer des positions, et à mener des opérations de recherche de survivants. Les exercices étaient coordonnés par la salle d’opération de Berbera et la majorité des échanges se sont faits en anglais. L’exercice, organisé et facilité par EUCAP Somalia, « démontre les progrès effectués par les gardes-côtes du Somaliland ».

(crédits: EUCAP Somalia)

Somaliland. Les marins espagnols à bord des garde-côtes du Somaliland

Le navire espagnol Relámpago a accueilli à son bord fin janvier des gardes-côtes du Somaliland et des représentants du ministère de l’Intérieur. Objectif : une présentation sur la sécurité maritime et sur les procédures de contre-piraterie, suivie d’un exercice pratique. Les marins espagnols sont ensuite montés à bord des bateaux des garde-côtes, précise l’opération anti-piraterie de l’UE EUNAFOR Atalanta.

(crédits: EUNAVFOR Somalia)

Bamako (Mali). Protection des VIP 

C’est vêtus de leurs costumes noirs de garde rapprochée et cachés derrière leurs lunettes de soleil, que les stagiaires maliens de la Brigade spéciale d’intervention ont effectué un exercice de mise en situation organisé par la mission EUCAP Sahel Mali. Objectif : assurer la sécurité d’une haute personnalité en visite au Mali. Pour l’occasion une dimension « grandeur nature » avait été donnée à l’exercice, avec location de véhicules particuliers et mise en pratique de toutes les techniques enseignées dans les cours théoriques.

(crédits: EUCAP Sahel Mali)

Sénou (Mali). Fin de la formation « fusiliers commandos »

Traiter un blessé en zone de combat, combattre en milieu urbain, ou bien sécuriser une base aérienne, sont autant d’activités auxquelles les « fusiliers commandos » maliens ont été formés par EUTM Mali. Cette formation, dispensée sur douze semaines, s’est clôturée par un exercice sur la base aérienne de Sénou, en présence du général de brigade (allemand) Peter Mirow, le chef d’EUTM Mali, et du chef de l’état-major de l’armée de l’air malienne, le général de brigade Bamba.

(crédits: EUTM Mali)

Lviv (Ukraine). La protection des lanceurs d’alerte

Un groupe de travail a été organisé par la mission de l’UE de conseil auprès des forces de sécurité intérieure (EUAM Ukraine), dans le but de faire un état des lieux de la protection des lanceurs d’alerte en Ukraine. Y participaient des représentants de l’administration régionale, de la mairie de Lviv, des forces de l’ordre, ainsi des ONGs luttant contre la corruption. Les expériences danoise et lituanienne ont été présentées, les participants ont débattu de la possibilité de faire de ces expériences des modèles à suivre pour l’Ukraine. NB : EUAM Ukraine avait déjà organisé deux conférences sur le sujet en février et novembre 2018 à Kiev.

(MHA)

Au large de la Somalie : les groupes d’action pirates sont seulement en sommeil

(B2) « Si l’on a réussi à lutter contre la piraterie, on ne l’a pas pour autant éliminée » insiste un rapport qui vient d’être soumis au Conseil de sécurité des Nations unies

Le cargo Petra du PAM escorté par la frégate italienne Federico Martinengo (crédit : Eunavfor Atalanta / Archives B2)

Cinq actes de piraterie importants

Durant les douze derniers mois – octobre 2017 à septembre 2018 – on compte pas moins de cinq actes importants de piraterie commis au large des côtes somaliennes (cf. encadré). « Le fait que ces tentatives se poursuivent montre que les causes profondes de la piraterie subsistent et que les réseaux de piraterie restent très actifs » souligne le rapport des experts onusiens. « À plusieurs reprises, des pirates ont été très près de parvenir à leurs fins. »

Des groupes d’action pirates prêts à l’action

Quatre groupes d’action de pirates se tiennent prêts à reprendre les attaques dès qu’ils en auront la possibilité. « Ces groupes continuent d’exploiter la moindre occasion, au vu de la facilité relative avec laquelle leurs agents peuvent se procurer des armes et des embarcations légères. »

2017, une reprise des actes de piraterie

L’année 2017 demeure une année de reprise, limitée, de la piraterie maritime. 54 actes de piraterie se sont produits dans l’océan Indien occidental en 2017, soit 100 % de plus qu’en 2016. Le nombre de gens en mer touchés par de tels actes ou par des vols à main armée commis en mer est passé de 545 en 2016 à 1 102 en 2017, selon le dernier rapport d’Oceans Beyond Piracy (1).

Une zone à risque qui s’élargit

Ainsi, en 2017, plusieurs tentatives d’attaques ont été menées à la saison des moussons, généralement calme. En 2018, la zone à haut risque s’est élargie. « Ce qui montre que les pirates sont capables de planifier des attaques dans tout l’océan Indien, aussi loin que nécessaire des côtes, et qu’ils sont déterminés à le faire pour assurer la réussite de leurs projets.  »

Des pirates déterminés

Les récentes tentatives étaient « particulières en ce que les attaquants n’ont pas été dissuadés par un premier échec, mais ont récidivé peu de temps après, en restant dans les environs, signe de leur motivation et de leur détermination à atteindre leurs objectifs ».

D’autres ressources

Les réseaux de piraterie semblaient trouver les fonds dont ils avaient besoin en se livrant à des activités moins risquées, telles que le trafic d’êtres humains, de drogues, d’armes ou de charbon, souligne un rapport conjoint d’évaluation de la menace réalisé début septembre par l’opération EUNAVFOR Atalanta et les Forces maritimes combinées (CMF) de la coalition maritime emmenée par les Américains.

Le conflit au Yémen et les attaques en mer Rouge…

On peut noter aussi dans le couloir de transit maritime de la mer Rouge quatre tentatives d’attaques qui ne sont pas dues aux pirates somaliens, mais dont la responsabilité est attribuée à des rebelles houthistes, qui auraient lancé des roquettes longue portée sur des vaisseaux battant pavillon saoudien naviguant au large du Yémen (lire : Un navire attaqué au large du Yémen. Piraterie ou acte lié au conflit yéménite ?).

… autre menace pour le trafic maritime

« Ce qui pose une menace plus importante encore pour la stabilité de la région. Les navires de pêche et les yachts trop proches des côtes somaliennes ou yéménites risquent de se trouver pris dans les attaques conduites par les pirates somaliens ou les rebelles houthistes contre des navires marchands » souligne le rapport comme l’évaluation faite par les Européens. D’autres attaques, notamment celle d’un navire de l’Amisom, ont été attribuées aux Shebab (lire : Un navire de l’Amisom attaqué près du port de Baraawe).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) « The state of maritime piracy 2017: assessing the economic and human cost », Oceans Beyond Piracy.


Parmi les dernières attaques

Le 16 octobre 2018, contre le MV KSL Sydney : Attaque pirate au large de Mogadiscio (V2)

Samedi 31 mars 2018, aux premières heures du matin, contre le Kriti Spirit, un navire appartenant à une compagnie grecque : Une attaque d’un autre pétrolier dans le Golfe d’Aden fin mars

Dans la nuit du 23 février 2018, contre le tanker MT Leopard Sun : Un chimiquier letton attaqué par les pirates au large de la Somalie

Les 17 et 18 novembre 2017 contre le MV Ever Dynamic, un porte-conteneurs opéré par Evergreen, puis contre le navire de pêche Galerna III, un thonier de la compagnie Albacora de Bermeo battant pavillon seychellois : Six pirates arrêtés dans le bassin somalien, entre Seychelles et Somalie (V6)

Le 15 novembre, contre deux porte-conteneurs dans le Golfe d’Aden :  Une tentative d’attaque par des pirates échoue dans le Golfe d’Aden


 

(B2 Pro) Carnet (07.11.2018). Confidentiels (COPS). Sanctions (Corée du Nord). PSDC (Collège de défense-budget, Battleroups-Mogherini, Somalie-piraterie). Diplomatie (UE-Canada multilatéralisme, Ebola-sécurité, Cameroun-enlèvement). Aides (Prévention santé-mécanisme, Yemen-humanitaire). Sécurité (Eurojust-réforme, Terrorisme-fin de mandat, Schengen-Bulgarie et Roumanie, Migrations-Pacte). Pouvoirs (MFF-rapport intermédiaire, Fiscalité-Namibie). Élections 2019 (Timmermans). People (Cospedal-démission).

(B2) Parus récemment : Une stratégie sur les armes pour les Balkans Le renforcement de la MPCC compromis (blog) Ce qu’est l’Europe de la défense. Ce qu’elle n’est pas Face aux menaces, Macron propose une armée européenne. Un vieux ou un jeune phantasme…

(Crédit: EUCAP Nestor)

A Berbera, un centre d’opérations maritimes s’ouvre

(Crédit: EUCAP Nestor)

(Crédit: EUCAP Nestor)

(BRUXELLES2) Un « centre d’opérations » pour la sécurité maritime a été inauguré fin mai à Berbera, sur la côte somalienne, dans le Somaliland (1). Le résultat du travail de la communauté internationale (ONU / UE notamment pour lutter contre la piraterie dans la Corne de l’Afrique. Un effort auquel l’Union européenne a participé financièrement mais aussi la Belgique et la représentation de Taipei (Taiwan) en Europe.

Objectif: sécuriser les eaux somaliennes

Le centre sera utilisé par la Garde côtière du Somaliland. Et du personnel de la fondation « Oceans Beyond Piracy » (OBP) viendra en renfort à différentes périodes de l’année. L’objectif est de renforcer « de plus en plus » la sécurité dans les eaux somaliennes « pour le trafic maritime » et de contribuer « à la lutte contre la pêche illégale, la piraterie et d’autres crimes maritimes », indique-t-on à EUCAP Nestor.

Des opérateurs formés par EUCAP Nestor

Le personnel du centre a été formé par les Européens de la mission de soutien à la Somalie (EUCAP Nestor) et de l’opération anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta. Une formation centrée sur les procédures de communication maritimes et les bases de la connaissance de la situation maritime et le partage de l’information (Lire : Formation à Berbera pour la garde côtière somalienne). Cette formation devrait continuer, au long terme, avec des sessions d’encadrement (mentoring).

Un centre bien équipé

Le nouveau centre dispose d’équipements et de systèmes actuels. Il s’agit notamment de radios haute fréquence (HF) et de très haute fréquence (VHF), ainsi que du système de surveillance de la situation maritime, connecté à internet, Sea vision. Le centre fonctionne à l’énergie solaire, pour maximiser l’efficacité opérationnelle et réduire les coûts de fonctionnement. Internet est fournit par le gouvernement du Somaliland. 

Un modèle à suivre

S’il s’agit du premier centre ainsi mis en place en Somalie, ce n’est pas le dernier. Le travail pour l’ouverture d’un second centre « commencera dès l’automne 2016 » annonce la mission EUCAP Nestor.

(LH)

(1) Province autonome située au nord de la Somalie qui a déclaré son indépendance en 1991.

Gironééé@Ita16

Girone peut rentrer au pays. Décision de la Cour suprême indienne

Gironééé@Ita16(B2) Bonne nouvelle. La Cour suprême indienne a décidé ce jeudi (26 mai) de permettre au dernier Maro (fusilier marin) retenu en Inde, Salvatore Girone, de rentrer en Italie.

  • Celui-ci reste cependant accusé – comme son collège Massimiliano Latorre – d’avoir tué (accidentellement) en février 2012 deux pêcheurs indiens, les prenant pour des pirates, alors qu’ils étaient embarqués sur le navire italien MT Enrica Lexie

Satisfaction à Rome

Pour les Italiens, cette décision est une « grande satisfaction » comme l’ont affirmé successivement sur twitter le chef d’Etat-major italien, le général Claudio Graziano, et la ministre de la Défense, Roberta Pinotti. « Je l’ai eu au téléphone. Nous sommes heureux et satisfaits ».

Un retour qui n’est pas sans conditions

Le tribunal a demandé à l’ambassadeur d’Italie en Inde de prendre l’engagement que Girone retournerait en Inde pour son procès, « le moment venu », comme l’indique le Times Of India. La Cour a également ordonné à l’intéressé « de ne pas tenter d’influencer des témoins » et de ne « pas détruire des preuves » lors de son retour en Italie.  NB : L’autre fusilier marin, également inculpé, Massimiliano Latorre, avait été autorisé à retourner dans son pays pour des raisons de santé jusqu’à fin avril. Autorisation prolongée ensuite le 13 avril jusqu’au 30 septembre prochain.

Pas la fin de l’affaire

Cette libération n’est cependant pas l’épilogue de cette histoire qui a empoisonné les relations entre Rome et New Delhi depuis 2012. Une procédure d’arbitrage international a été déclenchée, le 26 juin 2015, auprès du tribunal du droit de la mer de Hambourg. Le tribunal international doit désormais décider qui de l’Inde ou de l’Italie a la compétence pour juger cette affaire. Le litige portait en effet dès le début sur le lieu même de l’incident. Il avait déjà ordonné, en août dernier, dans une mesure provisoire prononcée par ordonnance, de suspendre toutes les procédures judiciaires engagées (1).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) télécharger l’ordonnance du 24 août 2015

mis à jour 29 mai avec les photos du retour du marin

Une affaire que B2 a suivi depuis le début. Lire aussi :

Les deux otages du Bourbon Liberty 251 sont libres

(B2) Les deux marins du navire « Bourbon Liberty 251 », enlevés lors d’une attaque survenue le 23 février 2016 au large des côtes nigérianes, ont été libérés le 24 mars, annonce le ministère luxembourgeois des Affaires étrangères (Lire : Un navire luxembourgeois attaqué dans le Golfe de Guinée. 2 otages). Les deux marins (un Russe et un Nigérian) « seront rapatriés dans les prochains jours pour rejoindre leurs familles et leurs proches », précise-t-il.

BourbonLiberty251 IMO 9573593@Bourbon

Un navire luxembourgeois attaqué dans le Golfe de Guinée. 2 otages

BourbonLiberty251 IMO 9573593@Bourbon(B2) Le « Bourbon Liberty 251« , un navire battant pavillon luxembourgeois dédié à la prospection pétrolière, a été attaqué par des pirates dans les eaux internationales du golfe de Guinée au large du Nigéria, mardi (23 février) a annoncé le groupe Bourbon.

Deux otages : un Russe et un Nigérian

Deux membres de l’équipage, un Russe et un Nigérian, « sont portés disparus et ont probablement été enlevés lors de cette attaque » a confirmé vendredi (26 février), le gouvernement luxembourgeois.

Dix membres de l’équipage, cinq Russes et cinq Nigérians, ont pu se réfugier dans la « citadelle » du navire (zone sûre sur le navire permettant de rassembler l’équipage en se coupant de l’extérieur) et sont rentrés, « sains et saufs », à bord du navire au port d’Onne.

La situation est « suivie de près » indique le gouvernement comme au sein de la cellule d’urgence, mise en place au sein du groupe Bourbon.

NB : d’ordinaire les otages sont négociés contre une rançon et libérés assez rapidement par les ravisseurs.

(NGV)

Les pirates rejugés à l’ile Maurice plaident toujours non coupables

(B2) Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu de leurs nouvelles. Les pirates somaliens  qui avaient tenté de braquer le porte-container chypriote MSC Jasmine dans l’océan indien sont en passe d’être rejugés sur l’Ile Maurice.

Trois ans après les faits

Ils avaient, en effet, été arrêtés conjointement par le navire américain USS Halyburton et par la frégate française Surcouf en janvier 2013 (1). Acquittés le 6 novembre 2014, pour manque de preuves (lire : Les 12 pirates jugés à Maurice acquittés), le directeur des poursuites publiques a fait appel du jugement.

Plaider de non coupables

Lors de leur procès en appel, mardi (23 février), ils ont plaidé à nouveau non coupables nous apprend notre confrère L’express. Le motif de poursuites a été précisé – d’attaque pirates en haute mer à « avoir sciemment et illégalement commis un acte de piraterie, d’un acte illicite de violence à des fins privées, par l’usage d’un bateau privé dirigé contre le MSC Jasmine ». Un avocat des accusés compte faire appeler à la barre deux des marines américains qui étaient à bord de l’USS Halyburton et ont répondu en premier lieu à l’appel de détresse du MSC Jasmine.

(NGV)

(1) Lire notre papier complet sur l’arrestation avec tous les détails : Un groupe pirates déjoué près des côtes somaliennes. 12 suspects arrêtés (maj3)

Le navire de guerre néerlandais "Johan de Wiit" accompagne un navire transportant (Crédits: EUNAVFOR Somalia)

Un million de tonnes d’aide humanitaire acheminé en Somalie grâce à Atalanta

Le navire de guerre néerlandais "Johan de Wiit" accompagne un navire transportant (Crédits: EUNAVFOR Somalia)

Le navire de guerre néerlandais « Johan de Wiit » accompagne un navire transportant l’aide alimentaire du PAM destinée à la Somalie (Crédits: EUNAVFOR Somalia)

(BRUXELLES2) Un cap vient d’être franchi par l’opération européenne de lutte contre la piraterie au large des côtes de la Somalie (EUNAVFOR Atalanta), a annoncé celle-ci fin novembre.

Un million de tonnes transportées depuis 2008

Depuis son lancement en décembre 2008, les navires de la force navale européenne et leurs équipages ont, en effet, permis l’acheminement en toute sécurité des navires du Programme alimentaire mondial,  de un million de tonnes d’aide alimentaire et humanitaire pour la population somalienne. Sans aucun incident rencontré. Une situation qui contreaste singulièrement avec celle qui préexistait avant 2008. Plusieurs attaques avaient eu lieu, provoquant une quasi-interruption de l’aide vers la Somalie (lire : P.Goossens (PAM): nous n’avons toujours pas d’escorte pour nos bateaux). Un point qu’il mérite de rappeler car on a tendance à l’oublier.

Les VPD un certain succès

Outre l’accompagnement à distance des navires — surveillés par des avions de patrouille aérienne ou des hélicoptères des navires —, des équipes de protection autonomes (VPDa) embarquent régulièrement à bord, assurant directement la protection des navires affrétés par le PAM. C’est en ce moment le tour des Lituaniens qui ont relayé les Serbes (lire :  Les Lituaniens embarquent sur un navire du PAM) (1). Ces équipes sont souvent fournies par des Etats qui n’ont pas automatiquement de moyens maritimes à disposition pour l’opération dans l’Océan indien mais entendent participer à la lutte anti-piraterie. Bien souvent, ce sont des pays qui comptent nombre de ressortissants dans la marine marchande ou disposent un pavillon important. Plusieurs équipes se sont ainsi succédé par rotation successive : Croates, Maltais, Estoniens, Lituaniens, Lettons, Néerlandais etc. Généralement, ces pays prennent leur tour à plusieurs reprises.

(Leonor Hubaut avec NGV)

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5 marins polonais otages des pirates. La piraterie nigériane toujours active (v3)

(B2) Cinq marins polonais — le capitaine, 3 officiers et un marin — ont été capturés par les pirates nigérians à 35 miles des côtes. Kidnapping confirmé par l’armateur (voir ci-dessous) ainsi que le ministère polonais des affaires étrangères, Witold Waszczykowski, ce vendredi (27 novembre). Les assaillants à bord de deux canaux moteurs sont montés à bord du navire dans la nuit du 26 au 27 novembre. Fidèles à leurs habitudes, les pirates ont voulu faire main basse sur le fret. Une partie de l’équipage s’est barricadé. Avant de se retirer en emmenant quelques otages pour couvrir leur fuite, les pirates ont saccagé la cabine. 11 marins polonais sur les 16 que comptait l’équipage sont sains et saufs sur le bateau.

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Un patrouilleur nigérian en renfort

(maj) Un patrouilleur de la marine nigériane a rejoint le Szafir, avec des renforts de l’équipage et des officiers de la marine nigérians à bord, lui permettant d’atteindre en toute sécurité son port de destination, a indiqué samedi (28 novembre) le ministère des affaires étrangères. La task force, mise en place au siège du ministère depuis vendredi, a tenu une autre session d’urgence samedi (28 novembre).

Un test de crise pour le nouveau gouvernement polonais

C’est la première crise auquel doit faire face le nouveau gouvernement de Beata Szydło (PiS), qui semble assez surpris par la tournure des évènements. Aucune autre information n’a filtré à Varsovie sur les moyens (diplomatiques ou autres) engagés pour venir au secours des marins. Les autorités polonaises affirment se reposer sur les autorités nigérianes pour gérer la situation. Ce qui parait assez faible comme réaction. Même si Abuja a l’habitude de gérer ce genre de crises, d’autres canaux pourraient être activés. L’intervention du GROM – les forces spéciales polonaises – évoqué par quelques médias polonais parait, en revanche, très délicate. Officiellement aucun pays allié n’a été sollicité pour prêter une assistance. Il demeure à peu près certain que l’armateur ou l’état polonais vont devoir s’engager et verser une contrepartie financière (alias rançon) pour obtenir la libération de leurs compatriotes. Le ministre chargé des affaires maritimes, Marek Grobarczyk, a cependant promis de revoir toutes les procédures de sécurité des marins polonais, qui paraissent avoir été prises en défaut.

(Maj) Le ministère polonais a démenti dimanche (29 novembre) le fait que les marins soient morts. Ils sont en bonne santé, affirme-t-il, citant un échange téléphonique que les otages ont pu avoir avec leurs familles.

Un navire d’un armateur polonais

Le Szafir, un cargo de 113 mètres selon sa fiche technique (1), bat pavillon chypriote mais appartient à l’armateur polonais EuroAfrica. Il était parti de Anvers et naviguait vers Onne au Nigeria quand il a été attaqué. L’armateur polonais, basé à Sczeczin, sur la mer Baltique, dispose de 5 navires effectuant régulièrement une ligne vers l’Afrique de l’ouest. On peut se poser la question de savoir si toutes les règles de sécurité et de précaution ont été prises par l’armateur dans une zone connue pour son risque élevé de piraterie.

Une zone réputée dangereuse

Les eaux proches du Nigeria sont, en effet, connues comme dangereuses en matière de piraterie, davantage aujourd’hui que les eaux somaliennes. « Les eaux nigérianes, territoriales comme en dehors demeurent risquées » indique le dernier rapport du Bureau maritime international, datant de début novembre. « Les navires doivent rester vigilants (…). Et il est largement conseillé aux navires qui ne font pas escale dans les ports nigérians de s’en tenir écartés. » Pour ceux qui y font escale, il est aussi conseillé de s’éloigner aussi vite que possible, et de prendre toutes les mesures de précaution.

Des mesures de précaution recommandées

Ces mesures sont essentiellement résumées dans la 4e version du guide de bonnes pratiques (BMP4) : dispositifs de ralentissement des attaques (barbelés, pompes à eaux…), salle sécurisée, veille permanente, signalement aux équipes internationales, voire gardes privés… (Lire : Ne pas baisser la garde maintenant !) Certes, l’augmentation des activités de la marine nigériane, couplée avec certaines patrouilles des navires européens (français, espagnols surtout), a permis de diminuer la fréquence des attaques, surtout dans le delta du Niger. Mais des incidents sont encore régulièrement signalés, contrairement à ce qu’une dépêche de Reuters signée de Varsovie laisse entendre (2).

12 attaques dans la zone Nigeria depuis le début de l’année

Selon le dernier rapport du BMI, publié tout récemment (début novembre), pour la période janvier-septembre, on compte ainsi 18 attaques dans le Golfe de Guinée, dont 12 pour le seul Nigeria, 3 pour la Guinée, 2 pour le Ghana et 1 pour la Côte d’Ivoire. Sans compter toutes les attaques non déclarées. « Nombre d’attaques n’ont pas été signalées » confirme le BMI.

Au mois deux attaques similaires à celle du Szafir

Selon les sources du BMI, consultées par B2 on recense depuis février dernier (3) une dizaine d’attaques, certaines dans le port même de Lagos, d’autres dans le Delta du Niger. Dont plusieurs présentent un modus operandi très proche de l’attaque du navire polonais.

Une attaque similaire à celle du Szafir a ainsi eu lieu le 19 octobre dernier en soirée au sud-ouest de Bayelsa, à 100 miles à l’ouest de Port-Harcourt, à 21h locales. Des pirates armés d’armes automatiques abordent un cargo frigorifique, le Solarte qui bat pavillon des Iles Comores. Ils ouvrent le feu, brisent quelques équipements, volent de l’argent, avant de s’enfuir. Quatre membres de l’équipage (2 Lituaniens, 2 Ukrainiens) sont kidnappés. Le reste de l’équipage — notamment 11 Lituaniens — se réfugie dans la salle des machines et sort indemne. Les otages ont finalement été relâchés il y a deux semaines, vendredi (13 novembre), après un petit mois de détention, et pris en charge tout d’abord dans un hôpital local avant d’être évacués.

Le 22 septembre, à 15 miles au sud-sud ouest de Lagos, on ne peut pas parler à proprement parler d’attaque. Des hommes à bord d’une embarcation essaient de se faire passer pour une équipe d’inspection pour monter à bord, présentée une lettre (fausse) du propriétaire du navire. Le capitaine méfiant fait alors appel aux forces de sécurité navale qui interviennent et arrêtent les suspects.

Le 18 mai dernier, à environ 19 miles au sud de Kwa Ibo, dans la nuit (0h40 locales), autre incident grave. Six pirates armés de pistolets font irruption à bord d’un dragueur. Avec violence. Un des membres de l‘équipage a été blessé. L’alerte donnée permet au reste de l’équipage de se réfugier dans la salle de sécurité. Les appels pour contacter la sécurité du navire ne suscitent pas de réponse. Quand les membres de l’équipage reviennent sur le pont, ils constatent que 5 marins ont été kidnappés. Après négociations, ceux-si seront finalement relâchés un mois plus tard.

Le 24 avril, à 13 miles au large de la  Bonny (près de Port Harcourt), une équipe de 10 hommes armés de pistolets et avec une échelle à bord d’un bateau en bois rapide approchent du navire amarré. Quatre des pirates réussissent à monter à bord. Le marin de veille remarque les pirates et donne l’alerte. L’équipage se réfugie dans la pièce sécurisée. Les gardes privés lancent un tir d’avertissement, les pirates arrêtent l’attaque et s’enfuient.

Le 9 avril vers 3h du matin, deux voleurs approchent un tanker qui est à l’ancre à Lagos. Le personnel de la marine nigériane à bord localise les voleurs et tire plusieurs coups d’avertissement. Les voleurs décampent. L’un d’entre eux sera plus tard attrapé par une patrouille nigériane.

Une piraterie fort différente

Cette piraterie reste très différente cependant de celle existant la Corne de l’Afrique. Il s’agit davantage de voler du matériel, ou du pétrole. Et de prendre quelques otages pour couvrir la fuite. Otages qui serviront de monnaie d’échange, mais sont généralement libérés assez rapidement, dans les jours ou semaines qui suivent, contre une rançon. On ne se situe pas dans une industrie de l’otage, comme le faisaient les pirates somaliens, arrivant à détenir plusieurs centaines de personnes, souvent durant de longs mois, voire de longues années. Les pirates nigérians sont, en revanche, plus brutaux dans leurs attaques. Bien armés, ils n’hésitent pas à faire feu non seulement pour faire peur mais aussi pour tuer ou blesser ceux qui leur résistent ou sont en travers de leurs chemins. En comparaison du nombre d’attaques, les blessés voire tués dans l’équipage ne sont ainsi pas rares.

Une présence navale internationale

Des navires de plusieurs pays, à commencer par la France qui a une opération quasi-permanente dans la région — opération Corymbe (4) ou l’Espagne également très présente (lire : Le BPC Mistral en patrouille avec le Centinela dans le Golfe de Guinée), mais aussi du Royaume-Uni, du Danemark ou de Belgique, patrouillent régulièrement et s’entrainent avec les marines de la région. Un exercice naval vient d’ailleurs de se dérouler fin octobre, rassemblant une quinzaine de navires, européens et de la région (lire : Exercice naval d’envergure au large du Ghana contre la piraterie). De nombreuses compagnies pétrolières (Total, Mobil…) sont présentes au Nigeria.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Télécharger la fiche technique du SZAFIR

(2) But the region has seen no documented attacks since February when a crude carrier was boarded, with the ship’s Greek deputy captain killed and three crew members taken hostage.

(3) Le supertanker Kalamos, battant pavillon maltais, a été attaqué début février, dans la zone pétrolière maritime de Qua Iboe, dans le sud du Nigeria, alors qu’il était à l’ancre, attendant d’être chargé. Bilan de l’attaque : un mort (le second capitaine Grec), et trois otages (deux Grecs et un Pakistanais). 23 membres d’équipage, dont dix Grecs, se trouvaient à bord selon le ministère grec de la Marine, cité par l’AFP.

(4) L’opération Corymbe est déployée de façon quasi-permanente dans le golfe de Guinée depuis 1990. Elle vise deux objectifs majeurs selon l’état-major de la marine française : 1° participer à la protection des intérêts français dans la zone et participer à la diminution de l’insécurité maritime, 2° aider les marines riveraines à renforcer leurs capacités d’action dans les domaines de la sécurité et de la surveillance maritime.

(Mis à jour et complété Sam 28.11 avec plusieurs informations sur la piraterie au large du Nigeria, nombre d’attaques, type de piraterie, etc. et la réponse gouvernementale polonaise)

Equipe d'intervention Togolaise lors de l'exercice incendie à bord du BPC Mistral. Le personnel est intégré dans les équipes d'intervention du bord. A bord le 29 octobre 2015.        L'opération Corymbe est une opération quasi-permanente des forces armées françaises dans le golfe de Guinée mis en place depuis 1990. Déployée dans une zone d’intérêt stratégique, l'opération Corymbe vise deux objectifs majeurs :          - participer à la protection des intérêts français dans la zone.                                          - participer à la diminution de l'insécurité maritime dans le golfe de Guinée et notamment en aidant au renforcement des capacités des marines riveraines du golfe dans le domaine de la sécurité maritime.                 Le BPC (bâtiment de projection et de commandement) Mistral a appareillé de Toulon le 07 octobre 2015 pour l'opération Corymbe.

Exercice naval d’envergure au large du Ghana contre la piraterie

Equipe d'intervention Togolaise lors de l'exercice incendie à bord du BPC Mistral. Le personnel est intégré dans les équipes d'intervention du bord. A bord le 29 octobre 2015.        L'opération Corymbe est une opération quasi-permanente des forces armées françaises dans le golfe de Guinée mis en place depuis 1990. Déployée dans une zone d’intérêt stratégique, l'opération Corymbe vise deux objectifs majeurs :          - participer à la protection des intérêts français dans la zone.                                          - participer à la diminution de l'insécurité maritime dans le golfe de Guinée et notamment en aidant au renforcement des capacités des marines riveraines du golfe dans le domaine de la sécurité maritime.                 Le BPC (bâtiment de projection et de commandement) Mistral a appareillé de Toulon le 07 octobre 2015 pour l'opération Corymbe.

Equipe d’intervention Togolaise lors de l’exercice incendie à bord du BPC Mistral.

(B2) Un exercice naval a été organisé durant neuf jours, fin octobre, dans le Golfe de Guinée regroupant une quinzaine de bâtiments, dont le français BPC Mistral, le pétrolier ravitailleur britannique Gold Rover et le patrouilleur espagnol Centinela et plusieurs navires de la région (Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigéria, Cameroun, Gabon, Congo).

Cet exercice, dit NEMO (Navy’s exercise for maritime operations), a été organisé en plusieurs séquences, menées en lien avec les centres d’intervention régionaux. Ce qui a permis de tester également la coordination entre les différentes marines côtières dans cette opération de sécurisation des espaces maritimes. Un point fondamental selon ce qu’avait confié un expert européen de la sécurité maritime à B2. Car les pirates passent rapidement de la haute mer ou d’une eau territoriale à une autre, empêchant toute poursuite.

NEMO a débuté au large du Ghana le 27 octobre. Et les jours suivants, plusieurs exercices se sont déroulés selon des scenarii différents permettant d’illustrer ce qu’on appelle « l’action de l’État en mer ». Des bâtiments suspectés d’actions illégales (pêche illicite, cargaison douteuse, piraterie) sont repérés par des patrouilleurs naviguant dans la zone. Les informations récoltées sont partagées avec les centres régionaux. Et une opération d’interception est organisée. L’ordre est alors donné d’arrêter le bâtiment surveillé puis de monter à bord afin de réaliser une inspection des cargaisons et des membres d’équipage. Des manœuvres d’homme à la mer ou des départs d’incendie ont également été simulés afin de s’approcher au plus près de la réalité.

L’exercice a culminé le 30 octobre 2015, avec une action en commun et une interaction entre le BPC Mistral, son escorteur le patrouilleur espagnol Centinela, le pétrolier ravitailleur britannique Gold Rover, la corvette nigériane Centenary et le patrouilleur béninois Oueme. Un officier danois, un officier espagnol et trois chefs de quart camerounais étaient ainsi présents à bord du BPC Mistral « pour échanger et travailler avec les marins français » précise-t-on à la marine nationale.

(NGV)

Lire aussi : Le BPC Mistral en patrouille avec le Centinela dans le Golfe de Guinée