Palestine : démolitions + colonies = point de non retour quasi atteint !

(B2) « La pratique des démolitions de structures palestiniennes, des expropriations et déplacements forcés de leurs habitants s’intensifie » s’est alarmé le représentant permanent de la France aux Nations unies, François Delattre lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la situation au Moyen-Orient, lundi (29 avril).

Proche du point de non-retour

Ces démolitions sont « en augmentation de plus de 50% au cours des trois premiers mois de 2019 par rapport à la même période de l’an dernier ». Et « avec plus de 600.000 colons à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, la réalité est implacable : nous sommes aujourd’hui proches du point de non-retour (concernant une solution à deux Etats) ».

(ES)

GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519

Israël-Palestine : l’Europe doit soutenir l’initiative française

GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519(B2) a décidé de donner la parole à plusieurs intervenants du secteur dans cette nouvelle série (et rubrique). Gilles Pargneaux est l’auteur de notre carte blanche de juin. Député socialiste français, élu du grand nord, au Parlement européen (*), il milite en faveur de l’initiative française pour résoudre le conflit israélo-palestinien, convaincu que le contexte international en ébullition est paradoxalement favorable à la résolution du conflit. Il souhaite un leadership non seulement français mais européen, le Quartet étant plus une gêne qu’une aide, pour amener les pays arabes à s’impliquer dans la solution.

Le conflit à son summum 

Rarement le conflit israélo-palestinien n’a paru aussi loin d’une résolution. Après la fin des hostilités de l’été 2014 entre Israël et le Hamas, ce n’est pas le calme qui s’est installé, mais plutôt un climat de tension, où l’actualité est rythmée par les coups de couteau aveugles, les voitures béliers meurtrières et les incendies volontaires provoqués par les colons.

Rarement le désespoir de deux peuples n’aura eu un visage si désespérant qu’avec cette quotidienneté de la violence.

Rarement, aussi, l’attention de la communauté internationale n’a été si éloignée de la question palestinienne. Le conflit syrien et l’entreprise d’horreur de l’organisation Etat islamique [Daesh/ISIL] occupent la plupart des chancelleries, tout comme l’attention des opinions publiques.

Le tumulte qui ravage le Proche-Orient a changé la donne entre Israël et les pays arabes. Beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens s’inquiètent d’une possible percée de l’Etat islamique à Gaza et en Cisjordanie.

L’absence de résultats de la politique du Hamas et l’entêtement du gouvernement israélien à vouloir fixer les conditions d’un retour au dialogue constituent le terreau fertile pour d’autres acteurs toujours plus hostiles à la coexistence pacifique. Les étincelles du terrorisme sont partout en Palestine. Aucun pays du Proche-Orient n’a aujourd’hui intérêt à laisser émerger un conflit de plus.

Un climat propice ?

Une majorité d’Israéliens et de Palestiniens veulent la paix. Si l’on ajoute l’envie des pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël, nous avons un terrain fertile pour la reprise des négociations. Dès 2002, une Initiative de paix arabe a été proposée par la Ligue arabe pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Pour ces pays, la paix avec Israël permettra l’émergence d’un grand arc de stabilité qui partira du golfe de la péninsule arabique jusqu’à la Méditerranée. Un tel territoire ne laisse pas indifférent ces pays, qui veulent avant tout organiser la lutte d’influence régionale à laquelle ils se livrent avec l’Iran.

L’Europe a les moyens d’assumer le leadership

Dans cet enchevêtrement complexe d’intérêts, l’Europe dispose d’un rôle primordial. Les Etats-Unis sont dans l’impossibilité d’apporter leur pierre à l’édifice. Plus concentrés sur l’élection présidentielle, préoccupés par l’absence de perspectives de paix et surtout moins enclins à s’impliquer dans leur rôle de gendarme de la planète, les Américains demeurent dans une position d’attente, prêts à soutenir toute initiative européenne crédible en faveur de la paix.

Une telle opportunité existe bel et bien. La France tente de relancer depuis plusieurs mois le processus de paix et prévoit une conférence internationale pour remettre autour de la table les acteurs du conflit. L’Union européenne et ses Etats membres doivent apporter tout leur soutien à cette initiative. Le 3 juin dernier, la conférence de Paris a réuni les principaux acteurs influents du conflit à Paris, à l’exception d’Israël et de la Palestine. C’est un premier pas vers une nouvelle conférence de paix. Il convient désormais de tout mettre en œuvre pour que le moment politique créé par la France.

Il convient cependant de prendre plusieurs dispositions diplomatiques pour tirer des leçons des erreurs du passé. Autrement, nous ne connaîtrons que des trêves, un simple répit avant le prochain conflit. L’Initiative de paix arabe doit être la base de toutes les négociations. D’une part, parce qu’elle affirme la coexistence des peuples arabes et israélien et, d’autre part, parce qu’elle est ouverte au compromis pour réorganiser au mieux les frontières et les territoires entre Israël et la Palestine.

Le rôle de l’Union européenne est de soutenir ce processus. Pour cela, nous devons l’affirmer, le Quartet [Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations unies] est aujourd’hui plus une gêne qu’une aide dans le conflit israélo-palestinien. Ses demandes vis-à-vis du Hamas sont datées et inappropriées à la réalité. Tous ceux qui ont intérêt dans le statu quo supportent le Quartet. Il faut s’en débarrasser, se concentrer sur l’Initiative de paix arabe et promouvoir les démarches françaises.

Dès maintenant, préparer la paix

Néanmoins, les nombreux échecs de soixante-dix ans de tentatives de paix entre Israël et la Palestine nous apprennent que la diplomatie seule n’est plus suffisante. Sept décennies de souffrances et de détérioration de la dignité palestinienne, et aussi d’opportunisme de certains leaders des deux camps, ont érigé des barrières psychologiques quasi indépassables en l’état actuel, à moins qu’un processus d’interaction entre les peuples ne précède les négociations de paix.

Il y a une compréhension mutuelle à construire pour permettre l’acceptation de l’évidence : la destruction d’Israël est impossible, la disparition de la Palestine tout autant ; la coexistence des deux peuples est l’unique horizon historique. Cela passe par la fin des discours de haine propagés par les leaders des deux camps, la fin de la colonisation, la modification des manuels scolaires qui décrivent l’autre comme le mal absolu, la protection conjointe des ressources naturelles… Autant de dispositions qui permettront de paver la voie de la paix.

Pour cela, nous proposons la création d’une commission de réconciliation, en plus des autres groupes de travail envisagés par la France. Il s’agit d’un corollaire indispensable à toutes négociations de paix, sans lequel nous ne pourrons pas espérer faire mieux que lors des précédentes conférences de paix.

Voilà le message que doivent porter les Européens au moment où notre diplomatie a l’occasion de démontrer toute sa pertinence et toute son efficacité

(Gilles Pargneaux)

(*) Il est vice-président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec les pays du Machrek et Secrétaire national du PS aux relations Nord-Sud 

En route pour le Moyen-Orient

(BRUXELLES2) Jordanie, Egypte, Israël et Palestine, Catherine Ashton a décidé de reprendre son bâton de pélerin pour faire une tournée de quatre jours au Moyen-Orient. Une contrée qu’elle a déjà visité à plusieurs reprises depuis son arrivée mais qui prend une nouvelle tournure aujourd’hui, notamment avec le changement de régime en Egypte, la réouverture timide de Rafah, l’accord Hamas-Fatah, l’échéance fatidique de septembre et la déclaration de l’Etat palestinien sans oublier les « révoltes arabes », le conflit libyen et l’écrasement sanglant des opposants en Syrie.

Processus de paix et Libye au menu

La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères aura des réunions « de haut niveau » avec les chefs de gouvernement et les partenaires internationaux, y compris l’Organisation des Nations Unies, la Ligue arabe, l’Union africaine et l’Organisation de la Conférence islamique, a ainsi annoncé son porte-parole. « Je veux encourager les dirigeants israéliens et palestiniens à saisir l’occasion et s’engager dans des négociations — a déclaré – avant son départ – Catherine Ashton. « Avec les événements importants en cours en Afrique du Nord et le discours du président Obama le mois dernier, il est plus urgent que jamais que nous lancions le coup d’envoi du Processus de paix au Moyen-Orient. J’ai proposé une réunion du Quartet pour aider à relancer les négociations et suis à la recherche des signes positifs de tous les côtés. »

4 jours, 4 pays

Jeudi, Catherine Ashton sera en Jordanie pour rencontrer le ministre des Affaires étrangères, Nasser Judehin Amman. Vendredi, ce sera en Israël et les territoires palestiniens, avec le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et le chef de l’opposition Tzipi Livni, le Premier ministre palestinien Salam Fayyad, et le président palestinien Mahmoud Abbas. Samedi, au Caire, au siège de la Ligue arabe, où le secrétaire général Amr Moussa accueille une réunion du Groupe du Caire, elle discutera « Libye » avec le secrétaire général Ban Ki-Moon (par vidéoconférence), Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, et les responsables de l’Organisation de la Conférence islamique. Dimanche, enfin, retour en Israël pour s’entretenir avec le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à Jérusalem, avant de s’envoler pour le Luxembourg où se tient la réunion des ministres européens des Affaires étrangères qui aura lieu lundi.

C’est désormais une habitude et une tactique très « comm' ». Avant chaque conseil des Affaires étrangères, la Haute représentante enfourche son bâton de pélerin (en général un avion taxi) qui l’amène dans une contrée à haut rendement médiatique, lui permettant de faire un peu d’effet et d’exister parmi des ministres qui en ont vu d’autres. Mais cela ne pourra pas cacher certaines défaillances de la Haute représentante dans la gestion des dossiers. Tout d’abord, avoir tout misé sur le Quartet et Tony Blair, comme représentant de l’UE, ce qui n’est pas tout à fait le cas. Ensuite avoir prêté une oreille trop attentive aux briefings britanniques sur la région (sans doute excellents mais qui ne représentent pas la voix de tous les pays de l’UE : l’Allemagne, l’Espagne ou la France n’étant pas automatiquement sur la même longueur d’onde). Enfin, avoir considéré comme superflue la présence d’un représentant spécial de l’UE dans la région ; depuis le départ de Marc Otte, le poste est resté vacant. Aujourd’hui l’échéance de septembre – et de la possible déclaration de l’Etat palestinien se rapproche – et l’Union européenne ne pourra pas faire l’économie d’un débat interne pour rapprocher ses positions. Ce sujet, en lui-même, mériterait une réunion spéciale de tous les ministres.