(B2 Pro) Entre Iran et USA, une nouvelle atmosphère ? Les graines semées à Biarritz germeront-elles ? Les Européens retiennent leur souffle

(B2 à Helsinki) Même si le sujet n’était pas franchement à l’ordre du jour du gymnich — la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères —, vendredi (30 août) à Helsinki la question iranienne a bien été abordée, en détail, au moins en petit …

Regain de tensions entre Ossétie du Sud et Géorgie. La ‘borderisation’ en cause

(B2) La mise en place d’une frontière physique plus dure sur certains points de la limite entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie fait remonter la tension dans cette ex-république soviétique

Patrouille de véhicules de la mission d’observation de l’UE dans la forêt de Chorchana (crédit : EUMM Georgia)

Une réunion de médiation qui tourne court

La réunion prévue de l’IRPM (le mécanisme d’alerte et de médiation) à Ergneti jeudi (29 août) regroupant toutes les parties concernées (Russes, Géorgiens, Ossètes) a tourné court. La confrontation a remplacé la discussion, selon nos informations. Et elle n’a pu aboutir à la décrispation espérée. Point confirmé entre les lignes par le communiqué officiel diffusé après la réunion par la mission d’observation de l’UE présente dans la région depuis l’intervention russe de l’été 2008.

« The meeting was marked by a series of intense exchanges on the topic of Tsnelisi between participants. Regrettably it was impossible to complete discussions on all agenda points as the meeting was disrupted. »

La ‘borderisation’

Depuis plusieurs semaines, la ‘borderisation’, terme issu de l’anglais ‘border’ (frontières), menace les relations entre la Géorgie et la province sécessionniste d’Ossétie du Sud. Les Ossètes ont entamé un durcissement de leur frontière. Près de Gugutiantkari, une nouvelle clôture a ainsi été installée, plus rigide. Cela « divise davantage les communautés » a souligné le chef de la mission européenne d’observation de l’UE (EUMM Georgia). Erik Hoeg a fait une inspection du terrain mercredi (28 août) en compagnie des deux co-présidents (ONU et OSCE) du groupe de discussions de Genève (GID).

Visite des coprésidents du groupe de discussion de Genève, le long de la frontière qui s’est durcie (crédit : EUMM Georgia)

Entre Tsnelisi côté ossète et Chorchana côté géorgien, la situation s’est brutalement aggravée également avec l’arrivée de matériel lourd militaire russe, de blindés, de forces armées, etc. Tandis que les Géorgiens répliquaient avec l’installation d’un poste mobile de contrôle de la police.

Une situation inacceptable

« La situation autour de Chorchana, comme la proximité étroite d’acteurs armés des deux côtés de la limite administrative (ABL) et le langage de confrontation utilisé aujourd’hui lors de la réunion de l’IRPM  sont inacceptables » a déclaré Carl Hartzell, l’ambassadeur de l’UE à Tbilissi, dans un message transmis à deux heures du matin sur twitter. « Nous attendons à ce que toutes les parties fassent preuve de la plus grande retenue et usent de leur influence pour que la situation ne dégénère pas ».

Un appel au calme

La situation empêche de dormir (au propre et au figuré) les diplomates en charge du dossier. Le message a été transmis au gouvernement de Tbilissi de ne pas en rajouter. « Heureusement la Géorgie a un comportement assez responsable » nous précise un diplomate européen. Des coups de fils ont aussi été passés, selon nos informations, à quelques responsables russes à Bruxelles et Moscou pour leur demander de calmer leurs troupes.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Une certaine décrispation des relations avec la Russie ?

(B2) Le retour de la Russie au Conseil de l’Europe ne tient pas uniquement du hasard de circonstances. Elle reflète une position franco-allemande visant à tempérer l’attitude actuelle vis-à-vis de Moscou

L’objectif n’est pas de ‘copiner’ avec le Kremlin, mais d’avoir une attitude moins ostracisante, plus responsable et plus respectueuse vis-à-vis d’un pays qui reste tout de même une des principales puissances mondiales et… un voisin.

La politique de durcissement n’a pas payé

Le constat est frappant. La volonté de plusieurs pays — de l’Est notamment, mais aussi de la Suède et des Pays-Bas comme du Royaume-Uni — d’avoir une position de plus en plus dure vis-à-vis de la Russie ne produit pas les effets escomptés. Certes, la fermeté européenne a été visible, mais elle n’a entraîné aucun changement dans la politique russe depuis cinq ans. Au contraire. Le conflit en Ukraine perdure, les tentatives d’entrisme dans les républiques voisines aussi. Et, crise après crise, le Kremlin avance ses pions sur la scène internationale. Certes son budget de la défense reste modeste : 66,3 milliards $ en 2017 selon le SIPRI à comparer aux quelque 150 milliards $ des budgets cumulés français, britannique et allemand (selon les mêmes sources). Mais la Russie maintient un tempo d’engagement élevé et, surtout, n’hésite pas à payer le prix du sang, là où la plupart des pays européens s’alarment au moindre blessé grave.

Une présence russe qui s’affirme

Moscou a ainsi gagné sa première guerre depuis des années en intervenant en Syrie depuis 2014. Intervention quelque peu minorée au départ par certains experts et sources militaires occidentales, mais qui a prouvé son efficacité. Son retour en Afrique s’affirme clairement : outre la présence renforcée en Centrafrique (via des sociétés privées liés à la sphère gouvernementale), la Russie s’affiche au Congo Brazzaville et dans plusieurs pays de zone francophone. Et elle veille au grain dans le conflit libyen. Enfin, ses navires restent bien présents de la mer Noire à l’Océan indien, en passant par la Méditerranée ou la mer de Chine. Face à une façade sud qui s’embrase, de l’Iran à l’Algérie, face à un allié américain qui souffle sur les braises, Paris et Berlin sont d’accord : il importe de renouer le contact avec les Russes, d’envoyer quelques signaux positifs, sans lâcher l’essentiel — la non-reconnaissance de l’annexion de la Crimée par exemple.

Trouver des voies de convergence avec la Russie

L’enjeu principal recherché par le couple franco-allemand est d’apaiser le conflit à l’Est de l’Ukraine, de relancer le processus de Minsk aujourd’hui bloqué, et de s’assurer ainsi d’un certain pôle de stabilité à l’Est du continent. Il s’agit aussi de garder la Russie à bord de l’accord sur le nucléaire iranien. Le dispositif de commerce ‘légitime’ avec l’Iran mis en place sous forme d’une société (Instex) devrait ainsi lui être ouvert. C’est paradoxal, mais aujourd’hui, sur plusieurs dossiers internationaux (Iran, processus de paix au Proche-Orient et statut de Jérusalem, situation dans le Golfe, multilatéralisme…), la Russie semble plus proche, parfois, des positions européennes que de celles des Américains. D’où un nécessaire recentrage de la politique européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)