Deux pilotes se dirigent vers les Mirage 2000D sur la base de Solenzara - opération Harmattan (crédit : DICOD / EMA - archives B2).

Série d’été – les mails d’Hillary. Libye 2011, Quand Français et Britanniques réfléchissaient à la scission du pays

Deux pilotes se dirigent vers les Mirage 2000D sur la base de Solenzara - opération Harmattan (crédit : DICOD / EMA - archives B2).

Deux pilotes se dirigent vers les Mirage 2000D sur la base de Solenzara – opération Harmattan (crédit : DICOD / EMA – archives B2).

(BRUXELLES2) Les mails de l’ancienne secrétaire d’État américaine Hillary Clinton – publiés par le Département d’Etat US – sont une vraie mine d’or pour celui qui enquête sur la géopolitique moderne. C’est la série d’été de B2…

Sur la période de la crise en Libye en 2011, ces échanges électroniques révèlent (ou confirment plutôt) que la division de la Libye en deux entités distinctes non seulement était envisagée mais potentiellement souhaitée par certains acteurs clés du conflit, notamment français et britanniques, voire égyptiens.

Diviser pour mieux régner ?

Nous sommes le 8 avril 2011 — l’opération des alliés, surtout Français et Britanniques est entamée depuis à peine un mois et semble s’enliser (lire :  Un mois après le début de la campagne libyenne, quel bilan ? Pourquoi çà traine ?). Un haut fonctionnaire du Conseil National de Transition (CNT) de Libye avertit la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton « Français, Anglais et d’autres pays européens seraient pleinement satisfaits avec une situation d’impasse qui laisserait la Libye divisée en deux entités rivales ». La méfiance semble de mise dans les rangs du CNT. Un haut fonctionnaire militaire informe ainsi les services américains de ses doutes, « ni les Français, ni les Britanniques ne fournissent suffisamment d’aides pour contrer les forces de Kadhafi ». Suspicieux, les leaders de l’opposition envisagent même à cette époque « d’engager des firmes privées pour fournir entrainement au combat et pour organiser leurs forces ».

La frustration de Nicolas Sarkozy

Dès le début de l’intervention armée (opération Harmattan pour les Français, Ellamy pour les Britanniques), une source européenne informe les Américains que « le commandement militaire français anticipe l’effondrement total de la structure militaire libyenne pour la semaine suivante ». Mais à partir de mars 2011, il devient très difficile d’obtenir des informations provenant du terrain. Ce qui d’après les informations américaines a eu le don d’agacer l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, de plus en plus « frustré » par cette situation. Une source bien informée souligne que le président français « exerce une pression afin que France émerge de cette crise comme le principal allié extérieur quel que soit le gouvernement qui prendra le pouvoir » en Libye (NB: le 18 mars, Sarkozy est un des premiers a reconnaitre publiquement le CNT comme l’autorité légitime).

Le flegme britannique

Plus pragmatiques, les Britanniques eux ne fondent pas leurs objectifs sur un prétendu prestige qui découlerait de la « protection des populations civiles ». Celle-ci n’est qu’un moyen pour la défense des intérêts du Royaume en Libye.

Informée par des hauts fonctionnaires militaires du Conseil National de Transition de Libye, Hilary Clinton apprend dès mars 2011 l’état des tractations des services de renseignements franco-britannique. Sur le terrain, « en dépit de l’intervention de l’OTAN contre les forces de Kadhafi, le gouvernement britannique utilise ses services de renseignement dans le but de dicter le comportement à la fois du CNT et Kadhafi » affirment des hauts gradés du CNT. 

Les tractations britanniques auprès de Saif Al-Islam Kadhafi mettent en évidence la planification des relations futures si ce dernier succède à son père à l’issue du conflit qui embrase le pays en 2011. Ces mêmes sources informent les Américains que « les services diplomatiques et de renseignement maintiennent des contacts avec les membres du gouvernement de Kadhafi ». La fuite au Royaume-Uni du ministre libyen des Affaires étrangères, Moussa Koussa n’est pas un hasard…

(Johanna Bouquet)

La mission européenne en Libye d’assistance à la sécurité. Il faut aller vite (Ana Gomes)

un check point en Libye lors de la visite de la délégation du parlement européen (crédit : PE / Arnaud Danjean)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Ana Gomes, qui a participé à la visite des « Cinq » en Libye, que j’ai rencontrée dans les couloirs du Parlement européen abonde dans le sens d’Arnaud Danjean sur la nécessité d’aider « très vite » les Libyens à restructurer leur force de sécurité (lire : De retour de Libye, les eurodéputés appellent l’Europe à accélerer le mouvement. Une mission DDR/SSR ?).

Les milices, un facteur de sécurité

Il existe des plans pour avoir une police de 25.000 hommes et une armée de 25.000 hommes également. « c‘est bien ». Mais cela prendra du temps. Il faut agir maintenant » explique-t-elle. Quant à supprimer les milices, ce n’est tout simplement pas possible. « Les milices armées sont aujourd’hui le seul facteur de sécurité. Cela peut apparaître paradoxal. Mais c’est la réalité. En même temps, ces mêmes milices peuvent aussi être sources d’insécurité, tout simplement car elles sont elles-mêmes insécurisées sur leur avenir ; elles ne sont pas toutes payées. Etc »

Les Libyens demandeurs

Pour l’eurodéputée portugaise socialiste, il est donc plus qu’urgent d’aider les Libyens à construire leur propre force de sécurité. « Ils ont besoin de nous. Ce n’est pas comme les Egyptiens, les Libyens nous le demandent. Nous ne pouvons avoir des missions qui se rendent sur le terrain puis rentrent. Je viens de l’expliquer à Pierre Vimont (Nb : le responsable du service diplomatique européen). Il faut avoir des gens sur place. Des spécialistes qui, dans chaque administration – là où le veulent les Libyens -, constituent des « task forces » pour structurer ces forces de sécurité, entraîner les hommes. Il faut le faire de façon rapide. » Catherine Ashton, la Haute représentante, doit prendre une initiative forte sur le sujet, et rapidement.

Non à la fermeture du bureau de Benghazi

L’eurodéputée souligne enfin combien ce serait une « bêtise de fermer le bureau de liaison technique à Benghazi. » L’homme qui le dirige a acquis une véritable expertise. « Il a tissé des liens, connait tout le monde » dans cette Libye nouvelle.

Lire également : Le chef de bureau de liaison à Benghazi nommé

De retour de Libye, les eurodéputés appellent l’Europe à accélerer le mouvement. Une mission DDR/SSR ?

visite en Libye, 13 février 2012 (crédit : PE / Arnaud Danjean)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) A quelques jours de la célébration du premier anniversaire de la « révolution libyenne » (le 17 février), une mission du Parlement européen était en Libye durant plusieurs jours.

Une visite très instructive pour les cinq eurodéputés de la sous-commission Défense (*) qui ont pu rencontré les principaux responsables politiques du pays : le Président du Conseil National de Transition, Abdul Jalil, puis le Premier Ministre et les principaux membres du gouvernement libyen, ainsi que le chef d’Etat major de la nouvelle armée libyenne. La mission ne s’est pas contentée d’aller à Tripoli. La délégation s’est également rendue à Benghazi, lieu d’origine de la rébellion, pour rencontrer les chefs tribaux & membres du CNT. Et, en début de mission, des entretiens ont eu lieu avec les acteurs internationaux ainsi que les « brigades » de Zintan & Misrata.

A son retour de mission, B2 a pu s’entretenir – d’abord par téléphone puis de visu – avec Arnaud Danjean, le président de la sous-commission Défense, qui a bien voulu nous confier ses impressions, sur ce qu’il a vu sur place, « impressions globalement partagées par les autres membres de la délégation », précise-t-il.  L’eurodéputé soutient également pour une présence plus développée de l’Union européenne dans le pays, notamment au plan de l’assistance aux réformes de sécurité, à la démocratie et à la santé.

La situation sécuritaire, maitrisable – la démocratie, un défi culturel

Pas de chaos, mais un risque futur

Concernant la sécurité, « Je n’ai pas trouvé le chaos décrit parfois. On n’est pas réveillé toutes les nuits par des tirs de katiouchas ou de kalachnikovs » a expliqué l’eurodéputé à B2. Certes « Les Katibas quadrillent le terrain. Et aucune ne veut désarmer avant l’autre, sans d’avoir des garanties de transition politique. On se retrouve donc plutôt avec une juxtaposition de milices armées qui tirent leur légitimité des combats et se partagent le terrain. Mais on assiste peu de clashs entre elles, peu d’affrontements. Il y a beaucoup de sensationnalisme. » « Cela peut arriver bien sûr. La situation n’est pas satisfaisante sur la sécurité intégrée, l’armée et la police partent de zéro. C’est tout le défi de réintégrer ces ‘katibas’ dans les structures régulières. »

Pour une situation post-conflit, c’est raisonnable

L’eurodéputé – qui en a vu d’autres -, relativise d’ailleurs l’effet de désordre parfois décrit. « Par rapport à d’autres situations post-conflit, au chaos qu’on a trouvé en 2001 et qu’on trouve toujours en Afghanistan, ou au Kosovo, en 1999, après le retrait des Serbes, on est en Libye dans le domaine du raisonnable. »

Son atout, sa richesse

Et, puis, la Libye a un énorme atout. « C’est un pays riche. Et çà se sent. Même si cette richesse est mal répartie, surtout en matière d’infrastructures. Ainsi si Tripoli et sa région sont assez bien dotées en eau et électricité, l’Est du pays avec Benghazi, l’est moins. (…) C’est un grand pays géographiquement avec peu d’habitants. »

Le déficit de culture démocratique

En revanche, sur le plan démocratique, nous sommes face à un problème vraiment culturel. « Il n’y a jamais eu en Libye d’élections, même factices. Il y a un manque ce qu’est un débat démocratique, une campagne électorale. Deux générations de Libyens ne savent même pas ce que c’est que mettre un bulletin dans une urne. » Malgré, tout, il y a une société civile vivante. Beaucoup de gens sont engagés, il y a des médias. On sent une effervescence mais aussi une absence de savoir faire qui reste criant. Il y a une grande soif de liberté. Mais ils ne sont pas habitués humainement à cela » « Comment faire fructifier cette liberté retrouvée, ce besoin démocratique, c’est toute l’ampleur de ce défi. »

L’influence islamiste, réelle mais difficile à saisir

C’est un défi, reconnait Arnaud Danjean. « Saisir la réelle influence islamiste » est une difficulté. Car « Beaucoup avancent masqués » Cette influence existe sans nul doute ; mais peut-être pas là où on le pense. « Il faut relativiser la puissance des Islamistes et leur influence. Ainsi l’influence de Abdelhakim Belhadj à Tripoli est sans doute surestimée. Toutes les autres milices nous disent que ce n’est pas un problème. Et qu’on peut « en finir » avec lui rapidement si nécessaire. »

En revanche, il est plus inquiet sur l’est du pays. « Benghazi est, sans doute, plus islamiste (NB : par tradition). C’est d’ailleurs un paradoxe. Car c’est de là où tout est parti. Et on y sent un bouillonnement libéral ». Attention cependant « Il y a un ressentiment à Benghazi, qui voient les Européens quitter la ville pour Tripoli, et redoutent d’être marginalisés dans l’avenir comme ils l’avaient déjà été dans le passé sous Kadhafi. Il faut faire attention à ne pas laisser développer une amertume. (Sinon) les islamistes pourraient rafler la mise ».

Ce que peut faire l’UE : les cinq recommandations des eurodéputés

(crédit : PE / Arnaud Danjean)

Les eurodéputés comptent écrire à la Haute représentante, Catherine Ashton, pour lui demander d’agir de façon plus déterminée et d’accélérer la réflexion sur ce qui peut être fait aujourd’hui en Libye. La plus urgente des tâches est la mise en place d’une mission légère de démobilisation et réintégration pour la police et l’armée (DDR) comme de structuration des administrations de sécurité (SSR). « C’est maintenant qu’il faut accompagner la transition en Libye, au niveau démocratique et de la sécurité. On a été très présent lors de la crise ouverte. Maintenant que cette crise étant moins présente, il serait abberrant de ne pas être présent ». Mais il y a d’autres tâches également à effectuer, notamment au plan démocratique et de la société civile

1. Mission d’assistance à la démobilisation et à la structuration administrative (DDR/SSR).

« La juxtaposition de katibas peut dégénérer. Même si elle n’est que potentielle, la menace demeure. Il nous semble urgent, d’aider les Libyens dans la transition. » Une mission européenne devrait assister les Libyens dans le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) – « même si c’est une DDR atypique » – de réforme des structures de sécurité (SSR), et « surtout les aide à structurer leur administration ». Le tout pour répondre à l’hiatus libyen « On a des gens plutôt bien qualifiés au niveau politique supérieur — le chef d’Eat major sait de quoi il parle, le Vice Premier ministre est très bon — des gars sur le terrain motivés. Mais il n’y a pas d’administration, pas d’échelon intermédiaire. Jusqu’à présent, tout était centré autour de la personne de Kadhafi, il n’y avait pas d’administration. C’est çà qu’il faut reconstruire. C’est un défi. (…) Il y a un véritable besoin d’une force de police, cohérente, structurée, loyale, étatisée. » 

Cette mission européenne pourrait être légère : « une quarantaine de personnes au plus, des civils de bon niveau, des experts en matière de police ou d’administration (des préfets par exemple). Il n’y a pas besoin de beaucoup de personnel. » Et d’ailleurs, une bonne partie de l’assistance pourrait se dérouler hors de Libye. « Certains Etats pourraient contribuer en accueillant dans leur académie policière et militaire de quelques cadres libyens ou en envoyant des formateurs ». Mais pour les eurodéputés, cela doit être une « mission de la PSDC » (la politique européenne commune de sécurité et de défense commune). « Il faut avoir un pilotage politique fort et une certaine cohésion que seule apporte une mission PSDC ».

L’eurodéputé avertit. « Il n’y aura pas de boots on the ground. » C’est un point fondamental pour les Libyens, il importe de « veiller à bien préserver la souveraineté des Libyens. Les Libyens sont très soucieux (sur ce point). Il y a une grande susceptibilité dans l’appropriation du processus. On ne peut rien faire sans qu’ils ne nous le demandent expressément. Il faut être très attentif à cela. »

2. La gestion des frontières

Décidée à la conférence de Paris – où les Européens se sont vus confier par la communauté internationale et l’ONU cette fonction – la mission avance « lentement ». « Un processus « très lent », à la fois du fait des Européens et des Libyens. Des premières missions d’évaluation et d’expertise « sont sur le terrain actuellement ». Mais le résultat ne sera pas connu « avant mai ». Et on ne peut espérer un démarrage de la mission « avant juillet » (NB : en étant très optimistes). « C’est un enjeu très lourd. » Il faut « accélérer le mouvement » soulignent les eurodéputés.

3. Un consulat européen à Benghazi.

« Au niveau des Etats membres et du service diplomatique, il faut réfléchir à maintenir une présence européenne, que ce soit par quelques Etats ou de manière multilatérale. Le bureau technique de l’Union européenne a fait un excellent travail. Pourquoi ne pas transformer cet essai en créant une structure regroupant les diplomates européens et des Etats membres, dans un consulat européen à Benghazi pour la zone Schengen. » C’est un geste politique mais répond aussi à un besoin très concret. « Pour les habitants de Benghazi, c’est compliqué et couteux d’aller à Tripoli pour obtenir un visa vers les pays européens. »

4. Assistance démocratique et électorale

Il faut assister et encourager la société civile vers la démocratie Les élections sont prévues pour juin. « Quatre mois cela peut paraître court. Mais on est actuellement dans un vacuum démocratique. Peut-on tenir longtemps sans une légitimité démocratique. Il faut un processus de légitimation démocratique rapidement. » Les Libyens sont « d’accord sur cette mission. Ils veulent même qu’elle soit installée très tôt, très en amont, pour assister le débat démocratique et aider à la culture démocratique ».

5. La santé

Il y a eu « énormément de blessés. Et des villes comme Misrata ont juste 30 lits d’hôpitaux. » Du coup, se développe en Libye, « une contrebande d’exportation médicale » « Beaucoup de Libyens nouent avec des pays européens des accords. Tout çà n’est pas centralisé et donne lieu à un certain trafic. » Il faut donc mettre un peu d’ordre. Il y a sans doute aussi « une aide d’urgence à accorder. Et des infrastructures dans le secteur hospitalier à développer. »

(*) La délégation était composée de A. Danjean (PPE, France, président de la sous-commission défense), A. Gomes (S&D, Portugal, rapporteur « Libye »), Jelko Kacin (ALDE, Slovénie), Pier Antonio Panzeri (S&D, Délégation UE-Magreb),  José Ignacio Salafranca (PPE, Espagne, coordinateur PPE aux Affaires étrangères).

Le rôle de l’OTAN dans l’attaque du convoi de Kadhafi

(BRUXELLES2) L’Alliance a dans son bulletin quotidien confirmé de façon détaillée avoir attaqué un convoi de nombreux véhicules, lourdement armé, mais dénié qu’elle savait que Kadhafi se trouvait à bord à ce moment là.

Une première frappe disperse le convoi

Jeudi, à environ 8h30 heure locale, un avion de l’OTAN a frappé « 11 véhicules militaires armés qui faisaient partie d’un groupe plus important d’environ 75 véhicules dans les environs de Syrte » précise ainsi l’Alliance dans son communiqué quotidien de ce jour. « Ces véhicules étaient en train de quitter Syrte à grande vitesse et ont tenté de forcer leur chemin autour de la périphérie de la ville. Les véhicules avaient, à bord, une quantité importante d’armes et de munitions ; ce qui pose une menace importante pour la population civile locale. » Les avions de l’OTAN sont alors intervenus et ont visé un premier véhicule, le premier de la colonne a été détruit. Ce qui est inévitable a suivi. Cela « a perturbé le convoi et a entraîné la dispersion des autres véhicules qui ont changé de direction ». Après cette première frappe, un groupe « d’environ 20 véhicules a continué à grande vitesse à avancer vers le sud, à l’ouest de Syrte, continuant à représenter une menace significative ».

Une deuxième frappe l’immobilise

L’OTAN a alors procédé à une seconde frappe permettant de détruire ou endommager une dizaine de véhicules pro-Kadhafi (ce que l’évaluation menée par l’Otan a révélé plus tard). « Au moment de l’intervention, l’OTAN ne savait pas que Kadhafi était dans le convoi » précise-t-on au siège de l’Alliance. Et « l’intervention de l’OTAN a été menée uniquement pour réduire la menace envers la population civile, comme l’exige le mandat de l’ONU. De façon générale, l’OTAN ne cible pas les individus. »

Aux combattants du CNT de prendre le relais

L’OTAN s’est refusé à indiquer la nationalité des avions ayant mené le raid. Mais c’est un secret de polichinelle. Un avion Français comme l’a confirmé hier le ministre de la Défense, Gérard Longuet. La suite de l’histoire, c’est Gérard Longuet qui la raconte. Le convoi du dictateur, « de plusieurs dizaines de véhicules (…) a été stoppé dans sa progression alors qu’il cherchait à fuir Syrte mais n’a pas été détruit par l’intervention française ». Des combattants du CNT sont alors intervenus et ont « sorti le colonel Kadhafi » de sa voiture.

Bien que l’OTAN se dédouane d’avoir su que Kadhafi était dans le convoi, on peut douter de cette « innocence ». Kadhafi et son clan étaient sinon une cible, du moins un objectif recherché par les forces du CNT et les forces internationales car ayant commis des crimes sur les civils et constituant une menace permanente contre eux. Un convoi de véhicules aussi lourdement armés fuyant Syrte ne pouvait appartenir à quelques civils « ordinaires ». Les sources qui ont dirigé les avions de l’OTAN vers la cible – qu’elles soient du CNT ou des Etats de la coalition sur place – le savaient pertinemment.

D’ailleurs la coordination OTAN – CNT – même si elle n’est pas officielle et passe par le biais des forces nationales des Etats membres de l’opération et non du commandement de l’OTAN – est aujourd’hui bien réelle. Elle a en effet été sensiblement améliorée depuis les « petits » cafouillages du début de l’opération. Et cette coopération a été effective et utile à plus d’une reprise, notamment pour le guidage des bombardements ou des assauts lors de la libération des villes.

En finir avec le régime Kadhafi était une nécessité pour les Libyens mais aussi pour la coalition qui ne souhaitait pas voir ce conflit traîner en longueur à la fois pour des raisons budgétaires, politiques et internationales. La « normalisation libyenne » est plus qu’aujourd’hui nécessaire à la stabilisation de toute la zone entre Maghreb, Afrique et Moyen Orient.

Mercenaires européens en Libye : l’UE n’a pas de position

(BRUXELLES2) Interrogée par Bruxelles2 mercredi lors d’un point de presse sur la présence de mercenaires, éventuellement européens (on en a parlé de Croates ou de Serbes, comme d’Ukrainiens), aux cotés des troupes de Kadhafi, la porte-parole de la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères a précisé qu’il n’y avait « pas de position de l’UE sur la question des mercenaires » mais a insisté : que « dans tous les cas, le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme sont absolument nécessaires ». A une autre question sur le même sujet, elle avait expliqué : « C’est au Conseil national de transition (CNT) et aux autres parties du régime de veiller au respect du droit international humanitaire. (…) C’est une question de crédibilité pour le CNT. »

Le CNT a gagné la bataille diplomatique. 10 Etats de l’UE l’ont déjà reconnu (Maj)

place de la révolution à Benghazi (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Deux nouveaux Etats de l’Union européenne — la république Tchèque (mercredi) et la Bulgarie (mardi) – ainsi qu’un Etat candidat à l’UE — la Croatie — viennent de reconnaître le CNT libyen comme un interlocuteur légitime. Le cas de la Bulgarie est emblématique au niveau européen. Car les Bulgares étaient sans doute le plus réticents contre les « gens de Benghazi » ayant eu à souffrir particulièrement dans le dossier des infirmières retenues en otage sur le territoire libyen sous de fausses accusations. Une dizaine d’Etats de l’UE ont dorénavant reconnu celui-ci comme un interlocuteur légitime : France, Royaume-Uni, Italie, Allemagne, Espagne, Autriche, Lettonie, Danemark. Et parmi ceux-ci, on peut dire qu’il y a les plus importants. Il manque seulement la Suède et la Pologne qui, implicitement, avec la visite du ministre des Affaires étrangères à Benghazi, a déjà effectué un « saut » idéologique.

La lente désaffection des anciens alliés africains de Kadhafi

Tandis que plusieurs Etats africains l’ont soit reconnu formellement (Sénégal – avec la visite symbolique de Abdoulaye Wade à Benghazi -, Gambie), soit entamé des relations informelles avec lui (Mauritanie…). Même le Tchad dirigé par Idriss Deby, qui doit beaucoup au régime Kadhafi, a pris ses distances ; la crainte d’une déstabilisation du nord tchadien et des tribus toubous étant un des facteurs de cette évolution. Cette lente désaffection des alliés africains est, au moins, aussi importante que celle d’autres Etats, car elle s’inscrit dans un contexte où Kadhafi avait assis une prééminance, à la fois au niveau politique comme financier dans l’Union africaine (la Libye est un de ses Etats fondateurs et un de ses principaux contributeurs). Au niveau opérationnel, elle est aussi fondamentale car elle peut couper certaines routes d’approvisionnement.

Il faut préciser qu’aujourd’hui ce mouvement de dialogue informel est également suivi par les Etats opposés au départ à la chute du régime Kadhafi comme la Turquie, la Russie, la Chine. Kadhafi a donc, aujourd’hui, bel et bien, perdu la bataille diplomatique.

(Maj) 13 juillet. Les trois pays du Benelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) ont reconnu le CNT comme un représentant légitime du peuple libyen. Une reconnaissance qui suit celle de la Pologne et de la Turquie faite la semaine dernière.

Ana Gomes revient de Benghazi. Témoignage

(BRUXELLES2) L’eurodéputée socialiste – rapporteur sur l’accord Libye-UE – Ana Gomes était à Benghazi et alentours du 17 au 20 mai. Elle a rendu compte de sa visite à quelques journalistes (dont ‘B2’) et aux députés en leur faisant parvenir un rapport.

Précédant de peu la visite de la Haute représentante, l’eurodéputée était en fait la première représentante politique à rendre visite au CNT. Elle a ainsi pu rencontrer plusieurs responsables politiques de premier plan comme Jalili le président du CNT, F. M. Baja qui préside le comité politique et S. El Daghili, son homologue du comité humanitaire, ainsi que plusieurs des responsables des ONG, organisations internationales ou ECHO présents sur place.

Son « rapport » est intéressant car il sort des canons un peu policés des habituels rapports de mission. Elle n’hésite pas ainsi à mêler ce qu’elle a vu sur place, son propre commentaire et ses impressions personnelles, à des relations de discussions obtenues sur place.L’eurodéputée en est convaincue. L’Europe doit s’impliquer pleinement dans la Libye nouvelle. « C’est dans le propre intérêt de l’Europe que ses valeurs,ses intérêts soient défendus… la fin de l’oppression, le soutien à la démocratie à l’Etat de droit et aux droits de l’homme ».

Le long de la Route

(crédit : Ana Gomes)

De la frontière égyptienne à Benghazi, l’atmosphère reste « calme », écrit-elle. Les gens sont au travail, les marchés sont fournis en légumes et fruits, les pompes à essence sont approvisionnées. « Même les feux rouges sont respectés ».

La première trace du côté exceptionnel de la situation sont « ces checks points improvisés, placés sur toutes les routes et les entrées de villes. (Mais) on peut s’interroger sur leur efficacité, car ils sont tenus par des volontaires pas entraînés, peu équipés et un peu casse-cous ».

Ce qui ne fonctionne pas, c’est la police et le système judiciaire. « Beaucoup de tribunaux et de stations de police ont été brûlés », symboles du système Kadhafi. Malgré cela « la criminalité a diminué ». Autre service qui ne fonctionne pas les écoles. Il y a un débat sur leur réouverture ou non. Pour l’instant, c’est cette dernière option qui prévaut motivée par la nécessité de revoir d’abord le curricula et sur la situation de guerre.

Merci l’Europe. We love Sarkozy !

Le besoin de reconnaissance internationale est exprimé partout, des drapeaux de ceux qui les soutiennent (américain, français, britannique, y compris ceux de l’UE et de l’OTAN). L’eurodéputé, socialiste, a reconnu être surprise mais assez fière de se voir saluer par des cris « We love Sarkozy ». « Et je ne partage pas ses idées loin de là » a-t-elle expliqué (lors d’un petit point de presse au Parlement à son retour).

L’ouverture d’une délégation de l’UE est ainsi perçue comme un grand encouragement. Et l’eurodéputée recommande aux Etats membres de garder ou d’envoyer une présence régulière à Benghazi, notamment le personnel accrédité à Tripoli (qui a quitté le pays).

Sur la ligne de front

(crédit : Ana Gomes)

Mais l’eurodéputée ne s’est pas contentée de rester dans la ville, elle est allée sur la « ligne de front », dans les plaines de désert à l’ouest d’Adjabia. Les deux forces en présence peuvent se voir. Confirmant les autres témoignages, les rebelles sont jeunes, équipés de façon assez pauvre (j’ai vu des combattants avec sandales et armes artisanales) mais hautement motivés. Le matin même des combats avaient eu lieu. Et 10 prisonniers ont été faits, plusieurs d’entre eux étant des étrangers.

Pour l’eurodéputée, les règles du droit international sont respectés. « Le CNT a donné des instructions pour que les règles du droit international soient respectées. » Et cela semble être le cas. Le CICR a « confirmé avoir pleinement accès aux prisonniers de guerre – contrairement à Tripoli, où le pouvoir refuse de donner les conditions basiques d’entretien avec les prisonniers » (entretien seul à seul, régulier). A Adjabia (qui est maintenant aux mains des rebelles), « il y a beaucoup de bâtiments détruits. Malgré tout, quelques habitants reviennent. Et le problème des munitions non explosées est un problème crucial. »

La situation ailleurs, floue ou difficile

Sans aller sur place, l’eurodéputée a recueilli certains éléments sur la situation ailleurs. A Tripoli, elle est de plus en plus difficile. Des jeunes manifesteraient la nuit, prenant de grands risques d’être tué par les loyalistes. Dans le sud-est, près du Soudan, « ce n’est pas très clair qui contrôle Koufra, ville clé placée sur la route de la frontière ». Des incidents impliquant le JEM soudanais (rebelles du Dargour) opérant pour le compte des forces de Kadhafi est relaté. Enfin, pour la députée, le soutien procuré au régime à travers la frontière algérienne est « inquiétant ».

Evaluation de la situation politique

Pour la députée, il n’y a pas trace à Benghazi d’un fondamentalisme religieux. Au contraire. Ils récusent également toute collusion avec Al Qaeda, estimant que « plus longue sera la sortie de Kadhafi, plus cela donnera de chances aux organisations terroristes d’infiltrer le pays, particulièrement par les frontières sud (NB : Tchad ou Niger) ou algérienne ». Même chose pour l’immigration.

Le rapport décrit aussi les faux semblants de certains pays : le double jeu mené par le Turquie, l’intermédiaire de la Russie tentant de négocier une extraction de Kadhafi à des conditions d’échapper à un procès en Libye (acceptable puisque maintenant il y a les poursuites internationales) et de garder sa fortune (condition rejetée par les rebelles).

Ce que demandent les Libyens, ce que peut faire l’Europe

Outre ce besoin de reconnaissance internationale, ce qu’ont demandé plusieurs interlocuteurs à l’eurodéputée, « ce n’est pas une assistance économique, uniquement l’accès ‘à la richesse qui appartient à leur nation ».

L’eurodéputée estime qu’EUFOR devrait être déployée pour assurer la sécurité aux frontières et veiller sur terre comme sur mer au maintien de l’embargo. Une coopération en matière de réforme de la sécurité et de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR) est également une priorité d’autant que de très jeunes ont été impliquées dans des tâches de sécurités improvisées.

Enfin, une assistance doit aussi être fourni en matière de soutien politique, de partage d’expériences des Etats membres en ce qui concerne les lois électorales, la réforme constitutionnelle, la construction d’institutions démocratiques, y compris la réorganisation des tribunaux et de la police, et la formation de ses personnels.

Vous pouvez le télécharger dans la section « les docs de B2 ».

Cathy chez les rebelles de Benghazi. Enfin l’Europe est là ! (Maj)

(crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Le drapeau européen flotte sur Benghazi. Et la chef de la diplomatie européenne, Cathy Ashton, est arrivée, ce dimanche (22 mai) dans le fief de l’opposition libyenne, pour inaugurer le bureau de liaison de l’UE en Libye, auprès de l’opposition démocratique. Un symbole.

« L’UE met ses paroles en actes »

« C’est un honneur de rencontrer les gens qui ont combattu pour la démocratie et un avenir meilleur pour la Libye » a déclaré la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères. « L’ouverture de ce bureau est un signe important de notre soutien à la population libyenne. L’UE met ses paroles en actes ». Plusieurs rencontres sont prévues, à cette occasion avec les représentants du Conseil national de transition (l’opposition libyenne), des membres de la société civile et des partenaires internationaux.

(crédit : alarabiya)

Un soutien aujourd’hui et pour le futur

« J’ai vu les mots de bienvenue à l’aéroport « nous avons un rêve ». Et « je suis là aujourd’hui pour expliquer et être très claire de l’intensité et l’ampleur du soutien de l’Union européenne au peuple libyen » a déclaré Cathy Ashton à l’issue de sa rencontre avec Mustapha Abdul Jalil, le président du CNT. Les deux interlocuteurs ont discuté d’un certain nombre de sujets : « le soutien à la gestion des frontières et la réforme de sécurité, le soutien à l’économie, la santé et l’éducation, le soutien à la société civile ». « Ce soutien – a précisé Lady Ashton – « n’est pas destiné à être juste limité à maintenant, il est destiné à durer dans l’avenir. La population libyenne doit discuter du futur qu’elle désire. Je suis ici – au nom des 27 pays de l’Union européenne – pour offrir notre soutien à votre futur ».

Un acte symbolique important, Enfin !

C’est une première à double titre : l’UE n’a pas de délégation en Libye. Et elle a rarement ouvert un bureau « technique » – de façon aussi officielle – dans une ville qui n’est pas la capitale du pays et est tenue par l’opposition à un régime. C’est aussi un « beau coup », politique, pour le service diplomatique de l’UE – assez injustement critiqué ces dernières semaines – et pour Cathy Ashton, à titre personnel, juste avant la réunion des ministres des Affaires étrangères des « 27 ». Plusieurs responsables politiques européens – le Parlement européen dans sa grande majorité notamment – avait demandé des démonstrations symboliques à la Haute représentante. C’est désormais chose faite.

(crédit : Commission européenne)

Le bureau localisé à l’Hotel Tibesti

Le « bureau de liaison technique » de l’UE sera d’abord localisé à l’hotel Tibesti dans le centre de Benghazi, précise-t-on du coté de la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. Là où se trouve déjà l’office européen d’aide humanitaire (ECHO), l’ONU et les autres agences internationales ainsi que les diplomates de différents gouvernements. « Nous sommes pour l’instant à Benghazi. Mais dès que ce sera possible, nous serons présents à Tripoli » précise un officiel de l’UE, voulant ainsi déjouer par avance toute accusation de jouer le jeu d’une partition de la Libye. Partition qui ne semble pas, selon les témoins sur place, la volonté des dirigeants de l’opposition.

Le siglage des véhicules, un élément fondamental de la présence européenne (crédit : Commission européenne)

Une équipe préparatoire, légère et discrète

Une équipe d’évaluation du service diplomatique était, sur place, depuis plusieurs jours pour préparer cette mise en place (sécurité, logistique…). Et l’équipe précurseure du bureau est arrivée jeudi à Benghazi, sous la direction d’Agostino Miozzo, le directeur du département « réponse de crises » pour ouvrir le bureau et préparer la visite de la Haute représentante de l’UE.

Lire également :

Destination Benghazi pour Ana Gomes

(BRUXELLES2) Ana Gomes, l’eurodéputée socialiste portugaise, membre de la sous-commission Défense du Parlement, est à Benghazi (Libye) aujourd’hui et jusqu’au 19 mai. C’est le premier déplacement d’un membre du Parlement européen en Libye depuis le début des évènements. Un voyage organisé – comme elle précise – « de sa propre initiative » et qui a pour objectif tant de « recueillir des informations, d’établir des contacts avec le conseil national de transition (CNT) que démontrer son soutien aux forces démocratiques de la société civile« . Ana Gomes devrait aussi avoir des entretiens avec les responsables de l’UE présents sur place pour l’action humanitaire (ECHO), et leurs homologues des Nations-Unies (HCR, OCHA), et les responsables des organisations internationales comme la Croix-Rouge ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Pour l’eurodéputée, qui est aussi le rapporteur de l’accord UE-Libye : « la décision d’ouvrir un bureau technique de l’Union européenne à Benghazi, récemment annoncée par la Haute représentante, devrait être mis en œuvre avec l’urgence. L’UE ne devrait pas non plus laisser EUFOR Libya à l’état de papier. Cette opération aurait dû être envoyé à terre, pour permettre l’aide humanitaire aux citoyens qui sont sous les attaques des forces de Kadhafi, comme pour assurer la mise en œuvre de l’embargo sur les armes. Pour cela, on n’a pas besoin d’une autre résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ou d’une demande auprès de l’OCHA, nous avons besoin c’est la volonté politique des États membres », a ajouté l’eurodéputée.

Première visite officielle européenne à Benghazi… La Pologne marque son entrée

Le ministre à sa descente de l'avion officiel à Benghazi (crédit : ministère polonais des Affaires étrangères)

(BRUXELLES2) Un beau coup ! La visite qu’a effectuée le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, le 11 mai à Benghazi (Libye), au siège du Conseil national de transition, est un symbole important pour la Pologne – qui présidera l’Union européenne à partir de juillet – comme pour le CNT, qui recueille ainsi un label de crédibilité supplémentaire. Le CNT est « reconnu par l’Union européenne et une grande partie de la communauté internationale comme un partenaire idéal des contacts politiques en Libye » a d’ailleurs commenté le porte-parole du ministère polonais des Affaires étrangères, Marcin Bosacki. Nous voulons ainsi « exprimer le soutien politique à la vision du futur de la Libye proposé par le Conseil libyen, avec la construction d’une société et d’un État moderne et démocratique » a-t-il ajouté.

Une première visite d’Etat, avec l’accord de la Haute représentante

C’est la première visite d’Etat d’un ministre du groupe de contact sur la Libye depuis le début du conflit dans ce pays. Un voyage qui a été fait « en accord avec le Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, Lady Ashton, et les alliés de l’OTAN » précise-t-on du coté polonais.  C’est aussi la première intervention publique forte de la Pologne sur la Libye. Le pays étant resté jusqu’ici relativement discret, voire carrément réservé, à ses débuts, à la fois sur l’intervention militaire et le CNT.

Le ministre polonais s’est entretenu avec des représentants du Conseil national intérimaire, dont son président Mustafa Abdul Jalil et a visité un des hôpitaux de la ville. Cette visite a, en effet, aussi été l’occasion d’acheminer de l’aide polonaise pour le traitement des blessés des combats à Misrata et dans d’autres villes.

Le président français, Nicolas Sarkozy avait prévu de se rendre dans la ville avec le Premier ministre Cameron. La visite du ministre polonais des Affaires étrangères, réputé proche des Britanniques (et des Américains), grille cette « première ». Elle est surtout le signe d’une reconnaissance supplémentaire pour le CNT et d’une évolution de la Libye sur le terrain politique.

(crédit : ministère polonais des Affaires étrangères / PAP)

En Libye, des bombes à sous-munitions espagnoles, des mines terrestres belges…

Section de bombe à sous-munition de type MAT-120 utilisée à Misratah © Amnesty international

(BRUXELLES2) Des fournitures européennes semblent bien utilisées durant le conflit en Libye. Selon l’ONG Human Rights Watch, le régime Kadhafi a ainsi utilisé des mortiers à sous-munitions MAT-120 de 120mm produites par l’Espagne. Les fragments de sous-munitions MAT-120 retrouvés à Misrata par un journaliste du New York Times et examinées par l’ONG « indiquent que ces armes ont été fabriquées par l’entreprise espagnole Instalaza SA en 2007 ». Or « chaque bombe de ce type comporte 21 sous-munitions à double usage, anti-personnel et anti-matériel ». Lors de l’explosion d’une sous-munition, de multiples fragments sont propulsés à grande vitesse capables de blesser ou tuer des personnes.

Mines posées par les rebelles © BBC 17 avril

L’opposition a également été pris sur le fait, cette fois en train de poser des mines d’origine belge. La BBC a montré des combattants rebelles en train de prendre des mines anti-véhicules en plastique de leurs véhicules pour les placer sur le côté de la route principale en Ajdabiya. Des mines identifiées par l’ONG comme des PRB-M3 produites en Belgique, dans les années 1970 et 1980. Cette mine PRB-M3 est « extrêmement difficile à détecter car elle est presque entièrement constitué de plastique » estime-t-on à Human Right Watch. Et elle « peut être équipée d’une fusée sensible, l’amenant à fonctionner comme une mine antipersonnel, ce qui pose un risque pour les civils à pied et en véhicules ». Plusieurs dizaines de milliers de ces mines sont entreposées dans les dépôts d’armes à Benghazi dont les forces rebelles se sont emparées après le retrait des forces gouvernementales en février, dont des variantes de la mine PRB-M3 équipée d’une fusée auxiliaire qui explosent si quelqu’un essaie de déplacer la mine. NB : l’Espagne a détruit tout son stock de mortiers en 2008.

NB : La Libye n’a adhéré ni au traité de 1997 sur les mines anti-personnel (signé par 156 pays) ni à la Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions (signée par 108 pays, ratifiée par 56).

Engagement du CNT sur les mines

Le président  du Conseil national de transition (CNT), Mustafa Abdul Jalil, s’est engagé à ne pas utiliser les mines interdites, selon un communiqué signé le 27 avril en présence de l’Ong HRW. « Aucune des forces sous le commandement et le contrôle de la CNE n’utilisera des mines terrestres anti-personnel ou anti-véhicules. » Le Conseil s’est également engagé à « détruire toutes les mines terrestres possédées par des forces placées sous son commandement et de contrôle » ainsi qu’à « coopérer au déminage, à la sensibilisation aux risques et à l’assistance aux victimes ». Tout futur gouvernement Libye devrait « abandonner les mines terrestres et adhérer au traité de 1997 sur l’interdiction des mines terrestres ».

Condamnation de l’Union européenne

Vendredi, l’Union européenne, par la voix de Cathy Ashton, la Haute représentante de l’UE pour la politique étrangère a condamné l’usage de sous-munitions contre la population civile. « J’appelle les forces armées de Muammar Al Gaddafi de s’abstenir d’utiliser la force contre la population civile, que ce soit par les sous-munitions ou tout autre moyen. Toutes les mesures nécessaires doivent être prises pour garantir que les civils soient protégés contre les effets de ces munitions, y compris les restes non explosés de ces sous-munitions. »