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La frégate Augsburg va rejoindre le Charles-de-Gaulle. Les Allemands assurent le soutien

FregateAugsburgF213@DE15(B2) La frégate allemande Augsburg (F-213) va intégrer le groupe d’action navale créé autour du porte-avions Charles-de-Gaulle chargé des frappes en Syrie. La marine allemande vient de le confirmer. Le Bundestag — la chambre des députés allemands — a autorisé aujourd’hui (4 décembre) l’engagement de la Bundeswehr pour soutenir les actions de la France contre l’organisation de l’Etat islamique (Daech) en Syrie ou en Irak.

Une démarche de solidarité

Très clairement, les Allemands affichent, en effet, que cet engagement vient en soutien de la France « dans le cadre du devoir d’assistance entre les Etats membres de l’Union européenne en vertu de l’article 42.7 du traité UE » et de la résolution 2249 des Nations-Unies du 20 novembre qui enjoint à toutes les nations, « de prendre les mesures nécessaires » pour lutter contre Daech en Syrie et en Irak. Au niveau national, c’est l’article 24 (2) de la Loi fondamentale qui prévoit les règles d’un système de sécurité collective mutuelle qui est applicable.

Reconnaissance, ravitaillement, marine et satellites

L’engagement allemand comprend l’utilisation d’avions Tornado (sans effectuer de bombardements), mais équipés de systèmes de repérage RecceLite, de ravitailleurs en vol type Airbus A330 MRTT, pour ravitailler en pétrole les raids assurés par les Français (ou les autres avions de la coalition notamment Britanniques), ainsi qu’une frégate et un ravitailleur. En tout 1200 hommes : 150 pour le ravitaillement en vol, 400 à 500 pour la reconnaissance et la surveillance, 300 pour la protection en mer et 50 personnel supplémentaire de soutien.

Une démarche préparée étroitement entre les deux marines

« Peu de temps après les attentats de Paris je suis allé voir mon collègue français, l’amiral Bernard Rogel. Je suis certain que notre contribution est considérée en haute estime en France » raconte le vice-amiral Andreas Krause, l’Inspecteur en chef de la marine. Ce qui confirme officiellement les remarques d’un haut responsable allemand de la défense qui, en off, nous indiquait, dès le 17 novembre, que des discussions seraient entamées de façon intensive entre les différents niveaux franco-allemands, diplomatiques et militaires dans les jours prochains pour une décision dans les 15 jours. Les Allemands ont tenu parole ! (lire : La clause de défense mutuelle activée. Les alliés se mobilisent. Une première historique).

Un engagement délibéré

Les Allemands ne cachent pas l’objectif de cette opération « Il est extrêmement important que la Marine combatte du côté des Occidentaux contre la violence barbare des  groupes terroristes islamistes » assure ainsi le vice-amiral Krause. « Les attaques en Tunisie, Turquie, le Liban, contre la Russie et surtout à Paris ont montré que le Groupe terroriste de l’Etat islamique va bien au-delà de la zone actuellement contrôlée par lui dans les régions en Syrie et en Irak mais constitue aussi une menace mondiale pour la paix et la sécurité publique » indique le communiqué de la marine allemande. 

Auprès du Charles de Gaulle de la Méditerranée à la mer d’Arabie

La frégate Augsburg (F-213) se trouve aujourd’hui en Méditerranée centrale, engagée dans l’opération européenne contre les trafiquants en Méditerranée EUNAVFOR Med / Sophia mais va être remplacée, dans cette fonction, par  le chasseur de mines Weilheim qui a déjà intégré la force européenne il y a quelques jours. Le mandat donné à ce navire ne sera pas limité à la zone actuelle du porte-avions français. Il aura pour zone d’action « principalement la zone maritime de la Méditerranée orientale, du golfe Persique, de la mer Rouge et des mers environnantes ». Elle va donc rejoindre très rapidement, le Charles de Gaulle, dans « les tous prochains jours », dit-on à la marine allemande. Puis elle passera, par le canal de Suez, en mer d’Arabie, où « les avions français continueront leur engagement ».

Un navire ravitailleur

La marine allemande a l’habitude de l’accompagnement des portes-avions et est plutôt bien préparée à cette tâche. A plusieurs reprises, ses frégates ont assuré la protection des porte-avions américains, notamment dans le Golfe. Un navire de soutien et ravitaillement de la classe Bremen devrait également se joindre au Groupe d’action navale. Deux autres navires européens sont déjà engagés aux côtés du Charles-de-Gaulle, la frégate anti-aérienne britannique HMS Defendeur (D-36) et la frégate belge Leopold Ier.

Les satellites à la rescousse

L’Allemagne met également à disposition de la France son système de satellites SAR-Lupe. Il est complémentaire au système (français) de satellites Hélios, qui fournit des images (photographiques) optiques. SAR-Lupe permet, en effet, d’avoir « des images radar en trois dimensions de l’espace, totalement indépendantes de la lumière du jour et la météo ». Les deux systèmes « se complètent mutuellement pour former une image complète de la situation » affirme-t-on à Bonn, où se trouve la station de contrôle des cinq satellites SAR-Lupe déployés.

(NGV)

Lire aussi :

500MillionsPlateau21Nov

Pacte de stabilité ou de sécurité ? Partir en guerre en Syrie ?

500MillionsPlateau21Nov(B2) Sur 500 millions d’Européens, l’émission du week-end sur BFM Business consacrée à l’Europe après les attentats de Paris, nous n’avons pas refait le monde mais répondu à une série de questions concrètes — à commencer par le pacte de stabilité vs pacte de sécurité ou les conséquences stratégiques du départ en guerre des Français en Syrie, aiguillonnés par le talentueux Yann-Antony Noguès, qui avait parfois du mal à discipliner, notre belle équipe de chroniqueurs : Jean Quatremer du célébrissime blog « les Coulisses de Bruxelles » et Charles de Marcilly, de l’éminente Fondation Robert Schuman.

A réécouter ici ! ou regarder ci-dessous

Lire aussi :  En 24 heures, une clarification stratégique sur 4 points fondamentaux. La fin d’une inconséquence

 

HelicoSarForbinExercice@Def150527

Opération de l’UE en Méditerranée. Du vrai, du faux. Pour tordre le cou à quelques coucous

HelicoSarForbinExercice@Def150527

(crédit : DICOD / EMA)

(BRUXELLES2) La prochaine opération navale militaire de l’Union européenne en Méditerranée (EUNAVFOR Med) suscite une série d’observations et de commentaires qui n’ont parfois qu’un très lointain rapport avec la réalité et ressemblent davantage à des leurres, voire des lubies. Comment y voir clair ?

Pourquoi chasser les trafiquants ?

Jusqu’à présent les Européens n’osaient pas s’attaquer de front aux trafiquants. Malgré quelques efforts, ceux-ci avaient une paix relativement notable et pouvaient se livrer à leur business à leur guise. Se mettre à la recherche des « profiteurs » du système n’est pas vraiment anormal. Cela ne permettra pas de tout résoudre mais c’est un début. Cette opération n’empêche pas, au contraire, une action plus déterminée de l’Union européenne en matière de solidarité avec les pays les plus touchés par l’immigration, de revoir ou ne pas revoir la politique d’asile des 28.

L’effet ne va-t-il pas conduire juste à déplacer le trafic ?

C’est un risque, certain. Certains trafiquants vont préférer d’autres routes. Mais d’ores et déjà sans opération, les routes se diversifient. La vraie question est alors : ne rien faire est-il mieux ? Un expert européen de la migration me confiait récemment : auparavant nous avions un transfert entre la voie maritime (Libye/Italie) et la voie terrestre (Turquie-Bulgarie/Grèce), aujourd’hui ce n’est plus le cas, on voit le trafic augmenter sur les deux routes…

Pourquoi une opération militaire ?

En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’une opération militaire mais plutôt d’une opération de police en mer, avec des moyens militaires. L’usage des moyens militaires est tout simplement requis pour une série de raisons. L’une est tout bonnement opérationnelle. Seules les marines ont des moyens adaptés à la haute mer, à la fois puissants et multimodaux, pouvant tant accueillir un nombre important de naufragés qu’assurer la protection des autres navires. La seconde tient au risque encouru. Les trafiquants ne sont pas des enfants de coeur et ont déjà utilisé des armes de guerre pour assurer leurs prises. La troisième est tout bonnement juridique. Le droit de la mer n’autorise le « droit de visite » (= perquisition) que aux « navires de guerre » (et aux navires dotés de la force publique) à l’encontre de navires suspects (*). Enfin, et ce n’est pas à négliger en ces temps de crise économique, il y a une question d’opportunité budgétaire et capacitaire. Seules les marines disposent d’une capacité importante pouvant être dépêchée, avec un délai de préavis court. Et l’opération est alors supportée par… le budget de la défense.

Peut-on agir sans mandat des Nations-Unies dans les eaux territoriales ?

Non. C’est impossible. Ce ne sont pas les Européens qui vont commencer à jouer ce jeu-là. Tous les Etats mettent d’ailleurs cette condition sur la table pour agir. Et nombre d’entre eux rajoutent qu’il faut un accord du gouvernement libyen, voire des deux gouvernements libyens. Sans résolution des Nations-unies, l’opération aura lieu mais sans pénétrer dans les eaux territoriales (c’est la même chose pour les navires de l’opération Triton, par exemple). NB : Sauf en cas d’extrême-urgence, pour aller à la rescousse d’un navire en détresse. Le droit de la mer (et l’usage des gens de mer qui est une obligation aussi forte) impose de venir au secours de tout navire en détresse.

… et en haute mer ?

La question est complexe d’un point de vue juridique. Tout dépend de l’action engagée, du navire visé (de son pavillon), de la qualification des faits (ou de la suspicion des faits). Mais d’un point de vue général, sans mandat explicite des Nations-Unies, l’opération sera plus compliquée et plus limitée. Le passage à la phase 2bis (perquisitionner et arrêter les navires portant d’autres pavillons) ne sera ainsi pas possible (sauf accord avec l’Etat du pavillon).

Va-t-on frapper des navires plein de migrants ?

Une pure idiotie ! L’objectif européen est de neutraliser les navires, donc de les rendre impropres à être réutilisés, une fois vidé de leurs migrants. C’est ce qui se passe déjà, en toute discrétion. La marine allemande indique notamment régulièrement détruire tous les navires (zodiac, bateau de pêche …) une fois le transfert de tous les migrants assuré (lire notamment : Au large des côtes libyennes, les marines européennes unies pour sauver plus de 4000 migrants des eaux).

Peut-on / va-t-on frapper des navires près des côtes libyennes ?

Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, avait lancé, le premier, l’idée d’aller frapper sur les côtes libyennes, voire d’utiliser des drones. C’était aux Etats-Unis lors de sa visite à la Maison Blanche et dans un think-tank de Washington. Depuis cette idée pollue les débats. Mais on est davantage dans la menace psychologique que dans le réel. Il faut bien voir que, même avec une autorisation des Nations-Unies, c’est une opération risquée. La côte libyenne n’est pas, de ce point de vue, la côte somalienne, où une opération de tir par hélicoptère était possible sans un risque trop affirmé. On peut le faire avec des hélicoptères, comme lors de l’opération en Libye en 2011, mais cela suppose une sérieuse préparation militaire et politique, notamment pour s’assurer qu’aucune défense anti-aérienne, voire un tir de RPG ne visera l’hélicoptère volant à basse allure. C’est une technique militaire que très peu de pays maitrisent de fait et qu’encore moins de gouvernements sont prêts à assurer. A ce jour, deux Etats sont capables de mener ce type de missions — France et Royaume-Uni —, et dans une moindre mesure Espagne ou Italie. Et seul un ou deux sont capables d’assumer le risque politique (France, Italie). Quant aux drones armés, c’est simple, l’Europe n’en a pas vraiment ou du moins n’a pas vraiment la possibilité de les utiliser en solo. Au final, je ne vois pas l’UE mener ce type de missions avec ce genre de danger.

Pourquoi ne pas agir dans les eaux territoriales des Etats membres ?

Une opération militaire menée au titre de la PSDC n’a, normalement, pas de capacité d’action sur le territoire d’un Etat membre (= eaux territoriales y compris normalement). C’est le rôle des autorités nationales, au besoin aidées de moyens d’autres Etats membres, soit à titre bilatéral, soit au titre de la coordination des moyens faite par l’agence européenne Frontex.

Cette opération aura-t-elle une efficacité ?

Nombre de commentateurs sont très pessimistes. A titre personnel, j’ai quelques doutes sur cette atmosphère de doute. J’avais vu les mêmes commentaires très sceptiques, voire tout à fait opposés, lors du début de l’opération au Tchad (un échec assuré disaient certains experts) ou pour l’opération anti-piraterie sur lequel pas grand monde ne pariait un kopeck. Aujourd’hui ces deux opérations ont prouvé, chacune à leur manière, un certain succès. La simple présence de navires militaires dans certaines eaux devrait « calmer » un peu certains trafiquants et les obliger soit à chercher d’autres modes de traversée, soit à chercher d’autres modes plus rémunérateurs.

Peut-on espérer des résultats rapides ?

Non. C’est une réalité. L’opération pourrait être lancée en juin, du moins dans sa phase 1 s’il n’y a pas d’obstacle au niveau européen. Mais elle n’atteindra sa pleine capacité opérationnelle que vers la fin d’août, à la fin de l’été. Soit à la fin de la saison la plus difficile en matière de migrations. On est davantage ainsi dans l’installation de l’opération dans le temps. L’effet réel sera, donc, à vérifier, dans un premier temps, à l’automne pour le court terme, et l’année prochaine voire l’année suivante, pour l’effet à moyen terme… Inutile d’espérer avant tout effet.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Article 110 de la convention sur le Droit de la mer (UNCLOS) Droit de visite

1. Sauf dans les cas où l’intervention procède de pouvoirs conférés par traité, un navire de guerre qui croise en haute mer un navire étranger, autre qu’un navire jouissant de l’immunité prévue aux articles 95 et 96, ne peut l’arraisonner que s’il a de sérieuses raisons de soupçonner que ce navire:

  • a) se livre à la piraterie;
  • b) se livre au transport d’esclaves;
  • c) sert à des émissions non autorisées, l’Etat du pavillon du navire de guerre ayant juridiction en vertu de l’article 109;
  • d) est sans nationalité; ou
  • e) a en réalité la même nationalité que le navire de guerre, bien qu’il batte pavillon étranger ou refuse d’arborer son pavillon.

2. Dans les cas visés au paragraphe 1, le navire de guerre peut procéder à la vérification des titres autorisant le port du pavillon. A cette fin, il peut dépêcher une embarcation, sous le commandement d’un officier, auprès du navire suspect. Si, après vérification des documents, les soupçons subsistent, il peut poursuivre l’examen à bord du navire, en agissant avec tous les égards possibles. (…)

4. Les présentes dispositions s’appliquent mutatis mutandis aux aéronefs militaires.

5. Les présentes dispositions s’appliquent également à tous autres navires ou aéronefs dûment autorisés et portant des marques extérieures indiquant clairement qu’ils sont affectés à un service public.

WikileaksPlanOperation

Le plan d’opération d’EUNAVFOR Med révélé par Wikileaks. Vraiment ?

WikileaksPlanOperation(BRUXELLES2) Wikileaks vient de révéler un document « secret », qu’il présente comme le « plan » de la future opération militaire en Méditerranée (EUNAVFOR Med) « contre les bateaux de réfugiés ». Un document qu’a ensuite commenté Steve Peers de l’université d’Essex, avec plus ou moins de bonheur. Un fatras d’idées préconçues, à la limite du mensonge éhonté…

Confondre un plan d’opération et un avis sur un concept

On a connu l’organisation de Julian Assange un peu plus perspicace, plus judicieuse… Les auteurs du leak semblent un peu incultes en matière de planification militaire, voire même incapables de lire ce document, ou alors ils ont voulu faire un « coup » là où il n’y avait pas vraiment lieu d’être.

Premièrement, l’opération montée par les Européens n’est pas destinée à « combattre les bateaux de réfugiés » mais vise à contrer les trafiquants. Dire le contraire, c’est confondre le mouton et le loup. Ou alors ce serait prétendre que tous les réfugiés sont des trafiquants ! Ce n’est pas très sérieux… (piège dans lequel sont tombés mes deux confrères du Parisien).

Deuxièmement, les deux documents « leakés » ne sont pas du tout le « plan d’opération » de l’UE, comme présenté. Mais les « avis » de deux groupes de « travail » des Etats membres — d’une part les experts du groupe politico-militaire (GPM), d’autre part les représentants militaires présents au Comité militaire — sur le projet de concept de gestion de crises qui a été soumis aux ministres des Affaires étrangères et approuvé le 18 mai. Ce ne sera pas faire injure aux auteurs de ces documents de dire qu’ils ne sont « qu’un maillon » dans un dispositif décisionnel, assez long et complexe, qui va d’un premier document plus politique, tissant différentes options, et d’un mandat donné par le Conseil européen, au Plan d’opération proprement dit, et à la décision lancement de l’opération, en passant par une résolution des Nations-Unies qui donne la base juridique internationale à l’intervention. Y voir un plan, c’est être tout simplement ignorant du contenu de ce qu’est un « Plan ».

Troisièmement, ces documents sont destinés à donner au futur commandant d’opération des orientations dans la planification future de l’opération en mettant l’accent sur quelques points importants ou méritent encore des éclaircissements : le renseignement (lire : EUNAVFOR Med : Pourquoi le renseignement est important ? Pourquoi peu de problème de moyens?). La parole y est assez libre, et heureusement, car elle permet justement de poser toutes les questions, y compris celles qui pourraient être taboues, dans une opération qui a une réelle complexité.

Les recommandations faites sont assez logiques et sensées. Il s’agit d’avoir une solide base juridique pour pouvoir appréhender et traduire en justice les trafiquants, de bien définir ce qu’est un migrant, un réfugié et un trafiquant. Il cerne les risques possibles dans certaines zones (proches de la Libye)… et recommande d’avoir une solide force de protection et de robustes règles d’engagement. Ce qui est assez logique également. Enfin, il recommande d’avoir une communication touffue, ce qu’on appelle aussi la diplomatie publique dans un autre jargon. Ce qui relève plutôt du classique dans toute opération militaire. (Lire aussi sur le Club : EUNAVFOR Med, une opération complexe, juridique également)

L’analyse (bancale) d’un professeur de droit …

Y voir derrière tout cela un plan secret de l’UE pour poser le pied en Libye comme le détaille ensuite le professeur de l’université du Sussex, Steve Peers, spécialiste du droit constitutionnel européen, le prélude à une opération terrestre en Libye est donc plutôt osé et est aussi éloigné de l’analyse que le pis d’une vache est éloigné d’un verre de champagne (et encore 🙂

« A EU military planning document reiterates that the EU’s new anti-smuggling operation could result in a ground conflict in Libya that leads to the loss of life of soldiers, refugees and smugglers, and destabilise Libya in the process » écrit Steve Peers dans son texte de 3 pages à télécharger sur Statewatch.

Heu… Jusqu’à nouvel ordre, la Libye n’est pas vraiment une terre tranquille, un lieu de rêve pour des vacances en famille sur lequel l’Union européenne viendrait semer le trouble et la tempête… Le Professeur Steve Peers semble avoir se tromper d’objectif sur cette opération qui, même si elle emploie des moyens militaires —, reste une opération de « police en mer » et non pas une « intervention militaire en Libye ».

Ce que disent les experts européens, en effet, c’est qu’il faut calibrer de façon précise l’activité militaire, notamment dans les eaux intérieures libyens pour éviter de déstabiliser un processus politique en cours en causant un dommage collatéral, ne pas remettre en cause les activités économiques légitimes (NB : on pense notamment aux activités de pêche) ou créer la perception d’avoir choisi un parti. (NB Ce qui est un réel risque. S’attaquer à certains trafiquants, détruire leurs moyens (navires), peut être pris par certaines milices qui protègent ces moyens, en bénéficient, voire organise le trafic d’une manière ou d’une autre est un risque effectivement). Cette remarque est plutôt sensée…

« The IMD should also emphasise the need to calibrate military activity with great care, particularly within Libyan internal waters or ashore, in order to avoid destabilising the political process by causing collateral damage, disrupting legitimate economic activity or creating a perception of having chosen sides

Non content de son fait, Steve Peers continue son « analyse » (! si on peut appeler cela une analyse). il s’interroge sur le fait que tout n’est pas encore précis dans ce « plan », que des « orientations militaires et politiques doivent être encore données », « les règles d’engagement n’existent pas encore »…

The document explicitly acknowledges that the operation has no clear end point: « the political End State is not clearly defined » This should disturb anyone who has studied previous military operations that have gone wrong or spun out of control due to lack of clarity on what the final objectives are. Indeed, the document makes clear that most of the details of the ongoing operation have yet to be worked out

Là on n’est plus dans l’erreur d’analyse, on est dans l’ignorance crasse. Le processus de décision européen est, en effet, assez rôdé et même assez procédurier. Pour aller vite, le Concept de gestion de crises (CMC) – qui a fait l’objet des deux avis (révélés par Wikileaks) est destiné à fixer les divers enjeux d’une crise, les principaux moyens d’y répondre, et les principales questions qu’il importe de résoudre. Il précède une décision des ministres d’établir une mission. Tous deux ont été approuvés par les ministres le 18 mai. Viendront ensuite des instructions militaires, des orientations, un concept d’opération, un plan d’opération, des règles d’engagement…Il est évident qu’à ce stade un certain nombre de questions restent encore à régler. Les autorités européennes ne s’en cachent. Le général de Rousiers, président du comité militaire de l’UE, disait très officiellement, le 19 mai (à l’issue de la réunion avec les Chefs d’Etat-major militaires de l’UE, que « c’est une opération complexe dans un environnement complexe »

Regretter que ces règles n’aient pas été définies, c’est comme s’inquiéter de ne pas voir la circulaire d’application publiée alors que le premier paragraphe de la loi n’est pas encore voté. Se proclamer « professeur de droit » pour sortir une telle conclusion est digne du concours Lépine de la plus mauvaise copie. Je ne sais pas où enseigne Steve Peers, mais dans n’importe quelle université européenne, digne de ce nom, une telle ânerie vaudrait à son auteur un beau zéro pointé et un retour aux fondamentaux…

Commentaire : tirer une ou deux phrases pour gloser sans tenir compte du contexte dans lequel ces phrases sont posées et surinterpréter certains mots pour en tirer non ce qui est mais ce qu’on pense, n’est pas vraiment digne ni d’une analyse académique, ni d’un commentaire journalistique. On peut se demander franchement quel est le but recherché par ces auteurs, en mal de sensationnalisme. Veulent-ils que le trafic d’êtres humains continue, que les naufrages perdurent, que l’Europe reste inactive face d’une part à ces drames, d’autre part à cette menace ?

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

Un C130 Hercules de l'armée belge (crédit : ministère belge de la Défense)

Des avions européens en renfort pour l’opération Sangaris (Maj5)

Un C130 Hercules de l'armée belge (crédit : ministère belge de la Défense)

Un C130 Hercules de l’armée belge (crédit : ministère belge de la Défense)

(BRUXELLES2, exclusif) Plusieurs pays européens devraient venir en soutien de l’opération française en Centrafrique. Le commandement français a fait passer à différentes capitales « amies » une liste de besoins et matériels nécessaires. Parmi ceux-ci, certains besoins seraient particulièrement listés : 1) le transport stratégique (de France vers le terrain), 2) le transport tactique (des avions sur place pour convoyer troupes et matériels en république Centrafricaine et dans les « pays avoisinants »), 3) des moyens d’évacuation médicale (Medevac) de type essentiellement hélicoptères, 4) des ravitailleurs.

A Eindhoven, le commandement européen de transport aérien (EATC) est mobilisé. Et selon les demandes, différents avions pourraient recevoir un ordre de mission vers le Centrafrique. Tout dépendra alors de l’accord des différents Etats membres. Un A340 français, de l’escadron « Esterel » stationné à Creil a déjà décollé de l’aéroport Paris Charles de Gaulle, avec à son bord 35 soldats et leur équipement. Après une escale à Istres (Marseille) où il a pris en charge 180 soldats de plus et 5 tonnes de matériel supplémentaire, il a atterri à Bangui.

La Belgique

Les Belges pourraient mettre à la disposition des Français un Airbus A330 pour le transport stratégique et un ou plusieurs Hercules C130 pour le transport tactique, selon nos informations. Le « Kern » (qui réunit les différents responsables de majorité) devrait se réunir demain (vendredi) pour décider d’une participation ou non, en réponse à la demande française. Ce qui ne signifie pas une mise à disposition immédiate, pour tous ses moyens, a précisé à B2 un expert des affaires militaires. L’Airbus A330 est ainsi déjà au Congo en train d’effectuer le retour des paras belges de retour de mission. Le gouvernement devra aussi se prononcer s’il accepte la demande française d’aller non seulement sur place en Centrafrique mais aussi dans les pays environnants (Tchad, Cameroun…). (Maj5) Le sujet a été reporté à un autre « kern » dans la semaine.

On se souvient que les Belges avaient été parmi les premiers et surtout les plus volontaires des alliés européens pour soutenir l’opération Serval au Mali, allant parfois avec leurs C130 là où d’autres ne pouvaient pas aller (Lire : Opération Serval. Un C130 danois au Mali. Une aide logistique allemande… Et la Belgique)

Le Royaume-Uni

Le C17 chargeant les véhicules blindés (crédit : ministère Fr de la Défense / DICOD)

Le C17 chargeant les véhicules blindés (crédit : ministère Fr de la Défense / DICOD)

Signalons également que les Britanniques devraient mettre à disposition des Français des avions de transport stratégique C-17. Un porte-parole du ministère de la Défense l’a affirmé jeudi (5 décembre). Mais il n’y aura « pas de troupes au sol » a précisé. Nous allons « contribuer au transport des équipements français vers la République centrafricaine à l’aide de nos avions C17. Trois vols sont prévus ce mois-ci, le premier devrait arriver en Centrafrique sous peu. » a confirmé le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague le 6 décembre. « Nous sommes, nous aussi, déterminés à jouer notre rôle dans cette lutte contre la violence » a-t-il ajouté (précisons que le message diffusé par le Foreign Office, l’a été également en français. Suprême courtoisie de nos amis britanniques !). A peine avait-il prononcé ces mots que le C17 se posait sur l’aéroport de M’Poko (Bangui) transportant des véhicules blindés (voir photo). Preuve de la bonne entente franco-britannique.

L’Allemagne

(Maj) Côté allemand, ainsi que le complète mon collègue Thomas Wiegold, de Augengeradeaus, la Bundeswehr va mettre un Airbus A310 pour le transport stratégique, dans le cadre de EATC. Cet appareil ne pourra cependant pas voler directement vers la République centrafricaine mais vers un pays voisin (ce pourrait le Cameroun, le Gabon ou le Tchad). C’est une raison juridique et constitutionnelle qui commande une telle décision : pour la participation de soldats allemands dans une zone de conflit ou à une opération armée, il faudrait l’autorisation du Bundestag.

L’Espagne

(Maj3) L’Espagne pourrait aussi fournir un avion C-130 de l’armée de l’air – avec son équipage (30 personnes) pour assurer les transports vers ou en République centrafricaine, assure la presse espagnole, samedi (7 décembre). Le président français avait fait la demande lors du sommet franco-espagnol.

… et les Etats-Unis

(Maj2) Les Américains entrent dans la danse. Outre les 40 millions $ déjà annoncés pour la MISCA (environ 30 millions d’euros), le Département d’Etat a confirmé vend. soir (6 déc), que les Américains se « tenaient prêts à assister nos partenaires de l’Union africaine et nos alliés français selon les besoins ». Et Marie Harf, la porte-parole adjointe d’ajouter : « le leadership de la France d’engager 800 militaires de plus et son soutien à la MISCA envoient un message fort à toutes les parties que les violences doivent cesser ». Interrogée par nos confrères américains, la porte-parole n’a cependant pas voulu donner de précisions sur l’aide logistique de l’armée américaine, indiquant simplement que c’était « en cours ».

[Mises à jour] papier mis à jour ven 6.12 à 17h (maj1) et 22h (maj2), sam 7.12 à 9h (maj3), 12h (maj4 et 18h (maj5).

Lire aussi sur: le battlegroup européen (qui ne devrait pas partir) :

Et les autres initiatives européennes :

Plus d’informations suivent…

Réunion de la plateforme de crise sur le Mali (maj)

(BRUXELLES2) La « plate-forme de crises » va se réunir lundi (14 janvier) après-midi dans les locaux du service diplomatique européen (SEAE) à Bruxelles. « Nous suivons la situation de très près » a précisé le porte-parole de Catherine Ashton lors du briefing quotidien avec la presse. « Tous les services européens concernés par la crise malienne devraient être là » a-t-il ajouté. Non seulement les militaires mais aussi les responsables du développement (DG DevCo) ou de l’humanitaire (DG Echo). C’est Agostino Miozzo, le directeur prévention de crises, qui devrait animer la réunion, avec Pierre Vimont le directeur du SEAE. L’objectif est de faire le tour des services concernés et de voir comment la réponse européenne peut être adaptée. Différentes réunions se sont aussi tenues ce week-end sur la mission EUTM Mali (lire sur le Club).

D’autres réunions sont programmées. La Haute représentante, C. Ashton, doit ainsi s’entretenir aujourd’hui avec Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères. Des « conversations » sont également engagées au plan international à New-York, notamment avant la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, ce soir (14 janvier). Et demain (15 janvier) les ambassadeurs du COPS (Comité politique et de sécurité) devraient aussi se pencher sur la question du Mali, lors de leur réunion rituelle du mardi, pour examiner les conséquences au plan politique comme militaire de l’aggravation de la situation sur place (et de la réponse française et britannique).

Un soutien américain a bien été fait en Somalie également

(BRUXELLES) Dans une lettre au speaker de la Chambre et au président par interim du Sénat, le président américain Obama a aussi confirmé dimanche (13 janvier), un soutien américain dans l’opération de libération d’un otage français mené. « Les Etats-Unis ont fourni un soutien technique limité aux forces françaises dans cette opération mais n’ont pas pris part directement à l’assaut sur les campements, où on croyait le citoyen français retenu en otage. Un avion de combat US est entré brièvement dans l’espace aérien somalien pour soutenir l’opération de secours, si nécessaire. Cet avion n’a pas utilisé d’armes durant l’opération. (…) Les forces US qui soutenaient cette opération ont quitté la Somalie samedi (11 janvier) à 8 heures » (heure de New-York), soit à Minuit (heure de Somalie).

NB : D’après les informations de mon collègue Jean Guisnel, un avion américain a effectivement de « piquet radio » « pour assurer les transmissions entre le poste de commandement installé sur le Mistral positionné très loin au-delà de l’horizon et les hélicoptères envoyés vers la localité de Bulomarer » (lire son compte-rendu détaillé ici).

La Pologne apporte un soutien du bout d’une lèvre à l’action de la France au Mali

La carte des implantations des instituts polonais dans le monde – lors de la journée portes ouvertes au ministère des Affaires étrangères à Varsovie – montre la limite de la vision mondiale de la Pologne (crédit : MSZ Ministère polonais des Affaires étrangères)

(BRUXELLES2) Première fausse note européenne, venue de Varsovie. Dans un communiqué publié samedi (12 janvier), Marcin Bosacki, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a exprimé sa « profonde préoccupation par rapport à l’escalade des opérations militaires, commencés par les groupes radicaux rebelles dans le nord Mali. Ces développements comportent le risque de continuer à déstabiliser la région toute entière » précise-t-il avant d’ajouter la position polonaise.

Coopération internationale plutôt qu’action militaire ?

« La Pologne défend une coopération internationale active pour restaurer la stabilité du Mali, en ligne avec la position exprimée par l’Union européenne et dans l’esprit des décisions prises par les Nations-Unies et l’Union africaine. » Il juge que « l’aide bilatérale de la France pour les autorités de Bamako aussi compréhensible ». Comprendre… Le soutien est bien faible !

Afin de faire bonne mesure, le porte-parole condamne ensuite « fermement les mesures prises par les groupes terroristes internationaux guidés par l’extrémisme religieux qui déstabilisent la région. » Et de conclure par un « appel aux autorités maliennes d’accélérer les travaux sur la feuille de route décrivant les étapes menant à la restauration de l’ordre constitutionnel dans ce pays ».

Première analyse : réserve conjoncturelle (le week-end) ou plus profonde

La Pologne marque ainsi une certaine réserve par rapport à l’action militaire de la France qui n’est pas sans rappeler la réserve allemande (mais aussi polonaise) lors de l’intervention de l’OTAN en Libye. Réserve qui n’est pas inopinée. On remarquera que la Pologne reste très floue depuis plusieurs mois sur son engagement concret dans l’opération européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali).

Maintenant il faudra voir si cette position passera le week-end. Et si elle ne suscitera pas une correction du côté notamment du Premier ministre Donald Tusk. Il ne faut pas oublier que la Pologne est non seulement membre du triangle (à 5) de Weimar (ca détonne !) mais que d’autres négociations sont en jeu (cadre financier notamment, nominations futurs). Un couac « répété » pourrait ternir les bonnes relations entre Paris et Varsovie et se retourner à terme contre cette dernière. Paris étant dans cette opération soutenue par la plupart des « grands » pays européens (et les USA).

Il ne faut cependant pas nier une certaine méfiance, voire une certaine irritation, depuis plusieurs mois, des diplomaties de plusieurs pays européens envers l’avant-gardisme (pour ne pas dire l’aventurisme) de la France sur le Mali. Varsovie n’est pas, en l’occurrence, isolé. Certains diplomates estiment que l’engagement européen dans EUTM Mali ressort davantage d’une position due au passé de la France qu’à une réelle menace et s’y engagent à reculons…

Feu vert de l’ONU au concept d’une opération militaire au Mali (maj)

(BRUXELLES2) Faire face à la menace des terroristes et des militants islamistes pour la paix régionale et rétablir l’unité du Mali sont les deux objectifs que vise la résolution adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU à New-York, aujourd’hui (12 octobre). Le Conseil a ainsi autorisé, au titre du chapitre VII (avec usage de la force) une force militaire internationale à intervenir pour « aider les Forces armées du Mali à récupérer les régions occupées au nord du Mali ». Plus exactement, ce sont les préparatifs de cette opération qui sont autorisés. Le secrétaire général Ban Ki Moon est ainsi prié de fournir militaires et planificateurs à la CEDEAO (la Communauté économique des Etats d’Afrique occidentale) pour aider à formuler une réponse « à la demande des autorités de la transition du Mali ». Ce dans un délai de 45 jours. L’Union européenne et l’Union africaine sont ainsi priées « de prêter, dès que possible et de manière coordonnée, aux forces armées et aux forces de sécurité maliennes leur concours et leur savoir-faire, ainsi que leur appui en matière de formation et de renforcement des capacités ».

Sanctions et négociation

Le Conseil a aussi appelé les groupes rebelles maliens de couper tous les liens avec des organisations terroristes, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et des groupes affiliés. Des sanctions ciblées contre les groupes qui refuseraient cette décision pourront être engagées. Il a également « exhorté » les autorités maliennes de la transition, les rebelles et autres représentants légitimes de la population locale du nord du Mali à « s’engager, dès que possible, dans les négociations crédibles » pour « trouver une solution politique durable en conformité avec l’unité du pays, et a exigé que tous les groupes « cesser toutes les violations des droits humains telles que les attaques contre les civils, les violences sexuelles, recrutements d’enfants soldats et les déplacements forcés ».

500.000 déplacés

L’ONU rappelle que l’instabilité et l’insécurité résultant des affrontements renouvelés, ainsi que la prolifération des groupes armés dans la région, comme la sécheresse et l’instabilité politique issu du coup d’Etat militaire en mars, ont entraîné 500.000 Maliens à fuir de leurs maisons, dont 270.000 d’entre eux se sont réfugiés dans les pays voisins. NB : Une catastrophe plutôt silencieuse dont on parle relativement peu, par rapport, à d’autres régions du monde connaissant un phénomène identique (la Syrie par exemple).

Le texte de la Résolution Mali