JohnsonFAC@160717

Bojo… en toute modestie

JohnsonFAC@160717

Entre Boris et Didier une coupe de cheveux quasi-similaire ? (Crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) Normalement la star de ce Conseil aurait dû être Boris Johnson, le tout nouveau ministre britannique des Affaires étrangères. Tout auréolé de sa victoire au Brexit et de sa nomination surprise par Theresa May, la nouvelle première ministre, son arrivée était normalement prévue pour être triomphale. Elle a finalement été plus modeste voire même éclipsée par les autres évènements des jours précédents…

Dîner annulé : les 27 ne tiennent pas au +1

Un dîner avait été prévu avec les ministres des ’28’ pour parler ‘Brexit’. Mais le repas … a été annulé. Pas question de porter un toast de bienvenue au vainqueur du Brexit. C’est donc la Haute représentante, Federica Mogherini qui seule, a dû tenir sa responsabilité. Curiosité du hasard, cette rencontre aussi a bien failli ne pas avoir eu lieu. La faute… à la Royal Air Force. La fiabilité de la RAF n’est plus ce qu’elle était !

La RAF : déjà en exit ?

Si les Britanniques ne semblent pas pressés de déclencher l’article 50, leurs avions peinent à traverser la Manche. L’avion officiel, un BAE 146, a cependant bien décollé de l’aéroport (militaire) de Northolt (1). Mais quelques minutes plus tard, le vol a dû être interrompu pour se dérouter en urgence sur l’aéroport de Luton. En cause, « un défaut technique » impliquant « des liquides hydrauliques ». Dans ce type d’incident, l’atterrissage est requis « aussi vite que possible » nous confirme une source digne de foi. L’atterrissage en urgence de BoJo, sur Luton, n’a fait que des heureux apparemment. La fermeture temporaire de l’espace aérien a entraîné des retards en cascade pour les passagers de l’aéroport. Pour rejoindre Bruxelles, BoJo en a été réduit à utiliser un moyen…  de transport « alternatif ».

Deux bonnes heures de retard, le dîner se transforme en un café avec eau plate

Résultat, le ministre britannique est arrivé à Bruxelles aux alentours de 22 heures… avec deux bonnes heures de retard sur l’horaire prévu. Plus question d’un dîner ‘2-3 plats’. La journée de Federica Mogherini, tout juste rentrée du sommet Asie-UE à Oulan Bator, avait déjà été bien chargée. La rencontre a donc été expédiée…  autour d’un ou deux sandwichs, agrémentés d’une eau plate. Le temps pour les deux ‘politiques’ d’échanger sur les enjeux ordinaires des Affaires étrangères. « C’est une rencontre habituelle qu’a la Haute représentante avec tout nouveau ministre » relativise-t-on dans l’entourage de la Haute représentante. Quant au Brexit, il n’en a pas été question. Officiellement…

Un ton plus décontract et un peu plus décousu…

Le lendemain, à son arrivée au Conseil des ministres de l’UE, Boris a voulu faire figure de bon élève. Loin d’arriver en retard, il est largement en avance, à 7h40, la jouant ‘décontract’ et saluant même avec cette apostrophe, son homologue belge Didier Reynders arrivé en même temps que lui — « on se voit dans une minute » (see you in a minute). Même sa tignasse normalement ébouriffée s’était assagie, à deux poils près celle de Didier Reynders (voir photo) ! Je suis « très heureux d’être présent ici pour mon premier voyage au Conseil de l’Union » pour rencontrer « des amis et collègues » a-t-il précisé ensuite à la presse qui l’attendait de pied ferme. Le ministre a cependant joué « profil bas », condamnant les attentats de Nice comme le coup d’Etat en Turquie. Des déclarations somme toute assez « classiques » pour la diplomatie britannique. Mais, dans le ton, les à-côtés, le discours a paru nettement moins calculé que celui de ses prédécesseurs. Un peu plus décousu sans doute mais plus convivial également…

Profil bas et sourire sourires 

En salle, les échanges ont continué d’être « très courtois » selon nos informations, beaucoup plus que ce que les déclarations, un peu guerrières des uns ou des autres laissaient prévoir. Le Britannique a notamment discuté avec Didier Reynders (Belgique), José Manuel García-Margallo (Espagne) et Jean Asselborn (Luxembourg). Tous les quatre souriants et plaisantant comme c’est l’ordinaire dans un préalable de Conseil. Le côté provocateur de BoJo devait être resté à Londres, à la plus grande satisfaction des Européens. «  Boris Johnson est venu à ce Conseil avec une certaine modestie » a commenté Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères, après la réunion.

Un message clair, le Royaume-Uni n’abandonne pas l’UE 

Les Britanniques entendent, en tout cas toujours compter en Europe. Johnson l’a précisé. « Quitter l’Union européenne ne signifie en aucun cas quitter l’Europe ». Le Royaume Uni « n’abandonne pas son rôle de leader dans la participation et la coopération en Europe ». Un propos que John Kerry, le secrétaire d’Etat US, présent à la réunion, a confirmé, beaucoup plus prolixe, sur le chapitre que les Européens en fait. Boris Johnson a rappelé sa « ferme intention de rester une composante très importante de l’Union européenne notamment dans la relation entre l’Union et les Etats-Unis » a souligné, après la réunion, l’Américain. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni partagent « la même volonté d’une transition en douceur en maintenant une forte coopération avec l’Union européenne ».

(Lucas Millet & Nicolas Gros-Verheyde)

(1) La base aérienne de la RAF à l’ouest de Londres. Une vénérable institution au Royaume-Uni, puisqu’elle a servi de base à l’envol des bombardiers britanniques vers l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale

MariannePleurs

Après les attentats sanglants de Paris, choc et solidarité en Europe et ailleurs (v5)

MariannePleurs(B2) Très vite, dans la soirée de vendredi et la nuit, venues de toutes les capitales européennes et des alliés de l’OTAN, les réactions ont fusé. Le mot qui revient le plus souvent est le « choc » après les attentats sanglants qui ont frappé Paris et Saint-Denis, vendredi 13 novembre en soirée. Le bilan est, en effet, un des plus lourds au niveau européen (lire : Plusieurs victimes européennes ?).

Chaque dirigeant exprime sa consternation, son émotion, sa sympathie, ses condoléances. Mais très vite le message politique reprend le dessus. C’est la « démocratie qui est attaquée » revient souvent de même que le message de « solidarité » avec la France et toutes les victimes. Tous les Européens ont été invités à se joindre à une minute de silence en mémoire des victimes à midi le lundi 16 novembre.

Des réunions d’urgence

Plusieurs gouvernements ont décidé une réunion d’urgence samedi matin : Belgique (Kern), Allemagne (conseil des ministres), Finlande (conférence téléphonique puis réunion ministérielle), Italie (unité de crise), Royaume-Uni (Cobra), Slovaquie (conseil de sécurité)…

Debout dans la solidarité (Donald Tusk, Conseil européen)

Donald Tusk, le président du Conseil européen prend aussitôt sa plume et envoie dans la nuit une lettre à François Hollande vigoureuse. « Aujourd’hui, la France est sur la ligne de front de la lutte contre le terrorisme. Mais elle est pas seule. Ce combat est le combat de tous les Européens, et tous les autres peuples du monde libre, aussi. La France est une grande, forte et résiliente nation. Ce qui lui permettra de surmonter cette tragédie. » Et il ajoute un message de solidarité. « Debout dans la solidarité, l’Union européenne aidera. Nous nous assurerons que le tragique acte honteux de terrorisme contre Paris échoue dans son objectif : diviser, pour effrayer, et saper la liberté, l’égalité et la fraternité, les valeurs qui font de la France une grande nation (…) ». Il conclut en « exigeant » que la réunion des chefs de file mondiaux au G20 de Antalya « réponde à la menace du terrorisme extrémiste. Nous ferons en sorte que tout ce qui peut être fait au niveau européen pour faire de la France sécuritaire qui se fait. Et nous veillerons à ce que la stratégie anti-terroriste de l’Europe soit apte à faire face aux défis des mois à l’avance. » Télécharger la Lettre (1) et la déclaration

Le bien plus fort que le mal (UE)

« Le bien est plus fort que le mal » déclarent les 28 Chefs d’Etat et de gouvernement dans une déclaration publiée samedi après-midi (télécharger ici). « Tout ce qui peut être fait au niveau européen pour assurer la sécurité de la France sera fait. Nous ferons ce qui est nécessaire pour vaincre l’extrémisme, le terrorisme et la haine. »

Une réunion de Vienne sur la Syrie qui change de sens (Federica Mogherini, HR)

« C’est un autre jour triste. La réunion que nous avons ici aujourd’hui à Vienne devrait prendre une autre sorte de sens » exprime la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini à l’ouverture de la réunion, samedi. « Les pays autour de la table aujourd’hui ont presque tous connu la même douleur, la même douleur, le même choc au cours des dernières semaines. Paris, hier, le Liban, la veille, la Russie et l’Egypte il y a deux semaines, la Turquie il y a quelques semaines. Cela nous indique très clairement que nous sommes ensemble (…) Européens, Arabes, Est et Ouest, toute la communauté internationale, sommes affectées par le terrorisme et ceux qui se battent pour nous diviser et semer la panique. » Et d’ajouter : « La meilleure réponse à cette question est en réalité à venir ensemble, surmonter nos différences, et d’essayer ensemble pour ouvrir la voie vers la paix en Syrie »

Des actes abjects  (UE / Commission européenne)

Réunies en pleine discussion budgétaire (budget européen de 2016), les trois institutions européennes (Parlement, Conseil européen, Commission européenne) « condamnent ces actes abjects qui les choquent profondément » dans un communiqué publié à 1 heure du matin.Je suis « atterré et révolté de voir que la France est en ce moment même frappée par le terrorisme le plus odieux » s’exprime Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne

Nous sommes du côté de la France (Merkel/Steinmeier, Allemagne)

« Je suis profondément choqué par les nouvelles et les images qui nous parviennent de Paris » exprime la Chancelière Angela  Merkel dès vendredi soir. Le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, se dit également « consterné et choqué par les événements (…) Nous sommes du côté de la France ! ». Une réunion ministérielle d’urgence a été convoquée à Berlin ce samedi matin. Et la chancelière promet de « tout faire » pour aider la France dans le « combat contre ces terroristes ».

Notre plus vieil allié, un partenaire essentiel (Obama / Kerry, USA)

Barack Obama, le président américain et John Kerry, le secrétaire d’Etat US, adressent un message de solidarité faisant partager « l’indignation et la tristesse sur les attaques terroristes ». (…) Ce sont des actes ignobles, haineux, mauvais. Ceux d’entre nous qui le peuvent devront faire tout en notre pouvoir pour combattre ce qui peut être considéré comme une violation de notre humanité commune. (…) La France est notre plus vieil allié, un ami et un partenaire essentiel. Nous sommes avec le peuple français ce soir, que nos peuples ont toujours été ensemble dans nos heures les plus sombres. Ces attaques terroristes ne feront que renforcer notre volonté commune. »

Nous sommes tous ensemble (David Cameron, Royaume-Uni)

Sur Twitter, le premier ministre britannique David Cameron adresse quelques mots au « peuple français ». En quelques mots, tout est résumé mieux que tous les autres messages. La puissance du verbe britannique, exprimé pour moitié en français. « Nous sommes solidaires avec vous. Nous sommes tous ensemble. We are with you. United. »

Unis contre le terrorisme (Werner Faymann, Autriche)

Même tonalité du message à Vienne, où le chancelier Werner Faymann exprime sa « solidarité » soulignant que « la communauté internationale doit maintenant se tenir ensemble, unie contre le terrorisme ».

DrapeauFrancaisSiteOtan13Nov


L’OTAN hisse le drapeau français sur son site

Le terrorisme ne vaincra jamais la démocratie (Jens Stoltenberg, OTAN)

« Je suis profondément choqué par les attentats terroristes épouvantables perpétrés en plusieurs endroits de Paris cette nuit. Mes pensées vont vers les familles des victimes, vers toutes les personnes touchées par ces attaques, et vers le peuple français. Nous sommes forts et unis dans la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme ne vaincra jamais la démocratie. » déclare à son tour, le secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg.

Choc et chagrin (Stefan Löfven, Suède)

Le Premier ministre suédois Stefan Löfven exprime son « choc et le chagrin que nous recevons des rapports de Paris et de suivre l’évolution minute par minute. Je pense et je crois fermement avec les victimes, leurs proches et le peuple français. Nous sommes unis avec la France en cette heure sombre. »

Une attaque contre la démocratie elle-même (Grèce)

« Le peuple grec dans son ensemble est choqué par ces lâches attentats terroristes. Ces attaques sont des attaques non seulement contre la France, mais aussi contre l’ensemble du monde civilisé et la démocratie elle-même ».

L’importance du cadeau des pères fondateurs de l’Union (Matteo Renzi, Italie)

« Ce matin, j’ai redécouvert comme tous les Italiens l’importance du cadeau offert par les pères fondateurs de l’UE. Ils ont fait la guerre et ils nous ont offert la paix. Comme tous les Italiens je sais que les terroristes ne vaincront pas » a voulu souligner Matteo Renzi. Et d’annoncer une « intensification de tous les contrôles de sécurité sur le territoire national ».

Ne pas tomber dans le piège de la peur (Charles Michel, Belgique)

« Je lance un appel à ne pas tomber dans le piège de la peur. Tous les démocrates doivent se tenir debout face au terrorisme » estime le Premier ministre belge, Charles Michel, à l’issue d’un conseil restreint et de demander à « (ses) concitoyens d’éviter d’aller à Paris si ce n’est pas indispensable. Les contrôles seront renforcés dans les événements publics ».

La peur et l’intolérance ne doivent pas dominer (Juha Sipilä, Finlande)

Même tonalité en Finlande. « C’est un coup dur pour les sociétés démocratiques et ouvertes. La peur et l’intolérance ne doivent pas se répandre après les attentats, même si ceux-ci offrent également un espace » souligne le Premier ministre finlandais Juha Sipilä. Tandis que son ministre des Affaires étrangères, Carl Haglund « condamne les attentats de Paris où la démocratie et la transparence ont été attaquées ».

Un jour sombre en Europe (Lars Løkke Rasmussen, Danemark)

« L’ampleur des attentats à Paris est incompréhensible et me remplit d’une profonde tristesse » assure le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen qui parle d’un « jour sombre aujourd’hui en Europe ». « Je condamne dans les termes les plus vigoureux les auteurs des hommes qui sont derrière ces attaques terroristes sur la société française. (Nous) surveillons de près la situation à Paris. » La pleine coopération de l’Espagne dans la lutte anti-terroriste (Mariano Rajoy, Espagne) Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, envoie un télégramme à François Hollande et Manuel Valls, exprimant « la solidarité de l’Espagne et du peuple espagnol avec le peuple français. (…) Ils peuvent compter, bien sûr, sur la pleine coopération de mon gouvernement, des forces espagnoles et de sécurité dans la lutte implacable contre la barbarie terroriste. »

« Ante las horribles noticias sobre los salvajes atentados de este viernes en París quiero hacerle llegar inmediatamente mi más enérgica condena de los mismos, la solidaridad de España y de los españoles con el pueblo francés, nuestro más sentido pésame a las familias de los asesinados y nuestros mejores deseos de restablecimiento para los heridos. Pueden contar, por supuesto, con toda la colaboración de mi Gobierno y de las fuerzas y cuerpos de seguridad españoles en la lucha sin cuartel contra la barbarie terrorista. »

Tristesse, chagrin et colère (Andrzej Duda, Pologne)

SiemoniaKopaszAmbassFranceVarsovie@PL151114

Le ministre (sortant) de la Défense, Tomasz Siemoniak (Plate-forme civique), et la Première ministre (sortante), Ewa Kopasz, ont déposé ce samedi matin, une gerbe et allumé une bougie symboliquement devant l’ambassade de France à Varsovie, où plusieurs personnes s’étaient spontanément rassemblées.

Le président polonais Andrzej Duda (PiS) exprime « Tristesse, chagrin et colère » adressant par twitter ses « condoléances au peuple français, en particulier les familles qui ont perdu leurs chers. Nous sommes avec vous à l’esprit, le regret, la prière. »

 Avec l’ensemble de la communauté internationale, nous sommes profondément choqués par (cette) série d’attaques terroristes. Nous condamnons fermement cet acte de barbarie sur une échelle sans précédent. » souligne le porte-parole du ministère polonais des Affaires étrangères, Marcin Wojciechowski. « Nos pensées sont dans ces moments difficiles avec les gens qui ont souffert dans les attentats et avec les habitants de Paris et dans toute la France. » Et Varsovie d’appeler « les Polonais vivant à Paris et dans toute la France à des précautions spéciales et le strict respect des recommandations des autorités locales dans le cadre de l’introduction de l’état d’urgence. »

Contre la terreur ! (EUTM Mali)

Dans les missions européennes de la PSDC déployées à l’étranger, c’est aussi la consternation. « Contre la Terreur! » s’exclame  la mission européenne de formation de l’armée malienne à Bamako (EUTM Mali). « Les membres de la mission EUTM Mali sont solidaires avec la France et ses citoyens! »

Non aux réfugiés ! (R. Zymanski, Pologne)

Mais très rapidement, les déclarations mêlant immigration et terrorisme reprennent le dessus. « Le nouveau son de cloche du gouvernement polonais PiS issu des urnes des dernières élections reprend le dessus « Compte tenu des événements tragiques à Paris, nous ne voyons pas les possibilités politiques de l’exécution (des décisions prises au plan européen de relocalisation des réfugiés) » affirme le nouveau ministre des affaires européennes, Richard Zsymanski (PiS / conservateur) comme le relate le quotidien Gazeta. « La Pologne doit conserver le plein contrôle de ses frontières, de l’asile et de l’immigration ». Un message également entendu à Bratislava, où le Premier ministre, Robert Fico (SMER / social-démocrate) fait le lien entre les réfugiés syriens et le terrorisme.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour samedi (14 novembre) 10h, 11h, 12h, 13h, 17h

(1) en anglais uniquement, traduit par nos soins

Vienne et son Hotel Imperial, célèbre aussi pour son café

Le café de Vienne meilleur pour l’esprit diplomatique ?

Vienne et son Hotel Imperial, célèbre aussi pour son café

Vienne et son Hotel Imperial, célèbre aussi pour son café

(B2) Après Genève, qui avait abrité deux réunions sur la Syrie, pour tenter de trouver une solution au conflit syrien, c’est désormais la capitale autrichienne qui a les faveurs des diplomates pour abriter un nouveau round de négociation.

Le charme du café viennois

Le café viennois, son petit chocolat et le verre d’eau, placés délicatement, les serveurs inégalables auront-ils plus de charme que l’onctuosité helvétique ? Ou est-ce le petit parfum de guerre froide qui a entouré longtemps la capitale autrichienne qui excite les diplomates en chef. A moins que ne soit la célèbre Sacher Torte — inventée pour les besoins des hôtes du chancelier Metternich — qui fond sous la langue. On ne sait… Mais ce round parait au moins un peu plus réaliste, de par l’implication de quasiment tous les acteurs et protagonistes du conflit (1). Ce qui n’était pas le cas précédemment.

Quand le militaire favorise le politique ?

Paradoxalement, c’est l’engagement militaire extériorisé, visible, de la plupart des participants présents qui rend aujourd’hui une négociation plus crédible. Les frappes aériennes en Syrie menées par les Américains – qui a entraîné dans son sillage les Français et les Britanniques — ont marqué un tournant. Mais c’est surtout l’engagement russe, au final, qui a débloqué une situation crispée. Même les acteurs régionaux, souvent discrets sur leurs engagements (Iran, Arabie Saoudite, Turquie…), ne se cachent plus aujourd’hui derrière des circonvolutions dialectiques. Pour la première fois, depuis le début du conflit, on prend ainsi la mesure de la dimension régionale, voire internationale de ce conflit.

S’inscrire dans la foulée de la réconciliation monde-Iran

L’accord conclu sur le nucléaire iranien a aussi ouvert la voie vers la réintégration de l’Iran sur la scène mondiale. L’invitation à Vienne est ainsi la première conséquence concrète, au plan diplomatique, de cet accord. L’esprit de Vienne qui avait présidé, durant plusieurs mois laborieux, à un dénouement positif de ces discussions saura-t-il régner sur ces premiers effleurements diplomatiques entamés sur la Syrie. On l’espère…

Pourquoi Vienne ?

J’ai posé la question à plusieurs diplomates. Trouver une ville de négociation est déjà tout un art qui repose sur des notions très subtiles.

Une ville des Nations-Unies

« On choisit en général une ville où existe une représentation de l’ONU » explique l’un d’eux. Vienne a ainsi souvent été choisi « comme lieu de négociations internationales difficiles dans le passé » complète un autre. L’ONU se trouvant dans la capitale autrichienne, on y trouve donc « un réseau très dense de représentations diplomatiques. L’infrastructure pour les négociations internationales est absolument là. »

… habituée de la guerre froide

A cela on peut ajouter la présence de l’OSCE, « l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe » survivante des discussions de la guerre froide. Vienne est aussi une des villes qui a pratiqué l’art des négociations difficiles entre les deux blocs. Elle a accueilli en 1973 la négociation sur la réduction des forces – Mutual and Balance Force Reduction, entre les grandes puissances de l’époque, les représentants du Pacte de Varsovie et ceux de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). En 2006-2007, elle accueille les négociations sur le statut final du Kosovo, entre Belgrade et Pristina, sous l’égide du médiateur de l’ONU Martti Ahtisaari.

… des négociations difficiles

L’autre condition pour l’organisation d’une telle conférence est l’engagement de l’Etat d’accueil. Une telle conférence internationale nécessite une mobilisation importante, tant en matière de sécurité, que d’un corps diplomatique capable d’organiser le ballet des délégations pour qu’elles ne se croisent pas ou, au contraire, se rencontrent discrètement ou par hasard. Le cadre impérial de l’ancienne capitale des Habsbourg qui a abrité une des premières conférences de l’ère moderne, le Congrès de Vienne en 1814-1815 n’est pas étranger aussi au charme de la ville qui a grandi à l’ombre du Danube.

L’esprit de Vienne

Cette histoire est soigneusement entretenue et perpétuée par la diplomatie rouge et blanche. On peut même parler d’une politique volontariste. Le côté « dynamique et actif du ministre autrichien des Affaires étrangères (Sebastian Kurz) a sans doute été aussi un facteur important dans l’augmentation récente du nombre de discussions internationales à Vienne » remarque un diplomate du cru. Lors des négociations de l’Iran, alors que les négociateurs n’étaient pas d’accord sur un lieu de négociations, lorsque Sebastian Kurz a « proposé d’accueillir les pourparlers à Vienne, cette offre a été acceptée par les parties à la négociation » raconte un habitué des couloirs diplomatiques. Au final, après de longues journées, de longues semaines de négociation, Vienne a laissé « une très bonne impression sur les négociateurs ». Au point qu’ils ont peut-être eu envie de revenir…

L’Imperial Torte !

Seule différence. Ce ne sont plus les murs de l’hôtel du palais Cobourg qui abriteront le coeur des négociations mais ceux de l’hôtel Imperial. Un hôtel que connaissent certains des protagonistes, puisque lors des négociations avec l’Iran, y résidait le secrétaire d’Etat US, John Kerry.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Sont présents normalement outre les Etats-Unis et Russie, les alliés du régime de Damas (Irak, Iran, Liban) et ses adversaires (Arabie saoudite, Egypte, Qatar, Turquie) et 5 Européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie + Union européenne)

La célèbre Imperial Torte imbattable...

La célèbre « Imperial Torte » de l’hotel Imperial saura-t-elle adoucir les moeurs des belligérants

Utilisation d’armes chimiques en Syrie : les pirouettes de John…

John Kerry à l’OTAN (© Thierry Monasse)

(BRUXELLES2) John Kerry, le secrétaire d’Etat américain n’a pas voulu confirmer mardi (23 avril) l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Lors du traditionnel échange avec les journalistes après la réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN à Bruxelles, il a utilisé toutes les vieilles ficelles du politique qui veut passer à coté de la question.

Le secrétaire américain a d’abord oublié la question dans celle posée par les journalistes puis botté en touche, déclarant « Permettez-moi de dire – je suis désolé, les gars. La prochaine réunion a déjà commencé. Et je ne veux pas être impoli. Car j’ai déjà eu à être hors d’une réunion pendant une certaine période de temps. » !

Pas d’information confirmée de Nétanyahu

Relancé dans sa question par notre confrère du Washington Post, le secrétaire d’Etat a cependant consenti à ajouter un mot. « J’ai parlé avec le Premier ministre (isralien) Netanyahu ce matin par téléphone. Je pense qu’il est juste de dire qu’il n’était pas en position de confirmer ces informations. (Mais) ce n’est pas à moi de commenter de telles annonces sauf à vous dire que je ne sais pas encore ce que sont les faits ».

Ne croyez pas ce que disent les journaux… mais quand même !

Adepte de la pirouette à 3 balles, Kerry a utilisé le « vieil adage : « Ne croyez pas toujours ce que vous lisez dans les journaux. » avant d’expliquer en quoi il était gêné. « L’information que j’ai à ce moment n’est pas confirmé d’une manière où je puisse être à l’aise pour pouvoir la commenter comme un fait. Peu importe les allégations, nous devons enquêter de façon sérieuse et il est important de savoir ce qu’il se passe ».

Une ligne rouge

Mardi dans la journée, le général israélien Itai Brun, chef du département de recherche et d’analyse au sein de la division du renseignement, avait déclaré que des armes chimiques avaient été utilisées. La reconnaissance de l’utilisation d’armes chimiques est un enjeu important puisque le président Obama avait présenté l’utilisation de ces armes comme une « ligne rouge » qui changerait la donne. Reconnaitre leur usage obligerait les Etats et au premier plan les Etats-Unis à reconsidérer leurs positions sur le dossier syrien.