Déclaration Fr-UK de St-Malo sur la défense européenne, 4 déc. 1998. Le texte

(BRUXELLES2) Déclaration franco-britannique sur la défense européenne : Saint-Malo, 4 décembre 1998

« Les chefs d’Etat et de gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et de la France sont convenus de ce qui suit :

1. L’Union européenne doit pouvoir être en mesure de jouer tout son rôle sur la scène internationale. Le Traité d’Amsterdam, base essentielle pour l’action de l’Union, doit donc devenir une réalité. La mise en œuvre complète et rapide des dispositions d’Amsterdam sur la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) doit être achevée. Cela inclut la responsabilité du Conseil européen de décider le développement progressif d’une politique de défense commune dans le cadre de la PESC. Le Conseil doit être en mesure, sur une base intergouvernementale, de prendre des décisions portant sur tout l’éventail des actions prévues par le titre V du traité de l’Union européenne.

2. A cette fin, l’Union doit avoir une capacité autonome d’action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales.

Dans cette perspective, les engagements de défense collective auxquels ont souscrit les Etats membres (article 5 du Traité de Washington et article V du traité de Bruxelles) devront être maintenus. En renforçant la solidarité entre les pays de l’Union européenne pour que l’Europe puisse faire entendre sa voix dans les affaires du monde, tout en agissant en conformité avec nos obligations respectives au sein de l’OTAN, nous contribuons à la vitalité d’une Alliance atlantique rénovée qui constitue le fondement de la défense collective de ses membres.

Les européens devront agir dans le cadre institutionnel de l’Union européenne (Conseil européen, Conseil Affaires générales et réunion des ministres de la défense).

Le renforcement de la solidarité européenne doit prendre en compte la variété des positions des pays européens.

La diversité des situations des Etats au regard de l’OTAN devra être respectée.

3. Pour pouvoir prendre des décisions et, lorsque l’Alliance en tant que telle n’est pas engagée, pour approuver des actions militaires, l’Union européenne doit être dotée de structures appropriées. Elle doit également disposer d’une capacité d’évaluation des situations, de sources de renseignement et d’une capacité de planification stratégique, sans duplication inutile, en prenant en compte les moyens actuels de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) et l’évolution de ses rapports avec l’Union européenne. A cet égard, l’Union européenne devra pouvoir recourir à des moyens militaires adaptés (moyens européens pré-identifiés au sein du pilier européen de l’OTAN ou moyens nationaux et multinationaux extérieurs au cadre de l’OTAN).

4. L’Europe a besoin de forces armées renforcées, capables de faire face rapidement aux nouveaux risques et s’appuyant sur une base industrielle et technologique de défense compétitive et forte.

5. Nous sommes déterminés à unir nos efforts pour permettre à l’Union européenne de progresser concrètement vers ces objectifs. »

Pour se remémorer l’ambiance, voir le reportage de France3

(NGV)

Les Verts au PE réclament un corps européen civil pour la paix

(B2) L’Union européenne devrait jouer un rôle plus important en matière civile dans les relations internationales, et ne pas se contenter d’une action militaire. Tel est le message qu’ont voulu faire passer les participants à une conférence organisée par le groupe Verts/ALE au Parlement européen, jeudi à Bruxelles.

Après une comparaison critique entre les documents de stratégie de l’Union européenne et des Etats-Unis, les différents intervenants ont en effet estimé qu’un pas important pour une politique européenne de prévention des conflits passe par la création d’un corps civil européen pour la paix. « Nous avions déjà évoqué ce sujet il y a plusieurs années », rappelle le député Per Gahrton (Miljöpartiet de Gröna, Suède). « Dix présidences ont passé. Et rien n’a été fait. En matière d’engagement militaire, il y a eu des avancées et cela a été vite. Mais pour le corps civil, on n’en a plus parlé. Le moment est venu d’agir », a-t-il estimé avant d’avancer deux propositions: « le Conseil devrait lancer une étude pour avoir une mini- structure souple flexible capable d’établir les ressources à donner aux Etats, et ONG et il faut inscrire la création d’une agence européenne d’établissement de la paix dans la Constitution ».

La nécessité de forces civiles aux côtés d’un engagement militaire ou de police a été démontrée par Arno Truger, du Centre autrichien pour la paix et la résolution des conflits, « Des forces militaires et de police ne suffisent plus lorsqu’il s’agit de conflits internes. Il faut aller plus loin que le respect d’un simple cessez-le-feu et la mise en place d’élections. Sur ce point, l’UE n’a pas tiré les leçons adéquates des Balkans ». Et d’ajouter: « J’ai l’impression qu’on met parfois la charrue avant les bœufs. Une situation de post-conflit est difficile à gérer et il est nécessaire d’avoir des experts civils. Il suffit d’observer ce qui s’est passé au Rwanda. La Communauté internationale perd beaucoup d’argent dans des opérations militaires ». L’expert autrichien a également défini les contours d’un tel corps. Doté d’une formation et structuré, « il devrait être civil à 100%. Certes, il doit y avoir une coopération avec les autres corps
présents sur place – militaires, police
– mais le mélange [des forces] est difficile à gérer. « Il suffit de voir ce qui passe actuellement en Irak ou ce qui s’est passé en Somalie. Il devrait recevoir un mandat des Nations unies et pourrait intervenir sur toute situation, pas seulement après un conflit mais aussi en prévention ».

Il est important de ne pas sombrer dans le pessimisme, a estimé pour conclure le député européen Joost Lagendijk (Pays-Bas): « J’ai assez d’espoir. Car les politiques des Américains ont échoué. Ces Américains qui demandent maintenant aux Européens quelles sont leurs expériences en matière de reconstruction. Ils se sont aperçus qu’après une guerre, il reste des problèmes à gérer. C’est une vraie chance pour nous ». Et de lancer un appel: maintenant, « il faut pouvoir répondre aux Américains ».

(NGV)

(publié dans Agence Europe, 20 oct 2003)

Déclaration de Bruxelles (Fr-All-Be-Lux), 29 avril 2003. Le texte

REUNION DES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT D’ALLEMAGNE, DE FRANCE, DU LUXEMBOURG ET DE BELGIQUE SUR LA DEFENSE EUROPEENNE

(dit sommet « des Pralines »)

DECLARATION COMMUNE

(Bruxelles, 29 avril 2003)

Avec l’élargissement et l’élaboration d’un Traité constitutionnel, l’Union européenne sera demain plus forte, mais aussi plus diverse. Notre conviction commune est que l’Europe doit être capable de s’exprimer d’une seule voix et de jouer pleinement son rôle sur la scène internationale. A cette fin, nous pensons qu’il est nécessaire de donner un nouvel élan à la construction de l’Europe de la Sécurité et de la Défense. En effet, l’Union européenne doit disposer d’une politique de sécurité et de défense crédible. Car l’action diplomatique n’est crédible – et donc efficace – que si elle peut également s’appuyer sur des capacités civiles et militaires réelles.

L’Europe a en partage avec l’Amérique, avec laquelle elle a affronté les défis de sécurité depuis plus d’un demi-siècle, des valeurs et des idéaux qui sont le fruit de son histoire. Le partenariat transatlantique demeure une priorité stratégique fondamentale pour l’Europe. Ce partenariat est une condition nécessaire de la sécurité et de la paix mondiale. Dans le prolongement de la Déclaration du Sommet de Washington, nous souhaitons poursuivre l’adaptation de l’Alliance atlantique, qui reste le fondement de la sécurité collective de ses membres, aux défis du 21ème siècle. Nous sommes déterminés à mettre en œuvre les décisions du Sommet de Prague, car nous comprenons nos engagements dans l’Alliance atlantique et dans l’Union européenne comme complémentaires. Le partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’OTAN, qui s’appuie sur les déclarations des Sommets de Berlin et de Washington, a d’ores et déjà permis à l’Union européenne de recourir aux moyens de l’OTAN pour conduire sa première opération dans l’Ancienne République yougoslave de Macédoine. Nous souhaitons que demain les arrangements mis en place entre les deux organisations permettent à l’Union européenne d’assurer la relève de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine.

C’est dans cet esprit que, dans le prolongement du Sommet de Saint-Malo et du Conseil européen de Cologne, la Politique européenne de Sécurité et de Défense s’est progressivement développée depuis le Conseil européen d’Helsinki en décembre 1999.

Nous pensons que le moment est venu de franchir une nouvelle étape dans la construction de l’Europe de la Sécurité et de la Défense, fondée sur des capacités militaires européennes renforcées qui contribueront également à donner à l’Alliance atlantique une nouvelle vitalité et ouvriront la voie à une relation transatlantique renouvelée.

*

Pour donner un nouvel élan à la Politique européenne de Sécurité et de Défense, nous proposons que la Convention sur l’avenir de l’Union européenne et la Conférence intergouvernementale endossent les principes suivants et les intègrent dans le Traité constitutionnel :

  • la possibilité de conduire des coopérations renforcées en matière de défense ;
  • une clause générale de solidarité et de sécurité commune liant tous les Etats membres de l’Union européenne et permettant de faire face aux risques de toute nature envers l’Union européenne ;
  • la possibilité pour les Etats membres qui le souhaitent de souscrire des obligations supplémentaires, dans le cadre d’une coopération renforcée et sans que cela n’entraîne des obligations pour les tierces parties ;
  • la reformulation des tâches Petersberg, permettant à l’Union européenne d’utiliser des moyens civils et militaires afin de prévenir les conflits, de gérer des crises, y compris les missions les plus exigeantes ;
  • la création d’une Agence européenne de développement et d’acquisition de capacités militaires avec comme objectif d’augmenter les capacités militaires européennes et de renforcer l’interopérabilité et la coopération entres les forces armées des Etats membres. Cette Agence contribuera à la création d’un environnement favorable à une industrie de défense européenne compétitive ;
  • la création d’un Collège européen de Sécurité et de Défense, afin de favoriser le développement et la diffusion d’une culture de sécurité européenne.

Nous proposons, en plus, que la Convention adopte le concept d’Union européenne de sécurité et de défense (UESD). A titre de contribution à la réflexion que nous souhaitons poursuivre avec les Etats intéressés, nous pensons que l’UESD devrait avoir comme vocation de réunir les Etats membres qui sont prêts à aller plus rapidement et plus loin dans le renforcement de leur coopération en matière de défense. En particulier, les Etats participant à l’UESD :

  • prendront l’engagement de se porter secours et assistance face aux risques de toute nature ;
  • rechercheront systématiquement l’harmonisation de leurs positions sur les questions de sécurité et de défense ;
  • coordonneront leurs efforts en matière de défense ;
  • développeront leurs capacités militaires ;
  • augmenteront leurs efforts en matière de sécurité et de défense, plus particulièrement en ce qui concerne les investissements en équipements miliaires.
  • La participation à l’UESD impliquera :
  • la participation à des programmes européens d’équipement majeurs, tel que l’A400M ;
  • le renforcement de l’efficacité des capacités militaires européennes, par le recours, dans la plus large mesure possible, à la spécialisation et la mise en commun des moyens et des capacités ;
  • le renforcement de la mise en commun des moyens en matière de formation des officiers, d’exercices, d’engagement et de logistique ;
  • la disponibilité à contribuer à des opérations de maintien de paix sous l’égide des Nations unies.

L’UESD serait ouverte à tous les Etats membres actuels et futurs disposés à s’inscrire dans son cadre. Nous souhaitons que cette coopération concrète soit intégrée dans le Traité constitutionnel de l’Union européenne, de sorte qu’à terme, tous les Etats membres actuels et futurs puissent en faire partie.

*

Dans le domaine militaire, nous avons décidé, en ce qui nous concerne, de mettre en œuvre, dès à présent et dans l’esprit des déclarations de Saint-Malo et de Cologne, un certain nombre d’initiatives concrètes destinées à favoriser le rapprochement de nos outils de défense nationaux. Ces projets visent à éviter les duplications inutiles entre armées nationales et à renforcer ainsi l’efficacité des moyens de défense des Européens. Ils sont ouverts à tous les Etats membres actuels et futurs intéressés.

Ces initiatives suivantes s’inscrivent dans la perspective de notre participation commune à des opérations conduites dans le cadre de l’Union européenne ou de l’OTAN :

le développement d’une capacité européenne de réaction rapide. Le progrès réalisé dans ce domaine contribuera à atteindre les objectifs de l’Union européenne, à renforcer la contribution européenne au développement de Force de réaction de l’OTAN et à garantir leur interopérabilité. Afin d’améliorer la capacité européenne de réponse rapide, nous créerons une capacité de départ autour de la brigade franco-allemande dans laquelle seront intégrés des éléments commandos belges et des éléments de reconnaissance luxembourgeois. Cette capacité européenne de réaction rapide pourra être renforcée par des troupes d’autres Etats intéressés et sera disponible pour des opérations européennes, des opérations de l’OTAN et des opérations conduites par l’Union européenne sous l’égide des Nations unies.

la création, au plus tard en juin 2004, d’un commandement européen de transport aérien stratégique, disponible pour des opérations européennes et de l’OTAN. Le programme A400M revêt une importance cruciale pour le développement d’une telle capacité européenne de transport aérien stratégique. A plus long terme, nous envisageons de créer, avec les Etats participant à ce programme, une unité commune de transport aérien stratégique et de subordonner cette unité au commandement européen de transport aérien stratégique. Par ailleurs, nous étudierons avec les Etats intéressés la création d’un commandement commun pour le transport stratégique (air, mer et terre).

La création d’une capacité européenne de protection NBC conjointe avec comme objectif la protection des populations civiles et des troupes déployées dans des opérations européennes.

La création, en liaison avec la Commission et ECHO, d’un système européen d’aide humanitaire d’urgence lors de catastrophes (EU-FAST – « European Union First Aid and Support Team ») permettant à l’Union européenne d’associer des moyens civils et militaires pour dépêcher dans les 24 heures une première aide humanitaire d’urgence. Ce système reposera sur la mise en commun de moyens et de capacités existants. Il s’agira d’un mécanisme collectif pour lequel les pays qui le souhaitent prendront la responsabilité à tour de rôle ;

la création de centres européens de formation : unité de formation tactique commun pour les équipages des A400M ; centre de formation des équipages d’hélicoptères ; rapprochement des cursus de formation à la mer des officiers de marine dans la perspective de la création d’une flotte-école européenne ; rapprochement des cursus de formation des pilotes des armées de l’air en valorisant les initiatives en cours, notamment dans le domaine tactique.

le renforcement des capacités européennes de planification opérationnelle et de conduite d’opérations. Les Etats membres de l’Union européenne ont décidé au Conseil européen de Cologne en juin 1999 de mener des opérations de gestion de crise en recourant aux moyens et aux capacités de l’OTAN ou de manière autonome.

Pour ce qui est des opérations pour lesquelles les moyens et les capacités de l’OTAN seront utilisés, un arrangement permanent entre l’Union européenne et l’OTAN a été mis en place. L’opération européenne dans l’Ancienne République yougoslave de Macédoine se déroule actuellement en application de cet arrangement, qui constitue l’un des piliers du partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’OTAN.

S’agissant des opérations de l’Union européenne sans recours aux moyens et capacités de l’OTAN, dans le prolongement des différentes propositions faites à la Convention, nous pensons qu’il est nécessaire d’améliorer les capacités de planification opérationnelle et de conduite d’opérations de l’Union européenne tout en évitant les duplications et concurrences inutiles entre capacités nationales.

A cette fin, nous proposons à nos partenaires la création d’un noyau de capacité collective de planification et de conduite d’opérations pour l’Union européenne. Ce noyau serait, pour emploi, renforcé par du personnel national. Ouvert à l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne qui le souhaitent, il aurait vocation d’établir des arrangements de liaison avec ses homologues nationaux. Afin d’assurer un lien étroit avec l’OTAN, il aurait également vocation à établir des arrangements de liaison avec le SHAPE, y compris sa possible utilisation en vue d’appuyer le DSACEUR dans son rôle de candidat premier pour assurer le commandement d’opérations menées par l’Union européenne avec recours aux moyens et aux capacités de l’OTAN.

Dans cet esprit, et jusqu’à la mise en place d’une telle capacité par l’Union européenne, les Etats intéressés établiront un noyau de capacité collective qu’ils mettraient à la disposition de l’Union européenne, en lieu et place de moyens nationaux, pour la planification opérationnelle et la conduite d’opérations menées par l’Union européenne sans recours aux moyens et capacités de l’OTAN. Une telle mise en commun de moyens permettrait d’éviter des duplications nationales et améliorerait l’interopérabilité de manière significative. La décision concernant la création d’une telle capacité pourrait être prise d’ici la fin de l’année avec l ‘ensemble des pays intéressés en vue de sa mise en place à l’été 2004 à Tervuren.

Dans le souci d’améliorer les capacités de commandement et de contrôle disponibles tant pour l’Union européenne que pour l’OTAN, les quatre ministres de la Défense entreprendront les démarches nécessaires en vue d’établir, pour l’année 2004 au plus tard, un quartier-général multinational déployable pour des opérations conjointes et qui serait basé sur des quartiers-généraux déployables existants.

*

Nous souhaitons pouvoir définir avec l’ensemble des Etats intéressés les contours de l’Union européenne de sécurité et de défense, qui contribuera au renforcement du pilier européen de l’Alliance atlantique, et mettre en œuvre les projets concrets destinés au rapprochement de nos outils de défense nationaux.

Dans cet esprit, nous souhaitons que ces propositions puissent faire l’objet d’un premier échange de vues lors du prochain « Gymnich » dans la perspective d’une présentation de travaux plus détaillée lors du prochain Conseil européen de Salonique./.

Sommet à Quatre sur la Défense. Un état-major européen avant la fin 2004 ?

(B2) Réunis en mini sommet sur la défense européenne à Bruxelles, les dirigeants français, allemands, belges et luxembourgeois tendent la main à leur alter ego britannique et se sont fixés une date butoir, fin 2004 pour aboutir à une avancée européenne.

Quatre pages dactylographiées, en caractères serrés pour donner un nouvel élan à cette défense dont l’Europe (lire les conclusions)

Le clan de la paix n’est pas un quarteron de putschistes

C’est dans une salle de conférence du Hilton de Bruxelles, transformé pour l’occasion en salle de presse, que les quatre leaders du « clan de la paix » (opposés à la guerre d’Irak) avaient choisi d’affirmer devant la presse leur volonté de donner « un nouvel élan » à cette politique de défense qui manque tant à l’Europe. Avec un leitmotiv : « n‘exclure personne« . « Toutes les avancées européennes ont eu pour origine l’initiative de quelques États » a expliqué Chirac, citant sans retenue le précédent franco-britannique de Saint Malo ! « Cette initiative est ouverte à tous les autres » a complété, le premier ministre belge, Guy Verhofstadt. « Nicht allein » (pas seuls) a renchéri Gerhard Schröder. « Nous ne sommes pas un quarteron de putschistes » a plaisanté Jean-Claude Juncker pour le Luxembourg. Coté propositions concrètes, même si les ‘Quatre’ se gardent bien de prononcer le mot, il s’agit de (re)créer un état-major européen permanent capable d’assurer la liaison des différentes forces de l’UE engagées sur le terrain, notamment pour les missions de maintien de la paix,… et avec l’Otan.

L’idée n’est pas neuve…

Pour éviter les mots qui fâchent, les Quatre ont d’ailleurs  trouvé un mot nouveau pour une proposition ancienne : créer un « noyau de capacité collective de planification et de conduite d’opérations ». L’idée, à défaut d’être neuve, est bien avancée. Le lieu est déjà trouvé, à Tervuren, le Versailles bruxellois. Et ce « noyau » devrait regrouper quelques dizaines d’officiers venus des pays volontaires. Ceux-ci ne seront pas vraiment dépaysés. Certains sont déjà à Bruxelles, de façon régulière ou semi-permanente, qui pour les besoins des réunions de l’Union européenne qui a (déjà) un état-major européen embryonnaire, qui pour les réunions de l’Otan et de son quartier général, le Shape, à Mons. Dans la même lignée, un commandement commun serait créé pour le transport aérien stratégique appuyé sur le programme A400M. Cette proposition, avec quelques autres, doit être présentée aux ministres des Affaires étrangères des ’25’ réuni en « gymnich » en Grèce ce vendredi. « Nous verrons alors comment cette idée sera reçue » estime un proche collaborateur du président Chirac. Qui aime l’Europe suive… pourrait-on dire !

(Nicolas Gros-Verheyde)


L’escapade chez les antiquaires

Pour joindre l’utile à l’agréable, Jacques Chirac et Guy Verhofstadt ont, en marge du sommet européen sur la défense, fait un petit croc-en-jambe au programme officiel en s’octroyant 20 bonnes minutes de chinoiseries chez une spécialiste du genre, Gisèle Croes, qui tient une galerie d’art chinois de la haute époque. En sortant, Jacques Chirac n’a pu s’empêcher de serrer quelques mains. « Il fait campagne » a proclamé, tout sourire Guy Verhofstadt, le Premier ministre belge qui parle en connaissance de cause, les élections législatives sont dans quelques jours… en Belgique.


Version complétée de l’article paru dans France-Soir avril 2003

Prévenir les conflits doit devenir la priorité européenne

• Il est moins cher de prévenir un conflit que de les guérir, tel doit être le nouvel axiome de la politique étrangère européenne
• L’Europe a du mal à parler d’une seule voix.

« Prévenir plutôt que guérir » tel doit être le nouvel axiome de la politique étrangère européenne a résumé le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, lors du premier débat organisé par la présidence suédoise autour de ce thème. « Il faut faire comprendre que les conflits sont souvent plus difficiles à résoudre que le fait de les prévenir » a-t-il ajouté. Les quinze ministres des affaires étrangères ont, avec une belle unanimité, opté pour cette orientation de la politique européenne, priorité de la présidence nordique, davantage basée vers la prévention des conflits que vers l’intervention militaire. « Parfois nous sommes arrivés trop tard, parfois nous ne voyons pas l’émergence du conflit« , a reconnu, de son coté le ministre italien des Affaires étrangères Lamberto Dini. « La prévention des conflits doit donc devenir partie intégrante de notre pensée normale ».

Cette politique se justifie, estime un rapport remis aux Quinze, car elle est « l’essence même de l’Union européenne, parfaite illustration d’une entreprise réussie de réconciliation, de stabilité et de prospérité ». Mais aussi et surtout car les « conflits entraînent des souffrances humaines et nuisent au développement économique ». En ce qu’ils « engendrent l’instabilité, réduisent les échanges commerciaux, menacent les investissements, et font peser une lourde charge financière due aux coûts de la reconstruction, les conflits sont contraires aux intérêts de l’Union européenne ». De plus « Les dépenses liées à la prévention des conflits sont faibles si on les compare à ce qu’il en coûte de réparer les dommages causés par un conflit ». Dans cette nouvelle politique, l’Union européenne a un rôle particulier à jouer, car elle est devenue, au fil du temps, le premier fournisseur d’aide au développement et d’aide humanitaire dans le monde, et également le partenaire commercial le plus important. Plusieurs ministres comme l’anglais Robin Cook, se sont cependant demandé si les Européens faisaient « réellement tout », notamment pour limiter la vente des armements « vers l’Afrique, par exemple ». Et le secrétaire au Foreign Office, d’appeler les Européens et les pays candidats à l’Union européenne (UE) à lutter ensemble contre le trafic des armes légères qui « ne devraient pas alimenter les groupes rebelles, mais seuls les gouvernements ».

L’enjeu essentiel pour l’Union n’en reste pas moins de faire preuve de cohérence « en associant les bons instruments et en les utilisant dans un ordre judicieux, en temps opportun et de manière intégrée » estime le rapport. La complémentarité doit ainsi être développée à plusieurs niveaux : entre les instruments et moyens disponibles, entre les activités des États membres et celles de la Communauté ainsi qu’entre l’Union et ses partenaires internationaux. Car passé l’engagement des mots, la politique extérieure européenne demeure balbutiante. C’est ce qu’ont souligné deux autres rapports soumis aux ministres, l’un par la présidence suédoise, l’autre par le Haut représentant à la politique extérieure, Javier Solana. Celui-ci a ainsi déploré que « l’introduction par chaque nouvelle présidence d’un nouveau plan de travail et de nouvelles priorités » ne permet pas d’atteindre cet objectif.

La politique extérieure de l’Union européenne demeure encore par trop incohérente. Les rares décisions prises par ce conseil des ministres lundi en témoignent. Le thème de l’uranium appauvri qui pourrait avoir causé quelques dégâts en matière de santé et d’environnement n’a ainsi qu’à peine été effleuré. Anna Lindh, la ministre suédoise des Affaires étrangères, a bien assuré que «l’Union européenne entend travailler avec le maximum de transparence » sur ce dossier.

Mais la position des ministres est davantage attentiste, pour ne pas dire atlantiste. « Ce n’est pas à l’Union européenne de traiter de ce dossier en priorité. Il faut attendre les rapports de l’Otan » a ainsi estimé le ministre des affaires étrangères français, Hubert Védrine. Quant à la situation en république du Congo, si l’Union européenne a dépêché officiellement le Représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs, Aldo Ajello, « en vue d’ évaluer la situation après la disparition du président Kabila », celui-ci n’y sera pas seul. Il sera en effet précédé du ministre belge des affaires étrangères, Louis Michel, qui effectue une tournée de plusieurs jours dans les six pays de la région. L’Europe a, encore, quelques difficultés à parler d’une seule voix et à se déplacer d’un seul et même pas…

(NGV)

(article paru dans La Tribune 2001)