Iran: l’UE sanctionne sec faute de réponse iranienne

(BRUXELLES2, Sommet européen) Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles ont pris toute une palette de sanctions possibles contre l’Iran. L’addition est salée. Car l’UE va plus loin que l’ONU, pour sanctionner le déficit de coopération de l’Iran en matière nucléaire. Parmi les interdictions, le transport maritime, aérien, le secteur financier, les transferts de technologies ou les nouveaux investissements, les services et équipements dans le secteur du pétrole et gaz. On frappe là au portefeuille de la puissance iranienne (à condition que personne ne prenne le relais). Les ministres des Affaires étrangères se revoient, le 26 juillet, pour donner le détail des mesures.

Last call

Il s’agit d’un message d’avertissement essentiel. Un « last call » européen, en quelque  sorte, aux autorités iraniennes à un dialogue plus concret. Catherine Ashton, la diplomate en chef de l’Union, a écrit la semaine dernière au négociateur iranien, Said Jalili. Mais sans réponse pour l’instant. Ainsi que l’a dit William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères, « nous voulons parler avec l’Iran. Mais celui-ci refuse de jouer le jeu ». « Nous sommes toujours ouverts au dialogue – confirme un diplomate européen  – et poursuivons notre double approche » (dialogue diplomatique, sanctions).

(NVG)

Télécharger les conclusions du Conseil européen

Prolongation de la mission en Irak

(BRUXELLES2) Les 27 doivent confirmer officiellement dans les prochains jours la prolongation de la mission de l’Union européenne en Irak chargée de former les policiers, juges et gardiens de prison jusqu’à juin 2010 (le Cops a approuvé la semaine dernière cette prolongation). Depuis sa mise en place, il y a quatre ans, presque 2000 personnes ont été formées, essentiellement par des stages et démonstrations pratiques qui se déroulent dans un des pays de l’Union européenne. Cette mission civile avait scellé l’unité des 27 sur la nécessité ou pas d’intervenir en Irak. Et elle pourrait trouver un nouveau souffle d’ici quelques mois après le départ des Américains. Le renforcement de ses effectifs ainsi que l’extension de ses tâches est à l’étude.

(NVG)

Hillary rencontre la troïka européenne: l’Iran encore


Ce vendredi matin, c’est le dernier volet de la visite d’Hillary Clinton à Bruxelles (avant l’envol vers Genève pour une entrevue avec Lavrov) : la rencontre avec la « troïka européenne ». C’est-à-dire la présidence Tchèque représentée
par Karel Schwartzenberg, le ministre des Affaires étrangères, Javier Solana, le Haut représentant, et Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures. La conversation pourrait rouler sur l’Iran en particulier. Cet Iran qui fait peur, qui est proche de se doter de l’arme nucléaire.

La situation est critique selon les diplomates européens, qui ont planché sur la question lors d’un dernier Comité politique et de sécurité (COPS). « Les efforts diplomatiques n’ont pas produit leur effet. D’ici peu, quelques mois à peine, l’Iran sera en capacité de se doter de l’arme nucléaire (au moins de commencer les essais de l’arme). Le risque se rapproche. Il faut agir cette année rapidement.» Les Européens pourraient répéter à Hillary Clinton qu’ils sont derrière les Américains.

La pression doit se faire sur deux fronts, selon la stratégie « bigger carott et bigger stick » comme disent les Anglais ; « la carotte et le bâton » en français. «La carotte, ce pourrait être la reconnaissance de l’Iran comme d’un acteur essentiel dans la région, dont une première étape est l’invitation faite à l’Iran de participer à une conférence sur l’Afghanistan du 13 mars. La levée des sanctions» pourrait aussi être envisagée. Coté bâton, ce pourrait être la révision de la liste des sanctions.

L’Iran pourrait ne pas avoir d’autre choix, estime-t-on, espère-t-on, côté européen, avec la crise qui exerce une pression supplémentaire sur le pays – la conséquence de la chute des prix du pétrole et du gaz cause un déficit budgétaire et des difficultés internes comme un possible trouble social. Il y a là une fenêtre d’opportunité que les Européens et Américains veulent exploiter. A condition que les Chinois et les Russes suivent (voir les enjeux des discussions Usa-Russie). Ce sera l’essentiel du message
européen.

L’enjeu américano-russe : la neutralisation de l’Iran…

(B2)Nous savons tous l’intensité des discusions qui se déroulent ces jours-ci entre Américains (Européens) et Russes. L’objectif est d’abord de renouer les liens entre les deux grandes puissances, distandus au fil des années, surtout lors du deuxieme mandat Bush.

Puis de régler les problèmes : la Russie détient notamment deux clés en main.

1° L’opération de l’OTAN en Afghanistan. La capacité d’autoriser (ou non) l’approvisionnement des forces alliées en Afghanistan, à travers son territoire ou celui des républiques « amies » (républiques musulmanes de l’ex-URSS). La Russie a déjà accordé ce droit de passage pour les matériaux non militaires (alimentation, …). Il s’agit de passer à l’étape suivante – comme le confie un diplomate à l’OTAN – de pouvoir acheminer certains équipements militaires lourds, comme les véhicules blindés, etc… Poutine (alors président Russe) avait autorisé Bush junior en 2001 à utiliser le territoire russe et alliés pour aller en Afghanistan à condition qu’il s’agisse d’une opération limitée dans le temps, au moins sans installation de base… Ce n’est plus tout à fait l’hypothèse de l’OTAN aujourd’hui en 2009.

Les relations Russie-Iran. La Russie a depuis quelque temps intensifié ses contacts politiques, économiques et militaires avec l’Iran : participation plus active de l’Iran à l’OCS, l’Organisation de coopération de Shanghai, accords d’exportation de pétrole et de gaz, et annonce de la fin de la construction de la centrale nucléaire (civile) iranienne de Bouchehr (un projet démarré par l’Allemagne, stoppé en 1979 et repris par les Russes). Ce qui est un coup dur pour la communauté internationale. Plus inquiétant sont certaines des livraisons militaires. Passent encore pour quelques livraisons d’avions de chasse. Mais tout ce qui concerne les systèmes anti-missiles, ou de défense aérienne, la situation est plus critique. Nous sommes là au coeur de la menace iranienne ou de sa capacité à résister aux pressions internationales. « Car explique un diplomate européen de haut rang, cela mettrait l’Iran – sinon à l’abri de toute riposte (israélienne par exemple) mais la rendrait beaucoup plus difficile ». Et cela les Américains comme les Européens n’en veulent à aucun prix.

Quelques contrats militaires. Un vieux contrat avait été signé concernant la livraison de systèmes de missiles antiaériens S-300PMU-1, qui n’a pas été exécuté (encore…). Un autre contrat de livraison de 29 systèmes Tor-M1 avait été signé en décembre 2005. Et un autre contrat a été signé pour 5 groupes de S-300 mais, selon nos confrères de Kommersant, sa réalisation a été reportée pour des raisons politiques. Le ministre des Affaires étrangères iranien s’est d’ailleurs rendu à Moscou récemment (le 17 février) pour tenter d’arracher le respect de cet accord. Sans succès. En revanche, de nouveaux accords seraient en prépation notamment pour la livraison de systèmes de DCA de moyenne portée Bouk-M1. Etc…

Pas de marchandage mais un partage des risques. On comprendra bien qu’à coté de cette menace pesante, la mise en place de quelques éléments d’un bouclier anti-missile (au demeurant couteux et dont l’efficacité demeure à démontrer) comme l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN pèsent relativement peu… Du moins si on considère que la menace vient davantage de Téhéran que de Moscou. Alors même si Medvedev et Obama répugnent au terme de « marchandage », c’est bien un deal général sur la sécurité internationale que sont en train de négocier Russes et Américains – par-dessus la tête des Européens – et non simplement quelques petits aménagements d’une stratégie. Les Russes étant dans une situation économique délicate, une des contreparties américaines pourrait être sonnante et tébuchante. Comme l’installation d’un bouclier anti-missiles commun. D’où l’importance des discussions de Genève entre Lavrov (le ministre russe des affaires étrangères) et son homologue américaine (Clinton).

 (NGV)

Fin de mission en Irak pour les soldats bulgares

(BRUXELLES2) Tous les soldats du contingent bulgare en Irak regagneront la Bulgarie entre les 15 et 20 décembre, d’après le ministre de la Défense, M. Nikolaï Tsonev.

Cout : 80 millions d’euros. Ce retour marquera la fin de la mission bulgare en Irak, car il n’y a pas de nouvelle décision politique d’envoi d’un nouveau contingent. Les cinq années de présence en Irak ont coûté au contribuable bulgare « plus de 155 millions de leva » (environ 80 millions d’euros), selon  le ministre des Affaires étrangère, M. Kalfin, « les frais de transport et de logistique ayant été assurés par le budget des forces multinationales ».

Renforts en Afghanistan? La fin de mission en Irak d’économiser entre 10 à 12 millions de léva (environ 5-6 millions d’euros), a expliqué le général Galimir Pehlivanov, chef-adjoint de l’Etat-major de l’armée bulgare, à nos confrères de Sega. Ce va permettre d’augmenter les troupes bulgares sur d’autres théâtres, comme au Kosovo et en Afghanistan. Actuellement, le contingent bulgare à Kaboul est composé de 200 personnes, et 220 militaires bulgares assurent la protection de la partie intérieure de l’aéroport de Kandahar. Au Kosovo, la Bulgarie est présente avec une compagnie. La décision doit être prise par le Gouvernement qui la déposerait ensuite pour approbation au Parlement, a expliqué le général Pehlivanov. La Bulgarie a prévu 91 millions de Leva cette année pour des missions à l’étranger (environ 46 millions d’euros). Et le budget pour l’année prochaine ne devrait pas être inférieur.

 (NGV)

Humanitaires en Irak : le pessimisme est de mise…

(B2) Pour Paul Filler le chef du bureau de l’Office européen d’aide humanitaire en Iraq, le pessimisme est de mise. La situation ne s’améliore pas. Bien au contraire…

L’homme est discret, peu disert, en un mot prudent. Paul Filler est le chef du bureau d’Echo, l’office européen d’aide humanitaire, en Iraq. Ou plutôt en Jordanie car, depuis plusieurs mois, cet organisme qui dépend directement de la Commission européenne, présent en Iraq depuis… 1992, a replié l’essentiel de son personnel international à Amman, en Jordanie. Reste donc sur place uniquement le staff local, dans un bureau à Bagdad dont l’adresse est gardée soigneusement secrète… par mesure de sûreté ! Les Européens s’y risquent à de trop rares moments. « C’est très difficile pour tous nos partenaires sur le terrain : les ONGs, la Croix-Rouge internationale… Il faut être très imaginatif, très souple pour continuer à travailler ». Une « situation totalement nouvelle » assure-t-il. « D’ordinaire, nous faisons face à l’urgence et, une fois les besoins primaires assurés, démarre la reconstruction. Ici, en Iraq, on doit faire face aux deux à la fois ». Avec une difficulté supplémentaire. « La situation évolue constamment. Il est très difficile de prévoir les besoins ». Et surtout un problème qui tourne à l’obsession : « la sécurité ». Une préoccupation qui n’est pas près de s’éloigner. Car la situation s’aggrave. « C’est encore plus difficile ces derniers mois d’agir. Le danger est partout. Les forces militaires mais aussi la criminalité qui se développe ». Et la confusion règne entre l’humanitaire et le militaire. Certaines troupes de la coalition menant des actions humanitaires envers la population. « Ce qui sème une grande confusion » et explique
peut-être pourquoi certains membres d’ONGs sont pris pour cible. Pour l’avenir, le pessimisme semble de mise. « Il est difficile d’imaginer que cela puisse s’améliorer demain» avoue Paul Filler. La seule issue, selon lui : « la paix. Tout dépend de cela. Que la paix revienne et alors, pfouf, tout reviendra, il n’y a plus de problèmes d’urgence et on pourra attaquer réellement la reconstruction ».

 (NGV)
(Article paru dans Ouest-France, septembre 2004)

Appel à nos amis polonais: Cette guerre n’est plus la vôtre

(projet d’opinion pour France-Soir et Gazeta Wyborcza, février 2004). Cette « lettre » était destinée aux amis polonais en particulier. Car si il y a eu un ralliement aux Américains et à l’engagement en Irak, qui a fait particulièrement mal à nombre de Français (dont j’étais) – ceux-là même qui avaient lutté pour que Solidarnosc vive et que la liberté s’instaure à l’est -, c’est bien celui de la Pologne. Nous n’avions pas soutenu Solidarnosc, pour cela, ai-je entendu plusieurs fois… Je ne pouvais donc rester la plume sur la table, à laisser dire, à laisser faire (au moins par respect pour mes enfants… à moitié polonais).

« Amis polonais, Vous étiez venus en Irak pour chercher des armes de destruction massive. Il est maintenant clair et prouvé, par ceux-là même qui l’avaient affirmé au départ, qui ont déclenché cette guerre, que ces armes n’existent pas ou du moins qu’elles n’existent plus.

« Vous étiez venus faire une guerre de libération. Voyez-vous une population heureuse, libre, vivant une vie démocratique épanouie ? Non. Vous avez certes enlevé aux Irakiens leur oppresseur, leur dictateur. Mais vous n’avez rien su lui apporter en échange. Car la liberté ne s’importe pas, surtout pas dans les fourgons des chars.

« Vous étiez venus apporter la paix ? Vous n’en aviez pas le mandat. Aucune puissance au monde ne détient le pouvoir d’amener sa paix. La paix n’appartient pas et n’est pas réservée à un Etat. Elle doit être l’émanation de tous et de chacun… Vous étiez venus faire pourchasser les criminels, détruire des bases arrières du terrorisme mondial? Qu’en est-il aujourd’hui ? L’Irak est à feu et à sang.

« Ce pays qui vivait sous un joug oppresseur connaît, à son tour, une nouvelle terreur ; celle des attentats aveugles. Les soldats américains, anglais, italiens, vos soldats sont tour à tour victimes d’attentats ou d’actes de guerre. Non seulement le terrorisme fait rage en Irak. Mais il continue de se répandre dans le monde….

« Vous le savez pourtant bien, amis polonais. Quand on intervient sous le coup d’une mystification, pour une réalité qui n’existe pas, cette intervention est faussée. Elle ne sert qu’à affirmer un pouvoir, asservir une idée ou soumettre un peuple.  Comment puis-je croire que cette « aventure » ne vous rappelle rien ? L’histoire d’une certaine Europe divisée, abaissée. Votre histoire.

« Celle dont vous avez été tour à tour victimes et complices. Du temps où tout était simple en Europe : gris à l’Est, rose à l’Ouest. Où il y avait un mythe celui du communisme. Et, où, au nom du communisme, les chars d’un certain Pacte de Varsovie allaient, tour à tour, maintenir la pax sovietica, sous prétexte de sauvegarder l’intégrité menacée d’un pays et de faire la chasse aux agents de l’impérialisme venus de l’extérieur. Ce communisme… Vous le saviez bien était factice. Et il ne servait qu’à préserver les intérêts d’une puissance impériale, la Russie.

« A votre tour, vous êtes devenus une force occupante, prêtant la main à un imperium qui n’a en fait qu’un seul but, maintenir sa domination sur tous les autres Etats. En fait, monsieur Miller (*), c’est à croire que si vous avez changé de maître, vous n’avez pas changé de méthode. Vous avez dupé, méprisé votre peuple. Pire ! Demain peut-être des familles seront endeuillées par une bataille qui n’est ni un preux combat de chevaliers mais une gabegie. N’est-il pas temps alors de cesser cette monumentale erreur ? Ce ne serait pas une honte ou un déshonneur.

« Amis polonais. Au 1er mai, vous rejoignerez cette Europe pour laquelle vous avez lutté et dont vous avez rêvé, que nous avons désirée ensemble. Bataillez dur pour vos paysans, vos entreprises, votre place au sein de l’Europe, pour la construction européenne. Ca oui ! C’est un combat qui se mérite et se respecte. Mais envoyer quelques soldats se faire tuer en Irak relève plus du viol d’une jeune fille sans défense que de la défense de la liberté.

« Rejoignez le camp de la raison ! Retirez vos troupes. Ce geste symbolique pourrait vous sembler suranné. Aux yeux de la grande majorité des citoyens européens, largement opposée à cette guerre, il vous grandira… Il est encore temps de ne pas gâcher nos retrouvailles ».

(*) Premier ministre de la Pologne (ex-communiste)

Sommet d’Athènes : Valse à trois temps sur l’Irak

Réunis en sommet à Athènes, l’heure était venue pour les leaders européens, communiant autour de l’adhésion de 10 nouveaux pays, de se réconcilier.

(B2) L’Europe va ainsi, comme une valse à trois temps. Dans un premier temps, sont la tempête, la brouille et les cris, Puis, comme dans les vieux couples qui savent qu’il faut continuer à vivre ensemble, il faut ramasser la vaisselle cassée, ravaler ses larmes, sa colère et se rabibocher, à voix basse. A Athènes si la question irakienne n’était ainsi pas officiellement à l’ordre du jour de ce sommet européen, elle a donné lieu à maints conciliabules. Tony Blair et Jacques Chirac se sont alors rencontrés durant 25 longues bonnes minutes. Un bienheureux hasard, selon la porte-parole du leader britannique : « Le premier ministre est allé prendre l’air. Chirac a eu la même idée. C’était totalement spontané et imprévu« . « Pas du tout un hasard » s’est empressé de démentir le président français « … mais un rendez-vous prévu d’avance » !

Cette divergence mise à part, les deux dirigeants ont évoqué le rétablissement des services publics essentiels en Irak, la situation dans les hôpitaux, et leur « commune inquiétude face au pillage des musées à Bagdad » dixit Chirac. Ce qui n’a pas empêché ce dernier dans sa conférence de presse d’adresser une petite pique aux anglo-américains en les désignant comme « autorités d’occupation » et d’espérer qu’ils seront d’accord sur l’idée de la Commission européenne d’un pont aérien pour rapatrier les enfants blessés.

Quoi qu’il en soit, les dirigeants des 25 – les Quinze Etats membres et les dix nouveaux Etats venus à Athènes signer leur traité d’adhésion – devaient adopter une déclaration commune réaffirmant notamment le plein « soutien aux Nations-unies et à leurs efforts pour garantir la légitimité internationale …« . Quant à la volonté pour l’Europe « d’assumer [ses] responsabilités mondiales » qui figure également dans cette déclaration, il est encore sans doute un peu tôt. Pour le troisième temps de la valse, la politique commune extérieure et de défense, il faudra donc sans doute attendre…

(Nicolas Gros-Verheyde – article publié dans France-Soir, avril 2003)

Sommet européen sur l’Irak : Quelques heures pour recoller les morceaux

(B2) Les Quinze chefs d’Etat et de gouvernement sont réunis à Bruxelles pour tenter de restaurer leur unité après les divergences sur l’Irak

Dans un quartier européen bouclé par les forces de l’ordre, où la moindre affichette anti-guerre est immédiatement décollée, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement n’avait pas vraiment ce petit air guilleret de printemps… malgré son titre. Il aura bien fallu tout un dîner aux quinze chefs d’Etat et de gouvernement, réunis au « 50.7 », la salle du Justus Lipsius réservée aux conseil des ministres, pour digérer leurs rancoeurs et leurs profondes divergences sur la question irakienne et l’intervention armée des Etats-Unis. L’heure paraît venue de recoller les morceaux. Mais ce sera difficile. Certaines délégations, à commencer par les Britanniques, veulent en effet remettre sur le tapis la question de la reconstruction de l’Irak après-guerre. Un sujet pour le moins sensible. La Commission européenne elle-même par la voie de son commissaire chargé des relations extérieures, l’anglais Chris Patten, a estimé qu’il serait difficile à l’Europe d’approuver une telle démarche dans une guerre se déroulant sans mandat de l’Onu. Quelques heures avant le sommet, Jacques Chirac préférait donc opter pour un champ de bataille, appelant ses collègues à « prendre conscience de la nécessité » d’une politique étrangère et de « défense commune crédible ». « La France ne se résigne pas à ce que l’Europe reste inachevée » martelait le président français devant la presse. Un propos approuvé par la présidence hellénique de l’Union européenne. Georges Papandréou, le ministre grec des affaires étrangères, estimait ainsi devant les parlementaires réunis en session extraordinaire que « l’Europe devait rapidement faire le bilan de ses divisions si elle voulait pouvoir un jour parler « d’une seule voix ». Une nécessité d’autant plus cruciale que ce matin, après une (très) courte nuit, les dirigeants européens devront se pencher sur d’autres sujets plus prosaïques. Avec les ministres de l’Economie et des Finances ils doivent affiner ce qu’on appelle « la stratégie de Lisbonne ». Autrement dit : comment faire de l’Europe l’économie la plus compétitive du monde à l’horizon 2010 ? … devant les Etats-Unis. Avec au menu des sujets comme la libéralisation de certains secteurs économiques, la modernisation de la protection sociale et le renforcement de la lutte contre l’exclusion. L’économique pourrait-t-il être le baume des divisions politiques… Ce ne serait pas la première fois que l’Europe jouerait le rôle de mercurochrome.

Nicolas Gros-Verheyde

(article paru dans France-Soir, mars 2003)

Le festival Chirac

Chirac en fracassant le discours diplomatique consensuel s’impose comme le patriarche , sort un carton jaune aux pays candidats. Savoureuse revanche sur nos « amis » British. Analyse

(B2) Quand Jacques Chirac arrive au Justius Lipsius, le siège du conseil de l’Union européenne à Bruxelles, qu’il franchit en quelques enjambées le tapis rouge qui orne la cour, c’est avec la ferme intention de parachever sa revanche sur les atlantistes, Blair et Aznar. Arrivé un des premiers, le président français fait feu de tout bois. Il tient des conciliabules successifs avec plusieurs chefs d’Etats. Notamment avec Simitis, le Premier ministre grec.

Très détendu, volubile, émaillant ces propos de forces gestes affirmés et maintes blagues, il est attentif à tous, réussissant même à faire sourire ses interlocuteurs, les moins acquis à sa cause. Il félicite, au passage, son allié belge, Guy Verhofstadt, trouve le moyen – un verre à la main – de placer un mot à José-Maria Aznar, le premier ministre espagnol, et un autre à Wolfgang Schlüssel, le chancelier autrichien, qui vient de refuser le passage des troupes américaines par son pays. Avec les Allemands, le contact est plus froid. L’heure n’est plus aux grandes embrassades, du moins en public. Qu’importe… Le dîner qui n’est pas extraordinaire – coquilles St Jacques rôties aux truffes, osso-bucco de lotte et carpaccio d’ananas – est aussi vite avalé qu’un compromis rapidement ficelé.

Le festival Chirac peut commencer. Vers 22 heures, le président déboule dans la salle de presse. Là face aux caméras et à la presse internationale, fidèle à l’ancestral « Messieurs les Anglais tirez les premiers », il livre sa botte secrète. A peine les premières questions posées, il se lâche, dire leurs quatre vérités aux pays candidats. Une sortie calculée à l’extrême, avec la pointe d’outrance et de dérapage nécessaire, pour atteindre un triple objectif. En premier lieu, sortir le carton jaune : les pays candidats ont fait une erreur stratégique en signant des déclarations séparées avec les Anglais. Un constat partagé par nombre de délégations, et par la Commission européenne. Ensuite, occuper le terrain médiatique.

Dans les couloirs du Justus Lipsius, la rencontre organisée par la présidence grecque avec les chefs de gouvernement des pays candidats ne bruissait que de commentaires, crispés ou hilares, sur la sortie du « patriarche ». Enfin, couper l’herbe sous le pied de Blair, qui hier mardi, s’apprêtait à réitérer son coup de la lettre de soutien aux Américains, en faisant circuler parmi les pays candidats une nouvelle missive. Si le missile a atteint son but, ce n’est pas sans danger collatéral. La France a oublié, encore une fois, de tendre les bras aux pays candidats. Le pardon viendra plus tard…

Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles

Paru dans France-Soir, février 2003

Louis Michel: « quand l’UE parlera d’une seule voix… »

(archives B2) Trois questions à Louis Michel, vice Premier ministre belge, ministre des affaires étrangères

Il y a quelques mois, après les attentats du 11 septembre, toute l’Europe était derrière les Américains. Aujourd’hui, ce ne semble plus être le cas ?

Je vais vous étonner. J’ai une attitude compréhensive  à l’égard des Etats-Unis. Il se fait qu’ils ont pris l’habitude de devoir assumer seule l’organisation et la sécurité du monde. Ils finissent par considérer que c’est non seulement leur devoir mais aussi leur droit. Que cela doit se faire selon leur vision… Une majorité chez nous ne se retrouve pas dans le concept de la « guerre préventive » dans la doctrine militaire américaine, ne partage pas cette interprétation extensive de la lutte collective contre le terrorisme. Elle ne se  retrouve pas dans le propos réducteur de « qui n’est pas avec nous, est contre nous ».

N’est-ce pas aussi la faute des Européens, cet hégémonisme ?

L’Union européenne est faible sur la politique extérieure. Quand l’Union pourra parler dans toutes les questions de politique extérieure d’une seule voix, il est probable que les Américains comprendront l’intérêt qu’ils ont à partager le risque de l’organisation du monde avec nous. Nous en sommes à un point où l’Union européenne est perçue comme l’acteur international le plus à même d’influencer ou de servir de contre-poids aux États-Unis. Différente en nature, en style et en ambition, l’Union inspire moins la crainte d’hégémonie. En même temps, elle est une alternative plus bénigne, car elle prône un modèle de société plus à la portée des autres peuples de par le monde.

Croyez-vous encore et toujours la guerre évitable ?

Oui. Il faut encore et toujours privilégier la piste des Nations-Unies qui a pour objectif la résolution de la crise par des moyens diplomatiques et pacifiques. La paix mérite patience.

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Article paru dans France-Soir, février 2003