Les techniques des passeurs, l’autre leçon de « Mare nostrum » ?

(BRUXELLES2) Les Italiens, notamment depuis l’opération Mare Nostrum, ont acquis une certaine expérience en matière de détection des navires suspects, des différentes méthodes employées comme de l’importance du renseignement ou du croisement des informations. On pourrait quasiment en tirer un guide du « bon » policier en mer. Voici quelques informations « glanées » auprès des officiers supérieurs de la marine italienne lors de mon passage à Rome…

1ère leçon : surveiller la Mer

Comment distinguer dans cette fourmilière de bateau qui circule en Méditerranée, celui qui pêche innocemment ou transite pour amener sa cargaison et les quelques trafiquants et organisateurs en tous genres. C’est simple… il faut observer et… observer. « Nous devons en permanence être en mesure d’assurer la surveillance de la mer, avec des avions de patrouille maritime, des radars, etc » témoigne cet officier supérieur. « C’est un travail difficile pour avoir une vue complète de tous les navires qui circulent, notamment pour avoir la composition ou la nature de leur navire. Il y a des échanges d’information, qui se font à travers ce centre, venant des données du trafic commercial, mais aussi des différents senseurs de la marine (gardes-côtes, avions, unités de la marine maritime) ou également des sources de renseignement ».

2e leçon : repérer les « anomalies », distinguer le vrai bateau de pêche du faux

Ensuite il faut repérer ce qui est anormal. Le système permet ainsi « de détecter dans l’ensemble des navires celui qui présente une anomalie, qui ne suit pas la route prévue, change ses données ou sa route, ou éteint son système SIS. Et on enquête alors sur ce navire. » Dans les bateaux de pêche, aussi, on peut distinguer les vrais des faux. « Un bateau de pêche quand il pêche, a des filets, et est fixe. On voit des différences nettes entre un usage normal et un autre usage. Si on utilise les cales pour des poissons morts ou des vies humaines, il y a des différences dans la signature thermique, et on peut ainsi repérer une anomalie. »

3e leçon : coopérer, un peu, quand c’est possible avec les Libyens…

C’est un des pays avec qui l’Italie « échange le plus d’informations sur les navires. Mais la réalité est que l’organisation en Libye pour la surveillance des côtes ou la connaissance des bateaux qui partent ou circulent, n’est pas la meilleure. La coopération avec la marine libyenne existe. Quand ils peuvent, ils envoient des officiers à bord de nos navires. Mais c’est le (seul) et plus important résultat qu’on ait pu obtenir » explique un officier.

4e leçon : Bien connaitre les fondamentaux des passeurs

Les migrants viennent « de Libye, des ports les plus proches de la Sicile — Tripoli, Zuwara et Garabulli (Castelverde) — ou plus éloignés — Benghazi et Aldabiya — mais aussi d’Egypte, d’Alexandrie essentiellement ». La technique « diffère selon la distance. Quant elle n’est pas grande, il y a un seul navire, un petit bateau chargé de migrants. Quand c’est plus loin, d’Egypte, en général, les migrants sont chargés dans une barge remorquée par un bateau-mère jusqu’à être assez proche de la côte ». Au large de la Crète, ou plus proche, « le bateau-mère détache sa remarque et fait demi-tour ». En tout 388 navires ont été secourus, soit une moyenne d’un peu moins de 200 personnes par navire. Mais parfois c’est davantage. Certains bateaux sont chargés à bloc.

5e leçon : saisir l’économie de la migration illégale : 1ère, 2e ou 3e classe ?

Les migrants « paient entre 1000 et 1500 euros » pour la traversée. « C’est du commerce, comme un bateau ordinaire. Plus vous payez, plus vous avez des chance d’arriver sain et sauf, et de naviguer en meilleure condition ». Certains navires ne proviennent pas d’Egypte ou de Libye, ou du moins pas directement « On a pu voir aussi quelques fast boat venant de Grèce, de Corfou, avec 3 gros moteurs, très rapides, Il y avait quelques migrants à bord, en comparaison. »

Du terrorisme : un peu

« Nous avons trouvé certains terroristes. Mais ce n’est pas tous les jours. Tous les migrants ne sont pas des terroristes. » précise cet officier.

(Nicolas Gros-Verheyde – au QG de la marine, à Rome)

Lire aussi :

Mare nostrum. L’Italie se sent bien seule…

(BRUXELLES2) Dans cette opération, les Italiens se sentent bien seuls. Ils le disent très diplomatiquement. « Toute aide est bienvenue » explique le porte-parole de la présidence italienne de l’UE. Mais la solidarité européenne est un peu… aux abonnés absents. Seule la Slovénie est venue concrètement à la rescousse de l’opération italienne, avec une frégate. Sur le reste, les Italiens poussent…

Le coût de l’opération n’est pas négligeable : 72 à 100 millions d’euros en rythme annuel de surcoût pour la seule marine nationale. Précisons que ce chiffre ne comprend pas le coût de toute l’opération mais uniquement les surcoûts — le fuel, l’alimentation, les primes supplémentaires pour le personnel, etc. — ainsi que l’a précisé à B2 un officier.

Comme l’explique le vice-amiral Foffi, « La sécurité de nos eaux maritimes n’est sans doute pas le seul objectif. Mais un objectif important pour la présidence italienne. Il n’est pas question seulement d’aide humanitaire. Nous devons aussi fournir un maximum de sécurité en mer. Il faut veiller à ne pas dupliquer l’effort entre Européens. »

(Nicolas Gros-Verheyde, à Rome)

Au centre opérationnel de la marine italienne dans la banlieue de Rome (© NGV / B2)

Mare nostrum, fierté italienne

Au centre opérationnel de la marine italienne dans la banlieue de Rome (© NGV / B2)

Au centre opérationnel de la marine italienne dans la banlieue de Rome (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) « Mare Nostrum« . C’est un peu la fierté retrouvée de la marine italienne. Aller à la rescousse des migrants qui tentent de traverser la Méditerranée et finissent par périr en mer.

Un drame déclencheur

L’opération a été montée en vitesse, après le naufrage dramatique du 3 octobre près de Lampesuda qui fait 366 morts. Le choc est immense. Le gouvernement italien (dirigé alors par Enrico Letta) sent bien qu’il faut augmenter la présence en mer, mieux la coordonner et, surtout, lui donner une impulsion politique, une visibilité au plan national comme au plan européen. L’opération Mare Nostrum est née. Elle est mise en place, rapidement, le 18 octobre 2013. Objectif, comme l’explique le vice-amiral Foffi, le chef de la marine italienne : « augmenter la présence maritime en mer, pour sécuriser les eaux, et sauver les migrants et réfugiés » (*).

Navires, hélicoptères et avions

Cinq navires de la Marine, en moyenne, sont dédiés à cette tâche (aux côtés des gardes-côtes et de la Guardia di Finanza qui disposent d’une flotte plus mobile mais plus petite). Du gros navire amphibie de type San Giorgio aux patrouilleurs de haute mer de type « Commanders » ou « Constellations » en passant par les frégates de type Maestrale, sans oublier l’indispensable avion de patrouille maritime, les hélicoptères embarqués (SH90 ou AB212) et même un drone « Predator » qui assurent l’indispensable surveillance aérienne, il y a là toute la palette d’intervention d’une marine moderne (voir détail en encadré).

Objectif : sauver de vies… et ne pas être trop près !

Au fil du temps, les marins italiens ont affiné leur méthode de secours. « Certains navires de migrants sont si surchargés et dans de telles conditions, qu’ils ne sont plus en condition de navigabilité, ni même d’être remorqués. C’est pour cela qu’on fait très attention, en allant à la recherche avec de petits navires. Il est dangereux de s’approcher trop près. Des navires marchands se sont approchés pour les sauver. Et le navire a coulé. »

Une technique de sauvetage plus raffinée

Il n’est donc pas question d’aller à la rescousse des bateaux en perdition avec de gros navires. Avec la « houle provoquée » explique le contre-amiral Saponero, chef d’Etat-Major de la marine et responsable du centre de commandement opérationnel (CincNav), cela pourrait faire chavirer les petits bateaux surchargés. « Le gros navire de débarquement reste donc à l’arrière. Il sert de « hub » auprès duquel les chalands de débarquement et les navires d’approche et autres RHIB viennent « déverser » les hommes et femmes récupérés. Sans ces précautions, le naufrage est assuré.

Sur la zone de SAR italienne… et parfois dans la zone libyenne

Les Italiens opèrent normalement dans leur zone maritime de sauvetage et secours en mer (SAR). Mais si nécessaire, et si urgence il y a, ils peuvent se porter au secours d’un bateau en perdition dans les eaux libyennes. C’est le « devoir de tout marin », une obligation « qui se place au-dessus de toutes les autres » souligne le contre-amiral Saponero.

Le dispositif libyen de SAR = presque Zéro

En « Libye, c’est le chaos. C’est un peu comme la Somalie » souligne un autre officier supérieur de la marine. « Les autorités ne sont souvent pas en mesure d’assurer les opérations de recherche et sauvetage (SAR) dans leur zone » Et de regretter : « L’OTAN a sans doute arrêté trop tôt son opération maritime menée au titre de Unified Protector, sans s’assurer que le relais pourrait être pris par les autorités locales ».

Une augmentation vertigineuse

Depuis le début de l’opération (en huit mois donc), près de 74.000 ont pu être secourues. Sur ce chiffre, près de 44.000 par la marine italienne. La majorité sont des hommes (37.724) ; il y a aussi 5505 femmes et 6014 mineurs (dont certains non accompagnés, soit qu’ils ont perdu leurs parents, soit que ceux-ci se sont noyés). Les autres ayant été secourus par les autres forces italiennes (Guardia Costiera et Guardia Di Finanza). L’augmentation est vertigineuse… De 13.267 migrants en 2012, on atteint déjà 35.707 courant octobre 2013 – au moment du « drame de Lampedusa » – et 42.295 au total pour l’année 2013. Une augmentation « due pour bonne partie à la crise en Syrie, et à la situation dans les pays subsahariens » selon l’amiral Foffi. Et presque 60.000 sur les premiers six mois de l’année 2014, dont l’essentiel se concentre sur les derniers mois (depuis la fin de l’hiver) !

270 personnes en moyenne par jour, beaucoup plus certains jours

La moyenne arithmétique de 270 personnes par jour ne reflète pas ainsi la réalité en mer, où certains jours ce sont plusieurs milliers de migrants qui sont recueillis à bord des navires italiens. Avec des pics notables, fin mars début avril, ainsi que fin mai début juin, où près de 10.000 personnes ont été sauvées. Le record ? : « On a récupéré 1566 migrants entassés sur un seul navire » remarque un officier. La polémique gronde en Italie, où on met en cause l’opération comme étant un « aspirateur à réfugiés ». Une critique que certains au niveau européen reprennent, à mi-mots, pour … justifier leur inaction.

A La reconquête de certaines valeurs européennes

A ces critiques, les militaires répondent que ces statistiques reflètent tout simplement un meilleur suivi. « Avant on mourrait en silence » résume, un peu amer, un officier. Avant la mise en place de l’opération, « on estimait qu’un navire sur dix seulement atteignait à bon port les eaux européennes selon le HCR et les ONG » confirme le vice-amiral Foffi. Les autres coulaient… sans qu’on le sache. Et personne ne s’en émouvait. Aujourd’hui « on espère que la proposition de navires arrivant à bon port a été renversée, et que seul 1 sur 10 seulement fait naufrage. »

(Nicolas Gros-Verheyde, au CincNav à Rome)


Le dispositif de sauvetage italien

  • Le groupe naval est généralement composé d’un navire de débarquement de la Classe San Giorgio, avec un équipage de 180 marins, un hôpital de bord, des hélicoptères de larges espaces permettant d’accueillir des migrants ou réfugiés et un large pont permettant d’organiser la récupération des bateaux secourus, même dans des conditions difficiles de mer ;
  • et de 2 frégates type Maestrale (avec un équipage de 183 marins et un hélicoptère SH90 ou AB212) ; deux navires de patrouille offshore, de type « commanders » or « constellations », avec un pont pouvant accueillir un hélicoptère, une unité côtière pour le soutien logistique.
  • 2 hélicoptères EH-101 équipés pour une surveillance maritime longue distance, avec une capacité de recherche infrarouge, sont aussi embarqués sur les navires, et si nécessaire basés à Lampedusa.
  • Un avion de patrouille maritime Atlantic, basé à Sigonella – Catania et un avion P180 sont aussi de la partie.
  • Un Drone maritime « predator », utilisé pour l’identification des contacts ;
  • Un hélicoptère des Carabinieri est utilisé pour les patrouilles maritimes, équipé d’un dispositif de recherche infrarouge (FLIR) ;
  • les radars côtiers italiens, et stations d’identification des systèmes AIS (automatic identification system)), systèmes de caméras électro-optiques et capteurs infrarouges ;
  • les moyens aériens et navals de la Guardia Costiera et de la Guardia Di Finanza.

NB : Un site de logistique avancé sur l’ile de Lampedusa fournit une assistance logistique aux navires en mer, pour coordonner les mouvements de personnel vers ou des bateaux et faciliter l’usage de l’aéroport civil pour le transit ou le stationnement des avions de patrouille maritime.


(*) Il ne faut pas non plus le nier. Pour la marine italienne, cette opération est une « belle » opportunité de montrer son savoir-faire et sauvegarder ses arrières face aux attaques budgétaires tant au sein du ministère de la défense qu’au niveau interministériel. Selon nos informations, la marine comme l’aviation italienne flirtaient, voire étaient au-dessous, des limites minimales de l’OTAN en matière de présence en mer. Pour maintenir des équipages et des navires en condition, on laissait certains navires au radoub. Aujourd’hui, personne ne doute de l’utilité de la marine. La Marine essaie aussi face aux autres forces en présence – gardes-côtes, Guardia di Finanza, … – de gagner le combat de la coordination. Une nécessité !

A suivre (sur le blog) :

et sur le Club : visite du quartier général de la marine italienne – CincNav

 

En Méditerranée, un hiatus politique

(BRUXELLES2) Quoi qu’on en dise les interventions en haute mer requièrent des moyens que seuls les marines militaires ont. Il faut, en effet, des navires capables d’affronter, et surtout de tenir face à la haute mer. Il faut aussi des navires capables de recueillir des réfugiés en quantité importante, du personnel pour les soigner, les nourrir, maintenir l’ordre au besoin, voire faire le coup de feu, s’il y a tentative d’affrontement. Au niveau technique et opérationnel, seuls les navires militaires sont capables de le faire. Mais quand on parle de recueillir des réfugiés en mer, il s’agit d’objectifs « civils » menés par une institution civile (Commission européenne).

Le hiatus…

L’Europe ne s’est pas organisée pour faire face à des menaces extérieures autrement que par des procédés classiques d’une organisation internationale : sanctions, législation, mesures de rétorsion. Et, si elle le fait, elle pense essentiellement en moyens civils, non militaires. C’est en général le cas dans les opérations menées par l’agence européenne de surveillance aux frontières (Frontex). Or, dans tous les cas, pour une opération menée en Méditerranée, comme l’est l’opération Mare Nostrum, seuls des moyens militaires pourront être employés. C’est là le hiatus de l’action européenne conçue pour l’action civile et rebutant à englober l’action militaire.

La commissaire répondant à a question de B2 (crédit : Commission européenne)

Réfugiés de Syrie. La limite est atteinte. A l’Europe de jouer

(BRUXELLES2) Depuis quelques semaines, face au drame syrien, le ton a changé à la Commission européenne. Tour à tour, deux commissaires que nous avons interrogées, Kristalina Georgieva (Aide humanitaire) et Cecilia Malmström (Affaires Intérieures) n’ont pas caché leur inquiétude face à la situation, dramatique, des réfugiés syriens (et palestiniens). Les pays voisins (Liban, Jordanie, Turquie…) ont accueilli beaucoup de réfugiés. « Ils ne peuvent pas vraiment en accueillir davantage. Ils font déjà le maximum » nous a ainsi confié la commissaire Georgieva. Et l’Europe soutient cet effort : 1,9 milliards d’euros engagés pour venir en aide aux pays voisins.

Une dégradation graduelle qui peut empirer rapidement

Mais devant les eurodéputés, à la commission des Affaires étrangères, mardi, elle a confirmé ce pessimisme. « Je ne peux pas dire que les perspectives soient roses. Nous avons une dégradation graduelle. Trois hypothèses peuvent être envisagées : le statu quo, une situation peu à peu dégradée, ou qui empire rapidement (soit du fait de circonstances non prévues en Syrie ou si le Liban cèderait à la pression migratoire). Dans tous les cas, les besoins humanitaires vont donc aller croissants. » Le pire n’est donc pas exclu !

Si le Liban craque…

Il y a un « effet boule de neige de la crise en Jordanie et au Liban et le risque de déstabilisation pour ces pays et pour nous en Europe. Nous prévoyons une augmentation des réfugiés si le Liban s’effondrait, le risque d’une vague de réfugiés vers l’Europe devient réel. Il y a (déjà) une forte augmentation des réfugiés traversant la frontière. » 

Davantage de solidarité entre Etats membres

La commissaire plaide donc pour davantage de solidarité entre les Etats membres. Il « serait nécessaire que le Parlement européen réussisse à trouver un accord pour une meilleure harmonisation (sur la situation en asile) ». Et pourquoi pas partir sur la base de la directive « protection temporaire ». « Lors de la crise dans l’ex-Yougoslavie, on avait développé un plan d’urgence en Europe. Il est important que l’on parte de cette expérience là » (*).

La commissaire répondant à a question de B2 (crédit : Commission européenne)

La commissaire répondant à une question de B2 (crédit : Commission européenne)

Une solution, la réinstallation

La situation demeure très critique, approuve sa collègue suédoise chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström. Alors que « la grosse majorité ont été accueillis dans les pays voisins », l’Europe en « a accueilli 55.000. Proportionnellement ce n’est pas beaucoup » a-t-elle expliqué dans une réponse à une question de B2. « Nous travaillons à identifier des solutions dans le cadre de la task force « Méditerranée ». Mais il n’y a « pas de solution facile ». « Nous  encourageons tous les Etats membres à (offrir des visas) permettant la réinstallation des réfugiés ».

C’est-à-dire à autoriser l’accueil en Europe de personnes déjà accueillis dans les pays du voisinage. « Environ 5000 personnes ont ainsi été accueillis en réinstallation. Ce n’est pas vraiment beaucoup. Si tout le monde faisait le même effort que la Suède et l’Allemagne, par exemple, on pourrait accueillir environ 100.000 personnes. Ce n’est pas négligeable. Mais il y a des pays qui font aucun effort. » La commissaire accompagne la déclaration d’un geste explicite, dessinant un rond entre son pouce et l’index !…

(*) A suivre le « verbatim » de l’intervention de la commissaire sur la Syrie comme la République Centrafricaine : sur le Club

La technique somalienne : les preuves

(B2) Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de l’UE ont pu visionner la semaine dernière un film tourné par la marine italienne montrant que les bateaux d’immigrés sont une histoire de passeurs et de bandes très organisées ressemblant très étrangement à ce qui se passe en piraterie.

Très récemment, juste avant le Conseil des Affaires étrangères, un navire de l’opération italienne Mare Nostrum avait d’ailleurs intercepté un de ces bateaux mères et avait arrêté 16 trafiquants, reconnus comme tels par les migrants.

B2 a pu obtenir un extrait de ce film (à regarder sur la chaine YouTube de B2) et des photos. Edifiant ! On voit bien le lien entre le navire – bateau-mère – et le bateau des réfugiés – largué ensuite. Ce qui confirme visuellement les informations publiée récemment (Lire : La technique somalienne pour les immigrants ?) Reste à voir si cette pratique est exceptionnelle ou courante.

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La lutte contre l’immigration devient un sujet européen

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(Crédit: Marine italienne)

(BRUXELLES2) Une séance des ministres de la Défense et des Affaires étrangères, lundi 18, au Justus Lipsius (Conseil) ; la réunion de la task force Méditerranée ce mercredi 20 au Berlaymont (Commission européenne) et une partie sommet franco-italien à Rome, etc. la question de l’immigration croissante en Méditerranée prend aujourd’hui de plus en plus de place sur les agendas politiques des dirigeants européens : de la Bulgarie à l’Espagne, en passant par la Slovénie, la Grèce, la France et bien sûr Malte, Chypre et l’Italie qui sont aux « premières loges ». Elle commence aussi à inquiéter des pays, du centre ou du nord de l’Europe, qui voient aussi arriver vers eux les immigrés, notamment de Syrie.

La demande italienne : un révélateur

L’arrivée continue des migrants en Méditerranée, le conflit syrien qui ne faiblit pas, la Libye qui se déstabilise et l’Egypte qui se cherche… sont, en effet, autant de vecteurs qui font, jour après jour, monter le sujet comme la priorité des priorités. On se retrouve ainsi dans une situation assez similaire à celle de l’accroissement de la piraterie de l’été 2008, où prise après prise, les pirates ont contraint des Européens, parfois peu enthousiastes, à adopter une position plus commune et plus audacieuse… Et la demande italienne d’étudier une opération PSDC pour lutter contre l’immigration illégale, même si elle n’a pas été acceptée, a inévitablement servi de révélateur et propulsé le sujet au plan des institutions européennes.

La stratégie franco-italienne

Au cours d’un Sommet franco-italien essentiellement tourné sur la relance de la croissance en Europe, Enrico Letta et François Hollande ont ainsi insisté sur «la nécessité d’une stratégie européenne pour les frontières méridionales de l’Union, qui prévoit une phase de contrôle aux frontières ». Les deux présidents se sont  clairement positionnés en faveur d’«un renforcement des actions opérationnelles de l’Agence Frontex et d’un accroissement des ressources du Bureau européen d’appui en matière d’asile ». S’ils se sont ainsi engagés « à renforcer les initiatives européennes», dans le domaine de la lutte contre la criminalité, ils sont cependant restés volontairement vagues sur « les outils les plus à mêmes de lutter efficacement contre les trafics ». Ils font ainsi écho aux discussions informelles, au Conseil des ministres des Affaires étrangères, tenues ce lundi à Bruxelles.

Méditerranée : Toutes les options ouvertes

Lors de la réunion, les ministres des « 28 » (des Affaires étrangères comme de la Défense) ont en effet parlé longuement de l’immigration en Méditerranée. Certes l’option militaire, prônée par les Italiens, ne semble pas enthousiasmer nombre d’Etats membres. Ce qu’a reconnu Emma Bonino, la ministre des Affaires italiennes, devant la presse. « Une opération militaire semblable à celle de la mission Atalanta contre les pirates dans la Corne de l’Afrique provoque peu de consensus. (…) Plus vraisemblablement, cela passera par le renforcement des opérations de Frontex. » Pourtant une opération PSDC n’est pas totalement écartée. « La ministre italienne a proposé des idées, d’autres ministres ont proposé les leurs, il faut rassembler tout ça (…) dans une approche intégrée » a précisé, de son côté, la Haute représentante de l’UE. « Nous allons présenter les différentes possibilités dans un document ». Ce qu’un diplomate européen a résumé par une formule simple : « Toutes les options restent ouvertes ».

En mer ou à terre

L’éventail des possibilités est en effet large. « La lutte contre l’immigration illégale par le biais de la PSDC doit être considéré dans un contexte plus large» a déclaré Maciej Popowski, secrétaire général du Service européen d’action extérieur (SEAE)  « Si l’on veut lutter efficacement contre le trafic, il faudra envisager un engagement dans les pays d’origine et de transit. » Un propos qu’on approuve et qu’on complète côté français. « L’hypothèse d’une mission PSDC en mer ne vise pas seulement à répondre à la demande de Emma Bonino mais à souligner aussi que les instruments de la PSDC peuvent être efficaces, à titre préventif, sur les pays d’origine des migrations » pour renforcer les capacités des pays à assurer le contrôle de leurs frontières, « comme par exemple avec EUBAM Libya ».

Il a fallu ramer…

A l’issue de la réunion de lundi, les ministres italiens se félicitaient en tout cas d’avoir suscité le débat sur les moyens de lutter contre l’immigration illégale à la table des 28. Pour Emma Bonino, ministre des Affaires étrangères italiennes : « Les discussions au Conseil ont été un moment unificateur et ont montré une forte volonté politique de la part des 28 Etats Membres de régler le problème de la sécurité aux frontières méridionales ». Pourtant, cela n’allait pas de soi. « Le fait de maintenir la question à l’ordre du jour du Conseil n’était pas évident » a expliqué à B2 une source française de haut rang « Il a fallu ramer à plusieurs — l’Espagne, l’Italie, la France… — pour cela . (…) On veut en effet, sans attendre juin 2014, avoir des mesures dès décembre. » a t-il affirmé. Mais Français et Italiens n’étaient pas isolés.

Une préoccupation pour tout le sud de l’Europe

Egalement concerné par la pression migratoire, la Grèce, par la voix de Evangelos Venizelos, son Vice-Premier ministre et ministre grec des Affaires étrangères, a affirmé vouloir faire de cette question une priorité majeure de la présidence grecque de l’UE au semestre prochain: « Les flux migratoires sont un problème humanitaire. Mais ils sont également un problème pour la sécurité de l’ensemble de l’Europe, et surtout pour nous, les pays du sud européen » a t-il ajouté. « Nous devons penser des solutions radicales et courageuses pour surveiller les côtes de la Méditerranée à travers les pays européens afin de parvenir à des résultats substantiels. » Quant au ministre Bulgare, Kristian Vigenin, il « espère que la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure  intensifieront le dialogue avec les pays tiers dans la lutte contre l’immigration clandestine, le trafic d’êtres humains et la conclusion d’accords de réadmission ».

Et maintenant ? La ‘Task Force Méditerranée’ qui s’est réunie ce mercredi au siège de la Commission européenne doit rendre ses conclusions opérationnelles pour le prochain Conseil Justice et Affaires intérieures (JAI) du 5 et 6 décembre. La question devrait revenir lors des différentes réunions des groupes de travail avant

Commentaire : la prise de conscience au niveau européen est toujours lente. Car il y a toujours des pays concernés au premier chef et d’autres qui le sont moins. Mais la pression des évènements joue souvent en faveur de la mobilisation. Pour ceux qui suivent ce blog depuis des années, ils peuvent se remémorer les conditions de création de l’Opération anti-piraterie de l’UE (EUNavfor) Atalanta. A l’époque c’étaient surtout les Espagnols et Français qui frayaient le chemin, avec le PAM (le Programme alimentaire mondial en appui). Faute de pouvoir se décider rapidement, les Etats-Membres avait, alors, mis en place une cellule de coordination navale, EU NAVCO en septembre. (NB: Le mandat d’EU Navco Somalie, coordination antipirates. Détails). Puis les prises successives du Faina, le navire ukrainien transportant des armes, ou du super tanker d’Aramco le Sirius Star, et l’augmentation du nombre de marins en otages car le risque d’insécurité croissante ont accentué la pression et contraint l’ensemble des Etats-Membres à passer à la vitesse supérieure. Aujourd’hui, la succession des drames migratoires comme Lampedusa entrent dans la même dynamique de pression…

(Loreline Merelle & Nicolas Gros-Verheyde)

Plus de détails sur le  Club: Opération PSDC en Méditerranée : trois options à l’étude

Lire aussi :

La technique éprouvée des pirates somaliens - bateaux-mères et skiffs - utilisée par les trafiquants en Méditerranée ? (crédit : Eunavfor)

La technique somalienne pour les immigrants ? (maj)

La technique éprouvée des pirates somaliens - bateaux-mères et skiffs - utilisée par les trafiquants en Méditerranée ? (crédit : Eunavfor)

La technique éprouvée des pirates somaliens – bateaux-mères et skiffs – utilisée par les trafiquants en Méditerranée ? (crédit : Eunavfor)

(BRUXELLES2) Pour les ministres italiens des Affaires étrangères comme de la Défense, les vagues d’immigration observées dans les eaux italiennes et maltaises ne sont pas l’oeuvre uniquement de personnes isolées ou de « petits » passeurs mais de réseaux structurés, bien organisés, qui utilisent des méthodes industrielles, pour faire arriver leur « marchandise » – des hommes, femmes et enfants – vers les rivages de Lampedusa ou de Malte.

En témoigne, soulignent les Italiens, l’utilisation de gros bateaux, des bateaux-mères, qui trainent en remorque des plus petits bateaux. « A quelques dizaines de milles des côtes, les trafiquants coupent les amarres et poussent les bateaux chargés de migrants vers la côte » raconte un diplomate. « Ils sont armés et n’hésitent pas, au besoin, à faire le coup de feu. »

Une méthode qui ressemble de façon assez symptomatique à celle utilisée par les pirates au large de la Somalie. La différence c’est qu’ici, il ne s’agit pas de partir à l’attaque de navires marchands pour prendre des otages. Les « otages » sont déjà à bord et sont consentants même s’ils savent qu’ils risquent la mort.

A suivre : La technique somalienne. Les preuves + une video sur notre chaîne YouTube.

Navire de migrants intercepté par la Garde côtière en Novembre 2009 (Crédit : UNHCR/A. Rodríguez)

Réfugiés. La Commission avertit la Bulgarie : le refoulement n’est pas admis

Navire de migrants intercepté par la Garde côtière en Novembre 2009 (Crédit : UNHCR/A. Rodríguez)

Navire de migrants intercepté par la Garde côtière en Novembre 2009 (Crédit : UNHCR/A. Rodríguez)

(BRUXELLES2) « Le refoulement des réfugiés n’est tout simplement pas admis ni conformément aux obligations de l’UE ni aux obligations internationales » a assuré Michele Cercone, le porte-parole de la Commission européenne , ce mardi (19 novembre), en réponse à des questions de confrères lors du briefing de midi. Les Etats membres ne devraient pas procéder à de tels refoulements. « Il appartient aux Etats membres de décider des mesures qu’ils prennent pour garder leurs frontières et c’est leurs choix » a-t-il précisé avant d’ajouter. « Nous avons toujours dit que les murs ne règlent aucun problème. Ce qui règle les problèmes, c’est une gestion cohérente et structurée des flux migratoires et des flux de demandeurs d’asile. » « Quiconque arrive sur le territoire européen, ne doit pas être refoulé, ne doit pas se voir refuser cette possibilité. C’est une obligation qui dérive de la Convention internationale, mais qui se fonde aussi sur les valeurs de l’Union européenne. » Un avertissement qui vise, sans les nommer, la Bulgarie notamment mais aussi la Grèce.

Lire : Réfugiés syriens. Le HCR condamne les dérapages et demande un moratoire des expulsions

En Bulgarie et en Grèce surtout mais aussi à Chypre, les dérapages se multiplient sur l'application de la convention internationale de protection des Réfugiés (crédit : HCR)

Réfugiés syriens. Le HCR condamne les dérapages et demande un moratoire des expulsions

En Bulgarie et en Grèce surtout mais aussi à Chypre, les dérapages se multiplient sur l'application de la convention internationale de protection des Réfugiés (crédit : HCR)

En Bulgarie et en Grèce surtout mais aussi à Chypre, les dérapages se multiplient sur l’application de la convention internationale de protection des Réfugiés (crédit : HCR)

(BRUXELLES2) L’établissement d’un mure de barbelés inquiète au plus haut point le Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR). Celui-ci a exprimé très officiellement vendredi sa « profonde préoccupation » après avoir reçu des informations faisant état de certains pays de l’UE plaçant des barrières pour l’entrée ou mettant en œuvre des mesures de retour forcé pour des demandeurs d’asile, y compris des personnes ayant fui le conflit en Syrie. « Le HCR appelle tous les pays à travers le monde ainsi que l’Union européenne à se détourner de la protection des frontières au bénéfice de la protection des personnes », indique son porte-parole, Adrian Edwards. « Le HCR appelle les Etats à faire cesser immédiatement des pratiques ou des procédures visant à empêcher des demandeurs d’asile à accéder à des territoires. Les retours forcés et l’interdiction d’entrée peuvent placer les demandeurs d’asile face à de nouvelles menaces et les exposer à des traumatismes supplémentaires », a-t-il ajouté.

Réfugiés refoulés, emprisonnés…

C’est en Bulgarie où l’inquiétude de l’organisation internationale est la plus forte. Selon la presse, la Bulgarie a refoulé 100 migrants à la frontière durant le week-end et a déployé environ 1 200 policiers dans la région frontalière. Et il construit un mur de barbelés le long de la frontière. « Placer des barrières, comme des clôtures et d’autres méthodes dissuasives, pourrait pousser des personnes à mettre en œuvre des tentatives encore plus périlleuses pour traverser les frontières et des réfugiés aux mains et à la merci de passeurs », souligne Adrian Edwards.

Le HCR est également préoccupé par des informations similaires faisant état de demandeurs d’asile refoulés depuis la Grèce vers la Turquie. Il a demandé aux autorités grecques de mener une enquête concernant le sort de 150 réfugiés syriens, y compris de nombreuses familles avec des enfants, qui se seraient vus refuser l’entrée à Evros le 12 novembre. A Chypre, le HCR a reçu des informations de la part de Syriens arrivés clandestinement par bateau dans le nord du pays et qui ont été refoulés vers la Turquie après un bref passage en détention. Dans le sud du pays, les Syriens rencontrent de plus en plus de difficultés par rapport à la réception et à l’assistance.

NB : La Commission réfute. interrogée jeudi, par nos soins, la Commission européenne affirmait ne pas être au courant de telles pratiques d’expulsion ou de détention par les autorités bulgares. C’est dans ce pays que se concentre les plus grandes inquiétudes. Le gouvernement prépare une loi sur l’asile et les réfugiés particulièrement restrictive : obligation de fournir une caution avec un engagement de ne pas violer l’ordre public, obligation de se présenter régulièrement, toutes les deux semaines, devant les autorités, pas de changement de résidence sans autorisation, et mise en place de centres de rétention « fermés » pour les immigrés qui pourrait « menacer la sécurité nationale ». Toutes dispositions qui ne semblent pas vraiment en ligne avec la réglementation européenne et internationale, selon nous.

Un moratoire sur le retour forcé

Le HCR appelle à la « mise en œuvre d’un moratoire général afin qu’il n’y ait plus aucun retour forcé de Syriens vers des pays voisins de la Syrie ». Ceci représenterait un « geste concret de solidarité envers ces pays » qui hébergent actuellement plus de 2,2 millions de réfugiés. Les Etats de l’UE comprenant des frontières extérieures « ne peuvent pas être délaissés (et) porter toute la charge liée à cet afflux. Le partage de responsabilité dans l’UE doit se démontrer via une mobilité intra-UE et une ouverture plus grandes » souligne l’organisation.

Un peu plus de solidarité entre pays européens

Le HCR préconise ainsi « des mécanismes pour une distribution équitable au sein de l’UE des personnes reconnues en tant que réfugiés ou bénéficiaires d’une protection temporaire ». Il demande la création d’un « centre de transit pour les personnes évacuées » avec « des efforts pour la réinstallation (qui) pourraient être menés à la fois depuis des pays européens et des pays non-européens ». Enfin, il appelle à l’application de tous les critères fixés par le règlement « Dublin », notamment ceux « portant sur le regroupement familial ».

A suivre sur Le Club : les trois options à l’étude face à la demande italienne d’une opération PSDC en Méditerranée

sauvetage des rescapés par les gardes cotes italiens le 4 octobre (crédit : Guardia Costiera - gardes côtes italiens)

Ne cherchez plus le Crossmed européen. Passez par Poissy ! (maj)

sauvetage des rescapés par les gardes cotes italiens le 4 octobre (crédit : Guardia Costiera - gardes côtes italiens)

sauvetage des rescapés par les gardes cotes italiens le 4 octobre (crédit : Guardia Costiera – gardes côtes italiens)

(BRUXELLES2) Pour déclencher une opération de sauvetage en Méditerranée, passez par votre commissariat ! Une trentaine de clandestins ont été sauvés de la noyade en Méditerranée, grâce à un coup de fil passé par le Commissariat….de Poissy (Yvelines) ! La policière de permanence a eu le bon réflexe, dans une histoire à peine croyable. NB : pour ceux qui ne situent pas où est Poissy, c’est en banlieue parisienne, vraiment loin de la mer… et même de toute tradition maritime !

Une nuit au commissariat de Poissy

Pour la petite histoire, comme le raconte nos collègues du Parisien, tout commence « samedi (9 novembre) un peu avant minuit quand un Kurde irakien, âgé de 33 ans, se présente au commissariat accompagné d’une femme qui joue l’interprète. Il explique avoir reçu, dix minutes plus tôt, un coup de téléphone de son frère Rekan. Ce dernier appelle à l’aide car il est, en compagnie de trente camarades d’infortune, sur une barque en perdition. Cela pourrait paraitre un canular. Mais l’agent de permanence prend l’affaire au sérieux. L’homme parait crédible…

B2 a reconstitué la chaine d’appels qui s’est produit. Elle vaut le détour…

La chaine téléphonique se met en marche

Le commissariat de Poissy appelle son central, le CIC (centre d’information et de commandement) situé à la DDSP 78, à Versailles. Les pompiers du SDIS sont mis dans la boucle. Le tout est rebasculé au COGIC, le centre de crise interministérielle, à Asnières qui alerte le CROSS MED à Toulon. La demande est claire = « bateau menaçant de couler en Méditerranée ». Nombre supposé de réfugiés à bord = 26 personnes dont des Kurdes, Syriens, Afghans.

Les CROSS prennent le relais !

Les permanents du CROSS MED à La Garde (Toulon) – le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en Méditerranée – ont l’habitude de ce type d’appel. Mais d’ordinaire c’est au large des côtes françaises. Pour les affaires internationales, c’est le CROSS de Gris-Nez (dans le Pas-de-Calais) qui a la main. C’est ce qu’on appelle en jargon maritime un SPOC = point de contact recherche et sauvetage.

Italiens en repérage

Le CROSS de Gris-Nez appelle son collègue italien, le MRCC (Maritime rescue coordination centre) de Rome. L’important ici est de localiser le bateau. D’après les informations recueillies par les policiers, le bateau est parti de Grèce (d’Athènes) vers l’Italie. Une recherche satellite – grâce au système Sarsat – du numéro de téléphone. Résultat négatif ! Le numéro n’est pas en zone italienne. mais dans la « zone de sauvetage » grecque : en pleine mer ionienne au large des côtes de Céphalonie / Kefalonia, entre Italie et Grèce. Rome transmet alors au MRCC du Pirée.

Grecs à la manoeuvre

Le centre grec fait rapidement décoller un hélicoptère et demande à un navire de se diriger vers le lieu. Quelques temps après, la bonne nouvelle parviendra au centre. Le bateau a été repéré par l’hélicoptère des forces armées grecques et le patrouilleur des gardes-côtes grecs (et non italiens comme mentionné par erreur dans la presse) ramène le bateau et ses 26 occupants vers Kefalonia. « Tout le monde est en bonne santé » indique la note. Il était temps ! « Le bateau commençait à prendre l’eau »

La chaine de l’information a bien fonctionné

Toute la chaine de l’information a pris moins d’une heure. Comme l’explique un officier au fait de ces procédures. « Les gens ont des réflexes. Dans les différents MRCC, nous recevons souvent des collègues étrangers.  Tout le monde se parle, au téléphone, par mail. C’est une coopération quotidienne » Au résultat, ce qui compte c’est que « L’information soit arrivée à temps au plus près du centre. L’information a été prise au sérieux. Et tout s’est joué en quelques dizaines de minutes. »

Commentaires : Une coordination européenne ?

La chaîne de secours a bien fonctionné. Grâce à la capacité de réactivité d’un bout à l’autre de la chaîne. Cette histoire contraste ainsi avec le drame de début octobre, entre Lampedusa et Malte, et les multiples appels désespérés des migrants avant de sombrer (lire: Au large de Lampedusa, le 11 octobre, l’Europe a-t-elle laissé mourir 268 Syriens ?). Cela montre aussi la nécessité de sensibiliser chacun…

Un système de solidarité

Tout ne peut pas dépendre non plus des pays côtiers. Le renforcement des moyens de sauvetage par la Marine italienne depuis le lancement de l’opération Mare Nostrum à la mi-octobre n’a qu’un temps. Il faudra un moment penser à un système de solidarité, financière et opérationnelle. Toute l’Europe est concernée. Au fin fond de l’Ecosse ou de la Pologne, le problème peut se poser demain comme il s’est posé en banlieue parisienne.

Sensibiliser …

Lors du briefing de midi de la Commission européenne, ce jeudi, nous avons demandé s’il n’y avait pas matière à évolution. Le porte parole de la Commissaire aux affaires intérieures a été plus que prudent. « Nous avons toujours dit que les Etats-membres  doivent respecter leurs obligations en matière de secours en mer et d’assistance dans leurs zones « Search and Rescue » explique-t-il. Quant à établir une recommandation pour sensibiliser tous les pays membres, les forces de police, de marine et les navires privés au sauvetage en mer des migrants et réfugiés en quête d’une terre d’asile, il n’en pas question, du moins pour l’instant. « Ce n’est pas dans nos intentions », m’a-t-il répondu. L’Europe n’aurait-elle pas intérêt à rappeler quelques valeurs et principes, de façon ferme et précise, comme elle l’avait fait pour la piraterie en 2010 en émettant une recommandation sur les mesures d’autoprotection des navires face aux pirates en Somalie (lire : La Commission publie une recommandation « Piraterie maritime »). La question est posée

Passer au 2.0 du sauvetage en mer ?

Enfin, il faut aussi se poser la question des moyens. S’inspirer des dispositifs mis en place au QG anti-piraterie de Northwood ne serait pas inutile. Celui-ci dispose, en effet, d’un « chat » sécurisé, dit Mercury, permettant à chacun des navires et quartiers généraux d’être en temps réel sur la même voie de communication (lire : Visite au QG anti-pirates de l’UE (Atalanta) à Northwood). Passer au 2.0 des opérations de sauvetage ne serait pas inutile. Sans doute plus que la mise en place d’un corps de gardes-côtes européens, solution souvent évoquée dans des débats politiques mais jamais réalisé. Et pour cause, selon les professionnels, ce vieux « serpent de mer » couterait très cher, pour un impact opérationnel très limité.

(Papier restructuré ven. 15 matin, avec précisions sur la chaine de secours au plan européen, et un commentaire plus détaillé)

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