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[Actualité] Sagittaire, Eva Sierra… ! Plusieurs rotations assurées par les Européens. Environ 1500 personnes évacuées (v8)

(B2) L'opération d'évacuation du Soudan, des diplomates et citoyens, a permis l'évacuation de près de 1500 ressortissants, de toutes nationalités, européens tout d'abord, mais aussi africains, asiatiques, américains et alliés. La coordination et la solidarité ont joué à plein. La France a ouvert le bal suivi des Allemands. Du côté britannique, cela a tardé davantage...

Evacuation à bord d'un A400M (Photo : Bundeswehr)

Cet article a été créé et restructuré (pour faciliter la lecture) à partir de l'article publié dimanche (23 avril) et mis à jour à plusieurs reprises au fur et à mesure de l'actualité.

Trois éléments décisifs

Cette opération (Sagittaire pour les Français, Eva Sierra pour les Espagnols) a été facilitée par trois éléments concrets. Premièrement, la base arrière de Djibouti — la BA 188 française, comme les points d'appui espagnol ou japonais — , où se sont prépositionnés avions et forces, a facilité le travail. Si certains n'ont pas utilisé Djibouti, c'est pour des raisons pratiques : ils avaient des éléments en Jordanie mais par manque de place sur le tarmac djiboutien. Le second élément clé et décisif est le rôle joué par les forces françaises (lire : [Actualité] Évacuation des diplomates et citoyens au Soudan, une opération Terre Air Mer se prépare). Le facteur « entrée en premier » — négocié en amont auprès des belligérants, réalisé sur le terrain par les militaires (forces spéciales comme logisticiens), a été un atout majeur et la condition existentielle de cette opération. Le troisième et dernier élément est la coordination permanente qui a eu lieu tant au niveau stratégique (entre capitales) qu'au niveau opératif (notamment la cellule de coordination placée à Djibouti) et au niveau tactique (sur place à l'aéroport de Wadi Sayyidna). A la fois pour coordonner les arrivées et décollages d'avions que répartir les différents ressortissants (UE et hors UE) à aller récupérer et convoyer. L'objectif : utiliser au maximum la piste unique de l'aéroport sans incident, jour comme nuit (lire aussi : [Actualité] Sagittaire ! Comment s'est préparée, planifiée l'opération française d'évacuation au Soudan ?).

Selon un bilan dressé par le Haut représentant de l'UE lundi (24 avril), la noria européenne — 11 vols dimanche et 20 autres prévus lundi, soit 31 rotations au total —, a permis de mettre en sécurité « au moins 1200 personnes de toutes nationalités », avec « 400 personnes restant à évacuer », soit plus de 1500 personnes au total dans des conditions complexes et difficiles.

Cinq rotations françaises

De façon concrète, un premier avion français a quitté Khartoum dimanche (23 avril) après-midi et a atterri à Djibouti vers 18h (heure Paris). À son bord, 88 évacués. Un autre avion « sur zone » a décollé en fin d'après-midi. Avec une centaine d'autres ressortissants. Deux autres avions ont réussi à décoller, dans la nuit de dimanche à lundi, portant le total d'évacués à 491 personnes, dont 196 Français, selon un point de situation parvenu à B2 lundi à 15h. Un cinquième et dernier avion français parti dans la journée de lundi, a permis d'évacuer les derniers restants sur la liste tricolore, portant le total à 538 personnes dont 209 Français, selon le Quai d'Orsay. Plus de 300 ressortissants ont donc été évacués (représentant 39 autres nationalités).

Les avions A400M en stand by sur le tarmac de l'aéroport soudanais (Photo : MOD Espana)

La « protection consulaire » européenne a joué à plein

Tous les ressortissants européens qui le souhaitaient ont pu être évacués. Ainsi près de 300 ressortissants d'autres nationalités ont été évacués par les Français, dont des ressortissants de douze États membres de l'UE (Allemands, Autrichiens, Belges, 13 Danois, Finlandais, Grecs, Hongrois, 36 Irlandais, Italiens, Portugais, 9 Roumains (2), 21 Suédois). Les Polonais ont pu bénéficier de l'assistance française dans la capitale soudanaise jusqu'à l'aéroport avant d'être évacués par des avions espagnols et allemands.

Trois blessés pris en charge

Parmi les rapatriés, trois blessés, dont deux blessés grecs, comme l'a confirmé le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Dendias, et un blessé belge de la délégation de l'UE, le chef d'ECHO, l'office européen d'aide humanitaire.

D'autres nationalités évacuées

Parmi les autres nationalités (24 en tout) prises en charge par les Français : des Américains (USA), des Britanniques, des autres pays européens (Islande, Moldavie, Suisse), africains (Afrique du Sud, Burundi, Éthiopie, Lesotho, Maroc, Namibie, Niger, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Soudan, Togo, Tchad) ou d'Asie (Australie, Inde, Japon, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande, Philippines).

Les autres rotations de vols européens

Plusieurs pays européens (Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas, Suède) ont suivi la voie ouverte par les Français. L'Allemagne prenant même le relais dans le contrôle de l'aéroport après le départ des Français.

L'Allemagne assure des rotations en continu

Deux avions allemands, en provenance de Jordanie, ont d'abord pu rapatrier plus de 200 ressortissants dès le dimanche après-midi (23 avril) — 101 dans le premier vol, 113 dans le second — vers Al Azrak. « Notre objectif est de faire sortir le plus de ressortissants allemands possible de Khartoum. Dans le cadre de nos possibilités, nous emmènerons également des Européens et d'autres ressortissants avec nous » déclare la défense allemande.

Un troisième avion arrivé dimanche à Khartoum (1) est reparti dans la nuit vers la Jordanie avec 97 personnes à bord portant le total des évacués par la Luftwaffe à 311 personnes, selon le commandement allemand des opérations.

Deux autres rotations ont lieu lundi (24 avril). Une rotation a lieu mardi (25 avril) avec 30 personnes à bord indique le commandement allemand. Un vol, atterri dans la nuit de mardi à mercredi (26 avril) en Jordanie, a permis de mettre à l'abri 78 personnes. Et un dernier vol a rapatrié 65 personnes.

En tout, les avions allemands ont évacué « 780 personnes dont 240 nationaux », et 40 nationalités différentes, selon le bilan final donné par la Bundeswehr. L'Allemagne a annoncé mercredi (26 avril) soir, clore son opération et avoir rapatrié tout son personnel de la base opérationnelle avancée (FOB) de Khartoum.

Des rotations néerlandaises

Lors du premier vol de deux C-130, les Néerlandais ont amené hommes et matériels, notamment des forces spéciales (fusiliers-marins) une équipe médicale de la Défense, des équipes d'appui consulaire rapide (SCOT) des Affaires étrangères ainsi une équipe de la brigade des missions spéciales de sécurité de la Maréchaussée (gendarmerie).

Six rotations de C-130 vers Aqaba, la base avancée néerlandaise, ont ensuite eu lieu : trois lundi (24 avril) (le premier avec 32 personnes dont 15 Néerlandais, (3à), deux mardi (25 avril). En tout, 70 Néerlandais rapatriés (et 80 autres par des vols d'autres pays) ainsi que 100 personnes de 18 autres nationalités précise Wopke Hoekstra, le ministre des Affaires étrangères, depuis La Haye.

Deux avions italiens

Deux C-130 italien (avec à son bord forces spéciales et carabinieri) ont suivi le même chemin vers Djibouti. « Tous les Italiens qui le souhaitaient sont désormais en lieu sûr » a annoncé dimanche soir le ministre de la Défense Guido Crosetto.

Un avion espagnol

Un avion espagnol A400M a assuré la rotation sur Djibouti annonce le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Albares, tard dans la soirée de dimanche (23 avril). A bord, 34 ressortissants espagnols et 38 autres ressortissants de 11 nationalités différentes (NB : européens et latino-américains), selon le ministère.

Convoi terrestre et évacuation par mer

Un convoi de l'ONU est parti de Khartoum avec près de 1700 personnes est arrivé à Port Soudan au terme d'une bonne journée et demie de voyage.

La frégate française Lorraine (D-657), basée à Djibouti, a fait mouvement pour prêter assistance. Elle a permis d’évacuer dans la nuit du 25 au 26 avril vers Djeddah 398 personnes, de plus de 50 nationalités (dont des Américains, Britanniques, Canadiens, Éthiopiens, Allemands, Néerlandais, Italiens et Suédois et 5 Français, dixit le quai d'Orsay).

Le 5 mai, c'est la frégate espagnole, normalement dédiée à l'opération de sécurisation maritime européenne EUNAVFOR Atalanta, qui est détournée de sa mission et arrive à Port Soudan, permettant de mettre en sécurité 162 personnes.

Bilan final

En tout, 2500 personnes ont été évacuées par l'opération conjointe européenne, indique le Haut représentant de l'UE, Josep Borrell via twitter le 5 mai.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

  1. Pour l'Allemagne, lire aussi sur Augengeradeaus « Bundeswehr beginnt Evakuierungsmission im Sudan (Neufassung) ». A la différence des Français, il n'y a pas eu de convoi collectif. Comme le précise T. Wiegold, les citoyens allemands ont été invités à se rendre sur cet aérodrome par leurs propres moyens « de manière indépendante et à vos propres risques ».
  2. Comme l'a confirmé le ministre Bogdan Aurescu.
  3. Un C-130 a une capacité d'emport plus de la moitié moindre de celle d'un A400M (qui peut emporter une bonne centaine de personnes)

Mises à jour - Dimanche 23 avril, 18h, bilan allemand, 20h détails sur les moyens engagés coté français + photos ; 22h bilan espagnol ; 23h50 bilan italien et grec ; lundi 24 avril, 9h, troisième avion allemand, (12-14h) autres nationalités européennes et africaines, 18h bilan Haut représentant ; mardi 25 avril, mise à jour des différents chiffres ; mercredi 26 avril, 12h, rotations allemandes, 15 mai - évacuations maritimes.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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