L’Ukraine paie son ardoise par petits bouts

(B2) Tel un débiteur endetté qui n’a pas le sou, mais veut faire preuve de bonne volonté, l’Ukraine a décidé d’acquitter sa dette de 882 millions $ par petites traites envoyées chaque jour. L’ukrainien Naftogaz a ainsi payé 50 millions $ le 30 octobre, 9 millions le 31 octobre, 10 millions le 1er novembre et 6,2 millions le 4 novembre, selon ce qu’en rapporte son créditeur russe Gazprom dans un communiqué qui vient d’être envoyé à la presse (dont B2). « Ces paiements partiels ne couvrent cependant qu’une petite partie de la dette de 882 millions $ (NB : 7,5% de la dette en cours) » confirme ainsi le gazier russe qui s’attend à ce que d’autres paiements soient faits dans les jours qui viennent. Si le rythme de paiement se poursuit, il faudra plus de 3 mois à l’Ukraine pour régler l’ardoise… Lire aussi : La Russie présente à l’Ukraine la facture

(Crédit: Centre d'information sur la politique de voisinage de l'Union européenne)

La Russie présente à l’Ukraine la facture

(Crédit: Centre d'information sur la politique de voisinage de l'Union européenne)

(Crédit: Centre d’information sur la politique de voisinage de l’Union européenne)

(BRUXELLES2) Le président de Gazprom, Alexei Miller est extrêmement désolé… Mais, mardi (29 octobre), il a dû se résoudre aux actes envers son client ukrainien. Tel un huissier qui atteindrait le dernier moment pour recouvrer sa dette, il a publiquement exprimé son extrême « préoccupation » sur « la situation actuelle des paiements du gaz russe en Ukraine ».

On coupe les crédits… avant le gaz

Selon la compagnie gazière russe, l’Ukraine, profondément touchée par la récession, lui devrait 882 millions $ ! Tout crédit est désormais coupé. Gazprom va introduire « le mode de paiement à l’avance dans les livraisons de gaz » à l’Ukraine. Le premier ministre russe (et ancien dirigeant de Gazprom), Dmitry Medvedev a enfoncé le clou en déclarant la « situation critique » et en intimant l’Ukraine à payer ses dettes. Une sanction économique qui pourrait aboutir à la fermeture des robinets ukrainiens à l’approche de l’hiver.

L’arme énergétique reprend du service

Après trois années inactives, l’arme énergétique russe reprend ainsi du service à quelques jours de la signature de l’accord d’association de l’Ukraine avec l’Union européenne, attendue au sommet de Vilnius le 28 et 29 novembre. Un parfait hasard. Face aux pressions russes, le soutien européen se fait pourtant attendre…

La Russie joue son atout

Au Kremlin, on se défend de tout lien avec le Sommet de Vilnius et la signature de l’accord. Mais depuis quelques mois, la Russie multiplie en effet les démonstrations de force contre l’Union européenne et les ex-républiques soviétiques, membres du Partenariat oriental : embargos russes sur les confiseries ukrainiennes et le vin moldave cet été, application stricte des règles sanitaires envers la Lituanie, incidents diplomatiques avec les Pays-Bas, incarcération de militants de Greenpeace qui ont pris une plate-forme pétrolière…

L’Europe cherche sa réplique

Du côté européen, affaire ultra sensible oblige, c’est la prudence qui prédomine. La Commission européenne se refusait, hier, à commenter une situation qu’elle veut l’affaire exclusive de « deux états »… Si aucune forme de pression venant de la Russie ne paraît acceptable dans les couloirs européens, l’Europe se garde bien de prendre la main…« pour l’instant » murmure t-on. Il y a en effet un précédent. Lors de l’embargo russe sur les vins moldaves, l’Union européenne avait ainsi ouvert ses marchés à la Moldavie. Selon certains, des mesures de solidarité similaires pourraient être envisagées pour l’Ukraine en cas de coupure de gaz. Difficile encore de voir comment. Suite au prochain épisode

A lire sur le sujet:

Opération Gazprom enclenchée

(crédit : Gazprom)

(BRUXELLES2) On le disait, Gazprom est un outil stratégique aussi efficace qu’une escadrille de Sukhoi (lire : Gazprom se fait allumer (Maj). Et le pouvoir russe ne laissera pas tomber son géant énergétique. Moscou s’apprête ainsi à utiliser, sans complexe, son poids économique. Et l’Europe – ou les pays proches – pourraient commencer à recevoir l’addition…

La Moldavie, première victime

Les premières pressions viennent de frapper la Moldavie, ce pays enclavé entre l’Ukraine et la Roumanie et par lequel transite, vers l’UE, environ 20 milliards de mètres cubes de gaz par an (et dont la moitié des gazoducs appartiennent à Gazprom). Le ministre russe de l’énergie, Alexandre Novak, a proposé au premier ministre moldave, Vlad Filat, une réduction du prix du gaz si son pays accepte de renoncer à la coopération énergétique avec l’Union européenne. «La proposition est que la partie moldave dénonce le protocole d’adhésion à l’accord de coopération énergétique avec l’UE. C’est la condition qui permet d’examiner les questions d’une baisse des prix du gaz et d’allègement de la dette, qui pour l’instant s’élève à 4.1 milliards de dollars (3.17 milliards d’euros)» a déclaré A. Novak, avant de préciser que «La Moldavie veut une réduction de 30%».

La coopération énergétique européenne, à laquelle la Moldavie a adhéré en 2009 consiste à ouvrir le marché européen de l’énergie à certains pays d’Europe de l’est (l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, La Macédoine, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo et l’Ukraine.)

De son côté, Poutine a ajouté mercredi, qu’il avait «jugé possible de favoriser l’afflux d’investissements russes en Moldavie». La veille, mardi 11 septembre, son Premier ministre Dmitri Medvedev discutait avec son homologue moldave en visite à Moscou, de la possibilité d’une coopération économique plus rapprochée entre les deux pays. Et qui pouvait-on apercevoir lors de ce petit-déjeuner de travail ? Ni plus ni moins que le vice-président de Gazprom, Valeri Goloubev. Le pays recevait donc une invitation officielle à rejoindre l’Union douanière entre la Russie, le Kazakstan et la Biélorussie, si et seulement si la Moldavie coupait le cordon énergétique avec l’UE.

La Commission européenne s’est pour l’instant refusée à commenter la situation.

Le cas complexe de la Bulgarie

L’entreprise d’Etat russe Atomstroyexport l’a annoncé mardi (11 septembre). La Bulgarie pourrait, elle, payer jusqu’à 1 milliards d’euros à la compagnie, suite à la décision bulgare d’annuler son projet de construction d’une centrale nucléaire à Bélène. Selon le quotidien Dnevnik, une procédure a d’ores et déjà été engagé auprès de la Cour internationale d’arbitrage de Paris. Le milliard demandé correspondrait, selon Atomstroyexport, aux «couts de tous les travaux effectués pour le projet, celui du matériel, les pertes et le reste». Il faut dire que les relations ne sont pas au beau fixe depuis déjà quelques temps. Alors que les travaux ont été interrompus en juillet dernier, Atomstroyexport avait déjà demandé 58 millions d’euros pour des retards de paiement sur les deux premiers réacteurs de la centrale de Bélène. Bien sûr cela n’a, officiellement rien à voir avec la procédure engagée contre Gazprom. Et ce litige suit sa vie propre. Mais Rosatom (la maison-mère de Atomstroyexport) sont issus du même bain, les anciens conglomérats d’Etat. Et ils ont signé fin 2008 un accord pour coordonner leurs investissements dans l’approvisionnement en énergie des réseaux gaziers pour livrer du gaz aux régions russes… et en Europe occidentale. Sans parler des filières communes des dirigeants…

La Bulgarie avait annulé son projet de centrale nucléaire dans un contexte post-Fukushima et faisant suite à des rapports qui décrivaient la zone comme trop sismique. Les critiques au niveau national allaient également bon train quant au coût économique du projet. Un referendum pourrait avoir lieu au printemps 2013 afin de décider de reprendre ou non la construction de la centrale. Le pays a des relations énergétiques très complexes avec la Russie. Sofia dépend à 100% du gaz russe et à 89% du pétrole russe. Un accord sur le prix du gaz pour les 7 prochaines années et lié à un second accord sur le développement du gazoduc South Stream à travers la Bulgarie, devaient jusqu’alors être signés le 15 novembre. Mais le président bulgare n’a pas hésité à jouer le même jeu que son homologue russe en laissant entendre que le projet South Stream pourrait souffrir de ces tensions. «Une société s’est permis – sans nous informer – de réclamer un milliard d’euros. J’espère que le président Poutine n’était pas informé de cette demande. Car s’il en était informé, sa rencontre le 9 novembre en Bulgarie ne sera pas agréable. C’est alors que nous devons signer sur South Stream» a t-il déclaré aux journalistes.

Chypre, dans le collimateur ?

Chypre pourrait également accuser le contrecoup de la procédure européenne et se retrouver coincé entre son allégeance à l’UE et ses intérêts économiques avec la Russie. Chypre a en effet découvert d’importantes réserves de gaz et cherche, en toute logique, un exploitant. En juillet dernier, Erato Kozakou-Marcoullis, ministre chypriote des affaires étrangères, affirmait que deux sociétés russes avaient exprimé leurs intérêts (avec 27 autres compagnies) vis à vis des 13 sites d’extraction offshores : Novatec et …. Gazprom.

Chypre entretient aujourd’hui de très bonnes relations avec l’ex empire soviétique. Le tourisme est d’ailleurs l’un des deux principaux revenus de l’île méditerranéenne avec l’industrie du transport maritime. Secteur touristique dans lequel les Russes contribuent largement puisque trois nouveaux consulats russes vont prochainement s’y ouvrir. Le problème pourrait venir du fait que Chypre attend depuis juin dernier l’acceptation d’un prêt russe de 5 milliards d’euros. Somme non négligeable pour ce pays particulièrement affecté par la crise qui frappe la Grèce. Lorsque l’on voit ce qui est reproché à Gazprom en Lituanie, en Bulgarie, en Roumanie, en Pologne, en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie, en Estonie et en Lettonie, on peut avoir des doutes quant aux motifs de l’attribution de ce prêt qui pour l’instant «n’imposait aucune condition» et offrait «un meilleur taux d’intérêt» que l’offre européenne, pour reprendre les mots de Demetris Christofias, président chypriote et «proche» du gouvernement Poutine. Un porte-parole du ministère russe des finances déclarait par ailleurs le 4 septembre dernier que «ces discussions, bien-sur, prendront du temps et que rien n’a encore été décidé» alors qu’à la même date des données officieuses laissaient déjà présager l’enquête de la Commission sur les activités du géant énergétique russe.

Au suivant. Pays baltes, Grèce, Pologne, Slovaquie ou république Tchèque pourraient aussi recevoir un « petit mot amical » des Russes, surtout aux premiers frimas de l’hiver. A suivre…

Lire également :

Gazprom se fait allumer (Maj)

(crédit : Gazprom)

(BRUXELLES2) Ce n’est pas n’importe quel entrepreneur qui se retrouve aujourd’hui dans le viseur des autorités européennes de la concurrence : ni plus ni moins que Gazprom, le gazier russe. Celui-ci est accusé par la Commission européenne d’avoir commis un abus de position dominante ; ce qu’on appelle en termes choisis un « article 102 » (du nom de l’article de référence dans le Traité, anciennement « article 82 » ou « article 86 » pour les plus anciens 🙂 ).

Les préoccupations de la Commission remontent à plusieurs mois. Ses inspecteurs avaient mené des inspections dans plusieurs Etats membres, il y a un an, en septembre 2011, inspections qui ont permis de faire « remonter » certaines informations. De quoi étayer l’ouverture formelle d’une information. Bien sûr, explique-t-on à la Commission, « l’ouverture d’une procédure ne préjuge pas les résultats d’une enquête ». Mais généralement, la Commission n’ouvre pas une enquête sur un coup de tête ou pour le plaisir …

Trois infractions dans 8 pays

Gazprom est en fait accusé d’avoir commis trois infractions dans les pays d’Europe centrale et orientale. Premièrement, il est accusé d’avoir « divisé les marchés du gaz en entravant la libre circulation de gaz entre les États membres ». Deuxième chef d’inculpation, Gazprom pourrait avoir « empêché la diversification de l’approvisionnement en gaz ». Enfin, il pourrait « avoir imposé des prix déloyaux sur ses clients en liant le prix du gaz aux prix pétroliers ». Gazprom a actuellement une position dominante dans huit pays (Pologne, République tchèque, Hongrie, Bulgarie, Slovaquie, Estonie, Lituanie, Lettonie). « Toute la question maintenant est de savoir si il y a abus de position dominante » a précisé un porte-parole de la Commission. « Il est prématuré de préjuger les résultats de l’enquête ». Mais il n’est pas « exclu que l’enquête soit étendue à d’autres Etats membres si l’enquête révèle des faits nouveaux ».

Pas de menace justifiant une protection spécifique

Interrogé par B2, le porte-parole de la Commission sur la concurrence n’a pas indiqué que des mesures spécifiques avaient été prises pour protéger les différents enquêteurs de la DG Concurrence face à Gazprom. Au contraire, semble-t-il la Commission. « Il n’y a pas de raison de soupçonner quoi que ce soit. Gazprom a coopéré (avec la Commission) tout au long de l’enquête et n’a pas fait obstruction. Il n’y a pas de raison de croire que ce ne sera pas le cas » dans l’avenir.

Gazprom rappelle son statut d’entreprise d’Etat

De son coté Gazprom a réagi par voie de communiqué, soulignant qu’aujourd’hui (le communiqué est du 5 septembre), « notre compagnie n’a pas reçu de notification officielle de la Commission sur ce sujet » (l’annonce sur le site web d’ouverture d’une procédure d’infraction). « L’ouverture d’une procédure n’implique pas que Gazprom ait enfreint les règles de la concurrence de l’UE » ajoute-t-il. « Gazprom se conforme scrupuleusement à toutes les dispositions de la loi internationale et nationale dans tous les pays où le groupe conduit des activités.» Et d’avertir. « Nous attendons que l’enquête respectera nos droits réglementaires et nos intérêts légitimes basés sur la loi internationale et européenne et qu’il sera tenu compte du fait que OAO Gazprom, immatriculé à l’extérieur de la juridiction de l’UE, est une entreprise habilitée, selon la législation de la Fédération de Russie, avec des fonctions sociales spécifiques et un statut d’organisation stratégique, administrée par le gouvernement. » L’allusion est claire non !

Une procédure stratégique

Pourquoi parler de cette information sur un site dédié à la politique étrangère et à la défense ? Car Gazprom n’est pas seulement une compagnie russe. C’est un des outils du pouvoir russe, intrinsèquement lié à ses intérêts stratégiques. Aussi efficace, voire plus, qu’une brigade blindée ou une escadrille de Sukhoi. Rappelons que l’actuel Premier ministre Dmitri Medvedev a siégé au conseil d’administration et que son actuel président, Alexei Miller, a été ministre de l’Energie, et fait partie du clan Poutine qu’il a suivi de la mairie de St Petersbourg (Leningrad), dont il est originaire, à l’administration présidentielle. Il faudra voir maintenant comment Gazprom – et le pouvoir russe – vont réagir. Est-ce que les gazoducs qui alimentent plusieurs des pays européens ne vont pas avoir quelques « pannes » à l’approche de l’hiver ?

L’Europe mieux préparée qu’avant face à une coupure

Sur l’éventualité de coupures de gaz, la Commission européenne, Marlene Holzner, affirme cependant que tout est prêt et « mieux qu’avant ». Répondant à une question de B2, elle a affirmé que « nous n’avons pas indication d’un possible problème. Nous sommes mieux préparés cette fois ci que par le passé. » Chaque Etat membre doit ainsi « s’assurer que chaque entreprise de gaz dispose d’au moins 30 jours de stock de gaz ». L’Europe a aussi cherché à « diversifier ses sources d’approvisionnement », des contrats ont été « négociés avec d’autres fournisseurs pour faire face à une perturbation ». En cas d’accord bilatéral qui ne respecte pas la législation européenne, nous avons aussi la possibilité de demander le changement de cet accord ». Faute de quoi, « la Commission européenne peut entamer une procédure d’infraction ».

(Mis à jour le 5 septembre) avec des précisions apportées par la Commission européenne sur les pays concernés, les mesures de protection éventuelle et d’anticipation de coupure du gaz, ainsi que la réaction de Gazprom

Lire aussi :

« Gazprom : l’arme de la Russie »


(B2)Cette enquête de deux journalistes russes peut être lue comme un polar mais est plus que nécessaire pour comprendre la Russie d’aujourd’hui.

Utile pour connaître tous les soubresauts de cette entreprise qui faillit être privatisée, sut acquérir son indépendance et peu à peu tisser ses liens avec les sociétés des anciennces républiques soeurs, pour finir par être reprise en main (brutalement) par Poutine. Avec toujours cette obession de pouvoir acquérir des sources d’approvisionnement en gaz (au Turkménistan par exemple) ou de contrôler toutes les routes de destination (notamment vers l’Europe et le développement de voies directes, vers l’Allemagne, permettant de contourner l’Ukraine ou les autres pays intermédiaires).

Ce livre est aussi intéressant pour percevoir ce que cette entreprise représente pour l’âme, l’économie et le pouvoir russes. Tellement liée à l’Etat qu’elle est l’Etat elle-même, dirigée par des personnages comme Tchernomyrdine ou Medvedev (avant qu’ils passent à la tête de la Russie, l’un comme Premier ministre, l’autre comme Président), Gazprom et le gaz sont à la Russie ce que le nucléaire, la marine ou la neutralité sont à d’autres pays : la marque indélébile de la puissance et de la souveraineté.

Il est aussi captivant de retrouver la plupart des protagonistes de la crise russo-ukrainienne de janvier : Ioulia Timoschenko côté ukrainien, Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev côté russe. Qui tous trois ont été élevés au « biberon « du gaz et dont ce n’est pas le premier heurt sur le sujet (ni le dernier peut-être).

(NGV)

• De Vlary Maniouchkine et Mikhaïl Zygar (trad. Michèle Kahn) (Actes sud, 284 p., 21,80 euros)

Le gaz est une arme, les Russes le prouvent…Aux Européens de réagir

(B2)Le blocage du gaz russe à destination de l’Ukraine et des pays européens est une arme. Une arme au sens propre et au sens figuré. Et les Russes le prouvent. C’est un coup de force à visée stratégique, sur deux plans. Mais aussi une véritable opportunité pour les Européens. La sécurité énergétique sera au menu d’un Conseil informel des 27 sur la sécurité énergétique à Prague aujourd’hui.

Utilité de la crise pour les Russes

1° : l’Ukraine discréditée. La crise démontre que l’Ukraine n’est pas un partenaire fiable ni pour l’Otan ni pour l’Union européenne. Difficile aujourd’hui même pour les plus fidèles soutiens au rapprochement entre l’Ukraine et le monde occidental d’oeuvrer dans ce sens, après l’impéritie ukrainienne. Sans en avoir la brutalité, ni l’efficacité totale du coup de force sur la Géorgie, il neutralise pour quelques mois de plus la candidature potentielle de l’Ukraine.

2° : un coup de semonce à la république Tchèque et « son » bouclier anti-missile. Le blocage du gaz montre la dépendance des Etats de l’Est européen tentés par un bouclier anti-missiles américain (Pologne, république Tchèque, voire Lituanie…) qui irrite (le mot est faible!) les Russes. Et quel singulier hasard que cette crise éclate juste au moment où les Tchèques prennent leur tout de présidence tournante ! Eux qui ont signé (mais pas encore ratifié) avec les Américains l’installation d’un radar.  Cela ne fera sans doute pas changer d’avis les Tchèques. Encore que l’accord n’est toujours pas adopté définitivement (la chambre des députés doit encore le voter, début février normalement). Et surtout, au moment juste où la nouvelle administration Obama va prendre les rênes du pouvoir c’est un singulier rappel à l’ordre des intérêts russes.

Utilité de la crise pour les Européens

Il est urgent d’agir. Finis les tergiversations, les interrogations, les altermoiements… Considérer comme l’ont fait les premières heures, la présidence tchèque et la Commission européenne, qu’il s’agit uniquement d’un litige privé, dont il ne vaut mieux pas se mêler, est suicidaire.

L’Europe doit être forte pas faible. Oui c’est un litige privé – et peu importe le fautif. Mais il cause des dommages sur les Européens, et des dommages importants, surtout en plein hiver. Et comme tout client d’une société, celui-ci a droit au respect de son contrat. L’Union européenne doit donc se mêler de ce litige car il la concerne directement, c’est une règle basique de la responsabilité civile et commerciale avant d’être une règle politique. L’UE doit s’en mêler. Car personne ne peut être dupe de la proximité de Gazprom non seulement avec le pouvoir – le lien est organique, c’est une société d’Etat – mais aussi, et surtout, avec le FSB – les services secrets russes. Ce que décide Gasprom c’est ce que décide le Kremlin. Coté russe, le litige est privé, la décision est politique.

L’Europe doit être audacieuse et non pas frileuse. Il s’agit d’avancer à 27 en matière de diversité, de solidarité et de sécurité énergétique. Peu importe que le traité de Lisbonne qui
contient certaines dispositions plus claires ne soit pas adopté. L’excuse de l’insuffisance des bases juridiques dans les traités actuels est une fausse excuse. Une excuse pour ne pas agir. Tous les experts juridiques vous répondront qu’une base juridique se cherche, se trouve et, au besoin, s’interprète (voir revue de détail des bases possibles).

(NGV)

(1) Pour compléter on peut lire ou relire l’analyse de Pierre Verluise faite en octobre 2006 sur les relations commerciales Ue-Russie et l’utilisation de Gazprom par le pouvoir