Clash : une tornade venue d’Égypte

(B2) Clash est un film coup de poing sélectionné cette année à Cannes dans la catégorie « Un certain regard ». Sans doute pas pour rien… Toute l’histoire du film se passe dans un fourgon de police, au cœur du chaos post-révolution-égyptienne de 2013.

L’auteur-réalisateur égyptien Mohamed Diab ne suit pas un personnage mais des personnages confinés dans au cœur l’incompréhension d’une guerre qui les dépasse. L’auteur pose un regard sur l’ignorance et la stupidité dû aux conflits et aux croyances.

Dans le fond du fourgon, surveillé par l’armée en place, tous se regardent en chien de faïence : deux journalistes égyptiens (considérés comme des faux frères) qui ont gardé une mini caméra-montre, des frères musulmans venant d’être embarqués lors d’une manifestation, des révolutionnaires embarqués par erreur, un homme qui a juste simplement perdu son chien, une mère montée volontairement pour rejoindre son fils, enfin un père religieux et sa fille voilée, partisans de l’armée en place et opposés aux frères musulmans.

Une pétaudière, une bombe en puissance que ce combi qui ne va nulle part. Tout ce beau monde va apprendre à vivre ensemble sous les balles des opposants, des partisans.

Dans CLASH, personne ne gagne, personne ne perd, tous y perdent un peu de leur vie, et y gagnent, sans doute, un peu d’humanité. Un film pour tenter de comprendre les enjeux de ce siècle couronner d’une réelle performance cinématographique car tout est filmé du point du fourgon… Du vrai cinéma contemporain qui questionne et qui offre un vrai point de vue sur la certitude des convictions et de la foi à tout prix.

(Eric Dagostino)

Sortie : le 11 janvier à Bruxelles


En savoir plus :

Désastre du Moyen-Orient, l’Europe coupable ou complice ?

(B2) Tunisie, Syrie, Libye, Egypte… le sable devient mouvant pour les Européens dans leur voisinage sud.

Dans toutes ces crises, notre confrère spécialiste du Moyen-Orient, correspondant à Bruxelles, Salim Badaoui, avec Hela Sahli, décryptent pas à pas les évènements, les déclarations européennes, souvent hasardeuses, parfois contradictoires… et la suite de ces déclarations, qui est parfois très limitée. L’attitude notamment de la Haute représentante d’alors, Catherine Ashton, est scrutée.

En 2010-2011, la révolution de Jasmin en Tunisie surprend les Européens. Ils croyaient le régime de Ben Ali stable et solide. Patatras tout s’écroule. En quelques mois, la politique européenne dans le pays est revue, mettant davantage l’accent sur la démocratie. Mais le soutien affirmé officiellement est-il réel sur le terrain ?

En 2011, en Libye, la victoire militaire n’a pas vraiment été suivie d’une stabilisation politique. Les Européens ont-ils eu raison de s’impliquer militairement dans la crise libyenne ?

En Syrie, en 2012, la révolte civile — soutenue par les occidentaux — se transforme en conflit civil violent — où les Européens ne sont plus audibles. L’Europe pouvait-elle agir ? N’a-t-elle pas pêché par naïveté en appelant au départ de Bachar sans avoir les moyens de cette politique. La naissance dans l’Irak voisin de l’organisation de l’état islamique était-elle prévisible ?

En 2013, ils misaient sur une avancée démocratique en Égypte après les évènements de la place Tahar, la place prise par les frères musulmans rend silencieux les Européens — à une ou deux exceptions près — face au coup d’état militaire.

Un livre, court, qui se lit facilement et captivant car il met à nu une politique moins connue de l’Europe dans un voisinage explosif.

  • Désastre du Moyen-Orient, l’Europe coupable ou complice ? Salim Badaoui et Hela Sahli, Éd Boîte à Pandore, 17,90 €
Cérémonie de livraison du premier BPC à l'Egypte, juin 2016 (crédit : DCNS)

L’Egypte a vendu ses BPC à la Russie dit Macierewicz. Info ou Intox?

Cérémonie de livraison du premier BPC à l'Egypte, juin 2016 (crédit : DCNS)

Cérémonie de livraison du premier BPC à l’Egypte, juin 2016 (crédit : DCNS)

(B2) C’est la dernière trouvaille du ministre polonais de la Défense, Antoni Macierewicz, jamais avare d’un coup bas, l’Egypte aurait revendu ses BPC Mistral à la Russie pour 1 $. Cette « information » boiteuse courait depuis plusieurs jours. Le ministre l’a reprise à son compte et confirmée officiellement à la Diète polonaise jeudi dernier (20 octobre), répondant à un des députés de la représentation nationale.

« Il est vrai que les Mistral ont été vendus à l’Égypte. Et il est vrai que ces derniers jours, ils ont été de facto transférés à la Fédération de Russie pour un dollar. Cette opération a effectivement eu lieu. Et sa relation avec [la vente des hélicoptères] Caracal justifie la [saisine] du Bureau Central Anti-corruption [qui aura lieu] bientôt. Je vous assure qu’il y aura une belle explication pour savoir qui était responsable au sein de l’État ». Voir la déclaration (polonais *)

Une information qui mérite des détails

Le ministre n’a pas voulu détailler de ces informations mais il a confirmé à nos collègues de la télévision polonaise avoir « une très bonne source »… Si cette information est vraiment attestée, le ministre de la Défense polonais devrait en dire davantage, ne serait-ce que par solidarité avec ses alliés de l’OTAN. Cette transaction n’est pas anodine et peut effectivement changer la donne sur la sécurité européenne. Si cette information est fausse, il doit la démentir rapidement. Laisser courir de telles allégations sur la foi d’une simple rumeur n’est vraiment pas très sérieux et pas digne d’un ministre de la Défense d’un des pays qui n’est pas le moindre en Europe de l’Est, et dont la fiabilité avait, jusqu’ici, été sans tâche.

Un danger pour la réputation polonaise si l’information est fausse

Si le ministre s’entête à ne rien dire et que l’information s’avérerait totalement ou grossièrement fausse (ce qui semble être le cas), elle représenterait un très grave discrédit pour le gouvernement de Varsovie. Et un danger à terme pour la sécurité polonaise. A force de hurler au loup, quand celui-ci n’y est pas… quand le loup sera vraiment là, plus personne ne prendra au sérieux les déclarations de Macierewicz, qui n’a déjà pas vraiment beaucoup de crédit auprès des différents alliés européens de l’Alliance.

Du grand n’importe quoi

Selon plusieurs sources consultées par B2, l’information du ministre de la Défense polonais est en effet « originale », « ridicule », « du grand n’importe quoi »…. Vous pouvez ajouter tous les adjectifs que vous voulez. Je n’ai trouvé personne pour me donner même le plus petit début de confirmation. En gros, l’information serait totalement « bidon » au point qu’on peut se demander si le ministre ne s’est pas laissé intoxiqué par ses propres services dans un seul but : le discréditer. Même du côté des diplomates polonais, on se refile la patate chaude : « voyez avec le ministère » m’a dit l’un d’eux. Celui-ci consulté par mes soins (par mail) n’a pas encore jugé bon de me répondre…

Chercher la logique ?

Effectivement, quand on connait les Égyptiens, on peut se demander quel intérêt ils auraient à revendre pour 1 $ des navires acquis contre monnaie sonnante et trébuchante … alors qu’ils sont en train de terminer la formation de leurs équipages (1) et de compléter l’équipement de ces portes-aéronefs et que cet équipement constitue pour eux un saut qualitatif par rapport à leurs voisins (Israéliens, Golfe, Turquie, etc.). Ce type de décisions ne se prend pas à la légère.

Quelques points pour éclairer

Le choix de l’Égypte agréé par Moscou

Certes la Russie veille sur le feu des BPC Mistral – renommés Gamal Abdel Nasser et Anouar El Sadate en honneur des deux présidents égyptiens — . La vente au Caire a été effectivement autorisée par les Russes. Ils ne souhaitaient pas que cet équipement, commandé par la Russie et en partie financé par eux (même s’il y a eu un remboursement des sommes + une indemnisation) puisse profiter à un pays qu’ils n’auraient pas agréé  ou qui se révélerait contraire à leurs intérêts stratégiques. L’Égypte qui a une politique équilibrée d’achats militaires (aux Américains, aux Européens, aux Russes) templir ainsi leurs critères.

La fourniture en hélicoptères

Les Russes devraient aussi équiper les deux navires en hélicoptères. Le Caire appelé la Russie pour qu’ils équipent leurs navires… en hélicoptères Ka-52 (Hokum B dans la nomenclature OTAN) a indiqué Anatoly Punchuk, directeur adjoint de la coopération militaire et technique russe (FSMTC), jeudi (18 octobre), selon l’agence Spoutnik. La vente des navires par la France ne comprenait pas, en effet, la fourniture des hélicoptères. Il y a là une certaine logique également puisque les Russes avaient déjà étudié la mise en place de ces navires qui avaient été adapté pour ces appareils.

Un contrat rompu après de mûres hésitations

De là à dire que ces navires appartiennent aux Russes. C’est un pas qui ne peut être franchi. Pour Paris, cela constituerait assurément une brèche au contrat. Le contrat des BPC Mistral destiné aux Russes — ils s’appelaient alors le Sébastopol et le Vladivostok — avait été rompu par les Français, après plusieurs mois d’hésitations. Une décision mûrement réfléchie, et sur des considérations d’ordre stratégique. « Il était difficile de donner aux Russes un tel équipement dont ils auraient pu se servir dans leurs diverses activités [notamment d’intimidation] ou opérations » explique une source bien au fait du dossier.

Des pressions importantes

Paris avait subi alors de nombreuses pressions notamment des Américains (lire : Entre Obama et Hollande, un air de Mistral …) mais aussi de plusieurs alliés (nordiques, de l’Est), inquiets de voir un tel équipement vendu aux Russes en pleine annexion de la Crimée et conflit à l’Est de l’Ukraine. Et la décision annoncée juste avant le sommet de l’OTAN au Pays de Galles (lire : La vente du Mistral à la Russie est suspendue (Fr. Hollande)). Voir comme seule cause la vente des hélicoptères à la Pologne est plutôt surestimer ce facteur (même s’il a joué incontestablement) dans une décision qui est avant tout politique et en nature avec la solidarité entre Alliés.

(Nicolas Gros-Verheyde)

* traduit par nos soins

(1) La cérémonie de passation du second navire a eu lieu à la mi-septembre. Et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, grand artisan de cette vente à l’Égypte, était au Caire fin septembre pour célébrer cet évènement. Et les deux premiers équipages des deux BPC Gamal Abdel Nasser et Anouar-El-Sadat viennent de terminer leur formation à Saint Nazaire.

Lire aussi :

Et sur le blog :

A bord du Falcon 50 (crédit : Marine nationale)

Qui coordonne les secours en cas de crash d’avion ? Pourquoi l’Egypte ?

A bord du Falcon 50 (crédit : Marine nationale)

Observateur à bord du Falcon 50 sur le crash aérien de l’EgyptAir (crédit : Marine nationale)

(BRUXELLES2) Dans un accident aérien, traditionnellement, ce sont les moyens les plus proches de la zone du crash qui se dirigent sur la zone en secours. Participent également les moyens dont l’avion est originaire (nationalité de la compagnie aérienne, des passagers, lieu de fabrication de l’avion ou du moteur).

Les secours sont coordonnés par le pays où se situe ce crash. Sur terre, c’est évident. En mer, c’est la délimitation des zones de secours (JRCC) qui fixe la responsabilité d’un pays précis.

En l’occurrence, c’est l’Egypte qui est principalement concernée (zone JRCC du lieu supposé du crash, nationalité de la compagnie, 1er pays concerné selon la nationalité des passagers). Mais la Grèce (de par sa proximité géographique) et la France (lieu de décollage de l’avion, de fabrication de l’avion, 2e pays concerné par la nationalité des passagers) le sont également.

A cela s’ajoutent des questions de haute politique. Entre Paris et Le Caire, il y a une alliance de facto politico-militaire que ce soit au plan des achats d’équipement militaire (BPC type Mistral, Frégates, avions) ou sur le plan politico-opérationnel (Libye, lutte contre le terrorisme, processus de paix au Moyen-Orient, etc.).

(NGV)


Cadre juridique international

La règle sur les secours sur accident aérien est posée par la Convention de Chicago (art. 25)

Chaque Etat contractant s’engage à prendre les mesures qu’il jugera réalisable afin de porter assistance aux aéronefs en détresse sur son territoire et, sous réserve du contrôle par ses propres autorités, à permettre aux propriétaires de l’aéronef ou aux autorités de l’Etat dans lequel l’aéronef est immatriculé de prendre les mesures d’assistance nécessitées par les circonstances.
Elle se recoupe d’une certaine avec la règle posée par la même convention en matière d’enquête sur l’accident (art. 26)
En cas d’accident survenu à un aéronef d’un Etat contractant sur le territoire d’un autre Etat contractant (…), l’Etat dans lequel l’accident s’est produit ouvrira une enquête sur les circonstances de l’accident, en se conformant, dans la mesure où ses lois le permettent, à la procédure qui pourra être recommandée par l’Organisation de l’Aviation civile internationale (= OACI).
Selon l’OACI, les données de l’enquête sont alors envoyés à l’État d’immatriculation (de l’avion), l’État de l’exploitant, l’État de conception et l’État de construction
Un hélicoptère Super Puma des forces aériennes helléniques (crédit : armée de l'air grecque)

Crash d’Egypt air : les forces égyptiennes, françaises et grecques déployées sur zone (maj)

Un hélicoptère Super Puma des forces aériennes helléniques (crédit : armée de l'air grecque)

Un hélicoptère Super Puma des forces aériennes helléniques (crédit : armée de l’air grecque – archives B2)

(B2) Très rapidement, les trois principaux pays les plus concernés par le crash de l’avion A320 Airbus d’EgyptAir survenu dans la nuit de mercredi à jeudi (19 mai), ont dépêché sur place des moyens aériens et maritimes, sur la zone supposée du crash, situé entre l’ile grecque de Karpathos et la ville d’Alexandrie. C’est le centre égyptien de coordination, de recherches et de sauvetage en mer (JRCC) qui coordonne les secours, le lieu de l’accident se situant dans la zone de secours égyptienne (lire : Qui coordonne les secours en cas de crash d’avion ? Pourquoi l’Egypte ?).

Moyens égyptiens et grecs

L’Egypte a déployé des moyens – avions de reconnaissance – et un navire, comme en témoigne cette vidéo prise sur les liens du crash.

Les forces armées grecques ont déployé dès jeudi un avion C-130 militaire, un avion de reconnaissance aérienne Erieye EMB-145 H. Un autre C-130 fait également en route vers la zone, ainsi que la frégate Nikiforos Fokas et un hélicoptère Super Puma.

Falcon 50, puis Atlantique 2 et le Jacoubet

De son côté, la marine nationale française a mobilisé, dès jeudi matin (19 mai), un avion de surveillance maritime Falcon 50, de la flottille 24F, initialement engagé dans l’opération européenne EUNAVFOR Med Sophia. Il a ensuite été relayé par un avion Atlantique 2 (ou ATL2), qui a décollé de la base d’aéronautique navale de Hyères, au matin de vendredi (20 mai). L’ATL2 a rapidement été « réorienté vers une nouvelle zone » par le centre égyptien de coordination des secours (JRCC).

Un patrouilleur de haute mer, l’Enseigne de vaisseau Jacoubet (F-794), a appareillé, vendredi, du port militaire de Toulon pour rejoindre la zone. A son bord, indique la marine nationale « du matériel et des équipes spécialisées pour les recherches sous-marines d’épave » : un médecin (en plus de l’infirmier du patrouilleur), deux enquêteurs (OPJ) de la gendarmerie maritime et de la gendarmerie de l’air spécialisés et deux marins de la cellule d’expertise de la plongée humaine et de l’intervention sous la mer (CEPHISMER). Il devrait être sur place lundi.

Selon les « besoins exprimés par les autorités égyptiennes, d’autres moyens de la Marine nationale pourraient être envisagés » indique-t-on à Paris.

EmbarqGendarmerieJacoubet@Def160520

Embarquement des enquêteurs spécialisés de la gendarmerie à bord du Jacoubet

 

L’hypothèse d’un acte terroriste est très vite évoquée aux côtés de l’hypothèse d’un incident technique.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Egyptiens et Français en majorité et une dizaine d’autres nationalités

L’avion Airbus A320 d’EgyptAir (MS804) qui faisait la liaison entre Paris Charles-De-Gaulle et Le Caire a disparu des écrans radar dans la nuit au-dessus de la mer entre la Crète et Alexandrie (Egypte). Il avait à son bord, selon la compagnie, 66 personnes (56 passagers, 7 membres d’équipage et 3 agents de sécurité).

  • 15 Français.
  • 1 Belge : Geert Supré, directeur régional de Vanguard Logistics Services.
  • 1 Britannique (avec double nationalité australienne) : le docteur Richard Osman, un géologue de 40 ans, qui travaille pour une société minière aurifère. Il était marié à une Française selon The Guardian qui dresse sa biographie.
  • 1 Portugais : João Silva, ingénieur civil 62 ans, chef de la Mota-Engil pour les marchés africains, selon José Luis Carneiro, secrétaire d’Etat portugais aux Communautés (comme le rapporte Correio da Manhã).

Ainsi que :

  • 30 Egyptiens
  • 1 Tchadien : un élève officier de St Cyr Coetquidan, Seitchi Mahamat.
  • 1 Algérien
  • 1 Canadien
  • 2 Irakiens
  • 1 Koweïtien
  • 1 Saoudien
  • 1 Soudanais
Le Peluso (crédit : Guardia di Costiera)

800 migrants récupérés en mer. Certains ont transité par l’Egypte

Le Peluso (crédit : Guardia di Costiera)

Le Peluso (crédit : Guardia di Costiera)

(B2) Environ 800 migrants, récupérés en mer, sont arrivés ces heures-ci en Sicile, secourus dans plusieurs opérations différentes où sont intervenus des navires des garde-côtes italiens et de Frontex (opération Triton).

Deux navires repérés par un avion des garde-côtes

Les migrants entassés sur deux bateaux dérivaient au large des côtes de la Sicile. Ils ont été localisés par un avion de la Garde côtière de la base de Catane. Le navire des garde-côtes italiens, Peluso (CP905), est venu au secours du premier bateau qui contenait 515 personnes. Il a pris en charge directement 342 migrants (1), débarqués à Augusta. Tandis que 173 autres étaient sauvés par le navire de la Guardia civile espagnol Rio Segura, qui participe à l’opération Triton, et débarqués à Palerme.

Huit passeurs arrêtés

D’après les preuves recueillies par les policiers italiens, et que relate la presse italienne, les migrants ont souffert durant la traversée qui a duré près de 10 jours. Le bateau de pêche ramassant ses passagers au fur et à mesure de son trajet, transbordés de petits bateaux venus de la côte. Les migrants ont été contraints de payer des passeurs pour obtenir de l’eau comme de la nourriture. A l’arrivée, huit suspects d’être des passeurs — sept Egyptiens et un Syrien — ont été arrêtés par la Guardia di Finanzia et incarcérés à la prison de Pagliarelli.

Second bateau secouru

Un second bateau avec 286 migrants à bord a été secouru par le navire militaire finlandais Merikarhu, avec l’aide de trois vedettes de la Garde côtière de Catane, Syracuse et Crotone. Parmi les migrants, une femme en état avancé de la grossesse, a été transféré immédiatement par hélicoptère.

La reprise de la route égyptienne ?

Contrairement à ce qui avait été affirmé au départ, dans ce navire parti d’Egypte, il y avait surtout des Yéménites, Somaliens, Erythréens, Sud-Soudanais et des Egyptiens, selon le HCR, et peu de Syriens. Ce qui confirme en tout cas la reprise depuis plusieurs semaines d’une route de migration à partir de l’Egypte. Les autorités égyptiennes qui avaient fermé la voie terrestre vers la Libye semblent moins attentives à la voie maritime.

Un geste de mauvaise humeur du Caire ?

Ou est-ce une certaine volonté du Caire de montrer ainsi un geste de mauvaise humeur vis-à-vis de Rome. Les relations se sont considérablement tendues ces derniers mois entre les deux capitales après le meurtre non élucidé de Giulio Regeni, un étudiant italien au Caire. Meurtre qui avait provoqué le rappel à Rome de l’ambassadeur italien au Caire.

(Nicolas Gros-Verheyde)

De nouveaux migrants secourus en Méditerranée. Un effet de bascule d’Est au Centre ?

(B2) Le ‘Frankfurt am Main‘, le navire de soutien de l’opération militaire européenne en mer Méditerranée (EUNAVFOR MED / Sophia) a pris en charge ce mardi (29 mars) 105 personnes d’un canot pneumatique en détresse à environ 50 kilomètres au nord de Tripoli (Libye), dont 51 femmes et deux enfants. Le canot qui les contenait a été détruit, considéré « comme un obstacle à la navigation ». Les rescapés ont ensuite été transférés sur la frégate italienne « Grecale », qui participe à l’opération italienne Mare Sicuro. Depuis le 7 mai 2015, les navires allemands ont ainsi participé à la prise en charge « de 12.613 personnes en détresse » précise l’état-major de la marine allemande.

Dans le même temps, d’autres migrants ont été pris en charge par les garde-côtes libyens et la marine italienne. Depuis lundi, ce sont environ 3000 personnes qui ont ainsi été secourues. Et dimanche, ce sont 129 migrants qui ont été secourus par le navire océanographique britannique Enterprise.

Une route rouverte

Cela correspond, somme toute, à ce que j’avais observé quand j’étais sur place à bord du Cavour à la mi-mars : la route libyenne est rouverte, avec des arrivées de l’ordre de 800-900 personnes en moyenne par jour. Y voir une conséquence de la fermeture de la route orientale (via Turquie et Grèce) — comme certains observateurs calés dans leur fauteuil avec la règle et le compas le voient — est une hypothèse. Mais, de fait, c’est surtout la météo favorable, une mer calme, qui permettent aux trafiquants libyens et égyptiens de reprendre leur « business ».

Vider les stocks

D’une certaine façon, ils « écoulent » les stocks de candidats à l’exil avant une nouvelle campagne, comme le ferait n’importe quel commerçant avant une nouvelle saison. Sauf qu’ici il ne s’agit pas de marchandises. Mais d’hommes, de femmes et d’enfants. Une manière, pour eux, de faire la promotion de leur trafic auprès de personnes intéressées. Un peu comme les agences de voyage, valorisent leur catalogue de vacances au printemps, il s’agit d’attirer de nouveaux adeptes à l’arrivée en Europe.

Des routes alternatives au sein de chaque grande voie

L’idée d’une bascule d’une route à l’autre (de la voie orientale à la voie centrale) est souvent évoquée. Elle a une logique, vue d’Europe. Mais elle n’est pas systématique. Et ceux qui cotoient, au jour le jour, ces flux migratoires, et que j’ai consultés, restent très prudents. Il existe certes des effets de bascule entre la voie occidentale (via le Maroc et l’Espagne, voie aujourd’hui fermée) et la voie centrale (via la Libye et l’Italie) qui, toutes les deux, puisent leur réservoir humain en Afrique pour une bonne partie. Il existe certainement des voies de bascule au sein de la route orientale entre Turquie, Grèce : soit via la Bulgarie (aujourd’hui clôturée) ou via les Balkans. Au lieu de l’autoroute Belgrade Zagreb, on peut passer par la Bosnie-Herzégovine, ou l’Albanie et ensuite la voie terrestre et l’Adriatique.

Un effet de bascule d’Est en Ouest ?

Imaginer une bascule de la voie orientale (via Turquie) à la voie centrale (via Libye) parait aujourd’hui un peu plus compliqué. D’une part, les réseaux de trafiquants ne sont pas systématiquement les mêmes (même s’il peut y avoir fort bien des « joint-ventures »). D’autre part, pour arriver en Libye, en venant de l’Est, sauf à arriver par la mer, dans des cargos ou des ferrys (ce qui est pas toujours évident), il faut aujourd’hui emprunter une voie terrestre. Ce qui oblige à passer 1) soit par la Syrie (en guerre), 2) soit par le Liban ou la Jordanie, puis Israël, et ensuite vers l’Egypte. Or, la plupart de ces pays (Jordanie et Egypte) ont plus ou moins consolidé leurs frontières. Des passages, via la mer du Liban ou de l’Egypte vers la Libye, restent plus réalistes en revanche.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Ahmed Said

Les défenseurs des droits humains emprisonnés en Egypte doivent être libérés pour EuroMed Droits

Ahmed Said

Ahmed Said

(B2) La campagne Human Rights Behind Bars in Egypt que vient de lancer l’ONG EuroMedRights avec le Cairo Institute pour libérer les activistes des droits humains en Egypte vient rappeler fort à propos que l’Egypte ne respecte pas toujours vraiment les droits de l’Homme. Un point sur lequel l’Union européenne garde un silence prudent, préférant une bonne stabilisation à une liberté parfaite.

Les activistes des droits humains égyptiens sont « constamment ciblés, menacés, poursuivis et condamnés à l’emprisonnement » souligne l’ONG. Ces jeunes de la Révolution sont toujours détenus en prison depuis des mois voire des années ». Elle lance une pétition qui exhorte le Conseil des Ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne à faire pression sur le Président égyptien pour une relaxe immédiate des activistes des droits humains.

L’ONG cite 4 cas emblématiques de toute une génération de personnes arrêtées.

Mahmoud Hussein : arrêté à 18 ans pour avoir porté un t-shirt contre la torture, « en pré-détention depuis plus de 700 jours sans aucune preuve tangible le liant à des actions violentes ou terroristes ».

Aya Hegazy a fondé l’organisation Belady pour aider les enfants dans la rue. Arrêtée « et condamnée pour organisation d’un groupe à des fins de trafic humain et détention d’enfants pour les exploiter sexuellement ».

Alaa Abdel Fattah : arrêté sous Moubarak, mais « également par tous les régimes qui ont gouverné l’Egypte depuis la révolution en 2011 ». Il « purge actuellement une peine de 5 ans après un procès jugé inéquitable par les observateurs internationaux ».

Ahmed Said : un activiste, chirurgien et poète qui a été arrêté durant une manifestation pacifique. Le 13 décembre 2015, lui et 4 autres ont été condamnés à deux ans de prison ferme pour avoir protesté sans permis.

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NouvelAn2016LacSautet

2016, un monde entre deux phases. Et l’Europe : repliée sur elle même ?

NouvelAn2016LacSautet

(B2) L’année nouvelle qui s’ouvre ne semble pas moins surprenante (et dangereuse) que l’année 2015. Mais j’oserai cependant une note un peu plus optimiste. Contrairement aux apparences, et à ce que disent certains commentateurs, l’année 2015 n’a pas été une année totalement noire ou morose. Elle a même été parfois positive, j’oserai même dire avec un peu d’espérance… Plusieurs accords de paix ont ainsi été engrangés dans de nombreuses zones de crise et dans d’autres des processus de négociation, plus ou moins solides ou fragiles (selon l’état d’esprit), ont été engagés, surtout en fin d’année. Tous ces projets présentent certes une particularité : ils demandent à être consolidés, nécessitent encore beaucoup de travail et ne sont pas tous complètement appliqués (parfois très peu appliqués). Mais ce sont des accords.

Une série d’accords intéressants

Avec l’Iran, un accord global a été obtenu en juillet pour démanteler une partie du nucléaire iranien après un premier accord cadre en avril (lire : Un accord historique avec l’Iran sur la question nucléaire. Les principaux termes de l’accord).

Au Mali, un accord a été signé en juin à Alger, entre différentes parties au nord du Mali. Et même si plusieurs attentats émaillent l’année, tant au nord du pays qu’à Bamako (ce qui est une nouveauté), le pays maintient sa stabilité.

Des élections générales ont eu lieu en Centrafrique, à la fin décembre, avec quelques jours de retard sur le calendrier mais elles se sont tenues dans une certaine sérénité, contrairement à toutes les inquiétudes.

En Colombie, la négociation historique entre le mouvement rebelle des FARC et le gouvernement a pris un tournant décisif, en juillet avec un cessez-le-feu général, en septembre et décembre avec l’accord sur la justice transitionnelle, point clé d’un accord de paix qui devrait être signé en mars 2016 et viendrait clore ainsi une guerre sanglante (plus de 200.000 morts) de presque 50 ans.

Même au Cachemire, entre Pakistan et Inde, semble souffler un vent nouveau, avec la visite surprise du dirigeant indien Narendra Modi à son homologue pakistanais, Nawaz Sharif, le jour de Noël.

Deux autres accords incroyables

En Libye, un gouvernement d’unité nationale a pu voir le jour, après l’accord de Skhirat, ratifié sous l’égide de la communauté internationale en décembre, après des mois de négociation. Reste à savoir s’il arrivera à faire entendre son autorité.

Et en Syrie, on voit une évolution, inespérée. Les accords de Vienne et New-York conclus entre tous les pays de la région et les membres du Conseil de sécurité permettent de définir un calendrier de transition menant à un changement de Constitution et de nouvelles élections, le tout sous l’égide de l’ONU. Calendrier très optimiste, semé d’embûches et d’inconnues (lire aussi : Le dialogue intersyrien engagé. Une résolution de l’ONU à l’unanimité. Ce qui reste à régler en 2016 ? Tout !). Mais qui aurait parié sur un tel accord il y a quelques mois ?… Ces deux accords s’ils tiennent et se concrétisent suffiront (peut-être) à dire que la bascule de 2016 sera réussie.

Des conflits en train de se résorber ?

En Ukraine, les accords de Minsk II, conclus en février, tiennent, à peu près, même si l’échéancier (trop optimiste) a été repoussé de six mois. Le cessez-le-feu est écorné régulièrement. Mais le nombre de victimes par jour a chuté de façon notable, avec des périodes plutôt calmes. Le conflit s’est gelé en quelque sorte. L’accord de libre échange entre Kiev et l’Union européenne est entré en vigueur début 2016 sans susciter d’autres réactions que des mesures de rétorsion économique.

Enfin, à Chypre, les négociations entre Chypriotes Grecs et Turcs semblent bien engagées. Et chacun espère un accord d’ici le printemps qui pourrait changer la donne au niveau européen. C’est le dernier conflit (gelé) qui subsiste au sein des pays membres de l’UE (après les accords de paix en Irlande et au pays basque).

Une prise de conscience européenne

Au niveau de l’UE, la question du maintien de la Grèce dans la Zone Euro a pu être évitée. Le dossier grec a ainsi, pour l’instant, été évacué des priorités des Chefs d’Etat et de gouvernement. Si la gestion du flux de réfugiés et de migrants occupe désormais largement les esprits, avec un retard problématique, les européens semblent, enfin, avoir pris conscience de la difficulté de la question et des réformes ont été engagées, dont la moindre n’est pas la transformation de Frontex en une agence de garde-frontières et garde-côtes. Après plus d’une année de tergiversation, les Etats ont aussi décidé d’accélérer la mise en place d’un nouveau paquet de mesures en matière de lutte anti-terrorisme. La Commission Juncker prouve qu’elle a un certain ressort que n’avait pas la précédente. Il y aurait ainsi de quoi se réjouir…

Une menace noire

Mais cet horizon est terni par la menace terroriste qui refait irruption en Europe. Un terrorisme qui n’est pas nouveau en soi mais ne ressemble cependant pas vraiment au terrorisme des années passées. Ni totalement politique, ni totalement géographique, il est à la fois intérieur et extérieur, et semble sans réelle revendication politique, sinon celle de semer la terreur pour la terreur, pour détruire un modèle de société. Il surfe sur une vague identitaire, avec des relents sectaires, et séduit de nombreux jeunes, alors que les gouvernements semblent désemparés. Le renforcement de l’intervention militaire au Moyen-Orient — à supposer qu’elle réussisse à éradiquer, réellement, l’organisation de l’état islamique, ne résoudra pas le problème.

La crise de l’Homo Europeus

C’est le moment où dans plusieurs Etats européens (Hongrie, Pologne, Finlande, Danemark, Royaume-Uni et France…) ressurgit un certain nationalisme qui emprunte des voies différentes ; populistes ou patriotiques. À cela s’ajoutent dans plusieurs de ces pays, une sorte de coup d’Etat constitutionnel, visant à remettre en cause les acquis passés. Les situations sont très différentes et ne peuvent être confondues. Mais les relents sont très inquiétants. Ils révèlent aujourd’hui le désir de ne plus vivre ensemble mais côte à côte (dans le meilleur des cas), voire les uns contres les autres, de ne plus vraiment avoir de solidarité mais uniquement un marché (ce qui n’a jamais fonctionné longtemps). L’Union européenne semble donc aujourd’hui se questionner profondément sur son avenir, sa raison d’être et son ambition d’une communauté intégrée. Ce ne sont pas vraiment ses opposants qui progressent. Elle a perdu au fil des années certains de ses soutiens, déçus, fatigués, exaspérés par une structure qui semble s’être perdue dans un idéologisme qui n’a plus rien à voir avec les projets de ses fondateurs : être une communauté humaine de progrès. En un mot : l’Europe ne fait plus rêver… ni se mobiliser. La crise financière de 2007-2008 et même de la Zone Euro est passée par là. Mais pas seulement. C’est la crise de l’homo Europeus qui est en route. Et elle devrait encore faire ses effets en 2016, aboutissant à un repli sur soi d’autant plus dramatique qu’il dure depuis presque 10 ans. Et que le monde continue de s’ébrécher.

Des guerres civiles aux portes de l’Europe

Au large, la guerre civile continue, de façon inexorable, à trancher des vies, particulièrement au Moyen-Orient, en Syrie et en Irak, mais aussi au Yemen. Et ce ne sont pas vraiment des interventions militaires hétéroclites — allant de l’Iran et la Russie aux Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, en passant par la France, le Royaume-Uni et quelques autres —, qui pourront ramener vraiment la paix dans une région. Il n’y a pas vraiment d’objectif politique commun ni de porte de sortie envisagée (négocier avec l’organisation de l’état islamique apparait aujourd’hui comme une hérésie). Ces interventions recèlent plus d’une contradiction en leur sein. Le PKK des Kurdes, le Hezbollah libanais, les Gardiens de la révolution iraniens… sont ainsi tous qualifiés de mouvements terroristes par l’Union européenne. Ce qui n’empêche sur le terrain de les soutenir ou au moins de réclamer leur soutien pour combattre Daech ou l’Etat islamique. Entre l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Iran, on ne peut pas dire que l’ambiance soit à l’entente cordiale. La signature de l’accord avec l’Iran a relancé la course au leadership régional. Et tous les coups sont permis…

Un continent africain sous tension

En Afrique, tout danger n’est pas écarté. Les élections, qui sont un moment à risque, de déflagration, sur le continent pourraient ramener dans les pays des Grands lacs, une résurgence de conflits civils. Tandis que les tensions au Sud Soudan comme dans la corne de l’Afrique ou dans la zone nord du Sahel semblent bien tenaces. Sans compter des incertitudes possibles au Maghreb. Là encore, c’est la donne libyenne qui pourrait donner le ‘la’ dans toute la région. En Méditerranée, les européens sont devenus cependant beaucoup plus réalistes. Entre une parfaite démocratie et la stabilité, ils ont choisi, c’est désormais la stabilité qui prime quitte à avoir une démocratie imparfaite, au contraire… Un soudain réalisme, cynique parfois, qui prévaut ainsi dans les différents pays du pourtour conduisant à assourdir certaines critiques possibles, par exemple en Turquie ou en Egypte, voire au Maroc ou en Algérie.

Une excellente année 2016 à tous nos lecteurs, avec une certitude : la ‘surprise stratégique’ sera au rendez-vous.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire : 2014, année de crises … Et ce c’est pas fini en 2015 !

Fed. Mogherini et l'amiral commandant l'opération, Enrico Credendino

Ne dites plus EUNAVFOR Med, dites Sophia ! (maj)

Fed. Mogherini et l'amiral commandant l'opération, Enrico Credendino

Fed. Mogherini et l’amiral commandant l’opération, Enrico Credendino

(BRUXELLES2 à Rome) L’opération européenne de lutte contre les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée centrale (EUNAVFOR Med) va changer de nom ou plutôt adopter un surnom à l’image de sa grande soeur EUNAVFOR Atalanta.

La Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, l’a annoncé à Rome aujourd’hui lors de son passage au quartier général de l’opération (que j’ai pu visité à l’occasion). EUNAVFOR Med va désormais porter le nom de Sophia (ou Sofia en italien *), une petite fille somalienne, née en pleine mer, fin août, sur la frégate allemande Schleswig-Holstein qui l’avait prise en charge après son sauvetage par le navire britannique HMS Enterprise (lire : Sophia née en Méditerranée. Vaste journée de sauvetage pour les navires européens). Un beau relais en mer qui valait bien un surnom…. Ce nom permettra « de faire passer le message au monde que l’opération a pour objectif de sauver et de protéger des vies » a expliqué Federica Mogherini. NB : il avait été donné par les marins allemands en l’honneur de la princesse Sophia von Schleswig-Holstein.

Une phase plus active

La phase 2 qui va démarrer le « 7 octobre » sera plus active a promis également la Haute représentante. « On passe d’une phase de renseignement à une pase opérationnelle. » L’objectif va être « cette fois de stopper les trafiquants ». Durant ces dernières semaines, à une vingtaine de reprises (21 exactement selon nos informations), les navires européens ont eu l’opportunité de croiser des trafiquants qu’ils auraient pu arrêter. « 17 en provenance de Libye, 3 d’Egypte » a-t-elle précisé.

Les trafiquants en escorte : traqués

« Le système utilisé par les trafiquants est d’escorter les bateaux ». « Je les avertis : cela va être plus difficile pour eux, et cela rendre plus difficile leur business » a-t-elle ajouté au grand dam des officiers du QG de l’opération qui auraient bien aimé gardé ce détail opérationnel un peu plus discret pour pouvoir frapper un grand coup dès le début de la phase 2. De 4 navires actuellement, l’opération va ainsi passer à 7 navires environ, dont une frégate française de type Lafayette (le Courbet ou le Surcouf). Soit un doublement de sa possibilité d’action.

Contrer le cynisme des contrebandiers d’hommes

Les trafiquants d’êtres humains et les passeurs sont « extrêmement cyniques et flexibles, changeant la route en fonction des opportunités » a conclu la Haute représentante qui a entendu avertir les trafiquants « Nous voulons rendre leur business moins facile, qu’il soit plus difficile pour faire de l’argent, les dissuader réellement »…

Commentaire : deux points importants

D’une part, si une grosse majorité des trafiquants viennent de quelques ports libyens bien repérés, ils bénéficient aussi d’une assise dans les pays voisins, l’Egypte notamment. C’est prouvé maintenant. Et la phase de renseignement de deux mois durant cet été a permis de confirmer ce fait. Ensuite, en matière d’organisation du trafic, on est passé d’un mode artisanal à un mode industriel, extrêmement profitable et lucratif. A suivre sur le Club, une interview exclusive avec le contre-amiral Bléjean, le numéro 2 de l’opération.

(Maj) Le passage en phase 2 a été acté par les ambassadeurs du COPS, le Comité politique et de sécurité, lundi (28 septembre), qui ont approuvé le changement de nom de l’opération (Sophia). Cependant, cette ultime étape sera formalisée lors d’une prochaine réunion du Conseil des ministres (NB : une modification de la décision est nécessaire).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Pendant quelques heures, l’incertitude a régné sur l’orthographe réelle du nom. Finalement, c’est le nom original qui a été pris et non sa transcription en italien…

Série d’été – les mails d’Hillary. Libye 2011. Le rôle notable de l’Egypte

(B2) L’Égypte s’est engagée concrètement en Libye, en 2011, beaucoup plus que la version officielle le laisse penser, à lire les différents échanges de mail qu’a reçu Hillary Clinton quand elle était en poste au secrétariat d’État US.

L’engagement des forces spéciales égyptiennes (avec les Français et Britanniques)

Une source « extrêmement sensible » détaille ainsi dans un mail de mars 2011 « que les rebelles reçoivent une assistance directe et la formation d’un petit nombre d’unités de forces spéciales égyptiennes, alors que les troupes françaises et britanniques d’opérations spéciales travaillent à partir de bases en Égypte, le long de la frontière libyenne. Ces troupes sont chargés de contrôler le transfert d’armes et de fournitures pour les rebelles. »

Les succès des rebelles début 2011, un succès égyptien aussi ?

« Depuis les premiers jours de la crise libyenne, les Égyptiens soutiennent en coulisses les forces de la rébellion » indique ainsi une source diplomatique. « Les troupes des forces spéciales égyptiennes servent aux côtés des rebelles dans l’Est de la Libye ». « Un haut gradé égyptien affirme en privé que ses troupes sont responsables de nombreux succès militaires des rebelles » confirme-t-on à Hillary Clinton.

Une volonté de discrétion

Mais la discrétion est de mise car Le Caire ne veut pas apparaitre trop lié aux forces occidentales. La diplomatie égyptienne entend souligner « la nécessité de défendre les Libyens contre le régime de Kadhafi. Mais en même temps à se distancer d’une intervention dirigée par les anciennes puissances coloniales européennes ».

Des intérêts multiples et ambigus

Les intérêts de l’Égypte sont en effet multiples : 1° géopolitique — La défection du leader libyen M. Kadhafi et « la division politique de la Libye donneraient à l’Égypte l’opportunité de combler le vide à l’Est » et lui conféreraient le statut de puissance régionale — ; 2° sécuritaire — éviter un afflux massif de réfugiés et contenir la menace djihadiste qui apparait à mesure que le conflit se poursuit — ; 3° économique« Environ 1,5 million d’Égyptiens vivent et travaillent en Libye et effectuent des versements vers l’Égypte à hauteur de 254 millions $ ».

(JB avec NGV)