Le fantôme du bloody sunday hante la défense britannique

(B2) Le ministère britannique de la Défense étudie actuellement les moyens de renforcer la protection juridique de ses soldats engagés en Irlande du Nord au siècle dernier.

Une accusation de meurtre pendante

C’est la révélation, qu’un ancien sergent du régiment de parachutistes est accusé de tentative de meurtre pour avoir blessé peut-être deux personnes lors du Bloody Sunday à Londonderry en 1972 (1) qui a suscité cette levée de bouclier. « Nous sommes actuellement en train de consulter de nouvelles institutions pour améliorer le système actuel et veiller à ce qu’il n’y ait pas d’attention injuste et disproportionnée sur les anciens membres des forces armées et des policiers », a indiqué le ministère de la Défense.

Une amnistie bloquée par les protagonistes du conflit

Le principe d’une amnistie générale avait été évoquée. Mais elle a jusqu’ici été bloquée par les deux protagonistes du conflit : le Sinn Fein, entend que des soldats britanniques puissent être poursuivis pour leur action, tandis que les protestants du DUP craignent que cela n’autorise l’impunité des anciens de l’IRA. Plusieurs députés conservateurs se sont émus de cet état de fait, faisant circuler un email, parvenu au quotidien Telegraph, qui reproche au Premier ministre de ne pas avoir instauré de délai de prescription pour les anciens soldats faisant l’objet d’une enquête criminelle.

Une enquête criminelle toujours en cour

Le service de police d’Irlande du Nord (PSNI) a, en effet, ouvert une enquête sur un meurtre après le rapport Saville de 2010 qui avait conclu que les personnes tuées ou blessées le dimanche sanglant étaient innocentes. Mais cette enquête traîne en longueur. Elle est hautement sensible, mais se heurte aussi à des difficultés d’ordre technique et juridique, comme Sir Hugh Orde, l’ancien chef de police du PSNI (de 2002 à 2009), l’a confié au  programme Spotlight de la BBC. « Il est très clair qu’après 50 ans, les chances de parvenir à des preuves permettant à un procureur de pouvoir engager des poursuites sont extrêmement faibles. » Les chances sont même « hautement improbables », juge-t-il.

(1) Des militaires d’un régiment de parachutistes de l’armée déployés pour maintenir l’ordre avaient ouvert le feu sur des manifestants de droits civiques, faisant 14 morts (13 morts durant la manifestation, un quatorzième décédé plus tard).

Israël proteste toujours contre la loi polonaise sur l’holocauste. Varsovie persiste et signe

(B2) Entre Tel Aviv et Varsovie, l’atmosphère ne semble pas apaisée, après la publication de la loi punissant d’une amende et jusqu’à trois ans de prison, toute déclaration attribuant à la nation polonaise la responsabilité » (cf. encadré). Les propos du Premier ministre T. Morawiecki à Münich, qui frisent avec la volonté de réécrire l’histoire, comme l’appel du président du Sénat polonais à la communauté polonaise l’incitant à dénoncer tout acte mettant en cause une possible collaboration des Polonais durant la Seconde Guerre mondiale avec le nazisme, n’a pas vraiment arrangé les choses.

De nombreux Polonais ont aidé les Nazis, rappelle Israël

Le ministère israélien des Affaires étrangères continue de réagir très vivement, comme il vient de le faire aujourd’hui sur twitter, ajoutant un commentaire à un article paru peu avant dans le Haaretz (1).

« La preuve que de nombreux Polonais ont aidé les nazis et perpétré leurs propres crimes odieux contre les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est accablante » indique-t-il. « Toute tentative d’effacer cette partie du l’Holocauste doit être combattue par tous ceux qui accordent de la valeur à la vérité et cherchent à s’assurer que les crimes de cette époque ne se répètent jamais. »

L’huile sur le feu du président du Sénat

Les autorisés polonaises, au lieu de tenter d’apaiser la polémique, ont remis de l’huile sur le feu. La longue lettre du président du Sénat polonais, Stanisław Karczewski, adressée aux « 20 millions de Polonais et personnes d’origine polonaise », « pour la promotion du bon renom de la Pologne » est les enjoignant à dénoncer les faits « d’antipolonisme » ! est plutôt inappropriée (2).

« Je vous prie de documenter et de dénoncer toute manifestation d’antipolonisme, ainsi que les écrits ou opinions nous portant outrage. Je vous prie d’informer nos ambassades, nos consulats ou les consuls honoraires de toute déclaration mettant en cause le bon renom de la Pologne. »

Commentaire : Une histoire qu’on ne peut retracer en noir et blanc

L’histoire, douloureuse, de la Seconde guerre mondiale est difficile à retracer dans une atmosphère de « noir et blanc », comme tente de le faire le gouvernement polonais du PiS. Il est certain que le gouvernement polonais en exil à Londres à l’époque n’a pas ménagé sa peine pour alerter sur le sort des Juifs, auprès des Alliés de l’époque. Plusieurs demandes d’actions adressées aux Alliés britanniques notamment, se sont heurtés à un veto. Il est faux également de dire que, de façon officielle, la Pologne a « collaboré » avec les Nazis, contrairement à l’attitude plus qu’ambigüe de certains gouvernements occidentaux (la France en particulier) qui ont non seulement tacitement approuvé cette politique mais même prêté le concours de leurs forces de police… Les camps d’extermination, mis en place par les Nazis, et tous situés sur le territoire polonais, ont été mis en place par les Nazis, non le gouvernement polonais, ni gardés des agents polonais (3) ; ils ne peuvent être dénommés de « camps de la mort polonais », n’étant pas mis en place par le gouvernement polonais.

Si la plupart des camps d’extermination installés par les Nazis l’ont été en Pologne, c’était par « commodité » — la plus importante communauté juive d’Europe se trouvant en Pologne —, et non du fait de la collaboration de la population

Pour autant inscrire dans une loi, la répression de toute accusation de collaboration de la Nation polonaise est totalement maladroit, mais de plus une tentation de faire taire les parties tragiques de l’histoire européenne. L’heure du pardon est venue, pas celle de l’oubli. Avec un tel acte, le gouvernement PiS a commis une faute impardonnable, qui ne le grandit pas aux yeux des Européens. Une tache qui le poursuivra durant des années. C’est dommage pour la Pologne et les Polonais qui ont sans doute été une des nations les plus héroïques durant la Seconde guerre mondiale.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Le texte de la loi polonaise

Le texte proposé par le gouvernement polonais a été ratifié par le président de la république, A. Duda le 6 février 2018, et doit entrer en vigueur dans les trois mois. Formellement, il consiste en un amendement à la loi instituant l’Institut du souvenir national (Instytucie Pamięci Narodowej) (modification de l’article 55 et 55a).

Il sanctionne les personnes (§1) qui : « en public et contre les faits, attribue à la nation polonaise ou à l’État polonais, la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis commis par le Troisième Reich […], ou pour d’autres délits qui constituent des crimes contre la paix [ou] l’humanité ou [qui sont] des crimes de guerre, ou qui autrement réduit grossièrement la responsabilité des auteurs réels de ces crimes » « d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans. Le jugement doit être rendu public. »

Il prévoit (§2) une atténuation de la peine « si l’auteur de l’acte […] a agi involontairement ». La personne est seulement « passible d’une amende ou d’une peine [communautaire] » (restriction de liberté sans peine de prison).

Il prévoit cependant une clause d’exemption (§3) « si l’acte a été accompli dans le cadre d’une activité artistique ou intellectuelle ».

Mais le texte prévoit une application extraterritoriale et quelle soit la nationalité. Cette loi s’applique en effet « indépendamment de la réglementation localement contraignante sur le lieu où l’acte interdit a eu lieu, […] aux citoyens polonais ainsi qu’aux étrangers ».


(1) Le quotidien Haaretz a publié il y a une semaine (11 février) un article intitulé « Orgy of Murder’: The Poles Who ‘Hunted’ Jews and Turned Them Over to the Nazis ». « Plus de 200 000 Juifs ont été tués, directement ou indirectement, par des Polonais lors de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y avait pas de spectateurs dans l’Holocauste » souligne-t-il s’appuyant sur les travaux de l’historien Jan Grabowski, enseignant à l’université d’Ottawa, qui a étudié particulièrement le sentiment d’antisémitisme en Pologne.

(2) Cette lettre a été diffusée tout à fait officiellement par les réseaux diplomatiques polonais et disponibles ainsi sur le site de l’ambassade polonaise en France.

(3) Un recensement, inestimable, des gardiens d’Auschwitz, a été effectué par l’Institut (polonais) de la mémoire nationale (IPN), avec publication en ligne d’une base de données début 2017, contenant les noms des différents gardiens SS et collaborateurs. Lors du lancement, Mateusz Szpytma, le numéro deux de l’IPN, affirmait qu’aucun nom de collaborateur polonais ne s’y trouvait pour une raison simple : « Au moment où les Allemands ont lancé une opération de recrutement [pour le camp], l’Etat clandestin a interdit aux Polonais d’y répondre et elle a abouti à un échec ». Une affirmation totalement fausse : il suffit de parcourir la base deux minutes pour tomber rapidement sur un homme de nationalité polonaise, membre de groupe de SS ou travailleur dans le camp. Mais c’est loin d’être une majorité.

(crédit photos : musée d’Auschwitz-Birkenau / carte : IPN)

Retour sur les manifestations de 1986 et la mort de Malik Oussekine

(crédit : INA)

(B2) C’était il y a trente ans… Malik Oussekine décédait dans la nuit du 6 décembre dans le quartier latin, après une sévère dérouillée par des policiers peu avares de coups de matraque. Pour tous ceux qui étaient étudiants à l’époque, cela sonnait comme un tournant… Pour moi en particulier, cela sonnait comme une interrogation.

A l’époque, à tout dire, jeune étudiant à Paris I Sorbonne, j’étais devenu responsable du service santé étudiant. En gros, le service mis en place par la coordination étudiante pour assurer les secours en interne. Nous étions assez discrets.

Plusieurs dizaines d’étudiants dans les différentes facs

Nous avons réussi à rassembler plusieurs dizaines d’étudiants (secouristes, étudiants infirmiers ou médecins), souvent venus des facs en médecine. Des équipes disséminées aux quatre coins des facultés en grève et des cortèges, qui ont permis d’encadrer les manifs, de donner les premiers secours… et de faire remonter des informations. Cela a été assez improvisé, en quelques minutes sur un coin de table, entre les trois universités parisiennes (Sorbonne, Jussieu, Tolbiac) en pointe dans le mouvement. Mais cela a plutôt bien fonctionné. C’était aussi un vrai poste d’observation de la vie politique de cette petite coordination étudiante comme des débordements de part… et d’autre.

Des équipes en binômes

Ces équipes (par binômes à pied, voire moto ou véhicules ) avaient trois rôles essentiels :

1) en rythme normal de manifestation, soigner les petits bobos essentiels d’un rassemblement de personnes — du malaise à l’ampoule — ;

2) en rythme « confrontation », assurer le secours à des personnes blessés ou choqués dans la « bataille » : malaises dans la foule, tirs lacrymogènes,…

3) pouvoir apporter des témoignages sur la situation sur place, les éventuelles violences policières (un questionnaire avait même été mis au point).

Elles étaient structurées en équipes de niveau 1 (petits soins), de niveau 2 (+ médicaments) et de niveau 3 (au niveau central, avec du matériel plus lourd d’évacuation : brancard souple, O2, etc.). On avait réussi aussi à avoir du petit matériel de transmission radio (talkies walkies à l’époque).

Au niveau central, on avait plusieurs tâches, durant les manifestations : il s’agissait de localiser les différentes forces en présence pour mettre à même d’évacuer aussi vite que possible, non seulement côté pompiers/Samu/Croix-rouge mais aussi des forces de police. Nous étions arrivés à une connaissance assez fine ainsi des différentes compagnies (CRS, gendarmes mobiles, compagnies de  district).

Après les manifestations, la tâche était moins gaie : recenser le nombre de blessés, légers ou plus graves, localiser où ils avaient été évacués, rassurer ou aiguiller les familles voire chercher un enfant perdu ou (moins gai) aller à la morgue pour vérifier qu’un signalé disparu n’avait pas fini dans la Seine ou sur la table de l’IML (l’Institut médico-légal). Ce recensement nous a permis de dire que le bilan côté étudiant était largement supérieur à ce qui avait été indiqué officiellement (voir encadré). Nombre d’étudiants ont souvent été soignés, in situ, et sont allés consulter ensuite, dans leur province, chez un médecin ou leur hôpital local.

Un fonctionnement « plastique »

Chacune fonctionnait avec son cortège, son université, de façon à bien connaître qui y était. Il n’y avait pas en soi de coordination centrale du service de santé, chacun agissant — selon les instructions définies — et la situation propre sur place. Nous étions quelques uns à assurer la liaison à la fois avec les Services d’ordre (SO) étudiants, les services de secours classiques (SAMU, Sapeurs Pompiers) ou exceptionnels mobilisés pour la circonstance (Croix-Rouge, Protection civile, Armée), ainsi qu’avec les autorités (Préfecture de police) (1).

Cette intervention a parfois un peu dépassé la notion même de secours, agissant à la fois en observateurs permanents (voir encadré), voire en prévention en cas de tension croissante (2). Ce dispositif a un peu volé en éclat, lors des confrontations ; les binômes « santé » étant parfois disjoints de leurs cortège. Mais il a continué de fonctionner néanmoins. La plasticité du dispositif — avec des directives assez simples et claires mais une liberté d’application et d’improvisation au gré des circonstances — a permis de faire face à toutes les situations.

Le dispositif de croix-verte — choisi de faire toute confusion avec d’autres sigles — permettait de distinguer les effectifs. Il a été reconnu par les effectifs de sécurité, même au plus fort des affrontements, sauf des voltigeurs qui, à vrai dire, matraquaient un peu tout le monde, y compris les passants.

Une méthode d’extraction et de soins

La méthode de secours mise en place différait totalement de la méthode ordinaire habituellement suivie en région parisienne : il s’agissait 1° d’extraire au plus vite la personne de la zone « troublée » ou de la zone de foule, 2° de faire un bilan et faire quelques gestes rapides (pansements…) dès qu’on était dans une zone calme et 3° le plus rapidement possible d’évacuer soit vers la première ambulance disponible (Croix-Rouge essentiellement, pompiers, voire ambulance militaire), voire une pharmacie de garde (pour un petit bobo), soit directement vers l’hôpital le plus proche. En gros, on faisait du « take and run » (3), selon la méthode anglo-saxonne plutôt que la méthode française de soin sur place.

Cette méthode avait un avantage : segmenter les interventions, utiliser à bon escient chacun des outils — les binômes dans la foule, les ambulances dans les rues avoisinantes pour pouvoir dégager plus vite par les latérales — pour qu’ils puissent très vite réintégrer leur dispositif. L’évacuation rapide des blessés/malaises avait aussi un autre atout : éviter tout attroupement, tout énervement qui aurait ajouté davantage à l’angoisse — ou à la colère — des étudiants.

Nous avions listé à l’intention de tous nos binômes la méthodologie d’évacuation (télécharger le doc distribué) comme le matériel une cartographie des structures hospitalières d’urgence (à l’intention notamment des étudiants de province, nombreux lors des manifestations). Et nous avions une liaison étroite (par radio) avec les ambulances présentes sur place (Croix-Rouge, Samu, etc.). Au besoin, nous avons même fait des « évacuations moto » (ce qui plutôt hétérodoxe dans la doctrine de secours française) pour des blessés légers (4).

La nuit du 6 décembre

Le soir du 5 décembre, après une manifestation longue, plus calme cependant que celle du 4 décembre, la plupart des responsables de la Coordination étudiante avaient déserté le terrain, partis en meeting, réunion ou ailleurs. J’étais alors seul sur le terrain en responsabilité. Et nous avons fait le point avec les équipes de secours, où s’était placé le PC mobile des Croix-Rouge, le long du boulevard St Michel.

La question était lancinante : maintient-on le dispositif ? Pour combien de temps ? Vers 23h, la situation était claire pour moi : la manifestation étudiante était terminée, les derniers éléments étaient dispersés. S’il restait des groupuscules autour d’Odéon jouant à cache cache avec les policiers, cela ne concernait plus la manifestation.

Nous avons décidé de donner l’ordre de lever le camp selon les termes : « la manifestation est close. Les derniers éléments sont rentrés chez eux. A partir de maintenant, il ne s’agit plus de manifestation. Mais d’éléments individuels. On n’a plus d’utilité en tant que structure exceptionnelle. Cela ressort des forces de secours « ordinaires » et non plus du dispositif « manifestation ». Nous avons donc convenu de lever le camp.

Je suis remonté à pied le long du Boul’Mich. Rien ne laissait planer un changement d’évaluation. Puis moitié à pied, moitié en stop jusqu’à chez moi (par hasard, non loin de Meudon, où habitait Malik et sa famille). Le lendemain tôt le matin, j’apprenais la mort de l’étudiant malgré l’intervention du Samu. Les premières déclarations des ministres de l’Intérieur mettant en cause la santé fragile de l’étudiant pour dédouaner toute faute de la police — « si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit » disait R. Pandraud — ont eu un effet dévastateur, provoquant colère et stupéfaction.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Retour sur la manifestation du 4 décembre

On peut ainsi cerner deux éléments qui complètent l’hagiographie officielle des évènements. Pour compléter les services d’ordre étudiants, décision avait été prise au sein de la Coordination étudiante de faire appel à des groupes d’extrême-gauche (LCR et autres) et non pas aux services d’ordre des syndicats (plus habitués à ce genre d’évènement). Tous n’ont pas vraiment joué le jeu de l’ordre, préférant semer le trouble.

Le rôle trouble d’un certain service d’ordre étudiant

Certains d’entre eux ont mené une attitude volontairement offensive, provocatrice, vis-à-vis des forces de l’ordre, en particulier lors de la manifestation du 4 décembre, qui avait vu plus d’un demi-million d’étudiants battre le pavé parisien (selon nos propres estimations). Ils couraient en avant, se détachant de plus en plus du cortège. Ils ont « laissé passé » ou « reçu » le renfort de divers groupes « autonomes » (à partir du niveau de la gare Montparnasse). Ceux-ci n’avaient rien de pacifiques Ils étaient organisés en petites unités, très mobiles, armées de battes, de barres de fer et autres, et se situaient très en avant des premiers éléments de la manifestation.  L’intention était claire : en découdre… Ces différents éléments (plusieurs centaines) étaient déjà en posture place des Invalides se livrant à plusieurs heurts avec les forces de police, alors que le gros de la manifestation était encore loin. Quand les premiers contingents de manifestants, totalement pacifiques et débonnaires, sont arrivés sur la place, la situation était déjà plus que tendue…

Un affrontement inévitable

L’affrontement était inévitable. Quelques centaines d’étudiants et autres voulaient pénétrer en direction du Palais Bourbon. Les forces de l’ordre avaient reçu l’ordre de les en empêcher, avec les méthodes traditionnelles (grenades lacrymogènes, avancées en format bouclier). La pluie de pavés, cailloux et objets en tout genre (bouteilles) sur les forces de l’ordre était assez notable. Les petites unités, organisées, faisaient des « charges » au pas de course puis se retiraient ; elles disparaissaient totalement au moment des charges de police. Le service d’ordre étudiant (officiel) faisait tout ce qu’il pouvait pour éviter une confrontation, formant une chaîne pour éviter tout contact. Mais il a été très vite débordé et reçu peu de renforts, comme de consignes. Certains d’entre eux ont été blessés par les projectiles lancés par les étudiants.

Un climat de champ de bataille

Le climat fait de cris, et d’insultes en tout genre, d’un côté ; de lacrymogènes et d’avancées — qui se voulaient dissuasives mais ne faisaient qu’ajouter à la tension — a joué tout autant que des éléments objectifs pour faire de la place des Invalides une scène de bataille là où elle aurait dû être une manifestation pacifique. Au bout de plusieurs heures de présence, la volonté publique était de « nettoyer » la place, sans ménagement, pour éviter tout « kyste » manifestant. Le bilan de la manifestation en termes de blessés est largement supérieur au bilan officiel : au moins 300 blessés (5).

Le rôle trouble des « compagnies de quartier »

Si les lignes des gendarmes mobiles ont attendu stoïquement l’ordre d’intervenir — puis se sont mises en branle ensuite de façon inexorable —, les compagnies de quartier (basés dans les commissariats et peu entraînés à une situation à demi-insurrectionnelle) ont réagi de façon beaucoup plus épidermique, plus anticipative, plus désordonnée, avec l’utilisation de leurs armes de façon peu conventionnelle. Portant les mêmes insignes que les CRS, ils ont souvent été confondus avec eux (6), mais ne présentaient pas les mêmes qualités d’entraînement ni d’ordre… Selon nos localisations, ce sont ainsi de leurs rangs — placés parfois en seconde ligne, derrière les gendarmes mobiles — que sont venus nombre d’incidents graves, notamment les tirs tendus.


(1) La préférence avait été donnée aux services « blancs », non rattachés à la préfecture de police (Samu, Croix-rouge) plutôt qu’aux autres (Pompiers, Protection civile), sauf urgence vitale ou impossibilité de rejoindre rapidement.

(2) Cette méthode a été utilisée notamment dans les débuts de la manifestation, après le matraquage (malheureux) d’un passant un peu vindicatif par le SO (service d’ordre) de la manifestation. Comme quoi, les petites frappes n’étaient pas que d’un côté…

(3) Rien de très original à cela, une méthode issue de la médecine de guerre, mais assez peu usitée à l’époque, où le principe était de soigner sur place (cf. attentats de 1986). Cette méthode a été reprise lors des récents attentats.

(4) Certaines forces de police avaient – même après le 6 décembre – la fâcheuse posture de se mettre en avant, au plus près de la manifestation. Ce qui n’avait pas vraiment pour effet de calmer la situation, au contraire. A plusieurs reprises, on a réussi à faire dégager ces cordons de sécurité. Ce qui a eu un effet immédiat : pacifier le défilé (sans renier un pouce aux forces de l’ordre).

(5) Pour la grosse manifestation du 4 décembre, la protection civile a fait 172 interventions : 146 soins sur place + 26 évacuations dont 50% de CRS, et 2 hospitalisations pour soins graves. La Croix-Rouge a procédé à plus de 200 interventions : 130 soins sur place + 85 évacuations et 26 décharges (soins qui auraient nécessité une évacuation mais refusée par les bénéficiaires). 24 heures après, 12 personnes restaient hospitalisées en soins plus ou moins graves à Laennec, Ambroise Paré, La Pitié, Boucicaut et Hotel Dieu.

(6) Ces compagnies (dites d’intervention) portent les mêmes insignes et équipements à deux petites exceptions près : l’écusson cousu sur leur uniforme ne porte pas la mention des CRS mais de Police nationale (mais les couleurs et la disposition est quasiment identique) ; ils n’ont pas la ligne jaune sur le casque typique des CRS.

immeuble détruit à Budapest 1956 (archives personnelles © B2 / NGV)

Il y a 60 ans, la révolution de Budapest, une vraie guerre urbaine

immeuble détruit à Budapest 1956 (archives personnelles © B2 / NGV)

Immeuble détruit à Budapest 1956 (archives personnelles © B2 / NGV)

(B2) Le souvenir de la révolution s’est émoussé… Et on oublie que ce qui a commencé le 23 octobre 1956 et a duré juste quelques semaines jusqu’au 4-5 novembre (11 novembre pour les derniers combats) dans les rues de Pest, de Buda et des alentours a été une vraie bataille urbaine, la dernière sans doute du continent européen avant les batailles yougoslaves à l’horizon des années 1990 (1).

Ce ne sont pas seulement quelques étudiants, ouvriers et intellectuels qui se soulèvent (une véritable révolution au sens marxiste du terme). C’est en effet une partie de la police hongroise et de l’armée hongroise (2)(3) qui basculent en quelques heures, quelques jours, avec armes et bagages du coté des insurgés. Seule la police politique fortement armée (AVH) reste fidèle en fait aux forces d’occupation. Les premiers tanks soviétiques font irruption dans la capitale hongroise le 24 octobre à 2 heures du matin alors que les insurgés s’emparent, après des combats, du bâtiment de la radio. Le mouvement militaire avait été préparé quelques jours avant (4). La première intervention militaire soviétique tourne rapidement court. La défaite semble au coin de la rue. Les tanks et troupes soviétiques (5) se heurtent à une résistance, inattendue. Le cocktail Molotov devient une denrée prisée d’autant que les tanks, lourds, sont difficiles à manœuvrer dans les rues étroites. Les quelques cas (rares) de fraternisation ou de réticence à l’intervention des premières troupes intervenant — dont certaines étaient basées en Hongrie — font craindre une certaine débandade. Les troupes se retirent (un peu)…

Une première victoire illusoire

Ce qui apparait alors comme une première victoire des insurgés tient en fait surtout d’une prudente retraite militaire, le temps de reconstituer les forces, de faire venir des renforts (plus sûrs) en nombre, et d’intervenir de façon plus décisive. Toute la négociation politique qui s’ensuivra peut apparaître ainsi factice en fait. La décision de Imre Nagy (le Premier ministre de la révolution) d’ouvrir le pluralisme politique et de proclamer la neutralité de la Hongrie seront un point de non-retour pour le Kremlin. Mais il semble acquis que les décisions militaires ont été largement anticipées pour faire tomber le pouvoir des insurgés.

La prise de contrôle des points stratégiques

La plupart des aéroports du pays (Tököl, Pápa et Veszprém…) sont gardés ou repassent sous le contrôle des soviétiques (c’est le cas de l’aéroport de Budapest-Ferihegy le 3 novembre). Officiellement il s’agit d’évacuer les blessés, ainsi que les familles des militaires et les civils ; près de 200 appareils sont mobilisés dans cette opération. Mais surtout ils assurent des points stratégiques pour la suite de l’opération et, au passage, permettent de geler toute possibilité de réaction des forces aériennes hongroises.

Une ruse de guerre : faire tourner les troupes

La plupart des tanks soviétiques qui se retirent effectuent en effet un mouvement tournant, se retirant de la capitale hongroise, pour réapparaitre ensuite dans un autre lieu. Des renforts sont appelés en nombre, venant d’Asie centrale notamment, car jugés plus sûrs ou moins acquis à la sensibilité occidentale que ceux stationnés dans les pays du bloc. « Sur la frontière orientale, après deux jours (27 et 28 octobre) d’immobilité relative, de nouveaux mouvements de troupes ont été observés » mentionne le rapport de l’ONU. A Záhony, le poste frontière de Transcarpathie, près de l’actuelle Ukraine « au moins 100 chars étaient situés sur le territoire hongrois, tandis qu’une force considérable d’infanterie motorisée, avec des véhicules d’artillerie et de soutien des unités de chars, se déplace vers l’ouest en direction de Nyíregyháza ». Le lendemain, « 133 chars légers et 80 du dernier modèle de chars lourds [T-54] franchissent la frontière à Záhony, faisant plus que compenser les quelques chars et véhicules d’infanterie [ont fait un mouvement contraire] se déplaçant vers l’est de Nyíregyháza ».

Des renforts plus sûrs…

La seconde intervention, dans la nuit de 3 au 4 novembre, est donc autrement plus conséquente. Le nombre de troupes engagées est conséquent : environ 2500 tanks et 1000 autres véhicules sont ainsi en Hongrie le 3 novembre. Et entre 75.000 et 200.000 hommes sont mobilisés. L’aviation est également mobilisée pour écraser les derniers foyers de révolte (notamment aux alentours des usines de la périphérie de Budapest : Csepel ou Dunapentele). L’hésitation du pouvoir hongrois — compréhensible pour éviter de donner des arguments aux intervenants — a permis au rouleau compresseur soviétique de faire son œuvre rapidement.

A-réaction européenne

Les occidentaux ne réagiront pas vraiment autrement qu’en paroles. Les Français et Britanniques sont partis faire le coup de feu à Suez. Les Américains sont occupés à les arrêter… avec l’appui des Russes. Moscou a le champ libre pour remettre la Hongrie dans le « droit chemin »… Le dernier appel de la Radio Kossuth (la radio nationale passée aux mains des insurgés) en anglais, allemand et russe, avant d’être mise hors service résonnera dans le vide.

“This is the Hungarian Writers’ Union! We appeal for help to writers, scholars, writers’ associations, academies, scientific organizations and the leaders of intellectual life all over the world. Our time is limited! You all know the facts, there is no need to explain them. Help Hungary! Help the Hungarian people! Help the Hungarian writers, scholars, workers, peasants and intellectuals! Help! Help! Help!”

Le prix lourd payé par la population, l’armée soviétique violemment touchée

60 ans après, le bilan reste donc encore flou. L’armée soviétique paiera cependant un prix qui parait lourd pour quelques semaines de batailles. Le bilan communément admis est de 700 morts et plusieurs milliers de blessés, dans les rangs soviétiques, en quelques jours. Il serait supérieur selon le rapport récent d’un officier général hongrois, sans atteindre cependant des bilans exagérés donnés sur le moment (6). Côté hongrois, on parle de 2500 à 3000 morts dans tout le pays (dont 1800 / 2000 pour la seule capitale) sur les deux semaines d’insurrection. La majorité sont des jeunes : plus d’un sur cinq a moins de 20 ans, plus d’un sur quatre a entre 20 et 39 ans. En tout, 13.000 personnes auraient été traitées dans le cliniques et hôpitaux hongrois durant les évènements (sans compter donc les blessés légers qui n’ont pas été hospitalisés mais soignés dans les postes infirmiers mobiles). Si on fait un ratio, cela donne donc 1 côté forces armées contre 3 ou 4 coté insurgés. Ce qui donne la valeur de l’intensité des combats et de la résistance.

La très forte intensité des combats illustrée par les bâtiments

Près de 20.000 appartements ont été endommagés à Budapest dont 2200 complètement détruits, soit 4,1% du parc immobilier de la ville selon un bilan établi par la ville en février 1957 (7). La photo illustrant cet article donne une idée de l’intensité des combats. Entre 170.000 et 200.000 Hongrois quittent le pays en quelques jours pour se réfugier dans les pays voisins :l’Autriche en premier lieu ou la Yougoslavie (8).

(Nicolas Gros-Verheyde)

On peut lire avec profit le rapport publié par l’ONU un an après les évènements en 1957, très éclairant, à télécharger ici

(1) Les évènements ont commencé plus tôt notamment à Szeged, ville étudiante du sud du pays. Les étudiants manifestant pour obtenir de meilleures conditions de vie, de travail, et la liberté d’expression, dans la foulée de ce qui s’est passé en Pologne.

(2) Lors des premières manifestations, le 23 octobre, on compte 800 cadets de l’académie militaire en uniforme parmi les manifestants.

(3) L’armée hongroise comprend alors neuf divisions d’infanterie, deux divisions blindées «mécanisés», quatre brigades d’artillerie, un bataillon de génie chimique, une brigade de cavalerie, un régiment de signaux, une brigade de communication et trois régiments blindés lourds. Au total 250.000 hommes. La force aérienne dispose de plus de 500 appareils : une division de combat composée de trois régiments, chacun composé de 120 avions, six échelons simples qui équivalent à un régiment de 120 avions, un régiment aérien de 50 avions et un régiment de chasseurs-bombardiers avec 37 avions. La flotte du Danube dispose de deux brigades fluviales et la police de sécurité de plusieurs régiments d’infanterie armée et d’unités blindées.

(4) Les 20-21 octobre, des ponts flottants ont été assemblés à Záhony sur la frontière hongroise-soviétique. Le 21 et 22 octobre, dans les régions voisines de la Roumanie, tous les congés des officiers soviétiques et des officiers de réserve de langue hongroise ont été supprimés. Le 22 octobre, des mouvements de forces basées en Hongrie occidentale sont observés se déplaçant en direction de Budapest.

(5) Les Soviétiques avaient deux divisions stationnées en Hongrie avant le soulèvement : la 2e et et la 17e divisions blindées, une force d’environ 20.000 hommes et 600 chars. A ceux-là sont venus s’ajouter des renforts venus de Roumanie voisines, les 32 et 34e divisions blindées basées à Timisoara.

(6) Sans atteindre le chiffre de 7000 Russes tués et 25.000 Hongrois décédés cités par le Premier ministre indien Nehru en décembre 1956.

(7) Un premier bilan mentionnait 40.000 appartements endommagés dont 23.000 sérieusement et 4000 complètement détruits.

(8) Lire : Remember 1956 Viktor Orban ! Quand les Européens étaient un peu plus solidaires

Ken Clarke, l'homme qui a sauvé le SME, selon JC Juncker (Ici avec la commissaire Viviane Reding et le Polonais Igor Dzialuk lors d'un conseil Justice, novembre 2011, crédit : CUE / Archives B2)

Quand l’Euro fut sauvé par … un Britannique

Ken Clarke, l'homme qui a sauvé le SME, selon JC Juncker (Ici avec la commissaire Viviane Reding et le Polonais Igor Dzialuk lors d'un conseil Justice, novembre 2011, crédit : CUE / Archives B2)

Ken Clarke, l’homme qui a sauvé le SME, selon JC Juncker (Ici avec la commissaire Viviane Reding et le Polonais Igor Dzialuk lors d’un conseil Justice, novembre 2011, crédit : CUE / Archives B2)

(B2) C’est Jean-Claude Juncker lui-même qui l’a raconté lors de son passage à Paris, pour les 20 ans de l’Institut Delors. C’était à l’été 1993, à l’heure du système monétaire européen quand l’Europe était (déjà) en crise. Un pan de l’histoire européenne oublié… L’actuel président de la Commission européenne était alors ministre des Finances du Grand Duché.

L’ambiance n’est alors pas à la fête. La spéculation fait rage. L’Allemagne, en pleine période de réunification, refuse d’intervenir davantage. La France — c’est alors le Premier ministre Edouard Balladur, qui est aux commandes — propose l’exclusion de l’Allemagne. La lire italienne, a déjà quitté le SME en septembre 1992. L’explosion du SME semble proche…

Quand le SME a failli exploser

« J’ai vécu cette période où nous étions enfermés dans le système monétaire européen, où chaque troisième dimanche les ministres des Finances devaient se déplacer à Bruxelles pour procéder à des réalignements, pour revoir de fond en comble les réalités économiques qui faisaient que du soir au matin les productions dans un pays devenaient trop chères et les autres productions profitant de dévaluations compétitives, c’est-à-dire de dévaluations contre les autres, allaient mieux.»

La révolution de l’Euro

« A tout cela fut mis un terme grâce à la création de la monnaie unique qui doit en fait sa création à Jacques Delors, puisqu’il a présidé en ’88 le groupe Delors qui a présidé un comité fait notamment de gouverneurs et il a convaincu cette troupe difficile de la nécessité et de la justification de la monnaie unique. »

Quand Berlin et La Haye voulaient quitter le SME

« L’Allemagne et les Pays-Bas voulaient quitter le système monétaire européen. [En tant que] Luxembourgeois, petit ministre des Finances, j’étais dans l’embarras parce que les données fondamentales luxembourgeoises étaient bien meilleures que celles de l’Allemagne et des Pays-Bas. Nous ne pouvions [cependant] pas vraiment quitter le système monétaire européen parce que nous n’avions pas de monnaie, puisque nous avions le franc belge. Si le Luxembourg avait quitté avec les Allemands et les Néerlandais le système monétaire européen, le franc belge se serait retrouvé à moins 30-40 % le lendemain. »

Quand Londres sauve l’Euro

C’est en fait un ministre des Finances britannique qui a sauvé l’euro. Les Douze étaient alors réunis à Bruxelles, pour réaligner les différentes monnaies… C’était le lendemain de la mort du Roi Baudouin. Juncker était alors ministre des finances du Grand-Duché.

« [Nous] étions réunis à Bruxelles le lendemain de la mort du Roi Baudouin, pour réaligner les différentes monnaies. (…) Kenneth Clarke [alors] Chancelier de l’échiquier, a pris la parole et a dit: « Le Royaume-Uni a un opt-out et nous n’adopterons pas la monnaie unique, mais nous l’adopterons un jour, et je voudrais que mes petits-enfants puissent payer en euro« , qui ne s’appelait pas encore comme ça, « mais si vous laissez les Allemands et les Néerlandais quitter le système monétaire européen pour vous mettre sous commandement français, vous n’aurez jamais la monnaie unique et comme je veux que mes petits-enfants disposent de la monnaie unique, vous n’avez pas le droit de faire ce que vous êtes en train de concocter« . »

(NGV)

La fiche de prison de Spinelli datant de 1937 (crédit : www.altierospinelli.orgvia Rivista on line, le magazine du centre John Hopkins de l'université de Bologne, http://www.jhubc.it)

Retrouvailles à Ventotene

La fiche de prison de Spinelli datant de 1937 (crédit : www.altierospinelli.orgvia Rivista on line, le magazine du centre John Hopkins de l'université de Bologne, http://www.jhubc.it)

La fiche de prison de Spinelli datant de 1937 (crédit : www.altierospinelli.orgvia Rivista on line, le magazine du centre John Hopkins de l’université de Bologne, http://www.jhubc.it)

(BRUXELLES2) Les dirigeants des trois grands pays européens — qui ne sont plus que trois avec le départ du Royaume-Uni — le Premier ministre italien Matteo Renzi, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande se retrouvent lundi sur l’île de Ventotene pour réfléchir, avant le sommet informel à ’27’ de Bratislava le 16 septembre, … à l’avenir de l’Europe et préparer les prochaines échéances européennes. Espérons que l’air du large et l’atmosphère chargée d’histoire du lieu leur permettra de se dégager des contraintes du terre-à-terre et d’être un peu plus ambitieux et… concrets.

Une ile symbolique

C’est là que furent emprisonnés par le régime de Mussolini les militants communistes et autres opposants au fascisme, notamment Altiero Spinelli et Ernesto Rossi. C’est de cette île, au printemps 1941, qu’est écrit un « Projet de Manifeste » « Pour une Europe libre et unie » (Per un’Europa libera e unita. Progetto d’un manifesto), un des principaux textes fondateurs de l’idée européenne, qui a irrigué la résistance italienne durant la guerre, et au-delà, et a servi de fondement au Mouvement fédéraliste européen créé à Milan en 1943. C’est là qu’Altiero Spinelli est enterré, en 1986, dans le cimetière de Ventotene.

Retirer au nationalisme les moyens de nuire

L’idée du « Manifeste de Ventotene » est « simple » — écrit Bernard Poignant, conseiller de François Hollande (2), le jour du centenaire de la naissance de Spinelli — « les Etats nationaux souverains ne sont plus en mesure de garantir la sécurité de leurs citoyens. Ils ne savent plus promouvoir des échanges commerciaux pacifiques. Leur horizon est borné à la conquête des pays voisins les plus faibles. Leur nationalisme écrase tout et est devenu leur credo. Il faut donc malgré eux et contre eux sauver la civilisation européenne. Pour cela il n’existe qu’une seule solution : retirer aux Etats des pans substantiels de souveraineté. »

Sur du papier à cigarettes au fond d’une boîte en fer

La façon même dont ce texte a vu le jour, permet d’en mesurer la teneur. « Il fallait tenir ce texte secret et ils le cachèrent dans le double fond d’une boîte en fer ». « Ils n’avaient pas de papier, matériau jugé dangereux par les fascistes. Ils l’écrirent par conséquent sur du papier à cigarettes. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : L’Italie appelle à un Schengen de la Défense. L’appel sera-t-il entendu ?

Télécharger le manifeste de Ventotene (traduit en Français) par l’institut des études fédéralistes Altiero Spinelli

(1) Lire sur l’histoire du pénitencier de Santo Stefano

(2) Ancien maire de Quimper et eurodéputé (PS)

David Mandelson a torpillé la candidature de Ashton de Haut représentant, selon les Américains - visite de Peter Mandelson à la Commission européenne le 6 novembre 2009 (crédit : CE / archives B2)

2009… Quand David Cameron torpillait la candidature de Tony Blair

David Mandelson a torpillé la candidature de Ashton de Haut représentant, selon les Américains - visite de Peter Mandelson à la Commission européenne le 6 novembre 2009 (crédit : CE / archives B2)

Peter Mandelson a caressé, un moment, le désir de prendre la place de Haut représentant puis, une fois, la candidature de Ashton présentée n’a eu de cesse de la dénigrer, selon un conseiller de Hillary Clinton. – Visite de Peter Mandelson à la Commission européenne le 6 novembre 2009, crédit : CE / archives B2)

(BRUXELLES2) La façon dont les Américains ont suivi les différentes évolutions des candidats (surtout britanniques) aux postes européens lors de la composition de la Commission en octobre et novembre 2009 est intéressante. Les avis contenus dans les mails reçus par Hillary Clinton de la part de son conseiller diplomatique (révélés par Wikileaks), à base d’analyses personnelles ou de revue de presse sont plus que tranchés et révélateurs d’un climat à couteaux tirés entre Torys et Travaillistes, et au sein du Labour sur la répartition des postes européens…

Les tories vent debout contre la candidature de Blair : sur le principe

« Tony Blair a perdu ses chances. Les Tories ont monté une campagne contre lui, pas seulement parce qu’ils ne veulent pas de lui mais parce qu’ils ne veulent pas d’un président de l’UE efficace. » note Sidney Blumenthal (1), dans un email adressé à la Secrétaire d’Etat le 27 octobre 2009. Le leader de l’opposition, David Cameron, se range alors du côté de la branche anti-EU. Sa lettre appelant ouvertement le président tchèque à ne pas ratifier le Traité de Lisbonne sonne comme une guerre ouverte envers les autres dirigeants européens. Selon les Américains, dans une manoeuvre intrigante, (les Tories) évoquent aussi ouvertement le nom de David Miliband comme « ministre des affaires étrangères de l’UE si Tony ne devient pas président de l’UE », ce même si Miliband « a nié tout intérêt (pour le poste) et soutient Tony ». « Une partie de la campagne anti-Blair égrenée par les Tories, (vise) à blesser Miliband s’ils le peuvent ». La candidature de Miliband était cependant soutenue à la fois par « Sarkozy et aussi par (Gordon) Brown (devenu Premier ministre britannique en juin 2009) qui n’y était pas opposé et même favorable ».

Une tentative désespérée de Mandelson pour obtenir le poste

Quand il s’avère que Miliband refuse de rejoindre ce poste, l’ancien commissaire européen au Commerce (et alors ministre chargé du Business, de l’Energie et de l’Industrie), Peter Mandelson prend le relais, faisant personnellement campagne pour son propre compte parmi les Européens. Au départ, cependant, Mandelson avait « hâte que Miliband prenne le poste de l’UE. Ce qui lui aurait libéré la possibilité d’être nommé ministre (britannique) des Affaires étrangères ». Lorsque Miliband refuse, « l’ambition de Mandelson a été contrecarrée. Il a donc essayé de saisir la position de l’UE pour lui-même, mais sans aucun soutien en Europe ou de Gordon (Brown) ».

De la folie pensent les Européens

« Les Européens pensaient qu’il était devenu fou. Ils se sont rappelé son mauvais comportement voire étrange comme commissaire européen. » Lorsque Cathy Ashton a été nommée, Mandelson a mené campagne dans la presse sur son manque de crédits, etc. C’est là le début d’une campagne qui reposait en partie sur de bons arguments mais qui sera nourrie tout au long des premiers mois de Cathy Ashton de l’intérieur : l’équipe Mandelson, d’abord, l’équipe Barroso ensuite. La Haute représentante n’ayant pas fait vraiment grand chose pour accréditer le contraire, facilitant ainsi la tâche de ses détracteurs.

(NGV)

(1) ancien assistant et conseiller spécial du président Bill Clinton. Homme de confiance de Hillary Clinton, il fait sa campagne aux primaires démocrates de 2008 et lui servit durant ses fonctions de conseiller ‘officieux’.

(crédit : Commission européenne)

Le destin d’Edgard

(crédit : Commission européenne)

(crédit : Commission européenne)

(B2) 97 ans c’est un bel âge pour mourir surtout après avoir vécu comme Edgard Pisani. Un homme à plusieurs facettes.

Présumé être le père de la Politique agricole commune, il n’est pas que çà. C’est aussi un apôtre de la dissuasion nucléaire à la française, et un spécialiste du budget de la défense. C’était d’ailleurs sa « spécialité » au début de sa carrière politique. En 1958, il s’est aussi opposé à l’état d’urgence du général de De Gaulle. Des Européens, il est connu pour avoir été le chantre d’une « vraie » politique de développement européenne (il en a été le commissaire européen de 1981 à 1984). En France, il est plus connu pour son rapport (avec L. Fabius) rédigé en 1985, prônant un statut d’indépendance – association pour la Nouvelle Calédonie. Rapport très critiqué mais qui finalement était assez visionnaire puisque le référendum d’auto-détermination est prévu… l’année prochaine (Pisani aurait eu 100 ans).

Né Britannique devenu Français

Né Britannique à Tunis un certain jour d’octobre 1918, un mois juste avant l’armistice, il connait une carrière interrompue par la guerre. Diplômé du Lycée Louis-le-Grand, de la Sorbonne et de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale (IHEDN), son destin parait tracé : la haute administration. La guerre l’interrompt. Démobilisé, il passe chez les « renégats »…  Autrement dit la Résistance.

Renégat devenu préfet de police et dir. cab ministériel

A la libération, il est nommé chef de cabinet du préfet de police, en 1944, puis deux ans plus tard directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur. Après un court passage en préfecture, de Haute Loire (le plus jeune préfet, à 28 ans), il occupe durant quasiment un an (janvier – décembre 1947) le poste de directeur du cabinet du ministre de la Défense, François Billoux. Il est alors nommé préfet de Haute-Marne, dont il fera son chef lieu comme sénateur.

Un spécialiste des enjeux de la défense nationale

Elu en 1954, réélu ensuite, il siège (notamment) à la commission de la défense nationale et se passionne pour la question du budget de la défense nationale. Il est rapporteur d’une proposition de loi sur la réforme du recrutement de l’armée. Il sera rapporteur de la commission de la défense nationale sur plusieurs projets (l’organisation générale de la défense nationale, les réservistes, etc.). Il défend un budget de défense qui puisse «  refléter la capacité d’anticipation » sur les grands enjeux futurs, estimant plus important de définir des hiérarchies et des responsabilités que d’accumuler du matériel militaire. NB : Edgard Pisani n’aura pas que ces sujets dans son escarcelle de sénateur, le logement social, les finances des collectivités locales et surtout l’agriculture et les revenus des agriculteurs, territoire rural obligent. Ce qui aura de l’importance pour la suite…

La dissuasion nucléaire facteur de puissance

En 1956, il corédige, avec son collègue de Maupeau, un rapport qui met en lumière les perspectives de l’énergie atomique pour la Défense nationale et plaide pour que la France se dote « d‘une politique de dissuasion nucléaire afin de se maintenir au rang des grandes puissances ».  Européen convaincu, il vote en 1957 pour la création du marché commun et de l’Euratom. En mai 1958, Edgard Pisani vote contre l’état d’urgence estimant que le gouvernement a déjà de fait les pleins pouvoirs. Et argue pour une solution de confédération nord-africaine. Mais en juin 1958, il vote les pleins pouvoirs au général De Gaulle et la révision constitutionnelle.

Le père de la PAC et d’une « autre » politique de développement

Gaulliste, il a été ministre à plusieurs reprises de 1962 à 1967 dans les gouvernements de Michel Debré comme Ministre de l’Agriculture (c’est là qu’il conçoit ce qui deviendra la PAC, la politique agricole commune), et de Georges Pompidou, comme Ministre de l’Équipement. Il se détachera du gaullisme pour adhérer au parti socialiste en 1974. Revenu au sénat sous Giscard en 1974 il en démissionne après l’élection de François Mitterrand en mai 1981 pour partir à Bruxelles comme commissaire européen chargé du Développement, remplaçant Claude Cheysson appelé comme ministre.

Le père d’une politique plus moderne du développement

La Commission des Communautés européennes est alors dirigée par le Luxembourgeois Gaston Thorn. On y trouve quelques noms « mythiques » comme l’Italien Lorenzo Natali à la politique méditerranée et l’Elargissement, le Belge Etienne Davignon à l’Industrie, le Néerlandais Andriessen à la Concurrence. A Bruxelles, Pisani laissera une certaine trace. Il est l’auteur du rapport sur la politique de développement de 1982 (2) prélude au renouvellement des accords de Lomé III qui seront signés en 1984 et qui introduisent une innovation importante : passer du financement de projets épars au financement de politiques plus intégrées. Il avait participé auparavant à la commission dirigée par Willy Brandt qui avait abouti en 1980 à un rapport prônant la redéfinition des relations Nord – Sud.

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : Il est le père de l’économiste Jean Pisani-Ferry, directeur de Bruegel.

(*) Sur lequel tous les étudiants en affaires européennes ont planché… à l’époque

Tony Blair lors de la présidence britannique de l'UE - ici à Hampton court (crédit : Commission européenne, archives B2)

Comment mieux surveiller les flux de migrants. Cf. 2005 !

Tony Blair lors de la présidence britannique de l'UE - ici à Hampton court (crédit : Commission européenne, archives B2)

Tony Blair lors de la présidence britannique de l’UE – ici à Hampton court (crédit : Commission européenne, archives B2)

(B2) En farfouillant dans mes archives, j’ai retrouvé ces conclusions d’un sommet européen, tenu fin décembre 2005, sous la présidence britannique de l’Union (Tony Blair en exercice à l’époque). Elles faisaient suite à la réunion informelle tenue à Hampton Court en octobre 2005. C’était il y a dix ans. On a l’impression que c’était il y a un siècle ! Mais les recommandations des ’25’ (à l’époque) paraissent tout à fait actuelles…

« Des mesures devront être prises pour réduire les flux de migration clandestine et les pertes en vies humaines, assurer le retour des immigrants illégaux dans de bonnes conditions de sécurité, apporter des solutions plus durables aux réfugiés et renforcer les capacités afin de mieux gérer les migrations, notamment en maximisant les avantages pour tous les partenaires de l’immigration légale, tout en respectant pleinement les droits de l’homme et le droit de demander l’asile. » indiquaient les conclusions.

Cette réunion ne s’arrêtait pas là, elle établissait une série d’action à mettre en oeuvre durant l’année 2006. Je ne résiste pas à l’idée de vous citer aussi quelques unes des pistes envisagées :

lancer, le plus tôt possible dans le courant de l’année 2006, une étude de faisabilité portant sur le renforcement du contrôle et de la surveillance de la frontière maritime méridionale de l’UE, à savoir la Méditerranée, et sur la mise en place d’un réseau méditerranéen de patrouilles côtières auquel participeraient des États membres de l’UE et des pays d’Afrique du Nord.

• Examiner si la mise en place, d’ici fin 2006, d’un système de surveillance qui devrait couvrir toute la frontière maritime méridionale de l’UE et la Méditerranée est techniquement faisable.

• Mettre en place, le plus tôt possible dans le courant de l’année 2006, des réseaux régionaux d’officiers de liaison « immigration » en y associant des pays ou des régions prioritaires, et présenter des rapports, d’ici mai 2006, sur l’immigration clandestine et la traite des êtres humains, avec l’assistance, le cas échéant, des officiers de liaison « immigration » présents dans les principaux pays.

• Présenter, d’ici le printemps de 2006, une proposition de création d’équipes de réaction rapide constituées d’experts nationaux capables de fournir une assistance technique et opérationnelle rapide en période d’afflux importants de migrants.

Dix ans après ! Ce serait intéressant de voir où on en est (1). J’ai comme l’impression qu’on pourrait reprendre plusieurs de ces prescriptions pour les appliquer aujourd’hui…

(NGV)

(1) Seule la dernière me semble à peu près appliquée (les équipes Rabit de Frontex, mais de façon limitée encore).

Un train pour la Suisse

Remember 1956 Viktor Orban ! Quand les Européens étaient un peu plus solidaires

Un train pour la Suisse

Un train pour la Suisse

(B2) Octobre 1956, la révolution de Budapest vient d’être écrasée dans le sang, les frontières sont ouvertes, le régime a laissé les frontières ouvertes, préférant voir passer à l’étranger une majorité de sa jeunesse et les fauteurs de trouble. Près de 200.000 Hongrois fuient en Autriche, d’abord, et en Yougoslavie ensuite, puis sont réinstallés dans plusieurs pays. Une certaine solidarité se met en place…

Un flux régulier et rapide

En quelques jours, entre la fin octobre et le 7 novembre, 15.000 Hongrois arrivent en Autriche, dont 10.000 Hongrois pour le seul week-end du 4 au 6 novembre, témoigne le HCR. La semaine suivante, cela s’accélère. A la mi-novembre, 36.000 réfugiés sont arrivés. « L’exode s’amplifie, atteignant 80.000 fin novembre, avec un maximum atteint de 8500 personnes atteint en une seule journée » écrit Louis Henry dans la revue Population (publié par Persée, télécharger ici). Et le flux continue les mois suivants. Nous sommes en plein hiver. Il fait froid. La neige a fait son apparition. L’Autriche ouvre des camps, des écoles. Les particuliers, les églises se mobilisent. En Yougoslavie, les hotels de la côte sont réquisitionnés pour accueillir les réfugiés. Au total, jusqu’à début mars 1957, 173.000 hongrois arrivent en Autriche, et 18.600 arrivent en Yougoslavie. Vienne et Belgrade accueillent mais demandent l’aide et la solidarité des Européens et des Occidentaux.

La réinstallation non sans difficultés

Un plan de réinstallation est mis en place, non sans difficultés… Une note interne à l’OTAN retrace les appels à l’aide de l’Autriche et de la Yougoslavie et leurs difficultés à prendre en charge cette masse de réfugiés sur une durée longue. « Les gouvernements autrichien et yougoslave ne peuvent à eux seuls prendre soin de ces réfugiés, les entretenir et leur fournir les secours immédiats dont ils ont besoin. (…) En dépit d’une aide financière considérable accordée par les gouvernements et de source privée, les gouvernements autrichien et yougoslave ont jusqu’à présent supporté une part excessive de cette charge » poursuit la note du comité politique de l’Alliance (à télécharger ici).

Des Européens un peu plus solidaires

Mais, à l’échelle de l’évènement, et de la situation d’aujourd’hui, on peut remarquer que la mobilisation et la prise en charge est rapide. « C’était le premier mouvement dans lequel les réfugiés étaient reconnus en masse » souligne António Guterres, le Haut commissaire aux réfugiés (HCR), en 2006, lors de la commémoration des 50 ans de cet exode. « Nous avions réinstallé 100 000 personnes dans les dix premières semaines ce qui, je crois, est inimaginable aujourd’hui. » Fin février 117.000 Hongrois sont ainsi repartis d’Autriche vers plusieurs pays, grâce à une politique de « quotas » d’accueil mis en place.

Mais la France et les Etats-Unis… déjà très pingres

L’accueil est très inégal cependant. En chiffres absolus, ce sont les Etats-Unis (28600), le Royaume-Uni (18700), le Canada (13600), l’Allemagne (11600), la Suisse (10300) et la France (8900) qui accueillent le plus grand nombre des réfugiés en chiffres absolus. Mais, en part relative (par rapport à la population), c’est la Suisse (2000 réfugiés par million d’habitants), Israel (910/million habitants), le Canada (850/million) et la Suède (550 par million) qui font le plus d’effort. Plusieurs pays (Australie, Allemagne, Canada, Royaume-Uni, Norvège, Suède et le Venezuela) lèvent rapidement les plafonds indiqués au préalable ou l’augmentent de façon notable. L’Allemagne (déjà !) s’engage à accueillir, à elle seule, 10% des réfugiés. C’est le seul « grand pays » à dépasser la barre de 500 réfugiés par million d’habitants accueillis. Au final, ce sont les Etats-Unis et la France qui sont les plus pingres, qui accueillent le moins de réfugiés…« Résultat conforme à leur attitude restrictive en matière d’accueil des réfugiés » écrit Louis Henry.

Commentaire : le Premier ministre Hongrois, Viktor Orban, et les dirigeants de l’Est de l’Europe, qui se réunissent en sommet ce vendredi, à Prague, devraient se rappeler la solidarité qui a marqué l’accueil de réfugiés, à commencer par l’Autriche et l’Allemagne qui ont assuré. A l’époque, l’Autriche qui se relevait à peine de la Seconde guerre mondiale aurait pu fermer ses frontières. Et l’Europe aurait pu laisser tomber l’Autriche et la Yougoslavie. Cela n’a pas été le cas… Un peu de décence, et tout simplement de mémoire historique, serait bienvenu de la part de ses dirigeants. Mais le manque de solidarité n’est pas l’apanage des pays d’Europe de l’Est. On peut remarquer la position plutôt gênée, et pour tout dire peu généreuse de la France comme du Royaume-Uni. A l’extérieur de l’Europe, les Etats-Unis tout comme la Russie, qui ont une part de responsabilité dans le drame syrien et sont également membres du Conseil de sécurité de l’ONU, devraient faire un effort notable.

JeanZay

Pour Jean Zay

JeanZay(B2) Une campagne parcourt certains milieux de droite, y compris certains militaires, hostiles à l’accueil de Jean Zay au Panthéon. Ils prennent prétexte de certains passages d’un de ses poèmes, Le Drapeau, violente ode contre la guerre de 1914-18, écrit par Jean Zay quand il avait 19 ans, en 1921, pour refuser son entrée au Panthéon (*).

Une vision très partielle et partiale de l’histoire

Ils choisissent ainsi un seul passage de toute la carrière d’un écrivain et d’un homme politique pour en salir sa mémoire. Ministre en 1939, Jean Zay avait choisi, à ce moment, de démissionner. Ce n’était pas le cas de tout le monde… C’était même une exception. Il s’est, ensuite engagé comme sous-lieutenant dans l’armée. Il est mort assassiné par la milice à Molles, dans l’Allier, tout proche de Vichy, le 20 juin 1944.

Un hommage à la pluralité de la République

Le Panthéon sert à honorer les morts de la République dans sa globalité et sa pluralité. Ce n’est pas les Invalides. Il y a sans doute des centaines de personnes qui pourraient « mériter » le Panthéon. Mais rendre hommage à une personne sert aussi à symboliser une certaine fraction de l’engagement français de l’époque. En refusant d’honorer Jean Zay, certains responsables ne veulent voir qu’une partie de l’histoire. Ils poursuivent ainsi l’oeuvre d’une presse qui, durant la guerre, menait une campagne antisémite. Ce n’est pas digne …

(Nicolas Gros-Verheyde)