Un Conseil européen fractionné en quatre minorités de blocage

(B2) Les dernières évolutions au sein du Conseil européen démontrent une évolution intéressante. Il n’y a plus de majorité très nette. Ce qui peut expliquer certains blocages actuels

Les dernières élections au Danemark et en Finlande ont vu une victoire des socio-démocrates, aux dépens des Libéraux, tandis que les chrétiens-démocrates (PPE) de Sebastian Kurz ont dû céder le pouvoir en Autriche à un gouvernement technique (indépendant). La Lettonie a fait le chemin inverse basculant du centre gauche vers le PPE. Et cette évolution n’est pas près de s’arrêter.

Au final, il n’y a plus de parti réellement dominant, mais un rééquilibrage quasi parfait entre les trois forces principales… et donc minoritaires. Le parti populaire européen (PPE) détient neuf sièges (avec l’indépendante lituanienne D. Grybauskaite), les socio-démocrates huit sièges, les centristes libéraux sept sièges, et l’Autriche est représentée par un gouvernement technique (indépendant). Aucun de ces partis, même en alliance avec un autre, n’a la majorité. Les trois groupes sont condamnés à s’entendre, d’autant qu’ils comptent chacun un grand pays leader (Espagne pour les socialistes, France pour le centre libéral, Allemagne pour les chrétiens-démocrates).

La donne se complique encore par la présence de conservateurs eurosceptiques dans trois pays (et trois ‘grands pays’) et l’unité réaffirmée des Visegrad. Les quatre pays de l’Est (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie), malgré des appartenances à des partis politiques différents, n’entendent plus se laisser dicter un consensus décidé par d’autres. Alliés aux conservateurs, ils détiennent une minorité de blocage. La Britannique Theresa May a ainsi affirmé récemment ne pas vouloir interférer dans le choix des 27, mais ne pas pouvoir non plus approuver un candidat qui ne serait pas dans les intérêts du Royaume-Uni.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Elections 2019 : premières tendances générales

(B2) La physionomie du nouveau Parlement européen présente des nationalistes toujours plus forts, des Verts en très bonne forme et un groupe centriste des libéraux démocrates qui s’installe dans le rôle d’arbitre d’une nouvelle majorité

Soirée électorale au Parlement européen, dimanche 26 mai, B2/Hélène Court-Fortunaz.

La montée de la droite nationaliste rend encore plus rude la chute de la droite chrétienne démocrate. Sur la partie gauche de l’hémicycle, les socialistes perdent aussi, mais relativement moins sévèrement que prévu. La gauche radicale ne profite pas du mouvement des Gilets jaunes qui s’était déplacé jusqu’à Bruxelles ce dimanche.

NB. Ces chiffres sont en partie des résultats définitifs et des estimations à la sortie des urnes. Ils restent donc à confirmer par les résultats officiels. V3 Mise à jour mardi 28 mai, 15h41.

Premières tendances générales

La participation électorale est plus élevée qu’aux dernières élections, de 10 points en moyenne. Elle est de 50,95%. Cela marque une rupture et l’inversion d’une tendance depuis 1979 où le taux de participation, alors de 61,99%, n’a fait que décroitre.

Les chrétiens-démocrates du PPE perdent aussi du terrain, voire s’effondrent comme en France. Dans d’autres, comme en Hongrie, ils restent très forts. Mais ils ne disposent plus, avec le groupe S&D, de majorité absolue au sein de l’assemblée.

Les sociaux-démocrates amortissent la chute. Ils conservent la deuxième place en tant que groupe dans le nouvel hémicycle.

Les libéraux démocrates percent en France. L’alliance ALDE + Renaissance comme nouveau groupe a d’ailleurs été officialisée ce dimanche soir. Avec une centaine de députés, il se place au troisième rang et peut prétendre à jouer le faiseur de majorité.

Les Verts ont le vent en poupe, à commencer par l’Allemagne où ils atteignent le score de 22%. Ils reviennent en Autriche. Et en Irlande où ils font une percée surprise et fulgurante, à 15%. Ils s’installent nettement à la quatrième place.

Les nationalistes s’imposent. Ils grimpent, même à Chypre où cela ne suffit toujours pas pour décrocher un siège. Ils gardent la première place en France. Même si ce n’est pas la grande vague. Le groupe s’installe et prospère.

Les conservateurs – dans l’attente du vote des britanniques – ne semblent pas faillir tant que ça.

La gauche radicale sauve les meubles.

Un Parlement très morcelé

Projection du Parlement, mise à jour mardi 28 mai, à 13h15

La dernière projection du nouveau Parlement avec les résultats de 28 États membres confirme la poussée des Verts, forts de 69 députés. Le groupe ALDE+R atteint son objectif et dépasse la centaine (107). Il se place en troisième position derrière le PPE, qui reste premier avec 177 députés mais en perd 44 par rapport à 2014, toujours suivi du groupe du S&D, deuxième avec 149 députés qui perd lui 42 élus.

Trois autres groupes sont au coude à coude : les conservateurs (62 députés) qui perdent la troisième place en même temps que 8 sièges, les droites nationalistes ENL (54 députés) et le EFDD (54 députés) *. Le groupe de la gauche radicale tombe à l’avant-dernière place, avec 39 députés (chute de treize), devant les Autres (28) qui seront à ranger dans les différents groupes et les 8 non inscrits.

(Emmanuelle Stroesser)

(*) Attention ! Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Sauf déclaration précise, les partis sont reclassés dans les groupes auxquels ils appartenaient dans l’ancien Parlement. Ces chiffres pourraient donc évoluer. Lire aussi : résultats pays par pays

Libéraux, démocrates, et autres ‘Renaissance’, le groupe charnière

(B2) Au centre de l’hémicycle européen, les libéraux et démocrates veulent jouer le rôle principal pour forger de nouvelles majorités dans la future assemblée. Le pari suppose de réussir à élargir la famille au-delà de la seule République en marche côté français. Quitte à laisser tomber la pastille libérale pour insister sur les tendances progressistes et démocrates

La cohésion du parti se mesure au nombre de têtes de liste pour les Européennes. Pas moins de sept candidats principaux composent la ‘Team Europe’, dont la Danoise Margrethe Vestager, actuelle commissaire à la concurrence, qui se verrait bien première femme à présider la Commission européenne, ou l’Italienne Emma Bonino, une vraie passionnée de l’Europe, revenue en politique après un cancer qui a failli l’emporter.

Des bases (plus ou moins) solides

Au Danemark, les assises sont relativement stables. A peine bousculés par les socio-démocrates, les libéraux de Venstre (V/ALDE), membres de la coalition au pouvoir, assurent une deuxième position (autour de 18 % des intentions de vote). Le Parti social libéral Radikale Venstre (B/ALDE), plutôt centre gauche, auquel appartient Margrethe Vestager, reste à un à score très modeste (6%), mais équivalent à 2014. Les deux partis devraient donc au moins conserver respectivement deux sièges et un siège.

Des hauts…

« A strong C’s is a strong ALDE ! » proclamait le président du Parti de l’Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe (ALDE), Hans van Baalen, fin avril, ravi de saluer la progression de Ciudadanos aux législatives anticipées en Espagne. Le parti centriste espagnol pourrait multiplier par cinq son nombre d’élus, passant de deux à la dizaine. Et ainsi contribuer à gonfler les effectifs du groupe des libéraux démocrates. Sourires également de rigueur en Allemagne. Le parti libéral allemand (FDP) remporterait entre 7 à 8% des voix selon les sondages. Relativement faible mais constant depuis le début de la campagne. C’est surtout deux fois mieux qu’en 2014. Les libéraux autrichiens de NEOS devraient également dépasser leur score de 2014.

Mais aussi des bas

En Italie, c’est l’ancienne commissaire à l’aide humanitaire Emma Bonino (parti Radical) qui tient la tête de liste de Più Europa, une coalition de centre gauche de plusieurs partis dont le parti socialiste et le parti républicain. Mais, selon les sondages, elle frôle le seuil de 4% et risque donc de ne pas envoyer d’élus.

En Belgique, les libéraux flamands d’Open VLD, et son médiatique leader, Guy Verhofstadt, président sortant du groupe au Parlement européen, semblent en recul par rapport à 2014, victimes de la poussée de l’extrême droite comme des Verts en Flandre. Tandis qu’en Wallonie, l’alter ego libéral Mouvement réformateur tient sa ligne.

Le parti du centre moderne SMC, en Slovénie, avec la commissaire (au transport) Violeta Bulc tête de liste de la « Team Europe », n’est lui pas crédité d’assez de voix pour espérer un élu. En Finlande, le centre (KESK) perdrait des voix et un député. En Hongrie, le parti Momentum Mozgalom frôle la barre de seuil des 5%.

L’émergence d’un nouveau groupe

Tous les regards sont donc tournés vers la France et la liste ‘Renaissance’ portée par La République en marche (LREM), le parti du président français Emmanuel Macron. Son appel à l’émergence d’un nouveau groupe au centre de l’échiquier, pro européen bien sûr, pour succéder au groupe ALDE actuel a été reçu avec espérance. Mais cela suppose d’aller piocher à gauche et à droite. La moisson est pour l’instant faible si ce n’est quelques ralliements individuels que n’ont pas encore confirmés les partis.

Un élargissement à gauche : des tentatives bien floues

Certes le premier ministre socialiste, Antonio Costa, a apporté son soutien, le 11 mai, dans un tweet, au président français et à une Europe progressiste, appelant le 20 mai, sur le perron de l’Elysée, « à une grande coalition des démocrates et progressistes » au niveau européen. Mais une alliance ne signifie pas une fusion. Et rien ne dit encore que les huit députés socialistes portugais (selon les sondages) quitteront le groupe S&D. Loin de là. De même, l’ancien chef de gouvernement italien Matteo Renzi a apporté son soutien « à son ami Macron ». Mais cela signifie-t-il que son parti démocrate ralliera le nouveau groupe ? Ce n’est pas impossible. Le parti démocrate a toujours hésité entre le groupe des socialistes et celui des libéraux et démocrates. Mais tous les députés italiens, notamment ceux issus de la gauche, franchiront-ils le pas ? Là encore les pistes sont brouillées.

(Emmanuelle Stroesser)

Lire notre dossier sur les élections : N°67. Élections européennes 2019 (V6)

Retrouvez nos analyses des groupes politiques :

Les socialistes européens en quête d’un sursaut salvateur

(B2)  Les élections européennes vont être une étape douloureuse pour les socialistes européens, dont le nombre de députés au Parlement européen va chuter. Mais du fait des nouvelles distributions des groupes, les élus de la rose rêvent toujours d’isoler le parti populaire européen (PPE) et de s’imposer comme la première force dans l’hémicycle

Pedro Sanchez au soir de la victoire du PSOE espagnol aux élections législatives (28 avril). Victoire socialiste qui pourrait bien ne pas se reproduire au niveau européen (Crédit : AFP)

Les socialistes en perte d’influence en Europe

Si le groupe remonte dans les sondages depuis deux semaines, cela ne doit pas cacher une tendance de fond en Europe : le déclin des partis sociaux-démocrates et socialistes. Le groupe va perdre du poids, passant de 185 députés actuels à 150 maximum, selon les dernières prévisions. L’effondrement du Pasok grec, tombé sous la barre des 5% en 2015, n’était qu’un tir de semonce. Depuis, le recul s’est généralisé : aux Pays-Bas, en France, et dimanche dernier encore en Italie. Au sein de l’Union européenne, la famille socialiste ne participe plus au pouvoir que dans dix États membres.

Chute du noyau dur : Italie, Allemagne et Royaume-Uni

Aujourd’hui, trois pays dominent le groupe : l’Italie avec 31 députés, l’Allemagne avec 27 députés et le Royaume-Uni avec 18 députés. Cet équilibre va évoluer, avec une chute conséquente des partis socialistes dans ces trois pays. Si les Italiens devraient rester la première nationalité dans le groupe, ils n’obtiendraient que 18 sièges, selon les meilleurs pronostiques. Même constat chez les Allemands. Le SPD, jusqu’ici maillon structurant de la famille socialiste européenne, devrait perdre plus de 10 sièges. Pour le Parti travailliste britannique, la chute devrait être plus réduite, avec une délégation pouvant aller jusqu’à 15 députés.

Les Espagnols en position de force ?

Selon les derniers sondages, les socialistes espagnols pourraient obtenir jusqu’à 18 sièges, soit cinq de plus qu’actuellement. Fort de cette probable victoire, le PSOE se place en leader de la social-démocratie européenne. Après des présidences italiennes et allemandes, un Espagnol pourrait prendre la tête du groupe politique. La liste menée par le ministre Josep Borrell travaille déjà à Bruxelles pour tenter une telle ascension.

Les socialistes français, futurs grands absents ?

Pour les socialistes français, mai 2019 pourrait être une véritable hécatombe. En mars 2019, le Parti socialiste a choisi de se ranger derrière Place Publique pour les Européennes, renonçant ainsi à présenter son propre candidat comme il le faisait pourtant depuis 1979. Malgré cette union, les sondages créditent la liste PS-Place publique d’à peine plus de 5% des voix, passant ainsi à la limite le seuil pour envoyer des députés à Strasbourg. Plusieurs anciennes figures socialistes, telles que François Hollande ou Lionel Jospin ont, depuis, exprimé ouvertement leur soutien au parti du poing et de la rose, tentant d’assurer une présence socialiste au Parlement. Même s’ils parviennent à être représentés, les socialistes perdrons vraisemblablement leur influence. Les Irlandais pourraient également ne pas atteindre la barre des 5%.

L’inconnue roumaine

Les socialistes roumains passeraient de 13 à moins de 10 sièges, selon les sondages. Mais les relations avec Liviu Dragnea, le dirigeant controversé du parti socialiste au pouvoir en Roumanie, sont particulièrement tendues. Celui-ci pourrait mener son parti, le PSD, au sein de l’alliance d’extrême droite. De son côté, l’ancien Premier ministre roumain Victor Ponta, qui a quitté le PSD pour former son propre parti pro-roumain, devrait intégrer les conservateurs de l’ECR.

Pologne, Tchéquie, Portugal, Belgique, … en chute également

La tendance à la chute des socialistes se confirme aussi dans les pays de l’Est. En Hongrie, MSZP perd plus de quatre points dans les sondages, et devrait donc n’avoir que deux sièges, contre quatre actuellement. En République tchèque, le ČSSD n’obtiendrait que 7% des votes et un seul député (contre quatre pour la période antérieure). Pour le Parti socialiste belge, la chute devrait être moins forte, passant de quatre à trois députés.

Des hausses dans certains pays

Les tendances ne sont pas à la baisse dans tous les pays. Le groupe profite de la poussée de certains de ses membres. Les socialistes bulgares pourraient obtenir jusqu’à six sièges (+2), les Lettons deux sièges (+1), les Maltais quatre sièges (+1), les Slovènes deux (+1) et les Finlandais trois (+1). Dans plusieurs cas, c’est le statut quo qui est prévu : Danemark (trois députés), Estonie (un député), Irlande (un député), Lituanie (deux députés), Autriche (cinq députés).

Rester un partenaire incontournable … pour une nouvelle alliance avec les libéraux ?

Le groupe socialiste pourrait tout de même avoir entre 140 et 150 députés, se maintenant donc comme la seconde force dans l’hémicycle, à seulement une vingtaine de sièges du PPE. Et restant ainsi un partenaire incontournable pour une coalition. C’est d’ailleurs vers de nouveaux alliés que les socialistes se tournent, sachant que l’accord de 2014, entre S&D et PPE, ne pourra être renouvelé. Le chef de file des socialistes, le néerlandais Frans Timmermans, a tendu la main à la gauche européenne, aux Verts et aux Libéraux.

En marge de leur réunion de Sibiu, le 9 mai dernier, les socialistes Pedro Sanchez (Espagne) et Pedro Costa (Portugal) ont rencontré les libéraux belge et néerlandais Charles Michel et Mark Rutte pour tenter de créer une alliance et renverser les espoirs du PPE pour prendre le contrôle de la Commission européenne (lire : Les 27 ouvrent le bal des prétendants à la présidence de la Commission européenne (V2)).

Ce processus a été prolongé avec les appels de plusieurs responsables socio-démocrates à faire front commun contre les nationalistes et les conservateurs du PPE. Le dernier en date étant le Premier ministre portugais, António Costa. Venant de l’un des rares dirigeants d’un PS en bonne santé, cette complicité affichée est un précieux argument à la possible future coalition. Autre soutien, celui de l’ex-chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. Celui-ci est plus symbolique, puisque Matteo Renzi n’a plus aucun poste politique, pas même au sein de son parti, et n’est plus vraiment en odeur de sainteté parmi ses camarades.

(Leonor Hubaut)

Lire aussi :

Top chef : les neuf critères de sélection d’Emmanuel Macron

(B2) Notre collègue du Soir, Jurek Kuczkiewicz, a obtenu une interview (exclusive) très intéressante d’Emmanuel Macron. Le président français décrit non seulement l’avenir européen, mais aussi le futur des institutions après les élections européennes. On a ainsi une vision un peu plus claire des différents critères qu’il entend suivre pour la nomination du futur ‘Top Chef’ européen

Charles Michel et Donald Tusk dans une embrasure de fenêtre au Conseil européen en mars 2019 : ils ne discutent sans doute pas de la bonne recette de ragoût (crédit: Conseil de l’UE)

Même si le président français, fidèle à lui-même, prêche pour… plusieurs paroisses, superposant plusieurs noms, on peut distinguer une petite dizaine de critères (numérotés entre crochets ci-dessous) qui sont utiles pour discerner les profils des futurs dirigeants européens selon lui.

Parité, engagement européen, légitimité forte…

Les trois premiers critères indiqués par le chef de l’État sont ceux de la parité, de l’engagement politique, européen, et de la ‘forte légitimité’.

« On a besoin de femmes et d’hommes [1] qui connaissent bien l’Europe [2], ont une légitimité forte [3] et correspondent au projet de coalition de progrès [4] que je souhaite […] »

Si les deux premiers (parité, engagement européen) sont des critères déjà formalisés, ceux de la légitimité et de la majorité de progrès apparaissent comme étant nouveaux.

… membres d’une coalition de progrès

Ce quatrième critère, le leader du parti La République en Marche le détaille. Il appelle à la formation d’une nouvelle coalition regroupant libéraux et démocrates (ALDE – En Marche), socio-démocrates (S&D), écologistes (Verts) et certains chrétiens-démocrates, tentant au passage de fracturer au maximum l’axe de la grande coalition (PPE / S&D) actuellement au pouvoir au plan européen.

« Aujourd’hui le Parlement européen connaît une majorité entre les socialistes et les conservateurs. Il faut une coalition plus large, et où les équilibres seront beaucoup mieux respectés. Il faudra œuvrer à construire cette coalition de progrès et d’avenir, avec des dirigeants comme Charles Michel, Mark Rutte, Antonio Costa et d’autres encore. […], en travaillant avec les sociaux-démocrates, avec une partie des chrétiens-démocrates et des écologistes. »

Le président français entend éclater le parti populaire européen (PPE), avec la mise à l’écart de ses éléments moins progressistes (hongrois mais aussi autrichiens ou croates). Il refuse aussi tout lien automatique fait entre le candidat du PPE aux élections européennes et la future tête de la Commission européenne. « Il ne faut pas faire de mauvais compromis d’appareil » indique-t-il, refusant ainsi tout ‘petit arrangement à l’européenne’ (pour paraphraser un ministre des Affaires étrangères).

Cinquième critère : pas de Spitzenkandidat

Emmanuel Macron répète ainsi son refus du système des têtes de liste.  « Je ne me sens pas engagé par le système des « spitzenkandidaten ». « Il y a des dirigeants parmi ces candidats qui ont les qualités que j’ai évoquées » dit-il poliment, histoire de ne pas insulter l’avenir. Mais on voit très bien que ce n’est pas vraiment vers là qu’il tourne son regard. « Il y a aussi des dirigeants autour de la table du Conseil qui peuvent y prétendre. »

Sixième critère : une expérience gouvernementale nécessaire pour la Commission européenne

Emmanuel Macron redit surtout son critère préféré, celui de réserver le poste de président de la Commission européenne à un ancien responsable de premier plan européen… Un critère respecté jusqu’ici (1), mais qu’il élargit à l’expérience au niveau européen.

« A mes yeux, l’expérience au plus haut niveau gouvernemental ou de la Commission européenne est indéniablement un critère important. »

NB : ce critère élimine quasiment tous les Spitzenkandidaten, à commencer par Manfred Weber, mais aussi Margrethe Vestager, un temps pressentie par les libéraux et démocrates pour être leur candidate à la tête de la Commission et devenue l’égérie de la presse. Un seul pourrait passer entre les gouttes : Frans Timmermans, aujourd’hui vice-président de la Commission européenne.

Deux critères supplémentaires : équilibre et consensus à ne pas oublier

Le président rappelle les deux critères, très politiques, qui font que le système de Spitzenkandidat est irrationnel : la nécessité d’avoir un équilibre géographique (Nord Centre / Sud, Est / Ouest) et géopolitique (petits et grands pays), et d’avoir le consensus entre les chefs d’État et de gouvernement.

« Ce sera une question d’équilibre le jour d’après [7], et de capacité à construire un consensus entre nous [8]. »

Neuvième critère : la mixité générationnelle

Le président ajoute à cette notion d’équilibre celui de la mixité générationnelle qui ne figurait pas jusqu’alors dans les critères écrits ou non écrits pour les présidences européennes.

« Une expérience [peut être] plus ou moins longue car je souhaite que toutes les générations soient représentées. »

Des noms, quels noms ?

Plusieurs noms sont cités par le chef de l’État : le Portugais Antonio Costa (socialiste) ou le Néerlandais Mark Rutte (libéral), mais il y en a deux autres qu’il commente particulièrement (sur question du journaliste).

Michel Barnier dans la short list

Le critère générationnel parait pouvoir éliminer la candidature de Michel Barnier. Mais le président rattrape le fil…

« Indéniablement, Michel Barnier est un homme qui a de grandes qualités. [Il] l’a encore démontré dans la manière de gérer les négociations avec les Britanniques. Il fait donc partie des dirigeants européens qui ont des qualités éminentes et qui peuvent faire partie de cette liste. »

… mais le Belge Charles Michel a plus la cote apparemment

L’hôte de l’Elysée fait un éloge particulièrement appuyé du Premier ministre belge, Charles Michel.

« Ses qualités comme son parcours le qualifient totalement pour faire aussi partie des personnes qui pourraient avoir de légitimes ambitions européennes. […] Sur le dossier migratoire et sur la relation avec l’Afrique, qui sont pour moi un sujet essentiel, et sur les sujets de coopération en matière de sécurité, de la zone euro et de la solidarité à l’intérieur de cette zone, sur la politique climatique, nous avons une ambition commune, une vraie communauté de vues. »

C’est normal, on est dans un journal belge. Un quotidien portugais l’aurait interrogé, on aurait sûrement eu un hommage appuyé à Antonio Costa (socialiste). Mais de façon objective, le dirigeant belge réunit plusieurs des critères susmentionnés (2) : légitimité européenne, majorité de progrès, expérience, jeunesse, …

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un critère suivi inexorablement depuis plus de vingt ans : le Luxembourgeois Jacques Santer en 1994, l’Italien Romano Prodi en 1999, le Portugais José-Manuel Barroso en 2004 et 2009, et à nouveau un Luxembourgeois Jean-Claude Juncker en 2014, étaient tous d’anciens Premiers ministres.

(2) Le dirigeant belge a un handicap, son alter ego au sein du Mouvement réformateur (les libéraux belges), Didier Reynders, qui est candidat au poste de secrétaire général du Conseil de l’Europe. Cela pourrait faire un peu beaucoup… A moins que les deux rivaux de toujours aient choisi d’exporter leurs rivalités sur le terrain européen.

Elections 2019. Objectif pour la Gauche Unitaire Européenne (GUE), sauver les meubles

(B2) Face à l’émiettement des forces des deux gros groupes, chrétiens démocrates et socio-démocrates, du côté gauche de l’hémicycle, c’est plutôt la stabilité. Mais tout n’est peut-être qu’apparence

(crédit : guengl.eu)

Si le groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE) en lui même devrait conserver sa physionomie actuelle dans cette 9e législature, d’une cinquantaine de sièges, l’équilibre interne risque d’être bousculé. De plus, la montée de l’extrême-droite, voire des Verts, pourrait faire perdre à la GUE sa cinquième position actuelle.

Stabilité voire progression en Grèce et en Allemagne

La gauche alternative et radicale, comme elle se définit, devrait profiter de certaines poussées : au sud essentiellement en Grèce, et en Allemagne. Le parti Syriza grec, au pouvoir, malgré la crise, relève la tête et pourrait obtenir à un score au moins similaire à celui des Européennes de 2014, qui lui avait valu six sièges. Le Parti communiste grec (KKE) conserverait au moins deux sièges. En Allemagne, Die Linke devrait elle aussi conserver ses sept sièges et peut être même en gagner un de plus. Au Portugal, la Coalition Parti communiste et Verts (CDU) et le Bloc des gauches (CDE) résisterait, avec quatre sièges.

Reculs en Espagne ou en Italie

Un des bastions forts du groupe jusqu’à présent, l’Espagne, devrait perdre du poids. La liste commune de gauche autour de Podemos (Unidas Polemos) n’est créditée que de 12 à 14% des voix. Soit moins qu’en 2014. La coalition a déjà marqué le coup aux législatives espagnoles d’avril. L’Italie, pourtant membre fondateur du groupe dans les années 90, n’est elle plus qu’un fantôme avec ses trois sièges.

… parfois irréversibles comme (en partie) en France

Autre recul historique, le Parti communiste français, qui pour l’heure, n’aurait plus aucun élu. Cela n’empêchera pas la délégation française d’être plus importante qu’aujourd’hui (cinq sièges), grâce à La France Insoumise, qui pourrait gagner deux ou trois sièges à la faveur du mouvement de mécontentement initié par les ‘Gilets jaunes’.

Petits contingents et nouvelles forces…

L’Irlande (avec le Sinn Fein), la Finlande, Chypre, les Pays-Bas (avec le parti socialiste) devraient apporter chacun au moins un siège au groupe. La Suède pourrait envoyer deux députés (au lieu de un) et la Rép. Tchèque (avec le parti communiste historique) pourrait en envoyer trois.

La faille de l’Est … pourtant nouvelle figure de tête

Hormis ces Tchèques, le groupe n’a plus de poids dans les anciens pays de l’Est. L’espoir d’une poussée en Pologne ne semble pas se confirmer. En revanche, tous les regards sont tournés vers la Slovénie qui pourrait offrir son premier siège à Violeta Tomic, tête de liste de La Gauche. Le Parti de la Gauche Européenne lui a confié la tête de liste pour la campagne en tandem avec l’ancien leader syndical des métallos belges, Nico Cué.

(Emmanuelle Stroesser)

Lire notre dossier sur les élections : N°67. Élections européennes 2019 (V6)

Retrouvez nos analyses des groupes politiques :

Elections 2019. Une place de choix pour l’extrême droite au Parlement européen

(B2) L’extrême droite (ou droite nationale) pourrait se profiler comme un des vainqueurs des élections européennes de mai. Sans atteindre un poids majoritaire

Marine Le Pen à Sofia (Photo : RN)

Le groupe ENL Europe des Nations et des Libertés pourrait ainsi plus que doubler son poids au Parlement européen, passant de 37 sièges aujourd’hui à environ 80 sièges (entre 75 et 85 sièges). Ce qui le propulserait à la quatrième place des groupes politiques européens, talonnant les libéraux et démocrates européens.

Des progressions de plusieurs partis

Le groupe profite en effet d’un double phénomène : d’une part, une poussée électorale de plusieurs de ses membres, en particulier la Lega Nord italienne et le Vlaams Belang belge ; d’autre part, le ralliement de certains partis anciennement dans d’autres groupes comme l’AFD allemande (qui a évolué d’un parti anti-européen à un parti d’extrême-droite) ou le parti du peuple danois, qui deviennent plus radicaux. Certaines progressions sont importantes au plan national, par exemple en Finlande ou en Estonie, mais elles ne produisent pas d’évolutions majeures en termes de nombre de sièges. Quant au Rassemblement national français, son score annoncé au-dessus des 20% ne doit pas faire illusion. Il rattrape en fait son niveau de 2014 et un nombre de députés sensiblement équivalent et pourrait ne plus être le premier parti français au Parlement européen (1).

Un groupe constitué de plusieurs partis

Ce groupe serait dominé par les Italiens et les Français qui devraient fournir, à eux deux, une bonne moitié des effectifs. Dans le détail des derniers sondages, cela donne :

  • Ligue du Nord italienne (± 32%, 23-24 sièges)
  • Rassemblement national français (± 24%, 18-20 sièges)
  • AFD allemande (±13%, 12-13 sièges) *
  • Vox espagnol (±12%, 6 sièges)
  • FPÖ autrichien (±22%, 4-5 sièges)
  • UKIP britannique (± 5%, 3-4 sièges) *
  • Vrais Finlandais (±18%, 2-3 sièges) *
  • SR et SNS slovaques (±10% et + 8%, 2 sièges)
  • Parti du peuple danois (± 12%, 1 siège)
  • Vlaams Belang belge (±8%, 1 siège)
  • PVV néerlandais (±6%, 1-2 sièges)
  • SPD Tchèque (± 6%, 1-2 sièges)
  • Volya Bulgare (± 5%, 1 siège)
  • EKRE estonien (±19%, 1 siège)

* Membre du groupe EFDD ils ont rejoint ou annoncé rejoindre le groupe ELN

Un leader italien et non français

A l’intérieur du groupe, un renversement de tendances s’opère. En l’état actuel des sondages, le Rassemblement national français de Marine Le Pen (ex. Front national) perd sa position de tête au profit de la Lega Nord ou Ligue du nord italienne de Matteo Salvini. Ce qui n’est pas le moindre des changements et pourrait provoquer quelques grincements de dents à terme.

Extrême droite ou droite nationale

Contrairement à ce qu’on peut penser, ce groupe ne serait pas situé à l’extrémité de l’échiquier européen. Le qualificatif d’extrême-droite peut d’ailleurs être contesté au vu de certaines prises de position qui tiennent plus de l’ordre du concept de « droite nationale » ou de « souverainisme ». D’autres partis sont franchement extrémistes, voire peuvent être qualifiés de néo-nazis, à l’image du Jobbik hongrois ou de l’Aube dorée grecque, qui vont tenter de créer un groupe à eux, mais pourraient échouer (2).

Un pouvoir d’influence

Ce poids ne sera pas suffisant pour influer de façon notable sur la politique européenne. Mais il sera assez important sur certains projets européens pour avoir un effet d’attraction sur les autres groupes eurosceptiques, voire certains partis appartenant aux groupes traditionnels tels la Fidesz de Viktor Orban (PPE) ou le PIS polonais de Jarosław Kaczyński (Conservateurs). Notamment sur des sujets tels que l’immigration, les pouvoirs de la Commission européenne ou l’intégration européenne. Il pourrait avoir un effet de retardement sur certains projets européens.

Des moyens renforcés

De façon plus concrète, cette progression donnera aussi au nouveau groupe des moyens plus importants, tant au plan du nombre de postes dévolus au groupe que des moyens financiers ou d’usage des moyens logistiques du Parlement (salles de conférence, etc.). Ce qui sera un levier appréciable pour nombre de partis le composant et aura un effet d’attraction supplémentaire sur des petits partis dispersés.

Un poids politique supérieur

Elle lui donnera droit aussi — si la règle de proportionnelle améliorée (dite loi D’Hondt) est respectée —, à des postes clés au Parlement comme la présidence de commissions. Il faudra simplement bien observer si le groupe utilise le levier du travail parlementaire de façon plus efficace qu’il ne l’a fait jusqu’ici. La possibilité d’obtenir un des postes de vice-présidence du Parlement est plus symbolique en termes de pouvoir, mais il a un effet de visibilité maximale, puisque les vice-présidents président à tour de rôle la plénière, et lui donne un droit de parole quasi-inépuisable.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. On peut se rappeler que le groupe avait perdu au fil des exclusions ou défections (notamment chez ‘les Patriotes’), plusieurs de ses membres, qui étaient partis siéger dans d’autres groupes.
  2. Ces partis s’effritent d’ailleurs (Jobbik), sont carrément en perte de vitesse (Aube dorée), voire n’obtiendraient aucun élu selon les prévisions actuelles (BNS bulgare).

Ce papier appartient à une série de courtes analyses sur l’évolution des groupes politiques, lire aussi :

Au Conseil européen, des tensions internes, très politiques

(B2) Les discussions au Conseil européen revêtent une alchimie qui tient tout autant de celle d’un club de dirigeants que d’une assemblée politique, opposant des partis politiques. Aujourd’hui, cette alchimie semble difficile à réaliser. Et une certaine prime à l’immobilisme existe. Pourquoi ?

Les leaders (sauf quelques uns) ont tombé la veste pour être plus relax (crédit : Conseil de l’UE – juin 2018)

Les évolutions au sein du Conseil sont plus lentes que l’apparence. Elles se déroulent au fil des élections nationales, qui se contre-balancent l’une et l’autre, et empêchent finalement tout basculement brutal. Mais elles existent. Il est intéressant de les observer car elles sont autant de marqueurs concrets de l’évolution des discussions ou des blocages.

Trois tiers équivalents en 2017

Pour sentir l’évolution actuelle, il faut voir la situation préexistante. Il y a deux ans, début 2017, le Conseil était constitué en trois tiers à peu près équivalents : 8 appartiennent aux Chrétiens-démocrates du PPE, 7 aux Libéraux et Démocrates de l’ALDE, et 8 appartiennent aux socio-démocrates (PSE). Il traduisait un équilibre aux 2/3 à droite et centre et 1/3 à gauche : 19 dirigeants peuvent être assimilés à la droite (ALDE, PPE et 2 conservateurs et 2 indépendants qui peuvent leur être assimilés) et 8 dirigeants à gauche (7 PSE et 1 Gauche).

L’écroulement des socio-démocrates

Deux ans plus tard, début 2019, cet équilibre a connu une certaine évolution. Les sociaux-démocrates du PSE se sont écroulé passant à 5 sièges. Ils ont ainsi perdu successivement 4 postes (Autriche, France, Tchéquie, Italie) au profit des libéraux et démocrates (France, Tchéquie), du PPE (Autriche), des Eurosceptiques (Italie). Le PPE a perdu un poste au profit des PSE (Espagne), mais a récupéré un poste occupé par un indépendant (Lettonie). A droite et au centre, les deux partis rivaux PPE et ALDE sont à égalité, à 9 sièges chacun.

Un rééquilibrage en cours

Le résultat des dernières élections ne doit pas être trompeur. La victoire des socio-démocrates (Finlande, Espagne…), est plutôt synonyme d’un certain rééquilibrage que d’une reconquête ou d’une révolution. Cette remontée ne permet pas encore de retrouver la position de 2017 et signifie plutôt un arrêt de la baisse. Quant à la droite, le rééquilibrage est aussi la norme, le PPE récupère une légère avance sur les Libéraux et Démocrates.

Le trio franco-allemand-espagnol en moteur de l’Europe

Si on ne prend en compte que les six plus grands pays, qui peuvent peser davantage au Conseil européen, cette image est différente. Trois sont dirigés par des leaders soucieux d’approfondir l’Union européenne (Allemagne, France, Espagne), trois par des leaders qui agissent plutôt dans le sens inverse (Italie, Royaume-Uni, Pologne). Ce qui donne clairement non plus à un couple, mais à un trio franco-allemand-espagnol, le soin d’être le ‘moteur’ de l’Europe… ou de ne pas l’être. Car ils n’appartiennent pas à la même mouvance : un est dirigé par un chrétien-démocrate (Allemagne), un par un centriste (France), un par social-démocrate (Espagne). Ce qui ne facilite pas toujours les accords.

Une prime à l’immobilisme

Même parmi les dirigeants dits ‘européens’, certains freinent des quatre fers à toute poussée supplémentaire d’intégration européenne : le chrétien-démocrate Viktor Orban figure parmi ceux-là, mais le Néerlandais Mark Rutte (libéral), le Danois Lars Løkke Rasmussen (Libéral) ou le Suédois Stefan Löfven (social-démocrate) sont assez réticents à tout pas d’intégration supplémentaire, au niveau politique comme au niveau monétaire. C’est une autre division, plus géopolitique que partisane qui se superpose aux clivages classiques. Une sorte de prime à l’immobilisme.

(Nicolas Gros-Verheyde)

L’esprit de Sibiu ou le blabla de Sibiu ?

(B2) Les 27 Chefs d’État et de gouvernement devraient adopter à Sibiu (Roumanie) le 9 mai prochain un texte solennel affirmant dix engagements pour l’avenir, l’esprit de Sibiu. Un texte assez ronronnant largement au-dessous des ambitions annoncées

Une Europe unie et responsable

Les 27 affirment ainsi en termes très généraux la volonté de défendre « une Europe unie, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud » comme de protéger le mode de vie européen, d’être solidaires ou de devenir un « leader mondial responsable ».

Le Soft et le Hard

« Les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui nous concernent tous » est-il indiqué. Les leaders européens veulent ainsi affirmer vouloir investir dans le « soft et hard power » et « collaborer avec nos partenaires internationaux » pour assurer la sécurité des citoyens.

Un blabla utile ?

Ces mots sont très utiles pour se convaincre de l’existence européenne, mais sans doute insuffisants pour relancer l’Europe. On a ainsi une accumulation de beaux principes, de belles intentions, mais rien de concret, rien pour convaincre les citoyens d’aller voter, et tracer concrètement la route pour l’avenir. En un mot, un espèce de gros « copier-coller » de phrases types qui tournent en boucle dès qu’on parle d’Europe, comme si les dirigeants européens étaient à la fois en panne d’esprit commun, de projets enthousiasmants, ou même tout simplement d’inspiration…

(NGV)

Le passage à la majorité qualifiée dans la politique étrangère remisé à plus tard

(B2) L’idée de faire passer certaines décisions de politique étrangère à la majorité qualifiée — notamment les décisions en matière de sanctions ou de missions PSDC — a fait flop

Le porte-parole en chef de la Commission l’a reconnu, lors du point quotidien de presse mardi (30 avril) interrogé par B2 et un autre collègue journaliste.

Un projet bloqué…

« Malheureusement, au moins pour le moment, cela n’a pas été complètement approuvé » a indiqué Margaritis Schinas. « Cela n’a pas avancé » du fait de « l’opposition » de plusieurs États membres. « Nous verrons ce qu’il en sera à Sibiu ». Mais l’espoir d’une évolution est mince. Pour cela, « il faudrait une prise de conscience collective » notable.

… laissé au prochain exécutif

En réalité, le sujet est remisé pour la prochaine Commission. « Espérons que dans le prochain agenda stratégique, la nouvelle équipe aura plus de succès que nous, avec les États membres sur ce sujet. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire notre analyse : Le projet de passer certaines décisions de politique étrangère à la majorité qualifiée : mort et enterré ?

Elections 2019. Les conservateurs en chute au Parlement européen ?

(B2) Le futur Parlement européen sera caractérisé par le morcellement des forces politiques, mais aussi par la progression des eurosceptiques. Parmi ceux-ci, les Conservateurs et réformistes européens (ECR) semblent être les seuls à avoir une tendance à la baisse. Ils pourraient perdre au moins une dizaine de sièges et ainsi passer de troisième à cinquième voire sixième groupe.

Un groupe politique en hausse depuis sa création, en 2009

Cette formation conservatrice eurosceptique a été fondée en 2009 à l’initiative de l’ancien premier ministre britannique, David Cameron. Elle avait alors 54 députés européens. Depuis, le groupe politique est devenu le troisième (en taille) au sein du Parlement européen, avec 77 députés, de 19 pays et 26 partis politiques différents. Le groupe s’est agrandi, il y a tout juste quelques semaines, avec l’incorporation de deux députés des Démocrates suédois, attachés auparavant au groupe Europe des libertés et démocraties directes.

Les députés conservateurs sont anti-immigration, pro-Atlantistes et libéraux sur le plan économique.

Un Tchèque comme tête de parti

S’ils n’ont que très peu de chances d’obtenir la présidence du Parlement européen ou de la Commission européenne, le groupe a décidé de jouer le jeu des Spitzenkandidat et a élu le député tchèque Jan Zahradil comme tête de liste.

La participation britannique, pas si décisive

Aujourd’hui, les députés britanniques sont 19, soit près d’un quart du groupe. La participation (ou pas) du Royaume-Uni aux élections européennes est donc perçue comme déterminante pour la composition du futur groupe. Leur départ affaiblirait le groupe politique, le reléguant à la cinquième ou sixième place. Pour autant, leur présence ne sera pas suffisante pour permettre au groupe de se maintenir à sa position actuelle. Selon les derniers sondages, les Conservateurs britanniques (Tories) s’effondreraient aux européennes, et perdraient sept de leurs 19 députés actuels. Ces prévisions reflètent d’abord l’échec politique de Theresa May mais aussi la tendance générale européenne de déclin des partis de gouvernement et la poussée des eurosceptiques.

Le PiS polonais en position prédominante 

L’autre grand parti au sein du groupe politique est le PiS (Droit et Justice), le parti conservateur et eurosceptique au pouvoir en Pologne. Il devrait d’ailleurs passer de 19 à 22 sièges dans le prochain Parlement, sous le leadership de celui qui est le numéro deux du groupe à Bruxelles, Jarosław Kaczyński.

Les « petits » pays maintiennent leur présence

Le reste du groupe est actuellement renforcé par une petite vingtaine de députés, venus de plusieurs pays principalement à l’est de l’Union, que ce soit au sud ou au nord. On retrouve ainsi l’Irlande, la Grèce, la Croatie, Chypre, la Lettonie et la Lituanie, parmi les pays où sont attendus un député pour la formation. Bulgarie, Tchéquie, Roumanie mais aussi Pays-Bas, Finlande et Suède apporteraient deux députés chacun.

Danemark, Italie et Allemagne en ordre dispersé

Au Danemark, le parti Dansk Folkeparti est en légère chute. Il devrait obtenir uniquement deux députés, soit un de moins qu’aux élections antérieures. Côté italien, quatre à cinq députés devraient participer au groupe, principalement venus du parti Fratelli d’Italia, conduit par l’arrière petit-fils du dictateur Benito Mussolini. Outre Rhin, les prédictions sont difficiles. Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) devrait passer de cinq à 11 sièges. Pour autant, sa tête de liste, Jörg Meuthen, s’est beaucoup rapproché de Matteo Salvini et pourrait pousser ses compatriotes à rejoindre l’ENL.

Que ce soit au Danemark, en Italie ou en Allemagne, la permanence de leurs 18-19 députés dans le groupe n’est pas acquise. Tant le PPE que les extrêmes droites ont lancé leurs opérations de séduction.

Quid de l’arrivée de nouveaux partis ?

Pour l’instant, le groupe n’a jamais eu de membres français ni espagnol. Cela pourrait changer. En France,  Nicolas Dupont-Aignan et son parti (Debout la France), l’ancien associé de Marine Le Pen, a annoncé vouloir rejoindre ce groupe, le présentant comme le seul à avoir des propositions eurosceptiques structurées. Le Néerlandais Thierry Baudet (Forum for Democracy) a fait de même. Une conférence de presse conjointe était organisée à Paris, le 27 février, pour faire l’annonce, à laquelle s’étaient déplacés le co-président Ryszard Legutko (PiS, Pologne), ainsi que le Tchèque Jan Zahradil.

L’inconnue espagnole

En Espagne, l’inconnu est le parti d’extrême droite VOX. Tout juste arrivé dans les institutions, il pourrait obtenir six sièges et rejoindre l’ECR. Kosma Zlotowski, trésorier du groupe, a joué le rôle de parrain du parti espagnol, pour l’introduire à Bruxelles, avec notamment une conférence de presse pendant laquelle Santiago Abascal a pu présenter son programme. Zlotowski a également accompagné Abascal pour visiter la clôture de Melilla en pleine campagne législative en Andalousie. On l’a vu plusieurs fois à Madrid. Toutefois, les indépendantistes flamands, soutiens de Puigdemont, siègent également dans le groupe, alors que Vox a fait de la Catalogne son fer de croisade. Le plus logique serait donc de les associer à l’ENF de Matteo Salvini et Marine Le Pen. 

Une alliance avec l’extrême droite : entre possibilité et rivalité

Une alliance, voire une refonte, avec les partis plus à droite est possible, et même espérée par certains. Marine Le Pen veut créer une Alliance européenne pour les peuples et les nations (AEPN), regroupant notamment l’ECR. Selon elle, ni les Allemands de l’AfD ni Vox ne vont rejoindre les conservateurs. La Française s’est montrée confiante, dans une interview au journal belge Le Soir. « Peut-être que, quand les Polonais s’apercevront qu’ils n’ont pas intérêt à garder un groupe plus faible que précédemment, ils reviendront à la négociation. » Le co-président polonais s’y oppose fermement pour l’instant, affichant ouvertement son ambition d’être incontournable à Bruxelles après le 26 mai. Le groupe se veut un allié naturel du PPE pour constituer une majorité. Au niveau idéologique, l’ENL est jugée trop protectionniste. Dernier élément, et pas des moindres, le refus de s’associer au nom de Le Pen, une « marque toxique », selon un membre du parti.

(Leonor Hubaut)

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