La carte de la fermeture des stations de métro, plusieurs jours après les attentats

Attentats de Bruxelles : fallait-il arrêter le métro ? Une question théorique

La carte de la fermeture des stations de métro, plusieurs jours après les attentats

La carte de la fermeture des stations de métro, plusieurs jours après les attentats

(BRUXELLES2) La question hante les responsables politiques belges, des transports et… les médias belges. Après le premier attentat à Zaventem le 22 mars, fallait-il stopper le métro ? Aurait-on pu sauver certaines vies ? Posée après-coup quand on connait ce qui s’est passé ensuite, c’est assez facile…

Pourquoi fermer le métro ?

La bonne question est de savoir ce qu’on pouvait faire et devait faire avant (pas après !). Pourquoi arrêter seulement le métro, et non pas les bus (qui auraient pu tout aussi bien être une cible comme à Londres en juillet 2005) ou les trains (comme à Madrid en mars 2004 ou dans le Thalys en août 2015), voire fermer tous les centres commerciaux (cibles potentielles d’attentats) ou les cafés (cf. attentats de Paris Bataclan), etc. Refaire l’histoire après coup est toujours facile.

Pouvait-on éviter l’attentat et d’autres victimes : pas sûr

A supposer qu’une décision ait pu être prise, dans un délai rapide (avant l’attentat), le temps de prendre la décision, de donner l’ordre, que celui-ci soit répercuté, exécuté, de procéder aux évacuations, de procéder aux déploiement de tous les policiers sur toutes les zones… même avec une efficacité parfaite, il aurait plusieurs dizaines de minutes. Ce qui laissait largement le temps aux auteurs de l’attentat, décidés à mourir, de trouver un autre moyen de faire des dégâts. Certes le métro de Maelbeek n’aurait pas été visé. Mais cela aurait été ailleurs : une bombe dans la file d’évacuation, dans un attroupement formé devant les stations fermées, etc.. Autant dire que si les victimes n’auraient pas été les mêmes, la question même d’éviter l’attentat est totalement aléatoire. Le bilan aurait peut-être été inférieur mais peut-être aussi … supérieur. Imaginez une explosion dans un long escalier bondé, dans les stations précédant Maelbeek, à Schuman ou Mérode…

La réalité : un moment de crise = moment de panique

La réalité semble être surtout que, dans la salle de gestion de crises, après l’attentat de Zaventem, la saturation des lignes téléphoniques aidant, l’ambiance était électrique. Selon un témoignage parvenu à B2, durant de longues minutes, « c’était le bazar, des ordres fusaient dans tous les sens ». Les agents présents étaient « débordés ». Les lignes téléphoniques étaient saturées. Un vent de panique a régné (ce qui n’est pas illogique vu l’intensité de l’action). Certains ordres ont pu se perdre en route. Il n’est pas non plus certain que l’ordre gouvernemental ait été donné de façon aussi claire et impérative, ainsi que le prétend le ministre de l’Intérieur Jan Jambon.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Charles Michel et François Hollande suivent l'arrestation de Molenbeek

La fin d’une longue traque européenne. Abdeslam arrêté à Molenbeek (MAJ2)

Charles Michel et François Hollande suivent l'arrestation de Molenbeek

@Crédit : twitter

(B2) L’information est tombée en plein Conseil européen vendredi (18 mars) en fin d’après-midi. Des perquisitions sont en cours à Molenbeek, commune bruxelloise. Une affaire plus que sérieuse. Au point que le Premier ministre belge Charles Michel quitte précipitamment la réunion pour rejoindre le « 16 » (le siège du gouvernement situé rue de la Loi) sans même tenir l’habituelle conférence de presse finale. Quelques minutes plus tard, l’information se répand. Les perquisitions concernent bien Salah Adbelslam. Celui-ci a été neutralisé par la police belge.

François Hollande alerté

Le Président français François Hollande qui a déjà entamé sa conférence de presse finale, semble préoccupé. Il se refuse alors à confirmer officiellement l’information. Mais du côté des chaises présidentielles, cela s’agite. Son assistant militaire s’entretient avec les conseillers présidentiels. Un signe est fait d’écourter la conférence. Le président s’isole quelques minutes. Il passe dans la salle britannique voisine, qui est vide, avec son entourage. La sécurité présidentielle assure que personne ne ‘traine’ dans la pièce. Il revient ensuite quelques instants voir les derniers journalistes (dont B2) restés dans la salle de presse française. Mais il se refuse à confirmer l’information. « Vous savez il faut toujours être très prudent dans ce type d’affaires. (…) Je peux juste vous dire qu’il y a trois personnes d’impliquées ». Entretemps, le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration,  Theo Franken (N-VA) a déjà vendu la mèche, balançant par tweet un « We hebben hem » (nous l’avons). Tweet qu’il retirera rapidement.

Retrouvailles franco-belges

En fait, François Hollande a eu, au téléphone, le Premier ministre belge, Charles Michel, qui lui a donné l’état des lieux et confirmé l’information. Pas question cependant pour lui de faire une déclaration intempestive, en solo, sur une intervention menée surtout par les Belges sur le territoire belge, même si elle concerne de près la France. Politiquement, il s’agit de ne pas faire de faux pas qui puisse prêter à la polémique et plutôt de marquer la bonne entente franco-belge. Il est ainsi décidé qu’il ne fera aucune intervention sinon celle conjointe avec le dirigeant belge.

Dans le bunker du 16 rue de la Loi

François Hollande quitte alors très rapidement le sommet européen pour rejoindre son homologue belge au siège du gouvernement. Son séjour en Belgique se prolonge. Les deux dirigeants sont rejoints par le procureur fédéral belge et la commissaire générale Catherine de Boll. Ils sont informés en temps réel du déroulement de l’opération. Encore une heure se passe. Il est 20h30 environ. Charles Michel et François Hollande s’expriment en direct, conjointement, depuis la salle de presse du « 16 rue de la loi », enfoncé au sous-sol du siège du Premier ministre. L’occasion pour eux de souligner cette bonne coopération franco-belge tout au long de cette traque qui a duré plusieurs mois entre Paris et Bruxelles mais aussi dans plusieurs villes européennes.

Une longue traque de 4 mois

Salah Abdeslam : la cavale du terroriste parisien

 Salah Abdeslam est l’un des principaux suspects, encore en vie des attentats de Paris, qui ont fait 130 morts (lire : Attentats de Paris. Plusieurs victimes européennes et d’autres pays). Qualifié un peu rapidement de cerveau de l’attentat, il tenait davantage le rôle de logisticien. Sa fuite, hors de France, rondement menée, l’a ramené finalement dans sa commune d’adoption à Molenbeek. Pour le retrouver, les policiers belges et français n’ont pas ménagé leurs efforts (Lire : Belges et Français ensemble. Le procureur fédéral fait le point sur l’enquête). Depuis 4 mois, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen, ce sont «  plus de 100 perquisitions et 58 personnes arrêtées » en Belgique, souligne Charles Michel.

Des empreintes aux quatre coins de Bruxelles

Les empreintes d’Abdeslam ont été retrouvées à plusieurs endroits de la capitale européenne. D’abord dans la commune de Schaerbeek, dès le lendemain des attentats du 13 novembre. Ses empreintes se retrouvent ensuite dans un appartement du troisième étage de la rue Henri Bergé. Il s’y serait caché pendant près pendant près de 20 jours, selon les médias belges. Il prend la fuite peu de temps avant que les forces de l’ordre ne trouvent la planque, le 9 décembre. Trois mois plus tard, Abdeslam n’a, en fait, pas rejoint la Syrie, comme certains l’ont dit. Il est toujours dans les rues qu’il connait.

L’équipe d’enquête franco-belge sous le feu

Mardi (15 mars), une perquisition de routine à Forest, rue de Dries, à quelques centaines de mètres de la grande salle de concert de Forest National, manque de tourner au drame. À 14h15, une équipe de six policiers belges et deux français est pris sous le feu. « Dès le moment où la porte de l’appartement a été ouverte, au moins deux personnes armées d’un riot gun et d’une Kalachnikov ont immédiatement ouvert le feu sur les policiers », expliquera peu après un membre du parquet fédéral belge. « Un échange de tirs bref mais nourri s’en est suivi, et trois des six policiers ont été légèrement blessés, dont une policière française ». Mohamed Belkaid (alias Samir Bouzid), l’un des complices de Salah Abdeslam (1), est abattu au cours de cette opération. Des armes et des munitions sont trouvés sur place. Mais Salah Abdeslam, dont les empreintes ont été retrouvées sur place, a pris la poudre d’escampette en compagnie d’un complice. Sa fuite n’aura finalement duré que trois jours …

Trois perquisitions en région bruxelloise

Quand l’opération démarre ce vendredi (18 mars), à 16h30, la police sait qu’elle peut tomber sur celui qui est qualifié d’ennemi numéro 1. Elle ne lésine pas sur les moyens. Les unités spéciales de la police fédérale, cagoules sur la tête, sont présentes, avec des armes de précision. Des policiers de la PJ de Bruxelles et des Français également sont là. Le périmètre est bouclé par la police locale et la population tenue à distance. En l’air, un hélicoptère de la police veille au grain (NB : une procédure habituelle à Bruxelles pour permettre d’avoir une surveillance aérienne de tout l’environnement et une assistance aux unités au sol). Trois perquisitions ont lieu quasi-simultanément : deux à Molenbeek (rue de la Savonnerie et rue des Quatre vents) et une à Jette. Trois suspects sont repérés.

Blessé à la jambe et arrêté

Blessé « légèrement » à la jambe, par un tir d’immobilisation, Abdeslam est finalement arrêté par les forces de l’ordre, en compagnie d’un deuxième suspect, Amine Choukri, lui aussi blessé (2). Il est 18h15, le gros de l’intervention est terminé. Les blessés sont amenés par les ambulances des pompiers, sous bonne escorte, à l’Hôpital Saint-Pierre. Une troisième personne est également arrêtée, Abid Aberkan, un ami d’Abdeslam. Sa mère qui a logé son ami, Sian Aberkan, et sa compagne, Djemila M., sont également interpellées.

La phase judiciaire

La traque d’Abdeslam est terminée… Commence la phase judiciaire, « directement lié à l’organisation et à la perpétration des attentats de Paris » a affirmé François Hollande. Un Conseil spécial de défense, côté français, a lieu ce samedi à Paris. Il reste encore quelques suspects en liberté. Mais l’enquête n’est pas terminée. « C’est loin d’être terminé, mais cela progresse », confirme le procureur fédéral Thierry Weerts. « Salah Abdeslam n’est pas l’ennemi public numéro un, il y en a peut-être d’autres. »

(maj) Salah Abdeslam et Amine Choukri ont été inculpés « de participation à des meurtres terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste » a annoncé le parquet samedi (19 mars), après-midi. Tandis qu’Abid Aberkan a été « inculpé de participation aux activités d’un groupe terroriste et recel de criminels »

(Nicolas Gros-Verheyde & Johanna Bouquet, avec Lucas Millet)

(1) Salah Abdeslam avait été contrôlé le 9 septembre 2015, sur le trajet entre la Hongrie et l’Autriche à bord d’une Mercedes, en compagnie de deux personnes : le fameux Samir Bouzid (une fausse identité) et un troisième homme qui portait également une fausse carte d’identité au nom Soufiane Kayal. Ce n’était pas la première fois qu’il se rendait dans le pays. L’avis de recherche diffusé le 4 décembre 2015 précisait ainsi que Salah Abdeslam s’était rendu à deux reprises à Budapest en Hongrie dans le courant du mois de septembre 2015 au moyen d’un véhicule de location. Quant à la fausse carte d’identité au nom de Samir Bouzid, elle « a également été utilisée quatre jours après les attentats de Paris, le 17 novembre vers 18h, dans une agence Western Union en Région bruxelloise » a précisé le procureur fédéral vendredi (18 mars). « C’est de là qu’une somme de 750 euros avait été transférée à Hasna Ait Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud. Tous les deux décèderont peu après lors de l’assaut à Saint-Denis. Des images avaient été enregistrées lors de ce transfert d’argent. »

(2) Choukri avait « été contrôlé en compagnie de Salah Abdeslam à Ulm (Allemagne) le 3 octobre » dernier. Pendant ce contrôle, ses empreintes « avaient été relevées ». Elles « ont été ultérieurement prélevées dans la maison utilisée par le groupe terroriste à Auvelais ». Un « faux passeport syrien au nom de Monir Ahmed Alaaj et une fausse carte d’identité belge au nom de Amine Choukri ont été retrouvés lors de l’intervention rue du Dries à Forest ».

(complété samedi matin 19.3 avec les indications du Parquet fédéral)

crédit : police fédérale

Belges et Français ensemble. Le procureur fédéral fait le point sur l’enquête

crédit : police fédérale

crédit : police fédérale

(B2) Contrairement à certains avis (sans doute peu éclairés) d’experts qui voyaient des rivalités entre Belges et Français, les polices des deux pays (comme les services de renseignement) ont très vite renforcé leur coopération après les attentats de vendredi (13 novembre). « Dès la nuit et le jour qui ont suivi les attentats de Paris, le parquet fédéral a reçu ainsi 4 demandes d’entraide judiciaire urgentes émanant du parquet de Paris » précise aujourd’hui un communiqué du Parquet fédéral (belge). « Une Equipe Commune d’Enquête (JIT – Joint Investigation Team) a été créée afin de permettre une collaboration policière et judiciaire aisée et intensive, de part et d’autre des frontières belges et françaises. » Dans le même temps, le parquet fédéral a ouvert sa propre enquête et un juge d’instruction spécialisé en matière de terrorisme a été saisi. Au total, aujourd’hui « 5 personnes ont été placées en détention préventive cette semaine dans le cadre de l’enquête menée en Belgique depuis les attentats de Paris ».

Le communiqué publié tout à l’heure par le Parquet fédéral est intéressant car il précise quelques éléments sur l’enquête encours.

Deux jours avant les attentats de Paris, le 11 novembre vers 19h, Salah Abdeslam a été filmé dans la station-service de Ressons (sur l’A1 en direction de Paris), en compagnie d’une personne identifiée comme étant Mohamed Abrini, né le 27 décembre 1984. Ce dernier était au volant de la Renault Clio qui servira à commettre des attentats deux jours plus tard. Le juge d’instruction a émis un mandat d’arrêt international et européen. Un appel à témoins a été diffusé par la police (voir ici).

Trois véhicules utilisés lors de l’attentat. Lors des attentats de Paris, les auteurs ont utilisé 3 véhicules munis de plaques d’immatriculation belges — VW Polo, Seat Leon et Renault Clio — qui avaient été loués le 9 novembre par Brahim Abdeslam (mort dans les attentats), et par son frère Salah Abdeslam, deux ressortissants français résidant à Molenbeek.

La fuite de Paris – première voiture. Salah Abdeslam a été contrôlé à Cambrai, quelques heures après les faits, aux alentours de 9h10, sur l’autoroute en direction de Bruxelles. Il était à bord d’un véhicule de marque VW Golf en compagnie de deux autres personnes. L’enquête menée en Belgique sur ce véhicule a permis l’arrestation dimanche 15 novembre de Mohammed Amri, propriétaire de la VW Golf et de Hamza Attou, le passager. Arrêtés, ils sont tous deux inculpés de participation aux activités d’un groupe terroriste et d’assassinats terroristes. Et leur maintien en détention a été confirmé par la chambre du conseil de Bruxelles le 20 novembre.

La fuite de Salah Abdeslam – 2e voiture. S. Abdeslam semble ensuite avoir été emmené à bord d’un autre véhicule conduit par une autre personne. Les suites d’enquête ont permis de remonter jusqu’à Ali O., un ressortissant français de 31 ans résidant à Molenbeek. Il est interpellé dimanche 22 novembre en soirée, placé sous mandat d’arrêt le 23 novembre et inculpé de participation aux activités d’un groupe terroriste et d’assassinats terroristes. Il comparaîtra vendredi 27 novembre devant la chambre du conseil de Bruxelles en vue de la confirmation éventuelle de son maintien en détention.

Des armes de poing. L’instruction a également permis l’interpellation du nommé Lazez A., un ressortissant marocain de 39 ans résidant à Jette. Deux armes de poing ont été découvertes dans son véhicule ainsi que des traces de sang. Placé sous mandat d’arrêt le 20 novembre par le magistrat instructeur et inculpé de participation aux activités d’un groupe terroriste et d’assassinats terroristes, il comparaîtra demain matin devant la chambre du conseil de Bruxelles en vue de la confirmation éventuelle de son maintien en détention.

(NGV)

Attaque d’une caserne à Flawinne. Pas un acte terroriste dit le procureur

(B2) Une voiture a cherché à « forcer le passage » de l’entrée de la caserne de Flawinne. Un suspect a été arrêté. Mais selon la défense belge il ne s’agit pas d’un acte terroriste.

Passage en force du corps de garde

Cela s’est passé « vers 9 h 30, ce matin » raconte le ministre de la Défense, Steven Vandeput. Il avait le visage à moitié couvert. « Un véhicule a forcé le passage au corps de garde de la Caserne de Flawinne. La garde militaire a réagi de manière vigilante et a forcé le véhicule à s’arrêter dans le quartier. La garde militaire a tiré une dizaine de coups de semonce. Personne n’a été blessé lors de l’incident. En prenant la fuite hors de la caserne, l’intrus a, ensuite abandonné sa voiture et a continué à pied. »

Un suspect a été arrêté

La police a entamé « une poursuite de l’intrus. Un périmètre de sécurité a été immédiatement établi autour du véhicule, et dans les 20 minutes le SEDEE (Service d’enlèvement et de destruction d’engins explosifs) était sur place pour s’occuper de l’incident. » Car on soupçonnait que la voiture pouvait être piégée. Au bout de trois heures de recherches, la personne a été arrêtée et identifiée peu après. Mais précise le ministre. « Selon les dernières informations en notre possession, (…) il ne s’agirait pas d’un attentat terroriste. » Selon les informations données par le procureur, il ne figurait pas « sur les listes de personnes sous surveillance particulière ». Et parmi les raisons évoquées, on évoque « un acte isolé voire celui d’un déséquilibré ». L’homme a d’ailleurs utilisé son véhicule personnel.

Quartiers militaires en alerte

Depuis « l’attentat de Verviers », tous les quartiers militaires sont sur un niveau d’alarme 2. « Cela signifie que nous prévoyons une vigilance accrue dans tous les quartiers » ajoute-t-il.

(NGV)

(1) Cette caserne, située près de Namur, en région wallonne, abrite notamment le 2e Bataillon de Commandos qui est composé de 650 militaires (les fameux « paracommandos »). Cette unité d’infanterie légère est régulièrement engagée dans des forces multinationales. Elle constitue actuellement l’ossature du battlegroup belge pour la NRF 2016 (NATO Response Force) et vient d’ailleurs de terminer un exercice d’entraînement Active Trip.

L’Europe en retard sur le crime

(archives B2 *) D’ici décembre un casier judiciaire européen sera proposé, affirme la Commission européenne. Cette idée de créer un casier judiciaire européen ne suffira pas. Il faut doter l’Europe d’un véritable code de procédure pénal commun.

Un casier blanc comme neige

L’affaire Michel Fourniret est révélatrice du manque d’Europe. Ce citoyen français, plusieurs fois condamné en France apparemment, a vécu en Belgique, blanc comme neige. Son casier judiciaire, consulté à plusieurs reprises par les autorités belges, mentionne « néant ». Il a pu ainsi obtenir en 2003 un certificat de bonnes vies et mœurs et travailler dans une école comme surveillant de cantine ! Comment un criminel endurci peut-il retrouver une virginité de l’autre coté de la frontière ?

Un espace pénal européen balbutiant

Un espace judiciaire morcelé

Aberrant ? Non, logique répondent les spécialistes du dossier. A l’heure du marché unique et de la libre circulation des personnes, il y a effectivement une tare. L’espace judiciaire européen reste morcelé entre 25 systèmes différents, voire divergents. Les Etats restent réticents à partager leurs pouvoirs. Ce n’est que depuis le traité d’Amsterdam, en 1997, que l’Union européenne a acquis une compétence dans ces matières, proprement régaliennes. Ce n’est qu’à Tampere, en 1999, que les chefs d’Etat et de gouvernement ont lancé un premier programme législatif. L’objectif affiché était clair : « Les auteurs d’infractions ne doivent pouvoir, par aucun moyen, mettre à profit les différences entre les systèmes judiciaires des Etats membres ».

Des discours aux actes, il y a un gouffre !

L’organisme censé assurer les échanges d’informations, Europol, sans moyens et obnubilé par son fonctionnement interne, s’est encrouté dans un ronron administratif. La possibilité d’avoir des équipes communes d’enquête, notamment pour « lutter contre la traite des êtres humains », est restée inusitée. Ce n’est en fait que sous les coups de boutoir des attentats de New York en 2001, et surtout de Madrid, en mars dernier (2004), que les responsables politiques ont paru prendre conscience du danger.

Un acquis : le mandat d’arrêt européen

L’espace pénal européen en ainsi est encore aux balbutiements. Seules réalités concrètes : le mandat d’arrêt européen qui vient d’entrer en vigueur, et le mandat d’obtention des preuves qui est en discussion (voir ci-après). Sinon, impossible ou quasiment de savoir, passées les frontières, si un Européen est blanc comme neige ou a commis des crimes dans son pays d’origine ou ailleurs. Il n’existe pas de casier judiciaire européen.

Un livre blanc pour la fin de l’année

« C’est vrai » reconnaît Pietro Pietrucci, porte-parole de la Commission. L’idée du casier judiciaire était déjà « évoquée à la Commission européenne » confirme Pietro Petrucci, porte-parole à la Commission Européenne. « Il a fallu le 11 mars (et les attentats à Madrid) pour que les gouvernements prennent conscience de ce manque et l’incluent dans leurs priorités. » Chose faite le 25 mars. « La Commission prépare donc un livre blanc en novembre ou décembre prochain. Il sera accompagné de deux propositions législatives prévoyant l’échange d’informations et la manière dont on prend en compte ses informations ».

Les réticences des Etats…

Reste à fixer son contenu. « Nous estimons que le champ d’application doit être le même que le mandat d’arrêt européen, afin qu’il y ait une continuité pénale ». Mais certains Etats, jaloux de leur prérogative séculaire et obsédés par la lutte contre le terrorisme, n’ont pas tous cette vision et semblent souhaiter un champ d’application aussi limité que possible. Passée l’émotion des attentats, les réticences ont alors repris le dessus. Si le mandat d’arrêt européen est aujourd’hui effectif, son complément, « notre proposition d’un mandat d’obtention des preuves a été accueillie de façon mitigée par les ministres » regrette Pietro Petrucci, porte-parole de la Commission. Et le projet de définir des droits communs aux prévenus a été très critiqué, notamment par les Britanniques.

La Belgique en avance d’une guerre

Du coté belge, on est en tout cas résolu à ne pas rester les bras croisés. La ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, indiquait hier (jeudi), avoir « pris contact avec la présidence de l’Union européenne et reçu l’assurance de celle-ci de sa volonté de faire aboutir pour la fin de l’année l’initiative du casier judiciaire européen ». La Ministre a par ailleurs confirmé à nos collègues de la RTBF qu’elle étudiait « très sérieusement » la possibilité de créer « un complément au casier judiciaire qui contiendrait certaines condamnations effacées (pour les délinquants sexuels) et dont il faut néanmoins avoir une trace ». Ce casier « ne serait pas accessible au grand public. On a vu les erreurs que cela engendrait, au Royaume-Uni notamment. Mais serait très rigoureusement limité ».

Un casier bis vu avec réticence … par la Commission

La Commission est, en revanche, moins enthousiaste au projet de créer un « casier bis », un fichier reprenant les ADN des délinquants sexuels, une idée pourtant soutenue par tous les spécialistes de lutte contre la pédophilie et reprise par le ministre de la Justice français, Dominique Perben, qui a écrit il y a quelques jours à ses homologues sur ce sujet.

Une nécessité : accélérer la mise en place d’un cadre minimal de procédure pénale

Les mesures de suivi pas incluses

L’existence d’un casier européen dans un cas comme celui de Michel Fourniret, qui joue à saute-mouton avec la frontière franco-belge ne résoudrait d’ailleurs pas tout. Cette affaire évoque aussi la délicate question du suivi des criminels. Or, les mesures de mise à l’épreuve ou de suivi psychologique demeurent de la responsabilité exclusive de la juridiction qui l’a prononcé. Rien n’est prévu pour transmettre cette responsabilité aux autorités judiciaires de l’Etat où réside l’ancien condamné !

Une nécessité : harmoniser aussi le contenu

Dans ce contexte, le cas Fourniret est un « excellent cas d’école » commente un diplomate européen, magistrat de profession. « Cette affaire le montre. Créer un casier judiciaire européen ne suffira pas. Il faut aussi harmoniser son contenu ». Le casier judiciaire national est, en effet, le reflet des prescriptions, sursis, amnisties et autres effacements de peines propres à la loi nationale. Autant de pays, autant de règles. Le chantier ouvert est donc immense !

Des casiers judiciaires aussi différents que des Etats

Tous les pays n’ont pas le même type de casier. En Italie, ainsi, il existe un seul casier judiciaire tandis qu’en France, il existe trois niveaux de casiers — l’un est accessible aux seuls magistrats, l’autre aux administrations, le troisième est plus général et ouvert aux citoyens — ! Revoir le problème des déchéances (droits, fonction publique…) apparait aux yeux des spécialistes comme le « plus important ».

L’absence d’équipe d’enquête commune

Cette affaire met également en lumière l’absence d’enquête commune. Même avec une bonne coordination, rien ne remplacerait une « vraie » équipe conjointe d’enquête, belgo-française. Une décision-cadre européenne a été adoptée sur ce sujet en juin 2002 et est entrée (théoriquement) en vigueur depuis fin 2003. Mais c’est pour l’instant davantage un vœu pieux qu’une réalité. Bien peu d’Etats membres ont eu la volonté de la mettre en application.

L’obstacle judiciaire

Quant à un procès unique, ou au moins la tenue de deux procès coordonnés, il n’existe aucun texte qui le permette actuellement. Et ce n’est pas demain la veille. Vu les différences de procédures… L’Europe ne pourra pas se passer éternellement d’un code minimal de procédure pénale commune.

Commentaire : Une raison d’espérer …

Une raison d’espérer cependant. L’affaire Dutroux avait fait bouger l’Europe d’un poil. En mettant au point une décision contre la pédopornographie et un programme, dénommé Daphné, d’assistance aux enfants ou femmes victimes de violence. L’affaire Fourniret fera peut-être prendre conscience à nos ministres de l’Intérieur que la libre circulation est désormais une réalité et que rien ne sert d’avoir de belles lois si elles diffèrent d’un pays à l’autre et qu’il est impossible d’en obtenir l’exécution, passé le poste de douane… qui n’existe plus.

Nicolas Gros-Verheyde

(*) Version longue et remaniée des articles parus dans France-Soir, 2 juillet 2004, et Ouest-France

Pour les parents Brichet, la délivrance

(B2) En son temps, Marie-Noëlle Bouzet a été, aux cotés des parents de Julie et Mélissa, une égérie du mouvement blanc qui avait secoué la Belgique en 1996. Elle n’a jamais cru à la thèse de la fugue ou de l’enlèvement d’un proche. Aujourd’hui, expatriée au Québec, elle « ne souhaite pas vraiment s’exprimer » explique son avocat Jean-Maurice Arnould. « Les parents ont été totalement surpris » explique leur défenseur. « Cela a été un choc très brutal. Il faut dire qu’on a envisagé tellement de pistes depuis quinze ans, qu’on pouvait croire c’était une piste parmi d’autres. Mais depuis ce moment, mardi, où le procureur du Roi s’est entretenu directement avec les parents, on des raisons sérieuses, enfin, de croire que l’assassin présumé est bien celui qui est écroué à Dinant, Michel Fourniret. » Le père d’Elisabeth, divorcé d’avec sa femme bien avant l’événement, et qui vit en Belgique est bien entendu « content que çà se termine. C’est une quinzaine d’année de calvaire, d’interrogation sur la destination d’un enfant ». Il voit çà comme une délivrance, explique son avocat. La prudence reste cependant de mise « La première chose qu’il faudra faire cependant c’est de vérifier l’exactitude de l’information, savoir si l’enfant sera enterré en France, près de Sedan, est bien Elisabeth Brichet. Il ne suffit pas qu’un monsieur le dise, il faudra faire des vérifications sans doute génétiques pour en être sûr ».

Nicolas Gros-Verheyde
(Article paru dans France-Soir, juillet 2004)

Pour Marc Dutroux, la prison à vie

>  » Vous vous en sortez mieux que la plupart de vos victimes  »

L’homme  » le plus détesté de Belgique  » est condamné à la réclusion à perpétuité. La cour d’assises d’Arlon a rendu, hier, un verdict conforme aux réquisitions pour les trois principaux accusés de l’affaire Dutroux. Seul Michel Nihoul bénéficie d’une certaine clémence puisqu’il n’écope que de cinq ans de prison.

BRUXELLES (correspondance). – Après une ultime lecture de près d’une heure recensant les faits reprochés aux quatre accusés, les sentences prononcées par les jurés et les magistrats ont été enfin connues, hier, à 16h30. C’était le point d’orgue d’un procès qui avait débuté le 1er mars.

Coupable d’avoir enlevé, séquestré dans une cave, violé six fillettes et adolescentes et causé la mort de quatre d’entre elles, Marc Dutroux est condamné à la réclusion à perpétuité. Son ex-épouse, Michelle Martin, se voit infliger 30 ans et son complice, Michel Lelièvre, 25 ans. Aucune circonstance atténuante n’a été reconnue.

 » Au moins, je vivrai autrement « 

Seul Michel Nihoul, l’ex-homme d’affaires au passé tumultueux, a bénéficié, vu l’absence d’antécédents criminels, d’une certaine clémence (5 ans pour 10 ans requis). Le verdict est conforme peu ou prou aux réquisitions du ministère public et au sentiment général.

Puis, le président de la cour, Stéphane Goux, s’est tourné vers les quatre accusés, impassibles dans le box, pour les exhorter sévèrement.  » Marc Dutroux, condamné au maximum, vous vous en sortez quand même mieux que la plupart de vos victimes qui ne font plus partie du monde des vivants.  » Michelle Martin,  » j’espère que vous veillerez à ne plus fréquenter que les gens qui auront une bonne influence sur vous.  » Michel Lelièvre,  » si vous arrêtez la drogue, vous pourrez encore mener une vie normale lorsque vous sortirez de prison.  » Michel Nihoul,  » je crois que votre état de santé vous a assagi, il était temps « .

Nihoul, qui comparaissait libre, est sorti du palais de justice, tout sourire. S’il ne se pourvoit pas en Cassation, il sera alors écroué.

Il est près de 17 h, presque neuf ans jour pour jour après l’enlèvement – le 24 juin 1995 – des petites Julie et Mélissa près de Liège. Une seule envie domine désormais chez les parents des victimes : tourner la page.  » Je ne sais pas si je vivrai mieux « , explique Betty Marchal, mère d’An, l’une des jeunes filles assassinées,  » mais au moins je vivrai autrement. « 

Marc Dutroux a regagné la prison d’Arlon. Hier soir, son avocat indiquait qu’il se pourvoirait sans doute en Cassation :  » Marc Dutroux considère que cette condamnation est une étape dans son parcours judiciaire. « 

Nicolas GROS-VERHEYDE.

(Paru dans Ouest-France du mercredi 23 juin 2004)

Dutroux. La vérité est dans le sel

(B2) Une clé de menotte dans un pot de sel, c’est la dernière trouvaille des gardiens de la prison d’Arlon qui gardent le sieur Dutroux. Bien sûr, l’intéressé a tout de suite nié que cela lui appartenait. Manque de pot ! La clé se trouvait dans un paquet de sel dans une armoire, renfermant les produits du sieur Dutroux. Cette armoire était fermée par un cadenas. Le prisonnier, traditionnellement, demandant la clé aux gardiens quand il veut « cantiner ». Une enquête est en cours pour déterminer depuis combien de temps la clé était dans ce paquet de sel et qui a pu l’a placé. Selon les premières constatations, la clé ne correspond pas aux menottes utilisées pour Dutroux et comporte des marques de corrosion. Elle n’est pas « d’un type récent« , confirme John Van Acker, de la direction des établissements pénitentiaires. Un modèle utilisé dans les années 80-90 et qui « n’était plus en usage quand Marc Dutroux a été incarcéré à la prison d’Arlon « . Le paquet de sel lui-même semble ancien puisque sa date de péremption indique 2001. « Cela ne veut pas dire tout autant que cette clé fonctionne ou pas » ajoute-t-il. Ce qu’un spécialiste nous a confirmé « aucune menotte au monde ne résiste à un bricoleur doué ».

Le quatrième incident du genre

C’est le quatrième incident du genre depuis le début du procès. Le premier jour du procès, le fourgon cellulaire démarre, porte arrière mal fermée. Sans trop de conséquence, en fait, car cette porte ne donne pas directement sur l’endroit où les détenus sont placés. Plus grave ! Mardi dernier, la porte latérale de ce même fourgon, par où rentrent et sortent les prisonniers, a dû être réparée, in extremis, révélait hier le quotidien La Libre Belgique. Car elle fermait mal… Enfin, un gardien de prison vient d’être suspendu de ses fonctions. On le soupçonne d’avoir joué au petit reporter en prenant en photo, avec plus ou moins le consentement de Dutroux et/ou de ses avocats, le prisonnier dans sa vie de tous les jours et sa cellule, pour les vendre ensuite à Paris-Match à un prix conséquent. Plusieurs dizaines de milliers d’euros auraient été versés par l’hebdomadaire.

Les mesures de sûreté de Dutroux.

Du coté de l’administration pénitentiaire, on tend à relativiser ces incidents. « On est loin du compte de Dutroux dans la nature » explique un de ses responsables. Et de détailler les mesures prises à la fois par la prison et la police chargée de l’accompagnement. « Chaque jour, avant de rejoindre le fourgon, le prisonnier passe dans un sas, en habit de détenu. Il a une fouille au corps stricte. Ses habits civils sont également scrupuleusement fouillés.  Il entre dans le fourgon cellulaire menotté. Où il a toujours, face à lui, au moins deux gardiens. Arrivé au Palais de justice, le fourgon entre dans un sas de sécurité. Ce n’est qu’après avoir vérifié que le sas était fermé que les portes du fourgon sont ouvertes. Il est conduit, toujours menotté, à une cellule d’attente puis dans le box. Il a au minimum toujours de deux à quatre gardiens autour de lui. Et pas n’importe lesquels. Des professionnels de la Police fédérale spécialement formés à l’escorte des personnes dangereuses. »

Nicolas Gros-Verheyde

(paru dans France-Soir, mars 2004)

Laetitia veut connaître la vérité (Georges Henri Beauthier)

Trois questions à Georges Henri Beauthier. L’avocat de Laetitia Delhez, qui est avec Sabine Dardenne, une des rescapées ». Portrait …

(B2) Georges-Henri Beauthier est un avocat comme on peut les aimer. Précis, clair, décidé, il ne passe pas son temps à parader avec de belles formules, mais ne mâche pas non plus ces mots. Ancien président de la Ligue des droits de l’homme, ce n’est pas vraiment un débutant. Et il aime les causes qui lui sont justes. Il a ainsi été le défenseur des parties civiles dans maintes affaires internationales engagées en Belgique contre les génocidaires rwandais et dictateurs de tous poils (Pinochet, Yerodia, Saddam Hussein…). Tandis que son collègue Jan Fermon défendait les parties civiles dans un procès intenté contre le général Franks. Une fine équipe qui a réussi – un tour de force – à amener Michel Nihoul devant la Cour d’assises, alors que l’instruction se dirigeait et certains juges inclinaient vers une relaxe.

• Pourquoi avoir réintroduit Nihoul dans ce procès, vous ne croyez pas au pervers isolé ?

L’instruction a été menée de telle manière que l’on se retrouvait avec un pervers isolé, un larbin et une sainte nitouche. Or il y a bel et bien quatre personnes en cause, une bande criminelle… Martin (la femme de Dutroux) était déjà impliquée dans le viol de 1985. Lelièvre n’est pas le petit drogué aux ordres de Nihoul. Quand il viole, ce n’est pas le petit larbin. Quant à Dutroux, avec 4 filles, en vie, dans sa maison, où il faut organiser la vie en commun sans qu’elle se rencontrent, les repas, etc. c’est un travail à part entière. Ce n’est pas un pédophile seul dans sa cage qui viole. Non !

• Ce procès permettra-t-il de connaître ce qui s’est vraiment passé ?

Il y aura des pans de vérité certainement. Sans doute pas toute la vérité. Mais il faudra bien que eux (les quatre accusés) disent la vérité ultime, il ne sera plus temps après. C’est ce que veut ma cliente. Laetitia ne veut surtout pas être plainte. Elle me dit « J’ai besoin de savoir quelle vérité ils vont dire. Pourquoi moi, qu’est ce qu’ils allaient faire de moi ? Qui voulait faire quoi ? » Nous avons eu au moins 8 x 4 versions sur la période dans laquelle Laetitia et Sabine étaient enlevées, un jour c’était pour agrandir la famille de Dutroux, l’autre jour pour tenir compagnie à Sabine ou les mettre dans un réseau. Il faudrait enfin qu’on nous dise laquelle de ces versions est la bonne.

• Sabine Dardenne viendra au procès témoigner, Laetitia le fera-t-elle aussi ?

Laetitia est dans un tout autre angle. Elle veut qu’on lui fiche la paix, et en même temps, elle espère être une victime qui soit à la hauteur. Est-ce que je vais un bon témoin ? Cette question, cette espèce de culpabilité qui plane… c’est terrible.  » On retrouve là toute la perversité du crime de Dutroux, qui aidait ces filles à jouer au Nintendo, ou leur donnait du choco après le viol. Nous avons un contact maintenant tous les jours avec Laetitia. Elle n’est pas la même tous les jours. Il y a des jours où c’est le calme, d’autres l’effervescence, parfois les pleurs. Laetitia admire beaucoup Sabine et son courage d’affronter Dutroux. Elle ne sait pas si elle aura cette volonté. Mener une vie normale, c’est sa façon, à elle, de régler ce problème. Cette question de viol que l’on met devant tout le monde, c’est pénible…

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles

Paru dans France-Soir

Georges Henri Beauthier : « Laetitia veut connaître la vérité »

(B2) Georges-Henri Beauthier est un avocat comme on peut les aimer. Précis, clair, décidé, il ne passe pas son temps à parader avec de belles formules, mais ne mâche pas non plus ces mots. Ancien président de la Ligue des droits de l’homme, ce n’est pas vraiment un débutant. Et il aime les causes qui lui semblent justes. Il a ainsi été le défenseur des parties civiles dans maintes affaires internationales engagées en Belgique contre les génocidaires rwandais et dictateurs de tous poils (Pinochet, Yerodia, Saddam Hussein…). Tandis que son collègue Jan Fermon défendait les parties civiles dans un procès intenté contre le général Franks. Une fine équipe qui a réussi – un tour de force – à amener Michel Nihoul devant la Cour d’assises, alors que l’instruction se dirigeait et certains juges inclinaient vers une relaxe.

Pourquoi avoir réintroduit Nihoul dans ce procès, vous ne croyez pas au pervers isolé ?

L’instruction a été menée de telle manière que l’on se retrouvait avec un pervers isolé, un larbin et une sainte nitouche. Or il y a bel et bien quatre personnes en cause, une bande criminelle… Martin (la femme de Dutroux) était déjà impliquée dans le viol de 1985. Lelièvre n’est pas le petit drogué aux ordres de Nihoul. Quand il viole, ce n’est pas le petit larbin. Quant à Dutroux, avec 4 filles, en vie, dans sa maison, où il faut organiser la vie en commun sans qu’elle se rencontrent, les repas, etc. c’est un travail à part entière. Ce n’est pas un pédophile seul dans sa cage qui viole. Non !

Ce procès permettra-t-il de connaître ce qui s’est vraiment passé ?

Il y aura des pans de vérité certainement. Sans doute pas toute la vérité. Mais il faudra bien que eux (les quatre accusés) disent la vérité ultime, il ne sera plus temps après. C’est ce que veut ma cliente. Laetitia ne veut surtout pas être plainte. Elle me dit « J’ai besoin de savoir quelle vérité ils vont dire. Pourquoi moi, qu’est ce qu’ils allaient faire de moi ? Qui voulait faire quoi ? » Nous avons eu au moins 8 x 4 versions sur la période dans laquelle Laetitia et Sabine étaient enlevées, un jour c’était pour agrandir la famille de Dutroux, l’autre jour pour tenir compagnie à Sabine ou les mettre dans un réseau. Il faudrait enfin qu’on nous dise laquelle de ces versions est la bonne.

Sabine Dardenne viendra au procès témoigner, Laetitia le fera-t-elle aussi ?

Laetitia est dans un tout autre angle. Elle veut qu’on lui fiche la paix, et en même temps, elle espère être une victime qui soit à la hauteur. Est-ce que je vais un bon témoin ? Cette question, cette espèce de culpabilité qui plane… c’est terrible.  » On retrouve là toute la perversité du crime de Dutroux, qui aidait ces filles à jouer au Nintendo, ou leur donnait du choco après le viol. Nous avons un contact maintenant tous les jours avec Laetitia. Elle n’est pas la même tous les jours. Il y a des jours où c’est le calme, d’autres l’effervescence, parfois les pleurs. Laetitia admire beaucoup Sabine et son courage d’affronter Dutroux. Elle ne sait pas si elle aura cette volonté. Mener une vie normale, c’est sa façon, à elle, de régler ce problème. Cette question de viol que l’on met devant tout le monde, c’est pénible…

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles

(paru dans France-Soir)

Fourniret : Je ne suis pas un Dutroux n° 2

(archives B2 *) L’auteur de l’enlèvement d’une fillette en Belgique nie farouchement toute implication dans des affaires similaires commises en France

La chambre du conseil de Dinant devrait aujourd’hui (29 juillet) confirmer le maintien en détention préventive de Michel Fourniret. Ce Français, résidant en Belgique, est actuellement inculpé de tentative d’enlèvement d’enfant et d’attentat à la pudeur mais non de viol et de séquestration, comme un temps avancées.

Un enlèvement raté et le début d’une enquête judiciaire

Le 26 juin dernier, près de la gare de Ciney, en Belgique, il aborde une jeune adolescente, Marie-Asumpcion, 13 ans à peine. Sous prétexte de demander son chemin, il l’embarque dans sa camionnette. Mais la gamine, déterminée et astucieuse, parvient à s’enfuir et, même, à relever le numéro de la plaque d’immatriculation de son agresseur. Arrêté peu après, Fourniret passe rapidement aux aveux. « Il n’a jamais contesté la réalité des faits » affirme son avocat, maître Castaigne. En revanche il « nie toute implication dans d’autres enlèvements d’enfants ».

Un passé relativement trouble remonté par les enquêteurs

Rapidement, en effet, les enquêteurs belges et français rapprochent le passé, pour le moins trouble, de Fourniret – plusieurs condamnations en France pour des faits similaires dans les trente dernières années – de certains enlèvements d’enfants non élucidés : la disparition d’Estelle en région parisienne, pour lequel le SRPJ de Versailles fera le déplacement à Dinant, comme celle de deux jeunes filles, Céline Saison et Mananya Thumpong, enlevées en France, et dont les corps seront retrouvées en Belgique.

Un client abasourdi ?

Mon client est « totalement abasourdi de toutes les affaires qu’on veut lui mettre sur le dos. Il n’est pas un Dutroux numéro 2 » précise son avocat. Des devoirs d’enquête, instructions complémentaires, ont été diligentés tous azimuts, de part et d’autre de la frontière. Mais, sans succès pour l’instant. Le jardin du prévenu, sa maison à Sart-Custinne, retournés de fond en comble par les enquêteurs, qui n’entendent laisser aucun indice ou cache secrète de coté, ne donne pas plus de résultat. Sinon la découverte d’armes. Quatre au total. Bizarre pour un simple forestier !

Des explications alambiquées

Fourniret reconnaît être le propriétaire de deux d’entre elles, dont un Riot Gun, sans disposer de port d’armes. Mais, pour les deux autres pistolets, provenant d’un vol au poste frontière de Givet, elles proviendraient – selon l’inculpé – « de forains, avec qui il a travaillé et qui auraient laissé ces armes chez lui » ! Des explications plutôt alambiquées et qui ne plaident pas en faveur d’un homme dont la personnalité, particulièrement complexe, est difficile à cerner. L’enquête psychiatrique est d’ailleurs toujours en cours.

Nicolas Gros-Verheyde

(*) article paru dans France-Soir 29 juillet 2003