La méthode Lion-Pontiès : la patrouille à pied : la clé du succès

(crédit : EUFOR Rca)

(B2) Si pour des troupes comme les Français ou les Italiens, habituées à patrouiller, à pied, à discuter avec la population, pour la plupart des contingents, la méthode Lion-Pontiès a de quoi surprendre.

La clé du succès

« C’est une des clés de notre rapide succès dans certains districts. Quand vous patrouillez en véhicule, les gens regardent, mais il n’y pas de sentiment de sécurité. Quand vous êtes à pied, il y a des discussions, on partage. Nous sommes réellement dans la population, ils vivent dedans. » raconte un des responsables de la mission.

Des policiers pas équipés pour faire face

La police centrafricaine est là par moment. Le commissariat du 5e arrondissement a rouvert récemment. Mais il n’est pas encore occupé de façon permanente. Quand la tension devient trop forte, les policiers se replient sur leur caserne centrale. Ils ne sont pas équipés et armés pour faire face à tous les incidents.

La difficulté d’avoir du matériel

L’approche globale, c’est « une théorisation européenne très en vogue à Bruxelles signifiant qu’on mêle tous les instruments dont dispose l’Union européenne (politique et économique, sécurité et développement, humanitaire et militaire, etc.) ». Et la réalité… est bien différente. « J’ai demandé 150.000 euros pour réaliser certains projets. Je n’ai eu aucune réponse. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Arnaud Danjean signe la fin de son premier mandat. Non à des missions « prétextes » pour l’UE. Oui à la Politique

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Arnaud Danjean (Crédit : parlement européen)

(BRUXELLES2) L’eurodéputé Arnaud Danjean (PPE), président de la sous-commission Défense & Sécurité dresse un bilan au vitriol de l’action extérieure de l’Union européenne, Dans une interview exclusive accordée à B2, il dénonce l’impossible mise en oeuvre de l’approche globale de la Haute représentante, Catherine Ahston, les missions civiles « prétextes » de l’Union européenne (UE), la gestion « technique » de la crise en Ukraine, les lenteurs de la mission EUFOR RCA. Tout y passe. Le député, qui signe ainsi, la fin de son premier mandat, donne son avis sur les sujets qui lui tiennent à coeur et tisse, en fait, une véritable feuille de route pour l’avenir de la politique étrangère européenne, qui doit se doter selon lui d’un véritable « leadership politique ».

Dans son rapport sur l’approche globale de l’Union, qui a été voté en plénière aujourd’hui (3 avril), le député est particulièrement critique sur cette notion, qu’il considère comme « un mot magique ». « Il perd de son sens s’il n’est pas lié à des actions coordonnées » affirme-t-il.  Son rapport se veut ainsi un « signal de soutien » à la philosophie de l’approche globale de la Haute Représentante comme « un avertissement » sur sa mise en oeuvre. Selon lui, l’action de l’UE est souvent posée « a posteriori ». Autrement dit en retard. « Ce qu’on présente comme le résultat de l’approche globale, c’est une approche très empirique avec des briques qui se superposent les unes aux autres ».  Il prend en exemple l’action de l’UE en Corne de l’Afrique, érigé en modèle de l’approche globale par la Haute Représentante. « Est-ce que cela participe vraiment de l’approche globale ? Ex ante oui ».  Quand on regarde la façon dont les domaines s’articulent ou pas entre eux, « on constate que ce n’est pas le résultat d’une approche coordonnée dans un vrai cadre stratégique. Ca reste plus virtuel que planifié et concerté » déclare-t-il. A suivre sur le Club : Quand le mot « politique » manque à l’Europe. Le bilan de Arnaud Danjean

(propos recueillis par Loreline Merelle)

Commentaire (NGV) : un certain souffle nécessaire

Arnaud Danjean a, durant ce mandat, de cinq ans insufflé un dynamisme certain à la sous-commission Défense qu’il a présidée. Non seulement, certains débats et auditions ont été menés, mais de nombreux déplacements sur le terrain – une douzaine en tout – ont été organisés. Quasiment toutes les missions de la PSDC ont ainsi pu être visitées. Ce n’est pas un détail. Ce qui a permis d’aiguiser les points de vues. Les eurodéputés se sont mieux rendu compte de certaines réalités ; d’autres ont changé de point de vue. Je me rappelle du député Charles Tannock, pourtant pas très enthousiaste sur une action possible de l’Union européenne au niveau militaire, vanter les mérites de l’opération EUTM Somalia. Arnaud Danjean, de son côté, a su joué le rôle de porteur de message, n’hésitant pas à critiquer les défauts du dispositif européen mais aussi à en montrer les avantages ou les mérites. Il a su parlé un discours intelligible par tous, pas anti-européen mais pas eurobéat non plus. On peut partager son avis, ou non, mais il a su poser les termes du débat. Il le montre encore dans cette interview, pleine de souffle et d’espoirs.

Attention aux choix inconséquents

Personnellement, et professionnellement, nous espérons le revoir dans le prochain Parlement européen, à la tête de cette commission (ou à une autre). Si pour des questions de petite combine d’appareil, une autre personne pourrait lui être préférée (le nom de Nadine Morano est avancé pour prendre la tête d’une commission), « on » perdrait ainsi une personnalité qui a encore beaucoup de potentiel à porter et insuffler. Le « on » ne désigne pas seulement moi-même ou la petite communauté journalistique, mais au sens général l’Europe et la France. Les appareils politiques français ont, en général, habitude de mépriser ce qui se fait à « Bruxelles », ne voyant pas que miser sur quelques personnes, leur donner les moyens d’accroitre leur poids, leur influence et leur expérience, est un « Plus » au niveau européen. Le premier mandat d’un eurodéputé est, en général, celui de la « mise en place ». Le second et les suivants celui de la « rentabilisation ». En misant sur d’autres, l’UMP (le parti de Arnaud Danjean) ferait un choix imbécile. Pour prendre une image, ce serait un peu comme l’agriculteur qui a planté ses tomates, les a entretenues, arrosées, mais renonce à les cueillir et les vendre, pour préférer détruire les plants et mettre du raisin. Le raisin n’est pas plus mauvais que des tomates. Mais renoncer à l’un pour mettre l’autre, par simple petit plaisir fugace, ce n’est pas sérieux.

ConfLituanieFrance 2013-07-12 10.46.23

L’approche globale, c’est comme le monoxyde de carbone…

ConfLituanieFrance 2013-07-12 10.46.23(BRUXELLES2) En ouvrant le séminaire franco-lituanien (*) consacré à la PSDC, Michel Miraillet n’a pas mâché ses mots. Pour ses dernières semaines à la tête de la direction des Affaires stratégiques du ministère de la Défense, celui qui a passé – comme il le dit – 15 ans de sa vie sur l’Europe de la défense – n’a pas fait dans la langue de bois. Sur la prévention de crises, l’action des Européens au Sahel ou l’approche globale, on a assisté à un petit feu d’artifice… loin, très loin de la langue de bois, habituellement pratiqué dans les séminaires et colloques de ce type. Il est vrai qu’on était à l’Ecole militaire, dans une enceinte composée de spécialistes. Et que c’était le début de l’été, ensoleillé…

L’action préventive de l’UE … un rêve

« L’action préventive, pour le moment, c’est un rêve et un cauchemar pour la plupart des Etats membres. Nous avons beaucoup d’instruments pour agir, pour faire de la planification politique, surveiller l’environnement stratégique à la Commission et au SEAE. » Mais le résultat n’est pas à la hauteur. « Qu’a-t-on fait ? Nous avons une CMPD (la direction de la planification de gestion de crises) sous staffée, le SEAE se bat entre ses services…

L’exemple du Sahel : chacun a regardé le bout de ses chaussures

« J’ai passé six mois dans les réunions de directeurs de la politique de défense, en hurlant à table que ce qui se passe au Sahel est une menace. On a vu s’effondrer un État. Le ministre (de la Défense, J.-Y. Le Drian) a attiré l’attention de ses collègues, l’a signalé à Chypre (réunion informelle des ministres en septembre 2012) comme un « problème majeur ». La réaction de chacun a été de regarder le bout de leurs chaussures à travers leur table en marbre. » Certains agitaient le chiffon d’une « politique néocoloniale », d’autres « voulaient étendre avec un verre d’eau un incendie monstrueux ». « Nous sommes intervenus et avons cassé un mouvement. »

L’approche globale…

Et de de tirer la conclusion « Appelons un chat un chat, la prévention c’est un rêve. » « Et le militaire n’est pas encore inscrit dans les gênes de cette organisation » (Union européenne). Quant à « l’approche globale… c’est comme le monoxyde de carbone. Vous ne le voyez pas. Vous ne le sentez pas. Mais à la fin on en crève ! » « Nous devons laisser à l’instrument de défense une part croissante dans l’organisation. « Que l’Etat Major de l’UE cesse de regarder ses galons et qu’il commence à analyser et planifier. Que la CMPD soit staffée. Qu’on arrête les guerres (internes) et les gabegies »

(*) coorganisé par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS)

NB : Inutile de préciser que si cette intervention en a ravi certains, cela a jeté un petit « froid » parmi les différents responsables européens présents qui se battent tous les jours avec des difficultés propres. Mais le ministre de la Défense, JY Le Drian, en a rajouté une louche ensuite. A suivre …