Oui à une politique européenne de l’adoption

(article paru dans Ouest-France, novembre 2006) Les eurodéputés veulent une politique européenne pour l’adoption et l’ont fait savoir hier à Bruxelles lors d’une conférence de presse. Les deux députés UDF, Jean-Marie Cavada — l’ancien producteur de la marche du Siècle, et ancien enfant de la DDASS — et Claire Gibault  — mère adoptive de deux enfants Africains — ont  voulu pointer du doigt le problème, en particulier, des enfants roumains. Dans l’ancienne patrie de Ceaucescu, malgré tous les efforts, les orphelinats demeurent des lieux de maltraitance. Avec une difficulté supplémentaire, maintenant. Après avoir eu une politique très laxiste en matière d’adoption, dans les années 1990, la Roumanie a adopté, à la demande d’ailleurs de l’Europe, une législation drastique. Un moratoire a été apposé sur tous les dossiers en cours. Résultat, près de 2000 enfants quasi-adoptés se restent en attente de leurs parents adoptifs. Une « connerie » lâche Jean-Marie Cavada, très en verve. « Ce n’est pas un problème roumain, c’est un problème européen. » explique Claire Gibault. Un cadre juridique européen pourrait ainsi reposer selon les députés sur des « principes simples: pas de vol, ni de trafic d’enfant, (mais) pas d’enfant privé de la chance d’une adoption sur le territoire de l’Union ».
Une déclaration écrite circule au sein du Parlement qui a déjà recueilli 408 signatures, sur 732, demande à la Commission européenne d’agir. Mais, malgré l’engagement personnel du commissaire à la Justice, l’italien Franco Frattini, l’exécutif européen a d’autres chats à fouetter. La consigne de « moins légiférer » vient de haut, du président de la Commission, José-Manuel Barroso. « Je compte sur l’opinion publique » réplique Jean-Marie Cavada. «  Si on était aussi exigeant sur les critères humains que sur les critères économiques, l’Europe serait une planète merveilleuse ».

(NGV)

Adoption par des couples homosexuels. Les Belges en avance d’une bataille

(B2) Cela fait un an déjà. Presque un an que la Belgique a instauré dans son code civil, le bon vieux code Napoléon, un ou deux codicilles autorisant le mariage entre personnes de même sexe. Et l’on ne peut pas dire que les quelque centaines de mariages célébrés ces derniers mois soient venus troubler la quiétude publique.

Les deux dernières barrières mises à l’époque sont en train de tomber. Une circulaire du ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, a ainsi aboli, en février dernier, l’interdiction faite aux étrangers de convoler en juste noce en Belgique. En clair : deux Français peuvent désormais s’y marier. Une condition est posée : résider en Belgique. Il ne s’agit pas de favoriser un  » tourisme du mariage » explique-t-on chez la ministre.

Quant à l’adoption, le débat est désormais ouvert. Ce sont, paradoxalement les libéraux flamands – le parti du Premier ministre Guy Verhofstadt – qui ont tiré les premiers. Dès décembre, ils ont déposé un amendement étendant la possibilité d’adoption aux couples homosexuels. Les socialistes et les écologistes ont suivi. Seuls les libéraux francophones – le parti de Louis Michel – et les chrétiens-démocrates et l’extrême droite, dans l’opposition, sont vent debout contre cette proposition. Mais le vote paraît acquis. C’est surtout une question de timing.

Les partis sont aujourd’hui plus préoccupés par les élections régionales qui se dérouleront le 13 juin, en même temps que les européennes, et pourraient amener un changement de gouvernement. La Belgique deviendrait alors, avec les Pays-Bas et la Suède, le troisième pays à reconnaître l’adoption aux couples homosexuels.

  • Il est pas loin de quinze heures devant l’hôtel communal d’Ottignies. Un samedi ordinaire dans cette ville résidentielle et étudiante — siège de l’université catholique de Louvain-la-Neuve— qui voit défiler, dès que les beaux jours arrivent, d’heureux couples à la recherche d’une bénédiction officielle. Sabine et Michelle se connaissent depuis bientôt plus de 15 ans. Pour elles, « il s’agit avant tout d’officialiser notre relation, de faire la fête avec tous nos amis et aussi de penser au futur » L’émotion est présente, partagée d’ailleurs par l’échevine (la maire-adjointe). Après ses rituels « vœux de bonheur », elle ajoute un petit mot personnel : « j’ai des amis en France qui sont dans le même situation. Aujourd’hui je pense à eux. J’espère qu’ils pourront un jour faire comme vous ».

Nicolas Gros-Verheyde

(paru dans France-Soir mai 2004)