L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en Autriche. Des réactions diversifiées

(archives B2) L’entrée du parti de Jörg Haider, leader du FPO, d’extrême-droite dans le gouvernement autrichien dirigé par les Chrétiens-Démocrates de l’OVP suscite des réactions diverses dans la classe européenne, dès la fin janvier.

Nicole Fontaine, la présidente du Parlement européen s’ « inquiète » le 27 janvier 2000 « de la perspective de l’entrée de Jörg Haider au gouvernement autrichien.». Elle estime que « le parti de Jörg Haider véhicule une idéologie qui est aux antipodes des valeurs humanistes qui fondent toute société démocratique. L’UE est fondée sur ces valeurs de respect des droits de l’homme et de refus de l’exclusion et il serait intolérable qu’un parti qui nie ces principes fondamentaux accède au pouvoir dans un des pays de l’Union. »

La droite chrétienne-démocrate embêtée

Cet avis suscite une forte réaction au sein de son parti, le PPE, le parti populaire européen (dont fait partie le RPR et l’UDF), qui apparaît très divisé sur la question (c’est un euphémisme). « Cela va entraîner inéluctablement une crise au sein du PPE » affirme François Bayrou (France, UDF). « Pour ma part et dans mes fonctions européennes, je n’accepterai pas la situation créée par un tel accord ». L’UDF est prête « à mettre en jeu sa participation dans le PPE si l’OVP signe avec le FPO » affirme sa direction. Le Français, Jean-Louis Bourlanges, rapporteur du budget européen, ne dit pas mieux.

Position identique chez les Belges. Joëlle Milquet, président du parti social chrétien (Belgique, PPE) : demande l’exclusion de l’OVP du parti populaire européen s’il conclut une alliance avec le FPO » « Le PSC ne peut accepter qu’un parti qui a véhiculé une idéologie d’extrême droit durant de nombreuses années soit associé au pouvoir grâce à l’appui d’un parti membre du PPE. Il suffit de lire l’ouvrage de Jorg Haider “la liberté telle que je la conçois” pour se rendre compte de l’objectif visé par ce parti. »

Ewa Klamt, député de la CDU (Christlich-Demokratische Union, Allemagne) résume bien le dilemme. « Nous sommes très troublés (disturbed). « Comme Allemande, je me sens spécifiquement concernée par ce qui passe en Autriche. C’est vraiment un problème ».

Le chef du PPE, le Belge (flamand) Wilfried Maertens veut évacuer le problème. « C’est un problème interne à l’Autriche, mais qui a des répercussions au niveau de l’Europe. » Ce problème sera discuté au niveau du parti populaire européen le 10 février.

La gauche vent debout

« Négocier avec l’extrême droite est une ligne que l’on ne doit jamais franchir » affirme Enrique Barón, président des socialistes européens. « L’Europe ne doit pas revivre un Münich politique en acceptant que dans ses Conseils des Ministres siègent des députés d’extrême-droite » affirme Marie-Noëlle Lienemann, vice-présidente du Parlement européen (France, PS). La députée souhaite que « le Parlement européen délibère solennellement, par exemple au cours de la prochaine session plénière en février à Strasbourg, pour indiquer clairement son opposition à toute entrée de l’extrême-droite et appeler les démocrates à refuser de telles coalitions.»

Son compatriote, Gérard Caudron (PS, membre de la commission des affaires étrangères), met en évidence « un paradoxe, celui d’imposer, à juste titre, aux pays candidats à l’élargissement de l’Est de l’Europe, de se débarrasser de leurs oripeaux de xénophobie, de racisme et d’anti-sémitisme alors qu’ils seraient officialisés dans un État membre ».

L’Autrichien Hannes Swoboda, vice-président du Groupe socialiste chargé des affaires étrangères craint que le PPE, qui a déjà accepté des délégations ‘tendancieuses’ comme Forza Italia, accueille des députés de l’extrême-droite autrichienne. Le président de la délégation socialiste autrichienne relève que cinq députés autrichiens (actuellement chez les ‘non-inscrits’) sont à la recherche d’une adhésion dans un Groupe du Parlement: « les chrétiens-démocrates seraient salis, contaminés, par l’accueil de ces députés ».

Certains députés qui siègent parmi les non-inscrits, tel Olivier Dupuis (de la liste Emma Bonino) relève cependant certaines contradictions. « Je n’ai aucune sympathie  pour la position de Haider. Mais il n’y a pas de raison, ni légale (les articles 6 et 7 sont très précis) ni politique pour le sanctionner. Il y a ailleurs des violations graves et persistantes en Belgique, en Italie (justice), en France. En Autriche, il n’y a que des risques, de nature différente certes. Mais il y a des dérives sécuritaires ailleurs en Europe qui n’ont pas provoqué d’indignation particulière (cf. étouffement en Belgique).

Même des députés eurosceptiques, comme le Néerlandais Bastian Belder (SGP Staatkundig Gereformeerde Partij » parti pour la réforme de l’Etat / EDD, Europe des démocraties et des différences, historien de profession) sont troublés « Cela ne va pas aider la position de l’Autriche au sein de l’Union européenne. Je ne suis pas en faveur de ce que dit Haider. Il faut voir ce que cette coalition va pouvoir faire comme politique. »

La position de la Commission européenne 

La Commission européenne parait gênée. « Il ne faut pas préjuger du gouvernement, il a un programme très pro européen » lâche un porte-parole.« Il n’est aucunement question que cette question figure à l’ordre du jour de la conférence intergouvernementale. » affirme la Commission européenne. Il ne faut pas polluer la CIG par d’autres questions que celles fixées par les chefs de l’État. « On ne peut pas exclure un État de l’Europe. On peut juste le sanctionner. Quand on a signé un traité européen — précise un proche de Prodi —, on ne peut en sortir. »

Pour Franz Fischler, le commissaire européen à l’Agriculture (autrichien, conservateur), qui inaugure le 7 décembre 1999, le bureau de la Carinthie (ce land autrichien dirigé par les libéraux et par Haider), il n’y aucune raison de faire un boycott. « La Carinthie est dotée d’un président élu démocratiquement. Cela peut plaire à certains et déplaire à d’autres. Mais cela aussi, c’est la démocratie. » Alors que l’on manifeste actuellement devant la porte, il entend se distinguer. « Ma conception du dialogue est de toute évidence autre que celle de ces manifestants. Je me suis toujours clairement démarqué de toute discrimination à l’encontre des étrangers et des minorités et je ne vois pas pourquoi j’aurais changé sur ce point. » (…)

« Je crois que l’attachement à une Europe commune basée sur la solidarité et la tolérance devrait être sans frontière. Il me semble que nous devrions tous avoir compris maintenant que le nationalisme, la xénophobie et l’isolationnisme n’ont pas seulement marqué les chapitres les plus sombres de l’histoire européenne, ce sont également des notions résolument anachroniques qu’il convient de laisser à leur place : dans la poubelle de l’histoire ! »

(Nicolas Gros-Verheyde)