EUPOL COPPS commence 2017 avec trois formations spécifiques

(Crédit: Eupol Copps)

(BRUXELLES2) Le mois de janvier a été intensif pour les Européens de la mission d’assistance à la police palestinienne (EUPOL COPPS). Les centres de Hébron et Jéricho ont accueilli trois formations centrées sur les techniques d’interrogatoire, la formation des formateurs et l’utilisation des social media

Technique d’interrogatoire avec des enfants

Interroger des enfants demande des capacités et une aptitude particulières. Seize agents de l’unité de protection de la famille de la Police civile palestinienne (PCP) et cinq procureurs ont suivi une formation d’EUPOL COPPS, à Jéricho et à Hébron, portant notamment sur la prévention et l’investigation des affaires impliquant des crimes contre les enfants et les crimes perpétrés par l’utilisation de technologie, comme des téléphones portables ou des ordinateurs. Face à l’intérêt soulevé, une session supplémentaire sera organisée en février, afin d’impliquer davantage d’officiers et de procureurs.

Le sujet est une des priorités des Européens qui ont, en 2015, mis en place, dans la circonscription de Hébron, une salle d’interrogatoire d’enfants, dotée de dispositifs spécialisés pour interroger les victimes vulnérables de la criminalité. EUPOL soutient également la Police civile palestinienne dans la création d’unités de protection de la famille et des mineurs afin de lutter contre la violence domestique. 

Les officiers palestiniens pendant un exercice pratique (Crédit : EUPOL COPPS)

Formation des formateurs à Jericho

Recherche de véhicules, contrôle de zones de sécurité, recherche, arrestation et menottage de suspects… Telles ont été les tactiques policières que les conseillers policiers d’EUPOL COPPS ont révisé avec quinze policiers palestiniens à Jéricho. Pendant quatre jour, formateurs et étudiants ont mis en pratique des connaissances acquises dans un cours préalable, de manière théorique. Cette formation pratique, finalisée le 24 janvier, a mis l’accent sur la méthodologie pédagogique, puisque les quinze policiers dont été sélectionnés pour « transférer efficacement leurs compétences acquises à d’autres agents dans les onze districts ». En guise de suivi, le conseiller français de police d’EUPOL COPPS, qui a dispensé la formation, renforcera sa présence dans les districts pour conseiller les formateurs dans leur labeur de formation de leurs collègues. 

Mieux utiliser les réseaux sociaux

Quatorze officiers responsables des médias et des relations publiques au sein de la Police civile palestinienne ont participé à un atelier de trois jours pour accroitre leurs capacités à utiliser les outils des médias numériques et des technologies de l’information. Objectif : améliorer le site web pour le rendre plus convivial, plus réactif et plus interactif d’une part et fournir les instruments pour une meilleure utilisation  des réseaux sociaux de la police afin d’augmenter correctement les interactions avec la population. L’expert britannique en charge de la formation s’est ainsi centré sur les techniques et usages de création de page web mais également sur l’amélioration des publications afin de les rendre plus attrayantes. Un dernier module s’est centré sur les instruments pour mesurer l’impact de chaque action. 

(Leonor Hubaut)

Lire aussi : Le mandat d’EUPOL Copps et EUBAM Rafah prolongé d’un an

Wafa Mu'amar, colonel de police, chef de l'unité de protection familiale

Palestine. Face aux violences conjugales et familiales : une unité de choc !

Wafa Mu'amar, colonel de police, chef de l'unité de protection familiale

Wafa Mu’amar, colonel de police, chef de l’unité de protection familiale

(BRUXELLES2) En Palestine, la violence n’est pas un problème seulement dans les rues. Au contraire, c’est une réalité quotidienne des foyers. C’est même la « principale source de criminalité » explique Wafa Mu’ammar chef de l’unité spéciale pour la protection familiale. Rencontre avec une femme discrète, pleine de détermination…

Une unité de choc protège les victimes de violences familiales

Il faut traverser plusieurs bureaux en enfilade pour arriver au coeur de l’unité de protection juvénile et familiale, dirigée par Wafa Mu’ammar. Avec le grade de colonel, c’est aussi la première femme à avoir atteint un tel niveau au sein de la police palestinienne. Structurée, précise et visionnaire, elle gère d’une main de maitre, son unité qui a un champ large.

  • Ouverte en 2008, à Bethléem, l’unité a enregistré 55 cas cette année. Aujourd’hui il y en a 100 fois plus. En 2015, ce sont ainsi 6.000 cas qui ont été recensés. Forte de 100 personnes (dont 27 femmes), elle a en charge toutes les formes de violences familiales, qu’il s’agisse d’un suicide, d’une violence entre époux ou avec les enfants, d’abandon d’enfants, ou d’une simple fuite…

Le poids des traditions, des débuts difficiles

La Palestine est une société de plus en plus ouverte mais repose sur une culture « traditionnelle ». C’est toute l’ambiguïté. Quand l’unité de protection familiale a été créée, battre son épouse n’était pas considéré comme un crime. Ce n’était pas dans les moeurs de déposer une plainte contre son mari. L’attitude de la police était plutôt de dire aux femmes : « Allez ! Calmez-vous ! Ne faites pas d’histoires », comme le raconte Wafa Mu’ammar. Or, aujourd’hui, 66% des cas traités par l’unité concernent les violences contre des femmes. « Les pratiques policières reposaient sur des méthodes traditionalistes ». Elles ont dû évoluer peu à peu. « Faire face à ces questions n’est pas une responsabilité facile, tant le poids des traditions est important ».

Bâtir la confiance grâce à la société civile

« C’est la société civile qui a permis de faire comprendre le rôle de la police » confesse Wafa Mu’ammar. Une femme battue une fois, le sera à nouveau. C’est le message que la société civile palestinienne a diffusé. Cette pression d’une partie de la population a permis d’augmenter la conscience de l’aide que la police peut apporter. La vigilance a augmenté. Les cas ont commencé à être traités avec une approche différente par la police. « C’est ainsi que le niveau de confiance a pu augmenter. La société a commencé à ‘internaliser’ la fonction de la police dans les affaires de violences familiales ».

Professionnalisation de la police 

Il y a aussi eu un changement interne dans la police, qui s’est formée pour faire face à ce type de criminalité. Formations, groupes de travail et entrainements des forces de l’ordre se sont multipliés, souvent à l’étranger « notamment, en France, en Belgique, en Italie et en Espagne ». Les compétences se sont « améliorées », souligne la colonel. Lena Larson, chef adjointe de la mission EUPOL COPPS, confirme et complète : la police palestinienne a pris conscience de la nécessité de « résoudre ce problème de violence au sein des foyers et entre les familles ».

Dans la pratique : maintenir la pression sur les auteurs des violences

C’est « difficile de convaincre » une victime de poursuivre son agresseur, rappelle cependant Wafa Mu’ammar. « Les femmes subissent souvent des pressions de la part de leurs familles respectives ». La police a donc décidé de traiter les cas en fonction des dommages causés. « Par exemple : si la personne n’est pas hospitalisée, elle peut abandonner les poursuites. La police doit faire de la prévention et renforcer sa vigilance. En revanche, si c’est la troisième fois, nous traitons avec le parquet et le cas devient une affaire publique ». Ce qui maintient la pression sur les auteurs de violences, qui comprennent qu’ils ne resteront pas indéfiniment impunis.

Un procureur spécial pour les violences domestiques… et un code pénal

Début avril, la Palestine a décidé de créer un poste de Procureur spécial pour les violences domestiques. « Nous espérons maintenant que plusieurs lois et surtout le code pénal sur la protection des familles soient bientôt ratifiés afin de pouvoir commencer à poursuivre les personnes », affirme la colonelle. La difficulté actuelle réside justement dans le cadre légal. Dans certains cas, le tribunal applique encore les principes législatifs jordaniens (1). « Dans de nombreux cas, la justice n’est pas rendue pour les victimes ».

Prochaine étape : un « guichet unique » pour les victimes ?

Wafa Mu’ammar milite maintenant pour réunir dans un seul et unique lieu tous les services d’aide aux victimes de violences. Accès aux soins médicaux, dépôt de plainte, consultation d’un conseiller social, etc. « Un tel centre pourrait économiser nos efforts, notre temps et nos coûts » plaide la policière. La division en districts de la Cisjordanie rend les choses difficile. « Il y a des zones que nous ne pouvons pas atteindre. Il nous faut plus du temps et de la coordination. » Le bénéfice serait important aussi pour les victimes. « Avoir un tel centre, en dehors des centres de police, devrait encourager les victimes à franchir nos portes », souligne la chef de l’unité de la police palestinienne. Le défi n’est pas évident. « Nous réalisons que ce n’est que le début du processus. Nous devrons travailler d’arrache-pied et il nous faudra aussi surmonter les difficultés politiques. » Mais Wafa se veut confiante. Le premier centre devrait ouvrir ses portes à la fin de l’année 2016. « Nous souhaitons que deux de plus suivent. Un dans le sud de la Cisjordanie, l’autre au nord ».

(Johanna Bouquet, à Ramallah)

(1) Le système législatif de la Cisjordanie repose sur le modèle jordanien, adopté dans les années 1960. En revanche celui de Gaza repose sur le modèle égyptien.

Comparaison d'empreintes digitales (© JB / B2)

A Ramallah, l’unité de traitement des empreintes digitales

Comparaison d'empreintes digitales (© JB / B2)

La comparaison manuelle d’empreintes digitales (© JB / B2)

(BRUXELLES2 à Ramallah) Le local parait un peu ‘vétuste’ : quelques bureaux, de vieux ordinateurs… On ne sent pas dans un lieu high tech de haute technologie. L’équipe n’est pas bien nombreuse : 25 agents répartis sur les 11 districts que composent la Cisjordanie. Et une bonne partie du travail se fait encore à la main… Mais, ne vous y fiez pas. Le travail réalisé ici est plutôt efficace. Et les Sherlock Holmes palestiniens n’ont pas à rougir de leurs résultats…

Dépasser l’aveu comme preuve absolue

La méthode par empreintes est une petite révolution mentale en Palestine. « Avant, les aveux obtenus était ‘la’ preuve par excellence » explique Saïd Issa, le responsable de cette unité que nous rencontrons dans ces bureaux. Aujourd’hui, « plusieurs personnes ayant été faussement accusées ont pu être libérées. Et les vrais coupables ont pu être arrêtés ». 

Faire reconnaitre la qualité légale des empreintes digitales

La preuve criminelle, venant de la récolte d’empreintes, n’a pas toujours été bien reçue dans les tribunaux. Elle était régulièrement remise en cause par les juges. « Nous nous sommes aperçus qu’il fallait un cadre légal pour notre travail », raconte Saïd Issa. « Nous avons cherché un modèle et nous nous sommes rapprochés du modèle allemand ». Il a fallu codifier une méthode pour que « la légalité de notre travail » soit reconnue. Des experts en empreintes digitales sont désormais reconnus par les tribunaux. Sept d’entre eux ont prêté serment et reçu du ministère de la Justice le papier, revêtu du tampon officiel qui leur permet de « témoigner devant la cour ».

Le ‘criminal fingerprint record’

« Après des discussions avec le ministère de l’Intérieur, nous avons mis en place le fichier des empreintes criminelles (criminal fingerprint record) ». C’est le ministère qui se charge de l’enregistrement (de l’empreinte) et de l’instruction des dossiers. Cette base de données mise en place en 2012 comprend aujourd’hui « près de 50.000 empreintes sont aujourd’hui enregistrées » et identifiées.

Empreintes cherchent propriétaires, faire offre

Ce fichier a permis de résoudre concrètement « de nombreux dossiers ». Et d’autres pourraient l’être encore plus à l’avenir. Il reste, en effet, encore 100.000 empreintes issues de dossiers, dont on ignore encore le propriétaire. Mais, peu à peu, les fins limiers de la police palestinienne comptent bien démasquer qui se cache derrière ces empreintes suspectes.

Une toute jeune unité qui a son avenir devant elle

L’unité spéciale de traitement des empreintes digitales est récente. Elle n’a été créée, au sein de la police civile palestinienne qu’en 2012, soit il y a peine 4 ans. Une unité équipée et entraînée en grande partie par le gouvernement allemand et soutenue par les Européens de la mission EUPOL COPPS. L’objectif aujourd’hui est de la renforcer : d’augmenter son équipement comme d’avoir une présence plus grande dans les 11 districts qui composent la Cisjordanie.

(Johanna Bouquet, à Ramallah)

Tommi Rautanen, expert finlandais en cybercriminalité à la mission EUPOL COPPS, Ramallah

Tommi Rautanen : un geek à Ramallah

Tommi Rautanen, expert finlandais en cybercriminalité à la mission EUPOL COPPS, Ramallah

Tommi Rautanen, expert cybercriminalité à EUPOL COPPS, Ramallah © JB / B2

(BRUXELLES2 à Ramallah). Tommi Rautanen est arrivé à Ramallah il y a un mois. Sa mission au sein de la mission européenne EUPOL COPPS : montrer à ses collègues palestiniens comment faire parler un ordinateur, lui faire rendre gorge…

Car à 44 ans, Tommi est toujours un vrai geek. Un policier du XXIème siècle, féru des technologies informatiques dont le savoir n’a pas de frontières. Un passionné qui a « joué toute sa vie avec les ordinateurs ». Un travail minutieux qu’il exerce depuis 2002 au bureau d’enquête de la police nationale finlandaise. Presque quinze ans de carrière qu’il exerce « toujours avec beaucoup de plaisir » et qu’il vient mettre à profit en terre palestinienne.

Ce n’est pas sa première mission à l’étranger. Il a un peu baroudé : en mission de maintien de la paix, au Liban en 1994-1995 et en Bosnie-Herzégovine en 1996-1997. « J’ai une petite connaissance de cette région depuis mon expérience au Liban », explique Rautanen que j’ai réussi… à extraire pour quelques minutes de ces ordinateurs. Même ma présence semble avoir moins d’attrait qu’un bon vieux PC décortiqué, prêt à rendre l’âme…

Une formation en cybercriminalité demandée par les palestiniens

Sa présence ici n’est pas inopinée. C’est l’unité de la police palestinienne spécialisée en cybercriminalité qui a demandé la venue d’un spécialiste de l’informatique. Objectif : pouvoir se former aux techniques modernes de cybercriminalité et d’extraction de données. Une vraie nouveauté…

Ne pas corrompre…

Ces actions ont un objectif très concret en matière de police judiciaire : extraire des données informatiques d’un ordinateur ou d’un téléphone portable sans les « corrompre » – comme le disent les policiers -, ce qui permet ensuite de s’en servir comme preuves devant la justice. C’est imparable. Mais encore faut-il que certaines précautions soient prises. « Il faut faire toutes les étapes nécessaires, tout documenter minutieusement. L’extraction de données est importante mais l’essentiel du travail se fait dans le laboratoire. »

Dans un ordinateur tout est volatile

Avec lui, on découvre le cheminement du geek-policier… « Dans un ordinateur, tout est très volatile. Normalement vous traitez avec des copies, et non avec les versions originales des disques durs. La première étape consiste à établir un plan. Il faut un véritable entrainement pour savoir comment s’occuper de la preuve (sans la compromettre). La façon de faire varie si l’ordinateur est éteint ou allumé. » On parle de preuve ‘vivante’ quand l’ordinateur est allumé. « Il faut ensuite documenter toute la procédure choisie. Quand tout est prêt sur la scène de crime, on récupère le matériel jusqu’à notre laboratoire. C’est là que se fait la majeure partie de notre travail sur les preuves. On présente ensuite ce que nous avons récupéré aux enquêteurs. Enfin tout est notifié dans un rapport qui pourra être présenté devant la Cour ». 

Le travail reste à faire mais la motivation est là

Pour les Palestiniens, « c’est nouveau. Ils en sont au tout début de la cybercriminalité. Je les aide quotidiennement en leur donnant la connaissance et les équipements pour mener à bien leur travail. Je les assiste. Cela fait deux semaines que je travaille avec des ingénieurs. C’est super de travailler avec eux » s’enthousiasme-t-il. « Ce sont des gars très professionnels, hautement motivés et qui ont une réelle envie d’apprendre. C’est vraiment agréable de travailler ici ». 

Et après un mois de mission…

… la police palestinienne a été capable d’extraire des données d’un ordinateur dans une affaire criminelle en cours. Une petite révolution ! « L’ordinateur était cassé. Mais le disque dur était resté intact. Nous avons été capables d’en extraire les informations. » Il sera impossible d’en savoir plus, même en insistant un peu. « Je ne pas vous expliquer plus sur l’affaire. Pour moi, tout est crypté, puisque c’est en arabe », plaisante-t-il.

(Johanna Bouquet)

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

Quand des policiers européens forment leurs homologues palestiniens, cela donne du COPPS

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

(BRUXELLES2 à Ramallah) Rencontrer un CRS français, un policier finlandais, un carabiniere italien aux côtés de policiers palestiniens, à Ramallah ou Jéricho, ce n’est pas rare aujourd’hui, pour qui peut pénétrer au coeur des structures de la toute jeune police palestinienne. B2 s’est rendu à Ramallah, et a pu s’entretenir avec différents officiers européens ainsi que leurs homologues palestiniens.

Une toute jeune police qui a tout juste 22 ans

Cette police palestinienne est toute jeune. Elle a été créée en 1994, au lendemain des accords d’Oslo et de Jéricho-Gaza qui consacrent l’Autorité palestinienne. Une jeunesse qui a des inconvénients — il faut former, équiper, structurer — mais a aussi des avantages. Plus récente, elle est parfois plus à même de s’adapter aux évolutions de menaces et de techniques estime Emmanuel Merlin, CRS français arrivé il y a tout deux mois dans la mission. D’où l’intérêt d’une mission comme EUPOL COPPS (1). « La structure policière palestinienne est bien avancée. Cette jeune police a les moyens de ses performances. À charge pour nous désormais de les emmener vers l’autonomie », complète Stéphane Vidal, en charge de l’entrainement au tir et de la logistique.

Un soutien contre la cybercriminalité 

La police palestinienne et EUPOL COPPS veulent aller plus loin. Et faire face aux nouveaux défis tels la cybercriminalité. C’est la police palestinienne qui a identifié ce besoin. Durant deux mois, la mission EUPOL COPPS a mis au service de la police un expert européen sur ce domaine, le finlandais Tommi Rautanen. Depuis un mois, il entraine les forces de police aux techniques modernes. « Le personnel est très motivé — remarque-t-il —. Mais il y aura un besoin pour des entrainements plus conséquents par la suite » (3).

Besoin de femmes dans la police

Autre vecteur qu’il faut développer : les femmes. « La police n’est pas vraiment considérée comme un secteur où les femmes devraient travailler. Alors que dans le secteur de la justice criminelle, le taux de femmes au parquet ou parmi les juges est assez élevé » analyse Lena Larsson (2). Il y a seulement 3% de femmes dans la police. Or, le besoin est réel. « Nous devons pousser à l’inclusion des femmes » ajoute-t-elle. L’unité de protection juvénile a besoin de femmes, ne serait-ce que pour pénétrer dans une maison où une affaire est signalée. Pour pouvoir interpeller et fouiller les femmes également. D’autant que les crimes les plus « courants » ont trait aux violences familiales et conjugales, selon Emmanuel Merlin, CRS français, formateur à EUPOL COPPS.

Mieux définir les responsabilités entre les institutions palestiniennes

Si dernièrement, l’accent a été mis pour améliorer les processus décisionnels dans les structures de police et de justice, les Européens veulent désormais que celles-ci fonctionnent de façon autonome et pérenne. « Nous souhaiterions voir davantage de législations, de règles, de division des responsabilités entre les institutions » détaille la Suédoise Lena Larsson (2), chef adjointe de la mission EUPOL COPPS qui reçoit B2. « Cela signifie notamment définir clairement qui fait quoi, quelle est la fiche de poste de chacun, définir les rôles et les responsabilités ». 

Un patchwork législatif

Le problème est que le système législatif palestinien est un véritable « patchwork », qualifie Giovanni Galzignato, le chef de la section « état de droit » de la mission. En Cisjordanie, le système repose sur le modèle jordanien. Celui de Gaza repose sur le modèle égyptien et le gouvernement israélien fait partie du paysage législatif. La mission travaille sur les outils nécessaires à l’harmonisation de ce système. La division entre Gaza et la Cisjordanie, comme l’absence d’un parlement national palestinien effectif qui puisse légiférer, compliquent le travail des policiers palestiniens comme des Européens. 

Renforcer le cadre législatif

Pour Lena Larsson, il faut donc « renforcer le cadre législatif palestinien et les procédures législatives ». Il existe un clair manque de structures. On ne comprend pas toujours « comment une loi est passée » commente-t-elle. Les procédures ne sont pas toujours les mêmes, en partie parce qu’il « n’y a pas eu de Parlement depuis très longtemps ». Le système fonctionne de façon ad hoc. Il y a un manque de « mémoire institutionnelle ». 

(Johanna Bouquet)

A suivre :

  • Tommi Rautanen : un expert finlandais de la cybercriminalité en Palestine
  • L’unité de traitement des empreintes digitales
  • EUPOL Copps en route pour un nouveau mandat *

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(1)  EUPOL COPPS

Depuis 2006, l’Union européenne a décidé, de mettre sur pied une mission de soutien pour la police palestinienne, dénommée EUPOL COPPS. Une mission créée, dans le cadre d’une solution à deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte, que les Européens ont toujours prônée. Alors que le chemin vers la paix n’a jamais semblé aussi loin, l’ambition reste intacte : doter les Palestiniens d’une police moderne, structurée, qui respecte certaines règles de droit, et efficace.


(2) Lena Larsson

Suédoise, Lena a pris ses fonctions à Ramallah, le 16 juillet 2015, au moment de la poursuite de la mission EUPOL COPPS. Elle a travaillé pendant près d’une décennie pour le ministère des Affaires étrangères suédois, son pays d’origine. Au niveau européen, elle a occupé entre 2011 et 2013, le poste de chef du bureau régional du Kurdistan irakien pour la mission EUJUST LEX Irak.


(3) Une définition plus large

Dans la police palestinienne, la cybercriminalité s’entend dans un sens beaucoup plus large qu’en Europe. Il s’agit de toute affaire criminelle qui implique une récupération de données sur un ordinateur ou un téléphone portable.

Le siège de la Cour de justice palestinienne à Ramallah

Quatre jours en Palestine (Maj 1)

Le siège de la Cour de justice palestinienne à Ramallah

Le siège de la Cour de justice palestinienne à Ramallah © JB / B2

(B2) Pendant presque une semaine j’ai pu me joindre aux équipes européennes en Cisjordanie. De Jericho à Ramallah, les hommes et femmes de EUPOL COPPS forment, en effet, la police et la justice criminelle palestiniennes.

Lancée en 2006 avec en toile de fond de conforter la solution à deux États – palestinien et israélien, prônée par les Européens, la mission européenne, menée au titre de la PSDC, fête ses dix ans. Mais le contexte dans lequel elle évolue, reste toujours aussi difficile et volatile.

Un contexte toujours difficile

Depuis plusieurs mois, le conflit s’est déplacé d’un niveau collectif à un niveau individuel, avec des attaques aux couteaux menées par de jeunes adolescents palestiniens à Jérusalem. Quand nous arrivons, le calme règne (1). De façon étonnante. « C’est vrai, depuis quatre jours, les choses sont apaisées » confesse, d’un air quelque peu circonspect, un observateur palestinien.

Mais, entre colonies de peuplement, check points, permis de circuler, les différentes zones, incursions régulières des troupes israéliennes dans les territoires occupés, … les difficultés de la vie quotidienne pèsent sur la population et compliquent également le travail de la police.

(Johanna Bouquet)

En immersion dans la police palestinienne…

(*) Paru sur B2 Pro

(1) Le calme n’a pas duré. Lundi (18 avril), une explosion dans un bus à Jérusalem ouest a fait une vingtaine de blessés, sur la rue de Moshe Baram. Loin des attaques aux couteaux perpétrées par des adolescents, c’est la première attaque à la bombe depuis la deuxième Intifada en 2005, précise le journal Haaretz.

L'équipe de la patrouille 14.000

Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE – PSDC (février-mars 2016)

(B2)  Mtskheta (Géorgie). EUMM Georgie passe le seuil des 14.000 patrouilles

L'équipe de la patrouille 14.000

L’équipe de la patrouille 14.000

La mission d’observation de l’UE en Géorgie (EUMM Georgia) a réalisé sa patrouille portant le numéro 14.000.

Cette patrouille a été réalisée le 3 février par l’équipe du bureau de Mtskheta, ville à une trentaine de kilomètres au nord de Tbisili. Ils se sont rendus sur la ligne de frontière administrative pour observer la situation sécuritaire générale et la liberté de mouvement dans la région.

 

Vushtrri (Nord Kosovo). Formation IT pour les criminalistes kosovars 

EulexKosovoMatérielIT@EEAS160226

En complément à la formation, EULEX a fait don de matériel qui sera utilisé en médecine légale de l’informatique.

Les experts de la mission européenne « Etat de droit » (EULEX Kosovo) ont organisé, du 15 au 18 février, un atelier de formation à l’Académie de la police kosovare.

Une trentaine d’enquêteurs et techniciens criminalistes ont acquis des capacités IT (technologies de l’information) pour le traitement de preuves électroniques sur les scènes de crime, notamment dans la lutte contre le crime organisé, selon EULEX Losovo.

« De nos jours, presque tout est numérisé. Les agents de police doivent donc être préparés pour prévenir et combattre les crimes les plus difficiles. Cela comprend la cybercriminalité et d’autres crimes impliquant des appareils numériques », explique le colonel Hajra, en charge de la formation pour les enquêtes médico-légales au sein de la police du Kosovo.

Ramallah (Palestine). Formation en gestion d’incidents pour la police civile

14 policiers civils, de tous les districts de Cisjordanie, ont terminé, jeudi (10 mars), une formation spécialisée sur la gestion d’incidents et de crises. Coordonné par la mission européenne de soutien à la police auprès de l’Autorité palestinienne (EUPOL COPPS), le cours s’est centré sur le développement de plans d’opération, la bonne gestion des ressources humaines, la gestion du stress et la communication avec les parties prenantes. Avec cas pratiques à la clé.

Kaboul (Afghanistan). Plan de renseignement pour 2016

Eradiquer le crime organisé est un défi majeur pour la police nationale afghane. Pour atteindre cet objectif, la collecte, l’évaluation et le partage des données et de renseignement est important. L’unité de renseignement de la mission européenne EUPOL Afghanistan a ainsi défini, fin février, avec les experts du ministère afghan de l’Intérieur le plan de développement pour 2016 du renseignement. Le focus est mis sur la « poursuite de la coopération entre la police et les forces spéciales afghanes, le développement du système national de gestion de l’information et du modèle afghan de police du renseignement » selon a pu savoir B2.

Camp de Butnir (Bosnie). Changement de commandement du bataillon EUFOR Althea

ChangementCommandement BataillonEurforAlthea@EEAS160224Le commandement du bataillon multinational a été remis, mercredi 24 février, par le colonel autrichien Reinhard Bacher au colonel Michael Vitovec.

Les deux hommes sont membres du contingent autrichien de l’EUFOR, le plus important dans la force de stabilisation européenne.

 

EUCAP Sahel Mali. Premiers résultats de la formation des formateurs 

(Crédit: EUCAP Sahel Mali)

(Crédit: EUCAP Sahel Mali)

40 nouveaux sergents issus de la toute dernière promotion de l’école des sous-officiers de l’armée et affectés à la Garde nationale ont terminé, vendredi 11 mars, une formation de quatre semaines en Maintien de l’ordre et en intervention professionnelle.

La formation a été donnée par des cadres de la Garde nationale malienne préalablement formés par la mission EUCAP Sahel Mali. « Il s’agit d’une véritable première entrée en action des formateurs maliens. C’est l’aboutissement que nous cherchons tous à atteindre, une capacité de formation autonome », se félicite John Veneau, chef des opérations de la mission EUCAP Sahel Mali.

Suite à la vague actuelle de recrutements au sein de la Garde nationale (1000 nouvelles recrus), de la Police (2500 recrus) et de la Gendarmerie (1000 recrus), les Forces de sécurité Intérieure vont être confrontées à un besoin grandissant de formateurs maliens de haut niveau.

(LH)

Des équipements pour la police palestinienne

(B2) La mission de soutien à la police palestinienne (EUPOL COPPS) a remis lundi (7 décembre), divers équipements à la police civile palestinienne : 474 vestes d’hiver haute visibilité, gilets de sécurité et panneaux d’arrêt du trafic. L’objectif de ces équipements est « d’améliorer encore la police de la circulation et de sensibiliser le public à la sécurité routière » indique un communiqué de la mission. La mission a également livré des dizaines de mégaphones, d’oreillettes et des torches pour aider le police à améliorer l’équipement existant. Ces livraisons font partie du soutien de l’UE au PCP afin de renforcer leurs capacités en matière de maintien de la sécurité sur les routes.

Une certaine remise en ordre des missions et opérations de la PSDC … comme de l’OTAN ?

(BRUXELLES2) Les missions et opérations de maintien de la paix soutenues par l’Union européenne sont le coeur et la raison d’être de la politique de sécurité et de défense commune. Les ministres de la Défense des « 28 » devraient le rappeler lundi (18 mai) lors de leur réunion semestrielle à Bruxelles. Mais l’heure n’est-il pas venu de faire des choix, de trancher des noeuds gordiens jamais tranchés ? D’aboutir aussi à une certaine répartition des tâches avec l’OTAN, plus nettes qu’aujourd’hui ?

Retrouver la raison d’être

On peut, en effet, se poser la question : l’objectif réel des missions de la PSDC est-il atteint aujourd’hui ? Pour Arnaud Danjean, c’est clair : « beaucoup trop de missions sont devenues aujourd’hui des missions alibis. Cela permet de planter un drapeau européen sur un point de la carte. Et on dit c’est couvert ». Le propos est dur et pourrait être discuté. Mais il est un fait, peu de missions/opérations remplissent aujourd’hui l’objectif fixé à la PSDC : être une garantie d’interposition, de maintien de la paix, manifester la présence européenne de « force », être présent au début de la crise (et non après)… L’assistance ou l’expertise fournie à des Etats pour retrouver la maitrise de certaines de leurs politiques ressort d’une autre logique.

Des missions aux ambitions faibles

Les deux dernières missions qui viennent d’être lancées illustrent ce propos, avec un mandat assez limité et un nombre de personnels faible. La mission civile de conseil dépêchée en Ukraine (EUAM Ukraine) pour conseiller le gouvernement ukrainien sur la réforme de ses forces de sécurité intérieure (police, gardes-frontières, renseignement…) compte une centaine de personnes et n’a qu’un mandat de conseil (non de formation). Idem pour la mission militaire lancée en République centrafricaine pour conseiller la restructuration de l’armée (EUMAM Rca) qui ne compte qu’une soixantaine de personnes. Mission limitée car plusieurs Etats membres ne souhaitaient pas mettre en place (immédiatement) une mission de formation de l’armée (type EUTM). Il est sans doute trop tôt pour évaluer leurs résultats. Mais on ne peut que constater que ces missions ont, à la fois, une ambition et des moyens réduits par rapport au champ des menaces et des ambitions exprimées par les uns et les autres. On est très loin ainsi de l’objectif exprimé notamment au sommet de Petersberg, en 1992, lors de la création de la PSDC, d’intervention de faire cesser des combats ou de maintien de la paix.

Ne pas hésiter à fermer ou remodeler

Certaines missions ne doivent-elles pas être fermées ? Il faut avoir le courage de poser ces questions. C’est le cas pour EUFOR Althea Bosnie-Herzégovine dont l’utilité militaire est très limitée et n’a plus vraiment de raison d’être avec la nouvelle stratégie introduire pour la Bosnie-Herzégovine. Ce peux être le cas également pour EUBAM Libya qui devrait être fermée sans tarder, quitte à rouvrir ensuite dans un autre format, voire conservée juste fictivement (juridiquement). La mission d’assistance aux frontières EUBAM Moldova/Ukraine (*) pourrait aussi décroitre de voilure ou changer de focus. Cependant, à l’inverse de certains observateurs, je ne pense pas qu’une telle attitude peut se justifier pour EUBAM Rafah – qui constitue la pièce d’un puzzle très difficile à reconstituer car inclus dans le processus, très délicat, de paix au Moyen-Orient. Les missions de formation ou de conseil qu’elles soient civiles (EUPOL Copps en Palestine) ou militaires (EUTM Mali, EUTM Somalie) ont prouvé leur efficacité. Elles doivent évoluer dans le temps. Mais, sur ce modèle, peuvent être bâties aussi d’autres vecteurs de performance pour l’Union européenne.

Introduire une troisième voie pour les opérations/missions de la PSDC !

La mise en place du Traité de Lisbonne devrait amener des initiatives nouvelles. En mettant sous la même autorité hiérarchique, celle de la Haute représentante / Vice présidente de la Commission, les instruments financiers et les délégations de l’UE comme les missions / opérations PSDC , elle autorise à réfléchir à d’autres voies d’intervention. La simple contractualisation à des partenaires (publics ou privés), méthode privilégiée de la Commission européenne, et la mise en place d’une mission / opération PSDC, ne permettent pas de faire face à toutes les situations. La première méthode (la contractualisation) est souple d’emploi mais a un gros défaut : l’éparpillement des contrats, l’absence de marque, de présence européenne, le manque de suivi d’un contrat à l’autre et des résultats parfois hasardeux. L’opération PSDC est souvent lourde à mettre en place. Entre le début de la crise, son paroxysme, la volonté vacillante des Etats membres, il peut s’écouler un long laps de temps qui fait que cette mission/opération n’est plus adaptée au moment. C’est dans ces sables mouvants que s’est fait prendre EUBAM Libya mais aussi d’autres missions qui ont mis un certain temps avant de s’adapter à une nouvelle donne. Cette méthode devrait être réservée soit aux opérations à mandat exécutif (EULEX Kosovo, EUNAVFOR Atalanta, EUFOR Rca), soit aux missions d’observation ou d’interposition (EUMM Georgia), voire de formation structurelle qui s’étalent sur une durée assez longue (EUTM Somalia et EUTM Mali).

Des équipes d’experts PSDC dans les délégations

Il y a sans doute place pour une troisième voie d’intervention. Des synergies pourraient être exploitées davantage avec les réseaux des délégations pour mettre en place des « pools d’experts », sur une durée variable, plus ou moins longue, pour conseiller et suivre un certain nombre de projets en matière de coopération sécuritaire. Cela pourrait très bien remplacer certaines missions « en fin de vie » (ou en survie palliative : Libye, Congo) ou, à l’inverse, permettre le démarrage rapide de projets dans des pays où la nécessité d’une mission / opération « en plein régime » n’est pas automatiquement nécessaire  (Nigeria, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Tunisie) ou la situation susceptible d’évoluer rapidement. Ce dispositif aurait l’avantage de la souplesse de mise en place – en se greffant sur une délégation existante – pour évoluer rapidement (crescendo ou descresndo) en s’adaptant à de nouveaux besoins ou menaces.

… pour servir de précurseur aux missions PeSDC

Ils permettraient de doter les délégations les plus exposées non pas d’un simple attaché mais d’un « pool » d’experts, provenant du personnel diplomatique ou communautaire (SEAE ou CE) comme des Etats membres. La mise en place d’une mission / opération PSDC pourrait venir dans un second temps, le « pool » d’experts assurant ainsi les premiers pas, comme un groupe d’avant-garde. Cette méthode aurait l’avantage d’éviter le long délai qui marque souvent le temps entre la décision politique et la réelle efficacité d’une mission (civile) sur place, pour un coût moindre, en permettant d’aiguiller plus sûrement les objectifs d’une telle mission. A l’inverse, rien n’empêcherait ce « pool » d’experts d’être renforcé par des contrats externes, qu’il pourrait gérer directement.

Un peu de remise en ordre entre UE et OTAN

Une certaine remise en ordre entre l’OTAN et l’UE pourrait aussi se justifier. Les menaces ne manquent pas aujourd’hui, les champs d’action non plus. Et certains doublo,nages paraissent aujourd’hui un peu superflus. Au niveau des opérations, les deux opérations anti-pirates menées dans l’Océan indien — l’une par l’OTAN (Ocean Shield), l’autre par l’Union européenne (EUNAVFOR Atalanta) — n’ont aucune justification sinon des contingences politiques : la Turquie et le Danemark ne participent pas à la PSDC de l’Union européenne. Ce d’autant que Ocean Shield est, pour l’instant, réduite au minimum (Américains et Britanniques notamment ayant d’autres priorités) et n’assure plus de permanence dans la zone. A l’inverse, en Afghanistan, l’Union européenne, qui a un rôle très limité et parcellaire, ne devrait-elle pas mettre fin à sa mission EUPOL, au champ d’action assez limité, pour laisser la place comme au Congo à une équipe plus réduite par exemple, et se recentrer sur son voisinage ?

Une opération « promenade du dimanche »

Cette remise en question doit concerner aussi certaines opérations de l’OTAN. Est-il justifié de maintenir des milliers de militaires de l’OTAN sur le sol kosovar. L’heure de la décrue de la KFOR devrait être engagée très rapidement. Cette force monopolise aujourd’hui plusieurs milliers de normes et sert bien souvent d’excuse à certains pays pour ne pas s’engager ailleurs. Cette opération « tout confort », « 3 ou 4 étoiles », à quelques centaines de km de son domicile, est effectivement tentante pour de nombreuses armées d’Etats membres. Mais elle a très peu à voir avec la stabilisation. On se situe davantage dans l’exercice de santé ou la promenade du dimanche à côté d’autres opérations beaucoup plus risquées et engageantes (comme au Mali ou en Centrafrique).

Certains « experts » pourraient observer que les évènements récents en Macédoine (avec l’introduction de « groupes armés venant du Kosovo ») justifient plus que jamais de conserver ces forces. C’est renverser le problème : la présence de ces forces en nombre au Kosovo a-t-elle réussi à empêcher ces incidents et dérapages graves ? Une présence, plus limitée mais plus pointue, n’est-elle pas plus adaptée ? Répondre à ces questions, c’est répondre de fait à la nécessité de revoir rapidement le format KFOR.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Cette mission n’est officiellement pas une mission PSDC mais un « contrat » Commission européenne délégué à des prestataires extérieurs bien qu’elle en présente toutes les caractéristiques : présence de policiers / douaniers en uniforme, fonction de mentoring, contribution des Etats membres, système hiérarchisé, rapport au COPS, etc. Ce qui représente aujourd’hui une anomalie qui devrait être résorbée.

© NGV / B2

Histoire de zones

© NGV / B2

© NGV / B2

(BRUXELLES2 à Ramallah) Etre policier ou juge palestinien suppose devoir jongler avec un certain nombre de difficultés «administratives» et politiques. La présence du mur, des colonies, le découpage dans les trois zones et les incursions des forces de sécurité israéliennes se révèlent un véritable casse-tête pour la justice et les forces de sécurité palestiniennes.

Un casse-tête au quotidien

Si un prisonnier doit être transféré ou présenté devant la Cour, le transfert doit être coordonné dix jours à l’avance, et par le biais du quartier général de la police de Ramallah. Parfois, il faut un délai supplémentaire. Car il faut un accompagnement par les forces israéliennes. Celles-ci peuvent parfois prendre du retard. Et le prisonnier ne peut être présenté à temps, le tribunal doit alors reporter sa session.

Pour aller plus vite, sans uniforme ou sans armes

L’intervention de la police sur un crime ou un délit est aussi problématique. L’arrivée dans les 10 minutes (la norme habituelle) est souvent compromise car il faut traverser des zones (B ou C) qui ne sont pas sous l’autorité palestinienne directe. Cela peut avoir des conséquences sur les preuves qui peuvent disparaître et compromettre ainsi l’enquête. Parfois pour aller plus vite, les policiers doivent circuler à bord de véhicules banalisés, ou sans uniforme et armes.

Une situation dangereuse et une perte de souveraineté

Or la police en uniforme est une part de la souveraineté. « Quand la police agit en uniforme, cela signifie qu’elle contrôle la situation, tout le monde sait que c’est un officier de police en activité. La difficulté de coordination rend la situation dangereuse pour les policiers s’ils ne sont pas en uniforme et n’ont pas d’armes pour se défendre eux-mêmes. Cette situation est très connue et ne permet pas vraiment à la police de travailler » explique un haut gradé.

(Nicolas Gros-Verheyde)

© NGV / B2 à Tulkarem

La police palestinienne se forme

© NGV / B2 à Tulkarem

© NGV / B2 à Tulkarem

(BRUXELLES2, à Tulkarem et Ramallah) La police civile doit être entraînée au quotidien, tant au point de vue des techniques d’intervention sur un incident que de police judiciaire ou d’arrestation « délicate ».

Ce mercredi (*), nous avons rendez-vous avec les policiers de Tulkaren — une des villes palestiniennes à l’ouest de la Cisjordanie — pour participer à une session de « rafraichissement » pour une trentaine de policiers. Des entraînements d’autant plus importants que le taux de criminalité en Cisjordanie étant assez bas, les policiers n’ont pas toujours l’occasion de se confronter tous les jours à toutes les situations auxquelles fait face une police judiciaire d’ordinaire (voir ci-dessous). La remise à jour des connaissances passe par une session théorique de rappel des connaissances – qui a lieu au « commissariat central » de Tulkarem – et une série d’exercices pratiques tout près du logement des équipes de la Special Police Force (SPF).

Un impératif : sécuriser la scène de crime

L’instructeur rappelle les fondamentaux d’une équipe de première intervention – l’équivalent des équipes de police secours en France. Il faut donner les premiers secours à la victime, avertir pour obtenir des renforts, sécuriser (les spécialistes diront « geler ») la scène de crime, prendre les photos, empêcher avec un cordon que des gens, des curieux arrivent sur la scène de crime. « Le plus important est de vous protéger vous même, d’éviter que l’un de vous soit blessé. » Le dialogue s’engage avec l’instructeur. « Que faire si on n’a pas de cordon ? ». Réponse : on utilise ce qu’on a sous la main, des petites pierres si on est à l’extérieur ; fermer non seulement une pièce mais tout l’appartement si on est à l’intérieur. « Qui prend le commandement ? » C’est normalement l’officier le plus important en grade, présent sur la scène de crime qui doit prendre les mesures même si des officiers supérieurs arrivent ensuite. « Il est totalement interdit d’aller dans la scène. Et l’officier même subalterne doit noter s’il y a le moindre personne qui touche à quelqu’un. » La session se poursuit…

Des mentors pas des formateurs

Les Européens se sont mis, assez discrètement, à l’arrière de la salle. Ils écoutent et notent ce qui se dit, un interprète assurant la traduction de ce que dit l’instructeur palestinien (pour ceux qui ne comprennent pas l’arabe). Ils n’interviennent durant tout le temps de l’exposé. C’est après la formation et l’exercice, au débriefing, que se fait le retour d’expérience entre les formateurs européens et palestiniens. « Nous ne sommes pas là pour assurer la formation — m’explique à voix basse un des instructeurs —. Nous servons uniquement de mentors, pour vérifier que tout se passe bien. » Si, au début, la mission EUPOL Copps assurait des formations directement, elle est dorénavant passée à une seconde étape, moins visible mais tout aussi importante. « Nous n’avons pas vocation à rester in aeternam. Il faut assurer le relais avec les policiers palestiniens. »

Des exercices techniques

Trois scénarios pratiques sont organisés aujourd’hui : l’arrivée d’une équipe d’intervention sur une scène de crime et les premiers éléments de police judiciaire, l’arrestation d’un suspect par le SPF – les forces d’intervention – et un accident de la route, provoqué par un complice. « La criminalité, la délinquance de rue telle que nous la connaissons dans nos pays est à un taux relativement bas en Cisjordanie » explique un officier européen. D’où la nécessité d’exercices réguliers pour maintenir « une certaine technicité et capacité à intervenir sur des scènes de crime », finalement rares dans la réalité.

Un mode de vie assez traditionnel

Cette relative sécurité s’explique par le mode de vie encore traditionnel en Cisjordanie. La société palestinienne reste souvent à essence rurale, où la solidarité familiale n’est pas un vain mot et le contrôle social sur la vie publique assez fort. « Ici tout se sait rapidement ». Pour autant, la Cisjordanie n’échappe pas au lot commun des accidents de la route, très fréquents et souvent mortels, tout comme à la criminalité organisée. Une délinquance de haut vol, adeptes des trafics en tous genres (drogues, faux papiers, produits high tech…) et qui profite habilement de la situation politique, particulièrement complexe, pour échapper à toutes les lois.

1er exercice : une scène de crime

Sur la scène de crime, c’est Jérôme Buaillon, un commandant de la police française, détaché par la DDSP (Direction départementale de la sécurité publique) de Rennes (Ille-et-Vilaine), qui officie. Il a bâti un scénario assez simple : une personne s’est suicidée en apparence. Une lettre de suicide, en arabe, a été laissée intentionnellement. Il y a des chaises renversées. Un couteau traîne par terre, ainsi qu’un téléphone portable. L’objectif est de l’exercice est double : pour l’équipe de 1ère intervention sécuriser la scène de crimes — la « geler » en termes policiers —, recueillir les preuves, en attendant l’équipe de la PJ. Le 2e défi  sera de transmettre un premier rapport au procureur. Jerôme, le commandant français donne le top départ à l’exercice : « over ». Après la sécurisation de la scène, l’équipe spécialisée de la PJ prend le relais. Elle va disposer des numéros sur chacune des traces ou pièces à conviction : chaises renversées, tracs de sang, GSM, lettre.

Economisez le matériel !

A un moment, Jérôme interrompt l’exercice. Par le truchement de l’interprète, il explique : « N’utilisez pas tout le matériel, faites semblant. » Une recommandation qui peut sembler bizarre dans ce type d’exercice mais a un fondement bien réel, économique. « La police palestinienne a peu de matériel d’identification, de poudre. C’est inutile de le gaspiller. » L’équipement est d’ailleurs un des principaux défis auxquels doit faire face ce corps, assez jeune, qui a été créé après les accords d’Oslo, au milieu des années 1990. Pour la recherche ADN, ainsi, il n’y a qu’un seul laboratoire équipé, à l’université de Ramallah. Et son déplacement sur les liens de crime n’est pas facile. Israël bloque en général les importations de ce type de matériel. C’est un des rôles de la mission de la mission EUPOL Copps que de trouver des partenaires – des Etats, membres de l’Union européenne ou non (Canada, Etats-Unis,…), ou d’autres organisations (fondations, organisations internationales) – disposés à fournir ces équipements. « Nous ne cherchons pas à avoir le matériel dernier cri, qu’ils ne pourraient pas utiliser au final, mais du matériel déjà éprouvé dans nos pays et qu’ils pourront, sans souci, facilement entretenir et renouveler ».

Arrêtez le suspect en douceur !

Second élément de l’exercice : une intervention « musclée » en milieu urbain pour arrêter un suspect. Ce sont les éléments de la « Special force » (SPF) de la police palestinienne, qui sont requis. La SPF a un rôle double : le maintien de l’ordre sur la voie publique – l’équivalent de nos gendarmes mobiles ou CRS – et les interventions spéciales – qui requièrent un peu plus de technicité et d’équipement.

Premier élément : la sommation. Par le biais d’un haut-parleur, le suspect est sommé de se rendre. Cela peut apparaître un détail. Mais cela n’en est pas un. « Cela a été un des apports de la formation », explique un des policiers européens. Dans la région, « ce n’est pas vraiment dans les traditions d’obtenir la reddition d’un suspect en douceur sans usage de la force ». Et les Palestiniens ont dû s’y mettre. L’intervention se déroulant en milieu urbain, il faut aussi veiller à tout dommage collatéral, écarter les badauds ou curieux.

Ensuite, vient l’intervention, dans un classique déroulé qui n’a rien à envier aux pratiques européennes. L’équipe d’intervention arrivée dans plusieurs camionnettes se dispose en arc de cercle autour du bâtiment. Des hommes placés en couverture, abrités derrière leurs véhicules. Et d’autres qui progressent vers le bâtiment. Les policiers sont équipés d’armes factices. Au top départ, la porte d’entrée est enfoncée avec un bélier portatif. Puis, ils progressent à l’intérieur du bâtiment pour se saisir du suspect, qui est menotté et embarqué.

« Il faut se garder cependant de faire trop de comparaisons avec ce qui se passe chez nous – avertit le chef de la mission européenne « EUPOL Copps », Rodolphe Mauget. « Si on veut comparer la police palestinienne, c’est aux forces des autres pays de la région, à la police jordanienne ou à la police égyptienne. » Et, dans cette optique, la police palestinienne supporte la comparaison, selon lui. « Nous sommes sur la bonne voie, malgré les difficultés et les contraintes politiques. Cela prend du temps. Mais le professionnalisme des personnels est bien réel. Et le sens des réformes entreprises indique clairement une bonne direction. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) reportage effectué le 8/4/2015 – publié dans une version courte dans Ouest-France.fr