La fin de la plongée croate pour les garde-côtes libyens

(B2) Pour trois gardes-côtes libyens et trois autres marins libyens, ce 29 mars sonne comme la fin des cours de plongée.

Formation à la plongée pour les garde-côtes libyens en Croatie (crédit : EUNAVFOR Med Sophia)

Durant cinq semaines, ils ont suivi un module de formation au Centre de formation de la marine croate à Split (Croatie), géré par l’opération Sophia d’EUNAVFOR MED. La cérémonie de clôture a eu lieu au centre d’instruction de la marine croate à Split, en présence de son chef, le commandant adjoint de l’opération Sophia EUNAVFOR MED et de son chef du secteur de l’instruction de l’OHQ, ainsi que d’une délégation libyenne d’officiers supérieurs.

Le cours, organisé par la marine croate, portait sur les procédures et techniques de plongée afin de pouvoir effectuer des opérations de maintenance sous-marine des navires. Le cours comprenait également quelques leçons sur les droits de l’homme, les premiers soins et la politique en matière d’égalité des sexes (un rituel côté européen).

Avec ce cours, l’opération Sophia indique avoir atteint un niveau de 355 membres du personnel des garde-côtes et de la marine libyens formés.

(NGV)

Lire notre dossier-fiche N°69. La formation des garde-côtes et marins libyens par les Européens

 

Points de suture pour l’opération Sophia qui repart pour six mois … sans bateaux (V4)

(B2) Les ambassadeurs du comité politique et de sécurité (COPS) se sont séparés mardi (26 mars) de bonne humeur, après plusieurs longues heures de discussions. Une solution est en vue pour permettre à l’opération maritime de l’UE, Sophia, de survivre et de passer l’été.

Une discussion entamée lundi

La discussion avait été entamée lundi (25 mars) sur la base d’un papier d’options préparé par les structures de gestion de crises du service diplomatique européen (SEAE). Les capitales ont jusqu’à aujourd’hui mercredi pour confirmer cet accord négocié. La procédure est faite par silence. On sera tout juste dans les temps, avant la date fatidique de la fin d’opération, le 31 mars.

(Mis à jour 11h30) Comme attendu (ou espéré), aucune capitale n’a remis en cause l’accord, qui est donc désormais applicable

La suspension des activités navales

L’opération pourrait être prolongée pour six mois. Mais le volet naval serait suspendu. Ce qui revient à formaliser de fait la situation actuelle, où il y a à la fois très peu de navires, et où ceux-ci évitent soigneusement la zone où se situent les trafiquants d’êtres humains — objectif primaire de l’opération. L’option présentée par le SEAE, d’une prolongation technique de l’opération à mandat inchangé, le temps de peaufiner une nouvelle mission de formation des garde-côtes libyens (lire : Une nouvelle mission pour succéder à l’opération Sophia ?) a été refusée par Rome.

Un volet aérien et la formation

Au niveau opérationnel, seul serait gardé un volet de surveillance aérienne, au-dessus des eaux internationales. La formation des garde-côtes et des marins libyens pourrait aussi continuer, telle qu’elle existe aujourd’hui, dans plusieurs sites en Europe (2), voire avec des exercices en mer (lire notre dossier N°69. La formation des garde-côtes et marins libyens par les Européens).

Objectif : passer l’été

Ce délai de six mois (jusqu’au 30 septembre) a deux avantages. Il permet à l’opération de passer le cap de l’été : moment difficile au plan politique (élections européennes obligent) comme au niveau pratique (il représente le pic d’arrivées en Méditerranée). Il permet aux Européens de préparer en douceur la transition vers une opération non exécutive destinée à la formation des garde-côtes et marins libyens.

Une décision des États membres

EUNAVFOR « est une opération maritime ». Sans moyens navals, « elle ne sera pas en état d’assurer son mandat », qui est de « démanteler les trafics d’êtres humains », a indiqué la porte-parole de la Haute représentante, Maja Kocijancic, lors du point de midi, ce mercredi (27 mars). « Mais c’est la décision des États membres » a-t-elle ajouté, pointant ainsi le fait que ce n’était pas la volonté initiale de la proposition de la Haute représentante. « La position de la Haute représentante est bien connue. »

… qui reste à formaliser

La formalisation de la décision pourrait intervenir vite, selon nos informations, avec une adoption sans débat, par voie de procédure écrite, dans la foulée. La décision sera publiée au journal officiel, vendredi au plus tard (1). Restera à transcrire l’ordre de ne plus utiliser les navires. Ce qui devrait être fait en modifiant le plan d’opérations et devra demander quelque temps.

Un commandement inchangé pour l’instant

Le commandement restera assuré, pour l’instant, par le vice-amiral Enrico Credendino. « Le changement » ne concerne pas ce point nous a assuré un diplomate européen. Mais le vice-amiral (de la marine) qui assure depuis bientôt quatre ans — depuis le début de l’opération en juin 2015 — la conduite de l’opération pourrait être tenté de prendre le large.

Quatre – cinq avions sur zone

Sur zone il y a actuellement quatre avions : un M28 Bryza polonais (La Pologne s’engage dans l’opération Sophia en Méditerranée), deux avions luxembourgeois SW3 Merlin III (qui se relaient), un avion espagnol Casa CN-235 Vigma D4 et un avion français Falcon.

Du grand bricolage pour une opération ‘Plouf’

Cette solution ressemble à du grand bricolage. Un sparadrap qui masque à peine que l’opération est sinon terminée, du moins largement amoindrie. Et ce sentiment semble partagé.

Une opération sans moyens d’assurer son objectif

L’objectif primaire de l’opération — la lutte contre les trafics — est de fait abandonné, car il ne pourra plus être assuré. On peut ainsi enlever les syllabes ‘NAV’ et ‘FOR’ de EUNAVFOR Med, et ne garder que EUMed Sophia. Avoir une opération maritime sans navires est le comble du ridicule. Une opération ‘Plouf’ en quelque sorte.

Retour à la phase 1

On retourne de fait à la phase 1 de l’opération, celle de ces début, en juin-juillet 2015, qui consistait à détecter ou analyser ces trafics. C’est donc la ‘porte de sortie’ de l’opération : la transmission à un corps de garde-côtes et de marins libyens, dûment formé et organisé, qui prendra plus que quelques mois. Depuis 2015, ainsi l’objectif de former 500 personnels (fixé à fin 2017) n’a pu être atteint, malgré tous les efforts déployés côté européen.

Une politique néfaste

Cette pratique de conserver à tout prix des opérations et missions qui n’ont plus vraiment d’activité est dangereuse à terme. Il apparait comme un emballage plastique qui cache mal la réalité. Il donne l’impression d’une inefficacité, d’un gaspillage d’énergie et d’argent qui peut être plus néfaste aux yeux des Européens que l’objectif recherché : affirmer la place de l’Europe dans le monde, contribuer à la stabilisation ou la paix. C’est un mauvais service qui est ainsi rendu à l’Europe de la Défense. L’Union européenne doit (vraiment) apprendre à fermer des missions devenues inutiles.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Dernier jour ouvrable de parution du journal officiel (sauf parution spéciale qui reste très exceptionnel).
  2. L’Italie, l’Espagne, la Croatie ou la Grèce dernièrement (lire : Fin de formation à Souda pour les garde-côtes libyens) ont successivement accueilli des stagiaires libyens.

Lire aussi notre dossier N°27. Traquer les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée, une longue prise de conscience (Opération Sophia)

Mis à jour (11h-14h) avec la confirmation de la décision, la réaction du porte-parole de la Haute représentante, les détails sur le plan d’opération et le maintien du commandement

Un sous-marin portugais en Méditerranée

(B2) Le sous-marin portugais Trident a pris la mer lundi (18 mars) pour rejoindre l’opération maritime européenne EUNAVFOR Sophia de lutte contre les trafics de migrants

Le sous marin Trident (crédit : marine portugaise)

Une mission : la collecte d’informations sur les trafiquants

Le navire devrait rester deux mois sur zone, avec une mission principale : la collecte d’informations. Celles-ci seront partagées « avec les autorités régionales responsables du sauvetage en mer, en vue d’identifier les navires surpeuplés de migrants », les passeurs et leurs commanditaires. L’objectif est de « contribuer ainsi à la diminution du risque de perte de vies humaines dans la région » indique la marine portugaise.

Une contribution à Sea Guardian

Le ‘Trident’ va aussi apporter son soutien à l’opération ‘Sea Guardian‘ de l’OTAN, en mettant à disposition ses capacités et ses systèmes de collecte d’informations dans le domaine de la connaissance de la situation maritime dans la région méditerranéenne, qui seront partagés avec la structure de commandement de l’Alliance.

Une femme à bord

Parmi les 36 militaires, une femme. C’est la première fois qu’un submersible portugais embarque une femme au sein de son équipage, annonce l’état-major des forces armées portugaises.

Un outil bien discret

(commentaire) Ce n’est pas la première fois en revanche qu’un sous-marin est employé dans l’opération Sophia. Récemment, un sous-marin grec avait été utilisé. Et des sous-marins français ou italien ont aussi été activés dans le passé. Le côté discret, insoupçonnable, de ce navire permet d’assurer une surveillance tout azimut de la côte libyenne et des alentours, pour observer les différents trafics et mouvements militaires — le trafic des êtres humains n’est pas souvent le seul objectif des sous-mariniers.

(NGV)

Douze jours avant le clap de fin pour l’opération Sophia. Et toujours rien…

(B2) Le futur de l’opération militaire navale Sophia, menée en Méditerranée par l’UE, se conjugue de plus en plus en pointillé.

Interrogée par un collègue italien à la fin de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, n’a pas caché que rien n’avait avancé.

« Ce n’est pas un mystère. Je l’ai dit publiquement. En l’absence d’un accord, l’opération devra être close. J’espère toujours qu’un accord pourra être trouvé, mais je ne vois aucun mouvement particulier dans cette direction. […] S‘il n’y a pas de développement positif avant la fin du mois de mars, l’opération mettra fin à ses activités, avec toutes les conséquences que cela entraînera, malheureusement… »

Un problème italo-italien

On peut préciser qu’aucune discussion sur le sujet n’a vraiment eu lieu au niveau européen, notamment entre les 28 ambassadeurs du COPS, le Comité politique et de sécurité, l’enceinte habituelle de discussion de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). « Il s’agit surtout d’une question italo-italienne » indique un diplomate bien informé.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec Leonor Hubaut)

Lire aussi :

Fin de formation à Souda pour les garde-côtes libyens

(B2) Pour les 24 stagiaires libyens rassemblés au Centre de formation opérationnelle à l’interdiction maritime de l’OTAN (NMIOTC) dans la baie de Souda (Grèce), c’était la dernière journée vendredi (15 mars).

Le cours dit VBSS (Visit board, Search & Seizure) de visite de navire, recherche et saisie entamé fin février s’est clôturé par une petite cérémonie et une photo de groupe, en présence du numéro 2 de l’opération, le contre-amiral français Olivier Bodhuin.

(NGV)

Le Jacoubet quitte la zone d’opération. L’avenir de Sophia toujours en pointillé

(B2) Après 28 jours d’engagement, le patrouilleur de haute mer Enseigne de vaisseau Jacoubet (F-794) a quitté la zone de l’opération Sophia pour retourner à sa base.

Dans le cadre de sa fonction de vérification de l’embargo sur les armes imposé aux différentes parties libyennes par l’ONU dans les eaux internationales, le FS Jacoubet a effectué 7 ‘hélages’ de navires de commerce et une ‘approche amicale’, indique le QG de l’opération maritime européenne de lutte contre les trafics en Méditerranée centrale.

Aucune solution trouvée pour l’avenir de Sophia

Précisons qu’aucune solution n’a toujours été trouvée sur le sort de l’opération Sophia dont le mandat se termine le 31 mars. Et les esprits n’étaient pas vraiment optimistes à Bruxelles sur l’issue.

Le commissaire européen chargé des Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos, interrogé par B2, le 6 mars dernier avait été plus que circonspect : « Le rôle de Sophia a été remis en question. Le commandement actuel [est assuré par] l’Italie. C’est aux autorités italiennes de voir s’ils veulent continuer l’opération, son action noble et importante. »

Et d’ajouter en guise d’épitaphe : « Nous avons toujours soutenu l’opération, et avons même été à [son] initiative. Cette opération « a permis de sauver de très nombreuses vies ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Le FS Jacoubet dans l’opération Sophia : pour briser la solitude italienne ?

Les garde-côtes et marins libyens formés en plongée

(B2) Deux nouveaux modules de formation des garde-côtes et de la marine libyennes ont débuté cette semaine à Split (Croatie) et à Souda (Crète), annonce le QG de l’opération de l’UE de lutte contre les trafics en Méditerranée (EUNAVFOR Med / Op. Sophia)

Module ‘plongée’ à Split en Croatie

Un cours de base sur les plongeurs navals a ainsi été lancé lundi (25 février) au centre de formation de la marine croate à Split (Croatie). Sept candidats sélectionnés par les autorités libyennes compétentes, ont « fait l’objet d’un processus de sélection approfondi (screening) réalisé au cours de différentes phases ». Le cours, organisé par la marine croate, doit fournir « des connaissances et une formation sur les procédures de plongée, les techniques spéciales liées au personnel de la garde côtière et de la marine ». La fin du cours est prévue pour le 29 mars 2019.

Module ‘visite à bord de navires’ à Souda

Un second module de formation a été lancé jeudi (28 février) au centre de formation opérationnelle OTAN sur l’interdiction maritime (NMIOTC) à Souda (Crète), axé sur la visite à bord, la recherche et la saisie de navires (module dit Visit Board, Search & Seizure Vessel). 25 stagiaires libyens ont été sélectionnés pour ce module qui durera jusqu’au 15 mars.

Au terme de ces nouvelles activités de formation, plus de 355 agents des gardes-côtes et de la marine libyens auront été formés.

(NGV)

Opération Sophia, EUBAM Rafah et Libya… l’UE doit apprendre à fermer des missions devenues inutiles

(B2) Les missions et opérations de sécurité et de défense communes sont aujourd’hui un peu les enfants délaissés de la politique extérieure de l’Union européenne (PESC). Elles ne suscitent que très peu d’attention aujourd’hui des responsables européens. Certaines missions et opérations n’ont plus d’efficacité ou sont arrivées au terme de leurs possibilités. Il est temps d’en tirer la leçon et d’oser les fermer !

Faute d’activité les marins de l’opération Sophia en sont réduits à faire des exercices (crédit : EUNAVFOR Med / Sophia)

Un amaigrissement salutaire

Au lieu de 16 missions/opérations aujourd’hui, l’UE pourrait avoir, à assez court terme 7 missions avec la même efficacité. Bien entendu, ces fermetures amèneraient un bilan peu glorieux. Mais ce n’est pas le nombre qui importe ou une épingle sur la carte. Ce qui est vital, c’est ce que ces missions ‘délivrent’ en termes de ratio résultats / coûts par rapport à leur objectif premier : la stabilisation.

Trois missions – opérations doivent être fermées

Selon notre analyse, trois missions – opérations (au bas mot) peuvent être fermées, tout de suite, car elles ne répondent plus aux critères minimums définis ou n’ont tout simplement plus les moyens d’assumer leurs tâches.

EUNAVFOR Med / Sophia (Rome)

Le présupposé de départ de cette opération maritime militaire créée  en 2015 — lutter contre les trafics d’êtres humains au plus près des côtes libyennes — n’a jamais été atteint. Les Européens n’ont jamais obtenu des Libyens de pouvoir agir dans leurs eaux territoriales ou sur les côtes (et ont peu fait pression pour cela). Le consensus politique qui a présidé à son existence n’existe plus aujourd’hui : l’Italie ne veut plus accueillir de possibles personnes recueillies en mer. Et aucun pays ne veut assumer cette tâche. Un à un, plusieurs contributeurs (Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, …) se sont retirés au point que l’opération Sophia ne dispose plus en ce moment de la présence minimale en mer pour assurer ces missions : une seule frégate (italienne) en permanence en mer, avec une autre (française) en renfort de temps à autre (lire : Le FS Jacoubet dans l’opération Sophia : pour briser la solitude italienne ?).

Ce n’est pas tant que l’opération a totalement démérité. C’est tout simplement que le contexte a changé. Le flux de migrants de la Libye vers l’Italie n’est plus au pic atteint dans les années 2015-2016, il est revenu à une donne ‘normale’ ; l’attention se focalise plutôt sur l’Espagne, la Grèce ou les Balkans. D’une certaine façon, le boulot est terminé. La seule tâche qui peut être conservée – la fonction de formation des garde-côtes et marins libyens – peut fort bien être assurée par une mission plus légère (de type EUTM).

EUBAM Libya (Tunis / Tripoli)

Cette mission civile née dans l’après-2011 et censée aider les Libyens à renforcer leurs frontières n’a jamais pu décoller. Si elle a réussi à prouver son utilité en faisant des études de faisabilité, en faisant la navette avec des officiels… cela reste plutôt maigre pour un coût redoutable : environ 62 millions d’euros pour 18 mois. Honnêtement, deux ou trois bons conseillers à la délégation de l’UE pour la Libye feraient exactement le même boulot.

EUBAM Rafah (Tel Aviv)

Cette mission civile, une des plus anciennes de l’UE (créée il y a 14 ans), avait pour objectif de servir d’observateur honnête au poste frontière de Rafah. L’irruption du Hamas dans la bande de Gaza, il y a plus de dix ans, a contraint la mission à rester sur le strapontin de l’action. Malgré plusieurs espoirs ou tentatives, aucune relance opérationnelle n’a pu avoir lieu. La mission en est réduite à faire un peu de conseil ou de planification. Coût : 2 millions d’euros par an. C’est cher pour une tâche qui peut être fort bien assumée au sein de la délégation de l’UE à Tel Aviv.

Deux missions à l’efficacité en question

On peut aussi se poser des questions sur l’efficacité réelle de EUCAP Somalia, basée à Mogadiscio. Ses tâches (renforcement de la sécurité maritime) pourraient être reportées sur une opération anti-piraterie de l’UE ou fusionnées avec celles de EUTM Somalia, l’opération militaire de formation qui souffre également d’un sous-effectif non assumé. Quant à la mission de conseil EUAM Iraq basée à Bagdad et lancée en 2017, elle peine à afficher des résultats.

Ces deux missions disposent d’un budget pourtant conséquent au regard des résultats : 66 millions pour 2 ans pour EUCAP Somalia et 65 millions d’euros pour 18 mois pour EUAM Iraq (Lire : Les missions et opérations de la PSDC. Budget, personnel, commandement… ). Il est nécessaire à moyen terme d’envisager leur fermeture.

Deux missions en mode freinage

Enfin deux missions sont dites en ‘phasing out‘, c’est-à-dire en phase de passation de dossier, mais leur fermeture semble s’étaler dans le temps : EULEX Kosovo  (lire : La mission EULEX Kosovo en voie de fermeture) ou EUPOL Copps Palestine qui est désormais bloquée dans son évolution par le blocage palestinien sur les réformes. Il faut accélérer la passation à d’autres structures.

Des missions passées sous le radar politique

Les missions et opérations de la PSDC ne suscitent que très peu d’attention aujourd’hui des responsables européens. Au mieux, c’est un ennui, au pire une charge. La dynamique qui présidait ces dernières années s’est brisée sur un manque de volontarisme à Bruxelles comme dans les États membres. C’est indéniable.

Peu de missions et opérations lancées

En cinq ans, malgré un enthousiasme qu’on ne peut dénier, Federica Mogherini a un bilan très faible en matière d’opération. Sous son mandat n’ont été lancées que trois missions et opérations militaires : EUNAVFOR Med / Sophia en 2015, EUTM Rca en 2015-2016 et EUAM Iraq en 2017 (1). Ce qui représente le plus faible rythme d’un mandat de Haut représentant. Même sous Lady Ashton, qu’on ne s’est pas privé de critiquer ici-même, le bilan était plus glorieux avec six missions civiles et deux missions-opérations militaires préparées ou lancées.

Peu d’initiatives

On ne peut pas mettre ce maigre bilan sur le compte uniquement des États membres. Peu d’initiatives ont été préparées ou lancées. Selon nos informations, il n’y a rien dans les cartons : ni sur la formation des forces de sécurité ou militaires en Ukraine (juste du conseil), ni sur le soutien à Barkhane, ni sur une force d’observation en Colombie, etc.

Les chefs de missions rasent les murs

Histoire de ne pas faire de vagues, les missions et opérations sont ‘placardisées’. Les chefs de mission et d’opération ont reçu une consigne informelle de communiquer a minima au niveau européen. Depuis plus de deux ans maintenant, les chefs de mission et d’opération rasent les murs quand ils passent à Bruxelles. Il n’y a plus de point presse, plus aucun compte rendu public des chefs de missions/opérations face à la presse européenne, zéro visite ou voyage de presse sur place. Les interviews se font au compte-goutte. Le passage devant les commissions parlementaires de ces responsables se fait rare… alors que les différents responsables des missions de l’OTAN y défilent régulièrement. Un paradoxe…

Une ‘fatigue’ de la PSDC ?

La Haute représentante n’est pas la seule responsable de cette évolution. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ne suscite plus vraiment d’attention et de dynamique des États membres.

La France n’y croit plus

La France qui a été l’un des moteurs notables d’une bonne majorité des missions et opérations PSDC dans le passé n’y « croit plus ». Elle n’est pas la seule. Les raisons sont multiples et mériteraient d’être décryptées. On peut en citer cinq au moins : le manque de solidarité sur le Mali, le recentrage sur l’OTAN, le manque de rigueur de certaines missions et opérations, les problèmes rencontrés par plusieurs hauts gradés français, et un sentiment imperceptible de ‘désappropriation’.

Les autres non plus

D’autres pays, comme la Belgique qui a été une ‘pièce’ notable de la PSDC, ont aussi perdu la foi, pour d’autres raisons, de priorité politique. L’Allemagne n’est plus vraiment motrice comme elle a pu l’être auparavant (pour l’Afghanistan par exemple). L’Italie est en position de repli. Etc. Or, sans un ‘push‘ d’un pays membre, difficile de faire une mission.

La tendance au conservatisme

Tout le monde — États membres comme la structure du SEAE, la Haute représentante – connait la situation. Mais chacun répugne cependant à ‘fermer’ une mission ou opération. Parfois, il s’agit de motifs compréhensibles : le risque d’instabilité reste latent et/ou l’opération répond à une volonté de plusieurs pays de rester présents (EUFOR Althea, EUNAVFOR Atalanta), la mission fait partie d’un accord international de pacification (EUMM Georgia). Parfois, il n’y a pas vraiment de motifs, sinon la tendance à conserver des positions acquises, la volonté de garder un certain nombre de points d’ancrage dans certains pays… comme de postes ouverts.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :


  1. Si la mission EUCAP Sahel Mali a été lancée en janvier 2015,  toute la préparation était déjà bouclée. Elle ne peut être mise au bilan de l’actuelle Haute représentante.

Le FS Jacoubet dans l’opération Sophia : pour briser la solitude italienne ?

(B2) Un aviso de la marine française, l’enseigne de vaisseau Jacoubet (F-794) vient de rejoindre EUNAVFOR MED, l’opération maritime de l’UE de lutte contre les trafics en Méditerranée, a annoncé le QG de l’opération vendredi (15 février).

Pas trop seuls

La présence du navire de la Royale — qui n’en est pas à sa première participation dans cette opération —, permet aux Italiens de ne pas se sentir trop seuls. L’opération Sophia ne compte en effet plus aujourd’hui qu’un autre navire, la frégate italienne de type FREMM, Luigi Rizzo (F-595), servant de navire amiral. Le mandat de l’opération se termine normalement le 31 mars 2019, et les ’28’ n’ont pas encore réussi à s’accorder sur sa prolongation.

Retour à la casa pour la Reina Sofia

La frégate espagnole Reina Sofía (F-84) a, en effet, terminé sa rotation. Après 124 jours en opération, elle a regagné, mardi (19 février), avec ses 215 hommes et femmes d’équipage son port d’attache. Durant ces quatre mois en mer, elle a vérifié l’identité de 58 navires de commerce (par voie de ‘hélage’) et assuré cinq approches plus directes, dites ‘approches amicales’. Le tout pour assurer la tâche de contrôle de l’embargo sur les armes visant la Libye, la lutte contre le trafic de pétrole et d’êtres humains.

(NGV)

Opération Sophia. Stop ou encore !

(B2 à Bucarest) L’heure de vérité se rapproche pour l’opération Sophia. Réunis en ‘informelle’ dans la capitale roumaine dès ce soir et demain, les ministres de la Défense de l’Union européenne doivent trancher dans le vif

Relève des militaires espagnols (crédit : EUNAVFOR Med / Sophia)

Les ministres sont-ils prêts à aller au-delà du langage convenu maints fois entendu — l’opération est ‘très utile’ —. Concrètement sont-ils prêts à continuer à envoyer des moyens (navires, avions…) pour l’opération maritime présente en Méditerranée (EUNAVFOR Med / Ops Sophia) ? Après le demi-départ des Allemands, la question est cruciale. Il ne reste, en effet, concrètement plus que les marines italienne, espagnole (et française de façon irrégulière) à fournir des navires. Et la volonté italienne semble chancelante. Or, sans navire, pas d’opération maritime. Inutile de se le cacher…

Ouvrir franchement le débat

La chef de la diplomatie européenne, l’Italienne Federica Mogherini, devrait ainsi poser franchement la question principale sur la table aux ministres : soit vous contribuez à hauteur des objectifs de l’opération, soit on ferme ! De là pourrait dérouler un débat. Si oui, qui est prêt à contribuer concrètement ? Comment trouver une solution sur la question (insoluble) du port de débarquement ? Doit-on revoir le mandat ?

Si non, que fait-on pour continuer d’assurer la formation des garde-côtes et marins libyens, qui est aujourd’hui l’apport principal de l’opération, la solution de sortie et l’objectif principal des Européens ? L’opération (alternative) de l’OTAN en Méditerranée assure-t-elle le relais pour la surveillance de l’embargo sur les armes ? (1)

Une décision purement politique

Si l’hypothèse de la fermeture l’emporte, ce serait la première fois (à ma connaissance) qu’une opération militaire serait ainsi interrompue, sans décision mûrement réfléchie, sur une difficulté politique interne à l’Union européenne, qui a peu à voir avec l’objectif défini au point de vue militaire.

Une opération qui n’a pas démérité

Si on prend un peu de recul, l’opération Sophia n’a pas démérité. Les officiers, les marins, les aviateurs qui ont, depuis près de quatre ans, été sur le pont (ou dans les airs) ont fait le ‘job’ de manière admirable, dans des conditions pas faciles. Les objectifs de l’opération ont, pour partie, été atteints (diminution du flux migratoire…), même si d’autres éléments ont pesé dans la balance (accord italo-libyen pour limiter les départs) pour améliorer le bilan. Et atteindre les autres objectifs (la lutte contre les trafiquants dans les eaux territoriales libyennes) est impossible à atteindre à court comme à moyen terme.

…mais dont l’effet final recherché est inatteignable

Certaines raisons qui ont milité, au départ, pour sa mise en place (sauvetage en mer, lutte contre les trafics) peuvent perdurer, mais le consensus politique n’est plus du tout réuni : l’heure en Europe n’est plus à la générosité, mais à la fermeture stricte des frontières. Le reste à atteindre (la formation des garde-côtes libyens) peut fort bien être assuré par une autre mission (EUBAM Libya par exemple).

Commentaire : L’Union européenne doit savoir mettre fin à certaines opérations ou missions qui n’ont plus d’apport actif ou de raison d’être. Ce n’est pas honteux ni infamant. Et c’est, dans tous les cas, meilleur que de laisser une opération ‘mourir sur pied’, faute de moyens.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : ‘Ite missa est’ pour l’opération Sophia ?

  1. Question qui n’est pas si anodine, les responsables de la Lega n’ayant pas caché préférer une opération otanienne plutôt qu’une opération sous drapeau européen.

121 organisations présentes au 7ème SHADE MED à Rome

(B2) Le trafic d’êtres humains, le renforcement des capacités des gardes-côtes libyens et l’élaboration d’une approche davantage intégrée ont été au centre du 7ème forum de ‘déconfliction’ en Méditerranée (SHADE MED) ces 23 et 24 janvier

(crédits: EUNAVFOR Med)

Pour sa septième édition, l’objectif du SHADE MED (Shared Awareness and De-confliction in the Mediterranean Sea) reste le même depuis le début de ce forum qui réunit les principaux acteurs maritimes présents en mer : les enjeux à une collaboration efficace en Méditerranée.

Hébergé à la base navale Francesco Baracca, à Rome, le forum a réuni, selon les chiffres officiels, 189 participants venant de 37 pays. Au total 121 organisations, agences européennes et autres professionnels maritimes, qui œuvrent pour la sécurité maritime dans la Méditerranée centrale, étaient présents.

Au menu : l’échange d’expériences et la coordination de leurs activités respectives face au phénomène migratoire dans la mer Méditerranée. « EUNAVFOR Med a contribué à une réduction de 83% des flux migratoires en Méditerranée centrale au cours de l’année 2018 » a tenu à rappeler le commandant de l’opération, l’amiral Enrico Credendino.

(MHA)

Article complété le 18.2 avec les éléments chiffrés de participation