Les enfants de retour au pays

Hier soir à Jurbise, la joie et l’émotion, entremêlées, régnaient dans le centre de crise communal. Arrivés à 16 heures, deux cars ont ramené dans cette commune du Hainaut les enfants indemnes ou les moins touchés de l’accident de car dans le Loiret. Les plus gravement atteints ont suivi par ambulance ou avion. Soigneusement protégés des journalistes, à leur demande, les premiers mots des familles ont été pour remercier les services de secours français et surtout les bénévoles à la Croix-rouge française qui ont assisté « merveilleusement » leurs enfants. Mais le premier soulagement passé, remontent certains souvenirs de l’inquiétude de la veille.

Tout au long de la matinée, les bilans ont changé, explique un témoin. Benoît Mol, père de Sophie, un des enfants qui figurait sur la première liste des blessés, raconte : « Quand on est partis on savait juste au moins pour une de nos filles qu’il n’y avait pas trop de problème. C’est au fur et à mesure de la route que nous avons eu des informations plus complètes ». De fait, si la liste des blessés les plus graves a été très vite connue — « Quand je suis arrivé, à 10 heures du matin, nous avions déjà une liste très précise » explique Robert Javaux, de la Croix rouge belge —, l’information été plus laborieuse pour les enfants moins touchés. Un délai que ne comprend pas le directeur adjoint du Centre hospitalier régional d’Orléans, Robert Bousiges. « A la fin de matinée, nous avions la liste complète des enfants hospitalisés, aussi bien des 5 blessés graves que des 33 blessés légers. Si les autorités belges n’ont pas eu cette liste, j’aimerai que l’on me l’explique » commente-t-il.

En fait la pire incertitude a été sur le retour des enfants. « Il y a eu un moment de flottement » observe Robert Javaux. « Nous croyons que les enfants allaient arriver. Et les Français ne voulaient pas laisser repartir les enfants craignant qu’ils ne croisent leurs parents sur la route ». Un quiproquo qui s’il n’a pas coûté de vie n’en a pas moins mis les nerfs à rude épreuve. Une leçon pour les responsables de secours. « Il y en a toujours après un tel accident » conclut le responsable de la Croix rouge belge…

Nicolas Gros-Verheyde, paru dans France-Soir, juillet 2000