C. Stylianides à Dadaab (crédit : CE)

Les besoins augmentent. Il faut réfléchir à d’autres financements, privés (Christos Stylianides)

C. Stylianides à Dadaab (crédit : CE)

Chrystos Stylianides à Dadaab (crédit : CE)

(B2 à Dadaab) Depuis 25 ans et le début du conflit somalien, le Kenya et la Somalie doivent gérer une crise des réfugiés. Le commissaire européen à l’Aide humanitaire a voulu se rendre compte sur le terrain avec les acteurs internationaux. Présent sur place, dimanche à mardi (19 au 21 janvier 2016), Christos Stylianides a voulu réaffirmer la mobilisation de l’Europe. Dans un entretien exclusif avec B2, à Dadaab (au Kenya), il évoque, aussi, face à l’augmentation des besoins, la nécessité de trouver d’autres sources de financement, notamment privées.

Vous êtes à Dadaab, considéré comme le plus grand camp de réfugiés du monde. Un camp créé il y a 25 ans. Est ce que cela a encore du sens qu’un camp de réfugiés existe si longtemps ? 

Dadaab est le symbole d’une solution temporaire pour réfugiés qui, jour après jour, devient une solution permanente. Cela renforce ma conviction que chaque crise soit appréhendée dans toute sa globalité et qu’un réel dialogue politique s’instaure le plus vite possible pour amener la paix. Car quand vous décidez de fuir votre pays, c’est très difficile d’y retourner.

« La situation humanitaire reste très critique »

La crise somalienne semble évoluer de façon positive. Une évolution tenable ?

L’évolution de la situation sur le terrain montre, en effet, des signes positifs au regard de la crise des réfugiés, je pense notamment au programme de rapatriement de réfugiés somaliens. En Somalie, le projet d’accord vers un nouveau processus électoral progresse. Mais la situation humanitaire reste, elle, très critique. Près de cinq millions de personnes ont toujours besoin d’une assistance humanitaire. Et plus d’un million de Somaliens sont toujours déplacés à l’intérieur du pays.

La menace terroriste d’Al Shabaab reste forte. Le lendemain de votre visite en Somalie, une nouvelle attaque a frappé des civils à proximité de Mogadiscio. La semaine précédente, des soldats kenyans, engagés depuis 2011 ans dans le cadre de l’AMISOM (mission de l’Union africaine), ont été visés…

Ce regain de violence est sans doute le signe que le développement d’une solution politique en Somalie dérange Al Shabaab. Au travers de cette attaque, ils essayent de retarder ou défaire ce processus essentiel pour rétablir une paix longtemps attendue. La seule à même d’apporter une solution à la crise humanitaire que vit ce pays.

« Le caractère volontaire du retour des réfugiés somaliens
 (doit être) absolument respecté »

Vous avez évoqué le plan de rapatriement. Vous avez justement rencontré des Somaliens quelques minutes avant qu’ils prennent un bus pour quitter le camp de réfugiés de Dadaab au Kenya pour retourner en Somalie. Aviez-vous besoin d’être rassuré ? 

Ce programme de rapatriement résulte d’un accord tripartite entre la Somalie, le Kenya et le Haut commissariat aux réfugiés (UNHCR). La réussite de sa mise en œuvre suppose que le caractère volontaire du retour des réfugiés somaliens soit absolument respecté. J’ai pu le vérifier. Ensuite, en tant que commissaire à l’aide humanitaire, il m’importe que ces réfugiés puissent disposer, à leur retour, des services sociaux et d’éducation minimum. C’est ce que nous devons continuer à soutenir.

Près de 6000 Somaliens ont pris cette décision ces derniers mois. Est-ce un exemple pour d’autres situations notamment les Syriens en Europe ? 

Je ne crois pas. Il est difficile de faire le parallèle avec d’autres situations, notamment en Syrie. Les conditions sont très différentes ici. Pouvons-nous croire que pour la majorité des réfugiés syriens ayant trouvé refuge en Europe, au Canada ou ailleurs, le retour dans leur pays sera si simple ? Je n’en suis pas certain.

Quelle est l’aide européenne débloquée aujourd’hui ?

Nous avons donc décidé de débloquer une nouvelle aide de 29 millions € pour les Somaliens. Un montant qui s’inscrit dans un effort plus vaste. En 2016, l’Union européenne consacre 77 millions d’euros à la crise humanitaire de la Corne de l’Afrique. 17 millions serviront à l’aide d’urgence pour les plus vulnérables au Kenya (nourriture, soins de santé, eau, assainissement et hygiène, logement, protection et éducation dans les situations d’urgence).

Vous citez l’éducation en situation d’urgence. C’est une nouvelle priorité ? Qu’est ce que cela signifie concrètement ?

Je prendrais un exemple pour l’illustrer, celui de la crise syrienne. Lors de ma première visite en tant que commissaire européen, dans la vallée de Bekaa, au Liban, j’ai vu que la majorité des enfants réfugiés n’étaient pas scolarisés. Plus précisément, nous avons évalué à 80% le nombre de ces enfants n’allant plus à l’école. C’est pourquoi nous avons cherché, avec des partenaires, un moyen d’y remédier. Nous avons mis en place des écoles informelles, mais en collaboration avec les autorités puisque nous utilisons leurs locaux. Dans cette vallée, nous avons déjà réussi à diminuer le nombre d’enfants n’allant pas à l’école, de 80 à 50 %. La philosophie de l’éducation en situation d’urgence, c’est donc cela : quand la situation est telle que l’accès ordinaire à l’école n’est plus possible, nous devons absolument trouver des solutions pour surmonter ces difficultés. L’accès à l’éducation en situation d’urgence est un problème autant qu’un enjeu majeur. Comme je l’ai dit à des jeunes filles et garçons du camp de Dadaab, c’est grâce à l’éducation que chacun doit pouvoir construire son avenir, résister à la radicalisation.

« Je suis persuadé que nous devons aller chercher 
du coté du secteur privé » de nouveaux moyens

La crise des réfugiés a provoqué une forte hausse du budget humanitaire. Les ONG craignent que cela ne soit aux dépens de l’aide humanitaire en 2016. Ont-elles raison d’avoir peur ?

Nous faisons face à une réalité. Face à une multitude de contextes instables, les besoins augmentent, jour après jour. Et, malheureusement, les fonds diminuent…

…même ceux de l’Union européenne ?

Oui, nos ressources ne sont tout simplement pas illimitées. Je travaille pour trouver les moyens de dépasser cette équation qui ne peut plus tenir. Je suis, pour ma part, persuadé que nous devons aller chercher du coté du secteur privé. Nous devons réfléchir à un nouveau cadre d’instruments mondiaux qui favoriserait l’engagement du secteur privé au regard de ses responsabilités sociales.

Ces nouvelles ressources, ce sera l’un des enjeux du sommet humanitaire mondial d’Istanbul en mai prochain ? 

Nous devons mettre à profit ce sommet pour améliorer l’efficacité dans la réponse aux crises, ce qui suppose l’engagement d’un plus grand nombre de donateurs. Nous devons améliorer la protection des personnes vulnérables, ainsi que des acteurs humanitaires. Ce sont les objectifs sur lesquels je me concentre.

(Propos recueillis par Emmanuelle Stroesser, à Dadaab)

CarteSyrieRéfugiés@E141201

L’Europe débloque 180 millions d’euros pour les déplacés et réfugiés syriens

CarteSyrieRéfugiés@E141201(B2) La Commission européenne a annoncé, jeudi (4 décembre), avoir débloqué pour 180 millions d’euros d’aide pour faire face aux effets de la crise syrienne dans le pays lui-même, ainsi que dans les pays proches  le Liban et la Jordanie, qui accueillent respectivement 1,1 million et 630 000 réfugiés.

Syrie, Liban et Jordanie

L’aide est divisée en trois parts : 41 millions € pour l’assistance à directement en Syrie, 66 millions € pour aider les réfugiés syriens et les communautés d’accueil en Jordanie, et 73 millions € au Liban. Ce paquet traite surtout les besoins de développement à long terme des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur, avec un focus particulier sur l’éducation des enfants et des jeunes adultes, pour l’initiative « No Lost Generation » de l’UNICEF, annonce la Commission.

Ne pas regarder la souffrance sans agir

« Aujourd’hui, l’UE ne peut pas simplement regarder la souffrance du peuple syrien sans agir » a estimé la Haute représentante, Federica Mogherini. « Nous sommes prêts et disposés à apporter un soutien continu aux personnes » Mais a-t-elle ajouté « Il est temps que les choses changent. Nous sommes déterminés à jouer notre rôle à la pleine et apporter une solution politique durable à cette crise régionale. » NB : Elle n’a cependant pas précisé les modalités précisés de cette solution « politique durable ».

La moitié de la population déplacée ou réfugiée

Le conflit syrien qui entre dans sa 4e année a fait des dégâts ravageurs. 10,8 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées à l’étranger. La moitié de la population syrienne ! On compte ainsi 7,6 millions de déplacés à l’intérieur du pays (dont 6,5 millions ont besoin d’aide d’urgence) et 3,2 millions de personnes réfugiées dans les pays voisins : 1,1 million au Liban, 1,1 million en Turquie, 618.000 en Jordanie, 225.000 en Irak, 138.000 en Egypte et 23.000 dans les pays d’Afrique du Nord. Le nombre de décès liés au conflit est proche des 200.000 (191 000 personnes) et plus d’1 million de personnes ont été blessées lors de la guerre civile, selon les chiffres donnés par la Commission européenne.

Près de 3 milliards d’euros d’aide européenne

L’aide octroyée par les Européens (budget de l’Union européenne et États membres confondus) atteint 2,9 milliards d’euros depuis le début du conflit, répartis en taille à peu près égale : environ 1,5 milliards d’euros du budget de l’Union et 1,4 milliards d’euros des États membres. De fait, l’Europe est le premier donateur du monde dans cette crise.

(NGV)

PlageMJQPecheur114a

L’Europe : encore 1 semaine ! Et on en reparle dans 5 ans, hein…

PlageMJQPecheur114a(BRUXELLES2) Ca y est ! La campagne européenne est pleinement lancée en France, avec un gros retard à l’allumage. Et il ne reste plus que quelques jours pour convaincre les indécis, les abstentionnistes de tout poil, les sceptiques. Les journaux et antennes redoublent d’attention sur l’Europe, scrutant tous les détails, et regorgent même d’articles en tout genre.

Après le vide, le surdosage

On découvre tout d’un coup qu’il n’y a pas de majorité au Parlement européen. On débusque que Bruxelles regorge de lobbies (l’horreur ! ;-). On décortique une série de projets engagés ou réalisés auxquels on avait à peine prêté attention jusqu’ici. Après un vide quasi-total, durant cinq années, hormis quelques pics d’intérêts, la saturation, le surdosage sont atteintes. Au point que même une personne un peu attentionnée, motivée par l’Europe décroche.  il y en a une relativement sous-estimée…

L’Europe : 5 semaines d’attention pour 5 ans de politique

Le « matraquage » pour convaincre que l’Europe, c’est bien, c’est beau, c’est nécessaire… Mais cela devient contreproductif à terme. Le gros défaut de la cuirasse, en France, est l’absence d’un suivi européen au quotidien, à quelques (rares) exceptions près (Le Monde, Le Figaro, Les Echos, quelques journaux spécialisés…) -. Cette absence de régularité de l’information sur l’Europe — particulièrement dans la presse la plus proche des citoyens (la presse régionale) — est une des raisons à l’euroscepticisme ambiant (*).

Ne nous étonnons pas de l’eurosceptiscime rampant

Les débats, les avancées législatives, les reculades politiques n’ont cependant pas manqué au plan européen. Mais ils sont couverts à distance. « Bruxelles » semble toujours sur une autre planète dont on prend le pouls de temps à autre. Pas question de trop investir. L’éloignement aidant, la tentation de prendre « vite fait » la dépêche tombée sur le fil AFP ou Reuters est tentante : coupez-collez, assemblez, trouvez un petit angle. Et c’est fait… S’il n’y a pas de dépêche, il n’y a pas d’information. Résultat : on découvre bien souvent un sujet, un problème quand il arrive… deux ou trois ans plus tard sur le bureau de l’assemblée nationale pour la transposition d’une directive par exemple. Le sentiment inévitable est que l’Europe impose ses visées. Alors qu’en fait, ce sont les Français qui se sont désintéressés des débats. Cela permet ainsi à chacun de se défouler dans un « Europe Bashing » de bon aloi.

Un défaut démocratique

Il y a, là, un « défaut » démocratique qui n’a pas besoin de Traité ou de Constitution pour être corrigé. Il suffit d’un peu de constance, de volonté et d’intérêt de la part des directeurs de journaux. Inutile ensuite de se répandre dans des éditoriaux multipliés, plaidant à outrance sur le besoin ou la nécessité d’Europe. Cela ne convaincra que les convaincus… Et ils sont de moins en moins nombreux. L’Europe commence par une information au quotidien…

(Nicolas Gros-Verheyde)

  • Ce n’est pas la seule cause. Le fait que l’Europe (les affaires européennes) reste très peu enseignée à l’école (et même à l’université, hormis quelques spécialités bien précises) en est une autre. L’inculture européenne – quasi-générale – de la plupart des différents responsables français, comme de nombreux cadres privés ou publics, en témoigne. Le mauvais fonctionnement du marché intérieur (surtout pour les citoyens), l’irresponsabilité des dirigeants européens (peu importe les échecs, ils ne remettent pas en cause leur mandat…), comme les salaires démesurés par rapport aux compétences réelles et la prétention permanente à faire la leçon, comme à impose certaines politiques et conditions, totalement irréalistes, dans un contexte de crise économique et politique. La bannière déployée sur la Commission européenne en témoigne.

Au menu du Gymnich à Chypre, une discussion « smart casual » (maj)

La réunion des ministres des Affaires étrangères a été déplacée à Paphos, loin de toute présence turque sur l'île (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) Les ministres des Affaires étrangères se retrouvent à Chypre, les 7 et 8 septembre, à un moment qui n’est pas au beau fixe au niveau international. Il n’y a pas que la température qui sera chaude à Chypre… et la presse a été soigneusement tenue à l’écart de la réunion. Les ministres ont été avertis de prévoir la tenue d’été. Le « smart casual » sera ainsi de rigueur durant la réunion, qui se veut totalement informelle, à l’écart de la presse. Les participants pourront adopter une tenue un peu plus chic, pour le diner du soir. Et une visite de la vieille ville de Limassol – située près de la base de souveraineté britannique d’Akrotiri, est également à l’ordre du jour.

Deux sujets de fond

Le programme défini prévoit d’ailleurs deux discussions intemporelles. L’une sur l’eau, une question stratégique et un problème essentiel dans plusieurs endroits du monde (le Bassin du Nil par exemple, mais aussi au Yemen ou dans le Moyen-Orient) souligne un diplomate européen ; l’autre sur l’éducation. La jeunesse a été un des moteurs actifs du printemps arabe. Les 27 devraient aussi se pencher sur la stratégie européenne de sécurité – avec le suivi des questions de Copenhague. Gageons que d’autres questions devraient surgir sur l’agenda : la Syrie et le Liban – car la situation se détériore dans les pays voisins – ou le Congo (Didier Reynders, le ministre belge est ainsi de retour d’une tournée dans la région).

Loin des yeux

A l’origine prévue à Nicosie, cette réunion informelle a été déplacée à Paphos, à la demande des services de la Haute représentante, précisent les autorités chypriotes. Une mesure que l’on peut voir comme la volonté de réinstaurer la réalité informelle de la réunion, loin de la presse, et dans un environnement idyllique. Mais qui tient également à l’environnement particulier de l’ile. A Paphos, au sud de l’ile, on est plus loin de la ligne verte qui coupe l’ile en deux et donc à l’abri de toute visite intempestive qu’aurait pu entreprendre un diplomate ou un ministre européen amateur de voir le dernier « mur » en Europe. Ici, contrairement à Nicosie, on est loin d’un quelconque drapeau turc ou d’une bannière des Nations-Unies rappelant qu’un pays membre de l’OTAN proche de l’Union européenne en occupe une partie d’un autre pays européen…

Lire aussi : La Haute représentante se défend (un peu) de vouloir écarter la presse des réunions

La Jordanie prend le lead de l’UPM

(B2) La Jordanie prend la co-présidence « Sud » de l’Union pour la Méditerranée (UPM) en remplacement de l’Egypte. C’est l’Union européenne qui assure la coprésidence « nord » de l’UPM. Une réunion de travail devrait avoir lieu au niveau des hauts fonctionnaires, fin septembre à Bruxelles avec les 43 pays d’Europe et de Méditerranée qui composent l’UPM.

Une usine à projets

Les réunions au niveau ministériel ne devraient pas démarrer avant l’année prochaine. Il y a un « important travail technique » à assumer pour mettre au point les différents projets. L’UPM est, en effet, à la fois une instance de dialogue politique mais aussi une machine à approuver les projets (usine de dessalinisation d’eau à Gaza, université euro-méditerranéenne à Fès,…). Les différents projets en matière d’énergie ne devraient pas ainsi être prêts avant septembre 2013, selon nos informations.

Où les questions politiques se téléscopent

Ce délai tombe bien également … au plan politique. La Turquie – qui fait partie de l’UPM – refusera toute réunion présidée par un ministre chypriote. Le principe de présidence de l’Union européenne est, en effet, à géométrie variable selon les dossiers. Si la question ressort d’une compétence « exclusive » de l’UE, c’est son représentant qui préside : le commissaire De Gucht pour le Commerce par exemple, ou un membre de la DG Trade ; la Haute représentante de l’UE ou un membre du service diplomatique européen (SEAE), s’il s’agit d’une question de politique étrangère européenne, Etc. Mais s’il s’agit d’une compétence partagée, entre l’UE et les Etats membres, c’est un membre de la présidence tournante et un membre de la Commission qui préside. Par exemple en matière de transports.

Palestine présente en titre, Syrie aux abonnés absents

Il est intéressant de mentionner que l’UPM est une des seules organisations (avec l’Unesco), où la Palestine est représentée en tant que telle, avec voix au chapitre, sur tous les projets comme tous les autres Etats présents autour de la table (Israël notamment). On peut noter également que la Syrie fait partie intégrante de l’UPM. Mais le gouvernement de Bachar a choisi récemment de ne plus siéger et de jouer la politique de la « chaise vide ». Ce qui, accessoirement, a évité un débat sur l’exclusion de sa présence dans cette enceinte.

La formation des forces de sécurité afghanes s’améliore (Usackas)

(BRUXELLES2) La situation s’améliore en Afghanistan, au moins d’un point de vue de la sécurité, selon Vygaudas Ušackas, le Représentant Spécial et Chef de la délégation de l’UE en Afghanistan, qui planchait devant le Parlement européen, ce 25 avril. « Il y a eu notamment des progrès considérables dans la formation des forces de sécurité afghanes. Leur nombre et leur efficacité augmente sans cesse (si on peut se référer à la « réponse rapide » après les attaques des 15-16 avril). Elles ont sous leur responsabilité près de la moitié du pays dorénavant. » Précisons que l’Union européenne s’occupe uniquement de la formation des forces de police « civile ». Une mission qui doit se poursuivre après le retrait des forces de l’ISAF.

Après 2014, le rôle de la police civile : primordial

« Il faut continuer à former la police civile après 2014. Celle-ci aura de plus en plus d’importance par rapport à la police para-militaire, au fur et à mesure que les troupes vont se retirer. » explique Usackas assurant que « Même les Américains comprennent ça maintenant ». Pour le chef de mission EUPOL, « EUPOL a gagné une solide réputation ces deux dernières années. (…) Elle occupe une niche que personne d’autre ne peut occuper. Et les différents acteurs, afghans et internationaux, reconnaissent son expertise dans ce domaine. » Et Usackas recommande de « capitaliser l’argent économisé grâce au retrait des troupes, et le réinvestir dans la formation de la police civile ». Car la police civile est appelée à « progressivement remplacer la police para-militaire ». NB : L’UE fournit au Fonds pour l’Etat de droit (LOFTA comme Law and order trust fund), 140 millions d’euros sur trois ans (2011, 2012, 2013). Et ce chiffre devrait augmenter. 100 millions de dollars US (environ 75 millions d’euros) sont attendus pour la seule année prochaine (2014).

Amélioration contrastée

De façon plus générale, la situation de l’Afghanistan reste contractée. Si les relations régionales s’améliorent, notamment entre Afghanistan et Pakistan, les négociations entre talibans et gouvernement restent difficiles (une visite d’une délégation des talibans a eu lieu à Kaboul le 16 avril dernier). L’éducation est un point sur lequel aussi on note une progression : maintenant 8 millions d’enfants vont à l’école (contre 1,5 millions en 2001). Mais il reste encore du chemin. Ainsi si le processus de consultation nationale pour les élections de 2014 est enclenché (pas seulement au niveau du gouvernement mais aussi avec les différents acteurs provinciaux), « on ne peut pas s’attendre à des élections complètement démocratiques » précise un diplomate européen. Et la situation des femmes reste encore « épineuse » ; elles « sont loin d’avoir l’égalité avec les hommes ».