Carte ShyrokyneMariupol Ukraine

Bombardements près de Mariupol

Carte ShyrokyneMariupol Ukraine

carte de situation – Google

(B2) Les observateurs de l’OSCE présents dans l’est de l’Ukraine ont dénoncé samedi (28 mars), l’escalade des combats à Shyrokyne – à 20 km à l’est de Mariupol près de la mer – contrôlée par les séparatistes prorusses de la République populaire du Donetsk (DPR) ces derniers jours. Alors que, bien souvent, ce sont les militants prorusses qui sont mentionnés comme la cause de ces tirs, cette fois, ce sont les forces ukrainiennes gouvernementales qui sont mises en cause.

Des tirs venant des lignes ukrainiennes

Vendredi (27 mars), ils ont ainsi décompté « plus de 225 obus de mortier de 14h40 à 17h15 ». Des obus tirés, selon les observateurs, « à partir d’une position des forces armées ukrainiennes (régulières) situées dans Berdianske ». En retour, les forces prorusses auraient tiré « près de 20 obus de mortier ». Les bombardements ont continué jusqu’à 18h35, « selon les représentants ukrainiens et russes du Centre conjoint de contrôle et de coordination à Bezimenne, ainsi que des contacts au sein de la communauté des personnes déplacées de Shyrokyne », et des tirs d’armes légères sporadiques et de RPG ont continué jusqu’à environ 20h40.

Des militaires prorusses menaçants

A signaler que samedi (28 mars), les observateurs se sont fait accrochés par un combattant prorusse de la DPR, particulièrement « agressif » et qui « a tiré trois coups de feu en l’air ».

(NGV)

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Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE (PSDC) – juin 2014

(B2)

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(Crédit : EUPOL RD Congo)

Kinshasa (RD Congo) Contrôle des connaissances pour la police nationale Congolaise.

La mission de police de l’Union européenne, EUPOL RD Congo, a organisé – en collaboration avec la Police Nationale Congolaise (PNC) – une session d’évaluation et de remise à niveau sur le maintien et rétablissement de l’ordre public. Près de 60 formateurs de la Légion nationale d’intervention (LNI) et des Groupes Mobiles d’interventions (GMIs) « Est » et « Ouest » Kinshasa de la PNC ont bénéficié, du 19 mai au 14 juin 2014, de cette formation. Cette session a eu pour objectif de procéder au contrôle des enseignements préalablement dispensés par les experts de la mission EUPOL sur le maintien de la paix afin de s’assurer que ces fonctions sont véritablement assimilées par les formateurs de la Police Nationale Congolaise. Ce « monitoring » – assuré par trois formateurs français des CRS (Compagnies Républicaines de Sécurité) – a également permis de contribuer à l’uniformisation des techniques d’interventions et des méthodes de travail entre les unités nationales et territoriales de la PNC spécialisées dans le domaine du maintien de l’ordre.

(Crédit EUPOL Afghanistan)

(Crédit EUPOL Afghanistan)

Kaboul (Afghanistan) « L’intérieur » du Centre national de coordination de la police

Au ministère afghan de l’Intérieur, toutes les forces de sécurité afghanes aidées par des membres d’EUPOL contrôlaient la sécurité pour le jour de l’élection (14 juin). Le général et ministre délégué à la sécurité, Mohammad Ayoub Salangi, et le chef de la mission EUPOL, Karl Ake Roghe, étaient – le jour des élections – à l’intérieur du centre de commandement – gardant un œil sur tout. Sous le commandement du général Salangi, des dizaines de personnes de la police, l’armée, des membres de la mission étaient présentes pour s’assurer que le jour de l’élection se déroule sans incident. Pour Karl Ake Roghe, a été « impressionné par la gestion professionnelle (des Afghans). Ils étaient en plein contrôle de la situation, ils ont montré un véritable leadership ».

(Crédit EUCAP Nestor ) Remise de médaille EUCAP Nestor

(Crédit EUCAP Nestor ) Remise de médaille EUCAP Nestor

Djibouti (Djibouti). Remise de médailles pour EUCAP Nestor

18 membres du personnel d’EUCAP Nestor ont reçu la médaille du service de la politique européenne de sécurité et de défense pour leurs services lors d’une cérémonie qui s’est tenue au siège d’EUCAP Nestor à Djibouti le mercredi 11 Juin. Les récompenses ont été remises par le chef de la mission EUCAP Nestor. « Avec cette cérémonie, nous voulons également hommage à nos trois collègues, blessés dans l’attaque terroriste à Djibouti le 24 mai, Ils auraient dû être avec nous aujourd’hui et auraient dû être debout dans les rangs », a déclaré le chef de la mission, Etienne de Poncins, lors d’un discours prononcé en présence de l’amiral Bob Tarrant, commandant de l’opération anti-piraterie de l’UE EUNAVFOR Atalanta en visite à Djibouti et de l’ambassadeur de la délégation de l’UE à Djibouti, Joseph Silva. Cette médaille est une décoration militaire internationale décernée à des individus, à la fois militaires et civils, qui ont servi lors des missions de politique de sécurité et défense commune (PSDC) pendant plus de 30 jours. La tradition a été établie par le Haut Représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de défense en 2003.

(Crédit EUBAM Libye)

(Crédit EUBAM Libye) Entrainement des gardes côtes libyens.

Malte. Formation pour les gardes côtes libyens

La Mission d’assistance frontalière de l’Union européennes en Libye – EUBAM Libya – assure une formation de 4 semaines à la recherche et sauvetage (SAR) pour 11 marins et gardes côtes libyens jusqu’au 28 Juin 2014. Celle-ci fait suite, à une formation d’un mois de la brigade maritime des forces armées maltaises soutenue par EUBAM Libya. Basée à Malte, les gardes côtes libyens ont effectué une série d’entraînement sur la sécurité et la sûreté maritime durant le mois de mai. Objectif : pour mettre en place des procédures pour mener un arraisonnement conforme et être en mesure de se défendre si la situation dégénère. Cet entraînement fait partie d’une formation globale dispensée par l’EUBAM Libya à ses homologues libyens.

A voir : Vidéo de formation des gardes côtes libyens (Crédit EUBAM Libye).

Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Don du sang pour EUFOR

Les membres de la mission EUFOR Althea ont participé à un don du sang –  dans le camp de Butmir – à l’occasion de la Journée mondiale du don de sang (organisée par l’Organisation mondiale de la santé le samedi 14 juin). Le conseiller médical de l’EUFOR, le major Radoslav Ivanov, a permis d’organiser le don avec le personnel médical disponible et rappelle que « tous les donateurs devaient passer un examen médical préliminaire pour s’assurer de leur sang était approprié avant de commencer ».

(Informations recueillies par Jérémy Cauderlier st.)

Observateurs de l'OSCE en Géorgie - septembre 2008 (crédit : OSCE)

Vers une mission EUMM Ukraine ? Le plan B des Européens (maj)

Observateurs de l'OSCE en Géorgie - septembre 2008 (crédit : OSCE)

Observateurs de l’OSCE en Géorgie – septembre 2008 (crédit : OSCE)

(BRUXELLES2 – exclusif) Cette question n’est pas encore à l’ordre du jour. Mais pourrait le devenir très rapidement. La mise en place d’une mission d’observation de l’OSCE en Ukraine se complique en effet. Ainsi qu’il fallait s’y attendre, il n’y a pas eu d’accord à Vienne mardi soir. Si les Russes sont d’accord sur le principe, ils chicanent sur le détail. Et ils pourraient chicaner longtemps. En 2008, sur la Géorgie, la Russie (membre de l’OSCE) avait ainsi bloqué tout redéploiement de la mission de l’organisation, pourtant déjà sur place, en Abkhazie et en Ossétie du sud.

Une alternative proposées par certains pays

Certains pays – Suède notamment, suivie par la Pologne – ont déjà proposé – si l’option « OSCE » échouait de déployer une mission sous drapeau de l’Union européenne. Une option qu’on se refuse pour l’instant à envisager la haute représentante. Ainsi qu’ a expliqué à B2 la porte-parole de Catherine Asthon, « les ministres des Affaires étrangères ont clairement donné le soutien au déploiement de la mission OSCE. C’est notre position et cela le reste. »

Délai dépassé

La réalité c’est que, lundi,  la Haute représentante – relayant le sentiment des autres ministres – escomptait une décision rapide, mardi au plus tard, ainsi qu’elle l’a détaillé devant la presse :

« We have also given our support for the swift deployment of an OSCE Special Monitoring Mission on the ground throughout Ukraine. I hope that such a decision can be taken in Vienna today or tomorrow. »

Ce délai est désormais dépassé. Si du côté de Vienne, à l’OSCE, cela ne se débloque pas, l’option « UE » alternative des Suédois et Polonais pourrait être étudiée…. Les chefs d’Etat et de gouvernement pourraient d’ailleurs se pencher sur ce sujet jeudi. Un peu sur le modèle de ce qui s’était passé en Géorgie. Où, faute de mission de l’OSCE, l’Union européenne avait mis sur pied et déployé, en un délai record de 3 semaines une mission de plus de 300 observateurs, civils (mais la plupart militaires). L’intérêt maintenant est d’aller vite. Car la situation peut rapidement se dégrader ou s’envenimer sur le terrain.

L’expérience européenne

L’expérience d’EUMM Georgia, acquise depuis maintenant 6 ans, peut servir de modèle. Et les Européens disposent déjà sur place d’un petit point d’appui : à Odessa et le long de la Transnistrie. Dans une discrétion quasi-totale, des douaniers européens assurent la formation et l’assistance de leurs collègues ukrainiens (et moldaves), au sein de la mission EUBAM Moldova Ukraine. Les services de gestion de crises du SEAE sont bien rodés maintenant à la mise en place d’une telle mission. Quant aux moyens – en hommes – ceux promis à l’OSCE viennent principalement de pays de l’Union européenne. Et il n’est pas interdit d’associer des pays tiers (comme la Norvège, le Canada, les Etats-Unis, la Suisse…). C’est déjà le cas dans plusieurs autres missions ou opérations civiles / militaires de l’UE.

Objectif : remontée d’information

L’objectif d’une telle mission d’observation est de permettre de stabiliser la situation. Mais son impact est multiple (*). Il assure une présence sur place — ce qui a un effet déjà dissuasif sur d’éventuels fauteurs de trouble — et manifeste aussi concrètement une solidarité européenne. Il permet de mettre en place des mécanismes facilitant le dialogue, sur place, avec des intermédiaires « neutres » entre des communautés qui peuvent avoir des difficultés à dialogueur directement. Enfin, il permet d’assurer – en temps quasi-réel – la remontée d’informations à la fois vers Bruxelles et le gouvernement concerné (Kiev) et de l’analyser. Ce qui permet ainsi de tordre le coup à certaines fausses informations, rumeurs ou autres qui, souvent, enveniment, sur place, la situation. En Géorgie, les communiqués des observateurs européens EUMM donnent le « la » et sont traités par les différents observateurs et médias comme « L' » information, car réputés plus objectifs que les informations de Tbilissi ou des gouvernements locaux d’Ossétie ou d’Abkhazie. Ce qui a contribué également à la diminution des tensions.

(mis à jour) Les diverses objections russes soulevées à une nouvelle réunion de l’OSCE, à Vienne, mercredi (troisième réunion de la semaine), confirment notre première analyse. La Russie souhaitait que la mission d’observation ait bien un objectif large : « toute l’Ukraine ». Ce point a été éclairci, en apportant à plusieurs points du textes, certaines précisions du type « à travers l’Ukraine », « sans discrimination ni exclusion », etc. Mais, apparemment, la délégation russe a demandé des éclaircissements supplémentaires. Au point que le délégué américain a, un peu, perdu patience. « Il a été répondu clairement à (votre) demande. Il n’y a aucune excuse pour ne pas aller de l’avant. »

(MAJ – 21 mars) Cette question pourrait devenir plus d’actualité. Les Européens se sont fixés « quelques jours » pour obtenir un accord sur la mission de l’OSCE. « A défaut il y aura une mission déployée sous l’égide de l’Union européenne » ont confirmé la chancelière allemande, Angela Merkel, le président français, François Hollande, comme le président du Conseil de l’Union européenne, Herman Van Rompuy.

(*) Une mission comme EUMM Georgia a d’ailleurs pour objectif « de surveiller, analyser et rendre compte de la situation ayant trait au processus de stabilisation ».

Syrie: soutenir l’ONU, sanctionner mais laisser une porte ouverte

(BRUXELLES2) L’Union européenne est sur la sellette pour son action à la Syrie. Le récente débat au Parlement européen l’a montré. Et la Haute représentante pour les Affaires étrangères a défendu l’action entreprise. Plusieurs eurodéputés ont souligné les difficultés de la situation. José Ignacio Salafranca Sanchez-Neyra (Parti populaire, Espagne) a fait remarquer qu’il s’agissait d’un « jeu » complexe, où il fallait prendre en compte l’Arabie Saoudite et l’Iran qui « cherchent à exercer leur influence« , l’Egypte « et son rôle dans tout le printemps Arabe« , la campagne électorale aux Etats-Unis, mais aussi bien sûr la Chine et la Russie. La socialiste belge Véronique de Keyser a elle insisté sur cette complexité tout en déclarant que le plan d’Annan était la seule solution. Enfin, la députée verte allemande Franziska Brantner  a appelé à une application plus stricte de l’embargo sur les armes, en faisant référence aux bateaux chypriote et allemand transportant des armes vers la Syrie.

Soutien inconditionnel à l’ONU

Catherine Ashton a d’abord rappelé son soutien inconditionnel au plan en 6 points de Kofi Annan, qui « n’est pas optionnel« . Elle a rappelé que « l’UE et les Etats Membres sont prêts à fournir tout support nécessaire à la mission d’observation » de l’ONU. Une « Situation Room » avec les Etats de la Ligue Arabe a ainsi été créée « pour améliorer les communications » et « nous fournissons une formation pour développer leur analyse et leur capacité à répondre aux situations de crise« . Elle a ensuite passé en revue les différents instruments de négociation mis en place.

Soutien aux réfugiés

Le soutien aux pays voisins est important et Catherine Ashton félicite la Turquie qui a fourni une réponse « rapide et professionnelle » aux 25 000 réfugiés syriens sur son territoire. Elle a affirmé s’être réunie avec la Plateforme de Crise (Crisis Platform), qui regroupe « tous les services pertinents du SEAE et de la Commission » (*). Par ailleurs, elle a déclaré travailler étroitement avec chaque Etat Membre afin d’obtenir « une réponse coordonnée de l’UE« .

Sanctionner

Là aussi, elle a évoqué les sanctions contre le régime: « la dernière vague de sanctions a été acceptée lors du Conseil Affaires Etrangères du 23 mars et nous travaillons sur une nouvelle vague« . Par ailleurs, toute coopération avec le gouvernement syrien a été coupée, tout en maintenant l’aide humanitaire et le soutien aux étudiants, à l’opposition et aux défenseurs des droits de l’homme.

... Mais laisser ouvert la délégation à Damas

Enfin, il est nécessaire de garder la délégation de l’UE à Damas ouverte, « tant que la situation sécuritaire le permet« . Il s’agit à la fois d’être sur place pour mieux etre au courant de la situation, d’être près de la population ainsi que de permettre aux Etats Membres qui ont suspendu les activités de leurs ambassades de maintenir un certain contact ( Espagne, Italie, Belgique et Pays-bas).  Catherine Ashton a terminé son intervention en encourageant l’opposition syrienne à développer une « vision commune sur l’avenir de la Syrie » qui inclurait tous les syriens sans distinction.

(*) (ECHO (DG aide humanitaire), DEVCO (DG développement), CMPD (Crisis Management and Planning Department), Crisis Coordinator, CPCC (Civilian Planning and Conduct Capability), EUMS (Etat Major de l’UE) et le réseau de délégations)

De retour de Libye, les eurodéputés appellent l’Europe à accélerer le mouvement. Une mission DDR/SSR ?

visite en Libye, 13 février 2012 (crédit : PE / Arnaud Danjean)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) A quelques jours de la célébration du premier anniversaire de la « révolution libyenne » (le 17 février), une mission du Parlement européen était en Libye durant plusieurs jours.

Une visite très instructive pour les cinq eurodéputés de la sous-commission Défense (*) qui ont pu rencontré les principaux responsables politiques du pays : le Président du Conseil National de Transition, Abdul Jalil, puis le Premier Ministre et les principaux membres du gouvernement libyen, ainsi que le chef d’Etat major de la nouvelle armée libyenne. La mission ne s’est pas contentée d’aller à Tripoli. La délégation s’est également rendue à Benghazi, lieu d’origine de la rébellion, pour rencontrer les chefs tribaux & membres du CNT. Et, en début de mission, des entretiens ont eu lieu avec les acteurs internationaux ainsi que les « brigades » de Zintan & Misrata.

A son retour de mission, B2 a pu s’entretenir – d’abord par téléphone puis de visu – avec Arnaud Danjean, le président de la sous-commission Défense, qui a bien voulu nous confier ses impressions, sur ce qu’il a vu sur place, « impressions globalement partagées par les autres membres de la délégation », précise-t-il.  L’eurodéputé soutient également pour une présence plus développée de l’Union européenne dans le pays, notamment au plan de l’assistance aux réformes de sécurité, à la démocratie et à la santé.

La situation sécuritaire, maitrisable – la démocratie, un défi culturel

Pas de chaos, mais un risque futur

Concernant la sécurité, « Je n’ai pas trouvé le chaos décrit parfois. On n’est pas réveillé toutes les nuits par des tirs de katiouchas ou de kalachnikovs » a expliqué l’eurodéputé à B2. Certes « Les Katibas quadrillent le terrain. Et aucune ne veut désarmer avant l’autre, sans d’avoir des garanties de transition politique. On se retrouve donc plutôt avec une juxtaposition de milices armées qui tirent leur légitimité des combats et se partagent le terrain. Mais on assiste peu de clashs entre elles, peu d’affrontements. Il y a beaucoup de sensationnalisme. » « Cela peut arriver bien sûr. La situation n’est pas satisfaisante sur la sécurité intégrée, l’armée et la police partent de zéro. C’est tout le défi de réintégrer ces ‘katibas’ dans les structures régulières. »

Pour une situation post-conflit, c’est raisonnable

L’eurodéputé – qui en a vu d’autres -, relativise d’ailleurs l’effet de désordre parfois décrit. « Par rapport à d’autres situations post-conflit, au chaos qu’on a trouvé en 2001 et qu’on trouve toujours en Afghanistan, ou au Kosovo, en 1999, après le retrait des Serbes, on est en Libye dans le domaine du raisonnable. »

Son atout, sa richesse

Et, puis, la Libye a un énorme atout. « C’est un pays riche. Et çà se sent. Même si cette richesse est mal répartie, surtout en matière d’infrastructures. Ainsi si Tripoli et sa région sont assez bien dotées en eau et électricité, l’Est du pays avec Benghazi, l’est moins. (…) C’est un grand pays géographiquement avec peu d’habitants. »

Le déficit de culture démocratique

En revanche, sur le plan démocratique, nous sommes face à un problème vraiment culturel. « Il n’y a jamais eu en Libye d’élections, même factices. Il y a un manque ce qu’est un débat démocratique, une campagne électorale. Deux générations de Libyens ne savent même pas ce que c’est que mettre un bulletin dans une urne. » Malgré, tout, il y a une société civile vivante. Beaucoup de gens sont engagés, il y a des médias. On sent une effervescence mais aussi une absence de savoir faire qui reste criant. Il y a une grande soif de liberté. Mais ils ne sont pas habitués humainement à cela » « Comment faire fructifier cette liberté retrouvée, ce besoin démocratique, c’est toute l’ampleur de ce défi. »

L’influence islamiste, réelle mais difficile à saisir

C’est un défi, reconnait Arnaud Danjean. « Saisir la réelle influence islamiste » est une difficulté. Car « Beaucoup avancent masqués » Cette influence existe sans nul doute ; mais peut-être pas là où on le pense. « Il faut relativiser la puissance des Islamistes et leur influence. Ainsi l’influence de Abdelhakim Belhadj à Tripoli est sans doute surestimée. Toutes les autres milices nous disent que ce n’est pas un problème. Et qu’on peut « en finir » avec lui rapidement si nécessaire. »

En revanche, il est plus inquiet sur l’est du pays. « Benghazi est, sans doute, plus islamiste (NB : par tradition). C’est d’ailleurs un paradoxe. Car c’est de là où tout est parti. Et on y sent un bouillonnement libéral ». Attention cependant « Il y a un ressentiment à Benghazi, qui voient les Européens quitter la ville pour Tripoli, et redoutent d’être marginalisés dans l’avenir comme ils l’avaient déjà été dans le passé sous Kadhafi. Il faut faire attention à ne pas laisser développer une amertume. (Sinon) les islamistes pourraient rafler la mise ».

Ce que peut faire l’UE : les cinq recommandations des eurodéputés

(crédit : PE / Arnaud Danjean)

Les eurodéputés comptent écrire à la Haute représentante, Catherine Ashton, pour lui demander d’agir de façon plus déterminée et d’accélérer la réflexion sur ce qui peut être fait aujourd’hui en Libye. La plus urgente des tâches est la mise en place d’une mission légère de démobilisation et réintégration pour la police et l’armée (DDR) comme de structuration des administrations de sécurité (SSR). « C’est maintenant qu’il faut accompagner la transition en Libye, au niveau démocratique et de la sécurité. On a été très présent lors de la crise ouverte. Maintenant que cette crise étant moins présente, il serait abberrant de ne pas être présent ». Mais il y a d’autres tâches également à effectuer, notamment au plan démocratique et de la société civile

1. Mission d’assistance à la démobilisation et à la structuration administrative (DDR/SSR).

« La juxtaposition de katibas peut dégénérer. Même si elle n’est que potentielle, la menace demeure. Il nous semble urgent, d’aider les Libyens dans la transition. » Une mission européenne devrait assister les Libyens dans le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) – « même si c’est une DDR atypique » – de réforme des structures de sécurité (SSR), et « surtout les aide à structurer leur administration ». Le tout pour répondre à l’hiatus libyen « On a des gens plutôt bien qualifiés au niveau politique supérieur — le chef d’Eat major sait de quoi il parle, le Vice Premier ministre est très bon — des gars sur le terrain motivés. Mais il n’y a pas d’administration, pas d’échelon intermédiaire. Jusqu’à présent, tout était centré autour de la personne de Kadhafi, il n’y avait pas d’administration. C’est çà qu’il faut reconstruire. C’est un défi. (…) Il y a un véritable besoin d’une force de police, cohérente, structurée, loyale, étatisée. » 

Cette mission européenne pourrait être légère : « une quarantaine de personnes au plus, des civils de bon niveau, des experts en matière de police ou d’administration (des préfets par exemple). Il n’y a pas besoin de beaucoup de personnel. » Et d’ailleurs, une bonne partie de l’assistance pourrait se dérouler hors de Libye. « Certains Etats pourraient contribuer en accueillant dans leur académie policière et militaire de quelques cadres libyens ou en envoyant des formateurs ». Mais pour les eurodéputés, cela doit être une « mission de la PSDC » (la politique européenne commune de sécurité et de défense commune). « Il faut avoir un pilotage politique fort et une certaine cohésion que seule apporte une mission PSDC ».

L’eurodéputé avertit. « Il n’y aura pas de boots on the ground. » C’est un point fondamental pour les Libyens, il importe de « veiller à bien préserver la souveraineté des Libyens. Les Libyens sont très soucieux (sur ce point). Il y a une grande susceptibilité dans l’appropriation du processus. On ne peut rien faire sans qu’ils ne nous le demandent expressément. Il faut être très attentif à cela. »

2. La gestion des frontières

Décidée à la conférence de Paris – où les Européens se sont vus confier par la communauté internationale et l’ONU cette fonction – la mission avance « lentement ». « Un processus « très lent », à la fois du fait des Européens et des Libyens. Des premières missions d’évaluation et d’expertise « sont sur le terrain actuellement ». Mais le résultat ne sera pas connu « avant mai ». Et on ne peut espérer un démarrage de la mission « avant juillet » (NB : en étant très optimistes). « C’est un enjeu très lourd. » Il faut « accélérer le mouvement » soulignent les eurodéputés.

3. Un consulat européen à Benghazi.

« Au niveau des Etats membres et du service diplomatique, il faut réfléchir à maintenir une présence européenne, que ce soit par quelques Etats ou de manière multilatérale. Le bureau technique de l’Union européenne a fait un excellent travail. Pourquoi ne pas transformer cet essai en créant une structure regroupant les diplomates européens et des Etats membres, dans un consulat européen à Benghazi pour la zone Schengen. » C’est un geste politique mais répond aussi à un besoin très concret. « Pour les habitants de Benghazi, c’est compliqué et couteux d’aller à Tripoli pour obtenir un visa vers les pays européens. »

4. Assistance démocratique et électorale

Il faut assister et encourager la société civile vers la démocratie Les élections sont prévues pour juin. « Quatre mois cela peut paraître court. Mais on est actuellement dans un vacuum démocratique. Peut-on tenir longtemps sans une légitimité démocratique. Il faut un processus de légitimation démocratique rapidement. » Les Libyens sont « d’accord sur cette mission. Ils veulent même qu’elle soit installée très tôt, très en amont, pour assister le débat démocratique et aider à la culture démocratique ».

5. La santé

Il y a eu « énormément de blessés. Et des villes comme Misrata ont juste 30 lits d’hôpitaux. » Du coup, se développe en Libye, « une contrebande d’exportation médicale » « Beaucoup de Libyens nouent avec des pays européens des accords. Tout çà n’est pas centralisé et donne lieu à un certain trafic. » Il faut donc mettre un peu d’ordre. Il y a sans doute aussi « une aide d’urgence à accorder. Et des infrastructures dans le secteur hospitalier à développer. »

(*) La délégation était composée de A. Danjean (PPE, France, président de la sous-commission défense), A. Gomes (S&D, Portugal, rapporteur « Libye »), Jelko Kacin (ALDE, Slovénie), Pier Antonio Panzeri (S&D, Délégation UE-Magreb),  José Ignacio Salafranca (PPE, Espagne, coordinateur PPE aux Affaires étrangères).

L’Europe ne doit-elle pas mettre en place une EUMM / EUBAM Libya ?

(BRUXELLES2) La situation en Libye reste floue près de plusieurs semaines après le début des évènements. Et la situation dans certaines frontières pourrait déraper rapidement. De nombreuses régions échappent à l’écran « radar » de l’actualité politique et médiatique concentrée sur Benghazi et Misrata. Que ce soit dans des pays à l’écart des routes habituelles de circulation (Soudan, Niger, Tchad) ou dans des pays plus proches (Tunisie, Egypte) qui reçoivent la plupart des personnes déplacées suite au conflit (libyens ou travailleurs étrangers), il pourrait ainsi être intéressant d’avoir des postes d’observation « robustes ». Ne serait-il pas nécessaire que l’Union européenne opte pour une approche plus déterminée, et globale, en déployant sur le terrain une mission, civile, d’observateurs près des frontières libyennes. La question mérite d’être posée aujourd’hui. Et ce serait sans doute plus adéquat qu’une mission EUFOR Libya qui semble hypothétique.

Pour quoi faire ?

Cette mission pourrait avoir trois types de fonction : l’observation, le contrôle, la formation.

L’observation n’est pas toujours un rôle facile. Mais cela permet de rapporter de l’information en direct sur la situation dans des zones peu couvertes par ailleurs. Le simple fait d’avoir des éléments extérieurs ne permet pas de supprimer des points de conflit. Mais il est un gage important d’apaisement et surtout de détection précoce de sources de tension. Cette fonction peut être utile si un cessez-le-feu localisé ou généralisé est proclamé, pour l’observer.

Le contrôle de certains points de passage pourrait être aussi nécessaire. On serait ici dans le plein cadre des résolutions 1970 et 1973 des Nations-Unies sur le contrôle de l’embargo sur les armes ainsi que la venue de mercenaires. Elle permettrait ainsi d’en savoir plus et de démentir (ou confirmer) certaines rumeurs persistantes.

La formation et le « construction building » serait le troisième pôle de cette mission. Elle pourrait concourir à la stabilité de régimes faibles comme le Niger ou en mouvement comme la Tunisie.

Les fonctions conférées à la mission pourraient varier selon les pays où les « observateurs » seraient placés, voire évoluer au fil du temps.

A quels endroits ?

Ce déploiement pourrait, raisonnablement (raisons politiques et pratiques) se déployer dans deux zones principalement : le sud tunisien, l’ouest égyptien et l’est libyen (Maghreb), le nord nigérien et le nord tchadien (Sahel). Dans le premier déploiement, on est davantage dans une logique stabilisation / construction building / formation. Dans le second déploiement, la logique contrôle / stabilisation / construction building l’emporte.

Pour être complet, un déploiement aux frontières devrait concerner également les frontières nord soudanaises et est algérien. Si d’un point de vue opérationnel, l’Algérie serait un pays intéressant pour se déployer, il serait étonnant que le gouvernement accepte le déploiement d’observateurs européens.

Avec qui ?

Cette mission pourrait se déployer avec le concours de la Ligue arabe dans son volet Maghreb et avec le concours de l’Union africaine dans son volet Sahel. Ce qui aurait ainsi un avantage : impliquer l’Union africaine qui, actuellement, se confronte plutôt qu’elle rejoint les propos européens. Il est pas interdit de penser que certains autres pays tiers pourraient se joindre à cette mission comme les pays des Balkans.

L’Europe de la défense manque de visibilité sur la Libye, Ana Gomes

Crédit: Europen Parliament/P.Naj-Oleari

(BRUXELLES2) Venu parler de l’action de l’Europe de la défense sur la Libye, et en particulier d’EUFOR Libya, le secrétaire général adjoint du SEAE, Maciej Popowski, n’avait pas la tâche facile en se déplaçant à la salle 1G3 du Parlement européen ce mercredi après-midi.

Venir expliquer aux eurodéputés que les 27 ont, certes, décidé d’une action « EUFOR Libya » mais que celle-ci est pour l’instant « au frigo », est tout sauf populaire et crédible. Et les 20 minutes de retard n’ont pas vraiment aidé à mettre les eurodéputés de bonne humeur. Quand le diplomate est arrivé dans la salle, les eurodéputés étaient chauds comme une… baraque à frites ! Le vert allemand Richard Bütikofer a résumé l’échange en un tweet ravageur : « Ridiculous presentation : no information; unclear goals; duplication with NATO ».

Pourquoi pas une mission EUBAM ou EUMM aux frontières ?

« L’Union européenne a perdu une bonne occasion de s’affirmer, de devenir visible sur la sécurité et de défense commune » a précisé Ana Gomes. La députée socialiste portugaise est particulièrement remontée devant la faiblesse de la prestation européenne. Je lui ai demandé, après la séance, de préciser pourquoi autant de courroux ? Réponse : « Je ne comprends pas comment l’Union continue à parler d’une mission de soutien militaire alors qu’on nous affirme qu’elle ne pourra agir que sur requête de l’OCHA et qu’on sait que l’OCHA ne demande rien. (…) Nous avons l’obligation de mettre en application l’embargo depuis la première résolution du Conseil sécurité (1970) votée le 26 février. Qu’attend-on pour mettre en place une mission de surveillance ou d’observation aux frontières de cet embargo, type EUBAM ou EUMM ? »

Il faut répondre aux besoins et venir en aide rapidement à Misrata

M. Popowski nous répond que « les Etats membres sont très divisés. Je pourrais comprendre la réponse si Me Ashton avait pris une initiative, en vertu de ses pouvoirs de Lisbonne, ai proposé une mission et se soit heurtée au refus des Etats membres. Mais ce n’est pas le cas. Elle n’a pris aucune initiative. » Et l’eurodéputée de conclure : « Il faut répondre aux besoins quand ils existent, venir en aide à Misrata rapidement et de façon limitée, il ne faut pas attendre ».

NB : on peut remarquer la quasi-unanimité au sein de la sous-commission Défense, sur ce sujet, à l’exception de Geoffrey Van Orden, député Tory et ancien brigadier de la British Army, qui bataille régulièrement pour la destruction de la PeSDC avec un tel humour qu’il nous ravit à chaque fois qu’il prend la parole (même si je ne partage pas tout à fait… le fond de son discours).

Le chef d’EUMM Georgia prolongé pour un an

(BRUXELLES2) Le chef de la mission européenne d’observation en Géorgie (EUMM), Hansjörg Haber, est prolongé d’un an par le COPS (Comité politique et de Sécurité) de l’Union européenne (jusqu’au 15 septembre 2011).
Nommé au démarrage de la mission, en septembre 2008, il dirigera une équipe de 430 personnes : 330 experts internationaux (dont la plupart, 299, détachés par leur Etat membre) et une centaine d’employés locaux (le COREPER ayant accepté le recrutement d’une trentaine de personnels supplémentaires, essentiellement pour la traduction et le nettoyage).

(Nicolas Gros-Verheyde)

La mission EUMM Georgie recrute 30 observateurs supplémentaires

(B2) La mission d’observation de l’Union européenne en Géorgie (EUMM) recrute une quarantaine de personnes, essentiellement en détachement, mais avec quelques postes en contractuel – des observateurs essentiellement mais aussi des conseillers et officiers de liaison.

Voici la liste des postes (en anglais) :
Seconded/Contracted:
• 1 Legal and Financial Controller
• 1 Chief Procurement Officer
Seconded:
• 1 Press & Public Information Officer
• 1 Legal Adviser
• 1 Military Liaison Officer
• 1 Watchkeeper
• 2 Reporting Officers
• 28 Field Monitors
Autres renseignements ici – date limite = 7 avril

NB : EUMM a obtenu une petite rallonge budgétaire de 2,1 millions d’euros afin de mener des missions complémentaires, notamment autour des questions de mixité ethnique et du respect des minorités en Géorgie. Trois équipes, composées de 20 personnes chacune, sont concernées par cette reconfiguration : celle des droits de l’homme, des services policiers et des affaires
humanitaires.

 (NGV)

Accord sur la limitation de la présence militaire près de l’Ossétie

(B2)La Mission d’observation de l’Union européenne (EUMM) en Géorgie et le ministère de la Défense de Géorgie ont signé, lundi 26 janvier, un protocole d’entente qui prévoit certaines restrictions aux mouvements des forces armées géorgiennes à proximité des lignes de la frontière administrative d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ainsi qu’un mécanisme d’information préalable vers l’EUMM.

Ce protocole d’entente « permettra de stabiliser la situation le long des lignes de la frontière administrative » explique-t-on à l’EUMM. « Il contribue à la mise en œuvre du plan en six-points (dit plan Sarkozy-Medvedev), qui exige qu’il n’y ait pas de recours à la force ». Pour le chef de l’EUMM, l’ambassadeur allemand Hansjörg Haber : «Cela répond à l’idée les forces militaires devront fonctionner selon les principes de transparence et de prévisibilité. C’est un pas dans la bonne direction. Ce (geste) unilatéral du gouvernement géorgien va dans le sens d’une désescalade et d’une prévention des tensions. » « Cela ne signifie aucunement une reconnaissance diplomatique du statu quo. » a-t-il aussitôt ajouté.

Le chef de l’EUMM a aussi espéré que la Russie « étudiera avec attention cet accord, dans un esprit positif. Si la Russie décidait de répondre, de manière réciproque, cela améliorerait la sécurité et la stabilité. J’en suis sûr ».  Pour Haber, il faut notamment que « la Russie fournisse des éclaircissements sur le nombre total de ses forces à l’intérieur de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud (et) de ses forces basées à la proximité immédiate des lignes de la frontière administrative. Il ne peut y avoir une stabilité réelle, que si les deux parties y contribuent. ».

(NGV)

Vers une mission européenne en Géorgie: EUMM Georgia ?

(BRUXELLES2) Les 27 ambassadeurs membres du comité de politique et de sécurité (COPS) se retrouvent, le 26 août, sur la crise géorgienne. Comme les précédentes rencontres depuis plus de trois semaines – le 12 août (pour préparer le conseil des ministres des Affaires étrangères) et le 19 août (pour faire un état des lieux de la situation) – c’est la Géorgie qui sera au centre des discussions.

Un premier document conjoint Commission – Conseil a été distribué, le 19 août, dressant les principales pistes possibles. Parmi celles-ci figurent :

• A très court terme, le renforcement du bureau du Représentant spécial de l’UE à Tbilissi, le Suédois Peter Semneby et du « Border support Team » (BST) déjà en place. Environ une demi-douzaine de personnes (on parle de six à huit), des conseillers politiques essentiellement, pourraient ainsi être envoyées très rapidement (dans les jours qui viennent = ce pourrait être une décision du Conseil européen). Ce qui nécessite, formellement, de modifier l’action commune (qui date de 2003) afin notamment de mettre une rallonge budgétaire.

• Le renforcement de la délégation de la Commission européenne à Tbilissi et du Sitcen, le centre de renseignements de l’UE, par des experts nationaux détachés des Etats membres spécialistes des pays du Caucase.

• A moyen terme, une « mission européenne de surveillance » pourrait être déployée, sur le modèle de celles déployées en ex-Yougoslavie ou à Aceh (Indonésie). Les différents comités compétents du Conseil (Relex, Coest…) cogitent actuellement de même que l’Etat-Major de l’UE et le nouveau CCPC.

Les experts doivent, en effet, envisager des réponses à un certain nombre de questions (liste non limitative) :

– Si l’UE envoie une mission, la nature de la mission: civile ou militaire, voire… civilo-militaire ?
– le contexte de la mission : mission PESD montée en coopération / liaison avec celle de l’OSCE ? Sur la base une résolution de l’Onu ? Ou en propre (avec invitation de la Géorgie) ?
– le financement : si c’est une mission civile, c’est le budget communautaire – dans sa ligne « Pesc – relations extérieures » – qui est mis à contribution (le Parlement européen doit voter une augmentation de budget); si c’est militaire ce sont les Etats membres, avec pour partie un mécanisme de solidarité (Athena) (1);
– la base juridique de la mission : nouvelle décision (pour une mission « Pesd » en propre), ou modification de l’Action commune déjà en cours
– le nombre de personnes affectées à cette mission et le budget ;
– le mandat détaillé de la mission : surveillance des frontières, signalement des violations du plan de paix (mais lequel), surveillance des droits de l’homme, protection des minorités, rapports d’alerte au Conseil et aux belligérants;
– la nature de la coopération avec les belligérants : la Géorgie et, surtout, la Russie,  etc.

Le mandat de la mission pourrait être « calé » sur deux missions antérieures européennes :

– le plus proche dans le mandat et le contexte géopolitique – mais le plus lointain dans le temps est – la mission EUMM de surveillance en ex-Yougoslavie qui avait pris le relais, en 2001, de ce qui fut la première mission PESD avant la lettre: la mission d’observation de la Communauté européenne en ex-Yougoslavie (ECMM), entamée… en 1991 (lire : Les premiers « morts en mission » de l’UE, c’était il y a 20 ans). Elle était particulièrement chargée de surveiller les frontières, nées des différents conflits entre républiques ex-Yougoslaves. Composée de 120 observateurs, 26 Etats européens y participèrent au final (UE-25 + Norvège), cette mission avait pour objectif:

  • a) de suivre l’évolution de la situation politique et en matière de sécurité dans la zone relevant de sa compétence;
  • b) d’accorder une attention particulière à la surveillance des frontières, aux questions interethniques et au retour des réfugiés ;
  • c) d’établir des rapports analytiques sur la base des instructions reçues ;
  • d) de contribuer à l’alerte rapide du Conseil et à l’instauration de la confiance, dans le cadre de la politique de stabilisation menée par l’Union européenne dans la région; etc.

– la plus proche dans le temps, mais dans un contexte un peu différent, est la mission AMM à Aceh en Indonésie – chargé de surveiller l’application de l’accord de paix entre le gouvernement indonésien et le mouvement « Aceh Libre » (voir l’action commune). Cette mission avait surtout pour objectif de : a) surveiller la démobilisation du GAM et son désarmement; (…) c) la situation des droits de l’homme ; (…) g) les violations présumées du mémorandum d’entente et les plaintes en la matière ; h) établit et maintient des liens et une bonne coopération avec les parties.

Coté coopération internationale, la mission devra s’appuyer sur deux autres internationales actuellement sur place :

– la mission de l’Onu en Géorgie, la Monug, déployée en Abkhazie qui comporte la participation de militaires, dont 60 environ provenant d’un pays de l’UE, mais dont le mandat est plus limité que ce que pourrait être une mission PESD (voir son dernier rapport : Géorgie: des contrôleurs plus efficaces que les actuels observateurs?).

– la mission de l’OSCE en Géorgie.

En toile de fond de toutes ces discussions figure le contexte géopolitique : si on ne peut avoir un accord officiel des Russes au déploiement de ces missions, l’UE devra obtenir leur accord tacite. Il faut aussi que les Européens évitent d’accréditer que la limite « Géorgie-Ossétie du Sud » est une frontière internationale, et entériner ainsi une « ligne verte » intangible. Il faut aussi une force de maintien de la paix (dans son mandat de force), qui puisse travailler, sans un plan de paix, des deux cotés d’une frontière (Géorgie-Ossétie). Enfin, il faut (paraître) s’imposer face aux Russes sans (paraître) les brusquer. Le chemin est donc délicat…

(1) La logique voudrait que ce soit une mission civile – même si elle sera composée de militaires – ou civilo-militaire, donc avec une bonne part de budget communautaire. On verra alors si le Parlement européen  acceptera  de voter une rallonge budgétaire,  à hauteur de son discours très engagé et interventionniste, au budget « relations extérieures – missions civiles de
la PESD », déjà bien ponctionné par la mission Eulex Kosovo.

(NGV)

Crédit photo : Conseil de l’UE (Peter Semneby)