Soldats turcs en entraînement (crédit : EUFOR Althea)

Les Turcs… à la cantine. Le coup d’etat manqué bouleverse les plans d’EUFOR Althea

Soldats turcs en entraînement (crédit : EUFOR Althea)

Soldats turcs en entraînement (crédit : EUFOR Althea)

(BRUXELLES2) Le coup d’Etat manqué en Turquie a quelque peu déstabilisé l’opération de… stabilisation de l’UE en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea), gérée en commun avec l’OTAN (1).

L’opération compte, en effet, un contingent turc non négligeable de l’ordre d’une compagnie, soit un bon quart de l’effectif environ (2). Pendant les quelques heures de flottement du coup d’état, s’est posée la question de la disponibilité des troupes. 

Nous avons interrogé le QG d’EUFOR qui n’a pas voulu confirmer l’information mais ne l’a pas démentie non plus, préférant s’en tenir à un message formel du commandant :

The Turkish Contingent in EUFOR are professional soldiers and carry out their regular duties under EUFOR Command. They continue to contribute along with another 20 Nations in BiH, all focused on Capacity Building and training and providing a Safe and Secure Environment.

Selon nos (autres) informations, le commandant de l’EUFOR (COMEUFOR) a cependant demandé aux Hongrois (environ 200 militaires) présents à Sarajevo qui s’apprêtaient à rentrer au pays, de stopper immédiatement leur retour, le temps d’y voir un peu clair. La situation en Turquie s’étant « éclaircie », l’astreinte a été levée et le contingent hongrois a pu rentrer au pays (3). 

Commentaire : Même si la compétence des soldats turcs ne peut être remise en cause, la fiabilité de l’engagement des forces turques dans des opérations multinationales comme EUFOR Althea risque d’être compromise, au moins dans les prochains mois. Les purges effectuées dans les forces turques pourraient, en outre, avoir pour effet de déstabiliser et compromettre l’engagement turc en externe. La question de la recherche de solutions alternatives va donc devoir se poser rapidement aux responsables de l’OTAN comme de l’Union européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Sous le format Berlin Plus, la chaîne de commandement est mixte. Le commandement de l’opération est assuré par le D-Saceur (le général britannique Sir Adrian Bradshaw) au SHAPE (le commandement suprême de l’OTAN) tandis que le commandement de la force est assuré par un militaire de l’UE, le général autrichien Friedrich Schrötter. Lire : Les accords de Berlin Plus (2015)

(2) L’opération n’a plus qu’un effectif de moins de 600 hommes.

(3) A noter qu’EUFOR Althea dispose d’une force de réserve intermédiaire qui est stationnée dans le pays d’origine. En l’occurrence, une unité des forces hongroises (de la taille d’une compagnie) reste en alerte en Hongrie.

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Une compagnie du battlegroup européen perdue dans la bataille de Crimée

(BRUXELLES2 – exclusif)Logo BeretsNoirs@Ukr La force de réaction rapide de l’Union européenne (battlegroup) a perdu une compagnie ! Ce n’est pas une blague. Cela s’est fait très discrètement… Et pour cause. Personne ne semble très pressé de s’en vanter au niveau européen et ukrainien. Car la situation reste encore un peu confuse.

La faute à Poutine !

La cause : l’intervention russe en Crimée. Qualifiée d’ « Annexion illégale » selon les Européens, de « retour naturel » dans le bercail russe par Moscou, elle a entraîné une perte dans la composition du battlegoup. Les fusiliers marins ukrainiens qui participaient au battlegroup européen, dirigés par la Grèce (le Helbroc), ont disparu dans la « bataille ». La situation est particulièrement confuse à Kiev. Mais, de fait, il semble bien qu’une partie de ces effectifs soient aujourd’hui passées, avec armes et bagages, côté russe, comme la grande majorité des forces ukrainiennes basées en Crimée (lire sur le Club : Défaite en Crimée. Le ministre ukrainien de la Défense remplacé).

L’Ukraine se retire

Ayant posé la question au chef du comité militaire de l’UE, le général de Rousiers, celui-ci a reconnu cette évolution. « Le Chef d’Etat major ukrainien a écrit que, compte tenu des circonstances, il retirait sa contribution de l’Ukraine à ce groupement tactique » a-t-il précisé en réponse à une question de B2. De la même façon, l’Union européenne ne compte pas vraiment sur les Ukrainiens pour une autre participation à l’opération anti-piraterie Eunavfor Atalanta, comme envisagé un moment. « On peut comprendre qu’en pareilles circonstances, ils veulent attendre avant d’aller plus loin dans leurs coopérations » explique le général. Mais celui-ci se veut rassurant. « Le battlegroup de l’UE est toujours opérationnel. Le chef d’Etat-major grec me l’a confirmé. » De fait, c’est la Grèce « en tant que nation-cadre, qui a décidé d’augmenter sa contribution » afin de combler le contingent manquant.

Commentaire : Une première pour un battlegroup condamné à rester à quai

1° Une première… C’est la première fois qu’un pays fait défection en cours de route. Cela va sans doute obliger à regarder avec un peu plus de circonspection dans l’avenir ces coopérations extérieures qui n’ont pas que des avantages…

2° … sans conséquence concrète. De toute façon, il n’a jamais été question de faire intervenir, quelque part dans le monde, la force de réaction rapide de l’Union européenne. Ce n’est bien sûr pas la version officielle, c’est de la « RealPolitik » européenne. Les difficultés politiques habituelles — la nécessité d’une double unanimité (*) et le faible entrain des Européens à utiliser la force — même dans le cadre d’une mission de maintien de la paix autorisée et demandée par l’ONU (*) —, il y a aujourd’hui une notion très concrète qui cloue le battlegroup à terre : les sous ! Restrictions budgétaires et absence de solidarité financière européenne obligent, le « Helbroc » restera à quai. La belle ambition de François Hollande, affichée au sommet de décembre, s’est évanouie … L’arrivée des Belges (avec les Néerlandais, Allemands et Luxembourgeois) au tour de permanence pourrait faire évoluer cet état des lieux. A condition que la donne politique change…

Si on était un peu ironique (B2 l’est rarement ;-), on pousserait un peu… la roue de l’histoire… Passés maintenant sous drapeau russe, ces fusiliers marins pourraient être très utiles, en Centrafrique par exemple. Poutine pourrait ainsi proposer une contribution à EUFOR RCA (bien que la Russie soit un des seuls pays à ne pas avoir été sollicités par les Européens). Une compagnie de plus serait bien utile sur le terrain, comme le confiait le général Pontiès récemment. Il n’y aurait d’ailleurs presque pas besoin d’accord de participation. Il suffirait en soi de réactiver l’accord de participation signé avec la Russie… en 2008, en pleine intervention de Géorgie, pour leur participation à EUFOR Tchad RCA (***).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) unanimité des 27 pour envoyer le battlegroup et unanimité des pays participant à la force

(**) Cf. le Congo en 2008, la Rép. Centrafricaine aujourd’hui

(***) Le nom étant à peu près le même qu’aujourd’hui, le tour est joué. Une astuce juridique que j’emprunte aux juristes de l’UE qui ont joué, assez finement d’ailleurs, cette carte pour éviter de signer un nouveau SOFA (accord de protection des forces) avec le gouvernement de la Rép. centrafricaine (RCA) sur l’opération EUFOR RCA 2014, estimant que l’accord de 2008 était toujours… actif ! (l’imagination au pouvoir !).

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