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Face à la tragédie en Méditerranée, le Royaume-Uni répond « présent ».

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Le HMS Bulwark, navire amiral de la flotte britannique, avec son pont porte-hélicoptères et ses bateaux « liberty » (crédit : UK Royal Navy)

(BRUXELLES2, au Conseil européen) A son arrivée au Sommet européen, il y a quelques minutes, le Premier ministre britannique a été très court mais déterminé. On sent un homme en pleine campagne électorale, décidé à s’imposer comme un véritable meneur. « Ce qui se passe en Méditerranée est une réelle tragédie » a-t-il dit. Cette réunion a pour objectif « de sauver des vies. Sauver des vies, cela implique venir au secours des personnes, combattre les gangs et stabiliser la région. La Grande-Bretagne a de quoi aider (…) Nous sommes le plus gros budget de la défense ». David Cameron ne s’arrête pas aux généralités… Il propose.

Le Royaume-Uni répond présent

Concrètement, le Premier ministre a proposé de mettre à disposition en Méditerranée pour des missions de sauvetage et de contrôle, le navire amiral de la flotte britannique, le navire amphibie, HMS Bulwart, 3 hélicoptères et 2 autres patrouilleurs de frontières. « A chaque fois qu’il y a eu une tragédie, le Royaume-Uni a toujours été là Et cette fois, il n’y a aura pas d’exception. » Le ton est donné ! David Cameron a cependant mis une condition au sauvetage des naufragés : les personnes recueillies devront être mises à l’abri dans un pays, en Italie, mais ne seront pas rapatriées au Royaume-Uni.

La navire amiral de la flotte britannique en Méditerranée

Le HMS Bulwart (L-15), est particulièrement adapté pour ce type d’opérations. Il dispose, en effet, d’une vaste capacité dans ses ponts inférieurs pour accueillir plusieurs centaines de personnes. Commandé par le Captain Nick Cooke-Priest, il peut ainsi accueillir des troupes marines et leurs véhicules, dans l’hypothèse d’un débarquement : entre 200 (longue durée) et 500 soldats (courte durée). Une capacité qui peut service à accueillir des personnes sauvées en mer. Il dispose d’un pont d’envol pour plusieurs hélicoptères de type Lynx, qui peuvent aller de la reconnaissance ou du premier secours — ainsi que d’un radier pouvant accueillir 4 péniches de débarquement — moyen très commode pour aller au devant de bateaux en détresse. Servi par un équipage d’environ 300 personnes, doté de moyens de communication moderne, il peut aussi servir de quartier général flottant.

Commentaire : ainsi que nous le disions dans notre article paru dans notre édition Club/Pro ce matin (lire : Une opération maritime de lutte contre les trafiquants. Premiers éléments), le déploiement d’une opération militaire en Méditerranée ne devrait pas souffrir, comme des précédentes opérations, d’un manque de moyens. Les Etats membres semblent déterminés. En mettant sur la table, tout de suite, un gros navire, le Royaume-Uni oblige, d’une certaine façon, d’autres pays à faire de même.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le patrouilleur islandais Tyr au moment du sauvetage au large des côtes libyennes (crédit : Gardes-Côtes islandais)

Les bateaux de Frontex sous le feu des Kalachnikovs. Une menace pour les opérations de sauvetage en Méditerranée

Le patrouilleur islandais Tyr au moment du sauvetage au large des côtes libyennes (crédit : Gardes-Côtes islandais)

Le patrouilleur islandais Tyr au moment du sauvetage au large des côtes libyennes (crédit : Gardes-Côtes islandais)

(BRUXELLES2) L’évènement est passé assez inaperçu. Un navire engagé dans le cadre de l’opération Triton de l’agence européenne Frontex, le patrouilleur islandais Tyr, a été le témoin très proche d’une attaque à la Kalachnikov menée par les trafiquants libyens. C’était lundi dernier (13 avril). Le Tyr était en mission de secours d’un bateau de migrants, à environ 60 milles des côtes libyennes. Le patrouilleur islandais avait déjà 342 migrants à son bord d’une précédente opération de sauvetage, effectué à 50 milles des côtes libyenne au nord-ouest de Tripoli, quand il a été appelé à l’aide pour aider un remorqueur italien dans un autre sauvetage (*).

Une attaque avec une vedette des gardes-côtes libyens ?

Alors que la plupart des 250 personnes à bord du second navire de migrants avaient déjà été transférés au remorqueur, « une vedette s’est approchée portant l’inscription des gardes-côtes libyens », a raconté à B2 un responsable de l’agence Frontex. « Ils étaient lourdement armés. Mais on ne savait pas vraiment qui ils étaient. » Les assaillants ont « tiré plusieurs coups de feux en l’air, voulant reprendre le contrôle du bateau ». Les assaillants ont fini par « repartir avec le bateau vide de migrants ».

Une seconde fois… de trop

Ce n’est pas la première fois qu’un navire de Frontex fait ainsi face à une attaque armée. La première fois c’était « en février cette année ». Les contrebandiers armés ont récupéré « un navire utilisé pour transporter les migrants suite à une opération de sauvetage en Méditerranée ». 

Le signe d’un manque de bateaux pour les trafiquants

Pour le directeur exécutif de Frontex, Fabrice Leggeri, cette action est le « signe que les passeurs en Libye sont à court de bateaux (mais aussi) qu’ils sont disposés à utiliser des armes pour récupérer ceux qui sont utilisés pour transporter les migrants ». Mais la « duplicité » des moyens employés (un navire de gardes-côtes) est aussi le signe non seulement d’une très claire détermination des contrebandiers, mais aussi de leurs possibles complicités au sein du dispositif sécuritaire libyen. Ce qui change, fondamentalement, la donne et les conditions de l’opération Triton.

Des navires pas équipés pour répliquer aux armes de guerre

Avant même ainsi la série de naufrages de dimanche, ce nouvel incident a donc semé le trouble à Frontex, mais aussi parmi les Etats membres qui participent à l’opération — Italie, Malte, Islande, Espagne… — . Une inquiétude doublée d’une crainte. Cette fois, il n’y a « pas eu de blessés. Mais il aurait pu y en avoir » explique-t-on à Frontex. « Les navires des gardes-côtes ne sont pas, en effet, équipés pour répliquer face à des armes de guerre, comme peuvent l’être les navires militaires qui sont utilisés dans des opérations de type Atalanta » précise à B2 un responsable de l’Agence Frontex. De plus, « dans les bateaux des gardes-côtes, qui ont récupéré des migrants, faire usage d’armes à feux n’est pas possible avec des civils à bord ». Dans le patrouilleur Tyr, il y avait sur les 342 rescapés, 135 femmes, dont plusieurs enceintes, et 27 enfants. On comprend bien que, dans ces conditions une quelconque action pour s’opposer aux contrebandiers était très risquée.

La fin des opérations de Search and Rescue

Elles pourraient ainsi compromettre à terme l’opération SAR – Search and Rescue — engagée par les navires de Frontex, à moins que les vedettes des gardes-côtes ne soient désormais protégés par des navires militaires. C’est tout l’enjeu également de la possible opération maritime qui pourrait être lancée par l’Union européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Depuis vendredi (10 avril), 7500 réfugiés et migrants ont été récupérés par le Tyr et les autres navires participant à l’opération Frontex, à proximité des côtes libyennes. Ils étaient à bord de 11 bateaux – dont 9 étaient à bord de navires qui avaient chaviré —, entre 12 et 60 milles nautiques des côtés. Soit très loin de la zone de Triton.

Destruction d'un skiff pirate par la marine allemande (crédit : Bundeswehr)

Traquer et détruire les bateaux des trafiquants, une nouvelle opération de la PSDC ?

Destruction d'un skiff pirate par la marine allemande (crédit : Bundeswehr)

Destruction d’un skiff pirate par la marine allemande (crédit : Bundeswehr)

(BRUXELLES2) Les Chefs d’Etat et de gouvernement devront, ce jeudi (23 avril), se prononcer sur une des propositions les plus novatrices faites par la Commission européenne et la Haute représentante, au dernier Conseil des ministres Affaires étrangères, lundi (20 avril) à Luxembourg : mener une action pour « capturer et détruire les navires utilisés par les trafiquants » d’êtres humains en Méditerranée (1).

Une proposition qui détonne, par rapport à l’attentisme qui régnait jusqu’à aujourd’hui et mérite quelques détails. C’est une première à plus d’un titre. Et rien n’est « encore très clair » pour reprendre la terminologie qu’ont utilisée plusieurs des diplomates et experts européens consultés par B2.

Une première …

Jusqu’à présent, la Commission se refusait à toute action ciblée contre les trafiquants. Le commissaire Avramopoulos avait certes affiché, en début d’année, sa détermination à agir (Lire : Contre les trafiquants de migrants, nous agirons (Avramopoulos). Il semblait un peu seul. B2 avait posé à plusieurs reprises, la question au porte-parole de la Commission. La réponse avait été, invariablement, de renvoyer la question aux Etats membres (lire notamment : Faire foncer les navires de migrants sur la côte. La nouvelle tactique des migrants). L’exécutif européen vient donc d’effectuer un revirement magistral. Revirement qui ne semble pas totalement partagé. Le porte-parole de la Commission a ainsi été très prudent, mardi, en répondant à la question d’un journaliste que « Avramopoulos, en tant que commissaire, est en droit d’annoncer des pistes nouvelles. Mais la décision appartient au collège. » Il faut aussi noter que la Commission n’avait jamais, en tant que telle, proposé une action à mener au titre de la PSDC. D’ordinaire, cette initiative était davantage du fait du Haut représentant de l’UE, ou d’un Etat membre.

Le squelette d’une option

D’après les informations qui nous sont « remontées », cette « idée » n’est pas la traduction d’une quelconque option militaire, déjà travaillée, élaborée, et prête à une décision. Elle fait davantage partie d’un panel d’options possibles dans lesquelles la Commission (Dimitris Avramopoulos et surtout Federica Mogherini en tant que Vice-présidente) ont choisi l’option qui parait la plus audacieuse, mais aussi la plus complexe possible. Elle rencontre aussi la volonté de plusieurs pays de la bordure méditerranéenne d’agir de manière plus déterminée en méditerranée : Italie, Grèce, Malte… Elle n’est pas très éloignée du souhait exprimé par le ministre français de la Défense, Jean-Yves le Drian, d’avoir une action plus déterminée en Libye (surtout contre les réseaux terroristes plutôt que les trafiquants proprement dit).

Une proposition italienne

Cette proposition ne nait pas de nulle part. En novembre 2013, après le drame de Lampedusa, les ministres italiens des Affaires étrangères et de la Défense, Emma Bonino et Mario Mauro, avaient envoyé une lettre conjointe à la Haute représentante d’alors, Catherine Ashton, pour étudier l’option d’une opération PSDC sur l’immigration. Ils demandaient notamment que « toutes les options possibles pour une opération PSDC conduite par l’Union européenne contre le trafic d’êtres humains à travers la Méditerranée soient explorées dans l’objectif de décourager les organisations criminelles, de permettre de poursuivre en justice les trafiquants, en collaboration avec les Etats côtiers et les organisations internationales couramment impliquées dans l’assistance aux victimes contre de tels crimes ». Une proposition vite morte née qui s’était heurtée à l’hostilité à peine déclarée de plusieurs Etats membres et un faible enthousiasme des structures européennes.

Négocier par le haut

Le commissaire Avramopoulos qui était alors ministre de la Défense et siégeait au Conseil comme la Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, qui n’était alors que députée de la commission des Affaires étrangères, s’en souviennent sans doute fort bien. L’affaire avait signé un aveu d’échec de la force de conviction italienne au sein de l’Europe. Aujourd’hui l’un comme l’autre essaient, fort logiquement, d’obtenir très vite, au niveau le plus élevé qu’il soit — celui des Chefs d’Etat et de gouvernement — un accord. Ce qui est le seul moyen de faire taire toutes les objections qui surgiront inévitablement au fil des discussions dans toute la chaîne du processus et amèneraient soit à bloquer toute initiative, comme en 2013, soit à la retarder de façon notable comme pour Atalanta, aujourd’hui tant vantée en exemple.

Une opération militaire avec une série de problèmes à régler

Une opération de ce type, « catch and hit » (attraper et détruire) n’est cependant pas facile à mettre en place. Ce n’est pas une opération typique des opérations de Frontex car elle doit se dérouler en pleine mer voire dans d’autres eaux territoriales (non européennes). C’est une vraie opération opération militaire. Même les opérations PSDC les plus robustes n’ont pas eu pour objectif premier de capturer des « ennemis » et de détruire les moyens adverses. Cela nécessite donc d’avoir une sérieuse préparation et des moyens sérieux :

Une analyse juridique poussée. Saisir un bien (un navire) en mer suppose tout d’abord de déterminer la loi applicable. Ce qui n’est pas évident en haute mer quand le navire bat un pavillon qui n’est pas celui des forces qui le saisissent), et implique des personnes qui n’ont pas la nationalité du pays concerné. Il faudra des preuves établies d’une implication dans un trafic, un contrôle judiciaire et ensuite la traduction en justice des suspects. En cela, on est plus proche des opérations de lutte contre les narco-trafiquants à la différence qu’on les attendra dans des zones qui ne sont pas les eaux territoriales.

De solides moyens de traçage (avions de patrouille maritime, drones, etc.) et de renseignement pour identifier les trafiquants mais aussi être sûr de pouvoir les atteindre, au moment le plus adéquat, sans causer de dommages collatéraux à d’éventuels migrants, voire des suspects.

Des moyens robustes d’action, du type commandos marine ou forces spéciales, pour capturer les navires ; accompagné d’hélicoptères, et de navires de guerre, seuls à même d’appréhender en haute mer des trafiquants. Les échanges avec les contrebandiers montrent que ceux-ci n’hésitent pas à tirer le cas échéant.

Un solide engagement politique. Il faudra accepter qu’il puisse y avoir des pertes humaines, soit du côté des suspects soit du côté des migrants s’ils sont utilisés en tant que boucliers humains (2), soit du côté des forces européennes.

Une décision prise à l’unanimité. A défaut d’obtenir une unanimité totale au Conseil de l’Union européenne, il faut au moins obtenir un sérieux consensus. Certes on peut considérer de confier cette tâche à un « groupe de nations », ainsi que le prévoit le Traité de Lisbonne. Mais cela ne dispense pas d’avoir une décision prise à l’unanimité des 27 Etats membres (le Danemark ne participant pas aux décisions militaires de l’UE). Lire sur le Club : L’article 44 en discussion

Un acquiescement de la communauté internationale. Enfin, et surtout, il faudra obtenir, d’une manière ou d’une autre, une autorisation d’action des Nations-Unies. Ce pourra être fait avec une résolution du Conseil de sécurité,  un autre dispositif équivalent (les diplomates sont souvent fort ingénieux dans ces matières…).

Des modalités opératoires précises. Il faudra également définir un cadre général d’action, un concept de gestion de crises (CMC), un plan d’opération (Conops et OpPlan), des règles d’engagement, etc. avant de réunir les moyens nécessaires, savoir qui veut participer.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) La proposition de la Commission mentionne ceci : « A systematic effort to capture and destroy vessels used by the smugglers. The positive results obtained with the Atalanta operation should inspire us to similar operations against smugglers in the Mediterranean »

(2) Les trafiquants sont très organisés et déterminés et adaptables. Il ne serait pas étonnant qu’ils réagissent et adaptent leur tactique d’approche pour avoir à bord des boucliers humains. Ce qui compliquera d’autant les opérations.

Lire :

édition « Club/Pro

Matteo Renzi, lors de la conférence de presse exceptionnelle sur le naufrage en Méditerranée, dim 19 avril, à Rome (crédit : PM italien)

Sortir la tête du sable !

Matteo Renzi, lors de la conférence de presse exceptionnelle sur le naufrage en Méditerranée, dim 19 avril, à Rome (crédit : PM italien)

Matteo Renzi, lors de la conférence de presse exceptionnelle sur le naufrage en Méditerranée, dim 19 avril, à Rome (crédit : PM italien)

(BRUXELLES2) Peut-être 700 morts dans un nouveau naufrage en Méditerranée après les 400 morts dimanche dernier (12 avril) dans le détroit de Sicile ! Les cris d’orfaie, les communiqués, fusent en tous sens depuis ce matin pour demander plus d’action, d’argent pour Frontex, de réaction européenne, etc.

Un accident bien prévisible

La réaction est aussi vive que… l’évènement était attendu. La pression des conflits dans le pourtour méditerranéen fait qu’à la migration « ordinaire » viennent s’ajouter des personnes fuyant les conflits. Les réseaux de trafiquants bénéficient avec la présence d’un Etat failli (la Libye) d’un havre de paix pour mener tous leurs trafics. Avec le retour du printemps et le beau temps, les départs de navires sont nombreux (*). Et un naufrage tout aussi prévisible sur ces barcasses, mal entretenues et chargées à bloc,  que foncer sur une autoroute, à contre-sens, les yeux bandés !

Le pari perdu de l’attente

Le pari engagé par les Européens, depuis le début de l’opération Triton, sous l’égide de l’agence européenne de contrôle aux frontières (Frontex, située à Varsovie), a été un engagement de moyens le plus limité possible, pour assurer un minimum de prise en charge et d’arrivées sur les côtes. C’est un fait. De plus, la Commission, la Haute représentante comme les Etats membres ont voulu se donner un maximum de temps pour réagir : présentation d’une stratégie sur l’immigration à la mi-mai ; débat prévu entre les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères (réunion jumbo) en juillet, etc. Une mécanique assez classique pour l’Europe : ne pas se presser… Les Européens semblent cependant avoir la tête dans le sable, oubliant quelques données basiques, comme la météo qui favorise des départs en nombre dès le printemps, et la course contre le temps, donnée fondamentale en matière de gestion de crises. La gestion du secours en mer n’est pas un domaine législatif, où il faut bien préparer, peaufiner un texte, réfléchir avant d’agir. C’est le contraire. Il faut se préparer à agir le plus vite possible en posant très vite des principes d’action et mettant les responsables politiques au pied du mur, pour éviter d’être pris à revers. Cela n’a pas été fait. Et le pari de Triton est donc perdu.

Un cynisme délibéré

Cette stratégie, attentiste, est cynique et criminelle. Elle repose sur un fondement que personne n’osera avouer nettement à Bruxelles, Berlin, Paris ou Stockholm mais qui correspond à de la Real Politik dans son côté le plus cynique, comme me l’a résumé un habitué des opérations maritimes. « Il vaut mieux que les réfugiés meurent en mer : 1. c’est plus dissuasif que de les sauver ; 2. Cela coûte moins cher politiquement et budgétairement. » Cette maxime a un inconvénient : c’est oublier la loi de l’accident en série. De façon très froide, on peut dire que 40 ou 200 morts de temps en temps, cela s’oublie rapidement. 2-3 catastrophes de plusieurs centaines de morts, coup sur coup, et la machine de l’opinion publique s’emballe. Toutes les belles stratégies s’écroulent alors. Et on se sent obligé d’agir dans l’urgence, quitte à bousculer les codes établis. Les navires italiens interviennent aujourd’hui, dans l’urgence, là où les navires de Frontex ne peuvent le faire. Les réunions ministérielles sont avancées au rythme de la montée de l’émotion. Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, avec son homologue maltais, Joseph Muscat, demandent la convocation d’un sommet européen d’urgence. Et tout le monde – y compris ceux qui refusaient cette solution hier — semble approuver aujourd’hui cette nécessité. Du coup, le président du Conseil européen, Donald Tusk confirme chercher une solution, etc. On est dans une stratégie perdant-perdant.

Se croiser les bras, compter les morts, ou agir ?

Face au drame libyen, il n’y a pas désormais que deux possibilités : se croiser les bras stoïquement et compter les morts, ou agir, de façon rapide mais surtout multiple. L’action comportera un risque, réel, qui sera tout autant opérationnel que politique : créer un appel d’air pour les migrants et réfugiés. Mais sera-t-il plus grand que de ne rien faire ? C’est toute la question qui est posée aujourd’hui aux responsables politiques qui doivent opérer « à chaud ». Pour diminuer ce risque, il faut agir sur un point fondamental : les passeurs et le trafic d’êtres humains. Le point de vue de Matteo Renzi est le bon quand il dit que « Le problème n’est pas le contrôle de la mer, mais de détruire les contrebandiers, ce nouveaux négriers du XXIe siècle ». Pour cela, il faut engager des moyens importants, à plusieurs niveaux, pour traquer les passeurs et les trafiquants, à l’image de ce qui a été fait pour lutter la piraterie dans l’Océan indien. Il faut des moyens matériels : aériens (drones, avions de surveillance maritime, ) et maritimes (gardes-côtes, navires militaires). Il faut des moyens politiques et juridiques. Car il est nécessaire que cette opération soit effectuée avec les marines de la région (de Turquie, d’Egypte, de Tunisie, du Liban notamment). Il faut enfin « inventer » une solution ad hoc pour la Libye sans attendre un hypothétique gouvernement. Une solution qui pourrait tirer partie de l’antécédent somalien. C’est-à-dire sous l’égide de l’ONU.

Une résolution de l’ONU et un accord de … la Russie

Le contrôle des côtes libyennes ne peut, en effet, être fait qu’au plus près. Cela signifie qu’il faut – comme pour la Somalie – une résolution du Conseil de sécurité l’ONU permettant à une force internationale maritime de contrôler les eaux territoriales libyennes. Cela suppose de recueillir non seulement l’assentiment des pays de la région mais surtout d’un pays en position de droit de veto au Conseil de sécurité, la Russie, qui a constamment répété qu’elle n’accepterait plus la réitération de ce qui s’est passé en 2011 avec l’opération de l’OTAN (Unified Protector). Il faut, de concert avec Moscou, promouvoir, non pas un embargo, mais un contrôle policier de ces côtes avec une recherche active des passeurs et autres trafiquants. Cette force de sécurisation maritime ne pourra pas être, de près ou de loin, commandée par l’OTAN. Elle devra être soit placée sous l’égide de l’Union européenne, soit de l’ONU. Et là encore, afin d’acquérir le consentement russe, il faudra associer ceux-ci de près ou de loin au commandement de l’opération (comme ils le sont dans l’opération anti-piraterie).

L’expérience de la lutte contre la piraterie

Cette opération de lutte contre la piraterie est exemplaire à plus d’un titre. Au final, elle aura été efficace car l’approche a été graduelle mais aussi massive, avec toute une palette de moyens mis en place — des bateaux, des avions, des gardes privés, etc. — ; un système judiciaire particulièrement innovant — des tribunaux dédiés localement, des accords juridiques de transfert de prisonniers, et de retransfert pour l’exécution de la peine — ; un dispositif de coordination et d’implication de la communauté internationale tout aussi innovant — que ce soit par les réseaux radio sécurisé (Mercury), les réunions régulières de « déconfliction » (Shade), la répartition des tâches entre ceux qui assuraient les escortes, les interventions, plus ou moins musclées, et les arrestations —, et tout le travail politique et de développement pour remettre progressivement sur pied un gouvernement et des institutions en Somalie.

Rattraper le temps perdu

Les Européens — avec leur opération EUNAVFOR Atalanta et les autres actions engagées — ont gagné, là, un savoir-faire et une expérience qu’il serait idiot de ne pas à profit aujourd’hui en Méditerranée. Il serait, en effet, totalement incompréhensible de ne pas pouvoir faire ce qu’on a fait en Somalie pour la Libye. Ou alors ce serait considérer que le sauvetage de vies humaines est moins important que les intérêts de la pêche en eaux profondes et de la marine marchande… Il faut rattraper le temps perdu depuis l’été dernier et la fin programmée de l’opération Mare Nostrum, en mettant les bouchées doubles dorénavant.

Le leurre du contrôle dans les pays d’origine / transit

Quant au contrôle dans les pays d’origine et de transit – qui est sur toutes les bouches, en particulier de la Commission européenne — cela ressemble de près à un leurre. Cela signifie qu’il faut se résoudre très vite trouver une solution à l’inflation de conflits – au Nigeria, au Sud-Soudan, en Somalie, en Irak, au Yemen, et surtout en Syrie, qui secrète un maximum de réfugiés. Cela signifierait de négocier avec Bachar le contrôle de ses frontières. Cela exigerait aussi de demander au Liban ou la Turquie qui n’en peuvent plus de supporter les réfugiés venant de Syrie de les empêcher de partir. Cela signifierait également de négocier avec des pays fermés comme l’Erythrée, ou le Soudan, puis de trouver le moyen de contrôler des zones difficilement contrôlables au Yemen, en Somalie, au nord Mali, au nord Niger, au nord Nigeria… Autant dire des leurres !

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire :

(*) Il y a une semaine, entre vendredi (10 avril) et mardi (14 avril), les gardes-côtes italiens ont annoncé avoir secouru près de 8 000 personnes en Méditerranée !

Maj. 20.4 avec citations de Matteo Renzi et des compléments apportés sur la lutte dans les pays d’origine et de transit

4 femmes Yésidies invitées par le Parlement, bloquées par la Belgique

(B2) L’audition organisée au Parlement européen de quatre femmes yézidies qui devaient ensuite s’entretenir avec le président du Parlement européen, Martin Schulz, n’a pas pu avoir lieu. Les autorités belges ont refusé le 24 mars de leur délivrer un visa. Une « décision honteuse » dénonce notre confrère Christophe Lamfalussy de la Libre Belgique qui révèle l’information. Les femmes qui étaient arrivées à Istanbul, en attente de leur visa, ont dû rebroussé chemin. Il y avait un risque qu’une des femmes restent en Belgique, se défend (plutôt mal) le gouvernement.

© Sara Prestianni / Flickr

Lampedusa. L’Italie en appelle à l’Europe (une nouvelle fois)

© Sara Prestianni / Flickr

© Sara Prestianni / Flickr

(BRUXELLES2) Ce n’est pas la première fois que Rome sonne l’alarme à Bruxelles. L’Italie a cependant décidé de repartir à l’assaut du Parthénon européen. Le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, a ainsi décidé d’adresser une lettre à la Commission européenne pour lui demander un peu plus de solidarité et une action d’urgence face au drame des migrants en Méditerranée. La lettre, adressée à la Haute représentante pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, à Frans Timmermans (le vice-président chargé de fait de l’immigration) et six autres commissaires, est envoyée à brûle pourpoint, puisque les 8 commissaires doivent tenir, le 4 mars prochain, une réunion sur l’immigration.

Le nombre d’immigrés augmente

La « consternation et la frustration » sont importantes « dans l’opinion publique comme au Parlement » avec la « récurrence d’un nouvel accident tragique aux proportions énormes au large des côtes de Lampedusa » alerte le ministre Gentiloni. « Depuis le début de l’année, il  y aujourd’hui une hausse de 58,8% (des arrivées) par rapport à 2014 ». NB : contrairement à ce qu’avaient prédit certains experts, la fin de l’opération « Mare Nostrum », menée à titre national par l’Italie, et considérée comme un « aspirateur d’immigrés », n’a pas du tout mis fin au phénomène. Au contraire.

Faire davantage, et en urgence

L‘opération » Triton «  est « une première étape dans la bonne direction ». Mais ce n’est pas suffisant, juge-t-il. 1 avion et 2 bateaux, c’est, en effet, un peu faible pour l’Europe… « Nous pensons que l’Union européenne devrait faire plus en termes de moyens financiers et en mettant concrètement davantage de moyens aéronavals. » Il est « plus que jamais nécessaire pour l’Union européenne de répondre de façon adéquate, d’augmenter la solidarité et le partage des responsabilités au niveau européen », ajoute-t-il.

Quelques remarques

Des immigrés mais aussi des réfugiés

Cette augmentation des arrivées semble davantage due à la situation de plus en plus critique dans plusieurs pays (Syrie, Libye en particulier mais aussi Mali, Nigeria, Somalie) qui encouragent aux cotés d’une immigration économique classique, une immigration liée à des conflits à quitter leur pays et venir tenter leur chance en Europe. Nombre de ces « immigrés » sont aussi des réfugiés politiques.

Un certain fatalisme

Elle est également la conséquence d’un certain fatalisme, et laxisme également, des différentes autorités européennes face aux trafiquants de tout poils qui affrètent ces bateaux et font payer aux immigrants/réfugiés le prix fort pour le passage. J’ai posé, à plusieurs reprises, la question aux différents responsables européens, la réponse a été : « ce n’est pas possible », « comment-tu veux faire ? », « nous ne pouvons agir hors des eaux territoriales », etc.

Une opération pour traquer les trafiquants serait utile

Il est aujourd’hui assez incompréhensible que l’on ne puisse pas mettre en place une opération — comme dans l’Océan indien pour les pirates —, destinée à repérer, traquer, arrêter les commanditaires et les opérateurs de cette chaîne d’esclavage. Il n’est pas hors de portée à l’Union européenne d’obtenir une résolution du conseil de sécurité des Nations-Unies dans ce sens, de conclure des accords avec certains Etats riverains (comme l’Egypte, le Liban, la Turquie, le Maroc voire Libye *), et de mettre en place quelques moyens, aériens notamment (drones, hélicoptères, avions de patrouille maritime), pour repérer et identifier les quelques bandes de trafiquants qui opèrent. Puis ensuite de les arrêter, éventuellement en Haute mer, ou avec l’assistance des pays riverains. Et, enfin des les traduire en justice, soit dans leur pays d’origine, soit dans le pays du drapeau qui les arrêtés.

L’exemple de EUNavfor Atalanta

L’exemple de la piraterie dans l’Océan indien (EUNAVFOR Atalanta + Ocean Shield **) montre qu’une telle chaîne (repérage, fichage, arrestation, transfert à la justice), peut assez rapidement (2-3 ans) avoir un succès, au moins pour endiguer le phénomène, voire assécher la mécanique. Car aujourd’hui, le trafic d’êtres humains est très rentable avec un très très faible risque d’être arrêté. Si on élève le niveau du risque, on diminue la raison d’être du trafic. Restera ensuite à limiter les sources de conflit dans le voisinage… Cela c’est plus difficile.

(Nicolas Gros-Verheyde)

* Le cas de la Libye (Etat failli) devra être réglé par une résolution internationale, comme l’a été le cas de la Somalie, où les forces internationales étaient autorisées à opérer dans les eaux territoriales.

** Je serai assez réservé pour une opération de l’OTAN dans la région Méditerranée qui rencontrerait les mêmes difficultés que dans l’Océan indien pour établir des accords juridiquement valables avec les Etats riverains et aurait une difficulté supplémentaire (La Russie dira-t-elle oui, aujourd’hui, à une opération « chapitre VII » menée par l’OTAN en Méditerranée…).

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(crédit : MOD Lituanien)

Les Italiens et Polonais prennent la relève des Portugais et Canadiens au-dessus des pays baltes

(crédit : MOD Lituanien)

(crédit : MOD Lituanien)

(B2) Les Eurofighter italiens, ont pris le relais depuis le début de l’année des F-16 portugais sur la base de Šiauliai en Lituanie. Assistés de 4 MIG-29 polonais qui sont arrivés à Siauliai, le 5 janvier, d’Eurofighter espagnols, basés à Ämari (Estonie), et des F-16 belges basés à Malbork, Pologne, ils assureront ainsi jusqu’à fin avril la surveillance aérienne des pays baltes.

Cette mission assurée dans le cadre de l’OTAN, à tour de rôle par les pays membres de l’organisation Atlantique, est particulièrement cruciale aujourd’hui à l’heure où le ciel balte, est survolée régulièrement par des avions militaires russes qui « s’égarent » ou « dévient » de la route. Au-delà de l’aspect technique de la police du ciel, cette mission a ainsi un objectif plus politique : réassurer les pays baltes de la solidarité européenne et envoyer un signal à Moscou que ceux-ci ne sont pas seuls.

 « Je suis extrêmement reconnaissant aux gouvernements de ces pays. Car ils comprennent la nécessité de la solidarité aujourd’hui, quand c’est le plus nécessaire » a d’ailleurs souligné Juozas Olekas lors de la cérémonie de passation du commandement qui s’est déroulée à la fin de l’année sur la base de Šiauliai. « C’est très important de pouvoir faire confiance à nos partenaires dans les jours comme ça, où la situation géopolitique dans la région est tendue, où les mesures de dissuasion sont essentielles ».

Si les Polonais – la sixième fois qu’ils participent à la mission – et Belges sont des habitués du ciel balte, c’est la première fois que les Italiens assurent cette mission. Le contingent polonais qui provient de la base 23 « MinskMazowiecki » comprend environ 100 personnes (pilotes, techniciens, personnel médical, groupe de soutien et communications).

Les quatre avions portugais F-16, renforcés de quatre avions de chasse CF-188 canadiens, d’Eurofighter allemands basés à Ämari (Estonie) et d’avions F-16 néerlandais, basés à Malbork (Pologne) ont mené environ 70 interceptions sur la mer Baltique durant les 4 derniers mois, selon les sources du ministère lituanien de la Défense.

(NGV)

(crédit : CE)

Contre les trafiquants de migrants, nous agirons (Avramopoulos)

(crédit : CE)

(crédit : CE)

(BRUXELLES2) Le commissaire européen chargé des migrations, le grec Dimitris Avramopoulos a réagi sur le tard vendredi (2 janvier) tenant à féliciter « la Garde côtière italienne et Frontex (qui) ont sauvé des centaines de migrants en détresse » lors des interventions des deux navires Ezadeen et Blue Sky M. NB : On peut remarquer que le commissaire s’est bien gardé de citer ses compatriotes dont l’action demande pour le moins quelques éclaircissements.

La nécessité d’une action coordonnée

« Ces événements soulignent la nécessité d’une action décisive et coordonnée à l’échelle européenne » a ajouté le commissaire. « Les trafiquants trouvent de nouvelles routes vers l’Europe et utilisent de nouvelles méthodes afin d’exploiter des gens désespérés qui tentent d’échapper au conflit et la guerre. Il a tenu à afficher sa détermination. « Nous devons prendre des mesures contre ces organisations criminelles, impitoyables. Nous ne devons pas permettre à des trafiquants de mettre en danger la vie des gens dans de vieux navires, abandonnés dans de conditions météorologiques dangereuses. Inutile de dire que la lutte contre la contrebande sera une priorité absolue dans l’approche globale des migrations ». Avramopoulos a ainsi annoncé « un plan qui sera présenté en temps voulu. Nous irons de l’avant avec engagement et détermination » a-t-il conclu.

Commentaire : Reste à voir au-delà des mots quels seront les actes. Car, jusqu’à présent, la Commission européenne a plutôt pêché par un certain manque d’audace. Lire : Faire foncer les navires de migrants sur la côte. La nouvelle tactique des migrants

L'Ezadeen à la remorque (crédit : gardes-côtes islandais - Tyr)

Faire foncer les navires de migrants sur la côte. La nouvelle tactique des migrants (Maj3)

L'Ezadeen à la remorque (crédit : gardes-côtes islandais - Tyr)

L’Ezadeen à la remorque (crédit : gardes-côtes islandais – Tyr)

(BRUXELLES2) Les 450 migrants (environ) qui se trouvaient à bord du navire marchand Ezadeen, battant pavillon du Sierra Leone, ont été sauvés. Leur équipage a abandonné le navire, bloquant les commandes et les moteurs mis à plein régime, direction la terre. Le navire avait été localisé à 80 miles de Crotone au sud de l’Italie dans l’après-midi par le centre de coordination des gardes-côtes italiens à Rome.

Intervention du patrouilleur islandais de Frontex et des gardes côtes italiens

Le patrouilleur islandais, Týr (*), qui participe à l’opération européenne Triton, de lutte contre l’immigration clandestine, menée sous la direction l’agence Frontex, a été déclenché et réussi à intercepter le navire lors d’une opération de recherche et secours (SAR). « Les conditions météo étaient très difficiles, avec une mer démontée et un vent à 40 noeuds » ont raconté les gardes-côtes islandais. Quatre hommes du navire islandais ont cependant pu monter à bord du navire marchand « rejoints ensuite par 6 Italiens de la Garde côtière italienne, hélitreuillés sur le navire. L’équipage avait effectivement quitté le navire. De l’eau et des vivres ont été distribués aux passagers et des soins donnés aux blessés ». L’Ezadeen a été pris en remorque (voir photo du haut). Mais, avec le mauvais temps, il a dû être dérouté de Crotone vers le port de Corigliano (Calabres), où ils arriveront vers minuit » ont annoncé les gardes-côtes italiens vendredi (2 janvier) matin. NB : Finalement, ils sont arrivés un peu plus tôt dans la soirée.

La dernière position de l'Ezadeen avant sa prise de contrôle par les gardes-côtes islandais et italiens (crédit : Vessel Finder / B2)

La dernière position de l’Ezadeen avant sa prise de contrôle par les gardes-côtes islandais et italiens, repéré à l’aide du « tracker » Vessel Finder

Une histoire semblable à celle du Blue Sky M

Ce nouvel incident rappelle en tout point ce qui était advenu au Blue Sky M, un cargo moldave, apparemment de marchandises, transformé en transport de clandestins (syriens et kurdes essentiellement) qui avait quitté sa trajectoire naturelle vers Rijeka, au large de l’Albanie, après que l’équipage ait mis le pilotage automatique en direction de la côte italienne. Le bateau avait bien été inspecté d’abord par les Grecs – au large de Corfou – mais sans découvrir d’anomalies, notamment des clandestins. Il a finalement été pris en charge par la marine italienne et ramené vers le port de Gallipoli. Des gardes-côtes sont montés à bord. La Croix-Rouge locale a pris en charge environ 800 passagers : 796 migrants étaient à bord indiquent le corps italien de gardes-côtes. 4 morts ont été relevés également.

Un changement de tactique ?

Les passeurs de migrants avaient déjà emprunté une tactique aux pirates somaliens, celles des bateaux-mères remorquant des bateaux chargés de migrants, largués ensuite au large des côtes somaliennes et dérivant vers les côtes (lire : La technique somalienne pour les immigrants ?). Ils utilisent désormais une autre tactique plus sophistiquée, empruntée aux bateaux suicides, obligeant les marines des pays proches à intervenir rapidement, pour éviter un naufrage sur les côtes. Dans les deux hypothèses, l’objectif est le même : faire prendre en charge les migrants par les pays européens, en mettant la vie des migrants entre les mains des gardes-côtes des pays concernés, sans prendre de risque personnel pour les passeurs.

L’Europe : les yeux fermés ?

Ces tactiques illustrent une lacune importante du système européen de contrôle des frontières : ne pas prendre au sérieux la recherche des passeurs. Selon les responsables de la Commission européenne, il n’est pas envisagé d’opérations de recherches coordonnées contre les passeurs dans les eaux internationales, comme on l’a fait pour les pirates au large de la Somalie. Même si on peut considérer les passeurs comme des criminels car ils mettent directement en cause la vie de nombreuses personnes, les conditions ne « peuvent pas être comparées » estime la Commission européenne. Cette vision, assez passive, encourage de fait les passeurs à utiliser les différentes tactiques possibles, y compris les plus cyniques, leur permettant de continuer leur trafic d’êtres humains… Elle manque d’une singulière audace à la fois pour protéger les côtes européennes et sauver les migrants. Elle est aussi à rebours de toutes les résolutions prises pour mieux relier les actions de sécurité intérieure et sécurité externe.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(MAJ) 2 janvier, avec le nom du navire + détails de la prise en main du navire par les gardes-côtes islandais et italiens + nouvelle photo et réaction commissaire Avramopoulos

(*) Bien que non membre de l’Union européenne, l’Islande participe aux opérations de l’agence européenne de contrôle aux frontière Frontex, pour la sixième année consécutive. Le Tyr est ainsi sur zone « depuis le 1er décembre et a participé à 4 opérations de sauvetage, avec près de 2000 personnes secourues », annonce le QG des gardes-côtes islandais.

La chasse au sous-marin devient un sport européen

(BRUXELLES2) Plusieurs avions de patrouille maritime, dont un Atlantique 2 français, ont participé à une chasse d’un sous-marin étranger au large de la côte ouest de l’Écosse fin novembre / début décembre. Deux avions de l’US Navy P3 Orion, un CP-140 Aurora de la Force aérienne royale du Canada et un avion radar de reconnaissance britannique Raytheon Sentinel, ont également participé à la chasse, rapporte Aviation Weekopérant à partir de Lossiemouth, la base RAF dans le nord de l’Ecosse.

Un périscope suspect au large de l’Ecosse

L’incident a commencé quand un périscope a été aperçu dans les eaux britanniques là où d’autres sous-marins feraient normalement surface pour se diriger vers la base de la Royal Navy de Faslane des sous-marins de missiles balistiques. Si le ministère britannique de la Défense n’a pas voulu donner de détails, un porte-parole du ministère a confirmé à l’hebdomadaire spécialisé avoir « demandé l’assistance de forces alliées pour baser des avions de patrouille maritime de la RAF Lossiemouth pour une période limitée ».

Le précédent suédois

En octobre, un sous-marin avait également été repéré dans l’archipel de Stockholm, dans les eaux territoriales suédoises. Sans succès. Le sous-marin n’avait pas été retrouvé. Mais le ministère suédois avait confirmé « avec le plus haut degré de certitude, être en mesure de confirmer une violation des eaux territoriales suédoises » par un sous-marin dont « il n’a pas été possible d’établir la nationalité » (lire ici).

Une puissance étrangère… venue de l’Est ?

« Nous ne savons pas qui est derrière la . « Mais laissez-moi vous dire ceci, de façon claire et forte, à ceux qui sont responsables : c’est totalement inacceptable. Nous exigeons le respect des frontières de la Suède. (…) Nous ne tolérerons pas d’activités sous-marines étrangères dans nos eaux. Nous allons renforcer notre capacité à détecter et identifier toute personne engagée dans des activités illégales. »

(NGV)

Malmstrom@E140711

Malmström fait marche arrière

Malmstrom@E140711(BRUXELLES2) Interrogé lors de la présentation du rapport sur l’immigration et les stéréotypes, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström s’est exprimée sur l’opération sur la Libye et l’opération Frontex.

Plus de coopération avec la Libye

« Il est clair qu’avec les États membres et l’Union européenne, nous voulons renforcer les relations avec le pays car le pays traverse une situation difficile. S’il y a une conférence sur l’immigration à l’automne, je pense que c’est une bonne idée, nous allons étudier ces conclusions plus en détails pour voir comment nous pouvons renforcer la coopération avec la Libye ».

L’opération ne peut-être la solution 

La commissaire rappelle que « Frontex est une petite agence pour coordonner les opérations en Méditerranée. C’est une petite agence avec un petit budget. Du reste, son rôle s’est déjà épaissi. Mais ne pourra pas absorber Mare Nostrum ».

Vers un Frontex plus ? 

La commissaire Malmstrom en appelle aux Etats : « Si les Etats veulent une opération européenne, ils devront mettre la main à la pâte. Nous sommes en contact très régulier, quasi-quotidien, avec nos interlocuteurs italiens, maltais, pour connaître de quoi ils ont besoin en termes de navires, d’équipages et de ressources. Et dès que nous aurons plus d’informations, une idée, l’Italie et d’autres pays comme Malte, on sonnera à la porte d’autres Etats membres ».