L’incurie libyenne, la passivité européenne. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres dénonce

(B2) Dans son dernier rapport sur la situation en Libye et au large des côtes libyennes, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ne mâche pas ses mots

António Guterres (crédit : ONU)

Les termes employés dans ce rapport de 17 pages publié le 5 septembre dernier sont particulièrement sévères à la fois pour les autorités libyennes, mais également pour les pays de la région, un peu trop laxistes avec les passeurs, et pour les autorités européennes par leurs entraves aux secours. Le propos se suffit à lui-même…

La Libye au banc des accusés

La protection des réfugiés déficiente

La Libye n’est toujours pas partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. « Il est inquiétant de constater que toutes les entrées et tous les séjours ou départs irréguliers constituent toujours des infractions au regard du droit libyen et que les autorités ne reconnaissent pas pleinement le mandat du HCR en matière de protection internationale et de surveillance de l’application de celle-ci. »

La détention systématique en Libye est préoccupante

« Je demeure profondément préoccupé par les conditions dans lesquelles les personnes secourues et interceptées sont débarquées et systématiquement détenues. On peut se demander si ces faits respectent le droit international. Cette situation est intolérable. J’exhorte les autorités libyennes à s’acquitter des obligations qui leur incombent au regard du droit international et, ce faisant, à étudier en priorité les mesures susceptibles de remplacer les centres de détention. »

Le sort des migrants non enregistrés : des viols quasi systématiques

« Je suis très inquiet du sort des milliers de réfugiés et de migrants qui n’ont pas été placés dans des centres de détention officiels ; les informations les concernant sont peu nombreuses et l’accès est limité. L’intensité de la violence sexuelle […] durant la traversée de la Libye et notamment en détention, est intolérable. Il est urgent de s’attaquer à ce problème. »

La Libye n’est pas un pays sûr pour débarquer des rescapés

« Compte tenu de l’instabilité des conditions de sécurité et des risques particuliers en matière de protection dans le pays, liés notamment à la détention, la Libye ne remplit pas les conditions qui lui permettraient d’être considérée comme un lieu sûr ou comme un pays tiers sûr aux fins du débarquement après un sauvetage en mer. »

Les pays européens, aussi, mis en cause

L’obligation de faciliter les sauvetages

« J’exhorte tous les États Membres à conduire des opérations de recherche et sauvetage en Méditerranée ainsi qu’à les appuyer et à les faciliter, y compris lorsqu’elles sont menées par des navires non gouvernementaux ou marchands. »

Le travail des ONG contrecarré

« Les activités de recherche et de sauvetage menées par des navires d’ONG ont été fortement réduites, notamment en raison des contraintes d’ordre administratif et juridique imposées à ces navires concernant le débarquement des réfugiés et des migrants en Europe.  […] Personne ne devrait être contrecarré, poursuivi ou stigmatisé pour le fait de sauver des vies en mer. »

Le principe de non refoulement non respecté

« Je rappelle à tous les États Membres l’obligation qui leur est faite d’assurer le sauvetage de personnes en mer et leur transfert en lieu sûr dans le respect des droits de la personne, notamment pour ce qui est du principe du non-refoulement. »

Les pays voisins aussi responsables par un certain laxisme

« Les trafiquants d’êtres humains et les passeurs de migrants traversant la Libye dépendent de réseaux de personnes qui facilitent la logistique et l’organisation des déplacements dans les pays voisins et l’ensemble de la région. »

Des moyens aériens de Sophia complices des débarquements en Libye

Le secrétaire général dans son rapport met objectivement en cause la complicité des moyens aériens de l’opération Sophia. « Le HCR constate que nombre d’embarcations en détresse repérées par l’opération ont été débarquées en Libye, ce qui est en désaccord avec son avis consultatif sur la question. » NB : Quand on sait ce qui est mentionné plus haut, totalement connu des autorités européennes, on peut s’interroger sur la poursuite d’une telle politique, en contradiction flagrante avec les standards internationaux.

(NGV)


Des violations des droits humains en cascade

La Mission de l’ONU d’assistance à la Libye (MANUL) fait également état d’allégations crédibles et persistantes :

Des réfugiés et des migrants « seraient détenus à proximité d’installations militaires, d’armes et de munitions stockées dans des centres de détention. Certains d’entre eux étant contraints de fournir un soutien logistique aux groupes armés qui contrôlent ces centres ».

Les centres de détention, dont ceux de Khoms, Souk el-Khamis et Zaouiya, seraient devenus « des lieux propices à la traite des personnes, au trafic de migrants et potentiellement aux disparitions forcées ».

D’autres personnes ont « disparu après leur débarquement, dont certaines avaient été placées dans un centre de détention non officiel à Khoms ».

Depuis le début de l’offensive en Libye le 4 avril, « des centaines de personnes interceptées par les garde-côtes libyens auraient été envoyées dans des centres de détention administrés par le Service de la lutte contre l’immigration illégale, ainsi que dans des centres non officiels gérés par des milices ».

Quelque « 3500 réfugiés et migrants vivent dans des centres situés dans des zones d’affrontements ou dans lesquelles des affrontements sont imminents ».

Les demandes de recherche qui ont été adressées au Gouvernement d’entente nationale sont demeurées lettre morte.

Des violences sexuelles régulières, commises par des gardes libyens

Le risque de violence sexuelle est « extrêmement élevé dans les centres de détention libyens » pour les migrants et les réfugiés, les femmes et les filles aussi bien que les hommes et les garçons.

Près de la moitié des femmes et des enfants migrants « déclarent avoir subi des violences sexuelles durant leur transit ou leur séjour en Libye », selon l’UNICEF.

Les actes de violence sexuelle tels que le viol, qui est utilisé comme une forme de torture et entraîne parfois la mort, auxquels se livrent notamment les gardes du Service de la lutte contre l’immigration illégale et les groupes armés, comptent parmi les méthodes couramment utilisées pour soumettre et humilier les migrants dans ces centres, « et cela toujours en toute impunité ».

En général, « les femmes sont détenues dans des établissements où tous les gardiens sont des hommes, sont soumises à des fouilles à nu, parfois sous le regard d’autres gardiens, et n’ont jamais accès à des installations sanitaires préservant leur intimité ni à des services de santé sexuelle et procréative, notamment à des produits d’hygiène menstruelle et à des services destinés aux femmes enceintes ou allaitantes ».

Il s’est aussi « avéré que des femmes détenues se sont trouvées enceintes pendant leur captivité ».

Des violences qui s’étalent tout au long du voyage vers la Libye et à travers la Libye

Sur l’itinéraire qu’ils empruntent pour parvenir aux côtes libyennes, les réfugiés et les migrants disent avoir été « systématiquement retenus captifs dans des conditions abusives. Ils ont été affamés, violemment battus, brûlés avec des objets métalliques chauffés, électrocutés.

Les réfugiés et les migrants sont « fréquemment vendus d’un groupe criminel à un autre et tenus de payer plusieurs rançons avant d’être libérés ou emmenés dans des zones côtières pour attendre la traversée de la mer Méditerranée ».

Au cours de leur voyage depuis leur pays d’origine à travers le Sahel, « d’innombrables réfugiés et migrants ont perdu la vie en captivité après avoir été blessés par balle, torturés, affamés ou privés de soins médicaux ».

En cas d’attaque cyber en opération, la France répliquera (Florence Parly)

(B2) Parmi les point clés du discours de Florence Parly à l’université d’été de la Défense, il faut souligner la capacité de cyberattaque en opération

Florence Parly à l’université d’été de la défense sur la BA d’Avord (© NGV / B2)

Une arme à part entière

« Nous sommes désormais prêts à employer l’arme cyber, en opérations extérieures, à des fins offensives » a déclaré la ministre française des armées sur la base aérienne d’Avord (près de Bourges) vendredi (13 septembre).

« Nous considérons désormais l’arme cyber comme une arme opérationnelle à part entière que nous emploierons isolément ou en appui de nos moyens conventionnels, pour en démultiplier les effets. »

Une riposte à un moment choisi

La ministre a détaillé les points de la doctrine française d’offensive cyber.

  1. Ce sera une riposte à une attaque ;
  2. Cette riposte ne sera pas systématique ;
  3. Elle aura lieu à moment choisi, donc pas uniquement sur le champ, mais avec un délai de latence ;
  4. Les moyens aussi de la riposte seront calibrés ;
  5. La neutralisation des moyens ‘ennemis’ comme des ‘effets’ de ces moyens feront partie de l’arsenal.

« En cas d’attaque cyber contre nos forces, nous nous réservons le droit de riposter, dans le respect du droit, par les moyens et au moment de notre choix. Nous nous réservons aussi, quel que soit l’assaillant, le droit de neutraliser les effets et les moyens numériques employés. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire: Nous avons besoin d’une industrie tournée vers l’Europe

(B2 Pro) Carnet (04.09.2019). Confidentiels (Agenda. PSC+9. Sophia, EUCAP Somalia. EUTM Mali, Sophia). PESC (lettre des ONG). Défense (Pologne-Tchéquie aviation. Coopération Pologne-US. Jiri Sedivy. Belgique Reaper. Danemark sonars. Pays-Bas incendie. Espagne SCAF). Diplomatie (Inde Cachemire. Mogherini-Grandi. Afghanistan attaque. Yemen frappe. Russie terrorisme). Voisinage (Grèce-Turquie). Aides (Myanmar éducation. Amazonie feux). Sécurité (Allemagne assassinat). Pouvoirs (Agenda du CAG. Budget 2019. Brexit timing. Roumanie sondage). Commission 2019-2024 (Puzzle. Cluster. Goulard cadeau empoisonné). A lire

(B2) Parus récemment : Balkans : le cas albanais continue de diviser. Malgré des efforts, l’enthousiasme de l’élargissement faiblit Projet Pesco n°13 : Équipes de réaction rapide aux attaques cyber et assistance mutuelle en cybersécurité (blog) La prés…

La route maritime d’immigration vers l’Italie et Malte devient mineure

(B2) Malgré le fracas médiatique de la scène politique italienne, animée en grande partie par les diatribes de Matteo Salvini, le nombre de passages illégaux vers l’Italie (et Malte) est devenu aujourd’hui très minoritaire dans les flux de migrants illégaux, si l’on se fie aux derniers chiffres compilés par le corps européen des garde-frontières et gardes-côtes (Frontex).

Pour les sept premiers mois de l’année (janvier à juillet 2019), 4890 passages ont été détectés sur la voie centrale de la Méditerranée, vers l’Italie et Malte, venant notamment de la Tunisie, du Soudan et du Pakistan. Cela représente moins de 10% des détections (1).

C’est la route maritime ‘Est’ (vers la Grèce) qui constitue la principale voie : 28.200 personnes ont été détectées dans la partie orientale de Méditerranée vers l’Europe. La plupart d’entre eux venaient d’Afghanistan et de Syrie. Il faut ajouter à cela les 1040 passages via l’Albanie (essentiellement des Albanais).

La route maritime ‘Ouest’ (vers l’Espagne) constitue la deuxième principale source avec 13.164 détections (du Maroc notamment).

Et la route des Balkans constitue la troisième voie d’accès : 5794 passages détectés (essentiellement d’Afghanistan et d’Iran) vers la Croatie (et la Hongrie).

Le passage illégal des frontières terrestres de l’Est européen reste, quant-à-lui, très limité (302 détections).

Regarder la carte de Frontex et télécharger le tableur donnant les chiffres, pays d’origine par pays d’origine

(NGV)

  1. On parle bien de détections de passages illégaux (ce qui peut recouper parfois le passage d’une même personne).

Madrid envoie un navire militaire à la rencontre de l’Open Arms

(B2) Un navire de la marine espagnole, le Audaz (P-45), un patrouilleur de haute mer de la classe Meteoro, va partir dans quelques minutes (départ prévu 17h), de la base de Rota (Cadix). Direction Lampedusa

Le patrouilleur de haute mer (Buque de Acción Marítima) Audaz est un des navires les plus récents de la marine espagnole (crédit : Armada – archives B2)

Objectif : récupérer les quelque 100 migrants recueillis par le navire de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms au large de la Libye et à présent bloqués au large de Lampedusa. Le gouvernement espagnol a pris cette décision ce mardi (20 août) afin de résoudre la crise créée par le refus du ministre de l’intérieur Matteo Salvini de laisser débarquer les personnes recueillies à Lampedusa, avant d’être évacuées vers d’autres pays européens.

La meilleure des solutions

Après avoir « analysé différentes options », le gouvernement espagnol estime, « selon les recommandations logistiques de la Marine, que cette solution est la plus appropriée et permettra de résoudre l’urgence humanitaire vécue à bord de l’Open Arms », précise-t-il dans un communiqué

Trois jours pour rallier Lampedusa

Les tâches de préparation et d’approvisionnement du navire ont commencé ce matin, dès la décision prise par le gouvernement. Le Audaz mettra trois jours à rallier Lampedusa, où il prendra en charge les personnes accueillies à bord l’Open Arms et accompagnera le bateau de l’ONG jusqu’au port de Palma, à Majorque.

(NGV)