Élections en Hongrie. Viktor Orban guigne un nouveau mandat

Viktor Orban au sommet des 27 à Bratislava (crédit : présidence slovaque de l’Union)

(B2) L’actuel Premier ministre hongrois, membre du parti populaire européen, part favori pour remporter dimanche un troisième scrutin législatif d’affilée et consolider en Hongrie un pouvoir « illibéral » qui prétend profondément transformer le pays.

Rendre irréversibles les changements

Admiré par les droites populistes européennes, honni par ceux qui l’accusent de dérive autoritaire, le Premier ministre vise un nouveau mandat de quatre ans pour rendre « irréversibles », selon ses propres mots, les changements impulsés depuis son retour à la tête du gouvernement, en 2010. Son parti national-conservateur, le Fidesz, est crédité d’une avance de vingt à trente points dans les sondages. Mais l’opposition caresse l’espoir de capitaliser sur la lassitude d’une partie des électeurs envers les diatribes de Viktor Orban contre le milliardaire Georges Soros et la « menace » migratoire, obsessions de sa campagne.

Tout sauf Orban… difficile

Les enquêtes d’opinion montrent qu’une légère majorité des huit millions de votants souhaite un changement de gouvernement et de nombreux appels à l’union sacrée contre le Fidesz ont été lancés. « Il y a de la colère dans l’air, et un danger pour Orban si les gens qui se sont détournés de la politique ces dernières années vont voter en masse », estime Andras Biro-Nagy, analyste du groupe Policy Solutions interrogé par l’AFP.

Des accusations de corruption

De nombreuses allégations de corruption ont visé l’entourage de Viktor Orban. Débordé par le discours de plus en plus nationaliste du gouvernement, la formation d’extrême droite Jobbik se présente en parti aux « mains propres ». Fin février, le parti du Premier ministre a essuyé un revers lors d’une élection municipale partielle dans un de ses fiefs, où l’opposition s’était rassemblée derrière un candidat unique, issu d’une alliance pour le moins anachronique entre la gauche et l’extrême droite. Mais au niveau national, ce rassemblement est difficilement concevable et laisse un boulevard à Viktor Orban, 54 ans, qui s’est arrimé au concept « d’illibéralisme », une gouvernance qui assume de limiter certaines libertés au nom de l’intérêt national.

Un bras de fer avec Bruxelles

Le dirigeant a multiplié les bras de fer avec l’Union européenne. En 2015, il a pris la tête du camp des pays hostiles à l’accueil de réfugiés en Europe via un mécanisme de quotas. Son discours de défense d’une « Europe chrétienne » menacée par « l’invasion migratoire » fait de lui une icône des droites européennes les plus radicales. La Commission européenne a lancé ces derniers mois des procédures d’infraction contre la Hongrie en raison de lois menaçant une université hongroise financée par Georges Soros et renforçant le contrôle sur les organisations de la société civile. Mais la famille politique de Viktor Orban au niveau européen, le Parti populaire européen (PPE) auquel appartient aussi la CDU d’Angela Merkel, ne lui a jamais retiré son soutien.

Pas d’exit pour Budapest

Et si la Hongrie est opposée à une intégration renforcée de l’UE, elle n’a jamais menacé de quitter l’Union. Le pays est en effet l’un des principaux bénéficiaires des fonds européens qui ont contribué à son dynamisme économique retrouvé, après la crise de la fin des années 2000. Ce bilan économique a été l’un des principaux arguments du gouvernement dans une campagne où le Premier ministre n’a participé à aucun débat, se contentant d’apparitions publiques soigneusement mises en scène. NB : la communication est d’ailleurs un des points clés du dirigeant hongrois. Ainsi il communique beaucoup face à la presse internationale lors des sommets européens, préférant une communication, léchée, via des réseaux sociaux ou vidéos enregistrées pour le public hongrois.

La purge du communisme…

En promulguant depuis 2010 des centaines de lois réformant toutes les institutions -médias, justice, économie, culture- le Fidesz de Viktor Orban, déjà Premier ministre entre 1998 et 2002, a reconstruit un cadre et purgé les vestiges du communisme, font valoir ses partisans. Ces réformes ont porté atteinte à l’État de droit et entraîné un recul des valeurs démocratiques, critiquent l’opposition et de nombreux observatoires internationaux. « La Hongrie s’éloigne de l’Europe au profit de la sphère d’influence russe », estime le candidat de gauche Gergely Karacsony.

… ou l’assurance d’un pouvoir personnel

En 2010 et 2014, Viktor Orban avait conquis une super majorité des deux-tiers qui paraît cette fois hors de portée, même si le Premier ministre n’a cessé de dramatiser l’enjeu du scrutin, fustigeant les ennemis de la Hongrie qui « veulent (nous) déposséder de (notre) pays » alors que des « migrations de masse » sont en cours. Il a également dit vouloir prendre des mesures « morales, politiques et juridiques » contre ses adversaires après les législatives.

Un libéral passé dans le camp de l’illibéralisme

Viktor Orban n’a pas toujours été ce défenseur auto-proclamé d’une « Europe chrétienne », assumant un certain style autoritaire. Cofondateur en 1988 de l’Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), il s’affiche comme un symbole des aspirations de la Hongrie à se libérer du totalitarisme et à adopter les valeurs occidentales. Il se positionne plutôt comme un libéral de gauche (très proche de ce qui pourrait être un Emmanuel Macron aujourd’hui). Un an plus tard, en juin 1989, à 26 ans quand, il se fait connaitre,  il défie le régime communiste à Budapest avec un discours enflammé, pour la liberté, lors d’un hommage aux victimes du Soulèvement de 1956.

L’abandon du pouvoir une humiliation

Premier ministre en 1998, il doit cependant abandonner le pouvoir quatre ans plus tard après une cuisante défaite face au Parti socialiste, héritier des anciens communistes. Une humiliation qu’il n’oubliera jamais. Cet abandon du pouvoir, cette humiliation, il ne veut la revivre. Revenu au pouvoir en 2010, alors que le pays est profondément ébranlé par la crise économique et par des scandales liés au précédent gouvernement de gauche libérale, il n’aura que de cesse de cimenter son pouvoir, tout d’abord en contrôlant étroitement son parti, et ensuite en maintenant l’emprise de son parti sur les principales institutions du pays (justice, presse, centres de recherches, universités…) au nom du salut de la « nation hongroise ».

Le petit père de la démocratie illibérale

Confortablement réélu en 2014, ce père de cinq enfants revendique l’exercice d’une « démocratie illibérale » et proclame son admiration pour le président russe Vladimir Poutine, qu’il est le premier dirigeant de l’UE à accueillir après l’annexion de la Crimée. Les critiques de l’Union européenne ou des États-Unis sur l’atteinte à l’équilibre des pouvoirs ou sur son refus d’accueillir des réfugiés n’ont que marginalement infléchi sa politique. Au contraire, face à une chancelière allemande Angela Merkel affaiblie, il s’estime aujourd’hui conforté par la politique qu’il a mise en œuvre lors de la vague migratoire de 2015, érigeant notamment des centaines de kilomètres de clôture barbelée pour bloquer les réfugiés.

Le lien fait entre terrorisme et immigration illégale

Les attentats de Paris de l’automne 2015, perpétrés pour partie par des jihadistes arrivés de Syrie, ont achevé à ses yeux de prouver que l’immigration illégale était un « poison ». Un lien qu’il n’est pas le seul à faire dans les différents dirigeants de l’ancienne Europe de l’est, certains ouvertement, d’autres plus discrètement. Dans la foulée, Viktor Orban a fait de George Soros son bouc émissaire favori, accusant le milliardaire juif américain, qui finance de nombreuses ONG de droits civiques en Europe, de fournir un « plan » destiné à noyer l’Europe sous les migrants, dans une campagne aux relents antisémites. Les ennemis de la Hongrie « ne croient pas au travail mais spéculent avec de l’argent. Ils n’ont pas de patrie mais croient que le monde leur appartient », a-t-il martelé dans un récent discours.

Passionné de football, de pouvoir

Né le 31 mai 1963, ce passionné de football qui a grandi dans une localité proche de Budapest est pourtant passé par l’université d’Oxford… grâce à une bourse du même George Soros. Opportuniste ou visionnaire ? « C’est la question à un million de dollars », estime Andras Schweitzer, de l’université Eotvos Lorand de Budapest. Une chose est toutefois sûre, selon lui: la plupart des interlocuteurs d’Orban « reconnaissent son talent et son art de comprendre très vite les choses ». Mais malgré un chômage au plus bas (3,8%) et une croissance dynamique (4% en 2017), une forme de lassitude commence à se faire jour dans un pays miné par le clientélisme. Et le recours systématique à la rhétorique anti-migrants semble avoir atteint ses limites.

Un autoritaire ou un pragmatique

« La société hongroise est plus intelligente que ça », a reconnu Andras Bencsik, un éditorialiste pourtant proche du parti Fidesz de M. Orban. L’opposition accuse le dirigeant de chercher à occulter les « vrais » problèmes: corruption, santé, éducation, pouvoir d’achat. Quelle leçon en tirera-t-il ? Pour la plupart des analystes, Viktor Orban est avant tout un « pragmatique » à l’écoute des tendances de fond de la société hongroise et sachant faire machine arrière quand il le juge nécessaire. Celui qui a été, affectueusement, appelé « dictateur » par le président de la Commission Jean-Claude Juncker, a ainsi toujours pris garde à ne jamais franchir complètement les lignes rouges, alors que son pays dépend des fonds UE pour la quasi-totalité de ses investissements structurels.

(NGV avec AFP)

Yannis Varoufakis devant la presse après l'eurogroupe de juin 2015 (crédit : EBS / Archives B2)

Varoufakis lance un nouveau parti dans la mouvance de DiEM25

(B2) L’ancien ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a lancé lundi (26 mars) à Athènes un nouveau parti de gauche en vue des législatives prévues en Grèce en septembre 2019, dans la mouvance de DiEM25 créé dans plusieurs pays d’Europe.

Yannis Varoufakis devant la presse après l'eurogroupe de juin 2015 (crédit : EBS / Archives B2)

Yannis Varoufakis devant la presse après l’eurogroupe de juin 2015 (crédit : EBS / Archives B2)

Iconoclaste

« Nous n’allons pas mâcher nos mots », a souligné lors d’une conférence de presse Yanis Varoufakis, 57 ans, assis devant une représentation en néon rouge du logo de son parti, MeRA25, sur la scène d’un théâtre du centre d’Athènes. S’engageant à « apporter un espoir réaliste » dans son pays, Yanis Varoufakis, à présent professeur d’économie à l’université d’Athènes, a souligné que MeRA25, « Front de désobéissance réaliste européenne à l’horizon 2025 », fait partie du DiEM25, « Mouvement pour la démocratie en Europe 2025 », le mouvement transnational et anti-establishment qu’il a largement contribué à lancer début 2016.

Vers une restructuration de la dette

Pour la Grèce, Yanis Varoufakis suggère à travers MeRA25 une restructuration de la dette, des baisses d’impôts et la création d’une société publique chargée de gérer la dette des clients des banques et de protéger les clients surendettés des saisies immobilières. Les relations entre M. Varoufakis et les créanciers de la Grèce (UE et FMI) avaient souvent été tendues pendant les six mois où il a été aux commandes du ministre des Finances, de janvier à juillet 2015, dans le premier gouvernement Syriza d’Alexis Tsipras, avant le tournant de la ‘rigueur’. Quelques jours après la démission de M. Varoufakis, Alexis Tsipras, sous pression des créanciers, avait accepté de signer un troisième plan d’aide au pays, contre tous les engagements électoraux de Syriza.

Une gauche plurielle

Composé de « gens de gauche et issus du libéralisme, de Verts et de féministes », DiEM25 appelle à « un nouveau pacte » pour le Vieux Continent frappé par les retombées de la crise économique entamée il y a dix ans. Il se veut un « mouvement européen radical visant à lutter contre l’establishment qui gouverne l’Europe ». Il n’a pas de dirigeant. Dans les prochains mois, ses membres, dans les pays où le mouvement est actif (1), éliront un secrétaire général, désigneront des candidats pour les Européennes et élaboreront une plateforme électorale pour chaque pays.

(avec AFP)

Lire aussi : Elections 2019. Hamon, Varoufakis lancent la première liste transnationale

(1) la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Irlande, le Portugal, la Pologne et la Lituanie.

Le gouvernement slovène démissionne

(B2) Le Premier ministre slovène Miro Cerar a présenté mercredi soir (14 mars), sa démission après la remise en cause d’un projet majeur d’infrastructure, sur fond de crise au sein d’une majorité en fin de mandat. « Les forces du passé ne nous permettent pas de travailler pour les générations futures. (…) Je présente ma démission au parlement », a annoncé le Premier ministre lors d’une conférence de presse impromptue.

Le refus du référendum sur le port de Koper : la goutte d’eau

Quelques heures plus tôt, la Cour constitutionnelle avait invalidé un référendum de septembre 2017 portant sur l’aménagement du port de Koper, sur la côte adriatique. Lors de cette consultation, les électeurs slovènes avaient approuvé la construction d’une nouvelle voie ferrée pour desservir le seul grand port commercial, d’une importance stratégique pour le pays. Il s’agit d’un projet phare de la majorité de M. Cerar, estimé à plus d’un milliard d’euros. Le Premier ministre espérait un lancement des travaux avant l’été. La Cour constitutionnelle a reproché au gouvernement d’avoir manqué à son devoir de neutralité en finançant la campagne avec des fonds publics.

Un ‘sabotage’ de la coalition

L’annulation du référendum a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », selon le Premier ministre qui a accusé mercredi ses partenaires de coalition d’avoir délibérément « saboté plusieurs projets » de l’exécutif ces derniers temps. Miro Cerar a estimé qu’il revenait au chef de l’État Borut Pahor de convoquer ou non des législatives anticipées pour renouveler les 90 députés du parlement. Il rencontre le président ce jeudi (15 mars).

Un parti en difficulté

Le Parti du centre moderne de Miro Cerar (PCM) se préparait de toute façon à des élections difficiles, prévues en juin ou juillet, au terme de son mandat de quatre ans. Élu en 2014, cet ancien juriste respecté de 54 ans, avait alors fait sensation en remportant les législatives à la tête de la formation qu’il avait créée, quelques mois après être entré en politique. Mais le désaveu de la Cour constitutionnelle intervient après une série de crises qui ont fragilisé la majorité gouvernementale.

Le retour de la croissance

Plusieurs vagues de grèves ont paralysé ce petit pays de l’Union européenne depuis le début de l’année, portées notamment par les revendications sociales des agents de la fonction publique qui exigent des hausses de salaire, et de recueillir les fruits de l’austérité passée. La Slovénie a, en effet, renoué avec une croissance vigoureuse de 5% en 2017, la plus élevée en dix ans, après avoir connu une sévère récession en 2012 et 2013 due à la crise de son secteur bancaire. Mais le gouvernement a jusqu’ici opposé une fin de non-recevoir aux revendications, estimant qu’une hausse des traitements dans la fonction publique « plongerait à nouveau la Slovénie dans la récession ». Il y a quelques mois, le sort d’un migrant syrien soutenu par une partie de l’opinion publique avait déjà fait vaciller la coalition et fragilisé M. Cerar.

Une fragmentation de l’hémicycle possible

Ces élections pourraient déboucher sur une fragmentation de l’hémicycle, rendant difficile la formation d’un gouvernement. Avant ce scrutin qui interviendra au plus tard en juillet, la formation de M. Cerar est très largement devancée dans les sondages par ses principaux rivaux, dont le parti conservateur (SDS) de l’ancien Premier ministre de centre droit Janez Jansa et les sociaux-démocrates (SD), actuellement alliés de M. Cerar au sein de la majorité.

Un 5 étoiles slovène ?

Mais un nouveau venu caracole régulièrement en tête des enquêtes d’opinion: Marjan Sarac, un ancien comédien et maire d’une petite ville, candidat au programme flou et sans parti structuré. Celui qui s’était fait connaître pour ses imitations d’hommes politiques slovènes avant de se recycler dans la politique, avait déjà créé la surprise en se qualifiant pour le second tour de l’élection présidentielle en novembre 2017. Il avait alors fait campagne sur le rejet des élites auprès d’un électorat désabusé, qui avait massivement boudé les urnes.

NB : c’est la seconde démission en quelques heures d’un gouvernement en Europe, le Premier ministre slovaque Robert Fico ayant également présenté hier sa démission, conséquences de l’affaire du journaliste slovaque assassiné.

(avec AFP)

Crédit photo : Conseil de l’UE, Miro Cerar à son arrivée au sommet européen de février 2018

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