Une lettre de six pages pour divorcer de 44 ans d’Union

(B2) Il était un peu moins de 11h quand l’ambassadeur britannique auprès de l’Union européenne, Tim Barrow arrive au siège du Conseil européen à Bruxelles. Il doit remettre une missive d’importance au propriétaire des lieux. Mais auparavant, il a une ultime tâche à accomplir, plus ordinaire.

Une sacoche noire et un sourire malicieux

Porteur d’une sacoche noire, qui n’est plus toute neuve, contenant la fameuse lettre de divorce, Tim Barrow esquisse un sourire malicieux face aux caméras qui l’attendent et, après un tout petit quart de seconde d’hésitation, se décide à parcourir d’un pas décidé, sans s’arrêter, le regard droit devant lui, les quelques mètres qui le séparent du bâtiment, pressé. Et, pour cause, il se rend non pas dans le bureau de Donald Tusk, mais tout simplement à la réunion ordinaire du Coreper…

Un timing très minuté

Ce n’est qu’ensuite qu’il montera dans les bureaux de Donald Tusk, le président du Conseil européen, pour accomplir son œuvre de missi dominici. Tout a été minuté à la seconde près. Car il faut que les actes dans les deux capitales, à Bruxelles et à Londres, se passent sinon de manière simultanée. Au moment où Theresa May est à la porte de la Chambre des Communes, l’ambassadeur remet la lettre fatidique de retrait du Royaume-Uni au président du Conseil européen, accompagnée de quelques mots. Les flashs crépitent. Le sourire est présent chez l’ambassadeur britannique, un peu moins sur le visage du représentant européen.

Un jour qui n’est pas heureux

« Il n’y a aucune raison de prétendre que c’est un jour heureux ni à Bruxelles ni à Londres » reconnaît, moins souriant, Donald Tusk, après avoir pris possession de la lettre. « Après tout la plupart des Européens, y compris près de la moitié des électeurs britanniques souhaitent que nous restions ensemble et non que nous faisions chambre à part. »

Un ambassadeur silencieux pour laisser la parole au Premier ministre

Seules des photos officielles ont été tolérées durant cet évènement. Aucune prise de son n’est effectuée. Le Royaume-Uni ne l’a pas souhaité. Et ce n’est effectivement pas à un simple ambassadeur d’exprimer les mots. A ce moment-là, Theresa May pénètre dans la Chambre des communes pour confirmer que la lettre signée la veille (et arrivée par Eurostar) a bien été remise en main propre, et prononcer son discours. A la fin du discours, le président du Conseil européen Donald Tusk descend en salle de presse pour informer la presse en poste à Bruxelles de la formalité.

Dans un esprit d’unité

L’heure est grave. Mais, du côté européen, on s’efforce de trouver le ton adéquat, serein, pour masquer l’inquiétude. Dans ces négociations, l’Union agira « dans un esprit d’unité et préservera ses intérêts. Notre première priorité sera de réduire au maximum les incertitudes que la décision du Royaume-Uni fait peser sur nos citoyens, nos entreprises et nos États membres » indique une déclaration publiée au nom des 27 États membres restants. Une négociation que les 27 veulent aborder « dans un esprit constructif » en espérant que « à l’avenir, le Royaume-Uni sera un partenaire proche ». (lire aussi les propos de Donald Tusk)

S’il faut être méchant, nous serons méchants

Quelques mètres plus loin, au siège du Parlement européen démarre une réunion en formation réduite. La conférence des présidents – qui rassemble les présidents des groupes politiques – adopte une résolution, en anglais, qui donne la ligne du Parlement dans les mois à venir. « Nous avons un objectif : protéger les citoyens européens qui vivent au sein de l’Union, et aussi les citoyens européens qui vivent au Royaume-Uni et préserver les quatre libertés qui sont le ciment de l’Union et sont indivisibles » explique Antonio Tajani, le président du Parlement européen, qui a été aussi commissaire européen (et coauteur du paquet défense, avec Michel Barnier – aujourd’hui négociateur en chef du Brexit pour la Commission).

L’accord du Parlement européen nécessaire

Et Tajani de rappeler que « tout accord avec le Royaume-Uni devra obtenir l’aval de la majorité au Parlement européen ». « Nous souhaitons rester amis avec le Royaume-Uni. Et j’espère que […] l’élégance et la courtoisie » seront au rendez-vous, ajoute celui qui a été aussi un temps ancien ministre de Berlusconi. Mais, « s’il faut être méchant pour défendre les citoyens européens, on sera méchant » avertit-il.

Pas de marchandage

Un propos que le négociateur en chef du Parlement, l’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, ne peut qu’approuver : « Il n’y aura pas de marchandage. On ne peut pas avoir d’un côté un accord de sécurité contre, de l’autre côté, un accord économique. […] La sécurité ne se marchande pas ». Les dés sont jetés… la bataille peut commencer.

La réversibilité : pas possible sans accord

Quant à la possible réversibilité de l’accord (le fait pour le Royaume-Uni de rester finalement dans l’UE), à partir du moment où le Brexit est déclenché, ce n’est plus la simple décision du Royaume-Uni. C’est « une question qui concerne toute l’Union européenne. Tous les pays de l’Union devront alors décider si c’est possible » explique Tajani.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Version étendue du papier publié dans Sud-Ouest ce matin

Deux Italiens pour un perchoir… Et un seul vainqueur

Entre un Guy Verhofstadt, amoureux de la Toscane, et du bon vin italien, et un Antonio Tajani, nouveau maitre des lieux, tout aussi roué et passé maître dans les intrigues romaines, le début d’une alliance… ou d’une allégeance  (Crédit : PE)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Cette journée du lundi (16 janvier) a été haletante pour ceux qui l’ont suivie de bout en bout. Et il a bien fallu les quatre tours prévus pour départager les deux candidats principaux : l’Italien des Chrétiens-Démocrates, Antonio Tajani, et l’Italien Gianni Pittella pour les sociaux et démocrates (S&D). Un dramaturge de série télévisée n’aurait pas fait mieux. On y trouvait tous les ingrédients nécessaires à une bonne novelas  : alliances, trahison, règlements de compte internes, promesse de vengeance, recomposition et… une (presque) happy end.

Une course très ouverte

Les sociaux-démocrates ayant rompu l’accord de grande coalition (1) qui avait marqué la première partie de ce mandat (comme d’autres mandatures), la course était plus ouverte que d’habitude. Cinq autres candidats étaient en lice, n’ayant quasiment aucune chance d’être élus, et destinés surtout à faire l’appoint à l’un ou l’autre des candidats principaux : le Belge Guy Verhofstadt pour les Libéraux et Démocrates (ALDE), sa compatriote nationaliste flamande N-VA Helga Stevens pour les conservateurs (ECR), la Britannique Jean Lambert pour les Verts, l’Italienne Eleonora Forenza pour la gauche (GUE/NLG), le Roumain Laurentiu Rebega pour l’extrême droite (ENL). Le dernier groupe présent au Parlement (EFDD), formé des europhobes britanniques de UKIP et des Italiens du Mouvement 5 étoiles, n’avaient pas de candidat.

Un mariage dès l’aube

9h du matin… le Parlement est en pleine ébullition. Une nouvelle parcourt les travées. Le candidat des Libéraux, l’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, se retire. Il a signé, dans la nuit, un accord avec les « Bleus » du PPE. En échange de son soutien, il obtient quelques sucres, trois vice-présidences et la présidence de la Conférence des présidents, et un accord de programme, notamment la promesse de voir convoquer une Convention. « Le seul avantage de cet accord c’est que nous finirons tous tôt ce soir » ironise l’Allemande Ska Keller, co-présidente du groupe des Verts. Les résultats du premier tour ne sont pas encore tombés. Mais personne ne se hasarde à faire un pronostic aussi tranché.

La confiance

11h : On attend toujours les résultats. Les députés du groupe du Parti populaire européen arrivent dans l’hémicycle. Confiants. Tel César, Antonio Tajani se promène joyeusement parmi ses collègues. Il salue de la main, distribue des accolades à profusion, multiplie les selfies… Un petit spectacle très romain. Le président du groupe, Manfred Weber, se montre même généreux. « Nous essayons au Parlement européen d’organiser une majorité constructive pro-européenne car il ne s’agit pas ici de confrontations personnelles mais de trouver des solutions. Cet accord n’exclut personne. Nous invitons tout le monde à nous rejoindre », poursuit l’Allemand de la CDU. Un appel du pied aux Sociaux-démocrates. Les résultats du premier tour sont encourageants. Tajani recueille plus de voix, avec 274 voix. Presque 100 voix d’écarts le séparent de son concurrent, Gianni Pittella. Il ne lui manque plus que quelques 80 voix pour franchir le sas de la majorité absolue (2).

  • Résultats du premier tour : 718 votes dont 36 nuls. Majorité absolue : 342. Tajani – PPE (274), Pittella – S&D (183), Stevens – ECR (77 voix), Lamberts – Verts (56 voix), Forenza – GUE (50 voix), Rebega – ENL (43 voix).

Le doute

14h. C’est le second tour. Le candidat du Parti populaire européen (PPE), Antonio Tajani, arrive en tête. Mais il n’arrive pas à décoller. Avec 287 voix, l’Italien n’est pas parvenu à rassembler suffisamment de votes pour l’emporter. Le candidat des sociaux et démocrates (S&D), Gianni Pittella, a pour sa part obtenu 200 votes, soit 17 de plus qu’au premier tour (2). Est-ce l’indice d’une remontée ? Chez les Socialistes, en tout on y croit. « C’est un bon signe. Tout est encore possible. »

  • Résultats du second tour : 725 votes dont 34 nuls. Majorité absolue : 346. Tajani – PPE (287, +13), Pittella – S&D (200, +17), Stevens – ECR (66, -11), Lambert – Verts (51, -5), Forenza – GUE (42, -8), Rebega – ENL (45, +2)

Une tête en balance

Le troisième tour n’est prévu que pour 17h30. Les groupes politiques multiplient alors réunions et conciliabules. Dans les couloirs, les rumeurs vont et viennent. Chacun va à la pêche aux voix. Pivot de la négociation, le groupe Conservateurs des ECR marchande son soutien. Pittella se dit prêt à tout accepter pour obtenir les voix nécessaires. Il offre notamment de virer Guy Verhofstadt, dont l’ambition fédéraliste en fait un proscrit à Londres, de son poste de négociateur du Parlement pour le Brexit. La rage est bien présente chez les « roses ». Ils ne digèrent pas le dédain avec lequel Verhofstadt a traité leur offre d’alliance. Une offre qui n’aurait « jamais été soumise à son groupe ». Chez ALDE, on rétorque que les « socialistes ont offert des postes. Mais pas de contenu ».

Les enchères

Tentés par un rapprochement avec les chrétiens-démocrates du PPE, les Conservateurs saisissent leur chance. Un luxe ironique pour les Torys britanniques dont c’est normalement la dernière élection dans cet hémicycle qu’ils quitteront à l’horizon 2019. Ils font monter les enchères. Sous pression de son groupe, la Belge Helga Stevens, maintient cependant sa candidature.

17h. Les députés repartent au vote pour un troisième tour. Puis l’hémicycle se vide. Le temps du dépouillement, la course aux négociations reprend. Vers 17h30, le groupe ECR publie un communiqué. Il met en cause l’accord ALDE-PPE dont de nombreux aspects « représentent les politiques qui ont échoué dans le passé ». Le tory britannique Syed Kamall, le patron de ECR, demande à Antonio Tajani de « s’éloigner de cette déclaration ». Tajani ne tergiverse pas longtemps.

 A peine trente minutes plus tard, il répond : OK, et balance par dessus bord tout accord. Il s’engage, « en tant que Président du Parlement européen, à être neutre, au service de tous les Européens, et je me concentre sur ce qui compte vraiment: la sécurité, la migration et l’emploi ». Dans son propre camp, la nouvelle fait le buzz. « Il est beaucoup trop tard. » Cela aurait dû être fait avant le troisième vote, estiment certains. D’autant que la décision n’a pas été prise en groupe mais par l’équipe de Tajani.

Toujours pas de fumée blanche

19h. Le dépouillement du troisième vote prend fin. Le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. Tajani rate la marche. Encore une fois. Quelques votes des Conservateurs se reportent bien sur lui. Mais très peu et pas assez pour faire la différence. Il plafonne. Il manque encore 55 voix pour atteindre la majorité absolue. L’ennui gagne. Chacun sent que la soirée libre promise est entamée. Et qu’il faut un dernier et ultime tour pour départager les deux Italiens.

  • Troisième tour : 719 votes dont 29 nuls. Majorité absolue : 346. Tajani – PPE (291, +4), Pittella – S&D (199, – 1), Stevens – ECR (58, -8), Lambert – Verts (53, +2), Forenza – GUE (45, +3), Rebega – ENL (44, -1).

Le moment de vérité

19h10. Les négociations repartent de plus belle. Rendez-vous est donné à 20h pour procéder au quatrième tour, où seuls sont en lice les deux candidats ayant le plus de voix : Antonio Tajani (PPE) et Gianni Pittella (S&D). Une bataille italo-italienne, entre le Romain et le Lauriati. « C’est l’heure de la vérité » lâche un député. C’est historique. Cela n’était arrivé qu’une fois dans l’histoire du Parlement européen, en 1982. Au PPE, les têtes sont clairement sombres. Peu s’aventurent dans ce terrain, dangereux, qu’est une salle de presse, où la question coupe-gorge peut survenir sans crier gare. Quelques confrères, dont cela semble être une première fois au Parlement, demandent une biographie de Pittella déjà prête. Au cas où…

Le dénouement

Le silence se fait… Il est 19h35. Soudain la nouvelle tombe. « It’s done… » Les conservateurs de ECR viennent d’annoncer, via twitter, leur ralliement. Ils soutiendront Antonio Tajani « après une série d’engagements politiques », autrement dit de concessions, de l’Italien.

… et le soulagement

20h. L’hémicycle se remplit pour la dernière fois de la journée. Antonio Tajani peut savourer, pleinement, cette fois, sa satisfaction. Son sens tactique a payé. Les scènes de la matinée redeviennent d’actualité… embrassades, accolades et sourires d’oreille à oreille. Gianni Pittella, lui, a du mal à faire face. A 20h50, les résultats filtrent à la presse. Dix minutes plus tard, le résultat officiel tombe. L’Italien de Forza Italia, proche de Berlusconi, Antonio Tajani, est élu à la présidence du Parlement européen, nettement. Il devance son concurrent de près de 70 voix. Mais il rate, à 3 voix près, le podium de la majorité absolue. 80 députés se sont abstenus. Un chiffre facilement attribuable à l’extrême droite, qui compte 40 députés dans le groupe Europe des nations et des libertés (ENF) de Marine Le Pen et 42 dans le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFD) du Britannique Nigel Farage. Son adversaire a presque réussi à faire le plein des voix à gauche mais guère au-delà. « Aujourd’hui commence une nouvelle ère » clame Tajani devant la presse. Il est 21h30… la journée se termine.

  • Quatrième tour : 713 votes dont 6 nuls. Majorité relative (majorité absolue : 354). Tajani – PPE (351, +60), Pittella – S&D (282, +83), et 80 abstentions.

Un résultat assez logique quand on voit le profil de l’assemblée européenne où la droite est majoritaire (mais divisée) et somme toute assez attendu. Mais il fallait un certain nombre de tours et une certaine dramaturgie pour que cette réalité prenne forme (3). Ce résultat a le mérite d’une certaine clarté : il rejette les sociaux-démocrates dans l’opposition avec un bloc plus clair majoritaire qui n’est plus la grande coalition (chère aux Allemands). Mais une alliance orange-bleue, libérale / chrétienne-démocrate (plus classique dans les pays nordiques ou du sud).

La bataille n’est pas tout à fait terminée… Après l’élection aux vice-présidences, plutôt formelle, ce mardi, la « vraie » bataille va reprendre, plus sourde pour les présidences des commissions parlementaires et notamment de la future commission spéciale sur le terrorisme ( Vers une commission spéciale sur le « terrorisme » au Parlement européen ?). Entre chrétiens-démocrates et libéraux, d’un côté, socialistes, gauches et verts de l’autre, les couteaux rentreront-ils dans les fourreaux ou ressortiront-ils à l’occasion d’un nouveau coup fourré ? La suite au prochain numéro…

(Leonor Hubaut)

(1) Au terme d’un accord passé entre les deux plus gros partis du Parlement (PPE et S&D), la présidence de cinq ans avait été divisée en deux : d’abord les Sociaux-Démocrates pour les premiers deux ans et demi (avec Martin Schulz) et ensuite les Chrétiens-Démocrates (PPE) pour les deux ans et demi suivants. Mais les Socialistes ont rompu cet accord estimant que les trois postes de direction de la sphère européenne (Commission européenne, Conseil européen, Parlement européen) seraient détenus par un tenant du PPE, ce qui ne reflétait pas l’équilibre politique général ni l’esprit de la grande coalition.

(2) Pour être élu, un candidat doit remporter la majorité absolue des suffrages exprimés, soit 50% plus une voix (art. 16 du règlement). Les bulletins blancs ou nuls ne sont pas comptabilisés pour le calcul de cette majorité requise. Mais les abstentions le sont.

(3) B2 n’avait pas d’ailleurs pas attendu le résultat final de la bataille pour publier le portrait du président du parlement, dès 17h. Lire : Un partisan de la défense européenne à la tête du Parlement européen

L’équilibre politique au Parlement et la répartition dans les groupes

G. Verhofstadt à la dernière session plénière (crédit : PE)

Européens, préoccupez-vous un peu de la Libye (Verhofstadt)

G. Verhofstadt à la dernière session plénière (crédit : PE)

G. Verhofstadt à la dernière session plénière (crédit : PE)

(B2) Le leader du groupe libéral et démocrate (ALDE) au Parlement européen, Guy Verhofstadt, a appelé l’Union européenne à intervenir devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour soutenir une action plus déterminée de la communauté internationale en Libye.

« L’UE doit porter une demande d’intervention auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. Laisser émerger à nos portes un Etat en morceaux, sous la coupe de seigneurs de la guerre et d’émirs radicaux, serait une erreur tragique. Si l’Europe porte une responsabilité dans la situation actuelle, ce n’est pas d’avoir renversé Kadhafi, mais plutôt de n’avoir pas aidé le gouvernement légitime qui lui a succédé. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, dans l’intérêt de la Libye, de l’Afrique du Nord et de l’Europe tout entière » explique Guy Verhofstadt dans une tribune publiée par le quotidien français l’Opinion, ce dimanche.

  • NB : Un point de vue autrement plus responsable que les responsables de l’OTAN qui se défaussaient à Riga sur la communauté internationale ; les quelques mots de Jens Stoltenberg à Riga sont pour le moins illustratif de cette absence de réflexion (lire : Le bazar en Libye, c’est pas nous (Stoltenberg)

 

Au passage, l’ancien Premier ministre belge pointe notamment du doigt la mission EUBAM Libya « Avant que la situation ne dégénère, l’UE avait bien réagi en créant l’Eubam, une mission visant à aider les Libyens à mieux contrôler leurs frontières avec un objectif dédié à la lutte contre le terrorisme et la criminalité. Mais après 2 ans d’existence, aucune frontière libyenne n’est sécurisée par Eubam, qui a englouti 38 millions d’euros pour sa propre sécurité et dont les agents travaillent à Tunis ou à Malte… loin des zones sillonnées par Aqmi, Boko Haram et autres trafiquants d’armes, de drogues et d’êtres humains. »

On ne pourrait dire mieux…

 

(NGV)

Lire aussi : Mission plage pour EUBAM Libya

Et, dans notre édition pro/Club :

Des micros dans les fleurs ? :-) (Crédit : Conseil de l'UE)

Une Europe très écoutée !

Des micros dans les fleurs ? :-) (Crédit : Conseil de l'UE)

Des micros dans les fleurs ? 🙂 (Crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) La révélation par l’hebdomadaire allemand le Spiegel (Quand les Américains espionnent l’UE derrière les murs de l’OTAN) d’un espionnage organisé de l’Union européenne par la NSA américaine a provoqué quelques réactions ce week-end. On peut aussi se poser la question si ces « écoutes » sont les seules…

Le Parlement européen, furieux

Le président Martin Schulz (S&D) a tout de suite réagi dès samedi soir par un appel exprimant sa stupéfaction. « Au nom du Parlement européen, je demande toute la lumière et des informations supplémentaires (doivent être fournies) rapidement par les autorités américaines sur ces allégations ». Dimanche il précise dans une interview télévisée, (écouter ici) Je suis choqué de voir les représentations traitées comme des représentations ennemies. Si c’était vrai, cela devrait avoir des conséquences sur les relations avec les Etats-Unis. Il devra y avoir justification. » Certaines conclusions devront en être tirer sur la négociation accord avec les Etats-Unis « Nous devrons introduire dans l’accord avec les Etats-Unis de claires règles sur la protection des données » a-t-il ajouté. Il faut dire que le sujet fait scandale en Allemagne en pleine campagne électorale. Le SPD et les Verts demandent des explications à la Chancelière Angela Merkel. Guy Verhofstadt (ALDE) demande à ce que les présidents Barroso et Van Rompuy viennent s’expliquer devant le Parlement européen. Plusieurs eurodéputés — comme le Vert Dany Cohn Bendit et le Modem Marielle de Sarnez — veulent aller plus loin, appelant à suspendre les discussions sur le traité transatlantique de libre échange. Dany Cohn-Bendit demande à ce que « l’UE accorde l’asile à Snowden. Et veut qu’il soit candidat pour le futur prix Sakharov ».

La Haute représentante prudente

La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, C. Ashton, responsable des délégations qui sont les premières visées a réagi la plus tardivement. Son communiqué n’est parvenu qu’en fin de week-end (vers 21h). « Le SEAE a pris contact avec les autorités américaines à la fois à Washington et Bruxelles afin de chercher une clarification urgente de la véracité des faits entourant ces allégations » explique C. Ashton. « Les autorités américaines nous ont dit qu’ils sont en train de vérifier l’exactitude de l’information publiée hier et reviendront vers nous dès que possible.  (…) nous ne ferons pas d’autres commentaires à ce stade, tant que nous n’aurons plus de clarté sur la question ». Plus concis était-ce possible ? Joao Vale de Almeida (*), l’ambassadeur de l’UE à Washington, ne disait pas mieux dans un tweet envoyé vers 16h (8h local). « J’ai confronté le gouvernement US avec les articles de presse sur l’accès aux systèmes de communication de l’UE. Ils ont promis des informations et ardemment attendre celles-ci. Nous avons besoin de clarification ». En fait, du coté des diplomates européens, on reste sceptique. Ainsi que le raconte l’un d’eux « cette histoire est assez ancienne. Et nous avons pris déjà des contre mesures. »

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La Commission prône des capacités de défense… contre l’espionnage

Du coté de la Commission, la réaction a été plus rapide mais d’abord mesurée. « Nous suivons le sujet avec les vérifications et enquêtes nécessaires mais nous ne ferons pas de commentaires à ce stade » répond un porte-parole à B2 qui l’interroge pour une première réaction. Devant l’ampleur prise par les réactions à Berlin, Paris et au Parlement européen, le Berlaymont hausse le ton. Et les commissaires donnent de la voix. « Entre partenaires, on n’espionne pas! » lance la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding. Même propos pour Michel Barnier sur son fil tweeter : « Clarté, confiance et transparence, c’est ce qu’on peut et on doit attendre entre amis et alliés. Des explications des Américains sont nécessaires et urgentes. » résume-t-il , ajoutant « Pour lutter contre l’espionnage et les attaques numériques, l’UE doit accroître ses capacité d’action et de réaction ». Une piste effectivement intéressante…

TweetBarnierSpyUs

Commentaire : Une bonne nouvelle ? !

Européens et Américains concurrents. Si cette nouvelle est confirmée, on peut se dire que, finalement, c’est une bonne nouvelle 🙂 Malgré tous ses détracteurs, l’Union européenne a encore de l’intérêt, est attractive, représente un pouvoir économique qu’il est intéressant de percer ! 🙂 Elle vient aussi rappeler que la lutte « anti-terroristes » n’est pas la seule tâche des services de renseignements. Cette révélation – attribuée officiellement au dossier Snowden (NB : c’est encore à vérifier) — tombe aussi à point nommé pour rappeler aux Européens que si, avec les Américains, ils sont alliés, souvent ; amis, parfois ; ils ne sont pas animés et gouvernés par un intérêt commun. Le plus souvent, pour ne pas dire systématiquement, Américains et Européens sont plutôt, en concurrence, sur nombre de marchés au niveau mondial comme domestiques. En d’autres termes, ils sont « ennemis ». Et vouloir en savoir plus sur son concurrent devient alors logique.

A Bruxelles, espionnage se conjugue au pluriel. Russes et Chinois — pour ne citer qu’eux — entretiennent à Bruxelles des représentations qui ne répondent pas uniquement aux nécessités des relations diplomatiques… L’entrisme des différentes institutions est quasi-méthodique pour ces deux pays qui recourent à toutes les méthodes classiques (diplomates, étudiants, journalistes…). Ils ne sont pas les seuls. Selon les dossiers, Turcs, Israéliens, Azeris… voire Coréens et Suisses pratiquent « l’observation attentive » (pour être « diplomate ») des faits et gestes européens. L’espionnite ne s’exerce pas qu’à Bruxelles. Dans les missions de la PeSDC à l’étranger, il n’est pas non plus extraordinaire de croiser des personnes qui ne sont pas employées à 100% par l’Union européenne, comme ces « logisticiens » et « cuistots » Sud-Africains croisés en Ouganda sur la mission EUTM Somalia par exemple. Et il est d’usage courant que certains officiers de liaison ou représentants nationaux soient davantage là pour rapporter dans les capitales ce qu’ils entendent que le contraire. Le contingent américain au sein d’EULEX Kosovo ne devrait pas échapper à cette règle…

(*) Ancien chef de cabinet de JM Barroso et ancien sherpa, sa nomination à Washington avait été contestée. Lire : Le dossier « Vale de Almeida » fait des vagues au Conseil…

Le plan d’action de Verhofstadt pour la Syrie. Son appel à la Haute représentante

(crédit : Parlement européen)

(BRUXELLES2) Guy Verhofstadt, le leader des Libéraux et Démocrates au Parlement européen, a pris sa plume et une feuille blanche pour écrire à la Haute représentante, Catherine Ashton sur la Syrie. « Les massacres qui continuent contre le peuple syrien rendent encore plus impératif pour la communauté internationale d’agir. »

Le veto de la Chine et de la Russie ne doit pas nous empêcher d’agir, estime-t-il réclamant une action plus énergique de l’Union européenne. Il  demande à la Haute représentante de soutenir et participer à la création d’un groupe de contact des « amis du peuple syrien » avec les pays arabes, la Turquie et les Etats-Unis. Un groupe destinée à préparer des actions communes dans trois conditions.

Corridors humanitaires, soutien à l’opposition, transition démocratique

Premièrement, il faut préparer immédiatement un plan opérationnel pour une intervention humanitaire, incluant la création de zones de sécurité dans les régions frontalières de Turquie et Jordanie reliées à des corridors humanitaires. Deuxièmement, il faut fournir un soutien technique et matériel aux mouvements d’opposition syrien engagés dans la protection des droits de l’homme tandis que les sanctions sont augmentées contre le régime officiel. Enfin, il appelle à « considérer toutes les options pour réaliser nos objectifs » pour remplacer le régime « illégitime et criminel » de Bachar al Assad et préparer une nouvelle ère de changement démocratique .

La Ligue arabe fait ce que l’UE ne fait pas ?

Après la réunion de la Ligue arabe, dimanche, G. Verhofstadt a réitéré son appel : « Ce que (La Ligue Arabe) a décidé aujourd’hui crée une opporutnité pour oublier le blocage décevant au Conseil de sécurité de l’ONU et d’aller de l’avant sur la Syrie. Ce type de leadership est exactement ce que la population de la Syrie nous demande. Maintenant l’Union européenne ne doit pas hésiter. La Haute représentante, Catherine Ashton, doit approuver les décisions de la Ligue arabe, les suivre et être la première à confirmer notre présence à la réunion des « Amis de la Syrie » en Tunisie. »

La Ligue arabe a demandé, dimanche (12 février), lors de sa réunion au Caire l’envoi de Casques bleus. Elle a également décidé l’arrêt des relations diplomatiques avec la Syrie et de se tourner vers l’opposition, demandant « d’ouvrir tous les canaux de communication » avec l’opposition syrienne et fournir toutes les formes de « soutien politique et matériel ». (NB : quand on parle matériel, tout le monde pense à des armes. Mais il s’agit aussi de moyens de communication, de cryptage, d’argent, voire de cartes issues de reconnaissances satellites ou de drones, etc. Tout ce qu’une opposition armée a besoin pour s’organiser et lutter contre un régime).

Télécharger sa Lettre de Guy Verhofstadt à Catherine Ashton sur la Syrie

Verhofstadt critique la mollesse européenne sur la Syrie

(BRUXELLES2) S’exprimant sur la VRT (la chaîne belge néerlandophone), dimanche 14 août, le leader des libéraux démocrates au Parlement européen, Guy Verhofstadt, a critiqué vertement l’attitude européenne, trop molle sur la Syrie et réclamé des sanctions supplémentaires, ainsi qu’une surveillance plus rapprochée des frontières. « L’UE doit prendre des sanctions beaucoup plus sévères », explique-t-il. « Nous avons maintenant 35 hautes personnalités sur une liste et… c’est tout. » Ils ne peuvent pas entrer dans l’UE « Cela n’affecte pas vraiment le régime ».

Des sanctions plus sévères : boycott pétrolier

Et Verhofstadt de critiquer Catherine Ashton, la Haute Représentante pour la politique étrangère européenne, qui « attend toujours un accord unanime des 27 ». Celui qui a été aussi l’ancien Premier ministre belge (de 1999 à 2008) propose donc de passer à des peines plus lourdes visant « les comptes bancaires des 200 familles en Syrie, qui sont le pilier du régime Baas » et surtout « un boycott des importations de pétrole venant de la Syrie. Nous pouvons tarir les ressources financières d’Assad. »

Pas d’action militaire mais une surveillance des frontières ?

Sur une action militaire contre la Syrie, G. Verhofstadt se montre plus réservé. « Il y a trop peu de soutien dans la communauté internationale pour le moment. » En revanche, il se montre en faveur de déployer « des troupes internationales », sous forme d’observateurs notamment pour surveiller certaines zones où il peut exister des risques de dérapage : en mer car le régime « engage des navires de guerre » et proche de la Turquie, où les troupes syriennes sont très présentes, notamment pour stopper les réfugiés, et où « au moins à deux reprises se sont produits des accrochages ».

Dernier baroud d’honneur des opposants à Barroso

Tour à tour, deux des opposants les plus résolus à la reconduction de José-Manuel Barroso au poste de président de la Commission européenne sont venus devant les
journalistes, ce mardi matin au Parlement européen de Strasbourg.

Martin Schulz (Socialistes & Démocrates) : « on ne peut pas trouver plus servile que Barroso »

Martin Schulz, le leader des Socialistes et démocrates, se voulait offensif. Même si on ne le sentait pas à l’aise sur son groupe. Ce dont il ne s’est pas caché : « j’ai un grand
problème, la famille sociale-démocrate est divisée. Des Premiers ministres socio-démocrates sont pour la nomination de Barroso. Et je les comprends ».
Puis d’ajouter « J’avoue si j’avais été
Premier ministre, moi aussi, on ne peut pas trouver plus servile que lui (Barroso). » 
Il a ensuite lancé un avertissement au président de la Commisssion « Nos 184 sièges sont
indispensables pour une majorité, sauf à chercher une majorité à l’extrême droite
« . Et de s’interroger : « quelle valeur aura cette majorité formée avec les pires eurosceptiques« .

Le groupe libéral commence tigre, finit carpette. Au passage, il a donné une petite tape au groupe libéral « qui se voulait tigre et se montre carpette« .Un message qui a
aussi, et surtout, valeur d’avertissement pour une partie de ses propres troupes, tentées de voter pour Barroso. Car pour Schulz, a priori, c’est clair : « nous ne voterons pas pour lui
(Barroso). Ce n’est pas notre candidat. C’est le candidat des chefs d’Etat et de gouvernement, et de droite »
.

Ce que l’on veut : un changement d’orientation. Et Martin Schulz, au long du dialogue avec les journalistes, a martelé son message : « je ne veux pas parler des personnes mais du
contenu ». Du moins qu’il n’a pas confirmation d’une évolution plus nette que « quelques paroles en réunion« . Ce que nous voulons c’est un « changement d’orientation. Il faut que cette
Europe doit aller vers une Europe plus sociale. (Et non vers une société) où quelques banques encaissent des bonus tandis que la majorité des salariés s’appauvrit. »
  « Si le président,
pardon, le candidat, s’engegait sur un objectif « à salaire égal, travail égal », qu’il en faisait la ligne forte de son programme pour 5 ans, là ce serait différent ».

NB : le leader socialiste n’a pas voulu confirmer le chiffre de 40-50 socialistes prêts à voter pour Barroso, il s’est même montré un peu agacé des
questions des journalistes sur ce point. Et on le comprend. Ce vote « pour » pourrait ainsi se transformer en abstention. De même qu’une partie des votes contre. De fait, selon la confidence d’un
député socialiste, la consigne du groupe pourrait être l’abstention.


Cohn-Bendit : nous allons nous battre contre la candidature de Blair (comme président du Conseil européen)

Puis est venu le tour de Dany Cohn Bendit, le Vert. Celui-ci était bien plus détendu. Son groupe est plus uni sur cette question. Il a toujours été opposé à la fois à la personne de
Barroso et au vote actuel, estimant qu’il fallait le repousser à plus tard, après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Et « les évènements nous donnent raison« , a-t-il expliqué.

On ne peut pas changer les règles à la mi-temps. Pour lui c’est clair : « Il fallait attendre le résultat du référendum en Irlande, prolonger la Commission actuelle, surtout à la veille
de deux rencontres cruciales, le G20 et le sommet de Copenhague. Ce n’est pas avec de nouveaux commissaires que l’on pourra avoir une position européenne forte. Les commissaires actuels ont une
certaine expérience et l’habitude de fonctionner en collège. (…) Et procéder à la nomination de la nouvelle nomination sous une seule règle. Le Traité de Lisbonne (s’il est approuvé par les
Irlandais ». « On ne peut jouer la première temps sous une règle et changer la règle pour la deuxième mi-temps. On marche sur la tête »
a-t-il expliqué.

Contre la candidature de Blair. Le leader des Verts a dénoncé aussi les tractations en coulisses de Tony Blair pour le poste de président du Conseil européen. « Un Tony Blair qui fait
actuellement sa campagne pour sa nomination. » Et dont se préoccupent actuellement les chefs d’Etat. « Que croyez-vous que Sarkozy discute avec Zapatero. Du G20 ou de Copenhague. Peut-être un
peu. Ce qu’il voulait surtout savoir. C’est si (Felipe) Gonzalez se présente au poste du Conseil
« . « Nous allons nous battre contre Blair » a-t-il ajouté. Au passage, Cohn-Bendit s’est
inscrit en faux contre la position de son prédécesseur à la tribune de presse, celle du « grand président Schulz Tsé Toung !! » a-t-il ironisé. Pour lui, la politique européenne se fait
d’abord avec des personnes. « Le rôle du président de la Commission est d’avoir des personnalités dans un chapeau et de leur donner du contenu ». Pour lui la solution reste : « d’attendre le
résultat du vote des Irlandais, de prolonger la Commission actuelle jusqu’à l’entrée en vigueur de Lisbonne et de voter le président de la Commission et la Commission sous une même règle, celle du
Traité de Lisbonne »

Commentaire : la jauge pour le vote de Barroso. Pour Barroso comme pour les parlementaires, maintenant, la question n’est pas de savoir si Barroso va l’emporter. Mais de combien. Est-ce
qu’il passera le seuil de la majorité absolue (369 sièges aujourd’hui) ? De quel écart va-t-il l’emporter ? Et de quel volume seront les abstentions (surtout si une large partie des socialistes
s’abstiennent) ? Ce sont ces trois données qui donneront la valeur de la solidité de sa candidature pour le reste des évènements (la nomination des commissaires risque d’être très agitée en cas de
vote serré). Selon les derniers chiffres, mardi matin, Barroso décrocherait une majorité d’au moins 340 sièges. Soit une majorité relative confortable.

Guy Verhofstadt, le dernier des mohicans européens

(archives B2) A l’heure de la grisaille européenne, il en est un qui ne décroche pas du rêve européen. A Bruxelles, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a surmonté depuis 1999 plusieurs « crises » ou « évènements » européens : l’Autriche et ses ministres d’extrême-droite au pouvoir, les attentats de New-York — la Belgique préside alors l’Union européenne —, l’Euro, l’élargissement, la guerre en Irak, … Sans dévier de son credo européen. Un « authentique » comme en témoigne Jacques Delors. Et à ceux qui en doutent encore, il l’écrit et le martèle dans un petit manifeste de 66 pages, « Les Etats-Unis d’Europe », dont la version anglaise vient de sortir au Royaume-Uni.

Les référendums ont révélé un malaise

« Les référendums français et néerlandais n’ont pas tant mis au jour une crise nouvelle. Ils ont plutôt révélé le malaise qui sourdait au niveau européen » écrit-il. « Pourquoi ont-ils voté Non » ? Question propre à susciter encore polémique en France et aux Pays-Bas. Celui qui, en son temps, a été surnommé « Baby Thatcher » détecte que, mis à part quelques pays, « les gens ne veulent pas moins d’Europe mais une autre Europe ».

Faire le tri des tâches

Comment continuer ? « L’Europe doit cesser d’ergoter » assure-t-il. Elle doit délaisser « certaines tâches que les Etats membres sont mieux à même d’assumer » — l’agriculture est à peine mentionnée — et « se concentrer sur certaines missions » : « une armée commune et une politique étrangère qui parlera d’une seule et même voix », « un espace européen de justice pour lutter contre le crime organisé », et « une stratégie socio-économique » qui s’attaque aux deux grands défis « mondialisation et vieillissement de la population ».

Harmoniser, réguler

Le maître mot est la « convergence ». Il faut définir des « minima et des maxima, y compris en termes de protection sociale et de fiscalité » assume ce libéral sans complexe, adepte de l’économie de marché, mais pragmatique au diable (il gouverne depuis six ans en coalition avec les Socialistes). Une révolution à l’échelle européenne ? Sans nul doute. Mais celui qui faisait du vélo avec Romano Prodi, quand l’Italien était président de la Commission européenne, assume ce changement de braquet…

Deux cercles

S’il est impossible de mobiliser tous les pays, qu’à cela ne tienne, mobilisons ceux qui veulent aller de l’avant. L’Europe « comprendrait alors deux cercles : un noyau politique, des « Etats-Unis d’Europe » appuyés sur la zone Euro, avec un Président et un Parlement type fédéral – une chambre des peuples, une chambre des Etats – doté du pouvoir législatif. Autour d’eux, une confédération d’Etats, une « organisation des Etats européens ».

Utopique certes, irréalisable pas sûr si d‘aventure la France et l’Allemagne se décident, enfin, à avancer de nouveau d’un pas commun …

(Nicolas Gros-Verheyde)

  • Paru dans Ouest-France, 21 mars 2006

Version française « Les Etats-Unis d’Europe » (ed. Luc Pire, coll. Voix politiques, 11 euros, sortie 20 mars en France) – Version anglaise « United states of Europe » (à paraître fin avril, Federal Trust for Education & Research,, 9 livres).

L’Europe se mobilise contre le terrorisme

(Archives B2) Depuis les attentats qui ont frappé Madrid jeudi dernier (11 mars 2004), les spécialistes à Bruxelles des affaires intérieures sont en effervescence

Les principaux dirigeants européens, et des anonymes, rendent hommage aux victimes des attentats de Madrid. (de gauche à droite) Carlos Bastarreche Sagües (représentant permanent de l’Espagne) ; Ramon de Miguel y Egea (secrétaire d’état espagnol aux Affaires européennes), Loyola de Palacio (vice-présidente de la Commission européenne en charge des Transports et de l’Énergie), Romano Prodi (président de la Commission européenne), Xx, Javier Solana (secrétaire général du Conseil et Haut représentant pour la PESC), Chris Patten (commissaire européen chargé des Relations extérieures) (crédit : Commission européenne)

Une série de réunions

Aujourd’hui, la réunion ordinaire des ambassadeurs (Coreper) des 25 pays de l’Union européenne élargie aura un seul dossier sur sa table : la lutte contre le terrorisme. Fait peu ordinaire, le commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires intérieures, Antonio Vitorino, sera d’ailleurs présent au déjeuner. Vendredi, ce sera au tour des ministres de l’Intérieur de plancher sur la question, lors d’une réunion exceptionnelle. Ils seront relayés lundi par les ministres des Affaires étrangères avant de céder la place aux chefs d’État et de gouvernement en fin de semaine prochaine. Objectif commun de tous les ‘costumes cravates’ : donner un coup de fouet à la coopération européenne en matière de lutte anti-terroriste.

Quelques mesures adoptées, mais d’un seul pied, en boitant

Depuis presque dix ans — et un certain sommet européen tenu, curieuse prémonition, à Madrid en 1995 —, l’Europe n’est pas restée totalement inactive. Surtout après le 11 septembre 2001 et les attentats de New-York. Plusieurs mesures ont été adoptées en matière de coopération judiciaire, de désignation des entités terroristes ou de lutte contre le blanchiment de l’argent. Mais cette progression s’est fait d’un seul pied, en boitant. Si bon gré mal gré, les juges trouvent en effet le moyen de coopérer entre eux — le mandat d’arrêt européen vient d’être mis en place —, il n’en est pas de même pour les services de police ou de renseignement.

Des instruments existent, peu utilisés

Quelques jours avant les attentats de Madrid, Javier Solana, le secrétaire général du Conseil des ministres, soulignait déjà, dans un rapport confidentiel, les réticences des États à partager leurs informations, les lenteurs et le manque de coordination des actions entreprises. Des instruments existent, écrivait-il. « Mais ils sont peu utilisés ou peu compris par les forces de l’ordre et les autorités judiciaires dans certains États ».

‘On a essayé Europol, çà n’a pas marché’

Certes un office dénommé Europol, sensé être un embryon de police européenne, existe bien à la Haye. Mais son fonctionnement est pour le moins erratique. De temps à autre, il parvient à coordonner une opération de … saisie de drogues. La raison ? « C’est simple » nous explique un expert de la Commission européenne, « Europol n’a pas de la part des services de renseignement la collaboration nécessaire. Ce n’est pas vraiment nouveau. Même au niveau national, les services de renseignement n’aiment pas communiquer leurs informations à la police. Alors ce qu’on exige d’eux aujourd’hui. C’est une véritable révolution culturelle. »

« Europol — renchérit un diplomate — ils perdent beaucoup de temps en bureaucratie. Imaginez. Le comité directeur compte 100 personnes. Comment voulez-vous qu’il soit impliqué dans les affaires de terrorisme, où la confiance est une des conditions de base du succès ».

Un bureau européen du renseignement

Reprenant un slogan de pub, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt assène, pour sa part avec le parler direct qui le caractérise, « On a essayé Europol. Cela n’a pas très bien marché ». Et de préconiser plutôt la création d’un « bureau européen pour mettre ensemble les analyses de renseignement ».

L’idée d’une agence européenne de lutte contre le terrorisme, d’un FBI européen, avait été lancée il y a quelques mois par le chancelier autrichien, Wolfgang Schlüssel. Mais elle a jusqu’ici été traitée avec condescendance par certains pays comme la France ou le Royaume-Uni. Elle pourrait refaire surface demain ! « Il faut y réfléchir sérieusement » considère Reijo Kemppinen, le porte-parole de Romano Prodi, le président de la Commission européenne « Ce n’est pas le jour pour critiquer. Aujourd’hui toutes les idées sont bonnes »…

En fait, en matière de terrorisme, c’est de davantage d’Europe dont on a surtout besoin, quelle que soit la forme.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles)

Article enrichi d’une première version parue dans France-Soir le 17 mars 2004

Sommet à Quatre sur la Défense. Un état-major européen avant la fin 2004 ?

(B2) Réunis en mini sommet sur la défense européenne à Bruxelles, les dirigeants français, allemands, belges et luxembourgeois tendent la main à leur alter ego britannique et se sont fixés une date butoir, fin 2004 pour aboutir à une avancée européenne.

Quatre pages dactylographiées, en caractères serrés pour donner un nouvel élan à cette défense dont l’Europe (lire les conclusions)

Le clan de la paix n’est pas un quarteron de putschistes

C’est dans une salle de conférence du Hilton de Bruxelles, transformé pour l’occasion en salle de presse, que les quatre leaders du « clan de la paix » (opposés à la guerre d’Irak) avaient choisi d’affirmer devant la presse leur volonté de donner « un nouvel élan » à cette politique de défense qui manque tant à l’Europe. Avec un leitmotiv : « n‘exclure personne« . « Toutes les avancées européennes ont eu pour origine l’initiative de quelques États » a expliqué Chirac, citant sans retenue le précédent franco-britannique de Saint Malo ! « Cette initiative est ouverte à tous les autres » a complété, le premier ministre belge, Guy Verhofstadt. « Nicht allein » (pas seuls) a renchéri Gerhard Schröder. « Nous ne sommes pas un quarteron de putschistes » a plaisanté Jean-Claude Juncker pour le Luxembourg. Coté propositions concrètes, même si les ‘Quatre’ se gardent bien de prononcer le mot, il s’agit de (re)créer un état-major européen permanent capable d’assurer la liaison des différentes forces de l’UE engagées sur le terrain, notamment pour les missions de maintien de la paix,… et avec l’Otan.

L’idée n’est pas neuve…

Pour éviter les mots qui fâchent, les Quatre ont d’ailleurs  trouvé un mot nouveau pour une proposition ancienne : créer un « noyau de capacité collective de planification et de conduite d’opérations ». L’idée, à défaut d’être neuve, est bien avancée. Le lieu est déjà trouvé, à Tervuren, le Versailles bruxellois. Et ce « noyau » devrait regrouper quelques dizaines d’officiers venus des pays volontaires. Ceux-ci ne seront pas vraiment dépaysés. Certains sont déjà à Bruxelles, de façon régulière ou semi-permanente, qui pour les besoins des réunions de l’Union européenne qui a (déjà) un état-major européen embryonnaire, qui pour les réunions de l’Otan et de son quartier général, le Shape, à Mons. Dans la même lignée, un commandement commun serait créé pour le transport aérien stratégique appuyé sur le programme A400M. Cette proposition, avec quelques autres, doit être présentée aux ministres des Affaires étrangères des ’25’ réuni en « gymnich » en Grèce ce vendredi. « Nous verrons alors comment cette idée sera reçue » estime un proche collaborateur du président Chirac. Qui aime l’Europe suive… pourrait-on dire !

(Nicolas Gros-Verheyde)


L’escapade chez les antiquaires

Pour joindre l’utile à l’agréable, Jacques Chirac et Guy Verhofstadt ont, en marge du sommet européen sur la défense, fait un petit croc-en-jambe au programme officiel en s’octroyant 20 bonnes minutes de chinoiseries chez une spécialiste du genre, Gisèle Croes, qui tient une galerie d’art chinois de la haute époque. En sortant, Jacques Chirac n’a pu s’empêcher de serrer quelques mains. « Il fait campagne » a proclamé, tout sourire Guy Verhofstadt, le Premier ministre belge qui parle en connaissance de cause, les élections législatives sont dans quelques jours… en Belgique.


Version complétée de l’article paru dans France-Soir avril 2003

Le festival Chirac

Chirac en fracassant le discours diplomatique consensuel s’impose comme le patriarche , sort un carton jaune aux pays candidats. Savoureuse revanche sur nos « amis » British. Analyse

(B2) Quand Jacques Chirac arrive au Justius Lipsius, le siège du conseil de l’Union européenne à Bruxelles, qu’il franchit en quelques enjambées le tapis rouge qui orne la cour, c’est avec la ferme intention de parachever sa revanche sur les atlantistes, Blair et Aznar. Arrivé un des premiers, le président français fait feu de tout bois. Il tient des conciliabules successifs avec plusieurs chefs d’Etats. Notamment avec Simitis, le Premier ministre grec.

Très détendu, volubile, émaillant ces propos de forces gestes affirmés et maintes blagues, il est attentif à tous, réussissant même à faire sourire ses interlocuteurs, les moins acquis à sa cause. Il félicite, au passage, son allié belge, Guy Verhofstadt, trouve le moyen – un verre à la main – de placer un mot à José-Maria Aznar, le premier ministre espagnol, et un autre à Wolfgang Schlüssel, le chancelier autrichien, qui vient de refuser le passage des troupes américaines par son pays. Avec les Allemands, le contact est plus froid. L’heure n’est plus aux grandes embrassades, du moins en public. Qu’importe… Le dîner qui n’est pas extraordinaire – coquilles St Jacques rôties aux truffes, osso-bucco de lotte et carpaccio d’ananas – est aussi vite avalé qu’un compromis rapidement ficelé.

Le festival Chirac peut commencer. Vers 22 heures, le président déboule dans la salle de presse. Là face aux caméras et à la presse internationale, fidèle à l’ancestral « Messieurs les Anglais tirez les premiers », il livre sa botte secrète. A peine les premières questions posées, il se lâche, dire leurs quatre vérités aux pays candidats. Une sortie calculée à l’extrême, avec la pointe d’outrance et de dérapage nécessaire, pour atteindre un triple objectif. En premier lieu, sortir le carton jaune : les pays candidats ont fait une erreur stratégique en signant des déclarations séparées avec les Anglais. Un constat partagé par nombre de délégations, et par la Commission européenne. Ensuite, occuper le terrain médiatique.

Dans les couloirs du Justus Lipsius, la rencontre organisée par la présidence grecque avec les chefs de gouvernement des pays candidats ne bruissait que de commentaires, crispés ou hilares, sur la sortie du « patriarche ». Enfin, couper l’herbe sous le pied de Blair, qui hier mardi, s’apprêtait à réitérer son coup de la lettre de soutien aux Américains, en faisant circuler parmi les pays candidats une nouvelle missive. Si le missile a atteint son but, ce n’est pas sans danger collatéral. La France a oublié, encore une fois, de tendre les bras aux pays candidats. Le pardon viendra plus tard…

Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles

Paru dans France-Soir, février 2003