(B2 Pro) La loi de régularisation israélienne condamnée plutôt discrètement

(B2) La Haute représentante de l’UE a condamné, toute seule, la « loi de régularisation » adoptée par le parlement israélien mardi (7 février), en troisième et dernière lecture. Il a cependant fallu attendre 24 heures pour qu’un communiqué soit publié, soit un délai relativement important pour un évènement attendu, traduisant un certain embarras au […]

EUPOL COPPS commence 2017 avec trois formations spécifiques

(Crédit: Eupol Copps)

(BRUXELLES2) Le mois de janvier a été intensif pour les Européens de la mission d’assistance à la police palestinienne (EUPOL COPPS). Les centres de Hébron et Jéricho ont accueilli trois formations centrées sur les techniques d’interrogatoire, la formation des formateurs et l’utilisation des social media

Technique d’interrogatoire avec des enfants

Interroger des enfants demande des capacités et une aptitude particulières. Seize agents de l’unité de protection de la famille de la Police civile palestinienne (PCP) et cinq procureurs ont suivi une formation d’EUPOL COPPS, à Jéricho et à Hébron, portant notamment sur la prévention et l’investigation des affaires impliquant des crimes contre les enfants et les crimes perpétrés par l’utilisation de technologie, comme des téléphones portables ou des ordinateurs. Face à l’intérêt soulevé, une session supplémentaire sera organisée en février, afin d’impliquer davantage d’officiers et de procureurs.

Le sujet est une des priorités des Européens qui ont, en 2015, mis en place, dans la circonscription de Hébron, une salle d’interrogatoire d’enfants, dotée de dispositifs spécialisés pour interroger les victimes vulnérables de la criminalité. EUPOL soutient également la Police civile palestinienne dans la création d’unités de protection de la famille et des mineurs afin de lutter contre la violence domestique. 

Les officiers palestiniens pendant un exercice pratique (Crédit : EUPOL COPPS)

Formation des formateurs à Jericho

Recherche de véhicules, contrôle de zones de sécurité, recherche, arrestation et menottage de suspects… Telles ont été les tactiques policières que les conseillers policiers d’EUPOL COPPS ont révisé avec quinze policiers palestiniens à Jéricho. Pendant quatre jour, formateurs et étudiants ont mis en pratique des connaissances acquises dans un cours préalable, de manière théorique. Cette formation pratique, finalisée le 24 janvier, a mis l’accent sur la méthodologie pédagogique, puisque les quinze policiers dont été sélectionnés pour « transférer efficacement leurs compétences acquises à d’autres agents dans les onze districts ». En guise de suivi, le conseiller français de police d’EUPOL COPPS, qui a dispensé la formation, renforcera sa présence dans les districts pour conseiller les formateurs dans leur labeur de formation de leurs collègues. 

Mieux utiliser les réseaux sociaux

Quatorze officiers responsables des médias et des relations publiques au sein de la Police civile palestinienne ont participé à un atelier de trois jours pour accroitre leurs capacités à utiliser les outils des médias numériques et des technologies de l’information. Objectif : améliorer le site web pour le rendre plus convivial, plus réactif et plus interactif d’une part et fournir les instruments pour une meilleure utilisation  des réseaux sociaux de la police afin d’augmenter correctement les interactions avec la population. L’expert britannique en charge de la formation s’est ainsi centré sur les techniques et usages de création de page web mais également sur l’amélioration des publications afin de les rendre plus attrayantes. Un dernier module s’est centré sur les instruments pour mesurer l’impact de chaque action. 

(Leonor Hubaut)

Lire aussi : Le mandat d’EUPOL Copps et EUBAM Rafah prolongé d’un an

(B2 Pro) Les lignes (presque) rouges des Européens sur le processus de paix au Moyen-Orient

(B2) Une fois de plus, les Européens ont tenu à rappeler que le cadre d’un processus de paix entre Israël et Palestine imposait une solution à deux États. Mais ce lundi (16 janvier), à quelques jours de l’entrée en fonction du nouveau président américain (Donald Trump), ils l’ont fait de la manière la plus discrète […]

(B2 Pro) Une déclaration de Paris boudée par les Britanniques

(B2) Réunis à Paris, pour une conférence sur le processus de paix au Moyen-Orient — sans les deux protagonistes principaux (Palestiniens et Israéliens) —, les 70 participants (dont 26 Européens) ont rappelé « que le seul moyen de parvenir à une paix durable était une solution négociée avec deux États, Israël et la Palestine, vivant côte […]

(B2 Pro) Une conférence internationale d’ici la fin de l’année est souhaitable (Mahmoud Abbas)

(B2) Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas fait la promotion de l’initiative française pour relancer les négociations de paix entre Israël et Palestine. En visite à Bruxelles, il a été reçu par le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker et la Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini mercredi 22 juin. Mais c’est devant le Parlement européen, que […]

(B2 Pro) L’initiative française vouée à un échec prévisible (Reuven Rivlin)

(B2) Habituellement considéré comme un homme de dialogue, Reuven Rivlin, le président israélien a été particulièrement dur dans son intervention devant le Parlement européen, ce mercredi 22 juin (1). Reprochant à l’Union européenne son incapacité à comprendre la situation réelle, le Président d’Israël a condamné les possibilités d’une solution apportée par l’initiative française. Les conditions d’un dialogue […]

GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519

Israël-Palestine : l’Europe doit soutenir l’initiative française

GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519(B2) a décidé de donner la parole à plusieurs intervenants du secteur dans cette nouvelle série (et rubrique). Gilles Pargneaux est l’auteur de notre carte blanche de juin. Député socialiste français, élu du grand nord, au Parlement européen (*), il milite en faveur de l’initiative française pour résoudre le conflit israélo-palestinien, convaincu que le contexte international en ébullition est paradoxalement favorable à la résolution du conflit. Il souhaite un leadership non seulement français mais européen, le Quartet étant plus une gêne qu’une aide, pour amener les pays arabes à s’impliquer dans la solution.

Le conflit à son summum 

Rarement le conflit israélo-palestinien n’a paru aussi loin d’une résolution. Après la fin des hostilités de l’été 2014 entre Israël et le Hamas, ce n’est pas le calme qui s’est installé, mais plutôt un climat de tension, où l’actualité est rythmée par les coups de couteau aveugles, les voitures béliers meurtrières et les incendies volontaires provoqués par les colons.

Rarement le désespoir de deux peuples n’aura eu un visage si désespérant qu’avec cette quotidienneté de la violence.

Rarement, aussi, l’attention de la communauté internationale n’a été si éloignée de la question palestinienne. Le conflit syrien et l’entreprise d’horreur de l’organisation Etat islamique [Daesh/ISIL] occupent la plupart des chancelleries, tout comme l’attention des opinions publiques.

Le tumulte qui ravage le Proche-Orient a changé la donne entre Israël et les pays arabes. Beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens s’inquiètent d’une possible percée de l’Etat islamique à Gaza et en Cisjordanie.

L’absence de résultats de la politique du Hamas et l’entêtement du gouvernement israélien à vouloir fixer les conditions d’un retour au dialogue constituent le terreau fertile pour d’autres acteurs toujours plus hostiles à la coexistence pacifique. Les étincelles du terrorisme sont partout en Palestine. Aucun pays du Proche-Orient n’a aujourd’hui intérêt à laisser émerger un conflit de plus.

Un climat propice ?

Une majorité d’Israéliens et de Palestiniens veulent la paix. Si l’on ajoute l’envie des pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël, nous avons un terrain fertile pour la reprise des négociations. Dès 2002, une Initiative de paix arabe a été proposée par la Ligue arabe pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Pour ces pays, la paix avec Israël permettra l’émergence d’un grand arc de stabilité qui partira du golfe de la péninsule arabique jusqu’à la Méditerranée. Un tel territoire ne laisse pas indifférent ces pays, qui veulent avant tout organiser la lutte d’influence régionale à laquelle ils se livrent avec l’Iran.

L’Europe a les moyens d’assumer le leadership

Dans cet enchevêtrement complexe d’intérêts, l’Europe dispose d’un rôle primordial. Les Etats-Unis sont dans l’impossibilité d’apporter leur pierre à l’édifice. Plus concentrés sur l’élection présidentielle, préoccupés par l’absence de perspectives de paix et surtout moins enclins à s’impliquer dans leur rôle de gendarme de la planète, les Américains demeurent dans une position d’attente, prêts à soutenir toute initiative européenne crédible en faveur de la paix.

Une telle opportunité existe bel et bien. La France tente de relancer depuis plusieurs mois le processus de paix et prévoit une conférence internationale pour remettre autour de la table les acteurs du conflit. L’Union européenne et ses Etats membres doivent apporter tout leur soutien à cette initiative. Le 3 juin dernier, la conférence de Paris a réuni les principaux acteurs influents du conflit à Paris, à l’exception d’Israël et de la Palestine. C’est un premier pas vers une nouvelle conférence de paix. Il convient désormais de tout mettre en œuvre pour que le moment politique créé par la France.

Il convient cependant de prendre plusieurs dispositions diplomatiques pour tirer des leçons des erreurs du passé. Autrement, nous ne connaîtrons que des trêves, un simple répit avant le prochain conflit. L’Initiative de paix arabe doit être la base de toutes les négociations. D’une part, parce qu’elle affirme la coexistence des peuples arabes et israélien et, d’autre part, parce qu’elle est ouverte au compromis pour réorganiser au mieux les frontières et les territoires entre Israël et la Palestine.

Le rôle de l’Union européenne est de soutenir ce processus. Pour cela, nous devons l’affirmer, le Quartet [Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations unies] est aujourd’hui plus une gêne qu’une aide dans le conflit israélo-palestinien. Ses demandes vis-à-vis du Hamas sont datées et inappropriées à la réalité. Tous ceux qui ont intérêt dans le statu quo supportent le Quartet. Il faut s’en débarrasser, se concentrer sur l’Initiative de paix arabe et promouvoir les démarches françaises.

Dès maintenant, préparer la paix

Néanmoins, les nombreux échecs de soixante-dix ans de tentatives de paix entre Israël et la Palestine nous apprennent que la diplomatie seule n’est plus suffisante. Sept décennies de souffrances et de détérioration de la dignité palestinienne, et aussi d’opportunisme de certains leaders des deux camps, ont érigé des barrières psychologiques quasi indépassables en l’état actuel, à moins qu’un processus d’interaction entre les peuples ne précède les négociations de paix.

Il y a une compréhension mutuelle à construire pour permettre l’acceptation de l’évidence : la destruction d’Israël est impossible, la disparition de la Palestine tout autant ; la coexistence des deux peuples est l’unique horizon historique. Cela passe par la fin des discours de haine propagés par les leaders des deux camps, la fin de la colonisation, la modification des manuels scolaires qui décrivent l’autre comme le mal absolu, la protection conjointe des ressources naturelles… Autant de dispositions qui permettront de paver la voie de la paix.

Pour cela, nous proposons la création d’une commission de réconciliation, en plus des autres groupes de travail envisagés par la France. Il s’agit d’un corollaire indispensable à toutes négociations de paix, sans lequel nous ne pourrons pas espérer faire mieux que lors des précédentes conférences de paix.

Voilà le message que doivent porter les Européens au moment où notre diplomatie a l’occasion de démontrer toute sa pertinence et toute son efficacité

(Gilles Pargneaux)

(*) Il est vice-président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec les pays du Machrek et Secrétaire national du PS aux relations Nord-Sud 

Wafa Mu'amar, colonel de police, chef de l'unité de protection familiale

Palestine. Face aux violences conjugales et familiales : une unité de choc !

Wafa Mu'amar, colonel de police, chef de l'unité de protection familiale

Wafa Mu’amar, colonel de police, chef de l’unité de protection familiale

(BRUXELLES2) En Palestine, la violence n’est pas un problème seulement dans les rues. Au contraire, c’est une réalité quotidienne des foyers. C’est même la « principale source de criminalité » explique Wafa Mu’ammar chef de l’unité spéciale pour la protection familiale. Rencontre avec une femme discrète, pleine de détermination…

Une unité de choc protège les victimes de violences familiales

Il faut traverser plusieurs bureaux en enfilade pour arriver au coeur de l’unité de protection juvénile et familiale, dirigée par Wafa Mu’ammar. Avec le grade de colonel, c’est aussi la première femme à avoir atteint un tel niveau au sein de la police palestinienne. Structurée, précise et visionnaire, elle gère d’une main de maitre, son unité qui a un champ large.

  • Ouverte en 2008, à Bethléem, l’unité a enregistré 55 cas cette année. Aujourd’hui il y en a 100 fois plus. En 2015, ce sont ainsi 6.000 cas qui ont été recensés. Forte de 100 personnes (dont 27 femmes), elle a en charge toutes les formes de violences familiales, qu’il s’agisse d’un suicide, d’une violence entre époux ou avec les enfants, d’abandon d’enfants, ou d’une simple fuite…

Le poids des traditions, des débuts difficiles

La Palestine est une société de plus en plus ouverte mais repose sur une culture « traditionnelle ». C’est toute l’ambiguïté. Quand l’unité de protection familiale a été créée, battre son épouse n’était pas considéré comme un crime. Ce n’était pas dans les moeurs de déposer une plainte contre son mari. L’attitude de la police était plutôt de dire aux femmes : « Allez ! Calmez-vous ! Ne faites pas d’histoires », comme le raconte Wafa Mu’ammar. Or, aujourd’hui, 66% des cas traités par l’unité concernent les violences contre des femmes. « Les pratiques policières reposaient sur des méthodes traditionalistes ». Elles ont dû évoluer peu à peu. « Faire face à ces questions n’est pas une responsabilité facile, tant le poids des traditions est important ».

Bâtir la confiance grâce à la société civile

« C’est la société civile qui a permis de faire comprendre le rôle de la police » confesse Wafa Mu’ammar. Une femme battue une fois, le sera à nouveau. C’est le message que la société civile palestinienne a diffusé. Cette pression d’une partie de la population a permis d’augmenter la conscience de l’aide que la police peut apporter. La vigilance a augmenté. Les cas ont commencé à être traités avec une approche différente par la police. « C’est ainsi que le niveau de confiance a pu augmenter. La société a commencé à ‘internaliser’ la fonction de la police dans les affaires de violences familiales ».

Professionnalisation de la police 

Il y a aussi eu un changement interne dans la police, qui s’est formée pour faire face à ce type de criminalité. Formations, groupes de travail et entrainements des forces de l’ordre se sont multipliés, souvent à l’étranger « notamment, en France, en Belgique, en Italie et en Espagne ». Les compétences se sont « améliorées », souligne la colonel. Lena Larson, chef adjointe de la mission EUPOL COPPS, confirme et complète : la police palestinienne a pris conscience de la nécessité de « résoudre ce problème de violence au sein des foyers et entre les familles ».

Dans la pratique : maintenir la pression sur les auteurs des violences

C’est « difficile de convaincre » une victime de poursuivre son agresseur, rappelle cependant Wafa Mu’ammar. « Les femmes subissent souvent des pressions de la part de leurs familles respectives ». La police a donc décidé de traiter les cas en fonction des dommages causés. « Par exemple : si la personne n’est pas hospitalisée, elle peut abandonner les poursuites. La police doit faire de la prévention et renforcer sa vigilance. En revanche, si c’est la troisième fois, nous traitons avec le parquet et le cas devient une affaire publique ». Ce qui maintient la pression sur les auteurs de violences, qui comprennent qu’ils ne resteront pas indéfiniment impunis.

Un procureur spécial pour les violences domestiques… et un code pénal

Début avril, la Palestine a décidé de créer un poste de Procureur spécial pour les violences domestiques. « Nous espérons maintenant que plusieurs lois et surtout le code pénal sur la protection des familles soient bientôt ratifiés afin de pouvoir commencer à poursuivre les personnes », affirme la colonelle. La difficulté actuelle réside justement dans le cadre légal. Dans certains cas, le tribunal applique encore les principes législatifs jordaniens (1). « Dans de nombreux cas, la justice n’est pas rendue pour les victimes ».

Prochaine étape : un « guichet unique » pour les victimes ?

Wafa Mu’ammar milite maintenant pour réunir dans un seul et unique lieu tous les services d’aide aux victimes de violences. Accès aux soins médicaux, dépôt de plainte, consultation d’un conseiller social, etc. « Un tel centre pourrait économiser nos efforts, notre temps et nos coûts » plaide la policière. La division en districts de la Cisjordanie rend les choses difficile. « Il y a des zones que nous ne pouvons pas atteindre. Il nous faut plus du temps et de la coordination. » Le bénéfice serait important aussi pour les victimes. « Avoir un tel centre, en dehors des centres de police, devrait encourager les victimes à franchir nos portes », souligne la chef de l’unité de la police palestinienne. Le défi n’est pas évident. « Nous réalisons que ce n’est que le début du processus. Nous devrons travailler d’arrache-pied et il nous faudra aussi surmonter les difficultés politiques. » Mais Wafa se veut confiante. Le premier centre devrait ouvrir ses portes à la fin de l’année 2016. « Nous souhaitons que deux de plus suivent. Un dans le sud de la Cisjordanie, l’autre au nord ».

(Johanna Bouquet, à Ramallah)

(1) Le système législatif de la Cisjordanie repose sur le modèle jordanien, adopté dans les années 1960. En revanche celui de Gaza repose sur le modèle égyptien.

Comparaison d'empreintes digitales (© JB / B2)

A Ramallah, l’unité de traitement des empreintes digitales

Comparaison d'empreintes digitales (© JB / B2)

La comparaison manuelle d’empreintes digitales (© JB / B2)

(BRUXELLES2 à Ramallah) Le local parait un peu ‘vétuste’ : quelques bureaux, de vieux ordinateurs… On ne sent pas dans un lieu high tech de haute technologie. L’équipe n’est pas bien nombreuse : 25 agents répartis sur les 11 districts que composent la Cisjordanie. Et une bonne partie du travail se fait encore à la main… Mais, ne vous y fiez pas. Le travail réalisé ici est plutôt efficace. Et les Sherlock Holmes palestiniens n’ont pas à rougir de leurs résultats…

Dépasser l’aveu comme preuve absolue

La méthode par empreintes est une petite révolution mentale en Palestine. « Avant, les aveux obtenus était ‘la’ preuve par excellence » explique Saïd Issa, le responsable de cette unité que nous rencontrons dans ces bureaux. Aujourd’hui, « plusieurs personnes ayant été faussement accusées ont pu être libérées. Et les vrais coupables ont pu être arrêtés ». 

Faire reconnaitre la qualité légale des empreintes digitales

La preuve criminelle, venant de la récolte d’empreintes, n’a pas toujours été bien reçue dans les tribunaux. Elle était régulièrement remise en cause par les juges. « Nous nous sommes aperçus qu’il fallait un cadre légal pour notre travail », raconte Saïd Issa. « Nous avons cherché un modèle et nous nous sommes rapprochés du modèle allemand ». Il a fallu codifier une méthode pour que « la légalité de notre travail » soit reconnue. Des experts en empreintes digitales sont désormais reconnus par les tribunaux. Sept d’entre eux ont prêté serment et reçu du ministère de la Justice le papier, revêtu du tampon officiel qui leur permet de « témoigner devant la cour ».

Le ‘criminal fingerprint record’

« Après des discussions avec le ministère de l’Intérieur, nous avons mis en place le fichier des empreintes criminelles (criminal fingerprint record) ». C’est le ministère qui se charge de l’enregistrement (de l’empreinte) et de l’instruction des dossiers. Cette base de données mise en place en 2012 comprend aujourd’hui « près de 50.000 empreintes sont aujourd’hui enregistrées » et identifiées.

Empreintes cherchent propriétaires, faire offre

Ce fichier a permis de résoudre concrètement « de nombreux dossiers ». Et d’autres pourraient l’être encore plus à l’avenir. Il reste, en effet, encore 100.000 empreintes issues de dossiers, dont on ignore encore le propriétaire. Mais, peu à peu, les fins limiers de la police palestinienne comptent bien démasquer qui se cache derrière ces empreintes suspectes.

Une toute jeune unité qui a son avenir devant elle

L’unité spéciale de traitement des empreintes digitales est récente. Elle n’a été créée, au sein de la police civile palestinienne qu’en 2012, soit il y a peine 4 ans. Une unité équipée et entraînée en grande partie par le gouvernement allemand et soutenue par les Européens de la mission EUPOL COPPS. L’objectif aujourd’hui est de la renforcer : d’augmenter son équipement comme d’avoir une présence plus grande dans les 11 districts qui composent la Cisjordanie.

(Johanna Bouquet, à Ramallah)

Tommi Rautanen, expert finlandais en cybercriminalité à la mission EUPOL COPPS, Ramallah

Tommi Rautanen : un geek à Ramallah

Tommi Rautanen, expert finlandais en cybercriminalité à la mission EUPOL COPPS, Ramallah

Tommi Rautanen, expert cybercriminalité à EUPOL COPPS, Ramallah © JB / B2

(BRUXELLES2 à Ramallah). Tommi Rautanen est arrivé à Ramallah il y a un mois. Sa mission au sein de la mission européenne EUPOL COPPS : montrer à ses collègues palestiniens comment faire parler un ordinateur, lui faire rendre gorge…

Car à 44 ans, Tommi est toujours un vrai geek. Un policier du XXIème siècle, féru des technologies informatiques dont le savoir n’a pas de frontières. Un passionné qui a « joué toute sa vie avec les ordinateurs ». Un travail minutieux qu’il exerce depuis 2002 au bureau d’enquête de la police nationale finlandaise. Presque quinze ans de carrière qu’il exerce « toujours avec beaucoup de plaisir » et qu’il vient mettre à profit en terre palestinienne.

Ce n’est pas sa première mission à l’étranger. Il a un peu baroudé : en mission de maintien de la paix, au Liban en 1994-1995 et en Bosnie-Herzégovine en 1996-1997. « J’ai une petite connaissance de cette région depuis mon expérience au Liban », explique Rautanen que j’ai réussi… à extraire pour quelques minutes de ces ordinateurs. Même ma présence semble avoir moins d’attrait qu’un bon vieux PC décortiqué, prêt à rendre l’âme…

Une formation en cybercriminalité demandée par les palestiniens

Sa présence ici n’est pas inopinée. C’est l’unité de la police palestinienne spécialisée en cybercriminalité qui a demandé la venue d’un spécialiste de l’informatique. Objectif : pouvoir se former aux techniques modernes de cybercriminalité et d’extraction de données. Une vraie nouveauté…

Ne pas corrompre…

Ces actions ont un objectif très concret en matière de police judiciaire : extraire des données informatiques d’un ordinateur ou d’un téléphone portable sans les « corrompre » – comme le disent les policiers -, ce qui permet ensuite de s’en servir comme preuves devant la justice. C’est imparable. Mais encore faut-il que certaines précautions soient prises. « Il faut faire toutes les étapes nécessaires, tout documenter minutieusement. L’extraction de données est importante mais l’essentiel du travail se fait dans le laboratoire. »

Dans un ordinateur tout est volatile

Avec lui, on découvre le cheminement du geek-policier… « Dans un ordinateur, tout est très volatile. Normalement vous traitez avec des copies, et non avec les versions originales des disques durs. La première étape consiste à établir un plan. Il faut un véritable entrainement pour savoir comment s’occuper de la preuve (sans la compromettre). La façon de faire varie si l’ordinateur est éteint ou allumé. » On parle de preuve ‘vivante’ quand l’ordinateur est allumé. « Il faut ensuite documenter toute la procédure choisie. Quand tout est prêt sur la scène de crime, on récupère le matériel jusqu’à notre laboratoire. C’est là que se fait la majeure partie de notre travail sur les preuves. On présente ensuite ce que nous avons récupéré aux enquêteurs. Enfin tout est notifié dans un rapport qui pourra être présenté devant la Cour ». 

Le travail reste à faire mais la motivation est là

Pour les Palestiniens, « c’est nouveau. Ils en sont au tout début de la cybercriminalité. Je les aide quotidiennement en leur donnant la connaissance et les équipements pour mener à bien leur travail. Je les assiste. Cela fait deux semaines que je travaille avec des ingénieurs. C’est super de travailler avec eux » s’enthousiasme-t-il. « Ce sont des gars très professionnels, hautement motivés et qui ont une réelle envie d’apprendre. C’est vraiment agréable de travailler ici ». 

Et après un mois de mission…

… la police palestinienne a été capable d’extraire des données d’un ordinateur dans une affaire criminelle en cours. Une petite révolution ! « L’ordinateur était cassé. Mais le disque dur était resté intact. Nous avons été capables d’en extraire les informations. » Il sera impossible d’en savoir plus, même en insistant un peu. « Je ne pas vous expliquer plus sur l’affaire. Pour moi, tout est crypté, puisque c’est en arabe », plaisante-t-il.

(Johanna Bouquet)

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

Quand des policiers européens forment leurs homologues palestiniens, cela donne du COPPS

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

(BRUXELLES2 à Ramallah) Rencontrer un CRS français, un policier finlandais, un carabiniere italien aux côtés de policiers palestiniens, à Ramallah ou Jéricho, ce n’est pas rare aujourd’hui, pour qui peut pénétrer au coeur des structures de la toute jeune police palestinienne. B2 s’est rendu à Ramallah, et a pu s’entretenir avec différents officiers européens ainsi que leurs homologues palestiniens.

Une toute jeune police qui a tout juste 22 ans

Cette police palestinienne est toute jeune. Elle a été créée en 1994, au lendemain des accords d’Oslo et de Jéricho-Gaza qui consacrent l’Autorité palestinienne. Une jeunesse qui a des inconvénients — il faut former, équiper, structurer — mais a aussi des avantages. Plus récente, elle est parfois plus à même de s’adapter aux évolutions de menaces et de techniques estime Emmanuel Merlin, CRS français arrivé il y a tout deux mois dans la mission. D’où l’intérêt d’une mission comme EUPOL COPPS (1). « La structure policière palestinienne est bien avancée. Cette jeune police a les moyens de ses performances. À charge pour nous désormais de les emmener vers l’autonomie », complète Stéphane Vidal, en charge de l’entrainement au tir et de la logistique.

Un soutien contre la cybercriminalité 

La police palestinienne et EUPOL COPPS veulent aller plus loin. Et faire face aux nouveaux défis tels la cybercriminalité. C’est la police palestinienne qui a identifié ce besoin. Durant deux mois, la mission EUPOL COPPS a mis au service de la police un expert européen sur ce domaine, le finlandais Tommi Rautanen. Depuis un mois, il entraine les forces de police aux techniques modernes. « Le personnel est très motivé — remarque-t-il —. Mais il y aura un besoin pour des entrainements plus conséquents par la suite » (3).

Besoin de femmes dans la police

Autre vecteur qu’il faut développer : les femmes. « La police n’est pas vraiment considérée comme un secteur où les femmes devraient travailler. Alors que dans le secteur de la justice criminelle, le taux de femmes au parquet ou parmi les juges est assez élevé » analyse Lena Larsson (2). Il y a seulement 3% de femmes dans la police. Or, le besoin est réel. « Nous devons pousser à l’inclusion des femmes » ajoute-t-elle. L’unité de protection juvénile a besoin de femmes, ne serait-ce que pour pénétrer dans une maison où une affaire est signalée. Pour pouvoir interpeller et fouiller les femmes également. D’autant que les crimes les plus « courants » ont trait aux violences familiales et conjugales, selon Emmanuel Merlin, CRS français, formateur à EUPOL COPPS.

Mieux définir les responsabilités entre les institutions palestiniennes

Si dernièrement, l’accent a été mis pour améliorer les processus décisionnels dans les structures de police et de justice, les Européens veulent désormais que celles-ci fonctionnent de façon autonome et pérenne. « Nous souhaiterions voir davantage de législations, de règles, de division des responsabilités entre les institutions » détaille la Suédoise Lena Larsson (2), chef adjointe de la mission EUPOL COPPS qui reçoit B2. « Cela signifie notamment définir clairement qui fait quoi, quelle est la fiche de poste de chacun, définir les rôles et les responsabilités ». 

Un patchwork législatif

Le problème est que le système législatif palestinien est un véritable « patchwork », qualifie Giovanni Galzignato, le chef de la section « état de droit » de la mission. En Cisjordanie, le système repose sur le modèle jordanien. Celui de Gaza repose sur le modèle égyptien et le gouvernement israélien fait partie du paysage législatif. La mission travaille sur les outils nécessaires à l’harmonisation de ce système. La division entre Gaza et la Cisjordanie, comme l’absence d’un parlement national palestinien effectif qui puisse légiférer, compliquent le travail des policiers palestiniens comme des Européens. 

Renforcer le cadre législatif

Pour Lena Larsson, il faut donc « renforcer le cadre législatif palestinien et les procédures législatives ». Il existe un clair manque de structures. On ne comprend pas toujours « comment une loi est passée » commente-t-elle. Les procédures ne sont pas toujours les mêmes, en partie parce qu’il « n’y a pas eu de Parlement depuis très longtemps ». Le système fonctionne de façon ad hoc. Il y a un manque de « mémoire institutionnelle ». 

(Johanna Bouquet)

A suivre :

  • Tommi Rautanen : un expert finlandais de la cybercriminalité en Palestine
  • L’unité de traitement des empreintes digitales
  • EUPOL Copps en route pour un nouveau mandat *

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(1)  EUPOL COPPS

Depuis 2006, l’Union européenne a décidé, de mettre sur pied une mission de soutien pour la police palestinienne, dénommée EUPOL COPPS. Une mission créée, dans le cadre d’une solution à deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte, que les Européens ont toujours prônée. Alors que le chemin vers la paix n’a jamais semblé aussi loin, l’ambition reste intacte : doter les Palestiniens d’une police moderne, structurée, qui respecte certaines règles de droit, et efficace.


(2) Lena Larsson

Suédoise, Lena a pris ses fonctions à Ramallah, le 16 juillet 2015, au moment de la poursuite de la mission EUPOL COPPS. Elle a travaillé pendant près d’une décennie pour le ministère des Affaires étrangères suédois, son pays d’origine. Au niveau européen, elle a occupé entre 2011 et 2013, le poste de chef du bureau régional du Kurdistan irakien pour la mission EUJUST LEX Irak.


(3) Une définition plus large

Dans la police palestinienne, la cybercriminalité s’entend dans un sens beaucoup plus large qu’en Europe. Il s’agit de toute affaire criminelle qui implique une récupération de données sur un ordinateur ou un téléphone portable.