Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE – PSDC (janvier 2019)

(B2) Depuis janvier, l’hôpital de Zenica en Bosnie-Herzégovine peut apporter son soutien médical à EUFOR en cas de besoin. Dans le Golfe d’Aden, Chinois et Européens renforcent leur coopération dans la lutte contre la piraterie. En Irak, les forces de la coalition anti-Daesh s’accordent sur les principes de la réforme de sécurité. Au Sahel, les formateurs d’EUTM Mali dispensent des formations en management opérationnel à la gendarmerie 

Zenica (Bosnie-Herzégovine). Soutien médical

Un mémorandum d’accord a été signé entre l’hôpital cantonal de Zenica et la force européenne (EUFOR) en Bosnie-Herzégovine, mardi (22 janvier) annonce le QG. Il concerne les conditions dans lesquelles un soutien médical et d’évacuation médicale (MEDEVAC) sera fourni au personnel de l’EUFOR Althea en cas d’urgence, précise le QG de l’opération.

Lviv (Ukraine). EUAM Ukraine prépare la police locale en vue des élections

Les 375 agents de patrouille et de district de Lviv ont reçu, durant trois semaines, une formation à la législation électorale ukrainienne, comme à les préparer à faire face à toutes sortes de situations, jusqu’à des cas de violences, lors des prochaines élections présidentielles. Le premier tour doit se tenir le 31 mars ; un éventuel second tour est prévu, trois semaines plus tard, le 21 avril. Mise en place et financée par la mission européenne de conseil (EUAM Ukraine), la formation est délivrée par l’ONG ukrainienne OPORA.

(crédit: EUAM Ukraine)

Ukraine. Équipement informatique d’investigation remis à la police

Le mission EUAM Ukraine a commencé à équiper la police ukrainienne de matériel spécifique pour les aider à améliorer leurs capacités d’investigation, d’analyse et de formation. Début janvier ce sont ainsi 30 ordinateurs portables, 50 caméras de surveillance et 50 disques durs qui ont remis à plusieurs forces de police régionales, à Rivne, Volyn, Ternopil, Ivano-Frakivsk et Vinnytsa. Au total, 17 régions d’Ukraine devraient bénéficier de matériel offert par la mission, dans le cadre d’un projet de fusion des activités d’investigation et opérationnelles sous une seule chaîne de commandement.

Golfe d’Aden. Renforcement de la coopération avec la Chine

Le commandant d’opération de l’opération européenne anti-piraterie (EUNAVFOR Atalanta) et le conseiller de défense chinois auprès de l’UE se sont rencontrés à Bruxelles pour renforcer leur collaboration dans la lutte contre la piraterie dans l’océan indien et autour de la Somalie. En 2018, les navires de l’Armée de libération du peuple (Chine) et ceux d’EUNAVFOR ont effectué conjointement plusieurs exercices et opérations de contre-piraterie. Et cette ‘bonne’ collaboration devrait continuer dans les mois à venir.

(crédit: EUNAVFOR Somalie)

Bagdad. Mise à jour de la réforme de sécurité

La mission de l’UE en Irak (EUAM Iraq) a accueilli la rencontre bimensuelle entre le conseiller politico-militaire américain, le commandant adjoint du bureau pour la coopération sécuritaire américaine en Irak, et le directeur des équipes de liaison ministérielles de la coalition internationale contre Daesh. La rencontre a permis de mettre à jour les principes de la réforme de sécurité (RSS) sur trois sujets : le projet de gestion des ressources humaines ; la sécurité, la gestion et le contrôle des frontières, et les questions de genre et de droits de l’Homme.

(crédit: EUAM Irak)

Mali. Formation au management opérationnel à la gendarmerie

Vint commandants d’unités de la gendarmerie malienne ont participé à une formation sur le management opérationnel, indique la mission de l’UE de conseil aux forces de sécurité intérieure (EUCAP Sahel Mali). Au cœur des discussions entre les gendarmes maliens et leurs collègues européens : comment déléguer l’autorité ou comment mettre en place des dispositifs opérationnels spéciaux ?

(crédit: EUCAP Sahel Mali)

Amman (Jordanie). A la découverte de la police de proximité jordanienne pour quelques officiers palestiniens

Accompagnés de deux membres de la mission européenne de formation de la police palestinienne (EUPOL COPPS), huit officiers de police palestiniens se sont rendus à Amman. L’objectif de ce voyage découverte de quatre jours était de découvrir les méthodes jordaniennes en matière de police de proximité, pour pouvoir au besoin l’utiliser au retour en Cisjordanie. Les huit officiers ont pu ainsi découvrir, à l’université technique Khawarizsmi de Amman, la formation des volontaires d’organisations de la société civile à la police de proximité.

(crédit: EUPOL COPPS)

(MHA, avec NGV)

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Commandos montagne (© NGV / B2)

La montagne un savoir faire qui s’exporte

Commandos montagne (© NGV / B2)

Commandos montagne en exercice (© NGV / B2)

(B2, au poste du 2e REG à Valloire) Les Chasseurs alpins ne restent pas toujours dans leur pré carré montagneux. Ils exportent aussi leur savoir. Le général Vincent Pons, commandant la 27e BIM (Brigade d’infanterie de montagne) l’a confirmé cette semaine, en marge de l’exercice « Cerces ». Les chasseurs alpins forment des unités « montagne » dans plusieurs pays : au Liban, avec une coopération ancienne dorénavant, mais aussi, fait plus nouveau, dans un pays voisin en Jordanie… et même en Ouganda.

Des débuts prometteurs en Jordanie

Cela peut paraître incongru au néophyte. Mais l’armée jordanienne a une compagnie montagne, dans le cadre des Royal Commando (qui comprend également une compagnie « désert » ). Une spécialité montagne que le roi Abdallah, qui est le chef des armées, souhaite voir monter en puissance. Le contexte international avec des conflits à ses frontières (notamment en Syrie), mais des risques non négligeables du côté irakien (voire palestinien) pèsent. Le 61st Royal Commando appartient à la brigade dirigée par le prince Hussein Bin Abdulah.

Une expérience des terrains rudes

La Jordanie, malgré une grosse partie de désert, comporte nombre de reliefs accidentés, notamment autour de Wadi Rum, avec des canyons assez rudes. « L’expérience montagne n’est pas uniquement réservée à de la haute montagne, par temps enneigé ». C’est « une expérience de franchissement de milieux difficiles, de terrains accidentés, où les conditions extrêmes (chaleur, froid, variation météorologique, absence d’eau ou… trop d’eau) sont une part importante du défi » — confie le colonel Didier, chef d’état-major de la 27e BIM (Brigade d’infanterie de montagne).

Renforcer une petite spécialité montagne des Jordaniens

En Jordanie, cela a commencé l’année dernière, en 2015. Avec un double enseignement, à la fois technique et tactique. « Nous assurons une formation à différents degrés comme nous le faisons chez nous » — indique un officier qui a été sur le terrain, avec différents degrés de formation : basique pour certains, plus développés pour d’autres. 16 militaires jordaniens sont ensuite venus s’initier en France dans la Brigade de montagne, sur le terrain alpin. Et deux d’entre eux ont été sélectionnés pour rejoindre l’école militaire de haute montagne (EMHM) située à Chamonix pour un stage d’un mois. Ce cycle de formation devrait se poursuivre l’année prochaine. L’objectif est d’avoir un « bureau montagne » au sein de cette unité jordanienne, à même de prodiguer et certifier les principaux rudiments techniques et tactiques de la pratique de montagne.

Une école « montagne » en Ouganda

La BIM a également déployé un détachement d’instruction et un officier en permanence… en Ouganda. Ce n’est pas vraiment une terre francophone. Mais le pays comporte quelques montagnes conséquentes, tant à l’ouest du pays, à la frontière du Congo, avec la chaîne du Rwenzori (le Mont Stanley culmine à plus de 5000 mètres), qu’à l’est du pays, à la frontière du Kenya (avec le mont Elgon qui dépasse les 4000 mètres). Le tout dans un terrain très vert, très dense, de forêt tropicale… On est loin du désert jordanien. Mais les difficultés sont, au final, identiques. Il faut disposer d’une grande autonomie, dans un terrain difficile, où les communications sont limitées, où le terrain extérieur dicte sa loi, et où une bonne partie de l’action se déroule… à pied. Là encore le savoir-faire des troupes de Montagne a joué. Un détachement d’instruction opérationnelle (DIO) est venu pour faire un enseignement technique. Et un officier a été détaché en permanence dans le pays pour aider les Ougandais à monter un centre de formation montagne. A suivre de près…

(Nicolas Gros-Verheyde)

ArmsAirlift@Birn1607

Balkans Arms Airline. Un trafic bien organisé entre Balkans et Moyen-Orient

ArmsAirlift@Birn1607

(B2) De Belgrade ou Nis, de Bratislava ou d’Ostrava, de Sofia ou de Bourgas … ce sont pas moins de 68 vols cargos chargés d’armes qui sont venus ces derniers 13 mois approvisionner les conflits en Syrie et dans le Golfe révèle une enquête menée par plusieurs journalistes des Balkans. 50 de ces vols sont confirmés comme transportant des armes, 18 de ces vols le sont « probablement ». Et ces charters d’un nouveau genre ne semblent pas nouveaux. Depuis 2012, nos confrères des Balkans estiment que ce trafic, très organisé, atteint une valeur d’au moins 1,2 milliard d’euros.

Un trafic très organisé

En examinant plus attentivement les données d’exportation d’armes, les rapports de l’ONU, les dossiers de vol, et les contrats d’armes sur un an, ce sont ainsi des milliers de fusils d’assaut, des obus de mortier, des lance-roquettes, des armes anti-chars et de mitrailleuses lourdes qui sont partis des stocks et des usines de Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Monténégro, Roumanie, Serbie et Slovaquie. Destination : la Syrie via la Jordanie, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis. Le Yémen et la Libye seraient également des destinations finales des armes, bien que dans une moindre mesure. Pour les transporter, l’avion le plus couramment utilisé est l’Ilyushin II-76. L’avantage : il transporte dans ses flancs jusqu’à 50 tonnes de fret, soit environ 16 000 fusils AK-47 Kalachnikov.

Des achats bien organisés… via la CIA

Ces armes, achetées par les Saoudiens, les Turcs, les Jordaniens et les Emirats Arabes unis sont ensuite acheminés à travers deux installations secrètes de commande – appelée opération militaire Centres (MOC ) – en Jordanie et en Turquie. Ces unités coordonnent la distribution d’armes à des groupes d’opposition syriens sélectionnés par les Américains selon le think-tank d’Atlanta, le Centre Carter.  Selon Robert Stephen Ford, ambassadeur américain en Syrie entre 2011 et 2014,  la CIA a probablement joué un rôle d’intermédiaire entre les pays des Balkans (notamment Serbie, Bulgarie et Roumanie) et du Moyen-Orient pour la vente des armes.

Les Américains en première ligne

Les journalistes ne manquent pas de souligner que le Département de commandement des opérations spéciales de la Défense (SOCOM) des Etats-Unis a également acheté et livré de grandes quantités de matériel militaire en provenance d’Europe de l’Est pour l’opposition syrienne dans le cadre d’un programme de « train and equip », pour une valeur de 500 millions $. Ainsi, depuis décembre 2015, trois navires cargos ont transporté 4.700 tonnes d’armes et de munitions en provenance des ports de Constanza (en Roumanie) et Burgas (en Bulgarie) vers le Moyen-Orient. Probablement dans le cadre « d’une livraison clandestine d’armes en Syrie ». Les envois inclurait des mitrailleuses lourdes, des lance-roquettes et des armes anti-chars – ainsi que des munitions, des mortiers, des grenades, des roquettes et des explosifs. L’origine des armes livrées est, elle, inconnue. Les documents que les journalistes ont pu consulter ne donnant les informations qu’à partir de stocks localisés en Europe centrale et orientale.

NB : C’est principalement à travers les réseaux sociaux, notamment twitter et Facebook, que ces armes sont ensuite localisées à leur destination finale. Un groupe de soldats kurdes, soutenus par le SOCOM, ont ainsi publié de nombreuses photos montrant un entrepôt où s’empilent des boîtes de munitions, avec l’estampille made US.

Un boom des ventes depuis 2012

C’est le conflit en Syrie qui est le principal facteur de cette augmentation selon les auteurs de l’enquête. Avant le printemps arabe en 2011 , le commerce des armes entre l’Europe de l’Est et l’Arabie Saoudite, la Jordanie, les Emirats Arabes Unis, Émirats Arabes Unis , et la Turquie – quatre principaux partisans de l’opposition syrienne – était négligeable, voire inexistant, selon l’analyse faite par les journalistes. Cela change en 2012. 

Les usines des Balkans tournent à plein tube

Et le rythme des transferts ne ralentit pas, avec quelques-unes des plus grandes transactions approuvées en 2015. Les usines de fabrication d’armes de Bosnie-Herzégovine et de Serbie tournent à « pleine capacité », avec des équipements supplémentaires et d’autres « ne prennent plus de nouvelles commandes ».

Plus d’1,2 milliard de commandes

Depuis 2012, huit pays d’Europe orientale auraient ainsi exporté plus de 829 millions d’euros d’armes et munitions vers l’Arabie saoudite, 155 millions vers la Jordanie, 135 millions vers les Emirats arabes unis et 87 vers la Turquie. Seul le Qatar, pourtant fournisseur clé d’équipement militaire à l’opposition syrienne, n’est pas dans les licences d’exportations en provenance d’Europe centrale et orientale.

Le chiffre est probablement beaucoup plus élevé estiment les auteurs de l’enquête. « Les données sur les licences d’exportation d’armes pour quatre pays sur huit ne sont pas disponibles pour 2015 et sept des huit pays pour 2016. » 

(transcrit par Nicolas Gros-Verheyde & Leonor Hubaut)

(1) Enquête réalisée par le Balkan Investigative Reporting Network – BIRN Kosovo et BIRN HUB – une équipe de journalistes de toute l’Europe centrale et orientale qui a pour ambition de « promouvoir la primauté du droit, la responsabilité et la transparence dans les Balkans et la Moldavie ». Un projet soutenu par l’Agence autrichienne de développement (ADA).

CarteSyrieRéfugiés@E141201

L’Europe débloque 180 millions d’euros pour les déplacés et réfugiés syriens

CarteSyrieRéfugiés@E141201(B2) La Commission européenne a annoncé, jeudi (4 décembre), avoir débloqué pour 180 millions d’euros d’aide pour faire face aux effets de la crise syrienne dans le pays lui-même, ainsi que dans les pays proches  le Liban et la Jordanie, qui accueillent respectivement 1,1 million et 630 000 réfugiés.

Syrie, Liban et Jordanie

L’aide est divisée en trois parts : 41 millions € pour l’assistance à directement en Syrie, 66 millions € pour aider les réfugiés syriens et les communautés d’accueil en Jordanie, et 73 millions € au Liban. Ce paquet traite surtout les besoins de développement à long terme des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur, avec un focus particulier sur l’éducation des enfants et des jeunes adultes, pour l’initiative « No Lost Generation » de l’UNICEF, annonce la Commission.

Ne pas regarder la souffrance sans agir

« Aujourd’hui, l’UE ne peut pas simplement regarder la souffrance du peuple syrien sans agir » a estimé la Haute représentante, Federica Mogherini. « Nous sommes prêts et disposés à apporter un soutien continu aux personnes » Mais a-t-elle ajouté « Il est temps que les choses changent. Nous sommes déterminés à jouer notre rôle à la pleine et apporter une solution politique durable à cette crise régionale. » NB : Elle n’a cependant pas précisé les modalités précisés de cette solution « politique durable ».

La moitié de la population déplacée ou réfugiée

Le conflit syrien qui entre dans sa 4e année a fait des dégâts ravageurs. 10,8 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées à l’étranger. La moitié de la population syrienne ! On compte ainsi 7,6 millions de déplacés à l’intérieur du pays (dont 6,5 millions ont besoin d’aide d’urgence) et 3,2 millions de personnes réfugiées dans les pays voisins : 1,1 million au Liban, 1,1 million en Turquie, 618.000 en Jordanie, 225.000 en Irak, 138.000 en Egypte et 23.000 dans les pays d’Afrique du Nord. Le nombre de décès liés au conflit est proche des 200.000 (191 000 personnes) et plus d’1 million de personnes ont été blessées lors de la guerre civile, selon les chiffres donnés par la Commission européenne.

Près de 3 milliards d’euros d’aide européenne

L’aide octroyée par les Européens (budget de l’Union européenne et États membres confondus) atteint 2,9 milliards d’euros depuis le début du conflit, répartis en taille à peu près égale : environ 1,5 milliards d’euros du budget de l’Union et 1,4 milliards d’euros des États membres. De fait, l’Europe est le premier donateur du monde dans cette crise.

(NGV)

(Crédit : LM)

Le conflit syrien dure. Les réfugiés restent. Reportage en Jordanie

(Crédit : LM)

(Crédit : LM)

(BRUXELLES2 – en Jordanie) Tahir vend ses coupons d’aide alimentaire pour nourrir sa femme et ses deux enfants. Fadijah cherche à payer son loyer. Safa a froid dans sa tente au camp de Zaatari. Anas n’a qu’un rêve : repartir en Syrie. Ils ont fui les régions d’Alep, de Damas et de Deraa. Ils ont franchi la frontière jordanienne par la route principale ou par le désert. Ensemble, ils forment une infime partie des 600 000 réfugiés syriens, enregistrés par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) en Jordanie. Recueillis par l’armée, placés dans des camps ou dans des communautés d’hôtes, ils attendent de pouvoir retourner au pays une fois la guerre terminée. Mais le conflit syrien dure, le « provisoire » s’installe et la solidarité d’hier laisse place à de nouveaux trafics. Reportage.

Sept jours pour franchir la frontière 

« Il nous as fallu près de 7 jours pour franchir la frontière jordanienne » raconte Safa, une jeune fille de 14 ans, qui a fui, il y a un mois, la ville syrienne de Deraa, assiégée par les forces armées du régime. « Avec ma famille, on est passé en voiture par le poste-frontière en Irak ». Pour ces habitants de Deraa, située à 5 kilomètres seulement de la frontière Ouest jordanienne, le détour est obligatoire. Car la portion Ouest de la frontière est « fermée » du moins officieusement par les autorités jordaniennes depuis mars 2013, suite à la recrudescence des combats dans la région. Pour Safa, c’est le début d’un long parcours : après avoir fait plusieurs centaines de kilomètres dans le désert syrien, elle franchit la frontière au poste de At Waleed à la frontière irakienne, avant d’être récupérée par l’armée jordanienne. La famille entame alors le chemin en sens inverse. Direction : le centre d’enregistrement des réfugiés géré par le HCR et situé à Raba Al Sarhan. Reconnus enfin comme réfugiés, Safa et sa famille sont installés dans le camps de Zaatari, qui compte aujourd’hui plus de 80 000 personnes : « Une fois arrivé au camps, on pensait ne plus avoir froid, mais on a toujours froid » déplore l’adolescente. Car le vent s’infiltre entre les tôles des abris. Et l’hiver s’annonce rude : « On nous a donné des litres de gaz mais on n’a pas encore de poêle » explique Safa. Elle devra pourtant s’adapter ou quitter le camps de Zaatari. Mais sortir de ce camp, entouré de barbelés, ne se fait pas impunément. Cela a un coût.

S’installer en dehors du camps : une chance ?

Originaire du village de Zabdean, à côté de la ville de Damas, Fadijah n’a passé que 10 jours dans le camps de réfugiés de Zaatari. « J’ai eu de la chance » avoue cette mère de cinq enfants. Car pour partir du camps, « il faut trouver un Jordanien et lui donner entre 150 et 500 Dinars (entre 155 et 515 euros) ». Pour Fadijah, c’était simple : « le mari de ma sœur, qui est jordanien, m’a avancé l’argent ». Depuis un an, Fadijah vit chez son beau-frère dans la capitale jordanienne, à Amman. Et l’espace est restreint : « trois chambres et une cuisine pour neuf personnes ». Au départ, il n’a pas demandé de loyer à sa belle-famille. Mais maintenant, « c’est devenu trop cher pour lui ». L’afflux de réfugiés a fait grimper en flèche le prix de l’immobilier, multiplié par trois en deux ans. L’assistance humanitaire était le seul recours pour Fadijah. Présentes à l’intérieur des villes, les organisations humanitaires, le HCR, l’organisation catholique Caritas, ou encore CARE proposent des aides d’urgences. Des programmes de distribution de cash, sous forme de cartes de débit, avec pour objectif : redonner aux réfugiés comme Fadijah une certaine autonomie. Mais celle-ci s’arrête bien vite. Car il est interdit aux réfugiés de travailler.

Travailler dans la peur

« Je ne suis pas autorisé à travailler » déclare Tahir, un jeune Syrien de 27 ans, réfugié à Amman avec sa femme et ses deux enfants. Son statut lui interdit en effet l’accès au marché du travail. Mais cela ne l’a pas empêché de travailler au noir. Tahir a fait des petits boulots saisonniers, des travaux discrets, toujours la nuit « pour ne pas se faire remarquer » affirme-t-il. Mais cela n’a pas suffit. « C’est la deuxième fois qu’ils m’attrapent entrain de travailler. J’ai dû signer un papier pour dire que je n’allais pas continuer ». Et les Jordaniens ne plaisantent pas : « S’ils me rattrapent la prochaine fois, ils me renvoient en Syrie » déclare Tahir. Par peur, il a arrêté de travailler depuis six mois. Maintenant, pour survivre, « je vends les coupons de l’aide alimentaire pour avoir du cash ». Mais avec ses « deux coupons par mois », Tahir ne peut pas aller bien loin. Jusque là, on « s’en est sorti ». Mais après ? Pour beaucoup, la seule solution reste encore le retour au pays.

Un seul but : repartir en Syrie

« Repartir en Syrie » C’est le but que s’est fixé Anas. Pour ce jeune Syrien de 25 ans, diplômé en psychologie, c’est la seule manière d’avancer dans la vie. Là bas, « je pourrais passer mon doctorat » déclare-t-il plein d’espoir. En Syrie, Anas enseignait la psychologie aux étudiants. Maintenant, il remplace un instituteur pour les vacances dans une des quatre écoles du camps de Zaatari. Anas n’a plus de papiers et ne peut pas prouver ses qualifications. « Ici je suis obligé de refaire six ans à l’université car mes diplômes ne sont pas reconnus » explique-t-il. Outre les diplômes, Anas veut rejoindre sa mère et sa sœur. Anciennes réfugiées du camps, elles font parties des 300 à 400 personnes qui font le chemin inverse chaque mois du camps de Zaatari à la frontière syrienne. « Elles sont reparties en bus vers un endroit plus sûr en Syrie à côté de Deraa ». En attendant, Anas n’a pas de nouvelles d’elles et rechigne à franchir le cap : trop dangereux. « Un homme seul et de mon âge peut difficilement passer la frontière syrienne. Je pourrais être pris pour un résistant. »

(Loreline Merelle)

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Le cross-border. Un « trafic humanitaire » en Syrie

 

La « folie » syrienne

(Crédit: Commission européenne)

(BRUXELLES2) « 66% des réfugiés sont des enfants. On ne peut pas tourner le dos à cette tragédie, il faut agir maintenant pour éviter la perte d’une génération entière de jeunes enfants syriens ». Kristalina Georgieva, la commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire est venue devant la presse, ce mardi (14 mai), après un voyage de 3 jours (samedi 11 à lundi 13) au Liban et en Jordanie. Ce n’est pas la première fois que la commissaire pousse un cri d’alarme. Et on craint bien que ne soit pas la dernière! Lors de son intervention, la commissaire a rappelé que le nombre des réfugiés explose et que le règlement de la crise est encore bien loin. Elle a annoncé un soutien supplémentaire financier, notamment aux pays qui accueillent les réfugiés. Même si…

Une goutte d’eau dans la mer

« Je savais, en les annonçant, que ces 65 millions d’euros ne seraient qu’une goutte d’eau dans la mer » a déclaré Georgieva à propos des fonds supplémentaires qui vont être alloués à la situation en Syrie faisant grimper le montant total Commission et Etats-membres « à plus de 800 millions d’euros, ce qui fait de l’UE le principal donateur ». Elle note que depuis son dernier voyage il y a 4 mois, « les réponses sont plus importantes mais que les besoins sont sans cesse plus importants (que ce soit) en éducation, services sanitaires, eau ».

Des réfugiés toujours plus nombreux au Liban et en Jordanie, la communauté internationale doit se réveiller

La commissaire a dénoncé « la souffrance des millions de Syriens dont la plupart sont des enfants et la pression sans cesse plus importante sur les communautés locales ». Il est « crucial » que la « communauté internationale se réveille ». La situation dans les pays d’accueil, Liban et Jordanie « s’est encore détériorée ». Les chiffres sont « extrêmement alarmants : 2000 nouveaux réfugiés chaque jour en Jordanie !». Le camp le plus important du pays Zaatari « est devenu la 5ème ville du pays » alors même que « seulement 25% des réfugiés sont dans des camps ». Le total pour les deux pays serait d’un million et demi de réfugiés, « ce qui représente 10% des populations libanaises et jordanienne ». Si le flux se poursuit, ils pourraient représenter « 20 à 30 % des populations du Liban et de la Jordanie. Je vous le demande, quel pays membre de l’UE pourrait accueillir une telle vague de réfugiés ». À cela s’ajoutent les 5 millions de déplacés internes.

Une pression dangereuse pour les pays d’accueil

« On observe une concurrence accrue pour les logements, les emplois, les prix des denrées alimentaires, les Libanais et les Jordaniens sont encore accueillants. Mais il y a déjà des conflits à certains endroits » explique la commissaire. Le processus semble impossible à circonscrire. « Il est extrêmement difficile d’arrêter cette vague d’immigration et de demander aux populations de retourner dans leur pays ». La situation est particulièrement compliquée au Liban « c’est encore pire, car il y a déjà les réfugiés palestiniens. Il y a aussi les Palestiniens qui étaient en Syrie et qui sont maintenant dans des camps insalubres où les conditions de vie sont extrêmement difficiles. (parfois) jusqu’à 9 personnes sur 2 m2 ».

Pour faire face à cette situation, « il faut aller plus loin, et financer encore plus. Je vais parler avec mes collègues à la Commission pour voir comment augmenter l’aide humanitaire mais aussi comment soutenir les communautés locales ». Sur les 1,5 milliards d’engagements de dons récoltés lors de la conférence organisée par le Koweit « bien peu ont été véritablement investis ».

Des sanctions plus ciblées

La Commissaire s’est aussi prononcée en faveur des mesures visant « à affiner le régime des sanctions pour permettre à plus d’aide humanitaire de pénétrer en Syrie » ce que réclame le Liban, « nos interlocuteurs nous disent qu’il faut continuer à aider à l’intérieur du pays pour éviter que les Syriens quittent leur pays ». « Il est clair que l’économie de la Syrie s’est écroulée » affirme-t-elle mais « il faut d’autres moyens pour soulager » faisant référence aux décisions prises sur le pétrole en avril par le Conseil des ministres des Affaires étrangères.

Un Genève 2 pour mettre fin à la « folie »

En ce qui concerne le règlement de la crise à long terme, Georgieva a plaidé pour un Genève 2, « il ne faut pas abandonner l’idée d’une solution politique, Lavrov et Kerry ont discuté du besoin de mettre en place un Genève 2, c’est tout ce qu’on a l’accord Genève ». « On se réjouit de tout effort pour mettre fin à cette folie, je dis bien cette folie ». Cette vision pessimiste est sûrement alimentée par les rencontres de la Commissaire sur le terrain, « les gens avec qui je parle, ne s’attendent pas à une solution rapide, il y a tellement de sang qui a coulé qu’amener toutes les parties à la table des négociations ne sera pas facile. J’ai rencontré un groupe de femmes qui ont, toutes, perdu des frères, des maris. Et cette question de la solution politique pour elles, est très difficile car il est difficile d’oublier »

La « folie » syrienne fossoyeuse du droit humanitaire

Georgieva a aussi appelé à « faire pression sur les deux cotés pour faire respecter les droits de la guerre. Les gens qui travaillent dans les organisations humanitaires parlent d’impunité et d’atrocités et cela mine les efforts de construction d’un droit international humanitaire. On fête les 150 ans de la Croix Rouge et en même temps cet acquis, bâti sur des morts européens, est détruit par ce qui se passe devant nos yeux et c’est sûrement la première priorité à l’intérieur du pays ».

Une force de planification US en Jordanie

Un parachutiste Us avec le "pin" jordanien lors de l'exercice Eager Lion 2012 (Crédit US Army / Sgt. Julius Clayton)

(BRUXELLES2) L’armée américaine a secrètement envoyé une taskforce de plus de 150 hommes et femmes en Jordanie pour assister les forces jordaniennes face à l’afflux de réfugiés syriens… et autres tâches. Cette taskforce est basée dans un centre de formation militaire jordanien situé à moins de 35 miles de la frontière, dans une ancienne carrière au nord d’Amman, révèle aujourd’hui le New York Times.

Installée depuis l’été

Dirigée par un officier supérieur, elle comprend des spécialistes en communication, des experts en logistique, des formateurs et du personnel d’Etat-Major ainsi qu’un diplomate du Bureau Réfugiés et Migrations du ministère des Affaires étrangères. La task force a commencé ces travaux cet été. Mais c’est après un exercice tenu en mai « Eager Lion 2012 » — qui a vu la participation de 12.000 soldats de 19 pays dont des forces spéciales —, que les premiers éléments sont arrivés. En fait ils sont restés à l’exercice.

Se préparer au pire

Première fonction de cette mission US : aider les Jordaniens à gérer l’afflux de réfugiés. Le pays accueille environ 180.000 réfugiés, même si le rythme estival de 3000 personnes à franchir la frontière par jour s’est ralenti à quelques centaines par jour (l’armée syrienne ayant renforcé ses effectifs). Les Américains ont ainsi fourni des kits médicaux, du gravier (pour stabiliser le stable) au camp de Zaatari qui abrite environ 35.000 réfugiés. Mais ce n’est pas son seul objectif. La mission comprend, ainsi, des planificateurs chargés de préserver la Jordanie des affrontements qui se déroulent en Syrie. Il s’agit aussi de se préparer à la « possibilité que la Syrie perde le contrôle de ses armes chimiques ».

Zone tampon ?

Coté américain, on évoque aussi l’idée de créer une zone tampon entre la Syrie et la Jordanie – mise en oeuvre par les forces jordaniennes sur le côté syrien de la frontière mais soutenue politiquement et peut-être logistiquement par les Etats-Unis. Une « buffer zone » qui reste pour l’instant au stade de « l’éventualité » et non mise en oeuvre, notent nos confrères.

Quelques escarmouches

Si la Jordanie a été relativement épargnée par les combats, de récentes escarmouches ont cependant éclaté entre les armées des deux pays et en août une fillette de 4 ans avait été blessée par un obus syrien tombant sur sa maison dans une ville frontalière en Jordanie. Et le risque d’une situation à la turque avec tirs de mortiers réciproques, est une « préoccupation croissante à Washington » qui redoute par dessus tout une extension de la violence à toute la région.

A suivre (sur le Club de B2) : la tactique française des zones libérées

Une antenne médico-chirurgicale française déployée à la frontière de la Jordanie

(B2) La France va déployer une antenne chirurgicale aérotransportable près de la frontière syro-jordanienne dans les prochains jours pour venir en aide aux victimes des combats en Syrie qui ont passé la frontière – notamment les personnes blessées par balle – ainsi qu’aux réfugiés syriens en Jordanie. « Une mission interministérielle de précurseurs, composée de représentants des ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères », est partie ce matin 7 août – annonce le quai d’Orsay, « afin de procéder à une évaluation des besoins qui permettra d’affiner les modalités de cette aide médicale d’urgence ». Des contacts ont été pris avec les autorités jordaniennes, les représentants du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et les ONG humanitaires intervenant localement pour cela.

(mis à jour 8 août) L’effectif total déployé coté français pour cet hopital de campagne pourrait être de 60 à 80 personnes. Le groupement médico-chirurgical du service de santé des armées comptera « plus d’une vingtaine de professionnels de santé des armées, parmi lesquels des experts en traumatologie afin d’assurer aux victimes des combats un haut niveau de qualité de soins », confirme-t-on du coté de la Défense. « Une trentaine de militaires français interviendra à leurs côtés pour soutenir le dispositif ». Cette aide médicale militaire pourra être complétée et relayée par des moyens civils du ministère de l’Intérieur (sécurité civile…), notamment pour des spécialités permettant de prendre en charge les femmes et les enfants. Une intervention médicale nécessaire selon Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense. « Il est de la responsabilité de notre pays d’apporter une assistance concrète et urgente aux victimes des combats et aux réfugiés syriens, au plus près des zones de conflit. »

La Jordanie prend le lead de l’UPM

(B2) La Jordanie prend la co-présidence « Sud » de l’Union pour la Méditerranée (UPM) en remplacement de l’Egypte. C’est l’Union européenne qui assure la coprésidence « nord » de l’UPM. Une réunion de travail devrait avoir lieu au niveau des hauts fonctionnaires, fin septembre à Bruxelles avec les 43 pays d’Europe et de Méditerranée qui composent l’UPM.

Une usine à projets

Les réunions au niveau ministériel ne devraient pas démarrer avant l’année prochaine. Il y a un « important travail technique » à assumer pour mettre au point les différents projets. L’UPM est, en effet, à la fois une instance de dialogue politique mais aussi une machine à approuver les projets (usine de dessalinisation d’eau à Gaza, université euro-méditerranéenne à Fès,…). Les différents projets en matière d’énergie ne devraient pas ainsi être prêts avant septembre 2013, selon nos informations.

Où les questions politiques se téléscopent

Ce délai tombe bien également … au plan politique. La Turquie – qui fait partie de l’UPM – refusera toute réunion présidée par un ministre chypriote. Le principe de présidence de l’Union européenne est, en effet, à géométrie variable selon les dossiers. Si la question ressort d’une compétence « exclusive » de l’UE, c’est son représentant qui préside : le commissaire De Gucht pour le Commerce par exemple, ou un membre de la DG Trade ; la Haute représentante de l’UE ou un membre du service diplomatique européen (SEAE), s’il s’agit d’une question de politique étrangère européenne, Etc. Mais s’il s’agit d’une compétence partagée, entre l’UE et les Etats membres, c’est un membre de la présidence tournante et un membre de la Commission qui préside. Par exemple en matière de transports.

Palestine présente en titre, Syrie aux abonnés absents

Il est intéressant de mentionner que l’UPM est une des seules organisations (avec l’Unesco), où la Palestine est représentée en tant que telle, avec voix au chapitre, sur tous les projets comme tous les autres Etats présents autour de la table (Israël notamment). On peut noter également que la Syrie fait partie intégrante de l’UPM. Mais le gouvernement de Bachar a choisi récemment de ne plus siéger et de jouer la politique de la « chaise vide ». Ce qui, accessoirement, a évité un débat sur l’exclusion de sa présence dans cette enceinte.