Quand la Yougoslavie éclate, les Européens défendent le droit à l’auto-détermination

Les principaux acteurs européens en conversation à Bruxelles : J. Delors, G. DeMichelis, J. Poos, H.D. Gensher, R. Dumas (crédit : CE / archives B2)

(B2) En 1990-1991, la Yougoslavie explose par le nord, la Slovénie la plus riche des républiques se prononce, le 23 décembre 1990, à une large majorité (95%) pour le retrait de la fédération yougoslave (RFSY) et l’indépendance… à moins qu’un accord de restructuration de la fédération soit conclu dans les six mois. Une revendication portée depuis plusieurs mois avec la Croatie.

Toute ressemblance avec des évènements ayant existé ou pouvant exister (cf. la Catalogne aujourd’hui serait, bien entendu, purement fortuite 🙂 Si faire une comparaison n’est pas raison, examiner l’histoire n’est cependant pas inutile. Car on peut voir que l’Europe, à l’époque, s’est largement entremis et a eu des positions très audacieuses. Peut-être à tort…

L’Europe joue les médiateurs

Le Luxembourg qui préside l’UE décide de jouer les médiateurs pour garder la Yougoslavie unie. La troïka européenne est missionnée en ce sens par les ministres des Affaires étrangères le 26 mars 1991. Composée du Luxembourgeois Jacques Poos (1), de l’Italien de Michelis, du Néerlandais Van den Broek, elle se rend plusieurs fois à Belgrade, comme à Zagreb et Ljubjlana, pour jouer les bons offices, prôner la dialogue et le non recours à la force.

Un accord de cessez-le-feu et suspension de l’indépendance à l’arraché

Mais, dans le même temps, plusieurs incidents armés opposent l’armée yougoslave et les forces de sécurité croate et slovène. Ils feront les premiers blessés, et les premiers morts. La situation devient critique. La Troïka se rend une dernière fois à Zagreb et Belgrade et arrache, dans la nuit du 28 au 29 juin, un compromis qui prévoit, d’une part, la cessation des hostilités, d’autre part, la suspension pour trois mois des déclarations d’indépendance croate et slovène. Un accord entériné à Brioni le 8 juillet suivant. Le moratoire de l’indépendance est acté, tout comme le cessez-le-feu.

Le droit à l’auto-détermination reconnu par le Parlement européen

Le Parlement européen condamne le recours à la force de l’armée du gouvernement central de Belgrade mais reconnait aussi le droit à l’autodétermination. « Les Républiques constitutives et les provinces autonomes de Yougoslavie ont le droit de déterminer leur avenir (…) mais chacune a le devoir absolu de n’user que des moyens pacifiques et démocratiques pour parvenir à des changements constitutionnels » souligne-t-il dans une résolution adoptée le 10 juillet 1991.

Une escouade d’observateurs mis en place

Un corps d’observateurs européens est mis en place pour surveiller le cessez-le-feu en Slovénie d’abord, en Croatie ensuite. La troika européenne reprend son bâton de pèlerin, sous la houlette de l’ambassadeur néerlandais Henri Wynaendts. Une force de maintien de la paix est à l’étude. Les incidents continuent faisant de nombreuses victimes, en Slovénie comme en Croatie, surtout où se concentre l’action de l’armée yougoslave.

Le front européen se fissure

L’Allemagne menace de reconnaître « bientôt » les républiques sécessionnistes de Slovénie et de Croatie si les affrontements ne cessent pas en Yougoslavie, déclare le ministre allemand des affaires étrangères, début septembre. L’Autriche (qui n’est pas membre de la CEE) critique vigoureusement l’attentisme européen et milite pour une reconnaissance rapide de l’indépendance. L’Italie, lors d’une rencontre à Venise, avec son homologue allemand, emmenée par Giulio Andreotti milite aussi pour l’indépendance. Du côté de l’exécutif européen, on n’exclut pas cette solution. Mais Jacques Delors, le président de la Commission européenne, préfère garder cette carte, comme un moyen de pression sur Belgrade. Il le dit devant le Parlement européen le 11 septembre.

Mise en garde internationale

Le Secrétaire général des Nations-Unies, Javier Perez de Cuellar, met en garde les Européens contre une reconnaissance « prématurée de certaines républiques yougoslaves ». Un tel développement « pourrait mettre le feu aux poudres, notamment en Bosnie-Herzégovine » insiste dans une lettre envoyée aux Douze début décembre le Péruvien. Prémonitoire…

La procédure de reconnaissance organisée…

Le pas définitif est franchi le 16 décembre 1991. Lors du conseil des Ministres des Affaires étrangères, une procédure de reconnaissance est mise en place en deux temps, s’étalant jusqu’au 15 janvier 1992, après examen par la commission d’arbitrage (la commission Badinter) pour vérifier que toutes les conditions sont bien remplies.

… puis non respectée

Sans attendre, l’avis de la commission d’arbitrage, l’Allemagne décide, dès le 16 décembre, de reconnaître, la Slovénie et la Croatie. Le 13 janvier 1992, la commission Badinter rend ses conclusions : elle recommande la reconnaissance de la Macédoine et Slovénie, et de la Croatie (sous condition de modification de certaines lois), pour la Bosnie, elle devra sans remettre au référendum. Elle rejette toute demande qui ne correspond pas aux frontières internes de la Yougoslavie (Serbes de Croatie ou Serbes de Bosnie). La CEE ne reprend que partiellement ces conclusions et reconnait derechef Slovénie et Croatie.

Fin du premier acte…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) A l’époque, celui-ci a un certain Jean-Claude Juncker comme collègue chargé des Finances et du Travail.

Lire aussi : Années 1990 : ex-Yougoslavie, les dix faux pas de l’Europe

 

Embargo sur les armes : 20 ans après, la même erreur ?

(BRUXELLES2) Les Européens ne semblent pas avoir tiré les leçons du passé. Et ils se retrouvent aujourd’hui en Syrie dans la même nasse dans lequel ils s’étaient trouvés pris au piège en ex-Yougoslavie. Hasard des dates, nous nous trouvons aujourd’hui à 20 ans près à la date anniversaire du siège de Srebrenica (le 11 mars 1993, le général Morillon se rend dans l’enclave). Le lent aboutissement d’un drame déjà écrit depuis deux années déjà.

Faute d’intervention militaire sur lequel chacun trouve toujours une bonne raison pour s’y opposer, la communauté européenne et la communauté internationale ont en effet imposé un embargo « général et complet » sur toutes les livraisons « d’armements et d’équipements militaires à la Yougoslavie », visant donc « toutes les parties » du conflit.

Mesure suicidaire

Cette mesure, voulue par les Européens (sous présidence néerlandaise) et les Etats-Unis (sous la présidence de G. Bush père) dès juillet 1991, validée par une résolution du Conseil de sécurité (proposée par la France), va se révéler totalement suicidaire pour les Bosniaques et les Croates. Ceux-ci qui ne disposent alors de peu de forces et d’armements par rapport au pouvoir central de Belgrade et des Serbes, doté d’un arsenal bien fourni, alimenté par les Soviétiques. Le ministre croate de la Défense d’alors, Gojko Susak critique, dans un entretien au Monde, l’attitude européenne qu’il considère injuste : « Seule, la Croatie ressent les conséquences de l’embargo sur les fournitures d’armes à la Yougoslavie. » et il demande des armes antiaérien et antichars, assurant que Zagreb ne recherche que des armes défensives, en aucun cas offensives. « Nous avons le devoir d’armer la population, de résister, d’éviter un bain de sang » explique-t-il… Des arguments qu’on peut retrouver aujourd’hui en Syrie.

Contournement de l’embargo

Dans les années 1990, plusieurs des pays pourtant à l’origine de l’embargo semblent bien décidés à le contourner, de manière plus ou moins officieuse. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, notamment, arment Croates et Bosniaques. Les Allemands fournissent des lance-roquettes anti-chars fabriqués par MBB, les Italiens des fusils italiens à canon lisse, les Hongrois des AK 47, Des missiles sol-air américains Stinger destinés à l’Afghanistan changent de route à Chypre, etc… L’arrivée de Bill Clinton à la Maison Blanche en 1993 marque un changement d’impulsion outre-Atlantique. Le soutien américain à la reconstruction des forces croates devient un secret de Polichinelle. En 1994, les Américains se retirent officiellement du dispositif de contrôle de l’embargo mis en place conjointement par l’UEO et l’OTAN (ce qui provoque un drame au sein de l’Alliance). Et en 1995, le Congrès vote une levée unilatérale de l’embargo sur les armes à destination de l’armée bosniaque. Il faudra le veto du président pour empêcher la mesure d’entrer en vigueur.

Ces livraisons ainsi que l’envoi de formateurs conduit à des offensives successives. Les Croates commencent la reconquête du terrain perdu en Krajina en janvier 1993 ; reconquête achevée en août 1995. En octobre 1994, le 5e corps bosniaque débute une vaste offensive dans la zone de sécurité de Bihac. En juillet 1995, c’est l’offensive croate en Bosnie, poursuivie de manière concertée par les forces croato-musulmanes en septembre 1995 en Bosnie occidentale et centrale. Un cessez-le-feu est signé en octobre. Et les négociations de Dayton s’ouvrent en novembre 1995. Ce ne sera finalement qu’en juin 1996 que l’embargo sur les armes sera levé après un ultime accord sur le désarmement entre toutes les parties impliquées dans le conflit.

Une leçon…

L’utilité de l’embargo n’a jamais été vraiment évaluée ni fait l’objet d’une introspection européenne. Et pour cause ! Son résultat a été nul sur l’aggravation du conflit. Et il n’aura conduit qu’à retarder d’un ou deux ans son issue et de faire des milliers de victimes supplémentaires. De fait, si une solution politique comme les accords de Dayton a pu survenir, et mettre fin au conflit, c’est en partie grâce aux efforts de négociation. Mais c’est surtout grâce/à cause de la violation de l’embargo. Les forces serbes ont senti le vent du boulet et le son de la défaite. Les pertes successives sur le terrain les ont amené à négocier là où elles n’y étaient pas prêtes quelques années auparavant… Le paradoxe est là : la violation de la loi internationale a abouti au respect de son esprit.

(Il y a 20 ans) L’acte d’accusation des « Douze » contre la Serbie

(BRUXELLES2, opinion) Hasard des coïncidences, et des évènements, l’Union européenne a reçu juste son prix Nobel et s’est, à nouveau, prononcé sur l’élargissement aux pays de l’ex-Yougoslavie, 20 ans après la réunion d’Edimbourg, les 11 et 12 décembre. Un sommet qui a pris des décisions importantes sur nombre de points, à un moment où le Royaume-Uni dirigé par John Major comptait encore… Sans doute plus qu’aujourd’hui… car il savait bloquer mais aussi animer les débats. Ce sommet a ainsi accouché d’une déclaration sur l’ex-Yougoslavie où les mots de purification ethnique sont prononcés et le responsable désigné…

En plein siège de Sarajevo

Mais alors que le pire – Srebrenica et autres massacres – n’est pas encore survenu, les « Douze » accusent : « Les dirigeants actuels de la Serbie et des Serbes de Bosnie sont les premiers responsables du conflit et de sa brutalité. La principale victime des actions de toutes les parties a été la population musulmane de Bosnie-Herzégovine. Au mépris des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, les forces serbes de Bosnie-Herzégovine ont entrepris une campagne sauvage d’agression militaire, de « purification ethnique », de persécution et de torture de civils. »

Les criminels sont avertis

« Les auteurs de tous ces crimes contre le droit humanitaire commis par les différentes parties seront tenus pour personnellement responsables et traduits en justice. Les autorités serbes de Belgrade portent une responsabilité tout aussi grande dans la mesure où elles fomentent le conflit et s’abstiennent d’user de leur influence et de leurs moyens incontestables pour le contenir. »

Les Serbes sont placés devant un choix

« La nation serbe se trouve devant un choix clair et imminent. Si un changement radical de politique intervient et qu’une coopération véritable au processus de paix s’instaure, la Serbie sera progressivement réintégrée au sein de la communauté internationale. (…) Si, en revanche, le régime de Belgrade poursuit sa politique actuelle, la communauté internationale durcira son action, entre autres en renforçant et en étendant les sanctions existantes et en faisant obstacle à la participation serbe à toute institution internationale, ce qui isolera totalement, et pour longtemps, la Serbie. »

Et certains principes intangibles sont rappelés

« Le Conseil européen rappelle que la communauté internationale n’admettra pas l’acquisition de territoires par la force. Elle n’acceptera pas davantage la partition de la Bosnie-Herzégovine. »

Bien sûr…

…Ce ne sont que des mots. Mais à comparer avec les dernières productions du Conseil sur la situation en Syrie ou au Congo, on ne peut qu’être frappé devant l’affaiblissement, ou plutôt l’affadissement des propos européens sur le monde. Comme si les « 27 » d’aujourd’hui n’osaient plus avoir un langage simple et clair. Aujourd’hui, il serait cependant temps d’en tirer la leçon, et de mesurer le chemin parcouru par la Serbie, qui mériterait de reprendre le chemin de l’Europe. Ce qui ne pourra qu’à mon sens, apaiser la situation dans la région.

Télécharger la Déclaration d’Edimbourg

NB : si vous ne l’avez déjà fait, visionnez de petit film réalisé par les services du Conseil de l’UE, à l’occasion de la remise du prix Nobel. C’est à mon sens une des meilleures productions audiovisuelles du moment qui quitte le ton un peu compassé habituellement employé par les productions institutionnelles (de plus on peut choisir le sous-titre dans la langue souhaitée).

Paul Garde : Yougoslavie 1990, une Europe un peu brouillonne

(BRUXELLES2) L’été est propice aux réflexions et aux mises en forme de notes rassemblées qu’on n’a pas eu le temps de rassembler. En août 2008, je m’étais entretenu assez longuement avec Paul Garde, Un historien, professeur de linguistique slave à l’université de Provence, spécialiste des Balkans, auteur notamment de « Vie et mort de la Yougoslavie » (Fayard, 1992 rééd. 2000) ou de « Fin de siècle dans les Balkans 1992-2000. Analyses et chroniques » (Odile Jacob, 2001). Son point de vue sur la génèse des guerres yougoslaves et les diverses implications européennes reste encore aujourd’hui pleinement d’actualité et ce retour dans l’histoire permet de comprendre le rôle joué par l’Europe dans une région qui reste le creuset de la politique étrangère et de défense de l’UE.

Comparer les années 1990 et 2010 ?

Il y a une assez grande différence entre aujourd’hui et hier. En 1990-1091, les différents pays de la Communauté européenne avaient des positions différentes et ont conservé durant quelque temps de grandes différences. Il était tout à fait illusoire de penser qu’il pouvait y avoir une politique européenne. On ne s’en est pas aperçu au début. (…) Et on ne prêtait pas attention à cette région. L’Allemagne, par exemple, n’a commencé à s’intéresser à la question qu’avec la guerre en Slovénie. Genscher (le Ministre des affaires étrangères de l’époque) en mission, a du se dérouter sur la Slovénie (voir Mémoires). C’est à ce moment qu’il a pris vraiment conscience du problème. Comme en période révolutionnaire, en 1991, les choses changeaient à une allure folle.

« Au début (guerre en Slovénie), ca a marché. Car les deux parties en cause avaient le même intérêt à se mettre rapidement d’accord. Aussitôt après, çà s’est déglingué« 

Mais il y a eu une réaction européenne ?

Oui. Au moment de la guerre en Slovénie, Jacques Poos a même dit « l’heure de l’Europe est arrivée ». Ca a marché car les deux parties en cause – la Slovénie et la Fédération yougoslave – avaient le même intérêt à se mettre rapidement d’accord, sur le dos de la Croatie d’ailleurs. L’intervention avait été décidée par la présidence yougoslave. Mais Milosevic avait reconnu qu’il avait intérêt à ce que la Slovénie s’en aille pour pouvoir écraser la Croatie. La plupart des grands pays européens sont grosso modo à peu près sur la même ligne. Il pourrait y avoir une politique européenne. Aussitôt après, çà s’est déglingué. En juillet 1991, les grands pays européens ont pris des positions opposées. Français et Britanniques se sont laissés entraîner par des préjugés datant de la guerre de 1914. Et (surtout) ils ont cru que la partie serbe agissait pour le maintien de la Yougoslavie. Alors que c’était tout le contraire. Milosevic voulait la destruction de la Yougoslavie. Ils n’ont pas vu, là, une agression. C’est le sens de la querelle entre Européens au second semestre 1991, Mitterand ayant ouvertement pris parti pour la Serbie tandis que L’Allemagne demandait reconnaissance de la Croatie. C’était un moment très, très dangereux. J’ai cru que l’Europe pouvait éclater. Ensuite, Mitterand, Major et Kohl ont compris qu’il était plus important de défendre une unité européenne, de reconnaître la Croatie, d’envoyer, fin 1991. Les décisions ont été efficaces dans une certaine mesure – avec un cessez-le-feu en Croatie – mais peu efficaces avec la guerre de Bosnie. On a alors retrouvé le même clivage. Et à nouveau, les pays européens ont pataugé.

Vous semblez sévère sur le rôle joué par Mitterand

Oui. Il y avait un aveuglement complet de Mitterand qui ne voyait pas l’agression et, de fait, encourageait l’agresseur. Fin novembre 1992, Mitterand rappelle à la Croatie sa participation au camp nazi pendant la guerre, pas la Serbie. Il y avait, côté français, un tropisme proserbe, un préjugé jacobin et une incompréhension pour tout ce qui est fédéralisme et une hostilité aux indépendances. Le remplacement de Mitterand par Chirac a été important. De même, que celui de Bush Père par Clinton. Ils ont fini par produire des décisions communes et décider d’une intervention commune pendant l’été 1995 – au bout de trois ans de guerre et de massacres – avec les accords de Dayton. Mais l’intervention décisive est venue des Etats-Unis (pas d’Europe). La Russie était alors hors jeu.

« L’Europe a eu pas mal d’initiatives
mais n’a pas réussi à se doter de moyens pour faire imposer sa volonté »

Finalement, le rôle des Européens … ?

L’Europe a eu pas mal d’initiatives mais n’a pas réussi à se doter de moyens pour faire imposer sa volonté. (…) Les pays européens ont beaucoup donné. Ils ont beaucoup fourni les troupes. Mais l’impulsion politique (et militaire) était américaine. En Bosnie-Herzégovine, c’est l’Amérique qui a joué un rôle essentiel. L’Europe a bien été sollicitée mais pour un rôle mineur : à Mostar. Toute la tactique a été menée par les USA, comme l’idée de réconcilier Croates et Bosniaques pour mieux lutter contre les Serbes. Et les exécutants civils étaient… Européens. Il y a toujours eu des gestionnaires européens. Cela a continué ensuite. En Bosnie et au Kosovo, tous les hauts représentants de l’Onu et administrateurs en chef étaient Européens. Mais ils agissaient sur mandat international. Avec une direction malgré tout américaine. Au Kosovo, en 1999, on assiste à la plus grande unanimité européenne. Chirac, Blair (qui a remplacé Major)… tous sont d’accord pour la guerre du Kosovo. La Russie ne comptait pas encore beaucoup, c’étaient les dernières années d’Eltsine. Le pays le plus réticent aurait été la Grèce. Les futurs membres (Roumanie et Bulgarie) ont accepté les décisions européennes – comme interdire aux Russes de survol du territoire – alors qu’ils auraient pu aider les Serbes.

Le jeu est-il le même ensuite ?

Fin des années 2010, les Etats-Unis sont empêtrés dans l’Irak (NB : et l’Afghanistan) et apparaissent impuissants. Alors qu’en 1990, ils apparaissaient avec l’Irak-Koweit, tout puissants. La Russie a repris du poil de la bête, avec Poutine, son jeu sur le gaz. La situation balkanique qui a conduit la guerre de 1914 – des grandes puissances opposées les unes aux autres avec chacune des clients balkaniques –, on a pu craindre un instant que çà se reforme, en 1991. Mais la cohésion européenne a été plus forte et le rôle américain restait fort. Cette configuration balkanique est en train de se reformer. L’UE et les USA sont embêtés car sur le plan local, on ne peut avoir qu’une solution, l’indépendance. Car on ne peut vraiment croire que le Kosovo redevienne sous la coupe de Serbie. Mais il y a une configuration internationale telle qu’ils craignent de proclamer cette indépendance, si la Russie – en train de redevenir une grande puissance – appuie la Serbie et conduit à la rendre plus intransigeante.

La carotte traditionnelle de l’Europe, celle de l’adhésion à l’UE, joue un rôle ?

Oui. Depuis 1995, et la fin de la guerre en Bosnie, l’Europe a joué un très grand rôle, à cause de ses projets d’élargissement. Depuis le début, tous les pays des Balkans n’avaient qu’un rêve, adhérer à l’Union européenne. L’Europe a posé des critères, notamment pour la collaboration avec le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Et les pays ont fait ce qu’ils ont pu pour se conformer aux critères. La Croatie, qui avait livré tous ses criminels sauf Gotovina, a ainsi subi l’interruption des négociations. Et Gotovina a été livré. Cela a été appliqué de façon brutale. Mais durant 10 ans, la volonté d’adhérer a été un des principaux atouts et leviers. Et cela continue encore un peu partout dans les Balkans. Mais on ne sait jamais. On a senti, coté serbe, certaines hésitations. La volonté, très forte un certain temps, a paru s’affaiblir. Il n’est pas sûr que la volonté d’adhérer à l’UE soit aussi forte, en particulier en Serbie. Ce risque d’affaiblissement est lié à la perte d’image des Occidentaux.

En Bosnie-Herzégovine, la situation reste plus difficile, vous croyez à un nouveau risque de conflit ?

Non. Le problème n’est pas militaire. Là depuis 1995, les troupes internationales sont présentes. Le statu quo est l’indépendance matériellement. Il est de fait indépendant et gardé par des troupes internationales. Franchement je ne crois pas au danger ou à un risque spécifique de guerre. Les gens en ont marre des aventures militaires. Le danger est la diplomatie russe (Abkhazie, Ossétie du sud, Transnistrie) au détriment Ukraine, Géorgie et Moldavie – et dans les Balkans avec la proclamation de la Republika Srbska. Mais elle pourrait cesser de participer aux instances communes. Ce qui poserait de sérieux problèmes diplomatiques.

« On n’a pas encore réussi à convaincre (et informer) les Serbes de toutes les horreurs
qui ont été commises en leur nom. »

Dans la politique d’élargissement, l’UE applique une politique trop rigoureuse, selon vous ?

Oui. L’UE devrait faire une entorse à certains de critères pour admettre autres Etats (Serbie, Albanie, Kosovo, Bosnie). Il faudra bien tôt ou tard que ces pays entrent. Mais il y a toutes sortes de problèmes : les réticences de certaines Etats (référendum en France), en Serbie, certains (radicaux) comme Kostunica défendent un rapprochement avec la Russie. On n’a pas encore réussi à convaincre (et informer) les Serbes de toutes les horreurs qui ont été commises en leur nom.

(entretien réalisé en août 2008)

L’option militaire au début du conflit yougoslave

(BRUXELLES2) Dès le début des guerres yougoslaves, l’option d’une intervention de l’UEO (dans le cadre des Nations-Unies) dans le conflit yougoslave est mise en avant par plusieurs de ses membres : Français et Allemands (août 1991), puis les Pays-Bas (septembre 1991). Elle se heurte à deux oppositions principales : celle du Royaume-Uni par principe, des Etats-Unis également qui entendent que l’OTAN reste l’organisation militaire privilégiée. Elle est compliquée par les positions différentes des différents partenaires : l’Allemagne est limitée par sa Constitution interne, la France milite pour une opération de l’ONU, les Pays-Bas militent pour une implication égalitaire de l’OTAN et de l’UEO. Nous sommes également en pleine discussion du traité sur l’Union politique européenne et la question de l’intégration de l’UEO comme bras armé de la CEE est posée sur la table. Bref les intérêts se croisent et décroisent. Et finalement l’option militaire restera rangée dans les tiroirs.

Faute de mieux (ou grâce à la crise), les 9 (*) adoptent en juin 1992, une déclaration dite  » de Petersberg  » (du nom de l’hôtel dominant le Rhin, près de Bonn, où ils étaient réunis), qui affirment leur intention de mettre des moyens militaires à la disposition de l’UEO, dans des opérations de maintien de la paix sous l’autorité politique de la CSCE ou de l’ONU. Ces unités pourraient être utilisées – est-il précisé – « pour des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants ; des missions de maintien de la paix ; des missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris des opérations de rétablissement de la paix ». On trouve là l’ancêtre de la PeSDC et des battlegroups.

1990, en Yougoslavie, le feu couve sous la cendre

La ville de Jajce en Bosnie centrale a perdu la moitié de sa population en 20 ans (© NGV / Bruxelles2)

(Dossier) Dans un coin d’Europe, quelques dirigeants politiques sont cependant bien décidés à ne pas laisser faire la paix. La Yougoslavie, pourtant promise à un resserrement des liens avec l’Europe (avec en vue un accord d’association), le feu couve sous la cendre…

Le soulèvement serbe commence en Croatie, le 17 août 1990, après une attaque des forces spéciales de la police croate sur le poste de police de Benkovac contrôlé par les Serbes, ces derniers saisissent des armes des policiers de réserve et élèvent des barricades sur les routes. Les Serbes se prononcent, peu après, à 99 o/o des voix ( !) pour leur séparation de la Croatie. Quelques semaines auparavant, le 13 mai 1990, au stade de Zagreb, des incidents violents ont éclaté entre supporters du Dynamo de Zagreb et de l’Etoile Rouge de Belgrade. Incidents sciemment provoqués (1).

Le 3 septembre 1990, au Kosovo, c’est la grève générale et le début du renvoi de la plupart des Albanais des postes de l’administration (75.000 personnes seront chassées en un an de leur poste après cette grève). Le 7 septembre, après un référendum clandestin, le Kosovo promulgue adopte, dans le cadre yougoslave, la Constitution de « sa République » promis à devenir la 7e république fédérative socialiste de Yougoslavie (non reconnue par les Serbes). Une proclamation symbolique, le 28 septembre, la Serbie abolit le statut d’autonomie de sa province du Kosovo. Le parlement de la province avait déjà été dissous début juillet (2) après le placement sous état d’urgence en mars.

Le 11-12 septembre 1990, en Bosnie-Herzégovine, commencent des troubles interethniques. L’état d’urgence est proclamé.

Le 5 octobre 1990, l’armée fédérale yougoslave investit le quartier général de la défense territoriale de Slovènie, dans le centre de Ljubljana. Conséquence du refus du gouvernement slovène de placer sa défense sous le commandement de l’armée yougoslave.

(1) Les récents incidents à Rome lors du match Italie – Serbie à Gênes, le 12 octobre 2010, sont là pour rappeler que les « hooligans » de l’Etoile rouge de Belgrade ne sont pas vraiment des voyous ordinaires mais plutôt une organisation structurée qui nourrira tout au long de la guerre les groupes paramilitaires.
(2) A l’été 1990 (nous étions une équipe de 3 journalistes partis en reportage dans la région), le leader du principal parti autonomiste du Kosovo, Ibrahim Rugova, élu « président » lors des élections en septembre, avait confié à l’un d’entre nous, avoir demandé à Jacques Delors une implication plus forte de l’Europe dans la région, et de placer le Kosovo sous protection européenne. Il ne recevra aucune réponse…
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84 Casques bleus français morts en Bosnie … On l’oublie !

PoliciersFrancaisHOmmag2569a.jpg(BRUXELLES2 A Sarajevo) 84 soldats français sont morts en ex-Yougoslavie, engagés dans les casques bleus ou autres forces d’interposition. On l’oublie trop souvent.

En effet, dans les guerres yougoslaves qui ont fait près de 100.000 morts civils et militaires, les Casques bleus et autres observateurs internationaux ont aussi payé un prix lourd. La France en tête. Souvent par faute de courage politique et avec un mandat étriqué. Imposer la paix sans tirer ou répliquer face à des enragés qui jouaient avec leurs adversaires à la roulette slave était impossible à tenir.

« On tire ou on se tire »

Lors de son passage à Sarajevo hier, pour le Sommet UE-Balkans, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a tenu à déposer une gerbe devant la stèle placée à proximité de l’ambassade de France et qui commémore ces soldats morts pour la paix. Un certain moment d’émotion au moment de la minute de silence (plusieurs militaires français engagés étaient là) et une sorte d’engagement personnel  pour celui qui fut de 1989 à 1995, le « conseiller diplo » de Jacques Chirac à la Mairie de Paris. Quand il se rappelle cette époque, Lellouche en frémit encore « J’étais vert. Et j’en suis encore malade de voir ce qui se passait à l’époque : les sacs de riz des uns, les envolées lyriques des BHL et autres. Alors que nos types se faisaient proprement tirer comme des lapins. J’ai été un de ceux à conseiller à Chirac: « on tire, ou on se tire ». » 

Quand Jacques Chirac arrive au pouvoir,  en mai 1995, il rompt avec la politique mitterandienne d’équilibre et décide de rendre coup pour coup. « Le temps de l’impuissance est fini » déclare-t-il. Il obtient l’accord des Britanniques « En quelques semaines, avec l’appui de John Major, c’était réglé » se rappelle Pierre Lellouche. Et effectivement, quelques semaines plus tard, les Casques bleus français passent à l’action, sans le feu vert du commandement onusien.

Il y a 15 ans, quand leSteleCasquesBleusCouronneFleurs2570a-copie-1.jpgs Casques bleus français passent à l’action

C’était, juste, il y a 15 ans maintenant… Le 27 mai 1995, l’histoire bascule dans les Balkans. Les hommes du 3e Rima, engagés dans la FORPRONU, viennent de se faire prendre en otages 12 des leurs qui gardaient le pont de Vrbanja (Verbania) à Sarajevo. Ce ne sont que quelques uns des 300 casques bleus pris en otages par les Serbes en réaction des premiers bombardements d’ampleur de l’ONU. Mais c’est trop pour les Français.

Le général français Gobilliard qui commande le secteur de Sarajevo des casques bleus décide de répliquer, sans attendre une quelconque autorisation du QG de la FORPRONU et même de Paris, il lance une section du 3e Rima « Les Forbans » à l’assaut (1). Les « marines » ont 2 tués et 17 blessés. Mais les Serbes acceptent l’échange « otages contre prisonniers ». Cette victoire tactique constitue un des tournants de la guerre…

La stèle en hommage aux Casques bleus français morts pour la Bosnie près de l’ambassade de France (© NGV)

(Nicolas Gros-Verheyde)

Pour aller plus loin :

– Retex Video (2003) le témoignage du capitaine Lecointre

Il y a 14 ans, l’Europe faillissait à son devoir …

(BRUXELLES2) La normalisation des relations entre la Serbie et l’Union européenne est actuellement bloquée par les Néerlandais (et les Belges), considérant que Mladic n’est pas livré au tribunal international pour l’ex-Yougoslavie, ou que des preuves patentes de la  collaboration de la Serbie avec le Tribunal n’ont pas été apportées.

Parfois dans certains cercles européens, on maudit ces « satanés » Néerlandais qui empêchent cette normalisation. Et on préfère parler – à l’image du tout nouveau président du Parlement, le Polonais Jerzy Buzek, à qui les journalistes ont posé la question mardi -, de nécessaire réconciliation et de respect des droits de l’homme, en termes généraux. Il faut le souligner : les Néerlandais ont raison de bloquer cet accord (1) !

On ne peut pas, en effet, passer sous silence l’histoire.Un des massacres les plus sordides et les plus importants de l’histoire de l’Europe moderne a eu lieu à quatorze ans. Là, la Communauté internationale – et l’Europe – ont failli à leur devoir premier : protéger les populations civiles mises sous leur protection.

Qu’on se souvienne. A la mi-juillet 1995, ils attaquent les « enclaves » bosniaques, placées cependant sous la protection des Nations-Unies. Notamment à Srebrenica, où la situation allait devenir dramatique. Prenant sous le feu, le détachement néerlandais de 450 casques bleus qui assurait la protection de la zone, faisant 30 prisonniers pami les militaires des Nations-Unies, les forces bosno-serbes de Mladic arrivent dans la zone le 11 juillet.

Malgré la demande du Col. Karremans, commandant le détachement, d’un appui aérien, le commandement international, assuré notamment par le général Janvier refuse cet appui, par crainte de faire d’autres victimes, notamment les militaires otages. Au camp de Potocari, environ 20 000 civils ont trouvé refuge. Ils croient être en sûreté. Erreur. Si les Serbes autorisent l’évacuation – par car – de femmes et d’enfants, ils retiennent les hommes. 8372 personnes – selon le décompte officiel – furent tuées en quelques jours. Le 21 juillet, les soldats néerlandais sont autorisés à quitter l’enclave, cadeau et verre de l’amitié en prime.

Pour mémoire, ce reportage éloquent de la BBC (même si il est à prendre « avec des pincettes » car il s’appuie en partie sur des images de propagande tournées par les Serbes eux-mêmes). En trois parties

Suite : 2e partie et 3e partie


(1) Autre chose est la libéralisation des visas pour les Serbes que la Commission européenne vient de décider aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire de punir un peuple pour les méfaits de son gouvernement. Plus discutable est le fait de ne pas accorder aux Bosniaques le même traitement
(même si elle peut se justifier sur d’autres critères).

La bêtise française

(Archives) La plupart des partis politiques français, socialistes et UMP en tête, sont en train de commettre une belle boulette dans leurs listes aux prochaines élections européennes. Les députés travailleurs, reconnus de leurs pairs, influents donc, n’ont pas automatiquement été récompensés. Ce pour des raisons obscures de politique interne, difficiles à saisir pour le néophyte. Côté du PS, l’exemple le plus frappant est celui de Gilles Savary, spécialiste reconnu du transport maritime, qui a été tout bonnement écarté des listes.A droite, ce n’est pas mieux. Si Alain Lamassoure, « cador » des affaires institutionnelles, et Jean-Paul Gauzès, « as » du circuit financier, ont été repêchés, ils ne sont pas assurés de leur siège. Une perte sèche pour les Français.

UMP comme PS n’ont pas vraiment compris le rôle primordial du Parlement européen – qui irrigue toutes les législations nationales – ni l’importance qu’il y avait d’avoir à Strasbourg des députés connaissant toutes les ficelles de la fonction. Cela permet d’influer sur les votes, les amendements, les textes. Et d’obtenir les rapports importants. Ceux-ci, explique un habitué des travées, sont souvent répartis « entre anciens ». Pire, les partis français arrivent un peu tard. Britanniques et Allemands, par exemple, ont déjà constitué leur liste depuis plusieurs semaines. Et des tractations discrètes ont déjà commencé pour se répartir les postes clés du futur Parlement : président de commission, coordinateur. Du côté français, l’UMP comme le PS, arriveront donc après la bataille. En plus avec des troupes inexpérimentées et inconnues pour la plupart. Bravo !

Nicolas GROS-VERHEYDE.
Publié dans Ouest-France, mars 2009

Pressions sur le médecin légiste du massacre de Racak au Kosovo?

(BRUXELLES2) Dans sa biographie, qui vient d’être publiée à Helsinki, la spécialiste en médecine légale dentaire, Helena Ranta, raconte que des officiels du ministère finlandais des affaires étrangères ont essayé d’influencer le contenu de son rapport sur le massacre de Racak au Kosovo.

Le 15 janvier 1999, une quarantaine d’Albanais y avaient été tués à Racak au Kosovo. Ce massacre, notamment, a contribué à convaincre l’OTAN de lancer des bombardements de la Yougoslavie au printemps 1999. Helena Ranta avait été chargée par l’Union européenne d’enquêter et rédiger un rapport. Le rapport a été remis – à l’été 2000 – au tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie de la Haye et un résumé rendu aux Etats membres de l’UE. Mais il ne semblait pas suffisamment mettre en lumière la notion de crime contre l’humanité.

Le chef de la direction politique du ministère finlandais des Affaires étrangères, de l’époque Pertti Torstila (aujourd’hui secrétaire d’Etat) lui aurait demander de retirer de son rapport certains commentaires qui étaient trop modérés sur les allégations de crime contre l’humanité, selon le quotidien Helsingin Sanomat. « J’ai les emails trois fonctionnaires du Ministère qui ont tenté de me faire « approfondir » les conclusions » explique-t-elle, pour dire qu’il y avait bien eu exécution, et que certains coups de feu étaient des « coups de grâce ». L’experte préférait, elle, s’en tenir aux conclusions de médecine légale et non pas entrer dans des considérations qui lui semblaient « politiques et juridiques ». (Torstila a démenti dans un email envoyé à nos confrères finlandais et parle d’un dialogue avec l’experte « pour chercher la vérité »).

Ranta racontre également que William Walker, le chef de la mission de surveillance de l’OSCE au Kosovo, était particulièrement furieux des conclusions de son rapport « au point de briser son stylo » car elle n’utilisait pas de mots assez durs sur les Serbes.

Pour lire un commentaire sur le résumé du rapport de Racak

(NGV)

(ce livre a été écrit par Kaius Niemi, un rédacteur en chef du journal, connu également pour ses reportages en Iraq).

Années 1990 : ex-Yougoslavie, les dix faux pas de l’Europe

(BRUXELLES2) Si comparer une crise à une autre est toujours hasardeux, on peut cependant relever que détailler – à l’aide des différents points de vue des acteurs ou observateurs de cette crise – la position de l’Europe (des Douze alors) au début des années 1990 lors des guerres en ex-Yougoslavie peut être intéressant pour les actuelles crises (notamment en Géorgie). On peut cerner une dizaine d’erreurs (impréparations, incohérences).

1. l’impréparation de la crise visiblement montante.

Cette impréparation dure de longues années. Et, événement après événement, on ne tire pas des leçons des erreurs précédentes. La réaction à une nouvelle est calée avec les instruments de la précédente crise : d’abord le silence quand il faut de la diplomatie, ensuite la diplomatie quand il faut des observateurs sur place, enfin des observateurs non armés quant il faut des militaires, etc… L’Europe s’est ainsi fait surprendre au moins quatre fois : au Kosovo, Slovénie et Croatie (1991), puis en Bosnie (1992).

2. Le refus de reconnaître l’agresseur

En considérant durant longtemps les adversaires à part égales (sentiment particulièrement présent pour le gouvernement français), sans pointer l’agresseur principal, la Serbie, l’Europe a ainsi donné une prime à l’agresseur .

3. L’envoi d’une mission de surveillance (juillet 1991)

Ces observateurs sont non armés, en faible nombre, sans capacité de réaction précise. Ce qui a aussi été un signe d’impuissance (et d’encouragement) donné à l’agresseur (s). Les observateurs ont souvent bien « observé », rendu compte, au besoin su temporiser ou s’interposer face à certaines agressions. Mais ils ont souvent été débordés par la
situation.

4. L’embargo sur les armes (juillet 1991)

Il a favorisé le plus fort (les Serbes) et diminué la capacité de résistance des Croates d’abord, mais surtout des Bosniaques.

5. Le refus d’une intervention militaire (septembre 1991)

Contrairement aux idées répandues, il y a eu plusieurs projets d’intervention (par les Français ou les Allemands, par les Néerlandais et l’UEO). Mais tous ont achoppé, morts nés. Le rôle joué par les Britanniques est ici assez trouble. Le Royaume-Uni était réticent pour plusieurs raisons, notamment la crainte de réitérer un engagement difficile comme en Irlande du Nord mais aussi le refus de déclencher une intervention autonome de l’Otan et de concrétiser ainsi une Europe de la Défense et une Europe politique qu’ils refusaient (nous sommes en pleine négociation du traité de Maastricht). Une intervention militaire à ce moment aurait pu changer la face du conflit, la plupart des intervenants le reconnaissent. En refusant de donner suite à un projet d’intervention, les Européens donnent ainsi une « carte blanche » aux partisans des armes.

Lire aussi : L’option militaire au début du conflit yougoslave

6. La reconnaissance en solo des indépendances (décembre 1991)

La reconnaissance en solo de la Croatie (par l’Allemagne) a signifié aux yeux extérieurs la désunion de l’Europe, d’autant qu’elle suivait la réunion d’un Conseil européen et précédait une décision possible commune de reconnaissance.

7. La demande de la tenue d’un référendum (janvier 1992),

Cette demande faite à la Bosnie pour être reconnue indépendante, sans prévoir d’autres dispositions notamment de protection scelle la partition de la Bosnie-Herzégovine d’autant que se joue un autre duel Franco – Allemand entre l’UEM et l’Europe politique qui accapare les esprits et les diplomaties.

8. Les cessez-le-feu non respectés

Ce non respect donne une image d’impuissance avérée. Tout commet le plan de cantonisation – proposé par l’ambassadeur portugais Cutileiro en 1992 et qui servira de modèle, grosso modo, pour les accords de paix de Dayton – donne une prime à la force. Les plans de paix successifs, (en Bosnie notamment) stimulent chez les belligérants l’envie immédiate de prendre ou de défendre, par la force, des positions contestées.

9. Le refus d’accueillir les réfugiés (1991-92)

Quand les Serbes libèrent les réfugiés, peu de pays sont d’accord de les accueillir (l’Autriche, l’Allemagne, la Hongrie seront les principaux « volontaires »). Manquent à l’appel notamment la France et le Royaume-Uni.

10 Les actes unilatéraux « d’héroïsme »

Comme l’échappée solitaire de Mitterand, à Sarajevo (juin 1993), ils ont surtout permis de repousser l’échéance de sanction contre les agresseurs.

On peut lire aussi « The real Balkan lessons of the Georgia conflict » par Gordana Kneževic, ancien chef politique de Oslobodenje (Sarajevo), au temps de la guerre, et maintenant directeur de Radio Free Europe, section slaves du sud. Il dresse un parallèle (intéressant) entre la politique russe en Géorgie et l’intervention de Milosevic dans les républiques de l’ex-Yougoslavie.

(NGV)