Pierre Moscovici avec JC Juncker (crédit : CE)

La Commission ne veut pas du Grexit, ce serait un échec collectif majeur (Pierre Moscovici)

Pierre Moscovici avec JC Juncker (crédit : CE)

Pierre Moscovici avec JC Juncker (crédit : CE)


(B2) A quelques heures d’une réunion décisive des ministres des finances de l’Eurogroupe, Pierre Moscovici, le commissaire européen chargé de l’Economie et des Affaires financières, a bien voulu répondre à nos questions. Au-delà d’un réel engagement européen, et d’une volonté d’aboutir à un accord avec les Grecs et l’ensemble de la Zone Euro, on sent aussi comment la confiance a pu être ébranlée par la négociation des derniers mois…

Jusqu’où l’Europe doit-elle aller pour maintenir la Grèce dans la zone euro ?

La situation est partagée. Il existe indéniablement chez beaucoup de chefs d’Etats et de gouvernement, chez la plupart des ministres des Finances, qui ont été confrontés à la situation avec plus d’une dizaine d’Eurogroupes depuis l’élection de Alexis Tsipras, une lassitude, parfois une irritation, en tous les cas, un manque de confiance qui doit, maintenant, être comblé. Il est certain qu’il faut tenir compte de cette donnée qui n’est pas que psychologique. De l’autre côté, il y a un sentiment de responsabilité partagée, un attachement à la zone Euro. Et la Zone Euro, c’est 19 membres, pas 18. Tout le monde est conscient de cette responsabilité. Pour arriver à réconcilier ces deux dimensions, il n’y a qu’une voie, c’est de dépasser les irritations, de surmonter, la lassitude, de transformer la responsabilité en volonté.

On sent beaucoup de pathos dans ce dossier, c’est la Grèce historique, la Grèce de Platon tout de même qui est là face à nous ?

C’est vrai. La Grèce n’est pas insignifiante dans l’histoire européenne. Elle ne l’est pas dans la démocratie, dans la philosophie, dans la poésie, la littérature, elle ne l’est pas à travers son histoire dramatique. C’est un des cœurs de la civilisation européenne. C’est sûr qu’il y a une dimension affective, sentimentale, culturelle, majeure, qui explique que tout le monde y passe autant de temps. Mais, au final, ce n’est pas quand même pas la psychologie qui l’emporte, c’est l’action et ce sont les actes. Il ne s’agit pas de savoir si on fait un accord avec Platon ou Homère, mais de savoir si la Grèce aujourd’hui est capable de réformer son économie pour se mettre à niveau de ce qu’implique l’appartenance à la Zone Euro.

Il ne s’agit pas de savoir si on fait un accord avec Platon ou Homère mais de savoir si la Grèce aujourd’hui est capable de réformer son économie pour se mettre à niveau de ce qu’implique l’appartenance à la Zone Euro.

Vous pensez justement que la Grèce est capable de faire encore un plan de réformes ?

Oui. Je pense qu’ils sont capables de le faire. J’ai senti cette semaine pour la première fois, se nouer un débat, au niveau nécessaire. Ils ont cette capacité, il faut qu’ils en aient aussi la volonté, la responsabilité. Mais ce qui compte, ce n’est pas le ton, ce sont les actes. Ce n’est pas le style, ce sont les positions. Il arrive un moment où on doit passer à l’acte, où on doit délivrer, implémenter, comme disent les anglo-saxons. Ce moment est arrivé. C’est l’heure de vérité…

Il arrive un moment où on doit passer à l’acte, où on doit délivrer, implémenter, comme disent les anglo-saxons. Ce moment est arrivé. C’est l’heure de vérité…

On est au moment critique alors ?

C’est vrai. Nous sommes dans la dernière ligne droite. C’est la négociation de la dernière chance. Ce week-end est un week-end décisif, je ne dirai pas historique car ce n’est pas la fin de l’histoire. Dans l’hypothèse positive, on n’en aura pas, en effet, terminé avec ce dossier. Et on commencera à négocier un programme d’assistance.

Sur quelle base va-t-on négocier ?

La première demande du programme d’assistance financière est arrivée hier matin (mercredi) avec des promesses de réforme qui ont été plutôt bien accueillies, notamment sur la partie fiscale, la TVA, et les retraites. Mais nous attendons maintenant comme base d’un accord possible, des propositions concrètes, complètes, tangibles, précises de Alexis Tsipras. C’est surtout cette base là que se nouera, ou non, cette négociation de la dernière chance, d’ici dimanche

Comment pouvez-vous en 24 heures analyser que le plan est crédible ?

Nous avons déjà toutes les données et connaissons tous les paramètres. Les cinq derniers mois n’ont pas été inutiles. Nous allons regarder si le programme qui nous est fourni est, d’abord, sérieux sur le plan économique ; ensuite, financièrement soutenable, en prenant en compte les données économiques et financières du pays qui ne se sont pas améliorées ces derniers temps.

Pourquoi ne pas reprendre le plan proposé auparavant ?

On ne peut pas faire un copier-coller. La situation d’incertitude a eu un impact massif sur l’économie grecque qui est maintenant en récession. Les données financières se sont détériorées. La fermeture des banques n’a pas aidé. Nous devons évaluer le sérieux économique, la soutenabilité financière, la cohérence d’ensemble.

La restructuration de la dette n’est-elle pas une clé de la négociation ? Je crois que vous n’aimez pas ce mot de « restructuration », parlons de soutenabilité de la dette alors ?

Cette question devra être traitée le moment venu. Mais en son temps. Aujourd’hui, le processus est clair. Il y a sur la table, une demande de programme d’assistance financière. Et il y a des remboursements qui doivent être faits, à hauteur de 4,22 milliards pour le 20 juillet. Ce qui doit être décidé ce week-end, c’est si premièrement, des ressources financières sont dégagées pour permettre à la Grèce de procéder à ce remboursement alors que Grèce n’a pas ses ressources Deuxièmement, si les négociations s’engagent pour un nouveau programme, Et pour çà il faut une autorisation de certains parlements, à commencer par le parlement allemand, le Bundestag. Dans ce contexte, on pourra alors parler de la dette dans un cadre qu’il convient de définir. Enfin, la condition de tout, ce qui déclenche le financement et les négociations : ce sont les réformes.

L’Etat grec est-il à la hauteur ?

Le vrai problème, dans cette affaire depuis l’origine, c’est que la Grèce n’a ni une économie ni un Etat qui soit à la hauteur qui implique l’appartenance à la Zone Euro. Si nous demandons des réformes, ce n’est pas pour infliger plus d’austérité au peuple grec. Il n’y en aura pas. C’est pour que ce pays fasse enfin des réformes pour lui permettre d’avoir une économie moderne, de se mettre à niveau de ses partenaires, de retrouver le chemin de la croissance, de l’emploi et de la justice sociale.

« Le vrai problème, dans cette affaire depuis l’origine, c’est que la Grèce n’a ni une économie ni un Etat qui soit à la hauteur qui implique l’appartenance à la Zone Euro. »

Qu’est-ce qui convaincra tout le monde ?

La qualité des réformes et la capacité du gouvernement grec à les mettre en œuvre. Il est important d’avoir une liste d’actions prioritaires, avec des réformes qui soient votées dans les prochaines semaines voire les prochains jours. C’est un critère. La réforme fiscale et de la réforme des retraites notamment. Il faut enclencher un cycle de réformes.

Mais le peuple grec souffre de ces réformes sans cesse ?

Je suis conscient des sacrifices que cela demande au peuple grec. C’est pour lui que nous agissons. Tout le monde sait la souffrance qu’il a endurer : la perte de 25% de PIB, les 50% de jeunes au chômage, les 30% de Grecs sous le seuil de pauvreté. C’est la raison pour lequel il est nécessaire aussi d’envisager un plan d’aide humanitaire. La Commission européenne y est bien sûr prête.

Vous pensez que l’économie grecque peut rapidement se redresser ?

Oui. La détérioration de la situation économique a été rapide et spectaculaire, la reprise peut l’être tout autant. Car la Grèce a des atouts naturels, des atouts humains. C’est une économie extrêmement mobile avec une main d’oeuvre formée, avec une capacité créative importante. Quand je suis arrivé ici, nos prévisions économiques donnaient 3% de croissance à la Grèce, nous sommes maintenant en récession. Mais, pour l’année prochaine, j’ai de nouveau 3% de croissance, à condition de faire les réformes nécessaires. Dans la situation d’incertitude d’aujourd’hui, les investisseurs s’en vont, même les indicateurs du tourisme baissent. Mais c’est une situation aisément réversible. C’est une économie qui est capable se redresser vite. Mais elle a besoin de structures beaucoup plus solides, des structures étatiques et des structures privées. C’est pour çà que je crois que loin d’être des réformes d’austérité, ce qu’on propose sont des réformes positives pour l’économie grecque.

C’est une économie qui est capable se redresser vite. Mais elle a besoin de structures beaucoup plus solides, des structures étatiques et des structures privées.

On pourrait se dire après tout, allez les Grecs hors de la Zone Euro, non ?

Non. Le Grexit serait un échec collectif. Nous ne devons pas nous y résigner. Nous devons faire notre devoir, agir en responsabilité, faire preuve de solidarité à l’égard de la Grèce mais, en même temps, faire preuve d’exigence, non pas une exigence idéologique mais une exigence pour le bien de la Grèce et des Grecs.

Le Grexit n’est donc pas une solution ?

Ce n’est pas une solution que souhaite la Commission européenne. La Commission ne veut pas du Grexit. Depuis des mois, depuis des années, la Commission est mobilisée pour l’intégrité, l’irréversibilité de la Zone euro. Et la Zone Euro, c’est à 19 ! Le Grexit serait un échec collectif, majeur. Nous ne devons pas nous y résigner.

La Commission ne veut pas du Grexit. Depuis des mois, depuis des années, la Commission est mobilisée pour l’intégrité, l’irréversibilité de la Zone euro. Et la Zone Euro, c’est à 19 !

Pourtant, vous travaillez bien sur un scénario de sortie ?

Nous ne sommes pas en train de travailler de manière équivalente sur les différents scénarios. En même temps, la responsabilité de la Commission est de se préparer à toutes les situations. Si d’autres éventualités que celle que nous souhaitons – un bon accord – surviennent, on saura faire face.

Y-aurait un risque de contagion ?

La Zone euro est solide, elle a tous les pare-feux nécessaires pour se prémunir d’un choc. Nous sommes prêts à toutes les éventualités. Mais, encore une fois, ce n’est pas là dessus que nous travaillons. Ce n’est pas ce que nous souhaitons.

Au-delà des conséquences économiques pour la Grèce, le Grexit serait un aveu d’échec politique pour l’Europe également ?

C’est le projet politique de l’Euro qui serait entamé. L’Euro est une monnaie unique. Cela suppose l’intégrité — tout le monde y est — et l’irréversibilité — tout le monde y reste —. Un Euro dont on pourrait partir deviendrait une simple zone de taux de change fixe. Et l’histoire monétaire a prouvé que les zones de taux de change fixe ne survivent pas dans la durée. Etant attaché à l’idée de l’Euro, je suis attaché à l’irréversibilité de l’Euro. Cela ne veut pas dire qu’il faut le souhaiter à tout prix. On en connait le prix, les conditions. Les conditions, ce sont que les réformes proposées par le gouvernement Tsipras soient crédibles et les engagements à mettre en œuvre soient solides.

Un Euro dont on pourrait partir deviendrait une simple zone de taux de change fixe. Et l’histoire monétaire a prouvé que les zones de taux de change fixe ne survivent pas dans la durée.

… Et un sacré encouragement à tous ceux qui veulent la fin de l’Euro, et aux extrêmes ?

Je crois que spontanément, intuitivement, les Européens sont attachés à l’Euro. Car ils savent que c’est un élément de stabilité, de force, d’ancrage tout à fait essentiel. On ne doit pas jouer avec çà. Les populistes jouent avec ce sentiment. Nous ne devons pas leur céder. C’est vrai que çà fait aussi des paramètres dont on doit tenir compte, dans tous les pays européens. Il ne faut jamais céder au populisme, jamais.

Il ne faut jamais céder au populisme, jamais.

Nicolas Gros-Verheyde

version longue de l’interview de P. Moscovici publiée ce matin dans Ouest-France et Sud-Ouest

La Grèce, c’est (bien) compliqué (Dombrovskis)

Valdis Dombrovskis aujourd’hui face à la presse (crédit : EBS / B2)

(BRUXELLES2) Pour les institutions européennes, le sort de la Grèce après le référendum « c’est compliqué »… Valdis Dombrovskis, le vice-président chargé de l’Euro et du Dialogue social, l’a répété sur tous les tons, à chacune des questions, que les journalistes lui ont posé lors de la conférence de presse quotidienne qui se tient au Berlaymont. Maintenant c’est place à la négociation en quelque sorte. « Tout le monde doit se retrouver autour d’une table. (…) Si tout le monde travaille bien, il est possible de trouver une solution même dans ce contexte… complexe ! »

C’est compliqué !

L’ancien Premier ministre letton — qui avait démissionné au lendemain de la catastrophe du supermarché de Riga (54 morts) (lire : La catastrophe de Riga. Inaperçue) —, avait été envoyé au charbon par Jean-Claude Juncker pour déminer le terrain face à la presse. Son discours froid, méthodique, sans aucune chaleur humaine pour le sort des citoyens grecs, ne pouvait en aucune manière faire de l’ombre au plan politique à celui qu’aurait pu faire le président de la Commission. Il s’en est tiré très bien ne lâchant rien d’autre que « c’est compliqué ». Un peu comme ces profils ‘facebook’ où les intervenants pour marquer qu’ils ne sont plus tout à fait mariés, mais ne veulent pas s’afficher encore célibataires, voir pluricélibataires affichent que, bon, c’est compliqué. En fait, Valdis sous des dehors très froids, doit avoir beaucoup d’humour et a voulu envoyé un message subliminal aux journalistes. On est au bord de la séparation…

Le Non complique tout

« La Commission européenne prend note du résultat du référendum d’hier en Grèce. Nous respectons le choix démocratique du peuple grec » a-t-il précisé. Cela a été la seule concession au vote démocratique. Car V. Dombrovskis a immédiatement essayé de contester la validité du référendum « La question posée au référendum n’était pas correcte. Car elle reposait sur un projet qui n’était pas approuvé par l’Eurogroupe. Et ce n’était pas la dernière mouture. Le seul fondement du référendum était politique. » Et d’ajouter que le vote ‘Non’ ne faisait « qu’affaiblir la position gouvernement hellénique ». Car « le «non»  élargit malheureusement l’écart entre la Grèce et d’autres pays de la zone euro.

Beaucoup de temps perdu, la faute à Tsipras…

« Beaucoup trop de temps et trop d’occasions ont été perdues » a précisé ensuite Valdis Dombrovskis, un peu amer. « L’Europe a toujours été au côté du peuple grec pendant la crise. Les contribuables européens ont offert une aide financière sans précédent. Depuis 2010, 184 millions d’euros ont été décaissés de la facilité de prêt à la Grèce et du Fonds européen de stabilité financière » a-t-il précisé.

Mais « Les réformes ont souvent été retardées ou mis en œuvre que partiellement, amenant une récession prolongée et des réformes plus difficiles à mettre en œuvre plus tard. Il y a seulement huit mois, la Grèce avait finalement tourné la page, l‘économie était en pleine croissance, l’investissement commençait à reprendre, et des emplois étaient de nouveau en création. Le pays était proche d’un retour sur les marchés et de mettre fin à son programme de sauvetage à la fin de l’année dernière. Malheureusement, le gouvernement grec actuel n’a pas été en mesure d’utiliser l’extension (de programme) pour produire une stratégie crédible, pour sortir de cette crise, retrouver la stabilité financière et le retour à la croissance économique. »

La place de la Grèce dans l’Europe… mais dans la Zone d’euro

La Commission est prêt à utiliser tous les moyens dans le cadre de notre mandat » a-t-il ajouté. « Une chose est claire. La place de la Grèce est dans l’Europe. » En revanche, il a refusé de répondre de façon précise si la Grèce avait toujours un avenir dans la Zone Euro. « Le résultat du référendum a évidemment compliqué les choses » a-t-il affirmé B2 lui a posé la question. « Il faut à partir de là choisir la voie à suivre, pour développer un plan clair, retrouver la stabilité financière, revenir à la croissance économique, et aussi répondre à la préoccupation sociale. »

Pas de nouveau programme sans mandat de l’Eurogroupe

C’est l’autre leitmotiv de l‘exécutif européen. « La Commission est prête à continuer à travailler avec la Grèce. Mais pour être clair, la Commission ne peut pas négocier un nouveau programme sans mandat de l’Eurogroupe. » etc. Et « le résultat d’hier marque un rejet de réformes proposé, dans une large mesure, par les autorités grecques elles-mêmes, et liés à un programme de soutien maintenant expiré pour la Grèce. »

La restructuration de la dette : c’est compliqué !

Quant à la restructuration de la dette… « c’est compliqué. l’Eurogroupe a annoncé en 2012 un débat sur ce sujet une fois le programme FSEF parachevé. Malheureusement, le programme du FSEF n’a pas été parachevé, il reste en suspens, pas terminé. Dès lors cette offre n’est plus d’actualité, comme la totalité du programme. Il faut reprendre les discussions. ». Lors des discussions récentes, « on avait vu que les pays de la Zone Euro étaient prêts à se pencher sur l’endettement de la Grèce, et le coût du service de la dette. (Mais) c’est à l’Eurogroupe de décider du mandat de la Commission européenne et de décider si la question oui ou non de la dette doit être traitée. »

(Nicolas Gros-Verheyde)


CestComplique

Derrière les sourires en présence des photographes, un amour-haine sur fond de drame économique (crédit : Conseil de l'UE)

La crise grecque en toutes lettres (maj)

Derrière les sourires en présence des photographes, un amour-haine sur fond de drame économique (crédit : Conseil de l'UE)

Derrière les sourires en présence des photographes, un amour-haine sur fond de drame économique (crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) Ce ne sont pas des lettres d’amour. Ce ne sont pas des lettres de déchirure. Mais cela y ressemble un peu. Les lettres, discours, tweets que se sont échangés quasi-publiquement, ces derniers jours, l’Europe et la Grèce, marquent une certaine incompréhension de part et d’autre, un manque d’Europe.

Lundi (22 juin), la Grèce envoie une lettre faisant état de ses contre-propositions. Télécharger Une réunion au sommet des dirigeants de la Zone Euro n’aboutit pas vraiment à autre chose qu’à demander à l’Eurogroupe de continuer à travailler.

Jeudi (25 juin), les autorités européennes mettent au point un dernier plan « tenant compte des différentes propositions grecques ».

Vendredi (26 juin), dans la nuit, Alexis Tsipras annonce la tenue d’un référendum sur le plan présenté par la Commission européenne. François Hollande et Angela Merkel apprennent la nouvelle juste avant, que leader grec a « élégamment » a prévenu auparavant. Le Grec a bien appelé aussi Jean-Claunde Juncker. Mais le président de la Commission européenne dormait profondément. Et il n’apprendra la nouvelle le lendemain, comme la plupart des autres dirigeants européens ou ministres des Finances qui découvrent la nouvelle sur… twitter. De quoi bien fâcher.

Samedi (27 juin), une nouvelle réunion de l’Eurogroupe s’achève, cette fois, sur un clair constat de désaccord. Le ministre grec des finances ne veut pas approuver la déclaration finale. Le service juridique du Conseil est consulté. L’Eurogroupe est une structure informelle. Et il n’y a pas de règle de vote. La déclaration est donc adoptée à 18 pays (sauf la Grèce). Une note de bas de page témoigne du divorce. Le ministre grec quitte la salle. La réunion se poursuit à 18 pour examiner les mesures de stabilité à prendre dans la Zone Euro. Le mot Grexit n’est plus tabou. Télécharger la déclaration de l’Eurogroupe

Dimanche (28 juin), la Commission européenne diffuse – ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’ici – le document distribué aux négociateurs sur la dette grecque. Un texte intéressant car il contient les dernières propositions convenues entre les trois institutions (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Ces propositions « prennent en compte les propositions des autorités grecques de 8, 14, 22 et 25 juin 2015 ainsi que les négociations au niveau politique et technique tout au long de la semaine ».  Télécharger. Lire aussi : En toute transparence… Un budget de la défense, un peu, préservé

Lundi (29 juin), lors d’une conférence de presse convoquée spécialement pour la circonstance, Jean-Claude Juncker, appelle délibérément à voter ‘Oui’ au référendum. Au-delà des mots, on sent chez l’ancien Premier ministre luxembourgeois une déchirure personnelle, une blessure d’amour-propre. Télécharger (lire aussi : La Grèce dans l’Euro. L’adieu aux idéaux de jeunesse de Jean-Claude Juncker)

Mardi (30 juin), Alexis Tsipras envoie, au dernier moment, dans l’après-midi une ultime lettre au président de l’Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem. Son contenu est plutôt vague et se résume à deux demandes : un nouveau programme d’assistance de deux ans et la restructuration de la dette grecque. Un peu exorbitant à première vue. Dans la foulée, une réunion des ministres des Finances de la Zone Euro est convoquée par visioconférence. Le plan est terminé, soulignent les ministres.

Mercredi (1er juillet), le Fond monétaire international (FMI) constate l’arriéré de paiement de la Grèce sur la somme de 1,5 milliard $. Mais il se réserve de se prononcer sur la demande grecque d’extension du délai, demande qui sera examinée par le Conseil d’administration du FMI « en temps voulu » (télécharger communiqué du FMI). Réuni à deux reprises dans la journée par vidéoconférence, l’Eurogroupe décide de renvoyer la proposition grecque. La lettre de Jeroen Dijsselbloem est un ‘non merci’ ferme et un ‘retour à l’envoyeur’ de la proposition Tsipras. Télécharger.

Le même jour, le ministre grec des Finances, Yannis Varoufakis, explique sur son blog les 6 raisons qui l’appellent à voter ‘Non’

Le référendum, tenu le 5 juillet, s’achève par un plébiscite du gouvernement Tsipras avec 62% de « Non » et une participation de près de 2/3 des Grecs. Les sondages qui prédisaient un Oui et Non au côte à côte comme les institutions européennes qui avaient appelé à voter « Oui » sont désavoués (Lire : Le Non Grec : Bruxelles n’a pas réussi à conquérir les coeurs et les esprits).

Le 7 juillet, les ministres de la Zone Euro (Eurogroupe) et les Chefs d’Etats et de gouvernement de l’Eurozone répondent à une nouvelle demande d’aide du gouvernement Tsipras : les réformes d’abord, fixant une date limite pour la soumission de ce programme : jeudi avant 24h.

Jeudi 9 juillet, vers 22h, moins de deux heures avant l’heure limite, le gouvernement Tsipras fait parvenir sa proposition de plan de réformes au président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Télécharger ici. Proposition qui recueille un avis plutôt positif des créanciers (CCE, BCE, FMI). Mais les ministres des finances de l’Eurogroupe sont d’un autre avis.

Dimanche 12 juillet, à 15h, l’Eurogroupe se met d’accord sur un ensemble de mesures et de principes à mettre en oeuvre. Un projet très dur qui laisse entre parenthèses quelques points à discuter par les Chefs d’Etat et de gouvernement de la Zone Euro. Télécharger  ici

Lundi 13 juillet, à 9h du matin, après une nuit et plus de 17 heures de discussion, le sommet de la Zone Euro arrive à des conclusions ressemblant d’assez près au projet de l’Eurogroupe, à quelques (petites) exceptions près. La mise sous tutelle de la Grèce est confirmée. Télécharger les conclusions en FR et ENG.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Mis à jour le 13 juillet)

Lire aussi :

 

(crédit : ministère grec de la Défense)

En toute transparence… Un budget de la défense, un peu, préservé

(crédit : ministère grec de la Défense)

(crédit : ministère grec de la Défense)

(BRUXELLES2) Dimanche après-midi, la Commission européenne a diffusé – ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’ici – le document distribué aux négociateurs sur la dette grecque. Ce texte est intéressant car il contient les dernières propositions convenues entre les trois institutions (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Propositions qui « prennent en compte les propositions des autorités grecques de 8, 14, 22 et 25 juin 2015 ainsi que les négociations au niveau politique et technique tout au long de la semaine » indique la Commission.

Le financement de la dette était bien dans la discussion

« Les discussions sur ce texte étaient en cours avec les autorités grecques jusqu’à vendredi soir en vue de l’Eurogroupe du 27 juin » regrette la Commission. « La compréhension de chacun des parties concernées était que cette réunion de l’Eurogroupe devrait (justement) parvenir à un accord global pour la Grèce, qui aurait inclut non seulement les mesures à convenir conjointement, mais auraient également répondu à des besoins futurs de financement et la viabilité de la dette grecque. » Jean-Claude Juncker viendra d’ailleurs s’expliquer devant la presse lundi à 12h45 à Bruxelles.

Une coupe supplémentaire dans le budget de la défense

Dans ce document (Télécharger ici), on y trouve détaillées les différentes mesures proposées, sur lesquelles devaient s’engager le gouvernement grec, pour bénéficier d’une extension du programme de soutien, comme l’augmentation de la TVA sur la restauration de 6,5% à 23 % en un seul coup ! Parmi celles-ci, on trouve une réduction de l’enveloppe budgétaire de la défense de 400 millions d’euros, « avec un ensemble d’actions ciblées, y compris une réduction des effectifs et des marchés publics ». Soit une coupe d’environ 10% du budget, qui peut paraitre importante.

Stabiliser le budget de défense ou reprendre la diminution, deux options

Le gouvernement grec acceptait simplement une diminution de 200 millions d’euros, permettant ainsi de revenir au chiffre des années antérieures (2,2% du PiB en 2013 ou 2014), et stabiliser le budget autour de 4 milliards €. Télécharger la Proposition grecque du 22 juin

Le budget de la défense grecque – même fortement diminué durant la crise – a pour le moins assez bien résisté. Il est passé ainsi de près de 6 milliards d’€ en 2010 à 4,5 milliards d’€ (en prix constants – 2010), soit un passage de 2,8% du PiB à 2,2% (en prix constants – 2010). Un chiffre à comparer au 3,9% du PiB en moyenne dans les années 1995-1999.

Commentaire : on peut se demander si un effort ne pourrait pas être réalisé au sein de l’OTAN et de ses Etats membres. Car si l’armée grecque est préservée, c’est aussi (et surtout) face à la menace… turque. Un allié également. Ne faudrait-il pas prévoir comme on le fait au-dessus des territoires baltes, une assistance commune à la surveillance des eaux et espaces aériens grecs ? Ce qui rendrait plus légitime ainsi une diminution du budget de la défense plus drastique.

(Nicolas Gros-Verheyde)

VaroufakisEurogroupe2 20150627

La fin d’un rêve ! un Eurogroupe réduit à 18 membres (maj)

VaroufakisEurogroupe2 20150627(BRUXELLES2) Yanis Varoufakis le ministre grec des Finances a quitté la réunion de l’Eurogroupe ce samedi (27 juin) avant la fin. C’est la rupture. Les mots échangés entre les parties ont été très durs. Le ministre grec a accusé les 18 de l’avoir exclu (lire ici sur son blog). Les 18 ministres restants ont décidé de continuer la réunion sans lui, estimant qu’il avait rompu la négociation. Aucun n’a voulu quitter la salle, signe très clair d’un boycott de l’impétrant.

« Depuis l’accord de l’Eurogroupe du 20 février 2015 sur la prolongation de l’accord d’assistance financière actuelle, des négociations intensives ont eu lieu entre les institutions et les autorités grecques pour aboutir à un succès de la révision. Compte tenu de l’impasse prolongée dans les négociations et de l’urgence de la situation, les institutions ont mis en avant une proposition globale sur la conditionnalité politique, faisant usage de la flexibilité donnée au sein de l’accord actuel.

Malheureusement, malgré les efforts déployés à tous les niveaux et le complet soutien de l’Eurogroupe, cette proposition a été rejetée par les autorités grecques, qui a finalement rompu les négociations du programme le 26 juin, de façon unilatérale. L’Eurogroupe rappelle les importants transferts financiers et le soutien qui ont été fournis à la Grèce tout au long des dernières années. L’Eurogroupe a été ouvert jusqu’à la dernière minute à soutenir davantage le peuple grec grâce à un programme orienté vers la croissance.

L’Eurogroupe prend note de la décision du gouvernement grec de mettre en avant une proposition pour appeler à un référendum, qui devrait avoir lieu dimanche 5 juillet, soit après l’expiration de la période de programmation. Le dispositif d’aide financière à la Grèce actuelle expirera le 30 juin 2015, ainsi que tous les accords relatifs au programme grec actuel, y compris le transfert par les États membres de la Zone Euro des profits équivalents du SMP (Securities Market Program) et de l’ANFA (Autonomous Factors).

Les autorités de la Zone euro sont prêtes à faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité financière de la zone euro. »

télécharger ici en anglais

C’est la première déclaration signée par seulement 18 des 19 ministres des Finances de la Zone Euro (tous sauf la Grèce) comme le montre la note de bas de page soigneusement mise en évidence.

NoteBasDePageEurogroupe20150627Mais ce n’est pas la première fois que les structures européennes recourent à ce dispositif de « note de bas de page », souvent utilisé pour permettre un accord. En tout cas la rupture est consommée.

(NGV)

NB : déclaration rédigée en anglais et traduite par nos soins

Bye bye la France, Välkommen Sverige

(Archives B2) A peine remis de la déception de la présidence française, s’annonce la présidence suédoise qui se doit de surprendre tant les Suédois s’annoncent eurosceptiques.

Tel est le destin de l’Union européenne. Les pays se passant, tous les six mois, le témoin de la présidence, la France cèdera dans quelques jours le relais à la Suède. En laissant comme un goût d’inachevé. Certes le bilan est plus qu’honorable en terme de textes adoptés. Les derniers conseils des ministres ayant adopté l’horaire de nuit, les Français sont ainsi parvenus à débloquer des dossiers aussi vieux que l’Europe – l’harmonisation fiscale, la société européenne -, ou sensibles politiquement – le temps de travail des routiers, la sécurité maritime, l’interdiction des farines animales. L’échec de cette présidence est surtout imputable à ses dirigeants. Autant Chirac que Jospin se sont montrés incapables d’esquisser, à un moment crucial, une quelconque réflexion ou une idée audacieuse sur l’avenir européen.

Et cette frilosité risque de perdurer les mois prochains. La Suède, qui prend les rênes européens jusqu’à juin prochain, n’est pas véritablement euro-enthousiaste. A écouter Göran Persson, le Premier ministre suédois, l’Europe doit surtout être un libre-service à la carte, « Une union d’États nationaux égaux en droit au sein de laquelle le mode de coopération variera en fonction des problèmes de fond abordés » affirme-t-il. Dans son esprit, plus l’Europe est faible, meilleure elle est. « L’Union n’est pas – et ne doit pas selon moi le devenir – une fédération ». Ce sont surtout la « compétitivité » et le « marché intérieur » qui trouvent grâce aux yeux de ce… social-démocrate.

La Suède se montre ainsi ardent partisan d’un élargissement rapide aux pays d’Europe de l’est. Mais à ses yeux, l’emploi, l’environnement, les consommateurs, les produits chimiques, la transparence… sont aussi des priorités. Ce mot revient d’ailleurs à 27 reprises dans le programme suédois au point que celui ressemble davantage à un catalogue de Noël. Il suffit de choisir ! « Une présidence a toujours tendance à s’inventer de nouvelles priorités, à vouloir réinventer une autre Union pour six mois » estime un diplomate européen averti.

Un seul mot est quasiment absent : l’euro. La Suède n’étant pas membre du club, c’est en effet la Belgique qui assumera la présidence de l’Eurogroupe. Celui des derniers mois avant l’arrivée de la monnaie.

Nicolas Gros-Verheyde (paru dans France-Soir, décembre 2000)