Marine Le Pen qui adore pointer du doigt les "turpitudes" européennes, cette fois pris dans le pot de confiture ? (Crédit : PE)

Martin Schulz dénonce une fraude du Front national au budget européen

Marine Le Pen qui adore pointer du doigt les "turpitudes" européennes, cette fois pris dans le pot de confiture ? (Crédit : PE)

Marine Le Pen qui adore pointer du doigt les « turpitudes » européennes, cette fois pris dans le pot de confiture ? (Crédit : PE)

(BRUXELLES2) Le Parlement européen a officiellement confirmé lundi soir l’information du Monde : la saisine de Office européen de lutte antifraude (OLAF) pour d’éventuelles irrégularités financières de la part du Front National dans la gestion des salaires de ses assistants. C’est le président de l’institution, Martin Schulz, qui a saisi lundi l’OLAF.

Un soupçon d’emploi fictif

La cause du courroux du président du Parlement : le dernier organigramme du Front national, sorti fin février, recense la présence de 20 assistants de parlementaires européens (4 accrédités et 16 locaux) à des postes officiels alors que « ceux-ci doivent nécessairement et directement travailler à l’exercice du mandat parlementaire des députés européens ». En gros, des emplois fictifs…

Trois chefs d’irrégularité

Plus formellement, trois irrégularités sont relevées, selon le Parlement européen :

1° « Parmi les assistants locaux concernés, 10 ont conclu un contrat de travail qui indique comme adresse d’exécution l’adresse du siège du Front national à Nanterre. »

2° « La description de leur fonction contractuelle avec le député diffère en tout point de la nature des fonctions détaillées dans l’organigramme du Front national ou sur le site internet du parti ».

3° « Selon cet organigramme, certains assistants ne travaillent pas pour le député auquel ils sont liés par un contrat de travail ». Ainsi « 9 autres assistants d’élus au Parlement européen ont indiqué comme adresse d’exécution de leur contrat de travail comme assistant local l’adresse du siège du parti à Nanterre »

Un financement déguisé d’un parti politique ?

Pour le Parlement européen, ce fonctionnement est totalement contraire au statut des Députés européens. Les « Mesures d’application » du statut prévoit (article 43) que les salaires versés aux assistants par le Parlement « ne peuvent servir directement ou indirectement à financer des contrats établis avec des groupes politiques du Parlement ou des partis politiques ». Il précise (à l’article 33 al. 2) que « seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés » par le budget du Parlement européen.  » Ces dépenses ne peuvent en aucun cas couvrir des frais liés à la sphère privée des députés. » 

Affaires judiciaires en vue

L’OLAF doit désormais enquêter. Cet organe, indépendant mais rattaché à la sphère européenne, peut saisir la justice, pénale, au besoin de l’Etat concerné par la fraude (France en l’occurrence ou Belgique, le cas échéant). On peut gager que cette affaire se terminera aussi devant la justice, le Front national semblant bien décidé à défendre son point de vue. Marine Le Pen a donné le ton, dès hier, estimant que « Manuel Valls mobilise ses amis socialistes contre le Front National. Le président du Parlement européen sort la grosse caisse. Une plainte sera déposée contre lui pour dénonciation calomnieuse. » Une seconde partie pourrait se jouer, cette fois devant le tribunal ou la Cour de justice européenne contre les mesures prises. C’est alors un contrôle de légalité du règlement du Parlement européen, du pouvoir de son président, comme de conformité aux règles générales de droit, qui seront en jeu (des questions plus juridiques mais tout aussi importantes)

(NGV)

(*) L’assistant accrédité est basé dans un des trois lieux de travail du Parlement Européen (Bruxelles, Luxembourg ou Strasbourg). Il bénéficie d’un contrat de droit européen établi directement avec le Parlement. Il assiste normalement le député dans son travail parlementaire quotidien. L’assistant local est, lui, basé dans un des Etats Membres de l’UE. Il est engagé sous contrat d’emploi de droit privé établi avec le député et soumis à la législation de cet Etat. Il a normalement pour objectif d’assurer la permanence dans la zone électorale du député et d’assurer l’interaction entre l’électorat et l’eurodéputé

JeanLucSchaffauser@PE1410

L’engouement prorusse des députés « Bleu marine » au Parlement européen

JeanLucSchaffauser@PE1410

Jean-Luc Schaffauser à la plénière d’octobre (crédit : Parlement européen)

(BRUXELLES2) Ils sont deux essentiellement à prendre la parole, de façon (très) régulière, aux réunions des commissions des Affaires étrangères ou de la Défense du Parlement européen, Jean-Luc Schaffhauser et Aymeric Chauprade. Deux députés du Front National, ou plutôt du Rassemblement Bleu Marine, l’étiquette plus large du mouvement d’extrême-droite au Parlement européen (*). Des hommes relativement expérimentés sur leurs sujets. Le premier a été consultant pour Dassault et a vécu en Pologne comme en Russie. Le second est géopolitologue, pointu, et ancien enseignant à l’école supérieure de guerre (dénommé alors le Collège interarmées de défense ou CID).

Un engagement prorusse

Leur propos détonne souvent. Dans une assemblée acquise à la cause ukrainienne, où les députés d’Europe de l’Est et des pays baltes sont très présents, et très actifs, ils affirment un engouement pro-russe affirmé et assumé. L’absence des eurodéputés français sur cette question ukrainienne et russe est particulièrement criante. Mis à part l’eurodéputé Arnaud Danjean, et de temps à autre Michèle Aliot-Marie (quand elle ne court pas dans une autre réunion), les autres députés français ne semblent vraiment pas très intéressés par ce qui se passe à l’est de l’Europe ni, plus généralement, par la politique étrangère. Résultat : pour les autres eurodéputés, la voix de la France parait être, faute de contradicteur, la voix du FN. Une voix d’autant plus porteuse, que ces deux eurodéputés sont plutôt présents et actifs (**), et que leur voix paraît très modérée, même si les propos tenus le sont moins.

Langage construit

A la dernière réunion de la sous-commission défense, début novembre, juste après les élections tenues dans la partie est de l’Ukraine — à l’encontre de ce que désirait le gouvernement de Kiev et une bonne partie de la communauté internationale —, Jean-Luc Schaffhauser tient ainsi un propos plus nuancé, très poli, loin des outrances parfois prises en séance publique par Marine Le Pen (ou Jean-Marie Le Pen) autrefois. Un langage, très construit, qui emmène, inéluctablement, celui qui l’écoute, vers son raisonnement … Il a un argument, il a assisté comme observateur, « à titre personnel » précise-t-il bien (le président du Parlement européen a refusé que ces eurodéputés se proclament « observateurs »), aux « élections » organisées par les séparatistes de Louhansk et Donetsk, le week-end du 1er novembre 2014.

Des bombardements, des morts, mais pas de camions ou chars russes

Revenant de « là-bas », l’eurodéputé décrit ainsi des « bombardements. J’ai vu des écoles, pas toutes. J’ai vu des hôpitaux attaqués. J’ai vu la volonté de faire fuir une population. Ce n’est pas 3500-4000 morts, comme on le dit, mais plutôt 10.000 morts. Il y a une population traumatisée » énumère-t-il d’une façon qui se veut objective. « Cette population russe n’a pas été dans un premier temps, reconnue dans son identité propre. Elle ne ressent cependant pas de haine quelconque par rapport aux « frères » qui les ont bombardée. Ce sont plutôt les politiciens qu’ils mettent en cause. » Un constat que le député tire des entretiens avec différentes personnes de la rue. Et, durant ce périple, il a aussi cette remarque : « Je n’ai pas vu un seul camion et un seul char venant de Russie. Cela a pu m’échapper… mais tout de même. »

Reconnaitre le pouvoir « populaire » à l’est de l’Ukraine ?

L’eurodéputé passe ensuite à une analyse, plus politique, mettant sur un même plan ce qui se passe à l’ouest et à l’est du pays à travers un processus des élections « nécessaire ». Après la chute de Ianoukovitch, « il y eu un bouleversement démocratique, (à Kiev), il fallait rechercher la légitimité par les élections. A l’Est, il y a un pouvoir autoproclamé qui va chercher sa légitimité qu’il n’a pas. Il est très mal de ne pas reconnaître ce pouvoir. Il faudra bien un jour se mettre en place autour de la table pour négocier. Faut-il à tout prix chercher la guerre ? » s’interroge-t-il. Un langage pacifiste très proche de celui que tiennent certains eurodéputés de la Gauche unie, voire des Verts, qui n’est pas nouveau. Déjà en juillet, l’eurodéputé tenait ce genre de propos, comme il l’a relaté également sur son compte twitter.

Mais sous couvert de pacifisme, il s’agit avant tout de défendre les arguments d’une certaine grande Russie. A l’heure où notre confrère Mediapart révèle que le Front a a obtenu, en septembre, un prêt de 9 millions d’euros de la First Czech Russian Bank (FCRB), une banque russe qui ne figure pas (encore) sur la liste noire de l’UE, dont 2 millions d’euros ont déjà été versés, on peut s’interroger dans quelle mesure la politique prorusse du Front est liée à cet emprunt ou en est la conséquence. Ce d’autant que JL Schaffauser se révèle un de ceux qui ont négocié ce prêt.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Au Parlement européen, ils siègent dans les rangs des Non-Inscrits, faute d’être arrivés à constituer un groupe politique autonome.

(**) Ce qui dénote notablement avec l’attitude  d’abstentéisme assez généralisé constaté lors de la précédente législature chez les députés « FN ».

Marine Le Pen à la peine

(B2) Malgré toutes ses déclarations, la leader du Front national n’a toujours pas réussi à constituer de groupe politique au Parlement européen

Elle l’avait promis. Victorieuse en France, la chef du Front national comptait bien, une fois arrivée au Parlement européen, constituer un groupe avec ses alliés de toujours. Sur le papier, cela était possible. Le très bon score en France permettait quasiment au Front national, tout seul, de remplir la première condition fixée pour constituer un groupe au Parlement : avoir 25 députés. Restait à remplir la seconde condition : avoir 7 nationalités. Le Pen a pu très vite compter sur ses quatre alliés : le Parti de la liberté néerlandais de Geert Wilders, le FPO autrichien, la Lega Norde italienne, et le Vlaams Belang belge. Il restait encore une petite myriade de députés isolés, populistes, eurosceptiques à convaincre… Mais Marine Le Pen a un peu présumé de ses forces et de sa connaissance du Parlement européen.

En 15 jours, aucun ralliement ne s’est produit. Et la dirigeante du Front national, d’habitude loquace, se mure aujourd’hui dans un silence prudent. « Jusqu’au 24 juin, nous ne communiquons pas sur le groupe » a répondu son bureau à Bruxelles. La réalité c’est que chaque fois que Marine Le Pen a approché de possibles candidats, ils ont fui vers des horizons plus solides. Les Démocrates suédois (SD), un temps approché, ont très vite répondu non. Même refus essuyé avec d’autres. Aujourd’hui, Marine Le Pen est démunie. Si elle n’arrive pas à rallier, rapidement, un Lituanien d’Ordre et justice et les Polonais du nationaliste Korwin-Mikke, elle devra soit renoncer à constituer un groupe – une défaite ! -, soit accepter la candidature de certains néo-nazis, comme le Jobbik hongrois. Ce qu’elle a toujours refusé, toute à sa campagne de dédiabolisation. Dernière solution : prendre langue avec les Anglais de UKIP, partisans d’un Royaume-Uni non membre de l’Union européenne. Une alliance un peu contre-nature, chacun des leaders ayant une forte personnalité, mais peut-être nécessaire.

Chez Nigel Farage, le leader de l’UKIP, la situation n’est, en effet, pas toute rose non plus. Certes il a réussi à rallier le Mouvement 5 Etoiles de l’ancien comédien italien Beppe Grillo. Un beau coup ! Mais il a perdu dans la bataille quelques plumes. Les Tories britanniques ont dans une campagne de séduction méthodique, raflé 4 Danois du Dansk Folkepartei, 2« Vrais finlandais » et 1 néerlandais. Au point qu’aujourd’hui, comme Marine Le Pen, le bouillonnant leader europhobe se retrouve sans groupe, n’ayant pas les 7 nationalités nécessaires. Or, sans groupe au Parlement européen, adieu crédibilité, moyens et surtout visibilité…

Nicolas Gros-Verheyde

Paru dans Ouest-France

BelaKovacs@PE

Un espion russe dans les rangs de Jobbik au Parlement européen

BelaKovacs@PE(BRUXELLES2) L’affaire fait grand bruit à Budapest. Un député européen du parti d’extrême droite Jobbik est clairement soupçonné d’être un agent de renseignement des Russes, non pas dans le passé mais encore aujourd’hui. Bela Kovacs siégeait jusqu’ici à la Commission ITRE (Industrie, Recherche et Energie) et dans les délégations de coopération parlementaire avec les anciennes républiques d’URSS (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan) et Mongolie comme à la commission UE-Russie. Il a été réélu lors des dernières élections européennes, figurant à la troisième place.

Il est aussi le Vice-président et trésorier de l’Alliance européenne des mouvements nationaux, l’alliance des mouvements d’extrême-droite dont est président Bruno Gollnish, membre du Front national Français. Le procureur en chef hongrois a envoyé une lettre au président du Parlement européen, Martin Schulz, pour demander la levée de l’immunité de Kovacs qui vient d’être réélu au Parlement européen.

La levée de l’immunité devrait cependant prendre quelques semaines, le temps que les commissions parlementaires soient constituées et que la plénière se prononce. (NGV)

Il y a cinq ans ! Trois commissaires recalés

(B2) C’était il y a 5 ans… Le commissaire italien Rocco Buttiglione pressenti pour le poste de la Justice fait une déclaration inappropriée sur les homosexuels. Il ne s’excuse pas vraiment.

L’affaire monte

Le Parlement veut qu’un autre portefeuille lui soit attribué. Le gouvernement italien refuse, malgré la demande de José-Manuel Barroso. Celui-ci tente de sauver la mise en mettant en place un comité de commissaires autour de l’Italien chargé des Droits fondamentaux. Insuffisant, et trop tard ! C’est le changement même du commissaire italien qui devient nécessaire. Et même plus.

Le baiser de la mort

Au fil des heures, l’adoubement de la Commission semble être compromis. Il ne tient, en fait, plus qu’à un fil : l’extrême droite. L’eurodéputé Jean-Claude Martinez (Front national) donne le baiser de la mort à la Commission en annonçant qu’il le soutiendrait.

Trois changements

A la dernière minute, José-Manuel Barroso retire la composition du collège puis le remanie. Franco Frattini remplace Buttiglione.

Un autre commissaire est changé. La Lettone Ingrida Udre – membre de l’Union des verts et paysans – n’a pas montré un très fort enthousiasme européen. De plus, elle est impliquée dans une affaire de financement illicite de son parti. Appuyée surtout par le Premier ministre, elle est fragilisée par la démission entre-temps du gouvernement. Elle est assez vite remplacée par Andris Piebalgs. Le gouvernement letton ayant été moins têtu (et plus petit) que l’Italien. Et le cas moins médiatisé.

Quant au commissaire hongrois László Kovács, il n’a pas convaincu au poste de l’Énergie et change de portefeuille avec justement le Letton Andris Piebalgs, chargé normalement de la Fiscalité.

De cette affaire, on n’a retenu que « l’affaire  Buttiglione ». Mais le Parlement européen avait bel et bien envoyé ‘bouler’ trois commissaires.

(Nicolas Gros-Verheyde)