L’UE condamne le meurtre de Camille Lepage et demande une enquête

(BRUXELLES2) L’Union européenne a réagi par le biais du porte-parole de Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE, au décès de notre confrère Camille Lepage en Centrafrique (RCA).

Tout mettre en oeuvre pour identifier et juger les auteurs

Après avoir présenté ses « condoléances à sa famille et à ses proches et leur exprimons tout notre soutien dans cette épreuve », la Haute représentante « condamn(e) fermement ce meurtre odieux qui fait suite à d’autres attaques contre la liberté de la presse, comme l’assassinat récent de deux journalistes centrafricains ». Elle appelle « à tout mettre en œuvre pour que les auteurs de ces assassinats soient identifiés et jugés ».

La liberté de la presse : une valeur de démocratie

« L’Union européenne demeure déterminée à défendre tous les journalistes dans l’exercice de leur profession et dans le respect des valeurs de cette dernière. La liberté et l’indépendance de la presse sont constitutives de la démocratie, de l’État de droit et de la promotion de la bonne gouvernance » conclut-elle.

Centrafrique. Le meurtre dans un hôpital alarme l’UE

(BRUXELLES2) Les portes-paroles de Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et de Kristalina Georgieva, commissaire chargée à l’aide humanitaire ont condamné « fermement » lundi 28 avril le meurtre en République centrafricaine de seize civils non armés, dont trois « travailleurs humanitaires » — des employés locaux de l’ONG Médecins sans frontières — dans un hôpital de Nanga Boguila, à 450 km de Bangui, ainsi que le meurtre d’un travailleur humanitaire dans un autre incident à Bangui. « Tous les acteurs étatiques et non étatiques doivent respecter les droits de l’homme et le droit humanitaire », soulignent-ils, demandant « instamment à tous les groupes armés de cesser les attaques violentes contre la population et d’assurer un accès immédiat, sans entrave et en toute sécurité aux organisations humanitaires ». L’organisation MSF a directement mis en cause les combattants et militaires de l’ex-coalition Seleka et a suspendu ses activités à Boguilla.

(Loreline Merelle)

Télécharger la déclaration conjointe (en français)

Au forceps, EUFOR RCA va pouvoir être lancée

(BRUXELLES2) Ainsi que nos lecteurs du Club le savent déjà, la dernière conférence de génération de forces, réunie vendredi à Bruxelles, a permis « d’entériner de nouvelles contributions en matière de transport aérien stratégique et d’aide au déploiement de l’opération EUFOR RCA », comme l’a confirmé tout à l’heure la porte-parole de C. Ashton.

Au forceps,

Sur la base de « ces avancées significatives et du complément apporté par la nation cadre (NDLR : la France), le commandant de l’Opération, le général Pontiès, a recommandé le lancement de l’opération » précise-t-elle. Il y aura « une montée progressive du dispositif sur Bangui ». « La mission apportera sa contribution aux efforts déployés au niveau international pour protéger les populations les plus menacées et créer les conditions propices à la fourniture d’une aide humanitaire » rappelle la porte-parole de C. Ashton.

Une Europe bien pauvre et bien peu volontaire

Pour rappel, c’est au sommet européen de décembre que le principe d’une opération militaire de l’UE avait été décidé, la Haute représentante, ayant renoncé à déployer le battlegroup de l’UE, Londres (qui assurait l’astreinte au 2e semestre 2013), ayant refusé, pour raison idéologique et incapacité militaire, de déployer celui-ci. Le concept général de gestion de crises de l’opération avait été avalisé, rapidement, le 20 janvier, et les « 27 » (*) avait décidé du cadre de l’opération, le 10 février suivant, opération menée sous l’égide du chapitre 7 de la charte des Nations Unies.

Mais l’affaire avait ensuite trainé. Plusieurs réunions de génération de forces successives n’étaient pas arrivées à combler les quelques manques qui subsistaient : un peu de transport stratégique, un peu de soutien médical et quelques éléments non combattants – génie, soutien médical, handling d’aviation… Ce qui représente en tout 120 personnes et quelques millions d’euros. Au point que, fait inédit dans les annales européennes, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, a été obligé de rappeler, par écrit, les Etats européens à leur engagement.  (lire : En RCA, l’UE a manqué à ses engagements (Ban Ki Moon). Une singulière gifle pour l’Union européenne et un bel aveu de faiblesse pour les pays européens à l’heure d’un bras de fer avec la Russie sur l’Ukraine

(Nicolas Gros-Verheyde)

Tous les détails, de cette génération de forces : EUFOR RCA : un bien timide feu vert

(*) Les « 28 » moins le Danemark qui ne participe pas aux décisions en matière militaire.

La situation est grave en Rép. Centrafricaine. Mais « wait a minute please »

(BRUXELLES) Le dernier communiqué de la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, sur la République centrafricaine se veut un peu plus alarmiste que d’habitude… « I am alarmed by the deteriorating situation in Bangui and the escalation of violence there since March 22 » explique Catherine Ashton dans un anglais parfait (*). « The combined action of the African force MISCA and the French operation Sangaris is essential to contain the tension and to restore public order as soon as possible. The attacks against them are therefore unacceptable » ajoute-t-elle. « Viser des civils sur la base de la religion ou de l’ethnie » est fermement condamnable.

Un risque d’instabilité croissant

La Haute représentante condamne les violences contre la population civile, et le ciblage des civils sur la base de la religion et de l’ethnie, tout comme elle se montre inquiète du « continuel exode de parties de la population et d’un très large nombre de réfugiés en direction des pays voisins où les installations (d’accueil) ont atteint leurs limites ». De la même façon, la situation en Centrafrique présente aujourd’hui « un risque croissant pour le procesus de transition politique, l’intégrité territoriale du pays et la stabilité dans la région ».

Plein soutien à la MISCA et Sangaris… et toujours une intention européenne

Elle réitère le plein soutien à la MISCA comme à l’opération Sangaris dans leurs efforts pour stabiliser la Centrafrique. Mais elle reste très discrète sur la future opération européenne EUFOR Rca qui aurait déjà être due déployée sur le terrain. « The European Union intends to take its part in these efforts to bring back stability and security in Bangui and the rest of the country » indique C. Ashton.

Commentaire : Une conclusion assez laconique et plutôt faible par rapport aux engagements passés. Car l’intention a déjà été affirmée à plusieurs reprises et, ce, dès le sommet européen de décembre. Depuis les différentes étapes ont été franchies, notamment à travers la décision fixant le cadre de l’opération européenne EUFOR RCA, la constitution d’une force (qui n’est pas encore totalement terminée) et l’adoption des différents plans opérationnels. Il est ainsi symptomatique que le mot même de la force européenne ou d’EUFOR ne soit pas mentionnée. Cela signifie-t-il qu’au cabinet de la Haute représentante, on songe que cette opération ne sera pas déployée. On espère bien que, rapidement, cette intention se transforme en action…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Le communiqué n’a été diffusé qu’en anglais, une langue officielle comme chacun le sait à la fois en Afrique francophone et qui est devenue la langue unique de la politique étrangère européenne 🙂

Sangaris prolongé

(B2) L’Assemblée nationale (France) a autorisé, mardi (25 février), la prolongation de l’intervention des forces françaises en Centrafrique (opération Sangaris). 428 députés ont voté pour, 14 députés ont voté contre et 21 députés se sont abstenus. Cette autorisation vient en application de l’article 35, alinéa 3, de la Constitution, avec déclaration du Gouvernement suivie d’un débat, et vote lorsque une intervention militaire « excède 4 mois ». Elle n’implique pas de limitation de la force Sangaris dans le temps.

(Crédit : ministère français de la Défense)

400 soldats français de plus dans l’attente d’EUFOR RCA

(Crédit : ministère français de la Défense)

(Crédit : ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) La France porte « temporairement » à 2000 les effectifs militaires de l’opération Sangaris en Centrafrique, annonce l’Elysée dans un communiqué, vendredi (14 février).  Cet effort de 400 hommes supplémentaires comprend « le déploiement anticipé de forces de combat et de gendarmes français qui participeront ensuite à l’opération militaire de l’Union Européenne (UE) dés son déploiement » précise l’Elysée. Pour la France, tout retard serait incompréhensible ! Elle appelle ainsi l’UE à « accélérer le déploiement de la mission EUFOR, y compris de la Force de gendarmerie européenne ».  Parallèlement, elle demande au Conseil de Sécurité des Nations-Unis, « d’accélérer le déploiement d’une opération de maintien de la paix. » . Quant à la mission africaine (MISCA), la France souhaite un soutien plus important « pour lui permettre d’être plus mobile ».

(maj) Prise à Paris lors d’un conseil restreint sur la Centrafrique, cette décision intervient alors que le Conseil de Sécurité se réunit à New York sur le thème de la coopération entre l’ONU et l’UE en présence de la Haute Représentante, Catherine Ashton.  L’UE jouera « sa part en aidant la Centrafrique par l’envoi d’une mission de gestion de crise » a affirmé à cette occasion Lady Ahston avant d’ajouter : « Notre but doit être d’assurer que l’aide humanitaire puisse atteindre ceux qui en ont le plus besoin ». En cas de déploiement d’une opération de maintien de paix onusienne, « nous serons heureux de travailler avec l’ONU pour assurer une opération bien coordonnée de soutien international » a assuré la Haute Représentante.

Le secrétaire général des Nations-Unis Ban Ki-moon a, quant à lui, déclaré « attendre le déploiement de la force de l’UE » avant d’ annoncer des recommandations spécifiques sur la Centrafrique pour la réunion du prochain Conseil de sécurité. Lire : EUFOR RCA englué dans un drame budgétaire (MAJ)

Télécharger ici le communiqué de l’Elysée.

(Loreline Merelle)

Pour aller plus loin sur le Club :  EUFOR RCA : l’état des forces… environ 900 hommes ?

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

EUFOR RCA. Vive les Géorgiens ?

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

(BRUXELLES2 – exclusif) Les contours de l’opération militaire européenne restent encore flous. Mais la liste des pays qui pourraient participer se précise.

Une aide bilatérale, ca suffit !

Certains pays qui étaient cités précédemment, comme les Polonais ou les Belges, voire les Visegrad (Rép. Tchèque, Slovaquie, Hongrie), ne semblent plus vraiment volontaires pour envoyer du personnel. Certains d’entre eux (Pologne, Belgique) l’ont déjà fait à titre bilatéral et s’estiment donc quitte vis-à-vis de l’effort à faire. Ce qui n’est pas faux…

Tableau contrasté

Dans un sens inverse, d’autres qui n’avaient pas jusqu’ici montré qu’un intérêt limité, ou n’avaient rien dit, avancent, maintenant, un avis plus positif. Le tableau est donc très contrasté. Et entre la réunion des ministres des Affaires étrangères, lundi prochain (10 février) et celle plus informelle des ministres de la Défense, les 20 et 21 février, à Athènes, les principales contributions devraient émerger.

Une participation… extra-UE

Selon un dernier état des lieux, auquel a procédé B2, la composition de la force serait quelque peu différente de celui qu’on a pu décrire jusqu’ici. Outre les Estoniens (qui ont déjà annoncé leur présence), l’opération pourrait être constituée grâce un pays tiers… la Géorgie. L’UE a, en effet, fait appel aux pays avec qui ils avaient un accord de participation. Tbilissi a, ainsi, proposé de fournir une des trois compagnies nécessaires (soit environ 140 hommes). Ce qui correspond à une réelle volonté de cet Etat du Caucase, entré dans le processus d’association en novembre dernier, de s’ancrer dans un panorama européen.

Un pays allant dans les OPEX

La Géorgie est un pays habitué à envoyer des troupes à l’étranger, mais jusqu’ici principalement aux côtés ou à la demande des Etats-Unis. Ils ont été ainsi en Irak et sont toujours au Kosovo ou en Afghanistan. Ils avaient exprimé lors de leur signature de l’accord-cadre de participation à la PSDC, leur volonté de se joindre rapidement à des missions ou opérations européennes

Des Nordiques et des Espagnols ?

L’autre participation notable qui se dessine est celle des pays nordiques. La Finlande pourrait envoyer jusqu’à 50-60 hommes/femmes (et non pas quelques officiers ou une vingtaine de personnes comme esquissé au départ). La Suède suivrait avec quelques personnels. On se souvient que le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, avait – lors de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères – exprimé son « dépit » (terme diplomatique pour dire qu’il n’était pas content du tout) sur le non-emploi des battlegroups en République centrafricaine. Ce qui permettrait de former une seconde compagnie (nordique).

Autre participation qui pourrait se confirmer : celle de l’Espagne. Malgré des déclarations contraires au premier abord, les Espagnols pourraient, en effet, envoyer une ou plusieurs sections (30-40 personnels). Les Roumains ont aussi exprimé leur possibilité d’envoyer des hommes.

Allemands et Grecs : à l’économie

Enfin, l’Allemagne fournira des moyens d’évacuation médicale ainsi que la Lituanie, un avion. Les Grecs ne fourniront en revanche aucun militaire sur le terrain mais un peu de personnel pour le quartier général de l’opération qui sera situé … à Larissa (le QG étant financé sur fonds communs, c’est une manière comme une autre pour les Grecs de faire payer par l’Europe cette structure qui n’a jamais été utilisée). A noter que les Serbes ont aussi été approchés. Mais, pour l’instant, leur proposition ne semble pas suffisante.

Merci Tbilissi !

Si tout le monde tient ses promesses, cela permettrait d’arriver sans trop de difficulté à l’effectif cible (environ 500 personnels). La participation française serait alors inférieure à la moitié du contingent (moins de 250). Et l’honneur européen sera sauf ! Grâce aux Géorgiens… On ne peut cependant pas dire que chacun se précipite pour participer ou annoncer sa participation. Et si l’effectif à atteindre n’est pas énorme, cet attentisme n’est pas un très bon signe de santé pour l’Europe de la défense.

Catherine Ashton donne les "clés" de discussion au Conseil au nouveau ministre autrichien des Affaires étrangères (crédit : Th. Monasse)

Les 28 décident du principe de l’opération EUFOR Rca Bangui

Catherine Ashton donne les "clés" de discussion au Conseil au nouveau ministre autrichien des Affaires étrangères (crédit : Th. Monasse)

Catherine Ashton donne les « clés » de discussion au Conseil au nouveau ministre autrichien des Affaires étrangères (crédit : Th. Monasse)

(BRUXELLES2) Les 28 ministres des Affaires étrangères, réunis à Bruxelles, ont donné aujourd’hui le « feu vert » politique à une opération militaire en République centrafricaine (EUFOR RCA Bangui).

Objectif : sécuriser la zone de Bangui

L’opération aura une durée « temporaire » « pouvant aller jusqu’à 6 mois ». L’objectif est d’assurer la sécurisation » dans « la zone de Bangui », d’assurer la protection des civils comme de créer un espace sécurisé pour l’accès des humanitaires. EUFOR Rca Bangui passera ensuite « le relais aux forces de l’Union africaine », voire de l’ONU. La possibilité d’une transformation de la force de l’Union africaine en force des Nations-Unies est évoquée.

Une première étape… avant d’autres

Concrètement, les ministres ont approuvé le Concept de gestion de crises (CMC) qui est le premier document de planification politico-militaire au déroulement d’une opération. Il restera ensuite à approuver la décision-cadre qui est la décision formelle qui fixe les contours de l’opération et procède à la nomination du Chef d’opération.

Ceci devrait être fait une fois la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU entérinée. Le projet de résolution – selon nos informations – donnera aux Européens un mandat assez semblable à celui donné aux Français (lire sur le Club : l’intervention militaire en Centrafrique autorisée par l’ONU), avec possibilité d’usage de la force (chapitre VII).

Il faudra aussi avoir le nom du commandant d’opération voire du commandant de la force. Il restera ensuite à approuver le concept d’opération (Conops) et le plan d’opération (OpPlan) qui seront préparés avec les commandants d’opération (et de force).

Enfin, le Conseil aura une dernière décision, de lancement de l’opération, qui est le véritable « feu vert » au déploiement sur le terrain des militaires.

Dans l’intervalle, l’Union européenne devrait obtenir une lettre d’invitation officielle du gouvernement centrafricain comme la signature – ou au moins un engagement de signer – un accord de protection des forces (SOFA) qui régira le port des uniformes, des armes sur place, comme les immunités fiscales, pénales et administratives dont bénéficiera la force européenne. Le tout devrait prendre plusieurs semaines. Ce qui est un délai assez court en matière de planification d’une opération multinationale. Les Européens ont, en effet, d’utiliser la procédure rapide dite « fast-track », mise en place en juin dernier, lors de la révision des procédures de gestion de crises (Lire : La réforme des procédures de gestion de crise approuvée).

Une première mission d’évaluation rapidement puis un déploiement graduel ?

Le déploiement devra attendre la fin du processus décisionnel européen. Mais il pourrait commencer de façon anticipée, assez rapidement, avec une première mission de reconnaissance et d’évaluation. Ainsi, très vite, le futur commandant d’opérations et/ou de force devraient se rendre à Bangui pour prendre contact avec les différents responsables internationaux sur place et le gouvernement centrafricain. Cela sera suivi par une petite équipe « précurseur » chargé de mettre en place les dispositions logistiques nécessaires à l’opération (notamment le C2 commandement et contrôle). Le déploiement pourrait ensuite s’étaler dans le temps, entre le moment où la capacité opérationnelle initiale est remplie (IOC, environ 400 hommes) et celle où la pleine capacité opérationnelle (FOC) est atteinte.

L’effectif et le commandement

L’effectif déployé sera celui d’un bataillon (environ 600 personnes). Mais pour les pays participants exactement. Il faudra attendre d’une part que chaque pays mène à terme son propre processus de décision national (décision du gouvernement et/ou du parlement) et que le processus européen de génération de forces soit mené au bout. Lire aussi : Qui participera à la mission EUFOR RCA Bangui ? Le point. Le quartier général (OHQ) sera établi à Larissa (Grèce). C’est la première fois que ce quartier général est utilisé.

Lire aussi :

Le fantôme du Rwanda plane sur William Hague (Glenys Kinnock)

(BRUXELLES2) C’est une lettre d’un lecteur publié par le Guardian aujourd’hui. Le lecteur n’est pas n’importe qui. Il s’agit de Glenys Kinnock, ancienne ministre délégué à l’Afrique et ministre délégué à l’Europe dans le gouvernement Blair. Ancienne eurodéputée, aujourd’hui à la Chambre des Lords et membre du groupe sur le Soudan, Glenys ne mâche pas ses mots. « Le fantôme du Rwanda plane sur la République centrafricaine (RCA), et de nouveau l’ONU a mis en garde contre le danger de génocide » souligne la femme de Neil Kinnock (*). « Il est urgent de donner à la proposition faite par Cathy Ashton du déploiement rapide d’une force, de la taille d’un bataillon (NB: EUFOR RCA Bangui), pour soutenir les soldats de la paix africains et français dans leurs efforts pour rétablir la sécurité en RCA. »

Des moyens nécessaires

« Alors que la majorité des États membres de l’UE, y compris le Royaume-Uni, n’ont pas un intérêt direct, ou à prendre des mesures, toute alternative est impensable. L’appui-feu, le renseignement, le soutien médical, les moyens de transport, y compris les hélicoptères, feront une grande différence » écrit-elle. Et de conclure « J’espère vraiment que ce lundi à Bruxelles, William Hague répondra positivement avant les terribles prédictions de génocide soient réalisées. »

L'aéroport de Bangui, noeud névralgique pour les opérations internationales en Rép. centrafricaine (Crédit : DICOD / ministère Fr de la Défense, mars 2013

L’idée d’une EUFOR RCA Bangui se met peu à peu en place. Le point

L'aéroport de Bangui, noeud névralgique pour les opérations internationales en Rép. centrafricaine (Crédit : DICOD / ministère Fr de la Défense, mars 2013

L’aéroport de Bangui, noeud névralgique pour les opérations internationales en Rép. centrafricaine (Crédit : DICOD / ministère Fr de la Défense, mars 2013

(BRUXELLES2) Après le semi-échec de décembre — interruption du processus de planification de l’envoi d’un battlegroup (Battlegroup pour la Centrafrique ? Comment Cathy a dit stop !) et incapacité à obtenir rapidement des troupes au sol malgré les demandes pressantes de Paris (Centrafrique. Les Européens arrivent, un peu…) — l’Union européenne semble, enfin, décidée à s’activer sur la question centrafricaine, ainsi que B2 l’avait annoncé sur son site dès mardi dernier.

Deux options sont étudiées : 1) autour de l’aéroport, afin de sécuriser celui-ci, ainsi que la zone alentour – le camp de déplacés par exemple qui se remplit la nuit essentiellement (EUFOR Bangui) ; 2) dans le reste du pays, à l’ouest vers le Cameroun, reprenant ainsi l’option précédemment étudiée, en novembre (EUFOR Rca). Ces deux options ne sont d’ailleurs pas exclusives l’une de l’autre. Un volet « gendarmerie » et « logistique pour la Misca » pourrait être ajouté. Lire sur le site réservé aux membres – Club (accès sur souscription) : Les premières options d’une opération EUFOR RCA Bangui

Quel est le calendrier ?

Les ministres des Affaires étrangères doivent décider lundi (20 janvier) d’une opération militaire en république Centrafricaine. Il ne s’agira que d’un feu vert politique. Il faudra encore sans doute peaufiner certains détails opérationnels, avant le déploiement réel sur le terrain des militaires.

Toute opération militaire ou mission civile de l’UE se fait, en effet, en plusieurs temps : de l’accord politique (sur un concept de gestion de crises) à la décision opérationnelle de lancement. Selon le cas, et la volonté politique, le délai entre les deux phases peut être, plus ou moins, long (*) : de plusieurs semaines à plusieurs mois.

Les premiers signes, ici, sont encourageants. Les 28 ambassadeurs du COPS – qui se sont penchés sur la question du Centrafrique vendredi après-midi (10 janvier) – ont rendu un premier avis positif. Le Comité militaire de l’UE a été saisi et doit donner son avis, ce lundi, selon les informations de B2, sur ce qu’on peut appeler à titre provisoire EUFOR RCA Bangui. Les différents groupes de travail du Conseil (avec les représentants des 28 Etats membres) et les structures de gestion de crises du Service diplomatique européen (SEAE), affinent déjà les aspects complémentaires : taille de la force, commandement, financement, etc. La plupart des Etats membres ont été testés, ce depuis plusieurs semaines déjà, pour voir qui pourrait contribuer.

Quels pays participeront ?

Aucune information ne filtre de manière officielle. Mais selon les informations de B2, outre la Belgique, voire l’Italie, qui pourraient fournir une contribution ; l’Allemagne et les Pays-Bas qui ont été approchés ; les pays de Visegrad – Pologne, Rép. Tchèque, Slovaquie, Hongrie – ont été sollicités et pourraient fournir une contribution commune. Les ministres de la Défense tchèque et polonais se sont d’ailleurs rencontrés, il y a peu, cette semaine à Prague pour en discuter.

Quels éléments seront nécessaires ?

A cette force, il faudra de l’infanterie, un peu musclée (type forces spéciales), avec quelques véhicules blindés — type véhicule de transport pour protéger les troupes mais pas de véhicule offensif type tank —, des hélicoptères ; un certain dispositif de soutien médical, comme par exemple un hôpital de rôle 2 ainsi que des moyens d’évacuation (hélicoptères Medevac) ; un petit noyau de commandement (type FHQ), sans oublier les instruments de communication (satellites, radios, liaisons informatisées, SIC dans le jargon, etc.) indispensables à toute campagne moderne.

Qui financera ?

Les opérations militaires sont financées essentiellement par les Etats membres participants à l’opération. Une petite partie des frais (noyau de commandement, communications + certains déplacements) est prise en charge par les 27 Etats membres (les « 28 » sans le Danemark qui a un opt-out sur les opérations militaires de l’UE) sur un budget commun (budget alimenté par une clé de répartition, basée sur le PiB, le mécanisme Athena).

Pourquoi les Européens s’activent maintenant ?

Il y a urgence. La situation dans la région devient critique, car ce n’est pas seulement la Centrafrique qui donne des signes de faiblesse : à l’est, le Sud-Soudan s’enflamme, au sud, le Congo n’est pas vraiment stabilisé, à l’ouest, le Cameroun reste une zone protégée mais la présence de Boko Haram dans l’extrême nord du Cameroun est un facteur de danger.

L’Europe est attendue. Toutes les conditions sont remplies pour une intervention européenne : accord de la communauté internationale (ONU) comme de l’Union africaine, stratégie de « sortie » – un point clé de la doctrine « Ashton » en matière de gestion de crise – prête avec le déploiement qui a commencé d’une force de l’Union africaine et relais des Nations-Unies, taille relativement modeste de l’engagement et durée qui peut être limitée (6 mois à 1 an).

Il y a un mandat très clair du Conseil européen. En décembre dernier, les des « 28 » Chefs d’Etat et de gouvernement ont imposé une décision rapide. C’est la première fois – depuis longtemps – que le Conseil européen pousse ainsi vers la mise en place d’une opération militaire avec un calendrier aussi impératif.

A cela s’ajoutent des éléments plus factuels et politiques. L’Europe ne peut plus, comme d’habitude, se reposer sur d’autres partenaires qui lui apportent ainsi une intervention à moindre risque. Et dans le « bilan » que se prépare à tirer la Haute représentante, C. Ashton, de son action durant 5 ans, la notion de gestion de crises doit être renforcée.

(Nicolas Gros-Verheyde, tous droits de reprise et reproduction réservés © B2)

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