Nos si chers amis banquiers

A partir du 1er janvier, les bonus bancaires seront limités dans toute l’Europe. Une réforme qui concerne au premier chef les hauts salaires banquiers français – et britanniques – qui ont eu l’habitude d’être dopés aux bonus.

(article paru dans Ouest-France.fr)La crise économique ne semble pas, en effet, vraiment concerner les banquiers à regarder les derniers chiffres disponibles, publiés par l’Autorité des banques européennes (EBA). Selon son dernier rapport (*), on compte en Europe plus de 3500 banquiers millionnaires (chiffres 2012).

Les trois quarts au Royaume-Uni

Naturellement, c’est au Royaume-Uni, que se concentre une nette majorité de ces heureux élus. Londres compte ainsi près de 2.714 banquiers ayant gagné plus d’un million d’euros en 2012, soit trois quart des « riches » banquiers européens. Le continent suit de très loin, ils ne sont (que) 212 en Allemagne, 177 en France, 109 en Italie et 100 en Espagne.

Le Luxembourg, pourtant plate-forme réputée de placement fiscal, ne compte que 15 « riches » banquiers. Et il y en a quasiment pas dans les pays baltes ou d’Europe de l’Est, exception faite de la Hongrie (9) ou de la Pologne (7). On en trouve tout de même 3 à Chypre et 1 en Grèce, pays pourtant soumis à une sévère cure d’austérité… après la faillite des banques.

La majorité dans les banques d’affaires

La très nette majorité de ces « millionnaires » se rencontre dans les banques d’investissement ou de gestionnaire d’actifs, et fort peu dans les banques de détail : seulement 3 sur 177. Cette proporition est semblable dans les autres pays, notamment au Royaume-Uni.

80% du salaire en bonus !

En moyenne, un « riche » banquier gagnait en 2012 presque 2 millions d’euros par an au Royaume-Uni et 1,56 millions d’euros en France. Point commun à ces deux pays : la part des bonus et autres montants variables de la rémunération (intéressement à la vente, pourcentage sur le chiffre d’affaires, stocks options sur des actions, retraite privée…), est extraordinaire. Elle atteint 370% de la rémunération. Autrement dit 4 euros sur 5 gagnés par un banquier français ou britannique provient d’intérêts sur les revenus de la banque. Tendance qui ne se reflète pas dans les autres pays d’Europe. La rémunération variable représente, en moyenne, le double du salaire fixe en Allemagne, 125% en Italie, 80% en Suède et aux Pays-Bas !

Des bonus dans la ligne de mire européenne

Cette exagération pose problème. Car il s’agit d’une prime sans risques : c’est la banque qui prend les risques… et le banquier qui gagne. Une pratique dangereuse reconnue au niveau européen. Les bonus ont joué un rôle néfaste dans la prise de risque avec les résultats désastreux pour notre économie » reconnait Michel Barnier, commissaire européen chargé du Marché Intérieur. «  La valeur d’un gestionnaire de banque devrait avant tout se refléter dans son salaire – ajoute Othmar Karas, eurodéputé autrichien (Chrétien-Démocrate) et auteur d’un rapport sur les bonus bancaires. « Si les bonus additionnels dépassent de loin la rémunération, la motivation des employés est alors déformée ».

Les bonus devront diminuer

La nouvelle législation européenne, qui doit entrer au 1er janvier 2014, plafonne ainsi la rémunération variable au maximum à hauteur de la rémunération fixe (100%) et de façon exceptionnelle au double de la rémunération fixe (200%), si les actionnaires se sont prononcés en faveur de ce système avec une majorité de 2/3 des droits de vote.

(*) La directive européenne de 2010 oblige désormais les Etats membres à fournir certaines informations sur les hauts salaires de leurs banquiers, dispositions auparavant restées discrètes. Le premier rapport pour les salaires 2010 et 2011 est paru en mai de cette année, le second fin novembre (à télécharger ici, en anglais).

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles)

En savoir plus

Un pas en avant, un pas de côté, un pas en arrière

La négociation sur la levée du secret bancaire est une valse à trois temps.

Le premier est l’exclamation. « 1000 milliards d’euros perdus par an ! » s’exclame Barroso.

Le second celui de la charge « il faut le récupérer » entonnent les Chefs d’Etat. « l’impunité est terminée » tonne François Hollande à la fin du sommet européen : « Ceux qui pensaient échapper à l’impôt en se réfugiant dans les paradis fiscaux doivent comprendre que l’opacité est finie ».

Puis vient le troisième temps, celui du tempo sur le mode piano. C’est le Premier Ministre luxembourgeois qui joue, en général, le jeu, en duo avec son homologue autrichien. « Oui. Nous allons abandonner le secret bancaire et nous diriger vers l’échange automatique d’informations, que nous voulons introduire le 1er janvier 2015» a ainsi juré à Bruxelles, mercredi dernier, l’inoxydable Jean-Claude Juncker. « Mais » cela se fera « à condition d’avoir des négociations avec les pays tiers, dont notamment la Suisse ». Roué aux sommets, Junckeer sait bien que le temps passe, la fermeté peut s’émousser. Derrière les grands élans se cachent déjà des petits compromis.

Le sommet des « 27 » qui a duré 4 heures, tout mouillé, Energie et Syrie compris, a d’ailleurs tenu plus du « gouter » que d’une réunion de travail. Et ses conclusions ne sont pas aussi farouches que les déclarations vibrionnantes d’après réunion. Quelques rendez-vous sont bien pris. Mais rien ou peu sur la base consolidée de l’impôt sur les sociétés. Et pas de liste unique des paradis fiscaux. La plupart des engagements sont surtout de bonne volonté. « C’est un coup épée dans l’eau. Les Chefs d’État et de gouvernement ont surtout fait de la com’ » constate Philippe Lamberts, eurodéputé et spécialiste des banques chez les Verts.

Ceux qui ont de la mémoire se souviendront du cri de victoire en 2003, quand la directive sur l’épargne avait été adoptée… au bout de 14 ans de négociation. Le Luxembourg et l’Autriche, déjà !, comme la Belgique alors, avaient obtenu de ne passer à l’échange automatique d’informations que « si et lorsque le Conseil aura conclu « à l’unanimité », un accord avec la Suisse » et consorts. Condition qui n’est pas encore effective.

Le « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » continue.

Quand la démocratie devient un détail gênant. Une prime au populisme et aux extrêmes ?

(BRUXELLES2) Semaine après semaine, l’Europe n’en finit pas de resserrer la vis. Avec des mesures propres qui s’auto-détruisent aussi rapidement qu’elles ont été mises en place. Nombre de mesures d’austérité mises en place ne dégagent pas les ressources attendues, la baisse de la consommation et donc de la croissance annihilant les gains espérés. En revanche, elles provoquent incompréhensions, exaspérations voire hostilités. L’Europe est en train de tuer à petit feu l’idée européenne et de s’affaiblir au plan mondial. La mise en place d’une taxation sur les dépôts d’épargne à Chypre est le dernier avatar d’une politique qui n’a que peu faire des principes démocratiques et économiques. Si on voulait faire peur à tous les épargnants non seulement à Chypre mais dans toute l’Europe, on ne pouvait pas s’y prendre mieux…

Le populisme extrême gagne du terrain

Les gouvernements chutent comme des mouches face à la crise. Grèce, Italie, Bulgarie, Chypre… la liste est déjà longue. Et cela devrait continuer. Au plan social, le phénomène des immolations des exclus se poursuit en Bulgarie. Et il serait erroné de n’y voir qu’une scorie d’un malaise. Au plan politique, la constitution de grandes coalitions n’est qu’un pis aller qui laisse une marge de croissance aux oppositions les plus extrêmes. Le danger ne semble pas venir de l’extrême gauche aujourd’hui, malgré toutes les prévisions (ou les craintes). Elle vient d’un populisme, plus ou moins teinté d’extrémisme, voire carrément extrême. Aube dorée, Vrais Finlandais, Jobbik, Ukip… Ces mouvements semblent avoir le vent en poupe. Que ce soit au sud, à l’est ou au nord de l’Europe, quelles que soient les bonnes ou mauvaises raisons, le signe du repli sur soi a sonné. La victoire du populiste gentillet de Beppe Grillo en Italie – tant cité en exemple – n’est qu’un épiphénomène. Au train où vont les réformes, il n’est pas évident que ses électeurs retournent gaiement vers les partis traditionnels une fois la déception dans leur leader acquise.

Le critère d’acceptation par la population et le respect des règles démocratiques deviennent un détail

De la même manière qu’en 2008, l’exécutif européen avait tardé à prendre la mesure de l’ampleur de la crise financière ; il semble aujourd’hui ne pas mesurer l’ampleur de la crise politique et sociale qui sourd. Ce n’est pas faute de l’analyser. Je me souviens d’une conversation avec José-Manuel Barroso il y a déjà plus d’un an qui anticipait des difficultés politiques. Le commissaire au Marché intérieur Michel Barnier disait encore récemment redouter une succession de crises. Et Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme. On ne peut pas qualifier ces trois personnalités de dangereux illuminés. Mais c’est comme si les dirigeants européens n’osaient pas tirer les conséquences de leur analyse, enfermés dans une analyse juridique du Traité. « On ne peut pas », « Ce n’est pas prévu », « pas autorisé » reviennent comme des leitmotiv. La « base légale » dicte une loi d’airain. Et les décisions se succèdent toutes aussi justifiées les unes que les autres mais hallucinantes en termes politiques. Car injustifiables pour une population. Le critère « d’acceptabilité » par la population des mesures prises est tenu pour portion négligeable. Quant au respect des règles démocratiques, il devient un « détail », gênant, dans la procédure européenne.

Un nécessaire changement de paradigme

La situation est grave. Et, cette fois, l’Europe ne peut en rejeter la faute sur les autres. Ce sont ses propres décisions, son propre système de gouvernement qui sont en cause. Et la colère pourrait se retourner contre elle… Si la crise financière avait ses origines dans une certaine aberration financière et une dérégulation à outrance, cette crise là ne peut chercher ses origines à l’extérieur. Elle provient, pour une bonne partie, des décisions prises par les dirigeants européens. Et elle constitue un très mauvais signal dans les autres pays. Face au danger, il faut arrêter certaines politiques suicidaires, sans doute mettre de côté certains critères du pacte : fixer la réduction de la dette comme de l’inflation comme un objectif de moyen terme mais non un impératif de court terme (la Bulgarie et la Roumanie sont aujourd’hui des Etats modèles si on regarde uniquement cet indicateur !). Et jeter toutes les forces dans la bataille pour remettre en place une certaine croissance et jeter les bases non pas d’un pacte budgétaire mais d’un pacte fiscal et social (avec taux minimal et maximal pour l’impôt sur les sociétés, pour les cotisations sociales, pour l’impôt sur les plus values…) afin d’éviter des effets de dumping social/fiscal mais aussi des pertes de ressources pour les Etats.

Si les Européens n’agissent pas, de façon rapide, énergétique et innovante, mais aussi compréhensible pour ses citoyens, ils auront réussi cette gageure : sauver l’Euro mais perdre l’Europe…

Chypre et ses voisins turbulents ou envahissants

(BRUXELLES2) C’est dans une Europe et une Méditerranée tourmentées, que Chypre prend la présidence. Elle est en « en première ligne » sur plusieurs fractures. L’ile reste toujours divisée. Et la présence turque comme britannique (deux bases militaires en « souveraineté » britannique) font de l’ile un cas très particulier dans l’Europe. Il est vrai que c’était plus ou moins le statut de l’Allemagne pendant près de 30 années de son histoire européenne.

La Turquie en position de boycott

Seulement la Turquie, pays candidat, a menacé de boycotter toute réunion présidée par les Chypriotes (grecs), ne reconnaissant pas le gouvernement. Les Chypriotes attendent donc de l’Union européenne une solidarité sans faille. Lors de sa visite à Chypre, en juin, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy est venu au secours de la présidence chypriote. « La présidence tournante est une partie fondamentale d’un tout, de l’Union européenne et doit être respecté par tous » a-t-il assuré. Du coup c’est la Commission européenne qui assurera le suivi des négociations d’adhésion (qui tournent, il est vrai, au ralenti) à l’aide de ce qu’on nomme un « agenda positif ».

Une Syrie : entre vacuum et explosion

L’ile est située à quelques encablures de la Syrie (située à moins de 150 km des côtes). C’est une réalité géopolitique qu’on a pas tendance à voir de l’autre coté du continent. Mais la Syrie est d’abord « un voisin », comme le confie un diplomate de l’ile à B2.  La crainte de la présidence chypriote est réellement d’avoir une explosion syrienne dans les mois prochains.  « Si cela explose réellement on sera en première ligne. On peut alors oublier tous les autres dossiers. » Cette crainte concerne la répercussion sur les pays voisins (Liban…) mais aussi l’arrivée d’une immigration par voie de mer ou par voie de terre (via Chypre nord).

D’où la prudence à pas de velours de Chypre sur le sujet, confirmée par un de nos interlocuteurs. « Il faut être très prudent. » Si la situation paraissait dramatique il y a quelques temps, elle paraissait sous contrôle, aujourd’hui cela ne semble plus le cas. Et pour l’ile, qui abrite deux bases militaires britanniques, il ne peut y « avoir d’action sans résolution du Conseil de sécurité ». L’ile a toujours été un réceptacle de dirigeants en exil du Proche Orient et de négociations discrètes.

« La grosse question aujourd’hui est de savoir qui va remplacer le dirigeant actuel. On ne peut pas créer un vacuum. On ne peut pas avoir un nouvel Iran. » Ce qui se passe en Egypte n’est pas pour rassurer. «L’opposition (syrienne) reste très divisée. »

La crise grecque par répercussion

Après avoir pu échappé à la crise économique, Chypre est frappée de plein fouet par la réaction en chaîne, ses banques étant étroitement liées au réseau bancaire (*). Et le gouvernement a dû se résoudre à demander l’aide européenne, tout en faisant le tour d’autres potentiels donneurs de crédits, moins exigeants comme les Russes ou Chinois. …Malgré tout l’ile recèle un potentiel de richesse, avec la découverte de gisements gaziers au large, exploités en commun avec Israël. Ce qui n’est pas fait pour calmer certaines rivalités régionales.

Bref on risque de ne pas s’ennuyer avec cette présidence atypique.

(*) Chypre n’est pas le pays « pauvre » vivant aux crochets de l’Europe que certains pourraient décrire, l’ile est classée parmi les « contributeurs nets » de l’Union européenne – contribuant plus à l’UE qu’elle ne reçoit.

Le coup de gueule de Jean-Paul Gauzès

Quand un eurodéputé se lâche, abandonne la langue de bois, dit franchement ce qu’il pense… c’est la fête pour les journalistes mais aussi pour tout le monde (article publié sur Ouest-France.fr)

Au Parlement européen, à Strasbourg, devant quelques journalistes (dont Ouest-France), l’eurodéputé Jean-Paul Gauzès, s’est lâché sur les récentes élections, sur la situation de la Grèce aujourd’hui, sur le fonctionnement de l’Europe et sur le lobbying des Etats. Le maire de Sainte-Agathe-d’Aliermont (Seine Maritime) est un des deux rapporteurs sur le « TwoPack » le paquet législatif visant à resserrer la coordination économique entre pays de la Zone Euro. Et il ne mâche pas ses mots. Dans son rapport figure en effet une proposition qui a fait mouche. L’État qui aurait des problèmes de trésorerie serait placé sous « protection » avec suspension de certaines clauses du crédit, le temps qu’il puisse redresser et assurer à nouveau le paiement de ses traites. Un peu comme les entreprises en faillite… Mal lui en a pris ! Verbatim…

La proposition de Gauzès : « donner du temps au temps »

« J’ai proposé de mettre en place une protection juridique pour les États en difficulté. Car aujourd’hui regardez ce qui se passe en Espagne. Ce pays n’a pas le temps d’appliquer les mesures que les gens (les marchés) les sanctionnent. Il faut « du temps au temps » comme disait Mitterand. »

La protection juridique : « un truc de maires ruraux »

« Quand vous construisez une maison, vous mettez d’abord des conforts, le temps que le béton soit solidifié, pour éviter qu’il vous tombe sur la tête. Voilà c’est tout. C’est simple. C’est çà ce que je propose. C’est un truc de maires ruraux. Une protection pour l’État en difficulté. »

La situation en Grèce : « c’est la Somalie (et) demain, la dictature »

« Allez en Grèce, vous allez voir des photos qui vont ressembler à la Somalie… Les fonds mis aujourd’hui à disposition de la Grèce suffisent à peine à honorer les échéances financières, il n’y a pas de marge pour faire autre chose … Il n’y a pas d’État, pas d’administration, pas de fiscalité… Dans la campagnes, les gens vont encore pouvoir s’en sortir. Mais dans les villes, il n’y a rien pour faire face. (…) Nous risquons de nous retrouver demain avec une dictature. »

Quand le lobbying s’exerce

« J’ai subi des pressions de toute part. L’ambassadeur (français) m’a appelé. Le directeur du Trésor m’a écrit personnellement « vous travaillez bien mais bon sur çà il vaut mieux éviter ». J’ai eu une demi-heure de tête à tête avec Herman Van Rompuy « il ne faut pas que vous venez perturber le jeu » (NDLR le président du Conseil européen). Le gouvernement espagnol a téléphoné aux députés espagnols pour leur dire de ne pas voter ce truc. Le gouvernement portugais a fait pareil. Même la Commission s’y est mise. Le chef d’unité de la Commission européenne a fait du « phoning » comme on dit en marketing, il a appelé un à un tous les députés de la commission pour les convaincre du danger de ma proposition…(…) Comme tous ces gens étaient intelligents, je me suis dit, ils ont raison, j’ai failli l’enlever. Finalement je ne l’ai pas fait. »

La façon dont la crise est gérée : « ça vous fout la trouille »

« Ça fait trois semaines que çà s’est passé. Et depuis, je n’ai plus entendu personne de ceux qui disaient que çà allait détruire la finance internationale. Je m’attendais à être engueulé. Non rien ! (…) J’ai même reçu hier un message du chef d’unité de la Commission européenne qui il y encore peu disait que je disais des conneries, pour reprendre contact comme si de rien n’était. Alors écoutez, Quand on voit comment c’est géré, franchement, ça vous fout la trouille… »

Le dernier sommet européen : c’est indécent !

« Avoir un simple dîner de 19h à 2h du matin, alors qu’on est en pleine crise, c’est indécent. Quand il y a des choses aussi sérieuses, on se retrouve pas pour une « bouffe » où chacun autour de la table n’a que quelques  minutes pour parler. Nous savons tous comment cela se passe et se prépare. Les communiqués sont préparés à l’avance. Et chacun arrive ensuite dans sa capitale, en disant que c’est une grande victoire, et qu’il a réussi à changer trois mots. Hollande est heureux d’avoir réussi à mettre le mot « croissance ». C’est merveilleux ! Mais après… Quand la maison est en péril, on ne réunit pas un conseil municipal autour d’un dîner. On se réunit à la mairie. Et on ne se quitte tant que la situation n’est pas réglée. Combien de sommets de la dernière chance n’a-t-on pas eu depuis ces deux dernières années ? C’est du blabla, de la mise en scène. Et le prochain sommet (fin juin) risque d’être pareil. C’est çà le problème… Et nos concitoyens le voient bien. »

Le problème de l’Europe : savoir « anticiper »

« Le vrai problème de l’Europe, aujourd’hui, c’est le processus de décision politique. Il faut anticiper et arrêter de faire du suivisme ou un énième sommet de la dernière chance pour ne rien décider. Il faut davantage d’Europe et mieux d’Europe. (…) Ces gens-là sont trop intelligents. Et surtout il y en a trop qui décident. »

• Les Eurobonds : « pas un remède miracle »

« Les Eurobonds, c’est pas idiot mais c’est pas un remède miracle. Ce ne sera possible qu’à terme quand les États auront la même stabilité financière, les mêmes taux et la même crédibilité.  Aujourd’hui c’est risqué. Premièrement, ce sont les mêmes en fait qui ont foutu la finance privée à plat par des trucs sophistiqués, compliqués, et du vent en fait, qui sont en train de conseiller les États dans le même sens. Deuxièmement, les Eurobonds, c’est une mutualisation des émissions obligataires. Clairement, quand un État a besoin d’argent, au lieu d’emprunter tout seul, il fait un emprunt groupé avec les autres. L’idée, c’est de dire que ça coûtera moins cher ensemble. En fait, ce qu’on ne dit pas c’est que ça va peut-être coûter moins cher pour ceux qui empruntent très cher actuellement (les Grecs, les Espagnols). Mais ça coûtera plus cher pour ceux qui empruntent à faible taux (NDLR : les Allemands, les Français, les Belges…). Standard & Poor’s (la principale agence de notation financière) avait averti, il y a un an déjà, qu’avec ce système, ils prendraient le taux le plus cher du maillon le plus faible de la chaîne solidaire. Le dernier risque, cela reste un emprunt. Il faudra bien les rembourser un jour. Il y a une solidarité des débiteurs. S’il n’y a pas les sous, c’est l’autre qui paie à votre place. Est-ce que vous allez emprunter solidairement avec quelqu’un qui est au chômage et n’a pas un rond ? Si vous êtes généreux, vous pouvez le faire, mais il faut savoir que vous paierez pour lui. Ce n’est pas de la solidarité, c’est de la charité. Il vaut mieux le savoir à l’avance. »

Traumatisé par le résultat du FN dans la commune et un coup de tacle à Sarkozy

« J’ai été secoué. Dans ma commune, Marine Le Pen a fait plus de 40% au premier tour des présidentielles. Et aux législatives, avec un candidat à peine connu, elle arrive davantage que le candidat de l’UMP ou du parti socialiste. C’est frappant ! (…) Voilà c’est ce qui arrive quand vous faites campagne en disant que « çà ne marche pas mais que si vous êtes réélu vous ferez ce que vous n’avez pas fait durant cinq ans ». On fait le lit de ceux qui, justement, dénoncent que rien ne marche (les populistes, l’extrême droite). »

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde

L’Europe en proie à un Waterloo économique ?

(BRUXELLES2) Ce site fait rarement la part belle à ces questions. Mais une fois n’est pas coutume ; la crise de l’euro et ses différents rebondissements méritent une lecture attentive. Il ne s’agit en effet plus seulement d’une question purement économique mais bien politique et stratégique. L’Europe fait en effet face à un risque majeur : un affaiblissement notable non pas d’un pays mais de l’ensemble du continent.

L’Europe est en danger

Cet affaiblissement a une origine, un carburant : des attaques répétées des « marchés ». Mais aussi un accélérateur formidable : l’imprévoyance, l’absence de réaction à la crise et les erreurs stratégiques des Européens qui se succèdent et s’empilent depuis plusieurs mois. A coté de la défaite stratégique qui se prépare, la bataille de Waterloo pourrait (presque) apparaître comme une victoire pour les Français et celle d’Austerlitz une victoire des Autrichiens. -:) S’il s’était agi d’un conflit armé, les armées européennes auraient été défoncées ; on compterait les morts par dizaines et centaines de milliers ; et la moitié de l’Europe serait « occupée ».

Dans cette véritable « guerre économique », l’Europe a déjà perdu plusieurs batailles et plusieurs divisions. On peut même dire que depuis quatre années que dure la crise, toutes ses lignes de défense ont sinon été brisées, du moins sérieusement enfoncées, contournées, à peine mises en place, obligeant à remettre en place une autre ligne de défense. On a l’impression que les Européens s’acharnent encore à réparer le plâtre de leur ligne Maginot alors que les ennemis franchissent allègrement la frontière par les autres côtés.

Imprévoyance

Que n’a-t-on pas entendu en effet pour se dédouaner de toute action ? La première ligne défense était : l’Europe n’est pas concernée par ce qui se passe aux Etats-Unis (la crise des subprimes), elle n’avait pas la même structure économique et de prise de risques. Une ligne qui s’est modifiée par la suite : en soulignant combien les banques européennes étaient peu exposées aux mêmes risques. Quand la crise a commencé à gagner le continent européen, et ses banques, à commencer par le Royaume-Uni, on a considéré qu’elle était limitée à quelques établissements, mal gérés. Et c’était la proximité des banques britanniques et américaines, leur interpénétration, qui entraînait leur crise. Idem quand la crise a concerné l’Irlande (proximité avec le Royaume-Uni, les Etats-Unis, etc.). Quand la crise a atteint la Grèce… ce sont la falsification des chiffres, la mauvaise gestion du pays, de l’économie qui ont été mises en avant.  La crise n’était d’ailleurs que passagère, précisait-on. Et d’ici 2010 et 2011, la croissance économique allait reprendre le dessus. Un expert de Bercy (dont je tairais le nom par charité), que j’avais interrogé, m’avait fait comprendre combien ils étaient sûres de la reprise et que les quelques doutes qui pouvaient s’exprimer reflétaient un certain pessimisme et des notions d’économie qui n’étaient pas « up to date »… Quand la crise a commencé à s’étendre à l’Espagne, au Portugal, on a aussi doctement expliqué que, pour l’Italie, cela ne risquait rien car la dette n’était pas exposée sur le marché mondial et détenue en grande partie par les Italiens eux-mêmes, etc…

Impéritie

Les dirigeants européens ont non seulement empilé les erreurs les unes sur les autres. N’ayant pas bien saisi ou voulu faire comprendre la gravité de la crise, ils ont mal préparé leurs populations à accepter des mesures plus drastiques qui révolutionnent leurs comportements. Ce, dans tous les pays. La mise en place d’une administration fiscale robuste et efficace dans un pays qui en est dépourvu (Grèce) ne peut se faire en quelques semaines. La mise en place de mécanismes de solidarité plus puissants, et le revirement sur une constante constitutionnelle et culturelle – la non intervention des autorités européennes et le fonctionnement de la planche à billets (Allemagne) – ne peut se faire en un seul discours. L’acceptation d’un mode de gouvernance plus fédéral, et non pas fondé sur des a coups politiques. Etc. Tout cela nécessite un peu de temps, des explications qui ne sont pas venues. Dans toutes les mesures prises, on n’a pas ou très peu tenu d’un facteur, pourtant essentiel, la population, et son avatar, la démocratie.

Erreurs à la pelle

Les dirigeants européens ont multiplié les sommets à courte vue, avançant mesure(tte) par mesure(tte), qui n’avaient même pas le temps d’être mises en place qu’elles étaient déjà dépassées. Il a fallu plusieurs mois pour mettre en place un fonds européen de stabilité financière qui n’était pas doté suffisamment alors que la crise avait déjà gagné plusieurs pays ; plusieurs années pour aboutir à un timide encadrement des agences de notation (et encore n’est-il pas en vigueur) à une semi-interdiction des systèmes spéculatifs tels que les achats à découvert ou CDS. Encore aujourd’hui, les dirigeants rechignent à passer à des mesures assez drastiques. La Banque centrale européenne reste interdite de prêter aux Etats. Les agences de notation, laissées à l’air libre, ne sont pas sanctionnées quand elles commettent des erreurs graves. La mise en place d’eurobonds n’a pas encore été lancée. Et on repousse la mise en place de dispositifs un peu plus contraignants comme la taxe sur les transactions financières ou l’interdiction de notation des dettes souveraines des Etats sous aide. Les pays – et les populations – les plus riches se croient protégés des dangers qui menacent les pays les plus faibles et rechignent toujours à un effort. Etc.

Le changement de braquet

La convocation des sommets à répétition et les petits changements à courte vue semblent avoir vécu. Après la Belgique, dégradée, ce devrait être le tour du noyau dur : les Pays-Bas, puis la France et l’Allemagne. La prévision politique devrait prendre en compte cette hypothèse et développer les instruments en conséquence. Il faut adapter le mécanisme institutionnel à la crise. Cela ne nécessite aucun changement institutionnel. On peut penser qu’une réunion continue des dirigeants européens, jusqu’à trouver un accord complet qui ne prévoit pas une solution pour la crise qui précède mais pour les suivantes. En prévoyant le pire.

Une dimension démocratique sous-estimée

La dimension démocratique, et explicative, ne devrait pas être laissée pour compte comme aujourd’hui. Cette réunion devrait être suivie, ou interrompue, par la réunion en urgence des différents parlements dans les pays concernés ainsi que du Parlement européen pour permettre d’entamer la discussion sur les modifications nationales nécessaires à la transposition de ces mesures. Le modèle, développé par Angela Merkel avec une réunion du Bundestag entre deux réunions du Conseil européen (en octobre), ne devrait pas être critiqué mais développé et amélioré. On perdra quelques jours ou quelques semaines qui seront regagnées ensuite. Certaines mesures devront sans doute être retravailler. Mais c’est le prix de la démocratie. Et de l’efficacité. A quoi sert de décider rapidement si les mesures mettent ensuite 1 à 3 ans à être appliquées.

Sérier les sujets

Les sujets devraient être aussi sériés selon leur priorité. Les Européens devraient aussi se concentrer sur une régulation plus stricte du système financier, un encadrement des agences de notation qui reste encore lâche aujourd’hui. Il est assez étonnant que « l’erreur » de notation de Standard and Poor’s vis-à-vis de la France ait donné lieu à autant de mansuétude. De nouvelles ressources basées sur de nouvelles accises – qui ne soient pas celle du travail – devraient être trouvées. Enfin, le système des plans d’austérité à répétition me semble aussi condamnable, sinon condamné. A force de serrer la vis, on serrer la croissance, et on augmente la dette. On est en passe de mettre autour de plusieurs pays européens le noeud qu’on a coulé autour de la Grèce. Résultat: au lieu d’une dette de quelques dizaines de milliards, c’est en centaines de milliards que l’on évalue maintenant son montant.

Attention à la crise de confiance

Aujourd’hui, l’heure n’est plus à la tergiversation. L’Europe est en danger ! Mais d’abord d’elle-même. Si les leaders européens ne réagissent pas avec plus de verve, d’intelligence, et de savoir-faire, d’explications et de compréhension, la crise continuera de nous occuper de longues années. L’affaiblissement ne sera pas alors passager mais pourrait se prolonger. Le continent sera à la merci du premier venu, du premier régime autoritaire ou extrémiste né de la crise. Car il se doublera d’une crise de confiance, d’un schisme entre une partie de la population, notable, majoritaire, qui ne comprendra plus le projet européen et ses leaders. A la crise économique s’ajouterait alors une crise politique.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le dégel des avoirs libyens gelés par l’UE entériné (Maj)

Les compagnies pétrolières libyennes sont sur la liste blanche (crédit : Nageco)

(BRUXELLES2) La décision est désormais officielle. L’Union européenne a décidé de dégeler les avoirs de 28 organisations libyennes. Selon nos informations, il s’agit de la compagnie aérienne libyenne, des entreprises de production ou commercialisation pétrolière et gazière, ainsi que d’autres institutions. De fait, une bonne partie des entités qui figuraient sur la liste européenne « autonome » (et non sur la liste de l’ONU) sont ainsi dégelées. La décision sera d’application dès publication au Journal officiel demain.

Les détails de la « liste blanche »

(Maj 2 sept) Le JO a publié ce matin la liste des entités concernées par ce dégel. Il s’agit de : Fonds de développement économique et social (FDES); National Commercial Bank Gumhouria Bank Sahara Bank, Azzawia (Azawiya), Refining Ras Lanuf Oil and Gas Processing Company (RASCO), Brega Sirte Oil Company, Waha Oil Company, Tamoil Africa Holdings Limited (Oil Libya Holding Company), First Gulf Libyan Bank, National Oil Wells and Drilling and Workover Company, North African Geophysical Exploration Company (NAGECO), National Oil Fields and Terminals Catering Company Mabruk Oil Operations, Harouge Oil Operations (ou Veba Oil Libya GmbH), Jawaby Property Investment Limited, Tekxel Limited, Mediterranean Oil Services Company, Mediterranean Oil Services GmbH (MEDOIL), Libyan Arab Airlines, Autorité du port de Tripoli, Autorité du port de Al Khoms, Autorité du port de Brega, Autorité du port de Ras Lanuf, Autorité du port de Zawia, Autorité du port de Zuwara, Al-Sharara Oil Services Company.

On peut remarquer que restent sur la liste des entités dont les avoirs sont gelés : les fondations de Kadhafi – comme la Fondation Qadhafi pour les associations caritatives et le développement ou la Fondation Waatassimou – et différents holdings d’investissement – comme la Libyan Investment Authority et ses filiales ; ainsi que certaines organismes liés étroitement au régime Kadhafi – comme le Corps des gardes révolutionnaires ou la Radio Télévision nationale.

Lire également : Le dégel des avoirs libyens : où sont-ils, comment faire, quels critères…

Le « banquier » du Belarus interdit de séjour. Mais pas ses sociétés ?

Vladimir Peftiev

(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères s’apprêtent à prendre, lundi, quelques nouvelles sanctions contre la Biélorussie, en essayant de resserrer le dispositif sur les personnes qui soutiennent le président. Il s’agit là non plus de viser la structure officielle de l’Etat — ministres, responsables du KGB, juges qui figurent déjà sur les précédentes listes – mais ses soutiens financiers. Visé particulièrement : Vladimir Peftiev, un des oligarques biélorusses, considéré comme le banquier privé de Loukashenko. Il deviendrait alors interdit de séjour dans l’Union européenne et ses fonds pourraient être gelés.

Un homme fortuné, entré dans le classement des millionnaires du magazine Forbes en 2010, qui dirige, directement ou indirectement, une bonne partie du tissu économique du pays, notamment l’entreprise de fabrication et d’exportations d’armes et de biens militaires, BeltechExport. Il a également des intérêts dans des entreprises de téléphone, de pari, des banques ou la construction. Il a aussi jeté son dévolu sur le sport, notamment le hockey (le championnat national de hockey, c’est lui) et le tennis (la fédération nationale de tennis, c’est encore lui !).

L’UE divisée sur l’étendue des sanctions

Les Etats membres de l’UE sont, cependant, divisés sur l’étendue des sanctions. Si un large consensus s’est fait pour viser Peftiev, ce n’est pas le cas pour l’inclusion d’entités qu’il dirige. Le projet initial de décision visait, en effet, directement Peftiev et trois sociétés. Mais les pays baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie) ainsi que l’Italie, la Roumanie et le Portugal, notamment, se sont opposés, à des degrés divers, à cette solution. La plupart des autres Etats membres soutiennent le projet initial de sanctions. Les plus « durs » emmenés par la Pologne semblant être la Slovaquie, République tchèque, Pays-Bas, Allemagne, Suède – selon un diplomate européen. Une voie de compromis, tracée par l’Italie et soutenue, d’un coté, par la Lituanie ou le Portugal, de l’autre par par la France, le Royaume-Uni, consisterait à sanctionner Peftiev et une seule société. Les ambassadeurs du COPS doivent se revoir, lundi au matin, pour tenter d’arriver à un compromis.

(crédit : Beltechexport)

L’empire BeltechExport

La société Beltechexport n’est, en effet, pas n’importe quelle société. Elle est le principal artisan du complexe militaro-industriel de Biélorussie (et le sponsor du salon Milex qui vient de se tenir en mai dernier à Minsk). Dotée d’un centre de recherches – qui s’est spécialisé notamment dans les systèmes automatisés de commandement, de contrôle aérien, de contrôle de l’artillerie, les viseurs optique (une spécialité du Belarus) – elle est aussi – et surtout – connue pour être un des principaux exportateurs de la production biélorusse et ne dédaigne pas non plus à se faire l’intermédiaire de la production russe. Elle a fourni ou modernisé l’équipement de nombreuses armées africaines (Algérie, Ouganda, Soudan…) du monde arabe (Syrie, Yemen, Iran) ou de l’ex-Urss (Azerbaïdjan, …), et offre dans son catalogue toute la panoplie d’armement lourd y compris les tanks (Т-55, Т-72, Т-80) les avions (MiG-29, Su-24МК, Su-24МR, Su-25, Su-27) ou les hélicoptères (Mi-8, Mi-17, Mi-24). Une de ses ambitions est de se développer sur le marché chinois et de faire du port de Riga en Lettonie, son principal point de transit (hub) vers l’export (d’où les réticences de la Lettonie sur les sanctions).

NB : les Etats-Unis ont déjà imposé des sanctions, fin mai, sur Beltechexport et BelOMO pour d’autres raisons (vente de biens militaires à l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord).

La Commission évolue sur la réglementation des bonus

(B2) Peu à peu, la Commission semble prendre conscience du problème que pose le dérapage sans limite des salaires des dirigeants et des dégâts qu’il fait dans l’opinion publique en pleine crise économique. Il y a encore quelques mois, il était hors de question d’aller plus loin que la recommandation de 2004 qui vise davantage d’ailleurs à promouvoir la transparence des salaires des dirigeants dans un code de conduite facultatif. Ensuite, la Commission a reconnu réfléchir à la question. Vendreid, lors de l’habituel point de presse de midi, le porte-parole de J.M. Barroso (le président de la Commission), Johannes Laitenberger, a confirmé qu’une «initiative serait prise dans les semaines qui viennent et, en tout cas, avant les élections européennes» (début juin). L’évolution est donc lente. Mais nette. Le porte-parole a même estimé que ce pourrait être : « Un instrument juridique allant au-delà du code de conduite. (car) Ce sujet a besoin d’être encadré tant par la législation européenne que nationale ». Quant à la proposition de Nicolas Sarkozy de réglementer plus strictement les bonus dans les entreprises aidées par l’Etat, le porte-parole, après avoir tergiversé (« nous ne connaissons pas vraiment le contenu de l’initiative. (…) Les Etats-membres sont libres de leur action»), a
reconnu que «la Commission ne voyait certainement pas (cette initiative) d’un mauvais œil»… On sent bien à quel déchirement idéologique la Commission Barroso (d’essence très libérale à l’origine) en est rendue aujourd’hui.

(NGV)
J. Balkenende et N. Sarkozy (crédit : CUE - archives B2, décembre 2008)

Les 27 d’accord pour un plan de relance… à la carte

J. Balkenende et N. Sarkozy (crédit : CUE - archives B2, décembre 2008)

J. Balkenende et N. Sarkozy lors du Conseil européen (crédit : Conseil de l’UE – archives B2, décembre 2008)

(BRUXELLES2) Relancer l’économie européenne face à la crise financière ? La question a déjà tellement été débattue ces dernières semaines, qu’on pouvait se demander à quoi servait cette nouvelle discussion entre les 27 chefs d’Etat et de gouvernement. En fait, de sérieuses divergences étaient apparues ces derniers jours entre Européens. Et il importait de les faire taire et de donner une impulsion politique décisive au ‘fameux’ plan de relance.

Face aux sérieuses divergences…

Toute la discussion s’est en fait concentrée sur deux points. Faut-il mettre un chiffre phare — par exemple, 1,5 % du PIB — ou rester flou ? Faut-il inscrire « noir sur blanc » la possibilité d’appliquer des taux de TVA à taux réduits sur les secteurs à haute intensité de main d’œuvre (sous entendu la construction et la restauration par exemple) et pour les produits verts. Les Britanniques défendaient une baisse générale de TVA. Les Français étaient partisans d’aides publiques plus sectorielles et d’un assouplissement des règles de concurrence. Et les Allemands jouaient les gardiens d’une orthodoxie financière et de la poursuite des réformes structurelles. Autrement dit une belle cacophonie en perspective… Tout l’enjeu de la discussion, entamée hier et qui se poursuit aujourd’hui, est de parler d’une voix unie, mais en permettant une large palette d’actions. Un plan de relance « à la carte » en quelque sorte.

… la solution : un plan à la carte

Selon les « situations nationales », les Etats pourraient ainsi au choix : augmenter la dépense publique, réduire de façon « judicieuse » la pression fiscale, diminuer les charges sociales, soutenir certaines catégories d’entreprises ou verser des aides directes aux ménages « les plus vulnérables ». Mais personne ne serait obligé à une mesure en particulier. Afin de limiter les divergences, un garde-fou est placé. Toute mesure devrait « viser un effet immédiat, être limitée dans le temps et ciblée sur les secteurs les plus touchées (automobile, construction) ». Et les « réformes de fond » devraient être entamées.

Un peu de souplesse dans le contrôle des subventions publiques

Les 27 devaient demander à la Commission d’être un peu plus « souple » dans l’application des règles de contrôle des subventions publiques et d’accélérer les procédures de distribution des fonds européens. Ils devraient enfin « exhorter » les banques et institutions financières à ne pas fermer le robinet du crédit. Rendez-vous au printemps prochain, sous présidence tchèque, pour évaluer les effets de ce plan de relance avant le sommet du G20, le 2 avril prochain à Londres.


Compromis sur le traité de Lisbonne

Quelques heures avant le début du Sommet, la présidence a mis sur la table du Conseil européen un compromis, permettant l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, au plus tard, fin 2009. Selon un premier texte dont j’ai eu connaissance, l’Irlande s’engage à ratifier le Traité avant la fin octobre 2009. En échange, les 27 enterrent un des points clés de la réforme. Il n’y aura pas de Commission au nombre de commissaires réduit. Chaque Etat gardera son commissaire dans le prochain collège, nommé en novembre prochain. Une garantie nécessaire pour l’Irlande pour organiser un nouveau référendum. Un jeu de déclarations politiques et juridiques doit garantir enfin le droit pour l’Irlande de garder ses spécificités : neutralité, limitation de l’avortement, faible fiscalité. Enfin, par une astuce juridique, aucun pays ne devrait perdre de députés européens lors de la prochaine législature. Les Français auront ainsi 2 députés de plus que ce qui aurait été nécessaire. Si ce plan réussit, cela ne sera pas le moindre succès de la présidence française de l’UE…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Version longue d’un article paru dans Ouest-France entre les deux jours de sommet

Lire aussi : Le plan de relance de la Commission, du replâtrage…?

Une action sur les parachutes dorés demandés par les 27

(B2)Les chefs d’Etat et de gouvernement réunis aujourd’hui à Bruxelles tentent de trouver une solution à la crise financière, d’accorder leurs violons sur le paquet climatique et de définir la composition du groupe des Sages chargés de réfléchir au futur de l’Europe.

Au passage, ils devraient adopter un petit paragraphe qui sonne la fin d’une certaine époque… Comme l’a dit Nicolas Sarkozy hier, il faut « redéfinir le capitalisme », « un nouveau Bretton woods », « une régulation internationale »…

Les 27 demandent un action sur les parachutes dotés et le stocks options

Il y a encore quelques semaines, tout ceci n’était que pure « spéculation » comme aime à le dire le porte-parole de José-Manuel Barroso, quand on lui pose une question gênante. Aujourd’hui, cela devrait être inscrit – noir sur blanc – dans les conclusions du sommet européen. (…)

En vue de tirer les leçons de la crise et de restaurer la confiance du public, le Conseil européen appelle avec force à la responsabilisation de tous les acteurs du système financier, notamment du secteur bancaire. Il souligne que la performance réelle des dirigeants d’entreprises doit se refléter dans leur rémunération, y compris les indemnités de départ (« parachutes dorés ») qui devraient être fonction de la contribution effective du dirigeant à la réussite de la société. De la même manière, il convient de veiller à ce que le bénéfice de stock options ou le système des rémunérations, notamment dans le secteur financier, n’entraînent ni une prise de risques excessive ni une extrême focalisation sur les objectifs de court terme. Le Conseil européen appelle les Etats membres à œuvrer pour l’application de ces principes et demande au Conseil de lui faire rapport sur les décisions prises avant la fin de l’année. (…)


(NGV)