La libération des otages au Burkina Faso : de la rigueur et de l’audace. Les détails de l’opération (Gén. Lecointre) (V2)

(crédit : Denniel / Marine nationale)

(B2) L’opération de libération des deux otages français Patrick Picque et Laurent Lassimouillas au Burkina Faso a été « d’une grande complexité, réglée comme de l’horlogerie extrêmement fine » affirme le chef d’état-major français, François Lecointre. Les détails donnés le prouvent 

Cet effort pour libérer les otages n’est pas une première. La France a pour habitude de libérer ses ressortissants, au besoin par la force, loin des frontières (Lire La France n’abandonne jamais ses ressortissants. Audace et entraînement)

Rigueur et audace

L’intervention des forces françaises pour libérer les otages a été « remarquable dans la ferme sophistication du montage de l’opération et de la saisie d’opportunités, sur la base d’un raisonnement très rigoureux et d’une planification très fine, avec l’audace qui devait absolument prévaloir car l’occasion se présentait [alors] et ne se serait pas représentée le lendemain » a indiqué le général Lecointre, lors d’une conférence de presse organisée vendredi (10 mai), détaillant toutes les phases de cette opération.

Une intervention entamée très tôt par le renseignement

L’opération a commencé dès le lendemain de la prise des otages. « Dès l’annonce de la disparition des deux Français, il y a eu la mise en place […] d’un ensemble de moyens qui permettent d’acquérir du renseignement. » « Les forces françaises de l’opération Barkhane, la direction du renseignement militaire, avec l’appui de nos alliés américains » ont été mis à contribution « en étroite liaison avec les Burkinabés ». Moyens « complétés par une opération discrète menée le 7 mai, cinq jours après la prise d’otages, par les forces spéciales françaises, permettant de préciser le renseignement et d’établir une traque très précise ».

Les ravisseurs proches de la frontière du Mali

A ce moment, « les ravisseurs, progressivement, sont en train d’emmener les otages au nord du Burkina Faso, à la frontière avec le Mali ». Le tout « sur un espace grand comme la moitié de la France. » Les renseignements « font prendre la mesure d’un risque, voire plus l’organisation sans doute du transfert des otages vers une autre organisation terroriste qui agit au Mali, la Katiba Macina, avec le risque qu’il devienne absolument impossible de réaliser une quelconque opération de libération des otages ». Tant que « le convoi se déplace, il était impossible d’agir ». Les Français décident alors d’attendre le moment propice : une halte du convoi.

Le moment décisif d’intervention

Jeudi (9 mai), il est confirmé que les ravisseurs ont fait une halte, encore en territoire burkinabé, dernière possibilité qui s’offre aux Français d’intervenir. Le président de la République est averti. Emmanuel Macron « valide » le plan d’opération. L’ordre est alors donné à l’amiral Isnard, qui assure le commandement des opérations spéciales, d’y aller. Le général Lecointre rend alors compte à la ministre des Armées.

Une opération d’une grande complexité

Cette opération commence avec la mise en place, « par anticipation, des moyens chirurgicaux de l’avant (engagés depuis la France), permettant de soigner des blessés ; des moyens logistiques permettant d’avoir des plots de ravitaillement ; des moyens hélicoptères permettant l’évacuation des effectifs et des otages une fois libérés et, enfin, la mise en place des commandos ».

Une infiltration de nuit

Vient ensuite le moment de l’intervention. Les objectifs sont précis. Il s’agit de quatre abris. Les commandos de forces spéciales, une vingtaine de militaires, « s’infiltrent ainsi, en nuit noire, progressant sur 200 mètres, à terrain découvert, dans un silence absolu. Une sentinelle qui veillait ne les a pas détectés. » Les commandos pénètrent ensuite « dans les abris, sans ouvrir le feu ».

Les forces spéciales montent à l’assaut

Au moment où ils sont détectés, « ils sont à une dizaine de mètres. Ils entendent les terroristes armer leurs armes. Ils décident de monter à l’assaut toujours sans utiliser les armes, pour être certain ne pas ne faire de pertes parmi les otages, ou les civils ou familles des terroristes qui seraient présents dans le camp. » C’est lors de cette pénétration dans « deux de ces abris, que les deux commandos marine ont été tués à très courte distance [à bout portant] par deux des ravisseurs ».

Un soutien burkinabé et américain

Il y a eu une « coordination très fine avec les burkinabés qui participaient au soutien logistique ». Ils ont notamment assuré la garde des différents plots de ravitaillement mis en place pour permettre la progression des commandos. Les forces américaines ont, elles, apporté un soutien essentiellement par du « renseignement », comme ils le font « régulièrement » dans cette opération au Sahel, avec sans nul doute des drones (type Reaper), des moyens de type IST (Intelligence, Surveillance & Reconnaissance). Elles « ne sont pas intervenues dans la libération à proprement parler des otages » a précisé la ministre des Armées Florence Parly.

(NGV)


Six ravisseurs : six tués ou quatre tués ?

Les ravisseurs étaient au nombre de six selon les autorités françaises. Mais le bilan final reste contradictoire. Les autorités ont affirmé deux versions. « Les ravisseurs qui tentaient de s’évader ont été abattus. Et parmi les ravisseurs qui tentaient d’engager le combat quatre d’entre eux ont été tués » a d’abord indiqué le général Lecointre. Puis dans la même conférence de presse, il précise que deux ravisseurs « s’étaient enfuis » et quatre ont été tués. Version de la ministre des Armées, Florence Parly.


Télécharger le son de la conférence de presse

Libération réussie de 4 otages au Burkina Faso. Deux commandos marine morts dans l’opération (V3)

(B2) Deux militaires français membres des commandos marine sont morts dans une opération de libération d’otages au nord du Burkina Faso dans la nuit de jeudi à vendredi (10-11 mai).

Deux commandos marine perdent la vie

Le maître Cédric de Pierrepont et le maître Alain Bertoncello, « tous deux officiers mariniers au sein du commandement des opérations spéciales ont trouvé la mort au combat », indique un communiqué officiel de la présidence de la République. Ils étaient membres du commando Hubert. « Ils n’ont pas tremblé, ils n’ont pas hésité une seule seconde face aux ravisseurs, ils ont protégé les otages au prix de leur propre vie » a indiqué la ministre française des Armées, Florence Parly.

Les deux otages français libérés et deux autres  également

L’opération a néanmoins réussi. Quatre otages ont été libérés : deux Français Patrick Picque et Laurent Lassimouillas — enlevés le 1er mai dernier au Bénin —, une citoyenne américaine et une ressortissante sud-coréenne. Cette présence de deux otages supplémentaires est une surprise. « Nous n’avions pas absolument connaissance de la présence de [ces] deux otages » a indiqué la ministre Florence Parly. Et apparemment « leurs pays n’étaient pas au courant de leur enlèvement ». Elles étaient enlevées « depuis 28 jours ».

(NGV)

Lire aussi sur les détails de l’opération : La libération des otages au Burkina Faso : une opération menée avec rigueur et audace


(crédit : Marine nationale)

Né en 1986, le maître Cédric de Pierrepont est entré dans la Marine nationale en 2004, au sein des équipages de la flotte. Il intègre en 2005 la spécialité de fusilier marin et se distingue en terminant premier de sa promo. Un an et demi plus tard, il réussit le stage commando. Il est ensuite affecté au commando de Penfentenyo où il est promu au grade de second-maître et obtient son brevet d’aptitude technique fusilier marin-commando. En août 2012, il réussit le cours de nageur de combat puis rallie le commando Hubert. Il y occupait les fonctions de chef de groupe commando depuis le 1er avril 2018. En 15 ans de service, il a plusieurs fois été engagé sur des théâtres d’opérations en Méditerranée, au Levant et au Sahel.

(crédit : Marine nationale)

Né en 1991, le maître Alain Bertoncello est entré dans la Marine nationale en rejoignant l’école de maistrance le 14 février 2011. Il choisit le 1er mars 2012 la spécialité de fusilier marin et réussit le stage commando la même année. Après cinq ans au commando Jaubert, il obtient le brevet de nageur de combat et rejoint le commando Hubert basé à Saint-Mandrier dans le Var, où il était affecté depuis juillet 2017. Après son entrée au sein des commandos marine, le maître Bertoncello a participé à des missions de défense des intérêts maritimes français aux Seychelles (protection des thoniers) et à plusieurs opérations extérieures au Qatar, au Levant et au Sahel.


Mis à jour vendredi 10 mai 15h biographies + détails sur l’opération (mise dans un article séparé pour plus de lisibilité)

L’État-major burkinabé frappé, le G5 Sahel visé, le GSIM revendique

(B2) La double attaque contre l’État-major burkinabé et l’ambassade de France à Ouagadougou (Burkina Faso), vendredi, a été revendiquée par le groupe extrémiste GSIM. Au-delà des mots, il semble bien que ce soit le G5 Sahel qui ait été aussi (et surtout ?) visé.

Une attaque rapidement contrée par les forces burkinabèses et françaises

L’attaque, vendredi (2 mars), d’abord de l’ambassade de France à Ouagadougou puis de l’état-major des forces armées du Burkina Faso, semblait surtout viser le G5 Sahel. Une réunion de l’état-major du G5 Sahel était en effet prévue vendredi (2 mars). Et ce n’est qu’au dernier moment qu’elle a été déplacée. Le bilan important — 7 militaires burkinabès tués et environ 70 blessés dont une douzaine dans un état critique — aurait donc pu être encore plus lourd (1).

Une rapide réaction coordonnée française et burkinabèse

« Les unités spéciales des forces de défense et de sécurité burkinabés, avec l’appui des militaires français chargés de la sécurité de l’ambassade, ont rapidement neutralisé les assaillants » souligne-t-on à l’état-major français. « Un détachement des forces françaises présentes à Ouagadougou » est intervenu également, « immédiatement, à la demande des autorités locales » pour participer à la sécurisation des deux sites et assurer la sécurité des ressortissants français.

Une attaque en réponse à un raid contre le Mali

L’attaque a été revendiquée par le groupe jihadiste GSIM (Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans) dès le lendemain (3 mars). Elle aurait été menée « en réponse à la mort de plusieurs de ses dirigeants dans un raid de l’armée française dans le nord du Mali il y a deux semaines » affirme-t-il dans un communiqué rapporté par l’agence privée mauritanienne Al Akhbar et l’AFP.

Les forces françaises avaient en effet mené une importante opération terrestre et aérienne contre le GSIM dans le nord-est du Mali le 15 février, à la limite de la frontière algérienne, neutralisant une vingtaine de jihadistes, capturés ou tués (lire : Mali. Les Français mènent un raid héliporté près de la frontière algérienne).

La France, cible des groupes terroristes

Il ne s’agit pas de la première attaque revendiquée par le GSIM contre les Français.  Le 21 février dernier, une attaque avait entrainé la mort de deux soldats français. (Lire : Deux militaires de Barkhane tués au combat au Mali). Le Touareg malien Iyad Ag Ghaly est activement recherché par les forces françaises.

Le G5 Sahel visé ?

Mais au-delà des Français, cela semble être surtout les responsables du G5 Sahel qui étaient visés. Les attaquants semblaient apparemment avoir été bien informés. Car une réunion de l’état-major du G5 Sahel devait se tenir le jour même. Le président nigérien Issoufou Mahamadou, a ainsi « salu[é] la réaction énergique et salvatrice des forces de défense et de sécurité du Burkina Faso et des pays alliés ». Il a appelé cependant à « la vigilance accrue dans tous les États » du G5 Sahel. A travers l’État-major burkinabé, ce sont, en fait, les Forces du G5 Sahel qui étaient visées. Pour le Nigérien Issoufou Mahamadou, président en exercice du G5 Sahel, c’est clair. Celui-ci a d’ailleurs « réaffirm[é] son engagement à tout mettre en œuvre en vue de consolider et de faire fonctionner la synergie opérationnelle entre les forces de défense et de sécurité des États membres du G5 Sahel, leurs alliés et l’ensemble de la communauté internationale ».

…mais préparé

Le G5 Sahel est conscient du risque couru et appelle à un financement rapide. « Maintenant les groupes armées savent que la force est en préparation et pratiquement, nous affrontons une course contre la montre. Je m’attends à une accélération des attaques. Ils vont essayer de mettre la pression. mais les forces nationales et internationales sont très activent. Il faut que la logistique suive le plus rapidement possible. Il faut être très pragmatiques et pratiques », avait affirmé Moussa Faki, président de la Commission de l’Union africaine, lors du point de presse suivant la Conférence des donateurs pour le G5 Sahel, le vendredi 23 février (Lire : Le G5 Sahel demande un financement permanent pour sa Force conjointe)

(Claire Boutry, avec Leonor Hubaut et AFP)

(1) Neuf des assaillants (et non huit comme initialement annoncés) ont également été tués au cours de l’attaque. Aucun ressortissant français n’a été tué ou blessé selon le ministère français des Affaires étrangères.

L’opération Panga et Bayard près du Burkina Faso

(B2) A deux reprises, début avril et fin avril, les hommes de la force Barkhane ont mené des opérations pour venir à bout de ‘groupes armés terroristes’ dans la forêt de Foulsaré

Extraction par le groupement des commandos parachutistes. (crédit : EMA / Dicod – archives B2)

L’opération Panga

Durant presque deux semaines, du 27 mars au 10 avril 2017, les forces armées maliennes (FAMa) et burkinabés, avec la force Barkhane, ont conduit une opération militaire conjointe (OMCT) dans la zone frontalière située au sud de Hombori, entre Mali et Burkina Faso. Baptisée Panga, l’opération visait à lutter contre les groupes armés terroristes, notamment près de la forêt de Foulsaré, une zone particulièrement complexe de près de 2500 km², réputée servir de refuge aux terroristes du groupe terroriste. Commandée depuis un poste de commandement tripartite déployé à Sévaré, l’opération a mobilisé près de 1300 soldats, 200 véhicules et une dizaine d’hélicoptères des trois paysn assurant successivement des phases de reconnaissance et de contrôle de zone et des fouilles dans des villages de la région. Les Mirage 2000 et drones Reaper de la force Barkhane ont fourni un appui opérationnel précieux entre renseignement, reconnaissance et appui, sans oublier le transport tactique. L’opération a permis « d’approfondir la connaissance de cette zone, de collecter du renseignement, et de réaliser des saisies de matériel » indique l’état-major français des armées. « Deux terroristes ont été neutralisés, huit autres capturés et plusieurs dizaines de suspects remis aux autorités burkinabées. » « Il ne doit pas y avoir un endroit dans la région où les GAT [groupes armés terroristes] puissent être tranquilles », a assuré le général de divsion de Woillemont, chef la force Barkhane.

L’opération Bayard

Dans la foulée, le 29 avril suivant, une action d’opportunité est déclenchée contre un groupe armé terroriste dans la forêt de Foulsaré à proximité de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, au sud-ouest de Gao. Opération, baptisée Bayard. Des Mirage 2000 ont d’abord réalisé des frappes sur les zones identifiées, suivis de deux hélicoptères d’attaque Tigre pour sécuriser la zone pour permettre la projection par hélicoptère Caïman d’un premier groupe de commandos de montagne. Appuyés par les moyens aériens et aéromobiles, « les groupes au sol ont progressé de nuit vers les zones des GAT [groupes armés terroristes] pour établir un cordon avant de fouiller la zone autour des positions de l’ennemi », indique l’état-major français des armées. Ceux-ci « n’engagent pas le combat et prennent la fuite, emmenant notamment une partie des blessés ou tués ». « En fin de nuit, des commandos parachutistes et des équipes opérationnelles de déminage sont héliportés pour venir renforcer les troupes déjà déployées. En fin de matinée, pendant les fouilles menées, les soldats français sont pris à partie par un adversaire qui refuse également le combat et prend la fuite. »

Une vingtaine de tués parmi les ‘terroristes’

Les fouilles menées dans la zone permettent de saisir 20 motos, deux pick-up, de l’armement, des munitions, du matériel informatique ainsi que des composants rentrant dans la fabrication d’engins explosifs. Les équipes de déminage ont procédé à la destruction sur place du matériel et l’ensemble des soldats rapatrié par hélicoptère en fin de journée le 30 avril. Au final, un bilan d’une vingtaine de terroristes « mis hors de combat ».

(NGV)

Le général Harvent écoute le plan d'opération élaborer par un groupe (Crédit: EUTM Mali)

Première formation en commun d’EUTM Mali pour les officiers du G5 Sahel

Le général Harvent écoute le plan d'opération élaborer par un groupe (Crédit: EUTM Mali)

Le général Harvent écoute le plan d’opération élaborer par un groupe (Crédit: EUTM Mali)

(BRUXELLES2) Pour la première fois, la mission européenne de formation au Mali (EUTM Mali) a organisé une formation pour une vingtaine d’officiers des cinq pays du Sahel (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger, Tchad) faisant du camp de Koulikoro le centre stratégique de l’interopérabilité militaire du G5 Sahel.

Renforcer l’interopérabilité du G5

La formation, de deux semaines, a eu pour but de « renforcer  la coordination et l’interopérabilité des forces armées » des pays du G5 Sahel, explique-t-on à EUTM Mali. La première semaine, c’est la théorie qui a primée. La seconde semaine était consacrée aux exercices pratiques, simulant des situations réelles dans lesquelles les officiers des cinq pays ont été amenés à se coordonner pour une opération conjointe. Ils ont travaillé en petits groupes, mélangeant les cinq nationalités. Chaque groupe devant présenter ensuite ses conclusions aux autres groupes ainsi qu’au commandant de la mission. L’enjeu primaire est d’établir un lien de confiance entre les officiers mais aussi, à long terme, d’établir une procédure conjointe.

… et sa capacité à collaborer avec les acteurs internationaux

Outre la coopération entre les armées des cinq pays, la formation avait pour objectif de favoriser la coopération avec les partenaires internationaux présents dans la région en introduisant les aspects politiques et légaux des opérations, le contexte sécuritaire de la région, la connaissance des acteurs internationaux impliqués sur le terrain. Une formation dont l’importance est à la hauteur du manque de connaissance du terrain. Les officiers du Tchad ont, par exemple, découvert l’existence d’EUTM Mali pendant le cours. Des représentants de l’opération Barkhane, de la mission onusienne MINUSMA et des missions européennes de renforcement des capacités civiles EUCAP Sahel Niger et EUCAP Sahel Mali, ont également participé à la formation, en donnant plusieurs cours expliquant leur rôle et zone d’intervention respectives.

La concrétisation de la volonté politique forte du G5

Pour le général Eric Harvent, qui commande EUTM Mali, c’est « un signal fort » au niveau politique.  « Cela montre la forte volonté de coopération, et la capacité de le transcrire en un geste quotidien ». A l’origine de l’initiative, le général Dacko, chef d’Etat-major des armées maliennes (FAMA), a souligné que le terrorisme ne connaissait pas de frontières. Une « réponse transnationale à cette menace est nécessaire. Une interopérabilité renforcée des différentes armées permet parfaitement et efficacement de contrer ce défi sécuritaire ».

Visite de l’envoyé spécial pour le Sahel

Ángel Losada Fernández, le Représentant spécial de l’Union européenne (RSUE) pour le Sahel, a tenu à profiter de cette occasion pour visiter la mission européenne. « Ces cours sont le reflet de la volonté européenne de soutenir le processus de régionalisation. » Losada, en poste depuis janvier 2016, est particulièrement favorable au processus de régionalisation qui entoure la création du G5 Sahel. C’est « une évolution de la plus grande importance », avec des « implications sécuritaires qui ne peuvent être mises de coté », expliquait-il début juin devant le Parlement européen (Lire: Au Mali, les terroristes, encore présents, se déplacent vers le sud (Losada)

(Leonor Hubaut)

Voir le vidéo de présentation de la formation ici

Lire : EUTM Mali, la transition vers le mandat « 3 » est lancée

(crédit : DICOD / EMA)

Le Burkina Faso à son tour frappé par le terrorisme. Plusieurs victimes européennes (Maj2)

(crédit : DICOD / EMA)

(crédit : DICOD / EMA)

(B2) L’attaque perpétrée à Ouagadougou (Burkina-Faso) contre plusieurs bars et restaurants fréquentés par les expatriés (le Taxi Brousse et le Cappuccino), et l’Hotel Splendid, vendredi soir (15 janvier) a fait au moins 29 morts, dont plusieurs Burkinabais (8 selon un premier bilan)

Parmi les victimes étrangères (*) :

  • trois Français (selon le Quai d’Orsay). Deux travaillaient pour la même société, Scales, de Saint-Ouen l’Aumône (lire sur 20 minutes). Ainsi que la photographe franco-Marocaine Leila Alaoui, grièvement blessée, qui a succombé à ses blessures
  • un Portugais qui vivait en France (marié avec une Française) et travaillait également à Scales.
  • deux Suisses (l’ancien patron de la Poste Jean-Noël Rey et un ancien député du Valais Georgie Lamon, selon la RTS).
  • un Néerlandais (un homme de 67 ans, bénévole international, selon le ministère néerlandais des Affaires étrangères).
  • quatre Ukrainiens, qui appartiennent à une même famille : la femme et le fils de 9 ans du propriétaire du Cafe Cappuccino, la soeur et la mère de sa femme.
  • un Américain (un missionnaire Mike Riddering, qui travaillait à l’orphelinat Les Ailes de Refuge).
  • six Canadiens (du Québec).
  • un Libyen.

Une trentaine de personnes ont également été blessées.

Les forces de sécurité burkinabaises, épaulées par des forces spéciales françaises et un soutien américain (ISR – surveillance et renseignement), ont mené l’assaut, permettant de libérer quelque 150 otages. La police technique et scientifique et la sous direction anti-terroriste de la police nationale ont envoyé des éléments sur place pour participer à l’enquête, tout comme la Gendarmerie nationale qui a envoyé six experts de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN).

L’attentat revendiqué par le groupe de Mokhtar Belmokhtar (Al-Mourabitoune), affilié à Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) tout comme celui de l’hôtel Radisson Blu de Bamako. Une attaque « coordonnée » avec celle d’un convoi de la gendarmerie et l’enlèvement de deux ressortissant australiens dans le nord du pays » affirme le le Premier ministre burkinabais Paul Kaba Thieba lors d’une réunion extraordinaire du Conseil des ministres. Trois des attaquants de Ouagadougou sont morts sur place. Un commando qui « comprenait des femmes » affirme le Premier ministre Thieba.

« Cet attentat odieux, lâche et abject n’affectera en rien notre détermination commune à lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes » a indiqué de son côté le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) « J’exprime ma solidarité au peuple frère du BurkinaFaso et condamne avec la dernière rigueur cette barbarie innommable » a-t-il ajouté.

(NGV)

(*) Plusieurs avaient une double nationalité, d’où des comptages parfois différents

Lire sur Libération le récit des survivants

Lire aussi :

Et notre dossier N°32 :  2015 L’Europe face à une nouvelle vague de terrorisme

(Maj) dim 17.1 17h – Bilan des nationaux + déclaration du Premier ministre burkinabais – mar 19.1 – décès d’un blessé grave

L’UE condamne le coup d’état au Burkina-Faso

(B2) La Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, a condamné sans ambages, dans un communiqué publié ce matin, le coup de force qui se déroule en ce moment au Burkina Faso. « La séquestration du Président de la transition ainsi que d’autres ministres, mettent en péril la Transition et la voie vers les élections du 11 octobre prochain » indique-t-elle. « Toute tentative d’évincer les autorités de la Transition par la force ou action contre la paix et la sécurité du pays ont été condamnées par l´ensemble de la Communauté Internationale ». Et l’UE « appelle à la libération immédiate des personnes retenues et au respect de la Transition et de l’intérêt général ».

Libération et respect du calendrier électoral

Un message développé dans nombre de capitales européennes comme aux Nations-Unies. Sur initiative de la France, le Conseil de sécurité de l’ONU a, dans une déclaration à la presse adoptée à l’unanimité hier, condamné la détention du président de transition, du Premier ministre et de membres du gouvernement et réclamé qu’ils soient « libérés sains et saufs et immédiatement ». Il a demandé que tous les protagonistes « respectent le calendrier de la transition, en particulier la tenue d’élections libres, équitables et crédibles, prévues pour le 11 octobre ».

Pas d’intervention française sauf pour évacuation

L’armée française qui dispose d’un contingent d’environ 200 hommes sur place — surtout des forces spéciales —, dans le cadre de l’opération anti-terroriste Barkhane, ne compte pas intervenir dans ce conflit a indiqué François Hollande ce matin. Sauf si une opération d’évacuation d’urgence des citoyens français, européens ou étrangers, s’avérait nécessaire. En attendant, des mesures de précaution ont été indiquées aux différents ressortissants dans la capitale burkinabaise, Ouagadougou.

Un militaire de Barkhane tué dans un accident d’hélicoptère

(B2) Un hélicoptère EC725 des forces françaises s’est écrasé dans le nord du Burkina Faso samedi (29 novembre), vers 21h (heure française), « alors qu’il effectuait un vol nocturne d’entraînement » – indique un communiqué de l’Etat-Major des armées. Un militaire — un adjudant du 4ème RH (régiment des hélicoptères) des forces spéciales, appartenant au service des essences des armées — a été tué. Deux autres membres de l’équipage ont été blessés. Ils ont été transportés vers N’Djamena et pris en charge par la structure chirurgicale militaire française sur la base aérienne « Sergent-chef Adji Kosseï ». Leur « pronostic vital n’est pas engagé », précise le communiqué. C’est le 2e militaire à décéder à mourir depuis le lancement de l’opération Barkhane – destinée à lutter contre le terrorisme dans la zone du Sahel – le 1er août dernier

Le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, est aujourd'hui contestée

Au Burkina, la tempête. L’UE appelle au calme

Le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, est aujourd'hui contestée

Le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, est aujourd’hui contestée

(BRUXELLES2) Après les fortes violences qui ont marqué la journée à Ouagadougou et dans tout le pays, faisant une trentaine de morts selon l’opposition, l’Union européenne a réagi, jeudi soir (30 octobre), par le biais du porte-parole de Catherine Ashton, affirmant « suivr(e) de très près les événements en cours ».

L’UE se dit « très préoccupée (*) par la situation actuelle et les informations faisant état de victimes suite aux violentes manifestations ».

L’Union européenne prête à faciliter le dialogue

Et l’Union européenne de lancer un appel au calme, et au respect par les forces armées des institutions civiles.

« Maintenant que la proposition de loi sur la révision de la Constitution a été retirée, nous appelons au sens de la responsabilité de toutes les forces politiques, de l’armée et des institutions républicaines ainsi que du peuple burkinabé pour construire ensemble un nouvel avenir pour le pays de façon apaisée et dans le respect des principes démocratiques et de la Constitution. »

L’Europe s’est montrée disposée à en faire plus.

« L’Union européenne est prête à intervenir pour faciliter ce processus. »

Un coup d’Etat

Cette prise de position est survenue juste au moment où le chef d’état-major de l’armée burkinabaise déclarait suspendre les structures démocratiques (dissolution de l’assemblée) et d’instaurer des structures de transition promettant un retour à l’ordre constitutionnel d’ici 12 mois. Ce qui ressemble à un véritable « coup d’Etat ». La situation est cependant assez confuse à Ouagadougou. Les déclarations successives du président Compaoré comme des armées étant contradictoires, notamment sur la mise en place de l’état de siège. Mais si cette situation devait perdurer, l’Union européenne pourrait entamer la procédure de suspension des accords de coopération (ACP), prévue en cas de défaillance démocratique et de coup d’état militaire.

Il ne manquait plus que cela

Dans une Afrique subsahérienne, du Sahel, prompte à tous les mouvements, le Burkina Faso représentait jusqu’ici un certain ilot de stabilité. Le Mali est toujours aux prises avec une guérilla rebelle, au nord du pays, aux confluents de mouvements autonomistes touaregs et djihadistes transnationaux, les derniers incidents où un militaire français est décédé l’ont prouvé (Lire : Violent accrochage entre la force Barkhane et des djihadistes au nord Mali. 1 militaire tué). Le Niger est convalescent. Le sud libyen est une zone hors contrôle. La présence de Boko Haram au nord Nigéria n’est pas vraiment maîtrisée et déborde sur le nord Cameroun. Un peu plus à l’est, la Centrafrique est dans un état toujours instable, etc. Bref. La révolte de la rue suivie d’une prise de contrôle par l’armée à Ouagadougou tombe mal.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Ce qui constitue le niveau 2 sur l’échelle de préoccupation européenne

(Maj 31.10 12h) Précisions données par la Commission sur le respect des institutions républicaines par l’armée (qui ne figurait pas dans la première version de la réaction européenne donnée jeudi soir)