Libération d’une femme otage des pirates somaliens

(B2) Au bout de deux ans de captivité, une femme kenyane a été libérée ce week-end par des pirates somaliens. Lois Njeri Weru avait été prise en otage par des pirates somaliens en novembre 2014 pendant qu’elle effectuait une livraison de médicaments en Somalie, indique CCTV Afrique. C’est important de le souligner car dans les décomptes officiels des otages des pirates somaliens ne sont pas décomptés tout le monde. Si les marins des navires marchands ou pêcheurs naviguant dans l’Océan indien sont normalement libres (lire : Les 26 derniers marins otages des pirates somaliens libres !), il y aurait encore dix Iraniens et quatre Kenyans aux mains des pirates en Somalie selon l’ONG Ocean Beyond Piracy.

(NGV)

C. Stylianides à Dadaab (crédit : CE)

Les besoins augmentent. Il faut réfléchir à d’autres financements, privés (Christos Stylianides)

C. Stylianides à Dadaab (crédit : CE)

Chrystos Stylianides à Dadaab (crédit : CE)

(B2 à Dadaab) Depuis 25 ans et le début du conflit somalien, le Kenya et la Somalie doivent gérer une crise des réfugiés. Le commissaire européen à l’Aide humanitaire a voulu se rendre compte sur le terrain avec les acteurs internationaux. Présent sur place, dimanche à mardi (19 au 21 janvier 2016), Christos Stylianides a voulu réaffirmer la mobilisation de l’Europe. Dans un entretien exclusif avec B2, à Dadaab (au Kenya), il évoque, aussi, face à l’augmentation des besoins, la nécessité de trouver d’autres sources de financement, notamment privées.

Vous êtes à Dadaab, considéré comme le plus grand camp de réfugiés du monde. Un camp créé il y a 25 ans. Est ce que cela a encore du sens qu’un camp de réfugiés existe si longtemps ? 

Dadaab est le symbole d’une solution temporaire pour réfugiés qui, jour après jour, devient une solution permanente. Cela renforce ma conviction que chaque crise soit appréhendée dans toute sa globalité et qu’un réel dialogue politique s’instaure le plus vite possible pour amener la paix. Car quand vous décidez de fuir votre pays, c’est très difficile d’y retourner.

« La situation humanitaire reste très critique »

La crise somalienne semble évoluer de façon positive. Une évolution tenable ?

L’évolution de la situation sur le terrain montre, en effet, des signes positifs au regard de la crise des réfugiés, je pense notamment au programme de rapatriement de réfugiés somaliens. En Somalie, le projet d’accord vers un nouveau processus électoral progresse. Mais la situation humanitaire reste, elle, très critique. Près de cinq millions de personnes ont toujours besoin d’une assistance humanitaire. Et plus d’un million de Somaliens sont toujours déplacés à l’intérieur du pays.

La menace terroriste d’Al Shabaab reste forte. Le lendemain de votre visite en Somalie, une nouvelle attaque a frappé des civils à proximité de Mogadiscio. La semaine précédente, des soldats kenyans, engagés depuis 2011 ans dans le cadre de l’AMISOM (mission de l’Union africaine), ont été visés…

Ce regain de violence est sans doute le signe que le développement d’une solution politique en Somalie dérange Al Shabaab. Au travers de cette attaque, ils essayent de retarder ou défaire ce processus essentiel pour rétablir une paix longtemps attendue. La seule à même d’apporter une solution à la crise humanitaire que vit ce pays.

« Le caractère volontaire du retour des réfugiés somaliens
 (doit être) absolument respecté »

Vous avez évoqué le plan de rapatriement. Vous avez justement rencontré des Somaliens quelques minutes avant qu’ils prennent un bus pour quitter le camp de réfugiés de Dadaab au Kenya pour retourner en Somalie. Aviez-vous besoin d’être rassuré ? 

Ce programme de rapatriement résulte d’un accord tripartite entre la Somalie, le Kenya et le Haut commissariat aux réfugiés (UNHCR). La réussite de sa mise en œuvre suppose que le caractère volontaire du retour des réfugiés somaliens soit absolument respecté. J’ai pu le vérifier. Ensuite, en tant que commissaire à l’aide humanitaire, il m’importe que ces réfugiés puissent disposer, à leur retour, des services sociaux et d’éducation minimum. C’est ce que nous devons continuer à soutenir.

Près de 6000 Somaliens ont pris cette décision ces derniers mois. Est-ce un exemple pour d’autres situations notamment les Syriens en Europe ? 

Je ne crois pas. Il est difficile de faire le parallèle avec d’autres situations, notamment en Syrie. Les conditions sont très différentes ici. Pouvons-nous croire que pour la majorité des réfugiés syriens ayant trouvé refuge en Europe, au Canada ou ailleurs, le retour dans leur pays sera si simple ? Je n’en suis pas certain.

Quelle est l’aide européenne débloquée aujourd’hui ?

Nous avons donc décidé de débloquer une nouvelle aide de 29 millions € pour les Somaliens. Un montant qui s’inscrit dans un effort plus vaste. En 2016, l’Union européenne consacre 77 millions d’euros à la crise humanitaire de la Corne de l’Afrique. 17 millions serviront à l’aide d’urgence pour les plus vulnérables au Kenya (nourriture, soins de santé, eau, assainissement et hygiène, logement, protection et éducation dans les situations d’urgence).

Vous citez l’éducation en situation d’urgence. C’est une nouvelle priorité ? Qu’est ce que cela signifie concrètement ?

Je prendrais un exemple pour l’illustrer, celui de la crise syrienne. Lors de ma première visite en tant que commissaire européen, dans la vallée de Bekaa, au Liban, j’ai vu que la majorité des enfants réfugiés n’étaient pas scolarisés. Plus précisément, nous avons évalué à 80% le nombre de ces enfants n’allant plus à l’école. C’est pourquoi nous avons cherché, avec des partenaires, un moyen d’y remédier. Nous avons mis en place des écoles informelles, mais en collaboration avec les autorités puisque nous utilisons leurs locaux. Dans cette vallée, nous avons déjà réussi à diminuer le nombre d’enfants n’allant pas à l’école, de 80 à 50 %. La philosophie de l’éducation en situation d’urgence, c’est donc cela : quand la situation est telle que l’accès ordinaire à l’école n’est plus possible, nous devons absolument trouver des solutions pour surmonter ces difficultés. L’accès à l’éducation en situation d’urgence est un problème autant qu’un enjeu majeur. Comme je l’ai dit à des jeunes filles et garçons du camp de Dadaab, c’est grâce à l’éducation que chacun doit pouvoir construire son avenir, résister à la radicalisation.

« Je suis persuadé que nous devons aller chercher 
du coté du secteur privé » de nouveaux moyens

La crise des réfugiés a provoqué une forte hausse du budget humanitaire. Les ONG craignent que cela ne soit aux dépens de l’aide humanitaire en 2016. Ont-elles raison d’avoir peur ?

Nous faisons face à une réalité. Face à une multitude de contextes instables, les besoins augmentent, jour après jour. Et, malheureusement, les fonds diminuent…

…même ceux de l’Union européenne ?

Oui, nos ressources ne sont tout simplement pas illimitées. Je travaille pour trouver les moyens de dépasser cette équation qui ne peut plus tenir. Je suis, pour ma part, persuadé que nous devons aller chercher du coté du secteur privé. Nous devons réfléchir à un nouveau cadre d’instruments mondiaux qui favoriserait l’engagement du secteur privé au regard de ses responsabilités sociales.

Ces nouvelles ressources, ce sera l’un des enjeux du sommet humanitaire mondial d’Istanbul en mai prochain ? 

Nous devons mettre à profit ce sommet pour améliorer l’efficacité dans la réponse aux crises, ce qui suppose l’engagement d’un plus grand nombre de donateurs. Nous devons améliorer la protection des personnes vulnérables, ainsi que des acteurs humanitaires. Ce sont les objectifs sur lesquels je me concentre.

(Propos recueillis par Emmanuelle Stroesser, à Dadaab)

© ES / B2

Camp de Dadaab. En partance vers le retour en Somalie

© ES / B2

© ES / B2

(BRUXELLES2) Fin janvier 2016, 7211 somalis réfugiés au Kenya sont repartis en Somalie dans le cadre de l’accord de rapatriement lancé un an plus tôt

La plupart étaient arrivés au camp de réfugiés de Dadaab en 2011 ou les mois suivants, fuyant le chaos somalien et la famine. Certains sont arrivés et repartent seuls, comme ce jeune homme, 21 ans à peine, qui explique préférer retrouver sa famille, car ici, son projet d’étudier et trouver du travail est impossible, les conditions de vie trop dures. Cinq ans qu’il vivait ici, « pas de quoi être fier » lâche t-il.

Mohamed Ali Mukhtar, 27 ans, l’un de ses 4 enfants sur les genoux, vit ce retour comme une chance de rebâtir une maison. Mariama est une vieille femme, c’est avec sa fille et sa mère qu’elle va retourner au pays. Elle vient de Mogadiscio mais a choisi Kismayo comme destination. Elle a reçu des nouvelles de là bas qui lui font penser « que les choses ont changé », qu’elle pourra y reprendre une vie pastorale et mieux nourrir sa mère âgée. Elles laisseront au camp le souvenir douloureux de la perte d’une autre fille, seize années de vie ici.

Départ vers la SomalieRetours volontaires et accompagnés

 

Les regards sont attentifs, l’attente calme sous ce toit de tôle sous lequel la température commence à monter, le vent incessant. Le commissaire européen à l’aide humanitaire, Christos Stylianides, en visite le 20 janvier 2016 au camp de Dadaab, échange quelques mots avec certains, s’inquiétant à chaque fois qu’ils ont bien choisi de partir, que personne ne les a forcé. Le bruit grandissant de moteurs perturbe la légère torpeur. Lorsque les cars vides arrivent, l’effervescence fait place. Les cinq cars colorés sont pris d’assaut par les réfugiés. Leurs bagages sont déjà entassés sur les toits. En quelques minutes à peine, chacun a trouvé sa place. Les enfants jouent aux fenêtres. Pour beaucoup de ces enfants, c’est la première fois qu’ils quitteront le camp, là où certains sont nés.

Dans des zones limitées

Pour cette année, chaque semaine, 600 réfugiés pourraient ainsi retourner en Somalie, soit par autocars, soit en avion, notamment pour Mogadiscio (quand les conditions le permettent). 

Tous bénéficieront d’un kit d’urgence (couvertures, lampe solaire,…), d’un pécule pour payer le transport une fois passée la frontière somalienne et rejoindre leur destination où ils bénéficieront d’un appui logistique et d’un soutien financier les premiers mois. Le HCR coordonne tout cela, avec l’appui d’ONG.

Kismayo, assez proche de la frontière somalienne, est la première destination choisie par les rapatriés. C’est l’une des 9 zones qui leur sont proposées. Dans ces districts, essentiellement situés dans le sud de la Somalie, l’aide humanitaire et l’aide au développement sont accessibles et réunissent donc les conditions d’un soutien à plus long terme pour les aider à se réintégrer dans les zones qu’ils avaient fuies.

RetourSomaliePanneauCampDadaab5761

Accord tripartite signé en 2013

C’est en novembre 2013, sur proposition du HCR, qu’un accord tripartite a été signé entre les gouvernements Kenyan, Somalien et le HCR pour ce rapatriement de réfugiés Somaliens volontaires. « Je suis arrivé à Nairobi le jour de l’attentat de Westgate (septembre 2013). J’ai rapidement compris que sans cadre juridique contraignant, nous risquions l’expulsion de somaliens par l’Etat Kenyan », explique Raouf Mazou, représentant du HCR au Kenya. Les critiques d’ONG seront virulentes, le climat politique vis à vis des réfugiés est en effet très rude (voir article les réfugiés au Kenya). Au sein même du HCR, l’accord fera débat, considéré par certains comme prématuré, mais il aboutit sur une signature. L’accord engage le gouvernement Kenyan à continuer à assurer l’asile aux réfugiés, et l’Etat somalien à faciliter le retour des réfugiés. Le HCR organise ces retours des volontaires. Au camp de Dadaab, un bureau d’accueil renseigne les réfugiés et accompagne ceux qui décident de franchir le pas.

Fragilisé en 2015

Dès le départ, le HCR n’a pas, comme dans d’autres pays, vraiment fait la promotion de ce programme auprès des réfugiés. Se contentant d’accompagner les personnes intéressées. Cela se justifie par les conditions encore précaires et incertaines de l’évolution de la situation en Somalie. Seules trois zones sont identifiées comme étant propices pour le retour de réfugiés. Les premiers mois, le programme de rapatriement ne brasse donc pas des foules.

L’accord a par ailleurs faillit capoter, lorsque le gouvernement kenyan a lancé sa politique d’enfermement des somaliens, au printemps 2015, suite à l’attentat du campus de Garrissa. Le gouvernement presse pour que le nombre de départs s’accélère. Menace même de fermer le camp (voir article sur les réfugiés au Kenya).

Soutenir le développement en Somalie

Le programme de rapatriement a démarré en décembre 2014. L’objectif, pour les six premiers mois de la phase pilote, était d’accompagner le retour de 10 000 somaliens, vers trois zones, identifiées alors comme accessibles et où les équipes pouvaient donc prendre le relais du HCR. Depuis juin 2015, six nouvelles zones (dont Mogadiscio), soit au total neuf, sont proposées aux réfugiés intéressés par un retour. Cela multiplie les possibilités donc.

En un an, près de 18 000 réfugiés sont venus se renseigner. A peine plus d’un sur trois a été jusqu’au bout. Plus que l’insécurité, c’est l’absence de services de base (sociaux, éducatifs) qui freine ces retours. « Les conditions d’origine sont telles que les gens peuvent difficilement rentrer en Somalie », explique Catherine Hamon Sharpe, du HCR.

Créer et soutenir la Somalie pour créer ces services de base, cela a été l’enjeu d’une conférence des donateurs à Bruxelles, en octobre 2015, où l’Union européenne avait pour sa part annoncé l’octroi d’une aide de 60 millions d’euros pour les réfugiés somaliens en Somalie et au Kenya. 50 millions d’euros devant servir à la « réintégration durable et pérenne, en Somalie, des réfugiés et des personnes déplacées, par exemple en renforçant l’accès aux services de base, en améliorant les moyens de subsistance et en réduisant la vulnérabilité dans les zones de retour et de départ ».

Autant de départs isolés

D’autres réfugiés sont retournés en Somalie par leurs propres moyens. Leur nombre serait équivalent au nombre de réfugiés rapatriés dans le cadre de cet accord. Depuis que ce plan a été lancé, en revanche, certains reviennent, pour pouvoir en bénéficier pour à nouveau repartir. Une situation ubuesque reconnait Raouf Mazou, représentant du HCR au Kenya, mais qu’il comprend. « Il n’y a pas de raison que nous ne les aidions pas », estime-t-il, coupant court au débat sur le risque d’appel d’air.

Globalement, beaucoup de ceux qui sont repartis n’étaient là que depuis 4 ans. Jusqu’à aujourd’hui, aucun de ces rapatriés n’est revenu, assure le HCR. Signe, selon l’organisation, que leurs décisions étaient bien réfléchies.

(Emmanuelle Stroesser)

DepartBusCampDadaab5737

CasquetteRefugieCampDadaab05772

Plus d’un demi-million de réfugiés au Kenya. De l’hospitalité à l’enfermement

CasquetteRefugieCampDadaab05772(BRUXELLES2) Le Kenya accueille plus d’un demi million de réfugiés. Exactement 593.881 fin 2015, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

Un examen de groupe ou individuel

Au Kenya, les Sud soudanais bénéficient du « prima facie », un droit d’asile de groupe. Dès lors que la personne est enregistrée, elle est considérée comme réfugiée. Cela a été étendu aux Somaliens du centre et du sud. Pour tous les autres, l’octroi du statut de réfugié est étudié de façon individuelle. 

Prochains rendez-vous … en 2018

Environ 20.000 personnes (Ethiopiens, Erythréens, Burundais) sont demandeurs d’asile, en attente d’une décision qui peut être très longue. Aujourd’hui, certains rendez-vous ne seront pas donnés avant 2018 ! L’explication est administrative. Pendant des années, le Haut commissariat aux réfugiés a instruit ces demandes pour le compte de l’état kenyan. Une tâche qu’il a continué d’assumer tout en organisant la transition. Il a formé des agents de l’État afin que ce dernier reprenne cette activité et redevienne maitre des décisions. 

Un processus mixte : gouvernemental / HCR

Depuis juillet 2014, la décision finale d’accorder ou non l’asile revient au commissaire du département des réfugiés. Le processus reste conjoint : un agent du HCR ou du gouvernement reçoit le demandeur d’asile. Puis le cas est révisé par le HCR avant une discussion conjointe HCR/département des affaires des réfugiés, précédent l’accord et la signature du commissaire. Tous les réfugiés reconnus depuis cette date ont donc un document officiel kenyan. Une carte d’identification délivrée par les autorités. Là où cela se complique, c’est que cette carte n’est pas encore connue de tous les agents de l’État, et notamment des policiers, qui ont vite fait de croire parfois qu’il s’agit d’un faux.

Campement policy

Depuis 2013, le gouvernement kenyan a durci sa politique. Le contrecoup de la dégradation des conditions de sécurité depuis que les forces kenyanes interviennent en Somalie. Et des premiers attentats revendiqués par le groupe terroriste Al Shabbab sur le territoire kényan, comme l’attentat du centre commercial de Nairobi (68 morts) en septembre 2013. La politique officielle est depuis lors celle du « campement policy » pour les réfugiés. Autrement dit, les réfugiés doivent vivre en camp, et nulle par ailleurs. Résider hors d’un camp est un délit.

En mars 2014, cette politique est réaffirmée avec la désignation, au journal officiel, des deux camps de Dadaab et Kakuma comme lieux de résidences obligatoires. L’enregistrement des demandeurs d’asile est désormais interdit dans les villes. 

Le « coup de balai pour rétablir l’ordre »

En avril 2014, les Somaliens sont les premiers visés par des opérations de sécurité visant à juguler criminalité et terrorisme. Plus crûment, le ministre de l’Intérieur parle d’un « bon coup de balai pour rétablir l’ordre ». Les interpellations se comptent par milliers, ciblant le quartier rebaptisé petit Mogadiscio de Nairobi. Les personnes sont regroupées dans un stade le temps de vérifier leurs papiers. Tout réfugié est renvoyé dans un camp (dont beaucoup reviendront plus tard). Le HCR n’obtient pas d’accéder au stade, malgré les demandes répétées.

Vives critiques des ONG

Cette politique radicale de chasse aux réfugiés provoque de vives critiques d’ONG mais aussi d’autorités judiciaires, dénonçant les atteintes aux droits fondamentaux, à la libre circulation et les exactions des forces de police. L’opinion publique, au départ très favorable, a commencé à douter et contester ces pratiques à mesure que les réseaux sociaux ont joué un travail d’information. L’opération est suspendue en juillet 2014.

Le HCR estime entre 6000 et 8000 le nombre de réfugiés « relocalisés de force » vers les camps de Kakuma ou Dadaab. Sans ménagement ni considération des liens familiaux pouvant expliquer la présence sur Nairobi, ni prendre garde de ne pas séparer des familles… Les ONG et le HCR ont du ainsi prendre en charge près de 300 enfants séparés de leur mère à Nairobi, précise Catherine Hamon Sharpe, adjointe au représentant du HCR au Kenya, en charge de la protection des personnes.

Aucun des Somaliens arrêté n’a été traduit en justice pour opération de terrorisme. Environ 350 somaliens seront expulsés en avion direction Mogadiscio. Des Congolais auraient également été expulsés mais sans que cette information n’ait pu être vérifiée, ni qu’aucun chiffre officiel n’ait été donné.

Le camp de Dadaab en sursis diplomatique

Le ton se durcit de nouveau au printemps 2015, suite à l’attaque du campus de l’Université de Garissa (148 morts). C’est le comté… du camp de Dadaab. Les rapprochements sont vite faits entre terroristes, Somaliens et réfugiés. Le vice président du Kenya somme le HCR de fermer le camp de Dadaab, accusé de servir d’abris aux terroristes. Les enquêtes criminelles démentent les soupçons. Mais le doute reste profond dans l’opinion publique.

Un soutien renforcé humanitaire et de sécurité

Les réactions internationales temporiseront la sommation qui n’a jamais été officiellement formulée. Certains analysent cette menace comme un moyen de rappeler la communauté internationale à ses engagements. Cela se traduira notamment par un soutien renforcé des Américains en matière de politique de renseignement, la relance du programme de rapatriement des réfugiés ou encore l’implication de la communauté internationale en Somalie pour renforcer la sécurité et le développement du pays en services de base. 

Des camps qui restent surpeuplés malgré tout

Le camp de Kakuma conçu pour 125.000 réfugiés en héberge 183.000. Près de 47.000 réfugiés du sud soudan ont rejoint le camp depuis que le conflit au Sud Soudan a repris en 2013. Beaucoup d’enfants seuls.

Les autorités locales (depuis deux ans, des compétences ont été décentralisées aux comtés) ont donné leur aval pour la mise à disposition de terrains par des communautés locales. Un nouveau camp pourrait être conçu sur un modèle plus ouvert sur l’extérieur, permettant des échanges entre les réfugiés et les communautés locales, souvent tout aussi pauvres si ce n’est plus. Le HCR compte sur le résultat d’une étude aux mains de la Banque mondiale pour démontrer l’impact économique que peut avoir un camp de réfugiés intégré à son environnement.

(Emmanuelle Stroesser)


La très grande majorité vivent dans les camps gérés par le HCR.

  • 184 550 dans celui de Kakuma, au nord, près de la frontière soudanaise ; 
  • 347 980 à l’est, dans celui de Dadaab. La proximité de la frontière somalienne (deux heures de route), fait que la population du camp de Dadaab est à plus de 90% somalienne. Les somaliens ne sont qu’un tiers des réfugiés du camp de Kakuma, aux côtés de sud soudanais et soudanais, éthiopiens, RDCongo, etc.
  • Plus de 60 000 (61 351) vivent selon le HCR dans la capitale, Nairobi.

 

CampDadaabGrillage5779

Au camp de Dadaab (Kenya), près de 350.000 réfugiés sous perfusion humanitaire

CampDadaabGrillage5779(BRUXELLES2) Paradis pour touristes occidentaux et asiatiques venant fouler les plages de sable blanc de Lamu, toucher la neige du Mont Kenya ou s’aventurer dans les réserves et parcs animaliers ou en partance vers Zanzibar, le Kenya est aussi, pour près d’un demi million de personnes, un pays refuge de la Corne de l’Afrique. C’est ici que le commissaire européen à l’action humanitaire, Christos Stylianides, s’est rendu il y a quelques jours. B2 y était…

Dans le comté de Garissa, à l’est du Kenya, en zone aride où la terre rouge vole au moindre pas, s’étale le plus grand camp de réfugiés du monde, Dadaab. Fin janvier, il accueillait près de 350.000 réfugiés. Le flux d’entrées s’est calmé en 2015 tandis que depuis un an un programme accompagne les retours vers la Somalie (lire : Camp de Dadaab. En partance vers le retour en Somalie).

Un complexe de 5 camps

Plutôt que de camp, il faut parler de complexe. Dadaab est composé de 5 camps. Ifo, le plus ancien, a été ouvert en 1991 par le Haut commissariat aux réfugiés, à la demande du gouvernement Kenyan pour répondre à la fuite de milliers de somaliens traversant la frontière à deux heures de route de là. C’était le début de la guerre civile somalienne. Ont suivi Dagahaley et Hagadera en 1992, puis Ifo 2 et Kambioos, plus récemment, en 2011, pour décongestionner les camps plus anciens face au nouvel afflux de réfugiés somaliens. Plus de neuf réfugiés sur dix sont Somaliens.

CampNagaderaPanneauAccueil5762Zoom sur le plus grand de ces camps : Hagadera

Le camp de Hagadera est le plus grand. 8,7 km2. 106.765 personnes y vivent, parfois depuis des générations. C’est là que le commissaire européen à l’action humanitaire et la gestion de crise s’est rendu le 20 janvier. Des écoles aux help desk (lieux d’information), en passant par la distribution alimentaire, le centre pédiatrique, la maternité, l’hôpital, le centre de traitement du choléra, un forage alimenté par des panneaux solaires, le commissaire a pu se rendre compte du « bon usage » des fonds européens. Si les infrastructures feraient pâlir d’envie des réfugiés vivant dans des conditions bien plus misérables dans les pays voisins, Dadaab reste un camp où les gens sont totalement dépendant de l’aide humanitaire de la communauté internationale. La faute à une situation qui en Somalie ne s’est pas améliorée, aux catastrophes climatiques qui ont ajouté de la misère aux violences dans la Corne de l’Afrique.

Dépendance humanitaire

Les humanitaires n’ont pas relâché leurs interventions, le commissaire a d’ailleurs confirmé que l’Union européenne continuerait d’apporter son soutien financier. Près de 17 organisations interviennent à Hagadera. L’aide alimentaire est principalement assurée par le Programme alimentaire mondial. Le International Rescue committee (IRC) assure des soins de santé, l’accès à l’eau potable. Le Haut commissariat aux réfugiés coordonne l’intervention de ces acteurs. Sans eux, « tout s’arrête ». Les réfugiés n’ont pas vraiment le droit de travailler. Ni d’autres ressources que celles que leurs familles peuvent leur envoyer.

Une durée qui met à épreuve les donateurs

La longévité de ce camp met à l’épreuve les donateurs. Les organisations des Nations Unies et les ONG doivent faire face à une réduction de leurs crédits. La répercussion est directe sur l’aide apportée aux réfugiés et les conditions de vie qui restent en dehors des standards humanitaires. Le programme alimentaire mondial a dû réduire ses portions alimentaires d’un tiers l’an dernier. Elles ont été rétablies depuis suite à un nouvel appel aux donateurs, mais avec prudence. Seuls les petits ménages ont récupéré 100% des rations. Les autres ménages (moyens et grands) doivent se contenter de rations réduites à 85 ou 70%. Les latrines ne sont pas en nombre suffisant ni les points d’eau (chaque point est partagé par 123 personnes quand le standard est de 80 personnes). Les 4 cliniques et un hôpital soignent en moyenne 454 personnes par jour selon le HCR. Le dispositif de santé est lui aussi en dessous des standards.

L’éducation : prioritaire

S’agissant de l’éducation, une priorité du commissaire européen Christos Stylianides (lire article à paraitre), Hagadera compte 7 écoles primaires, deux secondaires, un centre d’alphabétisation pour adultes, un centre de formation professionnelle et un centre de formation aux technologies de l’information et de la communication (TIC), une appellation pompeuse pour une salle de classe dotée d’ordinateurs, mais où internet n’arrive pas encore. Quand les standards sont de 40 écoliers par classe, ici, la jauge grimpe entre 100 et 120. De même, à peine un tiers des enfants sont scolarisés, le taux dégringole à 15% pour les secondaires. Comme le commissaire l’a relevé, le nombre de filles scolarisées est bien inférieur à celui des garçons. En témoignant ces trois rangées de garçon, contre une rangée de filles, réunis sous un chapiteau étouffant pour accueillir le commissaire. Certains arrivent malgré tout à poursuivre leurs études, rejoindre l’université. A peine quelques uns.

HommesEcoleCampDadaab05758

Vulnérabilité accrue aux épidémies

La progression de l’épidémie de Choléra qui a atteint Dadaab le 18 novembre 2015 témoigne de la grande précarité des conditions de vie. Le comté de Garissa où est établi le camp est le 22è comté Kenyan à avoir été touché par l’épidémie qui s’est déclarée dans le pays en décembre 2014. L’impact a été ici fulgurant. Entre novembre 2015 et janvier 2016, près de 1500 personnes ont été contaminées, 11 décédées, une majorité d’enfants. Lors de la précédente épidémie de Choléra au camp, en 2011, 1245 personnes avaient été touchées en cinq mois, le temps que l’épidémie soit stoppée.

L’insécurité latente

L’insécurité est une autre plaie de Dadaab. Plusieurs humanitaires l’ont payé de leur vie. La visite du commissaire se faisait d’ailleurs sous bonne garde. Notamment celle des policiers en charge de la sécurité du camp (75 officiers répartis dans trois postes). L’immensité du site est en cause. Dans certains endroits, personne ne se rend depuis bien longtemps. Les services sont regroupés dans des blocs, souvent protégés de portail, de barbelés. A l’extérieur, là où les ilots d’habitation s’éparpillent sur des km2, « on ne sait pas ce qu’il s’y passe ».

Banditisme et prostitution

Au-delà du terrorisme (voir article sur les réfugiés au Kenya), c’est surtout de banditisme et de criminalité ordinaire dont souffre le camp. La prostitution en échange de nourriture est une réalité. Sur une affiche, un slogan explique d’ailleurs aux jeunes femmes que leurs corps n’est pas une monnaie d’échange. « Mais quand il faut nourrir la famille, certaines n’ont pas d’autre choix », réagit une humanitaire.

Le besoin d’un nouveau modèle

Quand les premiers camps ont été créés pour porter assistance à la population réfugiée, l’approche était que : « cela ne durerait pas ». Cela dure pourtant depuis 25 ans. Tous les mécanismes mis en place l’ont été sur le principe d’un départ « demain ». Comme le résume Raouf Mazou, représentant du HCR au Kenya, l’action humanitaire « n’y est plus soutenable ». Jean-Marc Jouineau, du bureau de l’office européen d’aide humanitaire (ECHO) de Nairobi, renchérit : « être ici depuis 25 ans est une anomalie, pour autant il n’est pas question de partir, mais de trouver autre chose ».

Une interrogation

La durée de ce camp oblige les humanitaires à au moins s’interroger sur leur intervention, et à imaginer de nouvelles réponses. L’urgence est aussi financière. C’est notamment ce qui a conduit le Programme alimentaire mondial à introduire des bons d’achat virtuel  sous forme de monnaie électronique. L’enjeu est à la fois de diversifier l’alimentation des réfugiés, réduire le marché noir des rations distribuées, et de soutenir l’économie locale.

Développer l’économie informelle

« Il y a une économie informelle ici, rendons la formelle. Favorisons le développement. Cela ne veut pas dire que l’on maintiendra davantage les gens ici, au moins on perdra moins d’énergie, on laissera moins les gens s’enfermer dans la dépendance, et les inégalités se creuser avec les populations locales » conclut Raouf Mazou. Un projet est à l’étude par le HCR, il pourrait voir le jour dans l’autre camp de réfugiés de Kakuma, au nord du pays, dans la région du Turkana. Un projet suivi de près par l’Office européen d’aide humanitaire.

(Emmanuelle Stroesser)

Lire la suite du reportage :

Le FV Siraj et le FV Jaber au mouillage au large de la Somalie, vu par un avion d'EUNAVFOR / Crédit : EUNAVFOR Atalanta

Combien de marins sont encore otages des pirates somaliens ?

Le FV Siraj et le FV Jaber au mouillage au large de la Somalie, vu par un avion d'EUNAVFOR / Crédit : EUNAVFOR Atalanta

Le FV Siraj et le FV Jaber au mouillage au large de la Somalie, vu par un avion d’EUNAVFOR / Crédit : EUNAVFOR Atalanta

(BRUXELLES2) C’est un drame silencieux. Et personne ne soucie vraiment de leur sort.

Le bilan officiel…

Officiellement il reste toujours 26 marins otages des pirates somaliens. Ceux du FV Naham 3 depuis presque 4 ans (3 ans et plus de 200 jours) retenus contre leur gré quelque part en Somalie. Ce bateau de pêche sous pavillon omanais avait été capturé le 26 mars 2012 à environ 65 milles nautiques au sud des Seychelles. 3 marins sont morts : un lors de l’attaque, 2 durant leur captivité. Lire notamment : Le FV Naham 3, repéré sans otages

… et le bilan officieux

A ce bilan officiel il faut ajouter les 19 marins du bateau de pêche iranien FV Siraj capturé le 26 mars 2015 au large des côtes d’Hobyo en compagnie du FV Jaber (1) et qui seraient détenus en mer, près du village de Ceel Huur dans la région du Galmudug.

Heureusement le Jaber et son équipage (de 17 personnes selon l’agence iranienne d’informations) ont réussi à s’échapper, le 27 août dernier selon l’ONG Ocean Behond Piracy. « Ils ont profité d’un moment d’inattention de leurs gardiens, survolés par un hélicoptère ou autre chose, pour couper les amarres et remettre le moteur » raconte John Steed de l’OBP à Reuters. En remontant, par leurs propres moyens, vers le nord-est, en direction de l’Iran, selon nos informations, ils ont ensuite « rencontré », un navire espagnol de la force EUNAVFOR, le ESPS Galicia, qui leur a alors remis des vivres et de l’eau, permettant de recompléter leur ravitaillement.

45 marins otages

De fait, il reste donc 45 marins aux mains des pirates somaliens, auxquels on peut ajouter 2 Kenyans capturés à terre et détenus par un des groupes pirates selon OBP.

(NGV)

(1) Une capture non recensée par les forces internationales dans le Golfe. Les Somaliens arguent qu’ils pêchaient illégalement dans leurs eaux (un motif souvent invoqué par les pirates pour donner une couleur « non criminelle » à leurs agissements. L’Iran est le principal pays qui n’est pas associé directement au processus de coordination et de déconfliction SHADE qui réunit tous les 3 mois normalement à Bahrein.

Les 11 marins libérés du MV Albedo (crédit : UNODC)

Bonne nouvelle. Les otages du Mv Albedo sont libres ainsi que 3 travailleurs humanitaires

Les 11 marins libérés du MV Albedo (crédit : UNODC)

Les 11 marins libérés du MV Albedo (crédit : UNODC)

(BRUXELLES2) Les 11 marins du Mv Albedo, qui étaient encore otages des pirates somaliens, sont libres. Ou plus exactement, ils se sont libérés selon les informations diffusées par l’ONU.

7 marins bengalais, 1 Indien, 1 Iranien et 2 Sri-Lankais sont ainsi arrivés à Nairobi, au Kenya samedi (7 juin) dans un avion spécial affrété par le programme des Nations-Unies de lutte contre la criminalité (UNODC). Ils ont été admis à l’Aga Khan Hospital pour un bilan de santé et des soins.

Les circonstances de leur libération ne sont pas extrêmement claires. Selon la version officielle, ils ont réussi à s’évader vendredi (6 juin) par une fenêtre ouverte et ont été secourus ensuite par les forces armées du Galmudug (Somalie). ils seraient arrivés ensuite dans un camp de l’ONU au Kenya, situé près de la frontière somalienne, selon le quotidien bengali Daily Sun.

Le gouvernement du Bangladesh a démenti avoir versé la moindre rançon. « C’est une question de principe. Aucun gouvernement ne verse de rançon dans des cas de piraterie » a déclaré le ministre des Affaires étrangères, selon le quotidien bengalais Bangladesh Today.

1288 jours de détention

L’équipage du Mv Albedo (un navire sous pavillon malaisien) avait été capturé à 900 miles de Mogadiscio, en novembre 2010, tandis qu’il faisait route de Dubai vers les Emirats arabes unis et le Kenya. Il comptait à l’origine 23 hommes. 7 ont été libérés le 1er août 2012 (7 Pakistanais). 1 Indien est décédé au cours de sa détention. Et 4 Sri Lankais ont disparu lors du naufrage de leur navire, en juillet 2013, aux mains des pirates. Les marins avaient ensuite été ramenés à terre, dans un repaire des pirates.

La fin d’un long calvaire

C’est la fin d’un long calvaire pour les marins. Les conditions de détention étaient particulièrement éprouvantes pour l’équipage qui avait été largement abandonné à son sort. Le propriétaire du navire (malaisien) avait disparu et la Malaisie refusait d’en assumer la charge. « Après 1288 jours en captivité, nous sommes ravis pour eux et leurs familles après l’épreuve et les difficultés qu’ils ont subi » a exprimé Peter Swift, le responsable de MHRP, le programme de réponse humanitaire sur la piraterie maritime. Un des Pakistanais libérés en 2012 avait mentionné les dures conditions de vie voire l’usage de la torture dont ils étaient victimes de la part de leurs ravisseurs. Les pirates nous « ont frappés à plusieurs reprises avec des tuyaux et avec la crosse de leurs fusils AK-47. Ils ont également utilisé des pinces pour arracher la peau sur les paumes des marins » expliquait Mujtaba. « Ces hommes ne sont pas humains. Quand ils nous ont frappés, ils ne cesseraient pas. Ils nous ont frappés sur la tête. Certains officiers avaient des hémorragies graves sur la tête. L’un ne pouvait pas utiliser sa main gauche, endommagée lors d’un passage à tabac. » (lire dans The National).

Les 3 travailleurs de l'ONG "Ias" peu après leur capture en 2012 (crédit : IAS)

Les 3 travailleurs de l’ONG « Ias » peu après leur capture en 2012 (crédit : IAS)

Des travailleurs humanitaires libérés

A noter que trois travailleurs humanitaires kenyans, otages depuis bientôt 2 ans, ont été libérés jeudi (5 juin). Janet Muthoni Kanga, Martin Mutisya Kioko and Abdinoor Dabaso Bor travaillaient pour l’ONG américaine International Aid Services.

Ils circulaient en voiture à Galcayo dans le Puntland le 11 juillet 2012 quand ils avaient été capturés par des hommes en armes. Plusieurs policiers du Puntland qui assuraient leur protection avaient été blessés lors de cette action, ainsi qu’un autre travailleur humanitaire qui n’avait pas été kidnappé. Les ravisseurs se sont proclamés pirates somaliens. Les circonstances exacte de leur libération n’ont pas été révélées. Dès leur libération, « les otages ont été emmenés dans un endroit sûr jusqu’à ce qu’ils soient transportés vers Nairobi, avec l’aide des Nations Unies et du Gouvernement de Galmudug » précise l’ONG. Ils ont subi des examens médicaux de routine, et dans les circonstances, en « plutôt bonne santé » ajoute-t-elle.

Pendant la durée de leur captivité, l’équipe de gestion de crise d’IAS « a pu parler aux otages sur un certain nombre de reprises, et a été en mesure d’organiser la livraison de nourriture et matériel de temps en temps ». Elle a aussi « discuté avec plusieurs personnes se disant être les preneurs d’otages. Mais, dans la plupart des cas, — fait-elle remarquer — les appelants ont été rapidement identifiés comme des fraudeurs ». « De longues discussions ont été entreprises avec les ravisseurs réels qui ont permis d’aboutir à leur libération ».

Encore 39 otages des pirates

Selon le dernier bilan diffusé par les forces européennes anti-piraterie, et la base de données « Pirates » de B2, il reste encore 39 marins aux mains des pirates : les 4 marins thaïlandais du Prantalay 12 (un autre navire thaïlandais) détenus depuis plus de 4 ans !, 7 marins indiens du Asphalt Venture (capturés en septembre 2010!) et 28 otages taïwanais, philippins, indonésiens, chinois et vietnamiens du FV Naham 3 (un navire thaïlandais). Il ne s’agit pas de les oublier…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

(Crédits : EUMM Georgia )

Petites nouvelles des missions de la PSDC

(BRUXELLES2)

Afghanistan : une nouvelle Ecole nationale de police 

Le nouveau local de l’Ecole Nationale de police afghane et l’ université de gestion de la criminalité de la police nationale afghane pour le ministère de l’Intérieur a été inauguré officiellement le 2 février. C’est l’ambassadeur de l’UE dans le pays, Franz – Michael Mellbin, qui en a remis les clés aux autorités afghanes. L’investissement de 13 millions d’euros  facilitera l’acquisition de compétences professionnelles fortes en leadership chez les policiers afghans de haut rang ainsi que plus efficace et la mise à jour des mesures de prévention du crime et d’enquête. Pour Thomas Stabler, responsable de la composante formation EUPOL, cet investissement est essentiel. « L’ Ecole de police va permettre aux citoyens Afghans d’avoir un service de police qu’ils attendent, qu’ils méritent et dont ils peuvent être fiers ».

Géorgie : réunion du Mécanisme de prévention et réponse aux incidents. Les difficultés concrètes des habitants de part et d’autre de la la ligne de « démarcation administrative » en jeu

(Crédits : EUMM Georgia )

(Crédit : EUMM Georgia )

La 41e réunion de suivi du Mécanisme de prévention et réponse aux incidents (IRPM), a eu lieu à Ergneti, le 21 janvier dernier. Toivo Klaar, chef de la mission européenne de monitorisation en Georgie (EUMM Georgia), et les participants ont traité de différentes sujets très concrets auxquels font face les communautés locales sur le terrain, avec la présence de clôtures le long de la « ligne de démarcation administrative » (ABL). Ils ont aussi examiné les détentions qui ont eu lieu depuis décembre 2013 comme des problèmes liés à l’électricité et l’approvisionnement en eau, ainsi que la pollution des terres agricoles. Prochaine réunion : le 27 février 2014.

Niger : « La presse face aux défis sécuritaires »

C’est le titre de l’atelier international organisé par la mission civile EUCAP Sahel a organisé, conjointement avec l’ambassade des Etats-Unis au Niger, à Niamey les 28 et 29 janvier 2013.  Aux journalistes africains présents, se sont unis plusieurs journalistes internationaux comme Giovanni Porzio et Eduardo Cué et David Lewis, directeur adjoint du bureau régional de Reuters. L’initiative, qui réuni pour la première fois, les forces armées et la presse indépendante, ont donné lieu « à des débats francs qui permettront l’amélioration des relations et la connaissance des exigences réciproques » selon les termes officiels.

Djibouti : Nouveaux véhicules pour EUCAP Nestor

(Crédits : EUNAVFOR Somalia) La mission civile de l’Union européenne dans la Corne de l’Afrique et l’Océan indien (EUCAP Nestor) a reçu la semaine dernière, deux véhicules blindés. Arrivés au port de Mombasa, escale vers leur destination finale Mogadiscio, les véhicules ont ensuite été transportés vers Djibouti par le navire français FS Siroco, navire amiral de l’opération européenne de lutte contre la piraterie (EUNAVFOR Atalanta). Le contre-amiral Hervé Bléjean, commandant de la force européenne, considère cette livraison comme un « exemple montrant l’augmentation de la coopération et des dynamiques des opérations européennes dans la région ».

24 pirates somaliens condamnés à 7 ans de prison au Kenya (MAJ)

(BRUXELLES2) 24 pirates somaliens qui avaient pris d’assaut un navire iranien dans le Golfe en 2011 ont été condamnés jeudi (23 janvier) par le juge Odenyo à Mombasa (Kenya) à 7 années de prison chacun.

Au-delà du doute raisonnable

Le procureur a « prouvé les charges au-delà du doute raisonnable » a estimé le juge, comme le rapportent nos collègues kenyans du quotidien Nation. Parmi ces preuves, les « armes trouvées à bord du navire (qui) appartenaient bien aux accusés ». « Certains étaient très jeunes au moment des faits « et n’avaient pas bien conscience de ce qu’ils faisaient » a plaidé leur avocat Jared Magolo. D’ailleurs, le tribunal, ayant quelque doute sur l’âge des inculpés, a « ordonné à trois reprises une évaluation de leur âge » a indiqué l’avocat qui a défendu de nombreux pirates comparaissant devant les tribunaux kenyans.

Une libération qui s’était terminée dans le sang

Le navire – dénommé « Jelbut 24 » par les forces anti-piraterie, en fait le FV Ariya – avait été capturé et utilisé comme bateau-mère par les pirates, puis libéré le 12 mai 2011 dans le Golfe d’Oman par le navire danois « Esbern Snare » dans le cadre de l’opération anti-piraterie de l’OTAN (Ocean Shield). 4 pirates avaient été tués lors de l’assaut et 10 autres blessés sérieusement par balle, selon la base de données B2 (L’offensive contre les bateaux-mères pirates continue). L’un d’entre eux a dû être amputé suite à une sérieuse blessure à la jambe. L’enquête menée, à l’époque, par un enquêteur danois avait conclu, en juillet 2011, « à la légitime défense » (Dernières nouvelles de la piraterie (31 juillet 2011).

Un acquittement

A noter que d’autres pirates suspectés d’avoir capturé un navire de pêche en octobre 2010 ont été acquittés le même jour par le juge Odenyo.

(MAJ) A Copenhague, le ministre danois de la Défense, Nicolai Wammen, s’est réjoui le 29 janvier de cette décision. « La peine est d’une grande importance pour la lutte contre le piraterie dans son ensemble et la justice en particulier , notamment pour les marins qui ont été otages des pirates. Je suis très heureux que les préparatifs minutieux des soldats danois, notamment dans la collecte de preuves, trouve là un aboutissement. »

Transfert des pirates du Galicia au Kenya (crédit : Eunavfor Atalanta / Marine espagnole)

7 ans de prison pour les ravisseurs du MT Sherry

Transfert des pirates du Galicia au Kenya (crédit : Eunavfor Atalanta / Marine espagnole)

Transfert des pirates du Galicia au Kenya (crédit : Eunavfor Atalanta / Marine espagnole)

(BRUXELLES2) Les quatre pirates somaliens qui avaient capturé un dhow de pêcheurs, le MT Sherry le 20 septembre 2010, viennent d’être condamnés à Mombasa.

Le tribunal de Mombasa a effectivement condamné, le 23 octobre, à 7 ans de prison Noor Ali Mohammed, Abdirahman Isse Mohamud, Mohammed Osman Farah et Feisal Abdi Muse. Ils avaient été arrêtés le 24 septembre par les militaires espagnols du Galicia qui participaient à la mission EUNAVFOR Atalanta.Ce qui constituait une des dernières livraisons de pirates par les marines européennes, le Kenya suspendant ensuite l’accord signé avec l’Union européenne

Les intéressés avaient d’abord contesté par le biais de leur avocat, Maitre Magolo, leur incarcération estimant qu’elle était illégale au regard du droit kenyan. La High Court de Mombasa avait rejeté leur plainte le 31 mai 2011. Lors du procès, les inculptés ont ensuite plaidé non coupables. Ils devront exécuter leur peine au Kenya. Dans son jugement, le magistrat kenyan a refusé qu’ils purgent leur peine en Somalie mais ordonné qu’ils soient expulsés en Somalie à la fin de leur peine. Ils ont déjà purgé 3 ans dans les prisons somaliennes.

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Base navale à Djibouti (crédit : Eucap Nestor)

Eucap Nestor, pleinement opérationnelle à Djibouti et aux Seychelles

Base navale à Djibouti (crédit : Eucap Nestor)

Base navale à Djibouti (crédit : Eucap Nestor)

(BRUXELLES2) La mission de renforcement des capacités maritimes en Afrique de l’Est et Océan indien (EUCAP Nestor) commence à produire du résultat. Sur la capacité planifiée de 176 personnels (137 internationaux et 39 locaux), 67 sont déjà en poste (venant de l’Union européenne + Norvège). Et son budget – de 23 millions d’euros – devrait être reconduit en novembre.

Djibouti et Seychelles, pleinement opérationnelle

Après plusieurs mois passés à se mettre en place (le quartier général à Djibouti n’a été inauguré qu’en février dernier), « Eucap Nestor est désormais pleinement opérationnelle à Djibouti et aux Seychelles » explique Etienne de Poncins, le nouveau chef de mission qui a remplacé l’amiral Launay à l’été. « Elle a déjà commencé des formations, des conseils, et la mise en place d’un environnement juridique » dans ces deux pays et même en Somalie (Puntland). A Djibouti, trois conseillers européens sont intégrés dans les équipes du ministère de la justice (en particulier pour aider à la rédaction d’une loi anti piraterie), dans les gardes-côtes, et dans la marine, pour développer différents projets de coopération. Il y a le même type d’activité aux Seychelles.

Une mission complexe

Bien sûr, c’est une mission qui reste difficile. L’étendue régionale de la mission rend son fonctionnement complexe. Entre Djibouti, Seychelles, Kenya, Tanzanie, il y a plus que quelques kms. Les déplacements sont toujours longs… et pas toujours directs. Et il reste un « certain nombre de défis sécuritaires » dans le pays principal de la mission, la Somalie.

Somalie : le gros morceau

La Somalie, c’est le « gros morceau » reconnait Etienne de Poncins. Le pays a la plus grande longueur de côtes de la zone (3500 km). C’est la patrie d’origine des pirates. Mais il reste difficile d’accès ; avec des questions sécuritaires au premier plan. Un conseiller maritime – un Italien – est ainsi présent 3-4 jours par semaine sur l’aéroport de Mogadiscio, dans la zone internationale. Et des « contacts étroits » sont établis avec le Puntland et le Somaliland, les deux entités régionales les plus avancées. EUCAP Nestor a déjà été en mesure d’intervenir au Puntland. « Un séminaire de formation à la législation anti-piraterie ou anti-criminalité s’est ainsi tenu à Garowe, pendant plusieurs jours, réunissant des procureurs et des juges. ». A terme, nous envisagerons d’avoir environ 6 personnes sur Mogadiscio, Garowe (Puntland) et Hargheiza (Somaliland). Ce qui ne va sans problème de sécurité (déplacement). »

Des salles de classe flottantes

L’avantage d’EUCAP Nestor est de jouer la complémentarité avec les autres missions sur place. « On bénéficie des navires de l’opération Eunavfor Atalanta. Ce sont de véritables salles de classe flottantes, où on fait venir des Somaliens pour les former. » Le gouvernement somalien a d’ailleurs été reçu récemment à bord des navires d’Atalanta (lire: Le gouvernement somalien reçu à bord des forces Eunavfor). Et à Mogadiscio, il n’est pas exclu que la force de protection italienne d’EUTM Somalia puisse aussi protéger les déplacements des formateurs.

Kenya et Tanzanie, des réticences

Au Kenya et en Tanzanie, le contexte politique est « moins favorable » reconnait-on à EUCAP Nestor. Le Kenya a un intérêt de principe mais il n’a pas signé d’accord général de mission. On est dans une « phase d’entre deux. Une forte équipe est déjà présente, d’une quinzaine de personnes qui travaillent essentiellement sur la Somalie » souligne Etienne de Poncins. Car le Kenya est encore la porte d’entrée sur la Somalie. En Tanzanie, c’est « encore moins avancé ». Le pays a « marqué son intérêt » mais n’a pas donné d’autre suite. Un officier de liaison devrait être envoyé à Dar el Salaam, pour essayer nouer contact.

En fait, d’après d’autres informations recueillies par B2, la Tanzanie regarde ailleurs, vers l’Afrique du Sud. Elle a ainsi d’une certaine façon sous-traité la lutte anti-piraterie à des sociétés privées sud-africaines. On se rappelle que durant plusieurs mois les diplomates et militaires européens avaient tenté d’obtenir de la Tanzanie un accord de traitement judiciaire des pirates. Sans plus de succès.

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