Ne faut-il pas un FMS européen ?

Les entreprises américaines bénéficient du programme « Foreign Military Sales » du Pentagone, ici le drone RQ 4 – Global Hawk vendu récemment à la Corée du Sud (crédit : Northrop)

(BRUXELLES2) Les pays européens n’osent pas vraiment encore prendre le taureau par les cornes. Mais il le faudra bien un jour. La réduction des budgets de défense – et donc d’acquisitions – n’est pas d’ordre momentané mais semble bien s’inscrire dans le temps par quasiment tous les pays européens : ceux du Sud frappés de plein fouet par la crise (Grèce, Espagne, Italie), ceux de l’Est (Roumanie, Bulgarie… mais aussi Pologne à terme) mais aussi, dans une moindre mesure, ceux de l’Ouest et du Nord : le Royaume-Uni qui a entamé une ‘review’ importante et pourrait l’accentuer encore et la France qui devrait encore diminuer son budget.

Les projets actuels ne suffisent plus

La nécessité de préserver une certaine capacité à la fois des armées européennes et de l’industrie de défense n’est pas encore totalement prise en compte. Mais les débats lors de la dernière réunion informelle des ministres de la Défense (à Dublin) l’ont montré : il y a une prise de conscience de plus en plus accrue d’une nécessité d’action. L’année « Défense » devrait être le démarrage d’une réflexion plus commune, que jusqu’à présent. Si les projets capacitaires et réglementaires actuellement sur la table sont intéressants ; ils ne suffisent plus face à l’ampleur de la crise.

L’exemple du Foreign Military Sales made in US

A l’image des Américains, les Européens ne devraient-ils pas se doter d’un « Foreign Military Sales » qui permettrait non seulement d’écouler les surplus existants dans certaines armées vers d’autres mais aussi de proposer un « paquet » complet à ceux qui veulent s’équiper ? Car l’avantage du FMS américain est avant tout  d’être un guichet unique et d’offrir un ensemble finalisé : du matériel à la maintenance, en passant par le financement, l’autorisation d’export, la formation, etc… L’acheteur ne passe pas par l’industriel mais par une Agence de coopération de sécurité de défense (DSCA) qui sert d’intermédiaire, tant pour l’appel d’offres que pour la suite du contrat. Ce qui permet non seulement d’avoir un prix intéressant – car les achats sont groupés – mais aussi d’avoir un service « all inclusive ». Cela a l’avantage également pour l’industriel, de trouver de nouveaux marchés et donc de ne plus produire en quantités infinitésimales.

Un effort à faire

Cela signifie d’abandonner certaines prérogatives au plan national, ou plutôt de les regrouper au plan européen. Cela obligerait aussi le niveau européen à avoir une approche plus « politique industrielle » que jusqu’à présent et moins « doigt sur la couture du pantalon » du règlement concurrence. Mais ce « pas » mérite d’être examiné de près. Car les industries européennes font actuellement face à une organisation « déloyale » mais intelligente de leurs « amis » américains qui disposent à la fois de cet instrument performant et de « produits » disponibles en quantité. En janvier 2013, le Pentagone avait déjà engrangé pour l’année fiscale 2012, 69 milliards $ ; en quasi doublement par rapport à l’année précédente (34 milliards $), profitant ainsi de l’expansion des dépenses de défense dans le monde. Et 2/3 des ventes sont effectués via le programme FMS. Le portefeuille de la DSCA est évalué à près de 400 milliards $ et supervise environ 13.000 dossiers dans 224 pays du monde ! Et l’agence américaine ne fait d’ailleurs pas mystère de son objectif : « These sales also contribute to American prosperity by improving the U.S. balance of trade position, sustaining highly skilled jobs in the defense industrial« . Pourquoi pas les Européens ? Un tel programme pourrait être développé d’abord en interne, au niveau européen, mais également vers l’extérieur.

Le projet « Simoon » laisse le minDéf suédois sur le carreau

Sten Tolgfors lors de la présidence suédoise du Conseil, le 17/11/2009 (Crédit: Conseil de l'Union Européenne)

(BRUXELLES2) C’est une banale vente d’un complexe militaire à l’Arabie saoudite qui a eu raison du ministre de la Défense suédois. Dans d’autres pays, le même ministre aurait été félicité, voire décoré. Pas en Suède. Au terme d’une importante controverse sur l’aide apportée par la Suède à un programme d’armement de l’Arabie Saoudite, le ministre de la défense suédois, Sten Tolgfors, a présenté, jeudi (29 mars), sa démission. Tolgfors aurait, selon le Premier ministre Fredrik Reinfeldt, déjà donné signe de sa volonté de quitter son poste. Il a été « relevé de ses fonctions » selon sa propre volonté… C’est la ministre chargée des infrastructures Catharina Elmsaeter-Svaerd qui va assurer l’intérim du portefeuille « défense ».

Le secret défense qui passe mal au pays de la transparence

Le scandale avait éclaté quand la radio publique suédoise avait révélé, le 6 mars dernier, l’existence d’une coopération entre l’Agence de Recherche de Défense suédoise (FOI) et les pays du golfe. Si, en théorie, un tel accord n’a rien d’illégal car aucun embargo suédois sur les armes n’existe vis-à-vis de l’Arabie Saoudite, il a toutefois été vivement critiqué par la presse. C’est avant tout le caractère secret de cette coopération qui était dénoncé, dans un pays où la transparence est souvent présentée comme une priorité. Mais la controverse est devenue plus politique, l’opposition déclarant que la Suède ne devrait pas vendre des armes à une dictature.

Le projet « Simoon », un accord de grande ampleur…

D’abord discret, le ministre Tolgfors a ensuite confirmé l’existence d’une telle coopération, initiée en 2005 déjà par un de ses prédécesseurs, Leni Björklund (parti social-démocrate). Ce n’est pas la première fois que la Suède vend des armes à l’Arabie Saoudite: l’année dernière, la Suède a exporté pour 1,56 milliards d’euros de matériel de défense et l’Arabie Saoudite était son deuxième plus gros acheteur. Mais les documents classifiés, révélés par la radio le 6 mars, montrent que le projet Simoom « pousse les limites de ce qui est possible pour les autorités suédoises ». Le projet industriel visait, en effet, à aider les Saoudiens à installer une nouvelle usine d’armement, comprenant 35 bâtiments au total, pour construire ou réparer des armes anti-tanks (missiles), des munitions et autres explosifs par exemple. De nombreuses entreprises suédoises étaient intéressées au projet, comme Saab, Ericsson ou FMV.

… aux frontières de la légalité

Ce « Projet Simoom » – portant le même nom que ce vent sec et chaud au Moyen Orient – a débuté en 2007 sous l’égide de la FOI. Celle-ci a par la suite « laissé la main » à une entreprise privée créée spécialement pour le projet (la Swedish Security Technology and Innovation ou SSTI)), estimant que l’Agence publique aurait été « légalement freinée ». En d’autres termes, il s’agissait de contourner les obstacles légaux. C’est ainsi SSTI qui a reçu, l’année dernière, l’approbation de la part de l’Agence suédoise de contrôle des exportations et de non-prolifération (ISP) pour démarrer la vente des matériels nécessaires.

Le premier ministre Fredrik Reinfeldt (du parti conservateur « moderaterna », tout comme Tolgfors), également sous pression à ce sujet, a reconnu implicitement l’ambiguité du projet. « Lorsque nous signons des accords bilatéraux ; il n’y a pas, comme vous le savez, de demande de démocratie ». Il « présumait » que les lois suédoises avaient été respectées. Pourtant, le directeur général de la FOI, Jan-Olof Lind, a informé la presse la semaine dernière qu’il avait eu vent d’un « crime suspecté », suite à une enquête interne. Outre l’opposition qui demande que Tolgfors soit questionné par le parlement malgré sa démission, une enquête préliminaire a été ouverte par la juge suédoise Agneta Hilding Qvarnstroem.

Des Patriot à destination de la Corée du Sud interceptés en Finlande

(B2) C’est une odyssée un peu surprenante qui a permis de mettre à jour un circuit commercial de missiles Patriot, transitant d’Allemagne à la Corée du Sud. La tempête jouant, le Thor Liberty qui les transportait avait demandé à pouvoir s’abriter dans un port finlandais, à Nötö, le 9 décembre puis à Kotka. Profitant de l’escale, les autorités finlandaises ont alors découvert que le cargo transportait des marchandises peu ordinaires – 69 missiles Patriot et leurs accessoires, ainsi que 150 tonnes d’explosif. Tous matériels qui ne disposaient pas d’une autorisation préalable en matière de transit d’armes – comme l’explique le quotidien Helsingin Sanomat – et ont donc été d’abord déchargés puis mis à l’abri sur une base militaire des forces finlandaises.

Après vérification, il s’avère que l’Allemagne a bien vendu à la Corée du Sud, ces missiles. Et sa réexportation a été autorisée. Le navire a ainsi pu repartir vendredi (6 janvier), d’abord vers Tallin (pour faire le plein de fuel) puis vers le Pacifique et Shangai, Mais l’enquête continue. Le capitaine ukrainien et un autre responsable du navire ont été brièvement arrêtés pour interrogatoire. sa première destination. Ils pourraient être inculpés pour avoir mis en cause la navigabilité du navire : les explosifs étaient posés simplement sur des palettes hors de toute précaution de sécurité habituelle pour ce type de chargement. Les douanes soupçonnent également un délit à l’exportation.

Le quotidien précise que depuis 2000, la Finlande a accordé 22 autorisations de transit pour du matériel militaire. Elle n’en a refusé que deux : pour des fusils autrichiens vers l’Inde et pour des sous-marins russes vers la Chine. De son coté, la Corée du Sud a demandé l’assistance de la marine américaine pour s’assurer que le passage du bateau dans les zones de piraterie intensive puisse se faire de la façon la plus sûre possible, relate l’agence locale Yonhap.

Léopards en pleine forme cherche acheteurs bien sous tous rapports

Char Leopard 2A6 (crédit : ministère néerlandais de la Défense)

(BRUXELLES2) Après les Allemands qui négocient avec l’Arabie Saoudite des chars neufs, voici les Néerlandais qui cherchent à fourguer sur le marché international, leurs chars Leopard en surplus. Ils pensaient avoir trouvé un acheteur, en la personne de l’Indonésie, prête à leur acheter 119 tanks. Hélas… le gouvernement semble se heurter à une sévère résistance, du coté de ses parlementaires. La Seconde chambre des Pays-Bas, qui doit donner son avis, semble prête à basculer. L’opposition de gauche était contre. Elle a reçu le renfort des populistes du PVV qui sont contre « la vente de matériel militaire aux pays musulmans » comme l’a rappelé Wim Kortenoeven, le chef de groupe à la chambre. Les partis de la majorité, notamment le VVD (libéraux) sont furieux. « Cest un trou dans le budget de la défense » estime leur leader à la chambre, selon le quotidien néerlandais Telegraaf qui rapporte l’information.

Un marché de l’occasion en plein boom

Le moment est cependant crucial comme le remarque le ministre de la Défense, Hans Hillen : « Le marché du matériel d’occasion est difficile à une époque où beaucoup de pays occidentaux mettent du matériel en vente à la suite de mesures d’économies. »

L’Allemagne, de son côté, s’apprête à signer un contrat de vente de 270 chars neufs Leopard 2 de type A7 + à l’Arabie Saoudite, « la Porsche 911 des véhicules militaires », précise Die Zeit. Un contrat tout aussi contesté selon le journal allemand qui souligne de voir ces chars utilisés pour réprimer des manifestations, comme à Bahrein, où les forces armées d’Arabie Saoudite sont intervenues à l’appel de son voisin.