(crédit : CE)

Un jeu de réussite pour Juncker ?

(crédit : CE)

(crédit : CE)

(BRUXELLES2) La création du Corps européen de garde-frontières et de garde-côtes est un des premiers acquis concrets de la Commission Juncker (lire : Des garde-frontières (et garde-côtes) européens, gérés en commun. C’est parti !). N’en déplaise à certains esprits chagrins, l’Europe a, là, bien réagi et aussi vite qu’elle le pouvait. Et ce n’est pas le seul domaine où cette Commission européenne a bien réagi…

La levée de quelques tabous

Depuis son arrivée il y a près de deux ans, l’exécutif européen présidé par l’ancien Premier ministre luxembourgeois a levé quelques tabous et permis d’accélérer la mise en place de solutions structurantes pour l’avenir. Les résultats ne sont pas automatiquement très visibles. Mais dans deux ou trois ans, quand on dressera le bilan de cette Commission, on pourra voir que l’évolution est notable. Que ce soit au plan économique ou au plan de la sécurité et de la défense, le « politique » est bien présent.

La retrouvaille de la politique de concurrence

Au plan économique, tout d’abord, sans remettre en cause le dogme officiel des 3%, la Commission a mis un peu de souplesse dans le pacte de stabilité. La tolérance envers la France, le refus de mettre des amendes au dérapage budgétaire en Espagne au Portugal cet été en invoquant des « circonstances économiques exceptionnelles » sont là pour en témoigner. Certes le dogme de l’austérité n’est toujours pas terminé. Et les éléments d’une relance économique ne sont pas vraiment présents. Mais sous l’égide de la commissaire Vestager, l’exécutif européen a aussi retrouvé le chemin de l’autorité pour faire la police en matière de concurrence (1), n’hésitant pas à affronter au besoin les grands groupes économiques (Google, Apple…), avec enquêtes et amendes à l’appui contre ce qui est, sous le prétexte d’optimisation fiscale, de la fraude économique à grande échelle.

Le militaire n’est pas l’ennemi du communautaire

Au plan sécuritaire ensuite, la Commission a mis fin aux tergiversations, parfois incompréhensibles, sur le possible financement de capacités militaires dans les pays tiers. Le projet « Train & Equip », renommé CBSD (2), a débouché sur une proposition formelle qui doit maintenant être discutée. Quand il sera adopté, il permettra enfin de combler une lacune dans l’aide européenne : pouvoir compléter les opérations de stabilisation d’un pays sur le moyen terme, en aidant les forces armées de ces pays à se doter de moyens adéquats (tout sauf les armes).

Au plan de la Défense, l’exécutif européen a mis sur la table un projet afin de financer la recherche de défense. Le montant est limité pour l’instant : 25 ou 30 millions d’euros par an. Mais c’est mieux que les projets pilotes qui ne représentent qu’un investissement limité de 1 ou 2 millions d’euros (lire : La recherche de défense financée par le budget de l’Union, c’est parti. Trois projets pilotes signés). C’est un autre pas vers l’insertion des questions de défense dans le programme européen de recherche & développement (PCRD ou Horizon 2020). Si ce projet va à son terme, l’Europe aura enfin une capacité financière pour compléter les financements nationaux de recherche sur certains sujets clés pour l’Europe, avec une volonté de déboucher sur des projets industriels (drones, surveillance maritime, etc.).

Une vraie ministre des Affaires étrangères

Enfin, au plan institutionnel, on peut remarquer le fait que la Haute représentante de l’Union (Federica Mogherini) est devenue réellement ce qui était l’esprit (et la lettre) du traité de Lisbonne, la coordinatrice de la politique étrangère de la Commission européenne. Comme l’a dit Jean-Claude Juncker, c’est « ma ministre des Affaires étrangères ». On a pu le vérifier lors du dernier Conseil européen (vendredi 21 octobre) qui a confié à la Haute représentante le soin de mener la politique d’accords d’immigration à l’extérieur. Cette pratique tranche aussi avec ce qui était pratiqué récemment où régnait du temps de Barroso-Ashton une relation davantage fondée sur la concurrence et l’effacement.

Pas de louanges mais reconnaitre les acquis

Après des années d’immobilisme, il n’est pas question de tresser des louanges à outrance (ce n’est pas le genre de B2). Cette Commission a fait quelques erreurs notables, qui ont eu un important impact médiatique, donc politique. En n’évaluant pas clairement les dégâts d’un Barroso pantouflant chez Goldman Sachs ou gros mensonge de Nelly Kroes (3), en étant pour le moins maladroit sur la question du CETA, cette Commission a commis de sérieux faux pas politiques et entamé, un peu plus, le capital confiance de la légitimité européenne. Mais il ne faut pas oublier de mettre dans la balance tout ce qui est à porter crédit de cette Commission. Sans être un fan’ de Jean-Claude Juncker, il faut lui reconnaître d’avoir amené une vraie impulsion politique sur des dossiers importants pour toute l’Europe…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : La méthode du vélo est morte. Le cycliste est tombé !

 

(1) Ce n’est pas une découverte ou révolution contrairement à ce que certains ont cru discerné. Cela fait longtemps que l’Europe analyse une exonération fiscale comme une aide d’État. Seulement jusqu’ici cet outil était davantage utilisé contre les monopoles d’Etat ou pour démanteler les services publics (Poste, SNCF, etc.) que contre les multinationales privées.

(2) Capacity building in support of security and development

(3) Certains commentateurs se plaisent à dédouaner la responsabilité européenne pour charger les États membres. Ce n’est pas exact. Neelie Kroes a occupé un poste de premier plan au niveau européen (commissaire à la concurrence). Elle a été employée et payée sur les fonds européens durant dix ans. Elle s’était engagée formellement devant le Parlement européen à faire toute la transparence sur sa situation bancaire et financière (Lire : Neelie Kroes : une sacrée menteuse !). C’est bien la légitimité européenne qui est, ici, remise en cause. Laisser la moindre place au laxisme est donner tout simplement une prime à la malhonnêteté en politique et donner aux adversaires de l’Europe des verges pour la battre.

Un bon vieux tracteur abandonné... © NGV / B2

Le budget européen en déficit de facto. La Commission fait de la cavalerie

Un bon vieux tracteur abandonné... © NGV / B2

Un bon vieux tracteur abandonné… © NGV / B2

(BRUXELLES2) Quand une organisation n’arrive pas à payer ses fournisseurs, en temps et en heure, rechigne à payer dans les délais impartis, en cherchant toutes les astuces pour ne pas payer ou avoir des délais de paiement… cela s’appelle avoir des difficultés. Dans le privé, cela impose une procédure en redressement judiciaire ou en cessation de paiement. Dans le public (dans les Etats membres) cela s’appelle présenter un déficit et un endettement.

La Commission européenne n’obéit à aucune de ces règles. Ses « privilèges et immunités » dues à une organisation internationale lui évitent les procédures privées. Et elle n’a pas droit ni au déficit ni à l’endettement. Mais la réalité est là : le Berlaymont a du mal à boucler ses fins de mois. Alors, pour faire concorder la réalité avec les règles, on triche … Quel est l’état des lieux ?

L’arriéré de paiements : une spécialité européenne

L’arriéré de factures impayées au titre de la période 2007-2013 est passé d’un niveau « normal » de 5 milliards d’euros à la fin 2010 à 11 milliards d’euros fin 2011, 16 milliards d’euros fin 2012, 23,4 milliards d’euros à la fin de 2013, 24,7 milliards d’euros à la fin de 2014. Soit : 17% du budget en cumulé ! (139 milliards d’euros). Un « niveau sans précédent », avertissent deux parlementaires européens, le Polonais Jan Olbrycht (PO/PPE) et la Française Isabelle Thomas (PS/S&D), qui préparent un rapport sur le sujet.

Un plan d’apurement aléatoire et risqué

Certes un plan a été mis en place pour réduire l’arriéré. Et ce chiffre devrait passer en-dessous de 2 milliards d’euros à la fin de 2016. Mais il reste à la fois très éventuel et aléatoire. Cette réduction « n’apporte qu’un répit temporaire ». Elle est « uniquement due au fait que les créances exigibles présentées tant pour les programmes 2007-2013 que 2014-2020 ont été inférieures à ce qui était prévu ». Autrement dit, quand va démarrer la nouvelle programmation, cet arriéré va se remettre à augmenter. De plus, il est très partiel, « aucune mesure n’a été prise pour remédier à « l’arriéré cachée » identifié dans d’autres rubriques »

La Commission, reine des artifices comptables

Pour pallier à ces arriérés, la Commission européenne a mis en place toute une batterie de mécanismes comptables. Ainsi les « pourcentages de préfinancement » ont été réduits. Certains appels à proposition ou appels d’offres ont été « reportés ». La mise en œuvre des nouveaux programmes 2014-2020 a été ainsi ralentie de façon « artificielle ». C’est le cas par exemple des appels à propositions du programme de recherche ‘Horizon 2020’ en 2014 : environ 1 milliard d’euros n’ont pas été engagés. Ce qu’on appelle pudiquement des « mesures d’atténuation » ressemble ressemble clairement… à de la cavalerie budgétaire.

Plutôt tatillon que payer

Autre aspect — dont j’ai eu connaissance — la vérification des dépenses éligibles, déjà complexe, s’est faite, ces derniers temps, un peu plus tatillonne. L’objectif n’est pas tant de s’assurer que l’argent est dépensé de façon régulière mais de trouver le moyen de faire des économies supplémentaires. Certaines collectivités locales ont d’ailleurs renoncé à solliciter les fonds européens, notamment le Fonds social européen, tant plane l’incertitude sur les montants remboursés au final, qui s’ajoute à la complexité des dossiers et à la lenteur de remboursement de sommes engagées pour le compte de l’Union européenne.

Des conséquences négatives sur certains programmes

Ceci n’est pas sans conséquence sur certaines politiques. Ainsi pour l’aide humanitaire, la « grave pénurie de paiements en 2014 » a eu « un impact négatif sur les opérations de sauvetage de l’Union » remarquent les parlementaires (1). Et ce risque pourrait ressurgir. Les parlementaires demandent donc un plan d’urgence pour « prévenir une nouvelle crise des paiements à la fin de l’actuel (cadre budgétaire) » qui se clôture en 2020. Car les besoins liés à la crise des réfugiés et des migrants augmentent tout comme les paiements ordinaires (fonds structurels, fonds stratégiques, etc.).

La Commission passe à la caisse

L’ardoise est telle que la Commission doit maintenant payer régulièrement des indemnités de retard de paiement. Le montant reste modique encore : 3 millions d’euros en 2014 comme en 2015. Mais il n’est pas négligeable tout de même et témoigne de la difficulté de gestion du budget. Et encore, à la Commission, toutes les astuces sont bonnes pour refuser le paiement de ces indemnités. Abrités derrière leur statut de puissance publique, les gestionnaires de la Commission usent de tous leurs talents administratifs, recourant parfois à toute la panoplie du payeur de mauvaise foi…

Une responsabilité partagée ?

Dans cet arriéré de paiements, incriminer seulement la Commission serait une erreur. La responsabilité est plus générale. La grande majorité des Etats membres exigent que le budget européen contribue à de nouvelles tâches, sans vouloir rogner ou redistribuer sur les anciennes tâches (ne pas toucher aux avantages acquis). Et le budget a été conçu en déséquilibre, entre les sommes engagées et les paiements. Mais la Commission ne peut échapper non plus à ses propres responsabilités (voir ci-dessous).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un point confirmé par les autorités européennes elles-mêmes à l’époque (Lire : Aide humanitaire. La trésorerie européenne à sec et Le budget manque pour l’aide humanitaire européenne)


Un dispositif hérité du passé, inadapté aujourd’hui

Le système de fonctionnement de la Commission, hérité du passé, des années de gloire 1980-1990, semble à bout de souffle et relativement inadapté aux nouveaux enjeux. Malgré l’arrivée de Jean-Claude Juncker, l’aggiornamento nécessaire n’a pas eu lieu notamment dans le fonctionnement de la ’boutique’ européenne. Quels faits.

Dans certains secteurs, on gratte désespérément quelques centaines de milliers d’euros alors que dans d’autres, on se gratte la tête pour réussir à… dépenser des dizaines de millions d’euros. Le système administratif reste encore fondé sur la propension à tout dépenser qu’à dépenser bien. La qualité d’un « bon » administrateur reste de « bien » dépenser tout l’argent. En d’autres termes, mieux vaut dépenser 99% des sommes attribuées, peu importe où, que dépenser uniquement 60% des sommes, à meilleur escient !

Une bonne partie du travail de la Commission est ainsi consacrée à la vérification interne, au ‘reporting’, à la rédaction d’appels d’offres, de proposition, …  Le temps des agents publics est davantage consacré à la gestion de la ‘machine’. Et le fonctionnaire, militant européen, dévoué, compétent, devient une denrée rare.

La Commission continue à recourir à des prestations externes (consultances, communication, etc.) couteuses, dont l’apport concret est souvent assez contestable, au lieu de se reposer sur des compétences internes, qui sont bien  réelles. Certains consultants se contentent de faire une vulgaire synthèse de … la propre production de la Commission. En interne, cette tendance a un effet immédiat : démotiver les troupes…


 

Ce sera aussi une couronne pour le respect des règles économiques ? (crédit : Crown / La Reine lors de la cérémonie de l'Anzac Day)

Oh my god, le déficit !

Ce sera aussi une couronne pour le respect des règles économiques ? (crédit : Crown / La Reine lors de la cérémonie de l'Anzac Day)

Une couronne également pour les règles du déficit ? (crédit : Crown / La Reine lors de la cérémonie de l’Anzac Day)

(BRUXELLES2) La Commission européenne pourrait décider, prochainement, de taper fort… sur le Royaume-Uni.

Le Royaume hors des clous

Selon des premiers éléments, Londres est totalement hors des clous en matière économique. Les prévisions économiques de la Commission européenne pourraient ainsi révéler une augmentation du déficit.

La gestion Cameron : la croissance plutôt que le déficit ?

Pire. Londres ne respecte ni le chiffre nominal, ni le chiffre d’effort structurel (hors conjoncture), ni la prévision d’objectifs ne sont réalisés. En gros, c’est la bonne gestion du Premier ministre Cameron — et le fichu « miracle économique » britannique — qui va se prendre un méchant camouflet. A quelques jours des élections générales au Royaume (7 mai), un beau coup de pied de l’âne de l’exécutif européen. De quoi agiter un bon chiffon rouge outre-manche.

(NGV)

Nota bene : bien que non membre de la zone euro, le Royaume-Uni est soumis comme tous les autres pays au respect du pacte de stabilité et de croissance, et doit soumettre à « Bruxelles » un programme de convergence.

    Attention aux mirages ! - désert jordanien (crédit : Marine nationale)

Dépenses de défense et déficit ? Pour tordre le coup à quelques fausses bonnes idées…

    Attention aux mirages ! - désert jordanien (crédit : Marine nationale)

Attention aux mirages ! – désert jordanien (crédit : Marine nationale)

(BRUXELLES2) Si la France a un déficit, ce serait en quelque sorte (aussi) du fait de ses dépenses militaires importantes. Des dépenses qu’elle engagerait pour le bien commun, européen, qu’il serait alors juste de pouvoir déduire des déficits. L’argumentation est séduisante et est reprise, de temps à autre, dans différents milieux. Cette argumentation n’est pas sans fondement, comme l’a rappelé mon collègue Jean Quatremer, sur son blog, qui se fonde pour argumenter sur le couple franco-allemand. Cette comparaison se heurte cependant à nombre de questions qu’il n’est pas négligeable de détailler.

1ère interrogation : peuton parler de décrochage desbudgets de la France et de l’Allemagne ? Non !

En chiffres absolus, la France et l’Allemagne sont désormais exequo avec un budget tournant autour de 31 milliards d’euros. L’Allemagne est même légèrement en tête en 2013-2014. En chiffres relatifs, par rapport à la richesse de la nation, l’Allemagne reste toujours en retrait par rapport à la France avec  1,1% du PIB contre 1,5% à la France (*). L’écart se resserre. La comparaison reste donc limitée. Comparer la France et l’Allemagne sur le plan de la Défense supposerait aussi de prendre en compte les stratégies respectives des deux pays. Or, celles-ci sont assez différentes. La défense française a certaines sujétions que n’a et ne veut pas l’Allemagne (et qu’elle ne peut pas avoir !).

En premier lieu, il s’agit de la dissuasion nucléaire. Son coût est souvent difficile à estimer et donne lieu à polémique en France. Les seuls crédits d’équipement représentent un peu plus de 3 milliards : 3,5 milliards en 2014, 3,6 milliards d’euros en 2015, selon les documents officiels, qui devraient augmenter à 4,5 milliards d’après le chef d’Etat-major des armées, à la fin de la période 2019. Soit 0,15% du PIB. Un chiffre auquel il faut ajouter le coût de fonctionnement (sous-marins, présence en mer, sécurité, forces aériennes stratégiques) qui est rarement détaillé.

Deuxièmement, il faut prendre en compte la présence outre-mer, dans les départements et collectivités français, ou sur les bases permanentes à l’étranger. Ces forces outre-mer (souveraineté et présence) requièrent 11.400 militaires (sur les quelque 200.000 que compte l’armée française), soit à peu près 10% de l’effectif.

NB : imaginez une Allemagne dotée de l’arme nucléaire et avec 3 bases permanentes, je n’ose imaginer les hurlements non seulement au Bundestag mais en France, parfois de la part des mêmes qui reprochent à l’Allemagne, d’être un peu « lente » et « faible » en défense.

2e interrogation : peut-on prétexter du coût important des Opex françaises ? Non !

C’est une réalité, le coût des opérations extérieures (OPEX) française explose chaque année, passant de 450 millions d’euros dans la loi de finances initiale à entre 800 millions et plus d’un milliard certaines années. Cette sous-estimation chronique n’est pas une absence de prévision, c’est au contraire une tactique budgétaire subtile, permettant de ne pas comptabiliser au départ toutes les opérations OPEX pour pouvoir trouver des financements ailleurs au besoin.

Sur la durée, cependant, le budget OPEX allemandes et françaises est assez semblable sur la durée. Sur 20 ans, on arrive à environ 17 milliards pour l’Allemagne contre environ 20 milliards d’euros pour la France.

Certes, on pourra estimer que la France mène des opérations « d’entrée en premier » ou de « force », plus intenses (lire : La capacité d’entrer en premier…). C’est vrai ! Mais bien souvent l’Allemagne poursuit ces actions et s’inscrit dans la durée. Par exemple, dans l’Océan indien, la marine allemande a assumé un engagement permanent dans l’opération EUNAVFOR Atalanta, depuis le début de l’opération, avec 2 navires au minimum durant toute la période. Là où les Français sont désormais présents plus irrégulièrement. Idem au Mali, où l’Allemagne va prendre le relais des Espagnols comme nation-cadre de l’opération EUTM Mali. Citons également l’Irak où Berlin a fourni un beau paquet d’armes (très offensives) aux Peshmergas, même si les avions allemands ne participent pas aux bombardements (lire : Berlin va livrer des matériels militaires conséquents en Irak).

Commencer à distinguer des dépenses financières selon l’intensité de l’engagement ou l’utilité, qui sera toujours plus ou moins subjective de tel engagement, parait assez hasardeux d’un point de vue de finances publiques.

3e interrogation : peut-on décompter les dépenses militaires du déficit ? Très délicat !

Distinguer les « bonnes » dépenses qui devraient être déduites du calcul du déficit et de la dette des autres paraît assez difficile. En quoi les dépenses de défense dans le monde seraient déductibles et pas les autres dépenses de sécurité externe, comme la gendarmerie, la police maritime, la sécurité en mer (exemple pour l’opération Mare Nostrum) ? Enfin, le débat sera très hasardeux : pourquoi les dépenses de sécurité et pas les dépenses de santé, de développement, de recherche ? Le débat risque d’être sans fin… J’entends souvent ce genre de propos. Mais pour moi cela revient à vouloir envoyer un avion de chasse, lourdement lesté de bombes, pour un long parcours, sans avion ravitailleur en cours de route. Il aura 2 solutions pour rentrer à bon port… larguer ses bombes n’importe où et les perdre… ou se crasher, façon kamikaze.

4e interrogation : peut-on convertir certaines dépenses militaires en investissements ? Oui en partie.

Cest déjà fait. Du moins en partie ! Depuis septembre dernier, le système statistique SEC2010 permet déjà la comptabilisation de l’achat d’armements ou de systèmes d’armes comme investissements et non comme dépenses, ce qui augmente d’autant le PiB et descend mécaniquement le déficit et la dette. Mais pour un niveau relativement modeste.

Un seul problème : la solidarité financière

Il reste un problème général, qui n’a pas été résolu, une solidarité renforcée, financière, entre les différents pays européens pour participer aux opérations décidées en commun. Aujourd’hui, celui qui s’engage dans une opération européenne paie deux fois, voire trois : une fois en engageant ses soldats, la deuxième en participant à l’effort collectif, et la troisième en s’engageant politiquement (s’il y a des morts ou un dérapage, c’est le responsable national qui sera comptable devant sa population ou sa représentation nationale). L’idée d’une prise en charge plus forte des dépenses a été évoquée mais se heurte pour l’instant à certaines réticences, notamment allemandes, c’est là où est le réel problème, à mon sens, de la « défense européenne » aujourd’hui. Et malgré le coup d’éclat de François Hollande, il y a un an, à propos de l’opération en Centrafrique, cette question n’a pas été du tout résolue…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) chiffres hors pensions, hors gendarmerie, selon les statistiques OTAN, plus crédibles que les chiffres de la Banque mondiale.

JunckerMoscoviciTimmermans@E141112

La France échappe aux sanctions. Comment cette décision a été prise ? (maj) Récit…

JunckerMoscoviciTimmermans@E141112

JC Juncker et P. Moscovici, deux des artisans du compromis trouvé pour laisser un délai de 3 mois à la France. En arrière-plan, le commissaire F. Timmermans (crédit : CE)

(BRUXELLES2) La France va échapper à l’opprobre de la Commission européenne pour son dérapage budgétaire. Du moins pour l’instant. Les responsables de la Commission vont le confirmer officiellement ce vendredi (28 novembre). Des efforts doivent être faits, mais l’heure n’est pas aux sanctions. C’est en substance le message que veut faire passer l’exécutif européen. La décision est repoussée à début mars. L’hexagone ne sera pas le seul à bénéficier de ce qui pourrait apparaitre, aux yeux de certains, comme une certaine mansuétude mais est en fait une décision très politique, durement négociée. L’Italie ou la Belgique, en mauvaise passe, pour leur dette échappent également à une procédure spécifique pour dette excessive.

Pas le bon moment

Au Berlaymont, le siège de la Commission, on estime ce n’était pas le moment, ni technique ni politique, de prendre une décision, que ce soit une mesure de sanction, une nouvelle recommandation ou un nouveau délai à la France pour se mettre en conformité avec les délais. Il « s‘agit de maintenir la pression » précise un bon connaisseur du dossier. La Commission estime que ce n’est pas le moment de donner plus de temps ni un autre objectif. Du coup, elle devrait répéter la phrase standard qui veut à la fois tout dire et rien dire : « Nous invitons le pays à faire des efforts supplémentaires pour atteindre les recommandations et les objectifs fixés ». Un message qui signifie de demander plus efforts à la France. « C’est d’abord, les efforts. Et ensuite on verra pour un délai supplémentaire ou d’adopter une nouvelle recommandation » explique un expert. Celle qui est en vigueur à l’égard de la France (qui fixe un objectif de 0,8% de déficit structurel – hors inflation – et 2,8% de déficit — apparait largement irréalisable).

20 heures de vol

Pour arriver à ce résultat, cela n’a pas été évident, surtout les derniers jours… En interne, on raconte. Il y a eu un débat à la Commission européenne pour savoir s’il fallait adopter des sanctions. Un débat mené à trois entre le président Jean-Claude Juncker, le vice-président Valdis Dombrovskis (chargé de l’Euro et du dialogue social) et le commissaire Pierre Moscovici (chargé de l’Economie). Ce débat aurait dû se poursuivre en Australie, en marge du G20, où Juncker et Moscovici avaient prévu de rencontrer Matteo Renzi (le Premier ministre italien) et François Hollande (le président de la République française). La vie en décide autrement. Moscovici doit partir. Son père est mourant. Et le commissaire français décide d’aller à son chevet…

Dombrovskis, en père fouettard

« Dombrovskis s’est alors précipité à Brisbane » explique une source européenne, avec une idée fixe assez simple : « on ne discute pas politiquement, la règle c’est la règle, et il faut des sanctions ». L’ancien Premier ministre letton arrive à convaincre Jean-Claude Juncker, le président de la Commission de la justesse de sa position. Les 20 heures d’avion ont joué. « Une ligne kamikaze ». L’entretien avec les 2 chefs de gouvernement en difficulté ne « s‘est pas bien passé » selon des témoignages intérieurs. L’Italien Renzi a expliqué à Juncker sa ligne :  l’Italie déjà fait beaucoup d’effort, le déficit est ramené sous la barre des 3%, les réformes structurelles sont engagés, que voulez-vous de plus ? Pour Hollande, çà a été plus dur. Car la jauge des réformes côté français semblait faible. Personne ne se fait d’illusion sur le plan Macron qui ne contient pas de réformes capables de générer une réelle réforme de structure.

Juncker revient sur une ligne dure

Résultat, quand Juncker revient à Bruxelles, c’est sur une « ligne dure ». « La France est hors les clous ». Une instruction est donnée aux services : « préparer un texte sanctions ». Mission est donnée à Pierre Moscovici d’aller voir avec Rome et Paris pour qu’ils proposent de nouvelles mesures. Coup de chance. Dombrovskis revient 3 jours dans son pays. Il laisse le champ libre. Les « Mosco » – comme on les appelle à la Commission – remontent le handicap sur les « Dombro », et reprennent la main. « Il a fallu ramer ensuite une semaine pour ramener la balle au centre ».

Le risque d’un message brouillé

Le président Jean-Claude Juncker semble bien conscient que l’arme des sanctions est dangereuse à manier. A peine vient-il d’annoncer un grand plan d’investissement, qui entend marquer un tournant en Europe. Remettre une louche sur les sanctions serait un retour en arrière. Cela risquerait de « brouiller le message » plaident ceux qui ne veulent pas passer aux sanctions. Jean-Claude Juncker vient à peine Tout en examinant à fond les choses. Le vice-président Katainen, ancien Premier finlandais, pourtant classé parmi les durs, se révèle un précieux allié. « Il s’est pris au jeu, de son portefeuille en charge de l’investissement ». La descente économique de la Finlande n’est aussi pas étrangère à cet assouplissement de position d’un homme qu’on avait connu très dur, intransigeant, vis-à-vis des Grecs.

On négocie, Hollande avance des réformes supplémentaires

Le commissaire européen Pierre Moscovici prend son bâton de pèlerin pour discuter avec Rome et Paris. Les téléphones chauffent. On discute et on s’échange des grilles de chiffres, des propositions de réformes, de contreparties. A la manoeuvre, côté français, Bercy et le SGAE (le secrétariat général des affaires européennes), et côté européen, les spécialistes de la DG EcFin, au niveau l’aspect technique ; les ministres Sapin et Macron, et le commissaire Moscovici pour les aspects politiques. Matteo Renzi fait très vite une proposition de réforme supplémentaire, avec une lettre de son ministre des Finances adressée à la Commission (qui « fuit » dans la presse italienne, télécharger Letttre de Padoan ici) et des annexes plus détaillées (avec tableurs et autres propositions).

François Hollande fait, de même, avec une lettre proposant des réformes supplémentaires, à celles présentées en France. La lettre est gardée d’abord discrète. Paris se garde bien de la faire fuiter, comme l’a fait Rome. Différence d’approche des médias mais aussi de pratique politique… Finalement, avec l’accord de Paris, la Commission européenne le publie. Cette lettre, sensée contenir des « réformes qui n’ont pas encore été présentées publiquement en France », ne contient en fait qu’un long récapitulatif des réformes engagées (Réforme territoriale, Pacte de responsabilité, Loi Macron) et se termine par une ode optimiste aux données de l’OCDE : + 3% de PIB à l’horizon … de 10 ans (télécharger Lettre de Valls). Mais, apparemment, Paris a d’autres arguments. Cela convainc le trio Juncker-Dombrosvkis-Moscovici que la solution est proche. L’heure des sanctions s’éloigne…

Oettinger dans le rang des pourfendeurs

Seul, en fait, le commissaire allemand Günther Oettinger (*) campe sur une ligne dure, en droite ligne avec la position de Berlin, du moins de la frange CDU du gouvernement fédéral. Pire, il rompt la règle de la collégialité en se fendant d’une tribune publiée en Allemagne et en France, dans les Echos, pour expliquer pourquoi face au Déficit français : Bruxelles ne doit pas céder ! Une diatribe qui boute le feu parmi les responsables politiques français et passe mal au sein de la Commission. Une « explication de gravure » a lieu entre les chefs de cabinet, qui sont chargés, dans ce type de conflits entre commissaires, de « s’expliquer » franchement mais aussi d’éviter que la situation ne dégénère en conflit politique.

La sanction n’est pas une fin en soi

Finalement, Juncker choisit une ligne consensuelle : rappeler les principes, ne pas sanctionner, et se laisser un peu de temps pour décider. « Cette décision est sage » commente un proche du cercle de décision. « Techniquement, il était difficile d’avoir un avis aujourd’hui. Si à la fin de l’année, l’exécution budgétaire en France, se révèle meilleure qu’on ne le dit. » Et politiquement « c’est toujours mieux d’inciter aux réformes. Les sanctions sont faites pour ne pas être utilisées. Car les sanctions sont un échec pour l’Europe car elle n’a pas réussi à convaincre et un échec pour le pays qui n’a pas réussi à faire des réformes. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Oettinger est en charge de l’Economie numérique. Mais dans ce type de débat, tout commissaire ou son équipe participe à la discussion et peut exprimer ses vues, même si ce n’est pas son dossier. C’est le principe de collégialité, souvent mal compris en France, car ce n’est pas vraiment la pratique ministérielle.

(Maj 28.11 14h avec la lettre de la France à la Commission)

MoscoviciAudition@PE141002

Moscovici trop juste pour sa première audition. Condamné au rattrapage

MoscoviciAudition@PE141002(BRUXELLES2) Pierre Moscovici était attendu au tournant à Bruxelles. Non pas vraiment sur ses compétences mais sur son passé de ministre de l’Economie de François Hollande. Cela n’a pas raté..

Un tir groupé des députés de droite

Durant les trois heures de ce grand Oral, qui a ressemblé davantage à un disque un peu rayé, la plupart des députés (de droite essentiellement) sont revenus inlassablement sur le même sujet, tournant autour de 2-3 questions. « Etes-vous bien placé pour appliquer les règles du pacte de stabilité à tous les Etats ? Comment pourrez-vous garder toute votre objectivité avec la France ? ». Les dés semblaient jetés dès même l’entrée dans la salle du commissaire. Il fallait une victime. Et le Français offrait une proie rêvée.

Commissaire réformiste oui, rigoureux aussi…

Inlassablement, Pierre Moscovici, combatif, très politique, a répondu. « Je ne suis pas ici comme Français mais comme Européen » a-t-il expliqué, en appelant aux mânes de sa famille : « un père roumain et une mère d’origine polonaise, psychanalyste ». De quoi vous prémunir à vie contre la schizophrénie plaisante-t-il pour répondre à des députés insistant sur sa double personnalité. « Je serais un commissaire réformiste » promet-il, mais aussi d’être inflexible. « J’entends appliquer les règles du pacte de stabilité, toutes les règles, pour tous les pays, de façon égale ».

Je n’ai pas violé les règles européennes

Pierre Moscovici a tenu à répliquer, point pour point, aux eurodéputés que la France n’avait pas été trop coulante avec les règles du pacte de stabilité. « Je n’ai jamais violé les règles. Nous avons respecté toutes les règles, en accord avec la Commission européenne. Vous ne trouverez pas un exemple qui puisse m’être reproché dans les actes. » Certes « la France est en procédure de déficit excessif » se justifie-t-il. Mais elle n’était pas seule. Cette procédure concernait « 22 pays sur 28 » et concerne toujours 11 pays…

Attention à ne pas faire du « French Bashing »

Il a mis en garde également certains députés tentés de faire du jusqu’au boutisme. « La France a besoin de l’Europe. Mais l’Europe a besoin de la France, une France forte. Ne faisons pas en sorte d’affaiblir ce pays. Ce qui ne signifie pas de l’indulgence ou manquer de crédibilité. »

La fiscalité, une surprise

Le Français a révélé publiquement qu’il ne s’attendait pas à se voir confier le dossier « fiscalité et douanes ». C’était une surprise. « J’avais rencontré Jean-Claude Juncker qui m’a confié que je serais commissaire chargé de l’Economie et des Finances. Ne le dis pas. Je n’ai rien dit. Mais il y a une chose que je ne savais pas et que je n’ai découvert que lors de la conférence de presse ».

Des gages aux députés

Moscovici a donné des gages aux eurodéputés, en défendant bec et ongles cette politique monétaire à qui il ne trouve aujourd’hui que des vertus. « La politique monétaire est intelligente désormais. Elle donne tout un arsenal de mesures à disposition de la Commission ».

En cours de route, il abandonne l’idée d’une mise en commun de la dette, défendu en son temps par le candidat François Hollande. « Le temps des eurobonds n’est pas venu. Dans le sens où il y a une solidarité entre la dette italienne et la dette allemande. » « Et ce ne sera pas le temps de ce mandat » a-t-il ajouté. Et il se montre un ardent défenseur « de la compétitivité des entreprises (…). Les réformes structurelles ne sont pas là pour faire mal mais pour augmenter le potentiel de compétitivité des économies. »

Il affirme vouloir travailler main dans la main avec ses deux tuteurs, les vices-présidents Katainen (Croissance) et Dombrovskis (Euro), plutôt réputés comme intransigeants. Résumant d’une formule  le défi : « Notre boussole, ce sont nos règles ; notre principe d’action, la collégialité. » .

Mais cette formule (très ENA/ScPo) comme le reste des réponses n’a pas suffi apparemment…

Pas convaincus les députés

Les eurodéputés sortent divisés de l’audition: ceux de droite pas convaincus, ceux de gauche soutenant leur candidat. « La seule chose qu’on lui reproche, en fait, c’est d’être Français et socialiste ». C’est « une prise d’otages » lâche aux journalistes l’eurodéputée socialiste française, Pervenche Bérès. L’UMP Alain Lamassoure n’en démord pas. Pierre Moscovici « n’a pas apporté de réponse crédible sur la contradiction entre ses convictions européennes affichées et sa propre politique économique, qui a conduit la France à demander à deux reprises le report de la date à laquelle elle sera capable d’honorer ses engagements européens ».

Un devoir à la maison

La réunion des coordinateurs de groupe démarre jeudi et sera longue, plusieurs heures. Les groupes de droite (Chrétiens-Démocrates, Libéraux et Eurosceptiques) (ECR, ALDE, PPE) n’en démordent pas. Ils ne veulent pas donner leur quitus à Moscovici.  Plusieurs heures de débat pour un accord provisoire.

Le Parlement demande une série de « clarifications » par écrit, au futur commissaire. Une sorte de devoir de rattrapage à la maison ! Et la décision finale est remise à la semaine prochaine (quand toutes les auditions seront terminées). « Le  jugement final sur sa candidature dépendra de la répartition exacte des tâches entre lui et les deux vice-présidents sous lequel il est placé, Jyrki Katainen en charge de la croissance et de la compétitivité et Valdis Dombrovskis, en charge de la zone euro » confirme Alain Lamassoure.

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : version longue d’un article publié dans Ouest-France ce matin

Lire aussi (sur le Club) : Les 15 engagements de Federica Mogherini face au Parlement européen

Mis à jour : La partie Cinq commissaires en balance a été disjointe pour faciliter la lecture et permettre d’autres développements

Le message de la Commission à François Hollande : les entreprises et le déficit, point.

(BRUXELLES2) Interrogé lors du point de presse de midi sur la leçon des municipales par un confrère, le porte-parole de la Commission a eu ce message à l’adresse de François Hollande et du nouveau gouvernement français, l’incitant à ne pas relâcher les efforts. « Il faut accélérer sur les réformes structurelles pour rendre plus compétitives les entreprises françaises, grandes et petites, pour améliorer la capacité de faire de l’emploi. Et continuer le processus engagé pour assurer la stabilité des finances publiques » a ainsi précisé Simon O’Connor, le porte-parole de Olli Rehn, le commissaire chargé de l’Economie.

Voulant en savoir plus, je lui ai demandé si ce n’était pas un peu court comme réponse. Alors que s’engage la campagne des élections européennes, n’avoir que le mot « compétitivité » et « réduction du déficit » à la bouche est-il porteur de sens ? N’y-a-t-il pas un autre message intelligible pour les citoyens. Le porte-parole n’en a pas démordu. « La question est d’avoir des entreprises compétitives capables de créer de l’emploi, capables d’attirer des investissements, de créer de l’innovation et d’avoir une administration publique plus favorable aux investissements » a-t-il confirmé, ajoutant que « les entreprises françaises n’étaient pas compétitives et avaient malheureusement perdu de la compétitivité ».

Au moins, c’est clair ! Et le nouveau Premier ministre français, Manuel Valls, est averti. Priorité aux entreprises et à la réduction du déficit. Le reste attendra les Européennes. Avec un tel programme, la Commission européenne est en train de pousser les feux du Front national…

La barre de 3% : « pas très scientifique » (Commission européenne)

(crédit : clairefontaine-duisans)

(BRUXELLES2) La barre de 3% du déficit, mentionnée dans le Traité de Maastricht, et utilisée dans toutes les décisions et communications de la Commission européenne, comme la summa division entre les vertueux et les fauchés, a-t-elle du plomb dans l’aile ? Je m’étais enquis du passé de ce dispositif et cherchait donc à savoir comment et quels documents avait fondé la fixation de ce chiffre. C’était quelques minutes avant la conférence du commissaire européen à l’Economie, le Finlandais Olli Rehn aujourd’hui, aux alentours de midi…

Le porte-parole de la Commission, pourtant versé dans les questions économiques, a eu une réponse pour le moins surprenante… « Ohh, c’est très loin tout çà. C’était dans les années 1980, 1990. Non ? Alors… Et, puis, tu sais ce n’est pas vraiment scientifique » !

C’est vrai, après tout, ce n’est qu’un nombre, sans même trois chiffres après la virgule 🙂

Après le miel, le vinaigre ?

Bruxelles attend de Paris non pas juste des mots et des promesses mais de vrais engagements

 

La Commission ne rase pas gratis !

La Commission européenne vient de donner 2 ans de plus à la France pour faire passer son déficit au-dessous de la sacro-sainte barre des 3%. Mais « ce n’est pas deux ans gratuit » comme l’a confirmé au Canard un porte-parole de l’exécutif européen. « Retrouver la croissance, ça ne vient pas tout seul. Il ne suffit pas sauter comme un cabri en disant croissance, croissance, croissance ! Il faut engager des réformes de fond, de structure

Et, pour l’instant, le compte n’y est pas. « Des réformes ont été engagées, sur le marché de l’emploi par exemple. Cela va dans le bon sens ». Mais c’est un peu lent au goût des experts européens…

Du plus lourd

La Commission voudrait du « un peu plus lourd » et un « peu plus rapide » : réforme de l’assurance chômage, de la fiscalité sur le travail, emploi des jeunes, des seniors, etc. Un chantier immense et des réformes pas très populaires dans l’électorat socialiste. « Deux ans, c’est court. Et nous savons que ces réformes mettent un certain temps avant de produire un effet. »

La clémence a des limites

Il n’y aura pas de rab ! prévient notre interlocuteur. « Nous prenons le gouvernement français au mot. Vous voulez de la croissance. Ok. Prouvez-le. » Pas question donc d’autoriser un dérapage jusqu’aux prochaines élections, en 2017. « C’est deux ans pas plus. »

… mais qui n’est pas déintéressée

Cette soudaine clémence de la Commission Barroso s’explique par un fait économique… et de petits calculs politiques. L’économie de la France est stratégique aujourd’hui. Si l’hexagone tombe en récession, la situation sera encore plus difficile pour ses principaux partenaires, l’Espagne et l’Italie, par exemple, déjà en mauvaise situation. Et le redémarrage de l’économie européenne entravé. Pour José-Manuel Barroso qui termine son second mandat l’année prochaine, et cherche encore son point de chute, ce serait signer là 10 années de présence à Bruxelles sous un signe catastrophique. Et il a besoin de l’aval de Paris pour ses prochaines ambitions : président du Conseil européen par exemple.

Ça va faire mal !

Ce que veut la Commission et ce qu’elle entend répéter dans son rapport remis dans à la fin du mois de mai ? C’est ce qu’elle a toujours défendu : une diminution de la pression fiscale, une meilleure efficacité de l’État et une concurrence plus importante dans certains secteurs.

Bruxelles entend ainsi plaider pour un allègement du coût du travail. « La pression fiscale du travail » est trop forte. Cela pèse sur la « rentabilité des entreprises et à plus long terme sur les investissements ».

Pan pour Pôle emploi

Le marché du travail est encore trop « cloisonné ». Le service public de l’emploi « en France n’est pas très efficace », souligne-t-on dans l’entourage du commissaire chargé de l’Emploi. Et pan pour Pole Emploi ! Le nombre de contrats d’apprentissages est trop léger. Et « nous attendons toujours que la France mette en place l’initiative jeunes ». C’est-à-dire qu’elle offre à tout jeune un parcours de formation ou d’emploi.

Autre secteur dans la ligne de mire, les dépenses sociales. La non-dégressivité des allocations chômage pour les travailleurs les plus âgés, par exemple, est pointée du doigt. Et la retraite à 60 ans est un chiffon rouge pour les experts européens qui estiment que la durée de la vie active doit, au contraire, être augmentée…

Enfin, Bruxelles estime en effet que dans certains grands secteurs comme l’électricité ou le transport ferroviaire, la concurrence est faible et les entraves à la concurrence trop nombreuses.

Les socialistes vont pouvoir encore avaler quelques couleuvres.. !

Du coût de l’opération Serval aux critères de Maastricht

(BRUXELLES2) Les impératifs financiers et l’engagement militaire français au Mali (opération Serval) paraissent des questions très éloignées. Et pourtant… Les objectifs de ramener le déficit à moins de 3% en 2013 seront très difficiles à tenir pour le gouvernement Hollande. Et avec ce retard va revenir la question de l’imputation sur le déficit de certaines dépenses structurelles – comme celle de la défense – ou celles conjoncturelles – le surcoût des opérations extérieures (*).

L’intervention au Mali en est la démonstration la plus frappante. La France intervient certes en national mais dans le cadre des Nations-Unies et dans le cadre européen. L’Union européenne ayant marqué à plusieurs reprises sa préoccupation sur la question sahélienne. Elle exécute d’une certaine façon pour son compte des opérations que ne veulent pas prendre en charge, ou n’ont pas voulu prendre en charge, les autres pays européens.

L’affaiblissement des budgets de défense, continuel, rend en effet nombre d’armées européennes incapables de participer de façon importante à certaines opérations de stabilisation ou de maintien de la paix, tout simplement pour des raisons budgétaires. Il n’est pas irraisonnable d’ouvrir, un jour, ce débat… même s’il risque de ressembler à une boite de Pandore. Pourquoi cette opération et pas les autres (par exemple l’Afghanistan, Kfor et Eulex au Kosovo) ? Pourquoi la défense et pas d’autres secteurs ?

(*) Le ministre de la Défense mentionnait le chiffre de 30 millions d’euros pour les 7 premiers jours. On peut compter, selon une première estimation grossière (en faisant tourner les tableurs « maison »), que cette opération pourrait couter plutôt entre 150 et 300 millions d’euros.

Le coup de gueule de Jean-Paul Gauzès

Quand un eurodéputé se lâche, abandonne la langue de bois, dit franchement ce qu’il pense… c’est la fête pour les journalistes mais aussi pour tout le monde (article publié sur Ouest-France.fr)

Au Parlement européen, à Strasbourg, devant quelques journalistes (dont Ouest-France), l’eurodéputé Jean-Paul Gauzès, s’est lâché sur les récentes élections, sur la situation de la Grèce aujourd’hui, sur le fonctionnement de l’Europe et sur le lobbying des Etats. Le maire de Sainte-Agathe-d’Aliermont (Seine Maritime) est un des deux rapporteurs sur le « TwoPack » le paquet législatif visant à resserrer la coordination économique entre pays de la Zone Euro. Et il ne mâche pas ses mots. Dans son rapport figure en effet une proposition qui a fait mouche. L’État qui aurait des problèmes de trésorerie serait placé sous « protection » avec suspension de certaines clauses du crédit, le temps qu’il puisse redresser et assurer à nouveau le paiement de ses traites. Un peu comme les entreprises en faillite… Mal lui en a pris ! Verbatim…

La proposition de Gauzès : « donner du temps au temps »

« J’ai proposé de mettre en place une protection juridique pour les États en difficulté. Car aujourd’hui regardez ce qui se passe en Espagne. Ce pays n’a pas le temps d’appliquer les mesures que les gens (les marchés) les sanctionnent. Il faut « du temps au temps » comme disait Mitterand. »

La protection juridique : « un truc de maires ruraux »

« Quand vous construisez une maison, vous mettez d’abord des conforts, le temps que le béton soit solidifié, pour éviter qu’il vous tombe sur la tête. Voilà c’est tout. C’est simple. C’est çà ce que je propose. C’est un truc de maires ruraux. Une protection pour l’État en difficulté. »

La situation en Grèce : « c’est la Somalie (et) demain, la dictature »

« Allez en Grèce, vous allez voir des photos qui vont ressembler à la Somalie… Les fonds mis aujourd’hui à disposition de la Grèce suffisent à peine à honorer les échéances financières, il n’y a pas de marge pour faire autre chose … Il n’y a pas d’État, pas d’administration, pas de fiscalité… Dans la campagnes, les gens vont encore pouvoir s’en sortir. Mais dans les villes, il n’y a rien pour faire face. (…) Nous risquons de nous retrouver demain avec une dictature. »

Quand le lobbying s’exerce

« J’ai subi des pressions de toute part. L’ambassadeur (français) m’a appelé. Le directeur du Trésor m’a écrit personnellement « vous travaillez bien mais bon sur çà il vaut mieux éviter ». J’ai eu une demi-heure de tête à tête avec Herman Van Rompuy « il ne faut pas que vous venez perturber le jeu » (NDLR le président du Conseil européen). Le gouvernement espagnol a téléphoné aux députés espagnols pour leur dire de ne pas voter ce truc. Le gouvernement portugais a fait pareil. Même la Commission s’y est mise. Le chef d’unité de la Commission européenne a fait du « phoning » comme on dit en marketing, il a appelé un à un tous les députés de la commission pour les convaincre du danger de ma proposition…(…) Comme tous ces gens étaient intelligents, je me suis dit, ils ont raison, j’ai failli l’enlever. Finalement je ne l’ai pas fait. »

La façon dont la crise est gérée : « ça vous fout la trouille »

« Ça fait trois semaines que çà s’est passé. Et depuis, je n’ai plus entendu personne de ceux qui disaient que çà allait détruire la finance internationale. Je m’attendais à être engueulé. Non rien ! (…) J’ai même reçu hier un message du chef d’unité de la Commission européenne qui il y encore peu disait que je disais des conneries, pour reprendre contact comme si de rien n’était. Alors écoutez, Quand on voit comment c’est géré, franchement, ça vous fout la trouille… »

Le dernier sommet européen : c’est indécent !

« Avoir un simple dîner de 19h à 2h du matin, alors qu’on est en pleine crise, c’est indécent. Quand il y a des choses aussi sérieuses, on se retrouve pas pour une « bouffe » où chacun autour de la table n’a que quelques  minutes pour parler. Nous savons tous comment cela se passe et se prépare. Les communiqués sont préparés à l’avance. Et chacun arrive ensuite dans sa capitale, en disant que c’est une grande victoire, et qu’il a réussi à changer trois mots. Hollande est heureux d’avoir réussi à mettre le mot « croissance ». C’est merveilleux ! Mais après… Quand la maison est en péril, on ne réunit pas un conseil municipal autour d’un dîner. On se réunit à la mairie. Et on ne se quitte tant que la situation n’est pas réglée. Combien de sommets de la dernière chance n’a-t-on pas eu depuis ces deux dernières années ? C’est du blabla, de la mise en scène. Et le prochain sommet (fin juin) risque d’être pareil. C’est çà le problème… Et nos concitoyens le voient bien. »

Le problème de l’Europe : savoir « anticiper »

« Le vrai problème de l’Europe, aujourd’hui, c’est le processus de décision politique. Il faut anticiper et arrêter de faire du suivisme ou un énième sommet de la dernière chance pour ne rien décider. Il faut davantage d’Europe et mieux d’Europe. (…) Ces gens-là sont trop intelligents. Et surtout il y en a trop qui décident. »

• Les Eurobonds : « pas un remède miracle »

« Les Eurobonds, c’est pas idiot mais c’est pas un remède miracle. Ce ne sera possible qu’à terme quand les États auront la même stabilité financière, les mêmes taux et la même crédibilité.  Aujourd’hui c’est risqué. Premièrement, ce sont les mêmes en fait qui ont foutu la finance privée à plat par des trucs sophistiqués, compliqués, et du vent en fait, qui sont en train de conseiller les États dans le même sens. Deuxièmement, les Eurobonds, c’est une mutualisation des émissions obligataires. Clairement, quand un État a besoin d’argent, au lieu d’emprunter tout seul, il fait un emprunt groupé avec les autres. L’idée, c’est de dire que ça coûtera moins cher ensemble. En fait, ce qu’on ne dit pas c’est que ça va peut-être coûter moins cher pour ceux qui empruntent très cher actuellement (les Grecs, les Espagnols). Mais ça coûtera plus cher pour ceux qui empruntent à faible taux (NDLR : les Allemands, les Français, les Belges…). Standard & Poor’s (la principale agence de notation financière) avait averti, il y a un an déjà, qu’avec ce système, ils prendraient le taux le plus cher du maillon le plus faible de la chaîne solidaire. Le dernier risque, cela reste un emprunt. Il faudra bien les rembourser un jour. Il y a une solidarité des débiteurs. S’il n’y a pas les sous, c’est l’autre qui paie à votre place. Est-ce que vous allez emprunter solidairement avec quelqu’un qui est au chômage et n’a pas un rond ? Si vous êtes généreux, vous pouvez le faire, mais il faut savoir que vous paierez pour lui. Ce n’est pas de la solidarité, c’est de la charité. Il vaut mieux le savoir à l’avance. »

Traumatisé par le résultat du FN dans la commune et un coup de tacle à Sarkozy

« J’ai été secoué. Dans ma commune, Marine Le Pen a fait plus de 40% au premier tour des présidentielles. Et aux législatives, avec un candidat à peine connu, elle arrive davantage que le candidat de l’UMP ou du parti socialiste. C’est frappant ! (…) Voilà c’est ce qui arrive quand vous faites campagne en disant que « çà ne marche pas mais que si vous êtes réélu vous ferez ce que vous n’avez pas fait durant cinq ans ». On fait le lit de ceux qui, justement, dénoncent que rien ne marche (les populistes, l’extrême droite). »

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde