Il y a cinq ans ! Trois commissaires recalés

(B2) C’était il y a 5 ans… Le commissaire italien Rocco Buttiglione pressenti pour le poste de la Justice fait une déclaration inappropriée sur les homosexuels. Il ne s’excuse pas vraiment.

L’affaire monte

Le Parlement veut qu’un autre portefeuille lui soit attribué. Le gouvernement italien refuse, malgré la demande de José-Manuel Barroso. Celui-ci tente de sauver la mise en mettant en place un comité de commissaires autour de l’Italien chargé des Droits fondamentaux. Insuffisant, et trop tard ! C’est le changement même du commissaire italien qui devient nécessaire. Et même plus.

Le baiser de la mort

Au fil des heures, l’adoubement de la Commission semble être compromis. Il ne tient, en fait, plus qu’à un fil : l’extrême droite. L’eurodéputé Jean-Claude Martinez (Front national) donne le baiser de la mort à la Commission en annonçant qu’il le soutiendrait.

Trois changements

A la dernière minute, José-Manuel Barroso retire la composition du collège puis le remanie. Franco Frattini remplace Buttiglione.

Un autre commissaire est changé. La Lettone Ingrida Udre – membre de l’Union des verts et paysans – n’a pas montré un très fort enthousiasme européen. De plus, elle est impliquée dans une affaire de financement illicite de son parti. Appuyée surtout par le Premier ministre, elle est fragilisée par la démission entre-temps du gouvernement. Elle est assez vite remplacée par Andris Piebalgs. Le gouvernement letton ayant été moins têtu (et plus petit) que l’Italien. Et le cas moins médiatisé.

Quant au commissaire hongrois László Kovács, il n’a pas convaincu au poste de l’Énergie et change de portefeuille avec justement le Letton Andris Piebalgs, chargé normalement de la Fiscalité.

De cette affaire, on n’a retenu que « l’affaire  Buttiglione ». Mais le Parlement européen avait bel et bien envoyé ‘bouler’ trois commissaires.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Incidents de parcours, précédents historiques (v2)

(B2) Remontons le temps… La nomination de la Commission européenne n’a pas toujours été un parcours sans embûches

La Commission européenne Barroso II détient le record de retard d’entrée en fonction avec près de deux mois de retard sur le délai prévu (crédit : Commission européenne)

1991 : une demi-Commission

En 1991, la Commission Delors n’a pas été prolongée. C’est une nouvelle Commission qui a été nommée. Mais de façon intérimaire : pour une durée limitée de 2 ans. Une prolongation nécessaire… pour se caler sur le calendrier des élections européennes et le nouveau mandat de cinq ans confié à la Commission (et non plus quatre ans). Dans cette Commission, annoncée le 22 décembre 1992, sept commissaires sont nouveaux sur les 17 présents à l’époque (deux commissaires par « grand » Etat, un pour les « petits »).

Commission 1993 : Les Britanniques recalent « Dehaene »

En 1993, la Commission est effectivement prolongée, mais de 15 jours ! Du 6 janvier au 22 janvier exactement. Le temps que la nouvelle Commission soit en place, très exactement. A cause du retard pris pour nommer la Commission. Au Sommet de Corfou, les Britanniques refusent Jean-Luc Dehaene (le Premier ministre Belge); En juillet, sort le nom de Jacques Santer, le Luxembourgeois. Le Parlement européen montre sa mauvaise humeur, et fait trainer les choses. Il n’est pas content de la répartition des portefeuilles. Et se montre réticent à confier certaines responsabilités à quelques commissaires. Le portefeuille de l’égalité est ainsi retiré au commissaire Padraig Flynn car il avait fait des déclarations un peu à l’emporte pièce sur le rôle des femmes. Les trois nouveaux Etats membres n’ont pas encore ratifié le traité. Et le Parlement exige que les nouveaux députés participent au vote (le vote prévu en décembre est reporté en janvier). La Commission est là pour expédier les affaires courantes. Et rien de plus. La présentation de certains textes est renvoyée à plus tard (Jacques Delors l’explique personnellement alors à un certain ministre de la Communication dénommé… Nicolas Sarkozy ! à propos de la directive « télévision sans frontières).

Commission 1999 : un mandat abrégé pour l’équipe Santer

En janvier 1999, le Parlement européen menace la Commission d’une motion de censure. Écartée… mais le couperet est passé près ( 232 voix pour la censure, 293 voix contre, 27 abstentions). En cause, le fonctionnement de la Commission. La commissaire Edith Cresson est violemment mise en cause à la fois pour la gestion des subventions du programme Leonardo pour l’emploi (fictif) d’un consultant (ami) aux résultats peu probants… Elle n’est pas la seule. Le commissaire espagnol Manuel Marin l’est en raison de fraudes dans l’aide humanitaire. Un comité d’experts indépendants est mandaté. Son rapport, remis en mars 1999, est sévère pour l’institution montrant de réels dysfonctionnements. Même si l’enquête prouve qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel, il y a eu nettement favoritisme. Les deux commissaires refusent cependant de démissionner. C’est le choc des cultures entre une administration latine plus permissive et une administration anglo-saxonne beaucoup moins (Lire aussi : Bruxelles lâche Cresson une deuxième fois). La motion de censure parait cette fois inéluctable. Le président Jacques Santer choisit donc de démissionner ainsi que l’ensemble de son collège. L’ancien Premier ministre Romano Prodi est appelé à la rescousse pour faire l’intérim et préparer la prochaine Commission. Nommé au Conseil européen en mars, il constitue l’exécutif européen en juillet. Celui-ci est adoubé par le Parlement et entame son travail le 18 septembre 1999 pour finir le mandat de la Commission précédente jusqu’au 21 janvier 2000, avant d’entamer un nouveau mandat de 5 ans.

Commission 2004 : l’incident Buttiglione

En 2004, la Commission Prodi – prévue pour terminer le 31 octobre – est obligée de jouer les prolongations, jusqu’au 22 novembre pour des raisons très politiques. Le ‘satané’ Parlement européen, a refusé de confier le portefeuille « Justice intérieur » au conservateur italien Rocco Buttiglione après des déclarations blessantes sur les homosexuels. Deux autres « prétendants » au poste de commissaire ont également raté leur examen de passage. Le président de la Commission, José-Manuel Barroso, s’entête à vouloir garder l’Italien Buttiglione, à bord, l’Italie également. Finalement, au risque de subir une censure pour toute la Commission, il jette l’éponge. Un nouveau commissaire italien arrive.

Commission 2009 : retard dans le processus du traité de Lisbonne et incident Jeleva = trois mois de prolongation

La Commission européenne est prolongée d’une part à cause du retard pris pour l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne (qui n’entre en vigueur qu’au 1er décembre 2009 suite aux réticences tchèque et polonaise), soit un mois après la mise en place prévue pour la Commission. Et, d’autre part, par un autre incident de parcours. Cette fois c’est la Bulgare Rumania Jeleva, pressentie pour prendre en charge l’Aide humanitaire et la réponse de crises, qui a fait une audition désastreuse au Parlement européen. Trahissant une certaine méconnaissance des dossiers, des maladresses et une attitude pouvant sembler méprisante, trahie par une affaire où est impliqué son mari, qu’elle ne cherche pas à expliquer, elle ne réussit pas son ‘grand oral’. Jeleva entend démissionner. Mais ses collègues du PPE tentent de la garder, ou au moins de sauver leur honneur, en impliquant un commissaire social-démocrate, le slovaque Maroš Šefčovič. Par ricochet, d’autres commissaires comme le Finlandais libéral Olli Rehn ou le Letton indépendant Algirdas Šemeta, particulièrement ciblés par les socialistes, n’ont eu leur chance qu’au rattrapage.

Le président Barroso ne veut pas voir le précédent de 2009 se renouveler. D’autant que la Commission nouvelle n’a déjà que trop traîné à entrer en fonction. La Bulgarie nomme une nouvelle commissaire, Kristalina Georgieva. Et après une audition, brillante cette fois ( avec un ouf ! de soulagement pour tout le monde), la nouvelle Commission peut entrer en fonction le 9 février 2010, adoubée par le Parlement européen intervenu lors d’un vote tenu le même jour.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire :

Lire aussi : Le grand oral des commissaires n’est pas une synécure

Mis à jour – janvier 2010

Les 27 commissaires reçoivent leur cartable

(Archives B2) Attribuer un portefeuille à chacun des 26 autres commissaires européens aura sans doute occasionné quelques coups de fils et longues discussions à José-Manuel Barroso, le président de l’exécutif européen. Mais pas de grand drame

Certes la majorité des noms figurant sur sa liste ne diront rien aux Européens. Mais l’important n’est pas la célébrité mais le potentiel d’action souvent, la connaissance des dossiers éventuellement, et surtout le respect des grands équilibres. En ce domaine, peu de surprises.

La plupart des États ont obtenu le portefeuille correspondant à leurs attentes ou leurs intérêts nationaux. Comme attendu, et espéré, le Français Michel Barnier récupère ainsi le Marché intérieur. Un poste clé car il s’agit de veiller à la fois à la bonne régulation du marché et des services, notamment financiers. Un précepte oublié par son prédécesseur, l’Irlandais Charlie McCreevy. Et une revendication hexagonale. Il y a plus d’un an. Nicolas Sarkozy y songeait déjà à ce poste. Il avait ainsi confié à plusieurs journalistes en poste à Bruxelles vouloir un poste économique « fort » pour « son » commissaire.

A sa gauche, le Français trouvera le commissaire espagnol Joaquin Almunia, socialiste, qui aura en charge le puissant portefeuille de la Concurrence. Et à sa droite, le commissaire belge, et ancien ministre des Affaires étrangères Karel de Gucht, chargé du Commerce, ainsi que le commissaire finlandais, Olli Rehn, chargé de l’Economie et de la Monnaie. Ce quatuor, – quelle que soit leur étiquette politique – symbolise un subtil glissement d’une Europe à visée libérale à une « Europe qui protège » chère aux Français. Quant au portefeuille très convoité de l’Énergie, il a été confié à un Allemand, Günther Oettinger, plus connu dans son Land de Baden-Württemberg qu’ailleurs. Il « fallait une personne capable de s’entendre avec les Russes » avaient prévenu des proches de Barroso. Moscou peut être rassuré !

La pêche et les affaires maritimes ont été confiées à une Grecque, Maria Damanaki, qui est plutôt novice dans le domaine. « Mais elle apprendra », la phrase-clé. Quant à l’Agriculture, confiée à un spécialiste du domaine, le Roumain Dacian Ciolos. Elle permet … à la Bretagne d’avoir, elle aussi ‘ son’ commissaire, Ciolos ayant fait ses classes à Rennes.

La nouvelle Commission doit maintenant plancher pour réussir l’épreuve ultime. Le « grand oral » devant le Parlement européen est prévu à la mi-janvier. Gare aux mauvais élèves…

(Nicolas Gros-Verheyde)
Paru dans Ouest-France le 28 novembre 2009

La nouvelle Commission 2010: noms, portfolios, biographies (V3)

(B2) La liste des commissaires a été confirmée par José-Manuel Barroso, mercredi 25 novembre. Elle est conforme à ce qu’on annonçait sur ce site ces jours-ci. Pas de grosse surprise. Les Pays-Bas ayant longtemps tergiversé avant de se décider à reconduire Neelie Kroes (contre la promesse d’un gros portefeuille). Avant le sommet européen, il ne restait selon un officiel de la Commission européenne que 5 pays à ne pas l’avoir fait (Danemark, Grèce, Malte, Pays-Bas, Royaume-Uni). Mais les noms étaient souvent connus à défaut d’être confirmés officiellement. Et l’inconnue du Haut représentant levée, cela a permis de placer les autres noms. NB : si on veut se souvenir des premiers noms évoqués, voir mon pointage en juillet, on constatera de nombreux changements entre les pressentis et les nommés.

Calendrier

Si normalement il fallait attendre l’entrée en vigueur officielle du Traité de Lisbonne (le 1er décembre) pour avoir la nouvelle Commission, les 27 Chefs d’Etat et/ou de gouvernement avaient pris les devants. Et tous, peu ou prou, avaient, aux alentours des 19-20 novembre, fait connaître leur choix. Le président de la Commission européenne a donc pu annoncé la liste des noms qui composait le commissaire le 25 novembre et la répartition des portfolios le 27 novembre. Le Parlement européen peut alors commencer son travail d’audition – les auditions sont prévues du 11 au 19 janvier et le vote en plénière le 26 janvier. Des premiers « échanges de vues » – sortes d’audition tests – sont prévues pour certains Commissaires, notamment celle aux Relations extérieures (le 2 décembre). La nouvelle Commission prendrait alors ses fonctions début février (si tout va bien, ensuite si un ou deux commissaires sont « recalés »). Jusqu’à là l’actuelle Commission sera prolongée.


Allemagne. L’actuel commissaire Günther Verheugen (SPD/social-démocrate) s’en va. Pour le remplacer, la coalition au pouvoir a choisi un « poids lourd politique » selon les termes même, non ironiques, d’Angela Merkel : Günther Oettinger (CDU/PPE), jusqu’à présent président du Land de Baden-Württemberg. C’est la première depuis dix ans que la CDU envoie un des siens à la Commission (Schröder avait choisi comme deuxième commissaire une Verte, un affront qu’il fallait réparer).

• Oettinger connait un peu certains dossiers européens, comme le détaille Handelsblatt. Il a notamment approuvé la Commission dans sa volonté de supprimer la loi « Volkswagen » (voix de blocage au Conseil d’administration) et est un des plus fervents soutiens des réseaux trans-européens avec la ligne « est » Paris-Stuttgart-Bratislava-Budapest. Il est contre l’adhésion de la Turquie et a soutenu l’industrie automobile allemande dans sa lutte contre les quotas CO2. Il défend la langue allemande pour qu’elle retrouve son statut à part entière de langue de travail comme le Français et l’Anglais.

• Postes visés : Transport, Industrie, Energie. Portefeuille attribué : Energie

Autriche. De par l’accord de la coalition au pouvoir – socialiste/chrétienne démocrate (SPO/OVP) – le poste est normalement dédié aux conservateurs (OVP/PPE). Mais ceux-ci ont été divisés et les couteaux tirés. Wilhelm Molterer, porte-parole constitutionnel de l’OVP au parlement national, avait été le candidat préféré puis oublié, les socio-démocrates notamment s’opposant à sa nomination. Le nom d’Ursula Plassnik (ÖVP) a aussi été avancé mais jamais confirmé, elle bénéficiait de solides… inimitiés dans son parti. La commissaire actuelle Benita Ferrero-Waldner (OVP) voulait bien rester mais n’était pas soutenue à Vienne.

• Finalement le choix s’est fait sur Johannes Hahn (PPE), l’actuel ministre de la Recherche et des Sciences (depuis 2007) et chef du parti OVP à Wien, il a également été au cabinet de Fayman (l’actuel chef de l’OVP). Détails dans Der Standard. Portefeuille attribué : Politique régionale.

Belgique. Karel de Gucht (VLD/ADLE) qui a remplacé son compatriote Louis Michel élu au Parlement européen, au poste de commissaire au Développement et à l’Aide humanitaire, reste dans la Commission 2009. Agé de 58 ans, cet avocat de formation a été Ministre des Affaires étrangères en Belgique. Il y a exercé avec talent son franc-parler, provoquant même une rupture des relations diplomatiques entre le plat pays et le Congo, pour avoir exprimé tout haut ce que tout le monde dit tout bas : le haut niveau de corruption de l’ancienne colonie belge (ex-Zaïre). Lire son portrait tiré dans Le Soir

• Postes visés : le même, Energie, économique.

Portefeuille attribué : Commerce (OMC)

  Bulgarie. Le renouvellement de l’actuelle commissaire à la Consommation, Meglena Kuneva (MSNE Mouvement Siméon II/ADLE) n’a pas été souhaité par le gouvernement. Elle pourrait devenir une des candidates à la présidence de la république. Le nouveau Premier ministre Boiko Borisov a toujours indiqué qu’il souhaitait un nouveau nom. Ce sera donc Roumiana Jeleva qui a l’avantage d’être membre de son parti (GERB/PPE).

• Eurodéputée puis ministre des Affaires étrangères.

Portefeuille attribué : Aide humanitaire (et Protection civile)

Chypre. L’actuelle commissaire à la Santé, Androulla Vassiliou (Libéral/ADLE), est renouvelée.

Portefeuille attribué : Education et culture (multilinguisme, traduction).

Danemark. La commissaire actuelle à l’agriculture, Mariann Fischer-Boel (Venstre/ADLE), part. Les laitiers ne pleureront pas son départ (d’ailleurs les agriculteurs pleurent rarement leur commissaire à l’Agriculture). Pour la remplacer, le gouvernement danois a hésité entre Eva Kjer Hansen (Venstre/ADLE), l’actuelle ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Pêche, ou Ulla Tørnæs, actuelle ministre de la Coopération. Mais finalement c’est Connie Hedegaard (Conservative/PPE), l’actuelle ministre du climat qui était la candidate souhaitée par José-Manuel Barroso. C’est, d’une certaine façon, rendre hommage au pays qui aura accueilli la conférence internationale sur le climat en décembre 2009 mais aussi permettre d’avoir quelqu’un immédiatement opérationnelle.

Avant d’être ministre, elle a été journaliste, au quotidien Berlingske Tidende et comme présentatrice Tv à DR2.

• Poste visé et attribué : Action climatique – un poste « transversal » où elle devra partager son « pouvoir » avec les commissaires à l’Environnement, à l’Energie ou au Tranport

 Espagne. Le commissaire actuel, Joaquim Almunia (S&D), chargé de l’Economie, est candidat au renouvellement et a été confirmé par son gouvernement.

Portefeuille visé et attribué : Concurrence (vice-président). A noter que les aides d’Etat traditionnellement rattachées au portefeuille du Transport élisent domicile à la Concurrence.

 Estonie. Le commissaire actuel à l’Administration, Siim Kallas (passé du PC au Parti de la Réforme/ADLE) reste.

• Poste visé : le même (l’administration). Portefeuille attribué : Transport

Finlande. L’ actuel commissaire à l’élargissement, Olli Rehn (Parti du centre/ADLE), a été désigné officiellement par le gouvernement finlandais, début octobre. Il était candidat pour le poste de Haut représentant. Poste visé : tout sauf l’élargissement. portefeuille attribué : Affaires économiques et monétaires.

France. Le candidat « naturel » est, depuis le début, Michel Barnier (UMP/PPE). Nicolas Sarkozy, le président de la République, qui a la haute main sur la nomination du commissaire, l’a confirmé publiquement, au sommet européen, le 30 octobre.

• Aujourd’hui député européen, Barnier a été ancien ministre de l’Agriculture (Sarkozy), des Affaires étrangères (Chirac/De Villepin) et ancien commissaire européen à la politique régionale ainsi qu’aux affaires constitutionnelles (1999/2004). Membre de la Convention européenne, il avait notamment été chargé du rapport sur la défense européenne.

• Poste visé et attribué : Marché intérieur.

Grèce. L’arrivée d’un nouveau gouvernement socialiste a changé la donne à Athènes. Exit les deux candidats potentiels – le commissaire actuel, Stavros Dimas (Nouvelle Démocratie/PPE) chargé de l’environnement, et l’ancienne ministre des Affaires étrangères de Caramanlis, Dora Bakouyanis, pressentie pour prendre la tête de l’opposition. Après avoir envisagé de nommer la députée européenne du Pasok, Marilena Koppa, spécialiste des Balkans, le gouvernement a nommé Maria Damanaki (Pasok, S&D).

• Née en 1953, Maria a commencé sa carrière politique à l’université, dans les jeunesses communistes. C’était encore au temps de la junte. Et elle a pris part aux manifestations à l’école Polytechnique en 1973. En 1989, elle devient ensuite leader de la coalition de partis de gauche, Synaspismos, mais démissionne à la suite de la défaite électorale en 1993. En 2003, élue au Parlement elle démissionne et rejoint le Pasok où elle intègre rapidement les structures dirigeantes. Rééelue au Parlement sous l’étiquette Pasok, elle siège aux commissions « Culture » et « Europe ». Au Pasok, elle a d’abord eu en charge les affaires sociales et l’éducation. Elle était en dernier lieu chargée de coordonner la culture. Elle a écrit deux ouvrages : « Les femmes face au pouvoir » en 1995, « le retour du politique » en 2001 et mère de trois enfants.

• Postes visés : pêche et les affaires maritimes ou éducation et culture. Portefeuille attribué : Pêche et affaires maritimes

Hongrie. De nombreux noms avaient été avancés pour remplacer László Kovacs, y compris son éventuelle prolongation. On a parlé de László Balazs, le ministre des Affaires étrangères, puis du Premier ministre lui-même, Gordon Bajnai (MSzP/S&D), du ministre des Finances, János Veres, de l’ancienne ministre des Finances (aujourd’hui députée européenne), Edit Herczog, et même de la vice-ministre de la Défense, Agnes Vadai.

• Finalement ce sera László Andor (proche du MSzP, S&D), un professeur d’économie, actuellement membre de la Banque européenne de reconstruction et de développement, sans attache politique mais proche du MSzP. Il est auteur de plusieurs ouvrages notamment : « Hungary on the road of European Union : transition in blue » (Greenwood Press, 2000), « Market Failure: A Guide to the East European Economic Miracle » (Pluto Press 1998). Dans ce dernier ouvrage, il explique notamment que la course de vitesse, inspirée par l’Occident pour, après 1989, démanteler les économies sous contrôle de l’Etat avait délibérément pour objectif prévenir la montée de la sociale-démocratie. En 2008, il signait un papier dans The Guardian plaidant pour un changement de la stratégie d’élargissement de l’eurozone des critères de Maastricht : « The Maastricht criteria have to be shelved in order to maintain stability not just in Hungary, but in Europe as a whole, where major banks are exposed to serious risks in new member states. In other words, the collapse of emerging economies could trigger, as Susan George put it once, a boomerang effect. ». Il y a rappelait notamment le trajet particulier de la Hongrie dans les réformes économiques. Dès 1982, elle adhérait au FMI (quand les autres pays de l’Est le feront après la chute du mur en 1989). Le pays était particulièrement sensible aux crises économiques. Mais un impact de la crise ne pouvait être disjoint de ses conséquences au plan européen (lire). De façon plus anecdotique, il a également signé un hommage à Puskas, le footballeur hongrois décédé en 2006 (lire). Voir son portrait dans le journal francophone de Budapest.

• Poste éventuel : la politique régionale.  Portefeuille attribué : Emploi, affaires sociales et inclusion

Irlande. Pour remplacer le contesté Charlie McCreevy, actuel commissaire au Marché intérieur, une femme, Maire Geoghegan-Quinn (FionnaFail/ADLE) a été choisie.

• Née en septembre 1950, agée de 59 ans, ancienne ministre de l’Education puis de la Justice, Geoghegan-Quinnest une forte personnalité. Elle a introduit la loi prohibant les discriminations sur les homosexuels, elle siège actuellement à la Cour des Comptes européenne. Lire sa bio dans l’Irish Times.

• Poste visé : le budget, l’innovation, les affaires administratives… ou la Justice. Portefeuille attribué : Recherche et innovation

   Italie. L’actuel commissaire aux Transports, Antonio Tajani (PDL/PPE) est renouvelé. Il avait été question un moment du poste de Haut Représentant pour Massimo d’Alema (S&D), mais son nom a été retiré.

Portefeuille attribué : Entreprise et industrie

 Lettonie. Andris Piebalgs (Latvijas Cels « la voie lettone »/PPE), le commissaire actuel, est renouvelé. Il n’y a pas vraiment d’autre candidat dans son pays. Propulsé par défaut en 2004, il n’a pas fait un si mauvais parcours au poste de commissaire à l’Energie malgré des débuts balbutiants.

Portefeuille attribué : Développement

Lituanie. Algirdas Gediminas Semeta (-), le commissaire nommé en remplacement de Dalia Grybauskaité, devenue Présidente de Lituanie en mai 2009, reste dans la Commission 2010.

Portefeuille attribué : fiscalité et douanes

     Luxembourg. La commissaire chargée de la société de l’information, Viviane Reding (CSV/PPE), a été désignée pour rester à la Commission. C’est son troisième mandat qui en fait la vétérante de l’institution. Elle compte en profiter pour demander un poste plus important, en matière économique par exemple. Un autre a été obtenu important et visible.

Portefeuille attribué : justice, citoyenneté et droits fondamentaux

      Malte. Le commissaire chargé de la Pêche, Joe Borg (Parti national/PPE) était candidat à la reconduction. Mais le gouvernement a préféré un autre candidat: John Dalli (parti national/PPE), l’actuel ministre de la politique sociale, qui a occupé divers postes ministériels depuis 1987.

Poste envisagé : affaires sociales. Portefeuille attribué : Santé et consommateurs

Pays-Bas. L’actuelle commissaire à la concurrence, Neelie Kroes (VVD/ADLE), avec son bon parcours, et son désir de rester à Bruxelles, a finalement été reconduite. Plusieurs candidats avaient cependant été cités durant ces derniers mois : coté CDA/PPE (Chrétien-démocrate), Piet-Hein Donner (ministre des Affaires sociales) ou Cees Veerman (ancien ministre de l’agriculture, déjà candidat en 2004), et même Jaap de Hoop Scheffer (ancien secrétaire général de l’OTAN) pour le poste de Haut représentant ; coté PVDA/S&D (social-démocrate), Frans Timmermans (Affaires européennes) ou son prédécesseur Dick Benschop. NB: Le Premier ministre J.P. Balkenende qui visait plutôt la présidence du Conseil européen a été « barré » assez rapidement par plusieurs pays, notamment les Allemands qui ne voulaient pas de lui. Même si Neelie Kroes a le grand tort de n’être pas du même bord que la coalition au pouvoir, une forte pression s’est fait jour pour qu’elle puisse rester à la Commission. Les Pays-Bas craignaient d’être relégués dans un portefeuille moindre.

• Portefeuille envisagé : nouvelles technologies et telecoms, ou Commerce. Portefeuille attribué : nouvelles technologies (vice-présidente) Nb : sans le secteur « médias ».

Pologne. Malgré la désignation d’un autre commissaire, Pawel Samecki, pour remplacer Danuta Hübner au portefeuille de la Politique régionale dans l’actuelle Commission, c’est Jacek Lewandowski (PO-PPE), qui est le candidat de Varsovie pour être le nouveau commissaire.

• Ancien de Solidarnosc, il est député européen et vice-président de la Commission du budget au Parlement européen.

• Postes visé et attribué : budget et programmation financière.

Portugal. José-Manuel Barroso (PPE), actuel président de la Commission, a été confirmé à la tête de la présidence de la Commission. Ce sera son deuxième mandat (de cinq ans). Il a été Premier ministre du Portugal jusqu’à 2004. Portefeuille : président (secrétariat général, service juridique, service du porte-parole)

Roumanie. Le ministre de l’Agriculture, Dacian Ciolos (-), avait été confirmé officiellement par le gouvernement, avec le soutien des deux principaux partis (socialiste du PSD et libéral du PDL). Mais le gouvernement est tombé le lendemain de sa nomination. Après quelques tergiversations, et hésitations, le gouvernement a finalement décidé de maintenir ce choix. Dacian Ciolos a fait ses études en France, à Rennes, et a travaillé dans l’agriculture biologique.

• Du coup le poste visé et le portefeuille attribué : Agriculture et développement rural.

 Royaume-Uni: l’actuelle commissaire (Commerce) Catherine Ashton (Labour/PSE), nommée en octobre 2008, en remplacement de Mandelson reparti à Londres, souhaite être renouvelée. Le poste de Haut représentant avait été proposé à David Miliband (Labour/PSE). Mais il l’a refusé (partir à Bruxelles était un enterrement). Et Gordon Brown ne voulait pas se défaire de lui. L’hypothèse Geoff Hoon a été testée, trop risquée. Finalement donc, Ashton est restée. Et les Britanniques ont emporté le poste de Haut représentant tout de même. Un beau coup de poker.

• Catherine Ashton n’a pas d’expérience de la diplomatie en tant que telle et a davantage occupé des postes dans le domaine social et d’éducation. Après des études d’économie à l’Université de Londres, elle est secrétaire administrative du CND la campagne pour le désarmement nucléaire (1977-79) puis en devient vice-présidente, elle le quitte en 1983, directeur de Business in the Community (une association d’employeurs qui met la responsabilité sociale au cœur de ses responsabilités et est soutenue par le Prince Charles) et met en place le forum des Employeurs sur le handicap. Elle préside ensuite l’autorité de santé dans le Hertfordshire (1998 – 2001) et devient Vice-Président du Conseil national des familles monoparentales (One Parent Families). Elle est faite paire du royaume en 1999 (life peer) comme Baroness of Upholland. Sous-secrétaire parlementaire au Département (ministère) de l’Education en 2001, elle est même quelques jours ministre de l’Agriculture sous Tony Blair avant de rester sous-secrétaire parlementaire au Département des affaires constitutionnelles en 2004, puis sous-secrétaire d’Etat parlementaire au ministère de la Justice en mai 2007. Peu après, elle est nommée au cabinet de Gordon Brown comme leader de la Chambre des Lords et de lord président du Conseil. Mais elle surtout un haut fait d’armes à son actif : avoir en tant que leader de la chambre des Lords réussi à faire passer la ratification du traité de Lisbonne.

• Portefeuille attribué : Haut représentant à la politique étrangère, vice-président de la Commission chargée des relations extérieures.

 Slovaquie. Le commissaire à l’Éducation, Jan Figel (KDH/PPE), revenu à la politique nationale comme leader du parti, a été remplacé, en octobre 2009, par Maros Sefcovic (-). (NB : le nom du ministre des Affaires étrangères, Miroslav Lajcak, avait aussi été avancé un moment).

• Né à Bratislava en 1966, lui aussi (comme Füle) est passé par l’école des Relations internationales de Moscou, il a servi dans le ministère tchécoslovaque des Affaires étrangères à partir de 1990. Après le partage du pays en 1993, Sefcovic a continué au sein de la diplomatie slovaque et a notamment été ambassadeur à Tel-Aviv en Israël de 1999 à 2002. A l’adhésion, en 2004, il passe à Bruxelles comme représentant permanent auprès de l’UE, poste qu’il a occupé jusqu’à 2009.

Portefeuille attribué : relations inter-institutionelles et administration

  Slovénie. Le commissaire actuel à la Recherche, Janez Potocnik (LDS/ADLE) est reconduit par le gouvernement de coalition de centre-gauche.

• Poste visé : le même (Recherche). Ou un poste à valeur économique.

Portefeuille attribué : environnement

Suède. A Stockholm, après l’hypothèse « Carl Bildt » (Modérés/PPE), pour le poste de Haut représentant, et celle de l’actuelle ministre du Développement, Gunilla Carlsson, qui a siégé au Parlement européen de 1999 à 2002, à la commission des affaires étrangères et défense, c’est finalement Cecilia Malmström (Parti libéral/ALDE) qui a été retenue.

• Ministre des Affaires européennes depuis 2006,  elle a siégé auparavant au Parlement européen (depuis 1999) à la commission des Affaires étrangères (et comme suppléant à la commission du marché intérieur). Elle s’y est distinguée en animant la campagne pour le siège unique du Parlement européen (à Bruxelles) et donc son départ de Strasbourg. Son Cv indique des expériences diverses : assistant technique à SKF à Paris, infirmière psychiatrique, enseignante en sciences sociales pour adultes (jusqu’à 1992), chercheuse à l’université de Göteborg (1992-1999) avant d’entrer en politique : elle est membre de l’exécutif du parti libéral du Peuple en 1997, du Conseil régional de Västra Götaland en 1998. Née à Stockholm en 1968 (le 15 mai), elle a fait ses études en France (à Sorbonne, littérature en 1987) et à Göteborg (doctorat de sciences politiques). Elle a deux enfants.

Portefeuille attribué : affaires intérieures

 Rép. Tchèque. Le capharnaüm a longtemps régné. Chaque parti a proposé un candidat. L’actuel commissaire européen à l’Emploi, Vladimir Spidla (CSSD/PSE), pour les socio-démocrates ; l’ancien ministre des Affaires étrangères, Alexandr Vondra (ODS/PPE) pour le parti chrétien-démocrate, voire l’ancien Premier ministre Mirek Topolanek (ODS / PPE). Devant l’impasse politique, plusieurs autres noms ont été cités, chaque semaine amenant une nouvelle hypothèse, citons : Marek Mora, l’actuel vice-Ministre des Affaires européennes; Jan Svejnar, le candidat défait à la présidentielle ; Jan Kohout, l’actuel ministre des Affaires étrangères ; ou Vladimir Douhy (ODS), membre du PC jusqu’à 1989 puis de l’ODA ensuite, ancien ministre de l’Industrie et du Commerce, de 1992 à 1997, grand artisan des privatisations, banquier chez Goldman Sachs ; l’actuel gouverneur de la Banque nationale tchèque, Zden?k T?ma. Le nom de Jan Fischer (-), l’actuel Premier ministre du gouvernement technique, ancien directeur de l’Office des Statistiques, a même été cité, mais l’intéressé s’est ravisé et a dénié le poste.

• Finalement c’est Stefan Füle, l’actuel ministre des Affaires européennes (proche du CSSD/S&D) formé à l’école des relations internationales de Moscou, ancien ambassadeur de son pays à l’OTAN, et en tant que tel farouche partisan du bouclier anti-missiles, qui revient à Bruxelles, cette fois comme commissaire européen.

Portefeuille attribué : élargissement


Première analyse

Au premier bilan on peut faire quelques constats :

• Politiquement, il y a une nette prédominance de la droite – les chrétiens-démocrates du PPE (11, contre 9 aujourd’hui) et les libéraux de l’ADLE (8 contre 10 aujourd’hui) – tandis que les sociaux démocrates S&D plafonnent (4 contre 6 aujourd’hui), et 4 « techniciens ». Si on rattache les « techniciens » au parti politique dont ils sont proches, l’équilibre global ne change pas beaucoup. On arrive à 12 Chrétiens-Démocrates, 9 libéraux et 6 socialistes. Cela est en ligne logique avec la couleur politique des chefs de gouvernement mais n’est pas en relation avec la composition de la majorité des gouvernements européens, où les coalitions gauche-droite sont nombreuses. Et l’équilibre général entre la Gauche-Droite en Europe (qui oscille souvent entre 40-60%) est  rompu. Cela constitue donc un risque pour une institution dont la fonction est normalement de représenter l’intérêt général européen. D’autant qu’en cinq ans, la tendance peut s’inverser dans les Etats membres. A cela il faut ajouter un certain manque d’homogéité des partis politiques : un social-démocrate tchèque ou britannique est plus proche d’un libéral néerlandais tandis qu’un libéral belge ou un UMP français est plus proche d’un socialiste espagnol…

• Le nombre de femmes a progressé depuis les premiers comptages. Début septembre, il y avait seulement 4 femmes nominées. Début novembre, on en avait 7 ou 8. Il y en a désormais 9 (contre 10 au début de la Commission 2004 mais 8 seulement aujourd’hui). Ce qui est déjà plus acceptable mais pas encore suffisant pour atteindre la parité. Aucun commissaire, en revanche, n’est issu d’une minorité. C’est d’ailleurs un problème général de la haute fonction publique européenne qui ne compte quasiment pas de membres issus de communautés immigrées hors d’Europe.

• La moitié du collège reste en poste : 15 sont des anciens (12 si on décompte ceux qui n’ont pas été nommés cette année : Belgique, Lituanie, Slovaquie). Et 6 sont vraiment nouveaux. 4 ne sont pas vraiment en terrain inconnu à Bruxelles : ils reviennent à la Commission après un détour dans un gouvernement national (France) ou étaient précédemment au Parlement européen (Pologne), après un détour national (Suède, Bulgarie).

Nb : Cette Commission devrait s’enrichir, en cours de mandat, de plusieurs noms supplémentaires, au fil des adhésions : un commissaire islandais voire un commissaire croate, si les processus d’adhésion se déroulent sans accroc.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(dernière mise à jour : 27 novembre 2009)

Dernier baroud d’honneur des opposants à Barroso

Tour à tour, deux des opposants les plus résolus à la reconduction de José-Manuel Barroso au poste de président de la Commission européenne sont venus devant les
journalistes, ce mardi matin au Parlement européen de Strasbourg.

Martin Schulz (Socialistes & Démocrates) : « on ne peut pas trouver plus servile que Barroso »

Martin Schulz, le leader des Socialistes et démocrates, se voulait offensif. Même si on ne le sentait pas à l’aise sur son groupe. Ce dont il ne s’est pas caché : « j’ai un grand
problème, la famille sociale-démocrate est divisée. Des Premiers ministres socio-démocrates sont pour la nomination de Barroso. Et je les comprends ».
Puis d’ajouter « J’avoue si j’avais été
Premier ministre, moi aussi, on ne peut pas trouver plus servile que lui (Barroso). » 
Il a ensuite lancé un avertissement au président de la Commisssion « Nos 184 sièges sont
indispensables pour une majorité, sauf à chercher une majorité à l’extrême droite
« . Et de s’interroger : « quelle valeur aura cette majorité formée avec les pires eurosceptiques« .

Le groupe libéral commence tigre, finit carpette. Au passage, il a donné une petite tape au groupe libéral « qui se voulait tigre et se montre carpette« .Un message qui a
aussi, et surtout, valeur d’avertissement pour une partie de ses propres troupes, tentées de voter pour Barroso. Car pour Schulz, a priori, c’est clair : « nous ne voterons pas pour lui
(Barroso). Ce n’est pas notre candidat. C’est le candidat des chefs d’Etat et de gouvernement, et de droite »
.

Ce que l’on veut : un changement d’orientation. Et Martin Schulz, au long du dialogue avec les journalistes, a martelé son message : « je ne veux pas parler des personnes mais du
contenu ». Du moins qu’il n’a pas confirmation d’une évolution plus nette que « quelques paroles en réunion« . Ce que nous voulons c’est un « changement d’orientation. Il faut que cette
Europe doit aller vers une Europe plus sociale. (Et non vers une société) où quelques banques encaissent des bonus tandis que la majorité des salariés s’appauvrit. »
  « Si le président,
pardon, le candidat, s’engegait sur un objectif « à salaire égal, travail égal », qu’il en faisait la ligne forte de son programme pour 5 ans, là ce serait différent ».

NB : le leader socialiste n’a pas voulu confirmer le chiffre de 40-50 socialistes prêts à voter pour Barroso, il s’est même montré un peu agacé des
questions des journalistes sur ce point. Et on le comprend. Ce vote « pour » pourrait ainsi se transformer en abstention. De même qu’une partie des votes contre. De fait, selon la confidence d’un
député socialiste, la consigne du groupe pourrait être l’abstention.


Cohn-Bendit : nous allons nous battre contre la candidature de Blair (comme président du Conseil européen)

Puis est venu le tour de Dany Cohn Bendit, le Vert. Celui-ci était bien plus détendu. Son groupe est plus uni sur cette question. Il a toujours été opposé à la fois à la personne de
Barroso et au vote actuel, estimant qu’il fallait le repousser à plus tard, après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Et « les évènements nous donnent raison« , a-t-il expliqué.

On ne peut pas changer les règles à la mi-temps. Pour lui c’est clair : « Il fallait attendre le résultat du référendum en Irlande, prolonger la Commission actuelle, surtout à la veille
de deux rencontres cruciales, le G20 et le sommet de Copenhague. Ce n’est pas avec de nouveaux commissaires que l’on pourra avoir une position européenne forte. Les commissaires actuels ont une
certaine expérience et l’habitude de fonctionner en collège. (…) Et procéder à la nomination de la nouvelle nomination sous une seule règle. Le Traité de Lisbonne (s’il est approuvé par les
Irlandais ». « On ne peut jouer la première temps sous une règle et changer la règle pour la deuxième mi-temps. On marche sur la tête »
a-t-il expliqué.

Contre la candidature de Blair. Le leader des Verts a dénoncé aussi les tractations en coulisses de Tony Blair pour le poste de président du Conseil européen. « Un Tony Blair qui fait
actuellement sa campagne pour sa nomination. » Et dont se préoccupent actuellement les chefs d’Etat. « Que croyez-vous que Sarkozy discute avec Zapatero. Du G20 ou de Copenhague. Peut-être un
peu. Ce qu’il voulait surtout savoir. C’est si (Felipe) Gonzalez se présente au poste du Conseil
« . « Nous allons nous battre contre Blair » a-t-il ajouté. Au passage, Cohn-Bendit s’est
inscrit en faux contre la position de son prédécesseur à la tribune de presse, celle du « grand président Schulz Tsé Toung !! » a-t-il ironisé. Pour lui, la politique européenne se fait
d’abord avec des personnes. « Le rôle du président de la Commission est d’avoir des personnalités dans un chapeau et de leur donner du contenu ». Pour lui la solution reste : « d’attendre le
résultat du vote des Irlandais, de prolonger la Commission actuelle jusqu’à l’entrée en vigueur de Lisbonne et de voter le président de la Commission et la Commission sous une même règle, celle du
Traité de Lisbonne »

Commentaire : la jauge pour le vote de Barroso. Pour Barroso comme pour les parlementaires, maintenant, la question n’est pas de savoir si Barroso va l’emporter. Mais de combien. Est-ce
qu’il passera le seuil de la majorité absolue (369 sièges aujourd’hui) ? De quel écart va-t-il l’emporter ? Et de quel volume seront les abstentions (surtout si une large partie des socialistes
s’abstiennent) ? Ce sont ces trois données qui donneront la valeur de la solidité de sa candidature pour le reste des évènements (la nomination des commissaires risque d’être très agitée en cas de
vote serré). Selon les derniers chiffres, mardi matin, Barroso décrocherait une majorité d’au moins 340 sièges. Soit une majorité relative confortable.

Barroso, l’homme chamallow avec un beau trompe l’œil social

José-Manuel Barroso finit, cette semaine, un petit tour devant les groupes politiques pour présenter son programme (cela a commencé lundi avec les Conservateurs et continue mardi avec les chrétiens-démocrates (PPE) et les communistes. Puis viendront les Socialistes (S&D), les Verts et les Libéraux de l’ALDE (mercredi). La conférence des présidents se réunit jeudi pour décider si le vote aura lieu le 16 septembre ou en octobre. Avec en guise d’argumentaire, un document d’une cinquantaine de pages. qui résume les « orientations politiques » pour non pas les cinq ans mais les dix ans à venir. « En fixant les priorités de l’Europe (jusqu’à 2020), nous pourrons mieux définir le travail qui attend la Commission pour les cinq années à venir ».

Le chamallow Barroso. Barroso est ambitieux… et prudent. Il noie le poisson. Pour moi, il ressemble vraiment aux chamallows (marschmallows en anglais), ces bonbons de guimauve, de couleur vive, rose, blanc, vert, à macher, qui vous remplissent la bouche, fondent vite, en devenant une espère de patte blanche et ne vous laissant au final qu’une petite impression de sucre, pas désagréable d’ailleurs, mais qui ne vous nourrit pas vraiment…

Ca commence bien, ca finit mal (comme toujours…) Ce document commence cependant de façon très intéressante. Autant le dire. J’ai été séduit par les premières pages. Si si.. Certains questions stratégiques semblent assez clairement posées : « Voulons-nous diriger, façonner la mondialisation en nous fondant sur nos valeurs ? Ou allons-nous laisser l’initiative à d’autres. » Une è Europe forte (…) ne signifie pas une centralisation accrue des pouvoirs à Bruxelles ». (NB : et effectivement la construction européenne – qui est désormais bien avancée – doit réfléchir précisément à ses rapports avec les Etats membres). Et puis certaines phrases font plaisir (enfin !) : « Nous devons mettre la dignité humaine au cœur de nos efforts (…) combler le fossé entre la réalité de l’intégration européenne et les perceptions de la population ». « La priorité à court terme doit être de réussir la sortie de crise, de soutenir la demande et d’enrayer la montée du chômage ». « L’Europe doit être plus politique ». etc. Suit un petit laïus plus personnel – « L’Europe en laquelle je crois » – , élaboré. On sent un Barroso convaincu, exprimant (sans doute) avec ses réflexions plus personnelles : « Je m’oppose radicalement à cette vision (du) déclin de l’Europe. Je suis convaincu que l’heure de l’Europe a sonné » (1). « Ce n’est qu’en étant unie dans l’action que l’Europe dispose de la masse critique nécessaire ». « Je veux apporter ma pierre à l’édifice en aidant l’Europe à tenir pleinement ses promesses »… On aurait envie d’y croire, d’avoir là un élément moteur. La dernière phrase cependant sonne en guise d’avertissement : « J’ai toujours préféré, et je préférerai toujours, les réalisations concrètes aux discours creux ».

Beaucoup, beaucoup de déjà et peu de propositions concrètes.

Et après cela dérape, on retrouve le Barroso tel qu’on l’a connu ces cinq dernières années : imprécis, fuyant, incapable de fixer un cap, d’aligner un programme concret, décisionnel. Ses orientations sont un espèce de fourre-tout, destiné à attraper un peu tous les poissons. Et naturellement de pouvoir former une majorité de parlementaires qui puissent l’approuver.

Fidèle à lui-même, Barroso fait nombre de constats. Son document passe d’ailleurs davantage de place à défendre l’acquis de la Commission actuelle qu’à tracer les lignes de la défense future. Et quand il y a une proposition, elle consiste à des généralités. Très générales. José-Manuel adore analyser, évaluer…

De l’analyse, de l’analyse… Il va ainsi lancer une « analyse approfondie sur les chaînons manquants du marché intérieur », « rédiger un rapport complet sur les obstacles que rencontrent les citoyens et proposer des solutions pour les éliminer au mieux », Etc… On se demande pourquoi cela n’a pas déjà été fait ! Idem pour sa proposition de « canaliser les différents instruments et stratégies existants (agenda social, stratégie de Lisbonne…), et les modifier si nécessaire, afin de développer l’économie sociale de marché solidaire et durable ». Un peu général.

Du déjà vu… Il s’engage également à « recenser les compétences qui seront requises à l’avenir et à utiliser les programmes communautaires pour aider les Etats membres à fournir les qualifications et compétences nécessaires ». Etc… C’est un peu faible. Et surtout une impression de déjà vu…

Une absence de souffle. Au final, j’ai l’impression que Barroso a tenté, péniblement de répondre aux défis actuels : changements climatiques, crise économique… sans se poser les questions des défis futurs (un peu de prospective n’aurait pas fait de mal) ni répondre à quelques questions « clivantes » (peu de lignes par exemple sur l’élargissement et les frontières de l’Europe).

Et une  inspiration néolibérale toujours très présente

Soutenir la demande mais sans effort budgétaire. « La priorité est de continuer à soutenir la demande et d’enrayer le chômage » Avec « mise en œuvre résolue du plan européen pour la relance économique, maintien des taux d’intérêt à un faible niveau et recours aux règles européennes d’aides d’État ». C’est tout ! Mais la nécessité de « corriger les déficits excessifs avec détermination et diligence » est fermement rappelé. Autrement dit, pas de possibilité de dérapage budgétaire pour la relance. Et rien sur la façon de concilier le nécessaire respect du pacte de stabilité avec la relance économique. le coté « intelligent » du pacte n’est pas mis en valeur.

Et toujours une obsession les charges administratives plutôt que de la politique industrielle. Barroso propose également une nouvelle stratégie pour la politique industrielle. On se réjouit. Et on attend. Rien… La seule proposition consiste à « supprimer les charges administratives inutiles et garantir la sécurité juridique dont les entreprises ont besoin pour investir à long terme. ». C’est d’ailleurs son obsession. Plus loin on trouve son engagement à réduire la charge administrative d’ici 2012 de 25%.

L’intérêt général aux abonnés absents. Il faut développer un « secteur de services moderne ». « Le développement global du secteur des services sociaux et des services de santé devra être stimulé, par exemple en créant un cadre de qualité pour les services publics et sociaux, ce qui témoignera de leur importance dans le modèle social européen ». Tous les mots sont là. Mais pas dans le bon ordre. Et il y a un absent de taille. On remarquera que pas une fois le mot « intérêt général » n’est prononcé pour ces services qui sont vraiment au cœur de l’intérêt général. Ensuite, il ne mentionne pas un « cadre »
européen. Mais un cadre (autrement dit il peut être national). Enfin il ne s’agit que de la « qualité ». Ça ne va pas très loin. En revanche, plus loin, on trouve « la Commission proposera un nouveau cadre pour les partenariats public-privé en vue de faciliter la mise en comun de différentes sources de financement pour maximiser les investissements dans les années à venir »…

Des travailleurs disciplinés. Le plus savoureux est quand même quand il parle des droits sociaux. Il y a un vibrant appel à les défendre, à ne pas accepter de régression, à défendre le droit de grève. Sans rien de précis. Mais quand il s’agit de collaborer avec les partenaires sociaux, l’appel est plus concret.
« Nous devrions renoncer au modèle fondé sur des relations industrielles conflictuelles, qui est dépassé, au profit d’une approche plus globale sur le lieu de travail, fondée sur l’engagement des travailleurs et la qualité du travail ». Autrement dit : cessez de geindre, de faire la grève, de réclamer, bossez et rengagez-vous. Du pur maître des forges du XIXe siècle !

Des retraites pour les retraités.. La crise a « démontré l’interdépendance des différents piliers des régimes de retraite. (…) Elle a aussi mis en évidence que les fonds de pension étaient un élément important du système financier ». C’est tout ! Si « il faut veiller à ce que les retraites remplissent leur fonction et accordent un soutien maximal aux retraités actuels et à venir ». Ce serait dommage si on disait le contraire – 🙂

La préoccupation sociale : un leurre !

Au final. Un fait est certain. La préoccupation sociale qui semble omniprésente est un leurre. Certes l’objectif « Combattre le chômage et renforcer la cohésion sociale » figure ainsi en deuxième position de ses priorités, avec la relance de la croissance économique (en premier), une Europe durable, la sécurité des Européens, la citoyenneté et la participation dans l’UE. (NB : Les mauvaises langues diraient : une priorité par groupe politique, ce qui n’est pas vraiment faux !) … Mais malgré les mots, l’Europe sociale reste le parent pauvre de la politique européenne.

Les larmes de crocodile de Barroso sur l’Europe sociale

(B2) José-Manuel Barroso a été « ‘très très déçu de ne pas voir son idée de Sommet social » retenue. On a vraiment peine pour lui. Et on devrait pouvoir partager sa peine. Si celle-ci n’était pas aussi feinte. Car concrètement que proposait la Commission européenne pour ce sommet social. Mettre en place de nouvelles législations, de nouveaux financements, proposer de nouvelles idées… Rien de tout cela. Il s’agissait juste de rappeler tout ce qui est fait en Europe au niveau social. C’est oublier un peu vite sans doute que la Commission Barroso I n’a eu de cesse durant ces cinq années que de reporter à toujours plus tard les réformes sociales qu’elle devait et pouvait faire. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, malgré les arrêts de la Cour de justice européenne et les injonctions du médiateur, aucune procédure n’a été entamée contre les Etats en infraction sur le temps de travail. La révision des directives sur le licenciement est tombé aux oubliettes. Les réflexions qui avaient été à l’oeuvre durant les années précédentes sur la gestion prévisionnelle de l’emploi, le financement des formations, la participation aux résultats … est restée lettre morte. Encore récemment, la commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes, estimait qu’il n’était pas judicieux d’imposer aux Etats membres qui venaient en aide à certaines entreprises de limiter certains salaires ou bonus (sauf dans le secteur des banques où la situation sentait tellement le roussi qu’une demi-mesure a été prise).

 (NGV)

Quand J.M. Barroso lâchait l’Airbus A400M, par amitié…

(BRUXELLES2) C’était le 20 février 2003. Le Portugal dirigé alors par le Premier ministre, José-Manuel Barroso (aujourd’hui président de la Commission européenne), fervent admirateur de Georges Bush, entérine dans une nouvelle loi de programmation militaire la réorientation de certaines de ses dépenses, vers un programme d’achat plus conforme aux vues de l’allié américain. L’Airbus A400M – auquel le Portugal participe depuis le début – est dans la ligne de mire. Le Portugal suspend l’achat (3 avions) et sa participation au programme. Un mois plus tard à peine, les Etats-Unis – aidés par certains de leurs alliés – déclenchent ce qu’on appelle la troisième guerre d’Irak.

L’objectif officiel est de diminuer les dépenses

L’Airbus A400M est « si cher » qu’il est préférable d’acheter le Lockheed C130J (Super Hercules) explique alors un porte-parole du Ministère de la Défense. « Les concurrents américains nous ont présenté une offre qui permet d’acheter le double des avions ». On peut avoir un doute sur cette approche comptable. Car, en se retirant du programme, le Portugal renonce aussi aux contreparties pour sa petite industrie aéronautique (dans le consortium Airbus A400M, les Portugais devaient concevoir le design du fuselage). Ce qu’il gagne en gain budgétaire, il le perd en perte industrielle. De plus, cette réorientation s’accompagne d’achats de matériels, comme des sous-marins, dont l’utilité immédiate paraît futile si l’objectif est de redresser les comptes.

Les raisons de ce retrait sont plutôt très politiques

Il s’agit surtout d’un geste permettant de montrer toute la fidélité du nouveau gouvernement portugais à l’allié américain. Nous sommes alors en pleine crise irakienne qui provoque un schisme en Europe – non pas entre la vieille Europe et les nouveaux Etats membres, ni entre les modernes et les conservateurs comme on l’a souvent dit, à tort -, mais entre les Atlantistes – adeptes d’une politique d’une grande puissance – et les partisans d’une politique multinationale onusienne et européenne (1). Dans les pays qui produisent l’A400M la division est nette : l’Espagne et le Royaume-Uni se sont rangés dans le camp américain – rejoints par l’Italie et le Portugal – tandis que la France, l’Allemagne, la Belgique et même la Turquie ont marqué leurs réserves à cette intervention (lire Louis Michel à l’époque). Les Américains ont d’ailleurs fait pression sur les Italiens (avec succès – dès l’arrivée de Berlusconi au pouvoir, l’Italie se retire) comme sur les Britanniques pour qu’ils se retirent du programme (les Britanniques résisteront,
eux !). Ils tentent aussi de faire pression par tous moyens sur les Allemands et les Français. Dans les motivations américaines, il n’y a, bien sûr, pas uniquement que des raisons politiques mais bien entendu industrielles. C’est l’occasion pour certains proches de l’administration Bush… et de Lockheed d’éliminer un concurrent notable.

Une des premières décisions du nouveau gouvernement portugais

La décision portugaise de retrait du programme A400 est prise, en fait, dès les premiers jours du gouvernement de coalition des droites (PSD – CSD) en mai 2002. Le ministre portugais de la défense, Paulo Portas (un des leaders du CSD) est aussi un atlantiste invétéré. Il est assez proche de Bruce P. Jackson, lobbyiste américain très actif sur l’affaire irakienne, proche de Dick Cheney (2)… et vice-président de Lockheed-Martin. A la Wehrkunde (la conférence de la sécurité) de Münich début février 2003, les Etats-Unis cherchent à isoler les Allemands et les Français. A la manoeuvre : le portugais Paulo Portas qui apostrophe le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, dans les couloirs évoquant Münich, et les dangers du pacifisme « dangereux en 1938, dangereux dans les années 1980 » et… Bruce Jackson qui explique doctement aux journalistes combien les Franco-Allemands sont isolés face aux 18 Etats qui ont signé pour une intervention en Irak (3).

Alors… l’abandon de l’Airbus A400M par l’équipe Barroso-Porta : une simple motivation budgétaire, personne n’y croit vraiment… Mais pour Airbus, l’annulation des commandes italienne et portugaise (19 avions) est un coup dur et, même une perte sèche qu’on peut chiffrer à un peu plus de 2 milliards d’euros ! (ce qui équivaut aux pertes actuelles !).

(1) Parmi les « nouveaux » : Chypre, Malte et la république Tchèque n’ont pas signé la lettre (le président Havel n’a en effet signé qu’à titre personnel, quelques jours avant son départ du gouvernement, la lettre des 10). La Suède, la Finlande, l’Autriche (entrés dans l’UE en 1995) sont plus catégoriques et pour la poursuite des inspections. Parmi les « anciens », l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Danemark sont pour le déclenchement de l’intervention US. On compte dans les deux camps des gouvernements socio-démocrates (Royaume-Uni), voire même ex-communistes (Pologne), et libéraux ou chrétiens-démocrates.

(2) Ancien agent du renseignement militaire (jusqu’à 1990), il fut aussi actif en Bosnie et Croatie durant la guerre civile. Il travailla pour Lehman Brothers. Puis il oeuvra ensuite pour l’intégation à l’OTAN des pays d’Europe de l’Est et des Balkans à la tête du « US Committee on NATO » jusqu’à 2002. Il convainca notamment la Pologne de s’équiper du F16. Il réitéra ce type d’action de lobbying politique avec le « Committee of the Liberation of Iraq », cercle néoconservateur qui milita pour l’intervention en Irak et fut notamment sinon l’inspirateur des lettres « des 8 » et « des 10 ». Pour un aperçu plus complet du personnage. Sacré BPJ

(3) Lire « Allies at War » de Phillip H. Gordon et Jeremy Shapiro

(Photo : Commission européenne)

Bernardette Vergnaud, une nouvelle pédagogie de l’Europe

(B2 Archives) La nouvelle tête de liste pour la circonscription « grand ouest » aux élections européennes est une inconnue dans nos régions. Et pour cause. Bernadette Vergnaud est poitevine. Et elle ne s’en cache pas. Mais elle n’est pas une parachutée.

Faire de la pédagogie

Militante de base du PS dans le Poitou, conseillère municipale puis adjointe au maire de Poitiers et députée européenne, cette proche de Ségolène Royal compte bien d’ailleurs faire une campagne active en Bretagne et dans les Pays de Loire, avec ses colistiers. Ancienne professeur de latin, cette creusoise d’origine a su se fondre rapidement dans le panorama européen, multilingue, où il faut être présent, dépasser les clivages politiques, tout simplement pour gagner des majorités. Mais elle a su garder de sa profession d’origine un atout : «  être pédagogue ». Et c’est ce qu’elle entend faire durant cette campagne. A commencer par dépasser les clivages internes, nombreux au PS.

En finir avec les clivages

« Il faut en finir avec le débat sur le Oui et le Non à la Constitution, c’est dépassé », explique-t-elle.  « En temps de crise, un pays tout seul ne peut rien. Il faut davantage d’Europe. Mais pas n’importe quoi. Nous voulons davantage de solidarité, pas davantage de marché ». Pour autant, elle n’est pas tendre avec ceux qui critiquent sans cesse Bruxelles sans rien proposer. « Si on veut une autre Europe, il faut changer les majorités. Si on reste comme çà avec un Parlement à droite, une Commission européenne à droite, rien ne changera. La seule chance, c’est d’avoir une majorité de gauche, pour faire bouger les lignes et imposer un autre candidat à la tête de la Commission que l’actuel José-Manuel Barroso qui est un véritable désastre… ».

Nicolas Gros-Verheyde
Publié dans Ouest-France, mars 2009

Un deuxième mandat pour José-Manuel Barroso : loin d’être acquis ?

(archives) Le renouvellement du Portugais José-Manuel Barroso à son poste de président de la Commission européenne pour un deuxième mandat, donné comme sûr, début janvier par certains commentateurs, n’est plus vraiment acquis à regarder l’évolution politique en Europe.

Quelle que soit la procédure utilisée (Traité de Nice ou de Lisbonne), le président de la Commission européenne est, en effet, nommé par les chefs d’Etats et de gouvernement mais il doit aussi être adoubé par le Parlement européen issu des urnes. Ignorer la configuration démocratique c’est prendre un risque certain de censure. L’épisode Buttiglione en 2004 l’a prouvé puisque le commissaire italien pressenti a été éjecté pour ce qu’il a cru pour un « bon » mot contre les homosexuels et failli entraîné la Commission dans sa chute.

Les chefs de gouvernement à la manoeuvre

Si nombre de chefs de gouvernement affirmaient, début janvier, vouloir soutenir Barroso. Nombre d’entre eux ont aussitôt ajouté : « pour le moment » Un candidat faute de mieux en quelque sorte. D’autant que se profilent des élections locales ou générales dans plusieurs pays (Allemagne, Belgique, Bulgarie, Lettonie…) qui pourraient changer la donne. L’ancien Premier ministre portugais de droite n’a pourtant pas démérité dans la mission qui lui avait été confiée par les Chefs de gouvernement en 2004 : amoindrir la Commission et faciliter les accords entre gouvernements. Personne ne voulait en effet d’un nouveau « Delors », « Santer » ou même « Prodi » qui, chacun, à leur manière ont tenu à affirmer l’indépendance de « Bruxelles ».

Mais cette stratégie a montré ces limites, notamment avec le manque de réaction dans la tourmente financière, économique et demain sociale qui marque l’Europe. Ainsi, y compris au sein de sa famille politique, le Parti populaire européen (PPE), celui qui a été proche de Bush paraît appartenir au passé. Et le couple allemand reconstitué, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, semble décidé à pousser une alternative. La vraie-fausse candidature du Premier ministre néerlandais, Jan-Pieter Balkenende n’est donc pas due au hasard et ressemble davantage à un ballon d’essai.

Le Parlement européen en arbitre

Au Parlement européen, il est difficile de déterminer 100 jours avant les élections quelle sera la majorité issue des urnes. D’autant que le nombre de députés va changer, passant de 785 à 736. Mais selon les premières projections réalisées par la Lettre de l’Expansion, à partir de sondages nationaux, même si ceux-ci varient brutalement d’un jour à l’autre, on observe une relative stabilité des grands groupes : Chrétiens-démocrates du PPE, Socio-démocrates du PSE, Centristes et libéraux de l’ADLE. Les pertes dans un pays compensant les gains dans un autre. Le PPE garderait cependant son titre de premier groupe. Mais l’avance sera-t-elle aussi nette qu’aujourd’hui ? Surtout si les tories britanniques, les Tchèques de l’ODS et autres eurosceptiques décident de faire groupe à part. Le PSE – malgré un mauvais score attendu en Italie et en Hongrie – ne s’effrite pas comme prévu. A cela deux raisons : en 2004, le score était si mauvais au Royaume-Uni et en Allemagne qu’il est difficile de le réitérer. Et l’effet « crise économique » joue en leur faveur. En revanche, le mouvement se fait aux extrêmes.

La poussée de l’Ultra-gauche est nette dans tous les pays (+ 10/15 sièges). Tandis qu’à l’extrême-droite et chez les populistes, c’est plus confus. La relative chute du PiS en Pologne et de l’UKIP au Royaume-Uni, deux grands pays, pourrait relativiser l’arrivée de Libertas qui reste cantonné à de petits pays. Du moins, pour l’instant. Ces évolutions ont une constante: le PPE, incontournable dans toute alliance au sein du Parlement, pourrait perdre ce monopole. Une alternative allant du centre à l’ultra-gauche devient possible. Du moins sur le papier. Ce qui met les Libéraux ou les Socialistes en position de force. Et affaiblit encore les chances pour Barroso d’être nommé. Les leaders des groupes actuels : l’Allemand Schulz (PSE), le Britannique Watson (ALDE) et le Franco-allemand Cohn-Bendit ne portant pas l’actuel président de la Commission dans leur cœur.

Le Haut représentant, le « vrai » homme fort de la Commission

Selon le Traité de Lisbonne, le Haut représentant « pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » devient l’homme fort » de la Commission européenne, au même titre que son président, voire plus. Remplacer l’Espagnol Javier Solana sera donc ardu. Son successeur devient à la fois vice-président de la Commission européenne et président du Conseil des Ministres des Affaires étrangères. Et il participe au Sommet européen. Comme commissaire, il a le droit de vote sur tous les dossiers, même ceux qui ne sont pas de sa compétence directe.

Comparé à un poste gouvernemental national, il cumule ainsi les portefeuilles des Affaires étrangères, de la Défense et un bout de Bercy. Le poste est prestigieux. Mais pour l’occuper, il faut plusieurs conditions comme une expérience internationale. Parmi les prétendants possibles : le Suédois Carl Bildt, le Finlandais Alexander Stubb, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, actuel secrétaire général de l’Otan à moins que la France présente un candidat. Deux personnes remplissent actuellement les critères, côté français : Michel Barnier ou Bernard Kouchner.

Nicolas Gros-Verheyde
publié dans La lettre de l’expansion, février 2009

Quand JMB (Commission europ.) rencontre JHS (Otan), que se disent-ils?


(B2) Fais un « effort supplémentaire en Afghanistan« . Ecoute « davantage la Russie sur la sécurité européenne« . Résolvons « la question turco-chypriote » qui empoisonne les relations entre nos deux organisations. Concertons-nous « sur l’avenir de l’Ukraine et la Géorgie dans nos deux organisations… Voici quelques uns des sujets – entre autres – qui ont été évoqués, au cours d’un petit-déjeuner entre JMB – José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne -, et JHS – Jaap de Hoop Scheffer, le secrétaire général de l’OTAN, qui s’est déroulé lundi. Du moins ce que j’ai pu en savoir. Car ce genre de rencontres est souvent très discrète et rien ne filtre vraiment…

Afghanistan. L’Otan qui accroit sa présence militaire en Afghanistan, entend que cet effort soit aussi suivi d’un effort civil. « L’UE qui fait beaucoup pour le pays devrait aussi trouver les moyens de faire plus » a ainsi expliqué le secrétaire général de l’OTAN. Du coté de la Commission, on a rappelé tout l’effort déjà engagé (NB : l’UE a déjà engagé pour l’Afghanistan pour la période 2007-2010, 610 millions d’euros – dont 200 millions d’euros pour le soutien à la réforme et au renforcement de la police et de la justice). Mais on pourrait envisager de « s’engager sur le financement de la préparation des élections » (au mois d’août) explique-t-on. Le montant reste pour l’instant indéterminé. Il s’agirait de financer la préparation des élections, les infrastructures. Une mission d’assistance ou de surveillance électorale pourrait aussi être diligentée. Mais cette question est encore en discussion, « il y a des problèmes de sécurité… » estime-t-on du coté la Commission.

Coopération UE-OTAN. Cette coopération « présente des succès mais aussi quelques difficultés » assure-t-on à l’Otan, avec notamment les questions chypriote (membre de l’UE mais pas de
l’Otan) et turque (membre de l’Otan et pas de l’UE) qui bloquent nombre d’échanges entre les deux organisations. Le SG de l’Otan semble avoir demandé l’aide de la Commission pour faire un peu
pression sur le Chypriote. Et permettre de débloquer cette question pesante.

Ukraine et Géorgie. Les deux pays – ex-soviétiques – frappent aux portes des deux organisations. Il était donc « nécessaire d’avoir un échange de vue, de croiser nos informations sur la
situation »
raconte un témoin. En effet, il y a quelques critères communs entre l’adhésion à l’Otan et à l’UE – même si les deux organisations sont différentes : démocratie, stabilité, pluralisme politique, économie ouverte, respect des droits de l’homme… Le résultat semble clair : ces deux pays ne remplissent pas les critères. Mais il faut tout faire pour les stabiliser, les arrimer à l’Europe, ce qui sous-entend également les dégager d’une trop emprise russe. Par le biais de la politique de voisinage pour l’UE, par un partenariat renforcé pour l’Otan.

Sécurité européenne. José-Manuel Barroso a souligné à son interlocuteur la nécessaire de « ne pas isoler » la Russie, de considérer avec attention la proposition sur la sécurité européenn de Medvedev, de voir ce qu’ils peuvent proposer, de « ne pas refuser le dialogue« .

Dernier « détail » qui a son importance : José-Manuel Barroso qui était présent au sommet de l’Otan de Bucarest souhaiterait aussi être présent à celui de Strasbourg-Kehl où sera également abordée la question de l’Afghanistan. Une question de logique de compétences… mais de prestige également… et de nécessité politique. JMB, qui est candidat à un deuxième mandat, ne veut pas louper l’occasion de se retrouver d’égal à égal avec les Chefs d’Etat et de gouvernement dans ce qui promet d’être une « grande fête » européenne. Lui, qui a été un « bushiste » de la première heure, tient aussi à se rattraper par une présence aux cotés d’Obama.

Le seul sujet qui n’a pas été abordé, c’est l’éventuelle candidature de Jaap de Hoop Scheffer au poste de Haut représentant pour l’UE (qui doit rencontrer l’assentiment du futur président de l’UE). Mes interlocuteurs me l’ont juré, la main sur le coeur et… sourire aux lèvres!

(NGV)

(Photo : Commission européenne, JSH et JSB lors d’une précédente rencontre en 2007).